3 juil. 2021, 07:02
Le Dôme Libre  PV 
Je la perds au moment même où elle arrive dans le rayon. C’est très subtil mais je le remarque. Elle m’offre un sourire, un remerciement ; ses yeux ne s’accrochent cependant pas aux miens, ils s’enfuient là-bas, dans cet univers passionnant que représentent les livres. Mon coeur manque un battement. J’ai l’impression de me voir à sa place. Elle parcoure les rayonnages, elle se baisse, elle se dresse, sans doute lit-elle les titres sur le dos des livres et son visage émet toutes sortes d’émotions que je suis incapable de décrypter. Une chose reste cependant certaine : elle est dans son élément et n’en a plus rien à faire que je sois là où non. En temps normal, cette constatation m’aurait blessé, puisque je n’aime pas que l’on fasse comme si je n’étais pas là, mais aujourd’hui, cela ne me dérange pas. Le fait est que je la Comprends ; cela annihile toute ma mauvaise humeur et ma fatigue. C’est rare que je comprenne les autres.

Je me recule légèrement, m’enfonçant dans l’obscurité de la boutique comme si je cherchais à devenir invisible. J’attends, je la regarde, curieuse de découvrir quel livre elle est venue chercher. Ce rayon n’est que rarement pris d’assaut par les clients. Les sorciers ne sont pas de nature très curieuse, les Autres se contentent de ce qu’ils trouvent par chez eux sans se pencher sur ce qu’il se passe ailleurs, dans les autres parties du monde. Comme si la magie d’ailleurs ne pouvait pas être différente de celle qui coule dans leurs veines ; pitoyable, cette idée. À chaque fois qu’un client vient dans cette partie de la boutique quand je m’y trouve, je ne peux m’empêcher d’être curieuse et de me demander ce qu’ils cherchent et ce qu’ils achètent.

Je ne m’attendais pas à ça avec cette cliente-là.
Un livre sur Uagadou, un autre sur la magie africaine. Un sourire ironique m’étire les lèvres. *Merde, alors*. Sur tous les livres se trouvant dans ce rayonnage, elle a choisit celui-là. Je l’ai évidemment lu, les livres sur la magie africaine étant plutôt rares au Dôme Libre. Ça me fait quelque chose, là, à l’intérieur du coeur, que cette fille choisisse spécifiquement cet ouvrage qui me concerne moi, plus que toute autre personne. Je me demande ce qu’il se passe dans sa tête. Pourquoi ces livres ? Pour elle ? Que cherche-t-elle ? Que veut-elle ? Qu’espère-t-elle ? Une petite voix dans ma tête me souffle que moi, je serais une source de savoir bien plus intéressante et pertinente que ces livres. Après tout, n’ai-je pas, en plus de tous les livres sur Uagadou et la magie africaine que j’ai lu, eu droit à des cours particulier de la part de l’actuelle Directrice d’Uagadou ? Et n’ai-je pas accès au quotidien à celui qui représente la mémoire de l’école ? Zikomo m’a appris tant de chose sur son pays, m’a offert tant de savoirs, tant de souvenirs et d’anecdotes en lien avec cette école ! J’en sais bien plus que les livres que tient cette fille dans les mains. J’en suis fière.

Sans prendre le temps de réfléchir, je m’avance vers elle. Les mains dans les poches, le regard perdu sur les rayonnages, j’agis comme si ce n’était pas étrange que je sois restée là à la regarder.

« La magie africaine, Uagadou… » Elle a également sorti des rayonnages des livres sur la magie informulée mais ce détail me laisse de marbre. « Pourquoi cette partie du monde en particulier ? »

J’ai le regard braqué sur son profil. Et soudainement, une image apparaît dans mon esprit. Un couloir de Poudlard, la douleur, une vague discussion. Zikomo était là, aussi. Est-ce de là que je la connais, cette fille ? Avons-nous parlé dans un couloir tous les trois ? Pourquoi ? Et cette douleur… *Pas envie d’me souvenir*. Je fronce les sourcils pour éloigner mes souvenirs. Peu importe le passif que nous avons, elle et moi. Ce n’est pas important.

Incapable de la regarder en face, je baisse les yeux sur les grimoires qu’elle tient précieusement entre ses mains.

7 sept. 2021, 20:02
Le Dôme Libre  PV 
C'est un moment presque euphorique que je viens de vivre, le nez dans les couvertures rouges, bleues, vieilles, luisantes, poussiéreuses des livres rangés dans les rayons que je parcoure. C'est presque une chorégraphie que j'ai effectuée, comme une vieille habitude je me suis baissée puis redressée à maintes reprises, j'ai virevolté d'un côté du rayon à l'autre. La magie qui émane des ouvrages naît dans mon cœur alors que je les choisis. La magie africaine me transperce d'abord puis c'est l'esprit de l'école de Uagadou qui me traverse la tête en volutes délicieusement magiques avant que ma bouche ne soit scellée par le dernier livre. C'est lui qui met fin à ce moment hors du temps en un sortilège informulé.

Mes yeux n'ont pas encore quitté les tranches des livres que j'ai piochés dans le rayon quand la voix de cette fille monte dans mon dos en me faisant sursauter. Il faut dire que je ne pensais plus qu'elle se trouvait dans ce rayon. Je me retourne, presque d'un bon, pour présenter ma face ahurie. Le temps d'un instant seulement ! Rapidement, je réajuste les livres pour les empiler sur mes bras, le livre sur l'école de Uagadou au-dessus de la pile.

La question s'enregistre seulement dans mon cerveau quand celui-là même se met à bouillonner pour formuler une réponse. Quelque chose d'irrépressible me souffle de donner une réponse intelligente, pas une question bête, parce que sinon cette fille me bouffera. Mon cœur s'emballe un peu alors que mes méninges s'agitent. Pourquoi cette région du monde ? Je me demande à moi-même pour tenter de calmer le brouhaha désordonné de mes pensées. La première chose qui me vient est un souvenir, celui de ma grand-mère il y a quelques années : ma grand-mère est assise près de la fenêtre, derrière elle se dresse le hameau tel qu'il était autrefois - fleuri, sifflotant, vivant. Elle lit en souriant alors que je l'interromps pour lui demander ce qui l'a fait sourire. Le souvenir est vague, mais j'ai compris plus récemment de quoi elle me parlait à cet instant ; l'alchimie.

« L'alchimie ! C'est l'alchimie qui m'intéresse. »

Je réponds vivement. Animée par l'envie de connaître et dévorée par celle d'apprendre, ma bouche remonte des deux côtés pour former un sourire. Il ne s'adresse pas à elle non, même pas à ma grand-mère qui discute encore gaiement dans la boutique, pas non plus au vendeur. Je ne lève pas la tête un seul instant sur le visage de mon interlocutrice - je n'ose pas ou alors je n'y pense pas.

« Pourquoi ? »

Ma question s'envole vers les rayonnages avant d'atteindre sa cible, puis se disperser et s'entrechoquer contre le brouhaha que fait ma grand-mère. Le silence que laisse passer ma question me laisse entendre que la voix chevronnée, mais enthousiaste de ma grand-mère n'a pas cesser de résonner. Même jusque dans ce rayon, bien qu'on puisse tout à fait oublier l'existence d'un autre endroit.

Je redresse la tête, le cou endoloris, les titres de livres bien en tête, pour regarder cette fille. Un instant seulement mes billes brunes passent sur son visage. C'est suffisant pour me dissuader de retenter l'expérience : ce quelque chose au fond de moi est toujours là pour que je ne baisse pas la garde. Ce quelque chose-là est tellement impressionné par elle qu'il calcule chacun de mes mouvements, et ce quelque chose c'est probablement moi. Sorcière de troisième année à la rentrée, tellement menue qu'on me prendra pour plus jeune encore, une tête blonde parmi les têtes blondes, un point dans un nuage.

C'est si bon de reprendre le fil de cette histoire !

Animagus renard polaire
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9 oct. 2021, 18:24
Le Dôme Libre  PV 
Excuse-moi pour ce retard ! Je suis contente, moi aussi, de reprendre cette Danse.

Quand elle me répond, je lève bravement le regard vers son visage. Mon regard croise le sien, mon coeur s’en agite — rencontrer des regards, c’est toujours effrayant. Comme si pouvaient passer à travers mes yeux des informations, des émotions, des choses, des chimères auxquelles je n’ai pas envie que cette fille ait accès. Cette fille ou personne d’autre. Petite, Maman me disait toujours de ne pas détourner le regard quand je parlais aux gens, elle voulait que je braque mes yeux sur eux. « Tu les comprendras mieux si tu les regardes, » disait-elle. À mon avis, guérisseuse ou non, Maman n’y connait absolument rien et elle avait tort. Je ne comprends pas mieux les Autres ne les regardant, au contraire. Leur regard me dérange et me perturbe, souvent je perds le fil de ma pensée quand je plonge dans leurs yeux et alors tout dégringole.

Je détourne le regard avant de dégringoler, non sans avoir remarqué le sourire qui étire les lèvres de la fille. Cette grimace me fait étrangement plaisir. Elle répond à l’espèce de joie toute simple qui résonne dans mon coeur. La joie d’être ici, perdue au milieu des livres, plus exactement au milieu d’un rayon que j’aime particulièrement. Je me demande si cette fille ressent la même chose que moi, cette bulle de bien-être et ces picotements tout le long du corps. Je me le demande sincèrement avant de décider que je n’en ai rien à faire de ce qu’elle peut bien ressentir, seules ses paroles m’importent.

L’alchimie, n’est-ce pas ? Mes pensées s’échappent en arrière, loin en arrière. Il y a plus d’un an que j’ai rencontré le fameux Issa Sidiki, que j’ai eu à portée de main une goutte du très fameux Élixir de Longue-Vie. Cette fille ne peut même pas imaginer à quel point j’ai été proche de tout ce monde qu’elle convoite et cherche à comprendre. À quel point j’en suis proche.

« C’est rare que la magie africaine intéresse qui que ce soit, dis-je en haussant les épaules, bien trop heureuse de me persuader que je suis la seule à y porter un véritable et sincère intérêt. On a pas beaucoup d’livres sur l’sujet ici. T’as choisi l’meilleur. »

Mes yeux se baissent brièvement sur le livre qu’elle tient toujours contre elle. Si je me réjouis de savoir que ce livre pourra en apprendre un peu plus à cette fille, je ressens une légère pointe de jalousie tout au fond de moi. J’ai envie de récupérer l’ouvrage et de le garder pour moi. Je ne veux pas qu’une autre personne se distingue en montrant de l’intérêt pour une culture qui reste obscure à la plus grande majorité de la population britannique. Je veux être la seule à avoir ce savoir. Je me mordille les lèvres et tente de repousser mes émotions contradictoires. Après tout, je me fiche bien de ce que peut bien faire ou apprendre cette fille. Je ne la connais pas, je ne sais même pas comment elle s’appelle ou dans quelle Maison elle est. Quand elle sortira du Dôme Libre, je l’oublierai totalement.

« Pourquoi l’alchimie ? demandé-je soudainement, le regard braqué sur les livres qui nous entourent. Simple intérêt ou t’as un but précis ? »

Lentement, je m’adosse au rayonnage le plus proche et croise les bras sur ma poitrine. Grâce à un effort exceptionnel, je parviens à déposer mes yeux sur son visage ; mon regard est franc, direct, quoi que légèrement insistant. Je feins une nonchalance que je ne ressens pas. Le menton un peu dressé, je me sens en position de force. Ce qui n’est pas faux puisque je suis ici chez moi, je suis à ma place, j’ai tous les droits dans cette boutique et elle n’en a aucun. Mes questions et ma curiosité sont légitimes, j’ai droit à des réponses. Mais pourquoi souhaité-je avoir ces réponses ? Aucune idée. Je ne suis pas bien certaine d’avoir le moindre espoir en cette fille. Elle sera aussi banale que les autres à vouloir se renseigner sur un sujet un peu mystérieux que l’on n’étudie pas à Poudlard. Je ne sais pas pourquoi je perds mon temps avec elle. Peut-être parce que la chaleur est moins écrasante dans cette partie sombre et reculée de la librairie. Peut-être aussi parce que l’été est lent et lourd, et que parler à une personne qui ne fait pas partie de ma famille, pour une fois, me donne un peu l’impression d’être à Poudlard. Peut-être aussi parce qu’Erza Nyakane me manque et qu’en discutant d’un sujet concernant de très près à l’Afrique, j’ai la sensation de me rapprocher d’elle.

Parfois, j’ai tellement envie de parler d’elle, de Nyakane, que ça me fait mal de ne pas pouvoir le faire. Alors quand ça me prend, je vais chercher Zikomo et je lui dis : « Parle-moi de Nyakane. » Il m’a déjà raconté énormément de choses à son propos, des choses qu’il a vécu lui, pas elle — il a toujours refusé de me confier ses secrets, à mon plus grand déplaisir. Alors il se contente de me raconter des anecdotes, il arrive toujours à en trouver que je ne connais pas. Il me raconte l’enfance de la femme, leur rencontre, les quelques jeux qu’ils ont partagé, des blagues qu’elle lui a faite, les moments tendres qu’ils ont partagé. Et alors, loin d’être jalouse, dans ces moments-là je me sens plus proche de cette femme que je considère comme mon amie ; je suis fière, même, d’être celle à qui Zik raconte toutes ces choses.

Je m’arrache tant bien que mal à mes pensées. Ce n’est pas le moment de penser à elle. Je me concentre sur la fille qui me fait face, une toute petite fille aux traits banals, à l’aura quasi-inexistante. Et encore cette impression qu’elle et moi ne sommes pas tout à fait des inconnus. Je me demande si elle se souvient de moi, elle, ou si je suis juste complètement dérangée à m’inventer des souvenirs.

14 oct. 2021, 22:53
Le Dôme Libre  PV 
Le contact entre nos deux regards ne dure pas longtemps, à peine un instant. J'ai regretté presque immédiatement de l'avoir fait, d'avoir levé les yeux vers les siens, mais je ne saurais dire exactement pourquoi. En fait, je mens. C'est juste que ce serait un peu trop dur d'avouer pourquoi. J'aimerais dégager la même chose que cette fille, est la seule chose que je m'autorise à penser pour justifier cela. Son aura est imposante, pas de la même façon que ma grand-mère et pas non plus comme mon oncle. C'est différent. Elle donne l'air de s'en foutre à un point qui dépasse l'entendement alors même qu'elle s'intéresse à mes lectures, son ton autant que son air sont tellement détachés qu'il est difficile de se sentir intéressant. Oui, j'aimerais être comme elle.

J'essaie de ne pas laisser ses pensées transparaître mais mes joues ne peuvent s'empêcher de rougir, et plus encore quand cette grande fille de Poudlard me complimente - enfin je crois. J'ai choisi le meilleur livre alors ? Un petit sourire déforme mes lèvres, alors que mes yeux sont toujours scotchés à la couverture du livre sur l'école de Uagadou.

Une fierté un peu déplacée s'empare de moi, dans une sorte de torpeur qui mélange les effets sur moi à la fois de ses compliments et de son air indifférent. Je crois que, de l'extérieur, il n'en paraît rien d'autre que des joues empourprées et je me réjouis que la lumière soit plus basse ici. Les rayonnages nous abritent et nous plongent dans un univers de luminosité faible, un peu d'obscurité autour des quelques rayons de soleil qui percent entre les livres. Avec un peu de chance, elle ne remarquera même pas mes joues rouges. Il faut encore que je réponde à l'interrogation qui vient ensuite.

Pourquoi l'alchimie. Et tout d'un coup je ne pense plus ni à elle ni à moi. C'est comme si mon corps n'était plus là et que c'était seulement mon esprit qui communiquait dans un monde un peu différent. Un monde où mon corps n'existe pas. Le monde de la connaissance me rend légère alors que mes pensées cheminent dans ma tête pour créer un chemin logique. Et tout aussi logiquement, je fais le lien jusqu'à la métamorphose une fois de plus. J'ai souvent lu sur la métamorphose qui devient, depuis cette fois où j'ai été moi-même métamorphosée, une obsession - plus qu'une passion. Les liens se sont faits dans ma tête et m'ont en partie emmenée ici. Entre le cadeau que je prévois de faire à Chems et ce champ de la magie que j'ai envie de découvrir se trouve ce rayon du Dôme Libre.

« Je veux comprendre la matière. »

Je réponds.

La matière n'est-elle pas l'essence même de la métamorphose ? J'en suis certaine quand je lui réponds. Tellement certaine que je ne quitte pas mon état de légèreté même une fois que les mots ont quitté ma bouche pour s'écraser contre ses oreilles. J'ai complètement oublié mes joues rouges, qui ne doivent plus l'être, mes mains moites, qui ne doivent plus l'être non plus, et la chaleur qui ruisselle sur mon front, qui est toujours là. Je ne doute pas une seconde de ma réponse, sans penser que cette attitude me fait ressembler à elle.

« Parce que c'est la base de la métamorphose. »

Répondre c'est comme se jeter dans l'inconnu. J'ai rarement ce sentiment de me jeter dans le vide : je n'ai absolument aucune idée de la manière dont cette fille - plus âgée que moi en plus - réagira. Je suis toujours impressionnée par elle, bien sûr, mais ce n'est plus du tout le sentiment qui domine. À la fois j'ai les ailes de la passion connaisseuse dans le dos, et les pieds au bord du vide.

Animagus renard polaire
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29 oct. 2021, 19:43
Le Dôme Libre  PV 
Excuse-moi pour ce retard !

Il semblerait que je me sois trompée. Ce qui la motive n’est pas un intérêt un peu banal et un peu ennuyant, non. Cela se comprend à la réponse qu’elle me donne. Elle veut comprendre la matière, elle veut comprendre la Métamorphose. La Métamorphose, ce n’est pas un versant de la magie qui me passionne énormément. Évidemment, j’aime améliorer mes sortilèges, j’aime voir se transformer les choses grâce à la seule force de ma magie et j’aime réussir ce que j’entreprends, peu importe le sujet, mais je ne suis pas exactement passionnée par cette matière-là. Il y a tellement plus intéressant que la Métamorphose qui me parait un peu simple, un peu mécanique. Je crois que le problème, c’est surtout que la Métamorphose m’ennuie. Je peux comprendre, cependant, qu’elle puisse en passionner d’autres. D’ailleurs, peu importe que ce soit ce pan de la magie ou un autre. Cela attise ma curiosité qu’une personne éprouve de la passion pour la magie, quelle qu’elle soit. Il est si rare de voir des jeunes de mon âge, ou plus ou moins mon âge, éprouver un si vif intérêt. Je n’en ai rencontré que peu dans ma vie. Évidemment, Thalia en fait partie. Thalia est vraiment une fille passionnée, c’est ce qui la rend si intéressante — et passionnante, par extension.

Penser à elle me trouble. Son prénom résonne dans mon coeur, il me déconcentre, détourne mes pensées de leur chemin initial. Bordel, elle me manque tellement. Cela fait plus d’un mois que nous sommes séparées, chacune chez soi, et que nos seuls contacts se résument aux lettres que nous nous envoyons régulièrement. Discuter avec elle me manque, sentir son regard sur moi me manque, apercevoir mes sourires me manquent, même s’ils sont plutôt rares.
J’aurais honte si elle entendait ces pensées.
Mais elle ne les entend pas, pas plus que la fille qui se trouve devant moi, alors je m’embourbe dans mes sentiments avec plaisir, le temps d’une seconde, avant de retrouver ma concentration.

Les sourcils un peu froncés, j’observe son visage, son regard, la courbe de ses lèvres. Je la juge. Mérite-t-elle mon intérêt ? Ma foi, elle l’a déjà, cela doit forcément signifier qu’elle le mérite effectivement.

« C’est quoi ton nom de famille ? »

La question m’a échappé mais elle s’est échappée si naturellement et si facilement que l’on pourrait croire que tout était prévu. C’est que j’ai envie de pouvoir me souvenir d’elle, moi. Me souvenir de la fille qui est venue jusque dans la boutique de Papa, peut-être parce qu’en tant que personne futée, elle savait qu’elle ne trouverait pas son bonheur dans une librairie aussi peu intéressante que Fleury et Bott.

« Et pourquoi la Métamorphose ? » insisté-je, le regard braqué sur elle.

*C’est rare*, me répété-je. Rare qu’une personne, pour comprendre un sujet, creuse aussi profondément. En général, les gens se contentent d’ouvrages assez généraux. Pour saisir la Métamorphose, ils auraient lu quelques bouquins sur le sujet, et voilà. Elle, elle s’intéresse à l’Alchimie, une matière compliquée en plus d’être une matière qui n’est pas étudiée à Poudlard, parce qu’elle veut saisir l’essence même de la matière — tout cela pour avoir une connaissance plus poussée de la Métamorphose. Je ne l’avouerais pour rien au monde mais ça m’intrigue.

Appuyée contre la bibliothèque, je fais du mieux que je peux pour ne rien laisser paraître de tout ce qu’il se passe dans mon esprit. Je contrôle les expressions de mon visage, l’angle de mon menton, la force de mon regard ; tout semble montrer que je me fiche à moitié d’être ici ou ailleurs, d’être en sa compagnie ou toute seule. Mais la vérité, c’est que je ne m’en fiche pas du tout.

Quelque part dans mon dos, derrière les bibliothèques remplis de livres, j’entends la voix de Papa. Elle est lointaine et discrète mais bien présente. Cela me réchauffe le coeur.

31 oct. 2021, 18:14
Le Dôme Libre  PV 
Elle me jauge un instant. N'est-ce pas ce qu'elle fait, pendant les quelques secondes qui séparent ma réponse de la sienne ? Je ne suis pas douée pour lire les visages, c'est ma grand-mère qui me le dit souvent, même si c'est souvent de ma cousine ou de son père que nous parlons et je crois que tous les deux sont des cas à part. Je ne sais pas si c'est le fait de croire que je ne suis pas douée qui ne me rend pas douée, mais je crois que cette fille me juge. Bizarrement, cette information entre dans mon cerveau mais n'est même pas traitée, alors qu'un peu plus tôt dans la conversation, un peu plus près de la porte de la boutique, elle m'aurait angoissée. Le fait est que mon esprit se trouve dans ce monde de l'esprit et n'en a que faire de savoir ce que cette fille peut penser de ses passions.

C'est ce qui se passe à l'intérieur de ma tête. De l'autre côté du miroir, à l'extérieur de ma tête, les choses ne sont pas tout à fait les mêmes. La librairie n'est pas tout à fait silencieuse, des rires et des voix - qui appartiennent à ma grand-mère et au libraire - s'envolent en une mélodie agréable et le tintement de la porte retentit de temps à autre. Les choses ne vont pas aussi vite au-dehors que dans ma tête. Et sur ma face, il n'y a qu'un sourire faiblard un peu béat, mais foutrement passionné.

Le temps de se jauger semble terminé et cela pourrait me rassurer, mais je ne ressens rien d'autre que la passion qui me brûle les lèvres et les pensées qui fourmillent à propos de ce lien que je vois apparaître comme par magie entre ces deux disciplines, et dont je me crois capable de parler pendant des heures. Vient la réponse et elle pourrait aussi me surprendre, ce sont les mêmes raisons qui font que mon sourire ne me quitte pas.

Je m'apprête à ouvrir la bouche. On dirait que mes pensées toutes-puissantes me ralentissent dans le vrai monde. Alors je n'ai pas le temps de donner mon nom que déjà voilà une autre question.

Les questions pleuvent sur ma tête et rien au monde ne pourrait me faire plus plaisir. Enfin, ce n'est certainement pas la vérité mais à cet endroit précis et à ce moment précis, c'est probablement vrai. Quand les pensées se bousculent au bord de mes lèvres et que les réflexions que j'entretiens dans ma tête ne demandent qu'à sortir, c'est une aubaine ! Si ma grand-mère m'entendait penser, elle rirait certainement de moi et de mes grands mots comme elle les appelle. Mais elle me le demande, elle me demande pourquoi la métamorphose. Mes yeux s'illuminent alors que j'ouvre la bouche :

« La Métamorphose c'est ma matière préférée, non, c'est ma passion. La métamorphose c'est la matière et la matière c'est nous, c'est ce livre, c'est ce rayon, c'est l'air. Il y a tellement de possibilités avec la métamorphose que je suis certaine de ne jamais toutes les connaître. Je pourrais transformer ce livre en chaussure si je le voulais. Le plus fou, c'est que je pourrais transformer ce livre en oiseau et le laisser s'envoler ! »

Je reprends mon souffle. Mon sourire ne s'efface pas mais un souvenir prend place dans ma tête. Elle est là, cette fille que je vois à peine dans le filtre de la passion qui floue mon regard, et elle détruit ma métamorphose. Mais j'ai été bête, pas vrai, j'ai créé un oiseau dans une bibliothèque. Je secoue la tête.

« Pour un moment. Je fais une courte pause. Mais le monde autour de nous c'est de la matière et on peut le modifier avec la métamorphose. »

Je ne sais pas si ce que je dis est intéressant, je ne me rappelle même pas des mots qui viennent de sortir de ma bouche, mais quoi qu'il en soit je me sens soulagée de les avoir offerts. Le flot de mes pensées s'est apaisé mais le monde de l'esprit s'est aussi refermé pour me faire atterrir dans mes baskets. Ce n'est pas franchement agréable, d'être de retour dans ses baskets.

J'allais presque oublier et comment pour combler, je réponds et demande - alors que je crois connais déjà son prénom :

« Mon nom c'est Macbeth. Et toi ? »

Animagus renard polaire
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8 nov. 2021, 19:48
Le Dôme Libre  PV 
Je hoche la tête, contente. Elle m’a donné son nom, comme je le lui ai demandé. C’est bien, elle sait écouter. Une autre personne à sa place aurait répondu en m’offrant son prénom et son nom. Ou pire encore, seulement son prénom. Mais elle ne le fait pas parce qu’elle sait écouter — tout comme elle sait s’intéresser et se passionner. Elle remonte dans mon estime mais c’est si peu flagrant que j’en prends à peine conscience.

Macbeth. Je note ce nom dans un coin de mon esprit. J’aimerais demander à Macbeth de faire ce qu’elle se dit capable de faire. « Transforme donc ce livre en un oiseau, aimerais-je dire, prouve-moi que tu en es capable, montre-moi ce que tu sais faire. J’ai envie de voir ta magie. » Je pourrais le lui demander mais je me souviens au dernier moment que c’est une élève de Poudlard et qu’elle ne peut pas utiliser la magie en dehors de l’école. C’est dommage. Une moue se dessine sur mon visage. Je hoche la tête de haut en bas et réponds sans même avoir conscience de le faire :

« Bristyle. »

comme l’homme qui est en train de parler à celle qui t’accompagne. Je garde la fin de ma phrase pour moi. Elle n’en a rien a faire que le libraire soit mon père, qu’il est celui à qui appartiennent les livres qui se trouvent dans ses mains. Et moi non plus je n’en ai rien à faire. La seule chose qui m’intéresse, ce sont les mots qu’elle a prononcé un peu plus tôt et qui ont éveillé dans mon coeur une étincelle d’intérêt. Pas seulement une étincelle, d’ailleurs. Un réel intérêt. C’est rare que sortent de la bouche d’une personne de quasiment mon âge des mots aussi intéressants. C’est rare, la passion, chez une aussi jeune personne.

« Transformer le monde ? La magie peut le faire, oui, pas que la Métamorphose. »

Mais ça, elle le sait, j’en suis persuadée. Je plonge dans son regard et m’y perds un instant. Je crois qu’elle est comme moi. Enfin, un peu ; personne ne peut tout à fait être comme moi. Mais elle, elle ressent la magie avec sincérité, elle comprend ce qu’elle est et ce qu’elle nous apporte au quotidien. C’est une vraie sorcière qui comprend les vraies choses de la vie. Les seules qui comptent.

« C’est ça que tu veux faire avec ta magie ? Transformer le monde ? Il te convient pas comme il est ? »

Je m’en fiche de ce qu’elle pense du monde. Qu’elle veuille le transformer ou non, en quoi cela est-il mon problème ? Moi, je sais ce que je veux faire du monde. Je n’ai aucune envie de le transformer ou le changer, je n'en ai que peu faire d’avoir un réel impact sur lui. Ce qui m’intéresse, c’est tout ce que l’on peut faire avec la magie. Absolument tout. Allumer le bout de sa baguette ou dépasser les frontières du monde, être capable de faire des choses que je ne peux pas faire au jour d’aujourd’hui. Et quand j’y serais parvenue ? Continuer, encore, parce qu’après tout je serai toujours confrontée à la difficulté, quelle qu’elle soit. C’est ça, la vie. Continuer d’avancer quoi qu’il arrive.

Je m’éloigne légèrement de la bibliothèque contre laquelle je suis appuyée et me tords la nuque pour tenter d’apercevoir Papa. Il m’est caché par les étagères mais ce n’est pas grave. Je le devine, j’entends sa voix. Cela me fait sourire. Malgré la chaleur étouffante qui règne dehors, malgré ma fatigue et ma lassitude, je me sens bien.

Quelque chose d’étrange flotte dans l’air. Je mets un moment avant de comprendre que ce sentiment vient de moi et non pas de l’extérieur. Cette sensation, je la ressens toujours lorsque je me rends compte qu’il existe des personnes dans ce monde qui peuvent me ressembler. Cela me fait un peu peur. C’est que je ne sais pas, moi, comment me comporter avec ces personnes. Et elle, sait-elle comment se comporter avec moi ? Se pose-t-elle toutes ces questions ? J’en doute fortement. Il n’y a que moi pour penser à ça alors qu’il y a tellement plus intéressant. Comme souvent, j'ignore mes questionnements ; ils n’ont aucune importance. Je me retourne vers Macbeth. Peut-être que j'ai envie, au fond de moi, que cet instant perdure. Je suis tellement obnubilée par la vie languissante du domaine Bristyle que j’en avais oublié que parfois les Autres peuvent avoir de la conversation. Je veux dire, ces gens qui ne sont pas ma famille et que je ne connais pas. Cela me rappelle que la rentrée s’approche de plus en plus rapidement et que bientôt, je serais forcée de retourner au château. Non, pas forcée. J’aurais le bonheur d’y retourner, de retrouver Thalia, la bibliothèque, les cours, les professeurs, les longues soirées à réviser. J’ai hâte. Et j’ai hâte aussi de rentrer à la Maison pour retrouver mes frères, d’être à demain pour que l’on aille tous se promener dans la forêt comme c’est prévu que nous le fassions. En attendant, c’est ici que se déroule ma vie.

Mes yeux parcourent les rayons remplis de livres. Quel était le titre de cet ouvrage que j’ai lu il y a plusieurs mois, déjà ? Celui qui parlait de Métamorphose avancée et qui m’avait passionné ? Je pourrais peut-être le lui conseiller ? Bah, ce n’est pas moi la libraire. Papa se chargera bien de trouver autre chose à lui vendre si jamais il y pense.

11 nov. 2021, 11:02
Le Dôme Libre  PV 
Et comme me revoilà de nouveau dans mes baskets, j’ai l’impression de retrouver cette enveloppe de chair et d’os après un périple dans les hauteurs de l’esprit. Les fourmis dans les doigts, les paumes moites, les bras endoloris de soutenir ces trois ouvrages, le front transpirant, toutes ces sensations reviennent une à une à mesure que je retourne à la réalité. C’est particulièrement désagréable de quitter cet état de transe, sans avoir le souvenir net des paroles qui sont sorties de ma bouche, et de voir toutes ses pensées pleines de passion se tasser et se faire avaler par des pensées moins jouasses, plus terre-à-terre, plus proche de ma réalité. Car je ne suis qu’une sorcière de troisième cycle, je n’ai même pas commencé ce troisième cycle, de Poudlard, à qui on apprend la magie blanche et c’est tout.

Je secoue la tête. Non, je ne suis pas que ça. Je suis bien plus que ça, et si je le sais au fond de moi, il y a cette petite voix, cette insécurité, ce quelque chose, qui veut me faire croire que je ne le suis pas. Que je ne suis pas une sorcière passionnée au potentiel énorme, que je ne suis pas de devenir un jour la sorcière la plus puissante du monde magique, que je ne suis pas capable un jour de savoir tout ce qu’il y a à savoir sur la magie. Que je ne suis pas capable de passer maître en Métamorphose et étendre mes connaissances à tout ce qui s’en rapproche pour finir par recouvrir tous les domaines de la magie qui coule dans mes veines. Je la sens, je peux la sentir, parfois : surtout quand la passion prend le dessus et que je me laisse aller. L’insécurité s’en est retournée dans son trou.

Bristyle alors ? Ce nom me plaît. Il sonne comme le nom d’une grande sorcière.

« Pas que la Métamorphose, oui.... »

J’acquiesce avant de me mettre à réfléchir à la question suivante, l’insécurité toujours bien loin de ma tête. Le monde, ah, le monde. N’est-ce pas difficile de porter un regard sur le monde ? Il est tellement vaste qu’on ne peut que se tromper en faisant des généralités. Ma grand-mère me l’a dit souvent et je pourrais presque citer toutes les fois où je me suis trompée en faisant une généralité sur le monde, et c’est autant de fois où je ne me tromperais plus sur lui. Alors, le monde ne me plait-il pas comme il est ?

« Le monde est trop grand pour que je sache s’il me plaît ou pas... »

Je commence, alors que mes yeux se perdent dans les rayonnages. Dans ma vision périphérique, je vois Bristyle faire à peu près la même chose, en se décalant de cette étagère contre laquelle elle était appuyée pour regarder je ne sais pas exactement où, mais ce qui est sûr c’est que c’est entre les livres.

Ma magie, qu’est-ce que je veux en faire ? Ma grand-mère répondrait qu’elle veut rendre sa magie utile, je le sais, je le lui ai déjà demandé. Alors j’ai déjà réfléchi à cette question pour ma propre magie, et au contraire de ma grand-mère qui veut rendre sa magie utile à tout le monde, utile au monde, je ne suis pas sûre que ce soit mon cas. Mais en tout cas, un petit sourire sur le visage, en replaçant les trois ouvrages que j’ai sur mes bras endoloris, je réponds :

« Je veux faire absolument tout ce que je peux faire avec ma magie. »

Ma voix s’élève dans le rayon du Dôme Libre. Le silence qui suit est si profond que je réalise qu’il s’est étendu à toute la boutique. Les voix du libraire et de ma grand-mère ne s’élèvent plus comme elles le faisaient encore quelques instants plus tôt – même si je ne sais pas bien quand elle se sont tues. Je tends le cou et les oreilles, alors que des pas s’avancent vers le rayon dans lequel je me trouve toujours, en compagnie de Bristyle.

« Adaline ? Tu as trouvé ce que tu cherchais ? »

Demande ma grand-mère, de l'autre côté des rayonnages.
Dernière modification par Adaline Macbeth le 5 mars 2022, 16:08, modifié 1 fois.

Animagus renard polaire
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27 nov. 2021, 18:05
Le Dôme Libre  PV 
Mes yeux s’arrachent des rayonnages pour revenir sur Macbeth. Mon coeur sursaute, ma bouche s’entrouvre légèrement. Je veux faire tout ce que je peux faire avec ma magie. *Merde, alors*. Je ne m’attendais pas à cela. C’est exactement ce que moi j’aurais pu répondre à sa place, à un mot près. C’est exactement que ce je voulais qu’elle réponde tout en pensant que personne n’était capable de me donner une réponse de ce genre. Après tout, la plupart des gens se contente de ce qui leur tombe entre les mains ou sous les yeux, ils ne veulent pas dépasser les limites, avancer malgré tout, savoir toujours plus. Les seules personnes différentes que j’ai rencontré se comptent sur les doigts d’une main. Thalia, évidemment. Loewy. Zakary, et encore. Maman. D’autres personnes avaient cette envie mais ce n’était pas un besoin, ce n’était pas ardant chez eux, ce n’était pas au point de passer le pas et de donner tout ce qu’ils avaient pour avoir ce qu’ils désiraient. Je suis surprise, donc, de rencontrer au hasard comme ça, au détour d’un rayon de ma propre librairie, une personne qui me ressemble un peu, une personne réellement intéressée. Ça me fait quelque chose d’étrange, ça me touche.

Une voix de vieille m’interrompt dans mes pensées. Je me tords la nuque pour trouver la propriétaire de la voix. Je prends conscience que mon père ne parle plus et fais rapidement le lien : cette personne doit être celle qui accompagne Macbeth, sa grand-mère certainement. Le prénom de cette fille serait donc Adaline ? Adaline Macbeth. Je remercie silencieusement la vieille de m’avoir donné une information que je ne serais jamais allée chercher de moi-même.

Je m’éloigne un peu plus des rayons et me redresse, consciente que la conversation va prendre fin. Je rends son regard à Macbeth et lui réponds à mi-voix, parce que ce que je veux lui dire ne concerne personne d’autre :

« Pas ce que tu peux mais ce que tu veux. Tu peux faire tout ce que tu veux. »

Mon regard entrecroisé avec le sien, je m’étonne moi-même de ce qui arrive ensuite. Un léger sourire m’étire les lèvres. Si léger qu’il est presque invisible mais il est pourtant bien là, bien réel et il veut dire ce qu’il veut dire : que j’apprécie cette conversation. Je ne sais pas si je l’apprécie elle, après tout elle n’est qu’une Autre, mais en tout cas elle n’est pas inintéressante et je sais que son souvenir restera vivace dans mon esprit. Elle m’a donné envie de m’arracher à la torpeur de cette journée pour faire quelque chose de concret. Apprendre, étudier, rechercher. Ce que je ferai une fois qu’elle m’aura laissé seule dans cette partie de la librairie — puisqu’il m’est impossible de rejoindre l’arrière-boutique, mes frères y faisant les abrutis.

Je me déplace doucement, contourne Macbeth et m’enfonce plus encore dans l’obscurité du Dôme Libre.

« On se croisera peut-être au château, » conclus-je sans me retourner vers elle.

J’offre mon regard aux rayonnages et me dresse sur la pointe des pieds, l’index se baladant sur le dos des ouvrages à la recherche du livre qui me fera vibrer pour la prochaine heure. Je ne sais pas ce que je veux exactement mais je finirai bien par trouver.


Et bien, on dirait qu’Adaline a touché Aelle, j’en suis la première surprise et la première ravie. Je suis certaine que ça nous mènera à de très jolies choses, tout ça !
Je ne suis pas bien certaine que ce soit terminé, tout dépendra évidemment d’Adaline. Aelle ne restera pas sourde à ses paroles.

2 sept. 2022, 21:11
Le Dôme Libre  PV 
Je me suis figée en entendant la voix de ma grand-mère et je me suis raidie encore deux fois plus quand j'ai entendu la réponse de Bristyle. Une réponse donnée à mi-voix, comme un secret qu'il faut que je garde pour moi et pour moi seule, comme un truc un peu honteux mais merveilleux. Alors je me dis qu'elle pense la même chose de sa magie et de ce qu'elle veux faire avec. Tout. Je suis certaine qu'elle n'est pas branchée sauver le monde, au contraire de ma grand-mère.

Alors j'écoute ses paroles et, quand elle fait volte-face en me lançant une espèce d'invitation, je ne peux m'empêcher de sourire. J'essaie de faire en sorte que ce sourire ne soit pas trop béat, pour ne pas avoir l'air débile, et puis je me retourne à mon tour pour aller à la rencontre de ma grand-mère.

« Oui, j'ai trouvé tout ce que je voulais ! »

Je lui réponds à haute voix, sans pour autant m'exclamer de joie, avec de l'assurance et même un peu de fierté.

En retrouvant ma grand-mère, je lui souris avec un air étrange et cela lui suffit pour ne pas me poser ses questions tout de suite. Et puis elle voit la sueur qui perle de mon front et elle n'ose pas me déranger sur mon chemin jusqu'au comptoir. Elle m'emboîte le pas en zieutant les couvertures des trois livres que j'ai choisi. Un sur la magie africaine, un sur l'école de Uagadou, un sur la magie informulée.

Je les pose lourdement sur le comptoir en poussant un soupir de soulagement, il faut dire qu'ils sont sacrément lourds, ces bouquins ! Et que ça fait un bout de temps que je les soutient à bout de bras ! Alors je me dégourdis les bras en les secouant pendant que le libraire inspecte mes livres pour trouver leur prix.

Je n'entends même pas le prix que ma grand-mère a déjà dégainé sa bourse pour les régler.

« Je te rembourserai... »

Je lui souffle alors que nous sortons du Dôme Libre avant un sac rempli de bouquins, des étoiles pleins les yeux et le sourire jusqu'aux oreilles.

Le souvenir de ce moment dans ce cadre que j'aime tant et la rencontre avec cette fille resteront gravés dans ma mémoire. Bien sûr, je la connaissais déjà, cette fille de Poudlard. Mais je ne la connaissais pas sous cet angle et elle ne m'avait jamais parlé aussi... passionnément. Cela fait du bien, de laisser parler ses passions sans avoir honte, je devrais être plus comme ça. Bien, voilà ma nouvelle résolution pour la rentrée.

Nous transplanons au bout de la rue et, en arrivant au hameau, je vomis encore. Maudit mal des transports !


Fin.

Animagus renard polaire
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