On s'connait ?
C’est un regard curieux que je dépose sur elle. Je profite qu’elle baisse la tête pour l’observer sans vergogne, essayant de la comprendre en décryptant son attitude. Il faudrait que je sois aveugle pour ne pas remarquer combien elle est gênée et mal à l’aise devant moi, très certainement parce que je l’intimide. Il y a une minute tout juste cette gamine tremblait d’effroi et désormais ses joues sont recouvertes du rouge de la gêne — qu’est-ce qui l’a fait passer d’un état à l’autre ? Je suis incapable de répondre à cette question et bientôt, celle-ci tombe dans l’oubli. Il y a des choses bien plus intéressantes à savoir que comprendre le comportement d’une Autre. Rien chez elle ne m’intéresse. Exceptés ses compliments, certes.
Contrairement à ce que je pensais, sa réponse ne me déçoit pas. Oh, elle m’agace puisqu’elle est envahie par l’hésitation et les balbutiements — Merlin seul sait combien je hais les balbutiements depuis quelques mois. J’aimerais secouer cette fille pour la faire parler avec davantage de clarté ; ne lui ai-je pas déjà conseillé de mieux s’exprimer afin de mieux se faire comprendre ? Encore une Autre incapable de suivre les conseils avisés d’une personne lui étant supérieure sur bien des points. Sa réponse, donc, ne me déçoit pas mais elle me surprend quelque peu. Comment ça, ça se voit ? Qu’est-ce qui se voit ? Le fait que je sois unique ? Certes, je sais bien que je suis sensiblement différente des Autres. J’ai toujours cru que c’était un savoir que seule moi, et quelques privilégiés, détenais. Pourtant, voilà qu’une inconnue me prouve le contraire. Cela me trouble. Son comportement me trouble : si elle est capable de déceler cette particularité chez moi, que peut-elle voir d’autre ? Je suis mal à l’aise à l’idée d’être, soudainement, si facilement discernable. Je ne suis pas habituée à cela.
Perdue dans mes réflexions, je prends quelques secondes pour répondre à la jeune fille. Les sourcils froncés, je lui offre un regard oscillant entre la perplexité et l’agacement — j’en remercie sa dernière phrase qui me permet de reprendre le contrôle de la situation.
« Zikomo ne reste pas avec moi parce que je suis unique, dis-je d’une voix dédaigneuse, mais parce qu’il m’aime. »
Je n’aime pas parler des sentiments, que ce soit les miens ou ceux des autres. C’est terriblement gênant et absolument inutile de le faire — les sentiments et les émotions, c’est fait pour rester à l’intérieur, pas pour être étalés en public. Pourtant, cette fois-ci je ne frémis pas ni ne détourne les yeux en prononçant ces mots. S’il y a bien une chose dont je suis certaine, c’est l’amour de Zikomo. Tout comme je ne saurais remettre en question l’amour que me porte ma famille (chose dont j’étais incapable il y a deux ans à peine, mais c’est une autre histoire).
C’est très rassurant que cette fille me prouve qu’elle ne me connaît pas tant que cela. Mon trouble en est apaisé, je peux profiter sereinement du simple bonheur de savoir qu’il existe dans ce monde certaines personnes assez avisées pour comprendre combien mes différences me rendent unique.
Contrairement à ce que je pensais, sa réponse ne me déçoit pas. Oh, elle m’agace puisqu’elle est envahie par l’hésitation et les balbutiements — Merlin seul sait combien je hais les balbutiements depuis quelques mois. J’aimerais secouer cette fille pour la faire parler avec davantage de clarté ; ne lui ai-je pas déjà conseillé de mieux s’exprimer afin de mieux se faire comprendre ? Encore une Autre incapable de suivre les conseils avisés d’une personne lui étant supérieure sur bien des points. Sa réponse, donc, ne me déçoit pas mais elle me surprend quelque peu. Comment ça, ça se voit ? Qu’est-ce qui se voit ? Le fait que je sois unique ? Certes, je sais bien que je suis sensiblement différente des Autres. J’ai toujours cru que c’était un savoir que seule moi, et quelques privilégiés, détenais. Pourtant, voilà qu’une inconnue me prouve le contraire. Cela me trouble. Son comportement me trouble : si elle est capable de déceler cette particularité chez moi, que peut-elle voir d’autre ? Je suis mal à l’aise à l’idée d’être, soudainement, si facilement discernable. Je ne suis pas habituée à cela.
Perdue dans mes réflexions, je prends quelques secondes pour répondre à la jeune fille. Les sourcils froncés, je lui offre un regard oscillant entre la perplexité et l’agacement — j’en remercie sa dernière phrase qui me permet de reprendre le contrôle de la situation.
« Zikomo ne reste pas avec moi parce que je suis unique, dis-je d’une voix dédaigneuse, mais parce qu’il m’aime. »
Je n’aime pas parler des sentiments, que ce soit les miens ou ceux des autres. C’est terriblement gênant et absolument inutile de le faire — les sentiments et les émotions, c’est fait pour rester à l’intérieur, pas pour être étalés en public. Pourtant, cette fois-ci je ne frémis pas ni ne détourne les yeux en prononçant ces mots. S’il y a bien une chose dont je suis certaine, c’est l’amour de Zikomo. Tout comme je ne saurais remettre en question l’amour que me porte ma famille (chose dont j’étais incapable il y a deux ans à peine, mais c’est une autre histoire).
C’est très rassurant que cette fille me prouve qu’elle ne me connaît pas tant que cela. Mon trouble en est apaisé, je peux profiter sereinement du simple bonheur de savoir qu’il existe dans ce monde certaines personnes assez avisées pour comprendre combien mes différences me rendent unique.
On s'connait ?
Je pris une grande inspiration. *Patience, bientôt tu pourras retourner dans ton dortoir, fière d’avoir berné la maîtresse de cet incroyable-renard-bleu* Sa voix m’énervait. Elle se pensait supérieure aux autres et j’avais envie de hurler, de lui cracher à la figure que je lui racontais n’importe quoi depuis le début, que je la trouvais aussi unique qu’une goutte d’eau au milieu du Lac Noir. Personne à Poudlard n’était unique, elle n’était pas la perle rare au milieu de nous tous. Elle était une élève comme les autres – vivement qu’elle redescende de son petit nuage où elle était la reine du monde.
Mais alors, devais-je continuer à jouer ce rôle de petite première année apeurée par la Poufsouffle ? J’étais très timide, réservée, introvertie – en apparence du moins. Dans ma tête ou avec mes proches, j’étais toujours moi-même, j’étais plus bavarde et j’aimais rire. Alors, si dans ma tête, toutes sortes d’idées de répliques s’imposaient à moi, étais-je capable de les lui dire ? Ou alors, devais-je continuer à la flatter en m’empourprant et baissant les yeux ? Mais je pouvais surtout… La flatter et passer au niveau d’au-dessus. Cette conversation était un jeu stratégique, une bataille navale que je remportais peu à peu avec des phrases loufoques, toutes droites sorties d’un livre.
– Mais… Zikomo… Il t’aimerait autant si tu étais comme tous les autres ? Si t’étais pas unique, si t’étais… comme tous les élèves… comme moi… Il t’aimerait et resterait avec toi ?
Je haussai les épaules et baissai la tête. Après chaque mot prononcé, j’avais ce petit coup de stress, cette envie de savoir ce qu’elle pouvait bien répondre à ça, savoir que j’avais touché-coulé son porte-avion alors qu’elle lançait toutes ses bombes à l’eau. Je m’éloignai de quelques pas hésitants et levai la tête. Fallait-il que je parle ? J’avais envie de lui dire qu’elle était tombée dans un piège. De lui montrer que j’étais plus forte, qu’elle ne pouvait pas dominer le monde par la force de son narcissisme. Mais que pouvais-je dire pour lui apprendre cela ?
– Zikomo doit être vraiment unique pour savoir distinguer les personnes spéciales. *blanc* Je parie que, si tu étais une créature, tu serais aussi unique comme lui, le… seul spécimen du monde…
Mes excuses pour ce retard. J'espère que cette partie de combat naval saura me faire pardonner !
Mais alors, devais-je continuer à jouer ce rôle de petite première année apeurée par la Poufsouffle ? J’étais très timide, réservée, introvertie – en apparence du moins. Dans ma tête ou avec mes proches, j’étais toujours moi-même, j’étais plus bavarde et j’aimais rire. Alors, si dans ma tête, toutes sortes d’idées de répliques s’imposaient à moi, étais-je capable de les lui dire ? Ou alors, devais-je continuer à la flatter en m’empourprant et baissant les yeux ? Mais je pouvais surtout… La flatter et passer au niveau d’au-dessus. Cette conversation était un jeu stratégique, une bataille navale que je remportais peu à peu avec des phrases loufoques, toutes droites sorties d’un livre.
– Mais… Zikomo… Il t’aimerait autant si tu étais comme tous les autres ? Si t’étais pas unique, si t’étais… comme tous les élèves… comme moi… Il t’aimerait et resterait avec toi ?
Je haussai les épaules et baissai la tête. Après chaque mot prononcé, j’avais ce petit coup de stress, cette envie de savoir ce qu’elle pouvait bien répondre à ça, savoir que j’avais touché-coulé son porte-avion alors qu’elle lançait toutes ses bombes à l’eau. Je m’éloignai de quelques pas hésitants et levai la tête. Fallait-il que je parle ? J’avais envie de lui dire qu’elle était tombée dans un piège. De lui montrer que j’étais plus forte, qu’elle ne pouvait pas dominer le monde par la force de son narcissisme. Mais que pouvais-je dire pour lui apprendre cela ?
– Zikomo doit être vraiment unique pour savoir distinguer les personnes spéciales. *blanc* Je parie que, si tu étais une créature, tu serais aussi unique comme lui, le… seul spécimen du monde…
Mes excuses pour ce retard. J'espère que cette partie de combat naval saura me faire pardonner !
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On s'connait ?
C’est un long, très long regard que je dépose sur la blonde. Mes sourcils froncés doivent certainement le rendre plus sombre qu’il ne l’est réellement — impossible de les lisser, ces sourcils. Il faut dire que cette petite chose devant moi est étrange. Elle parle, elle parle beaucoup mais elle ne dit plus grand chose. Oh, des compliments elle sait en faire. Et je les apprécie, certes, je me l’avoue maintenant et tout à l’heure je me ferai le devoir de l’oublier. Mais les compliments, c’est un peu comme les sourires : quand ils sont trop nombreux, ils deviennent suspect. Et Merlin, je ne déteste rien de plus que douter. Le doute fait mal, le doute fait se remettre en question. N’y-a-t-il rien de plus chronophage dans la vie que la remise en question ? Le monde est rempli de tant de belles choses ! Pourquoi gaspiller son temps avec des sentiments aussi peu intéressants que le doute ? Et puis, cette fille s’entend-elle seulement parler ? De l’intérêt qui est naît de mon appréciation de ses compliments ne reste désormais plus grand chose. C'est assez soudain mais pas inhabituel. Il arrive parfois aux Autres de paraître autre que ce qu'ils sont réellement. La plupart du temps, cette prise de conscience s'accompagne d'un douloureux sentiment de déception — pas aujourd'hui.
Pendant que la fille se perd dans son discours qui n’impressionne plus personne, un sourire grimpe sur mes lèvres. Oh, il est étonnant ce sourire ! Si naturel que je ne peux l’empêcher d’exister. A voir de l’extérieur, il doit être plutôt joli à observer. Le genre de sourire qui fait se dire : « Oh, elle doit être heureuse si elle sourit aussi bien ! ». Quelle erreur de croire cela ! Parce que cette grimace n’est pas un reflet de mon bonheur, non. Il est celui de l’agacement qui fait son nid dans mon cœur. Agacement qui risque fort de se transformer en colère si cette gamine continue de remettre en doute l’immense amour que me porte Zikomo. Parce que c’est ce qu’elle fait ! Il t’aimerait autant si tu étais comme tous les autres ? Qui est-elle, Merlin, qui est-elle pour oser dire une telle chose ? Pour oser poser une telle question ?
« Je déteste ça ! affirmé-je tout à coup, mon regard braqué elle. Je déteste les gens qui perdent leur temps avec des et si. »
C’est d’un ennuyant… Cette tendance à refaire le monde avec des suppositions n’est-elle pas, après tout, une preuve flagrante de bêtise ? Il n’y a que les idiots pour se fatiguer avec ce qui pourrait être au lieu de se concentrer sur ce qui est.
« Sérieux, tu t’entends ? A quoi ça sert, ce que tu viens de dire ? Tu viens de perdre dix secondes à dire… De la merde. »
Elle m’a tout de même soufflé, sans doute possédée par une soudaine vérité, que j’étais une personne spéciale. J’aurais pu récompenser cet éclair de lucidité si seulement cette fille ne s’était pas montrée aussi peu fascinante. Et tout à coup, je l’érige en ambassadrice des Autres : elle est le plus parfait des spécimens de ce peuple que j'exècre.
« Moi, je parie que t’as absolument aucune idée de ce que tu es en train dire. »
Certes… Mais alors, pourquoi me complimente-t-elle ? Et les revoilà, les doutes ! Ils grandissent dans mon cœur ! Les compliments sont toujours sincères, non ? J’ai déjà décidé tout à l’heure que cette fille n’avait aucun intérêt à me mentir puisqu’elle ne me connaissait pas. Désormais, je ne sais plus que penser.
Nul besoin de te faire pardonner.
Eryne par contre... Ouh, mais cette enfant est terrible... Elle me fiche des frissons dans le dos. Moi qui la croyais gentille et innocente ; quelle fatale erreur que de croire cela ! A côté de cela, Aelle n'est-elle pas une jeune personne absolument charmante ?
Pendant que la fille se perd dans son discours qui n’impressionne plus personne, un sourire grimpe sur mes lèvres. Oh, il est étonnant ce sourire ! Si naturel que je ne peux l’empêcher d’exister. A voir de l’extérieur, il doit être plutôt joli à observer. Le genre de sourire qui fait se dire : « Oh, elle doit être heureuse si elle sourit aussi bien ! ». Quelle erreur de croire cela ! Parce que cette grimace n’est pas un reflet de mon bonheur, non. Il est celui de l’agacement qui fait son nid dans mon cœur. Agacement qui risque fort de se transformer en colère si cette gamine continue de remettre en doute l’immense amour que me porte Zikomo. Parce que c’est ce qu’elle fait ! Il t’aimerait autant si tu étais comme tous les autres ? Qui est-elle, Merlin, qui est-elle pour oser dire une telle chose ? Pour oser poser une telle question ?
« Je déteste ça ! affirmé-je tout à coup, mon regard braqué elle. Je déteste les gens qui perdent leur temps avec des et si. »
C’est d’un ennuyant… Cette tendance à refaire le monde avec des suppositions n’est-elle pas, après tout, une preuve flagrante de bêtise ? Il n’y a que les idiots pour se fatiguer avec ce qui pourrait être au lieu de se concentrer sur ce qui est.
« Sérieux, tu t’entends ? A quoi ça sert, ce que tu viens de dire ? Tu viens de perdre dix secondes à dire… De la merde. »
Elle m’a tout de même soufflé, sans doute possédée par une soudaine vérité, que j’étais une personne spéciale. J’aurais pu récompenser cet éclair de lucidité si seulement cette fille ne s’était pas montrée aussi peu fascinante. Et tout à coup, je l’érige en ambassadrice des Autres : elle est le plus parfait des spécimens de ce peuple que j'exècre.
« Moi, je parie que t’as absolument aucune idée de ce que tu es en train dire. »
Certes… Mais alors, pourquoi me complimente-t-elle ? Et les revoilà, les doutes ! Ils grandissent dans mon cœur ! Les compliments sont toujours sincères, non ? J’ai déjà décidé tout à l’heure que cette fille n’avait aucun intérêt à me mentir puisqu’elle ne me connaissait pas. Désormais, je ne sais plus que penser.
Nul besoin de te faire pardonner.
Eryne par contre... Ouh, mais cette enfant est terrible... Elle me fiche des frissons dans le dos. Moi qui la croyais gentille et innocente ; quelle fatale erreur que de croire cela ! A côté de cela, Aelle n'est-elle pas une jeune personne absolument charmante ?
On s'connait ?
Je lui jetai un timide coup d’œil et là, surprise, un sourire illuminait son visage. Interloquée, je me demandais je flattais autant son ego. Moi, si une inconnue m’abordait pour me dire à quel point j’étais merveilleusissime, je l’aurais remerciée mais je n’aurais certainement pas sourit bêtement sans rien dire. Loin de là. J’attendis un instant sa réponse en tripotant le bas de ma robe. C’était une vieille manie qui revenait sans cesse, quand j’étais stressée, timide, ennuyée ou simplement que je réfléchissais. Dans ce cas-ci, je songeais. Aussi narcissique et imbue d’elle-même soit mon interlocutrice, je devais admettre que, *quelque part*, elle devait bien avoir quelque chose de différent. « On est tous différents, c’est notre seul point commun », aimait me répéter Granny. Alors, même violente et antipathique, pourquoi l’étrange animal bleu la suivait ou qu’elle aille, suscitant vive émotion derrière son passage ? Peut-être qu’il manquait simplement de jugeote. Il y avait plein de personnes gentilles et agréables à Poudlard, que Zikomo pouvait apprécier. Du même l’âge que la grande, je songeai immédiatement à Maddie, la propriétaire de Noimine. Pourquoi le renard ne l’avait pas adoptée comme maîtresse ? Enfin, pas maîtresse, cela vexerai très certainement l’*agréable* Jaune devant moi.
Je sursautai quand elle m’apostropha et levai des yeux terrifiés vers la bouche d’où sortaient ces mots, soudain si violents. Je ne comprenais pas : elle ne souriait pas il y avait à peine quelques instants ? Qu’est-ce qui avait changé, pourquoi soudain s’énervait-elle contre moi ? Avait-elle découvert mon petit jeu ? Vexée, je me renfermai. Ceux qui me connaissaient le mieux pouvaient sûrement comprendre que j’étais passée en mode « têtue » : je prenais un air buté en baissant la tête et répondais – silencieusement – à ses injures.
*J’ai pas dit « et si ». Si t’m’avais écouté, t’aurais pas entendu « et si ». J’ai dit « si », et c’est pas pareil. Et puis, peut-être que c’est pas juste une hypothèse. Peut-être que t’es pas aussi spéciale que t’le crois, la grande ! Peut-être que Zikomo est juste le renard le plus bête, le seul qui se daignerait de t’approcher, et juste parce qu’il a le même QI que toi !*
Peut-être m’emportais-je, aussi. Je levai des yeux perçants, énervés, vers elle, mais les baissai aussi tôt, ruminant des réponses inaudibles.
*Ouais, j’m’entends. Parce que, tiens donc, je parle. Et je suis par sourde. Et j’entends pas des « et si » où y’en a pas.* Définitivement, je devais bannir le mot « salut » de mon vocabulaire. *Ça sert à t’embobiner. À m’amuser. Parce que tu m’as adressé la parole et que tu es prête à croire n’importe qu’elle personne qui te f’rait un compliment.*
Quand elle prononça ce mot, ce mot interdit, je me figeai, mes pensées se turent et mon corps se mit en alerte. Ma réaction était sûrement disproportionnée mais, du haut de mes douze ans – et oui, douze ans depuis hier, si ce n’était pas classe ça ? – je n’employais pas ce genre de vocabulaire. Et encore, elle n’avait pas fini de m’engueuler. Maintenant elle me signalait que je racontais n’importe quoi.
*…*
Je n’étais pas non plus du genre à m’emporter pour un rien, à m’énerver, à perdre patience, mais ça, la phrase qu’elle me lança ensuite ! Ce fut la goutte qui déborda le vase. Mon anniversaire m’avait donné de l’assurance ? Me sentir supérieure à sa mentalité narcissique me donnait des ailes ? Aucune idée, mais les mots sortirent seuls de ma bouche, s’envolèrent pour lui donner quelques grosses baffes.
*JE SAIS CE QUE JE DIS. J’TE MANIPULE*
– C’est moi, qui sait pas ce que je dis ? Moi ? ma voix était aiguë et peut-être pas aussi forte que ce que je voulais mais c’était déjà un bon début. SI je sais. Parce que moi, j’me suis pas fait débilement berner par une première année. Moi j’me prends pas pour une reine, j’pense pas qu’je contrôle le monde. Moi, j’suis pas comme Alison, qui pose ses questions comme ça : MOI JE TE COMPLIMENTE ET JE TE DIS À QUEL POINT T’ES MERVEILLEUSE POUR SAVOIR CE QU’EST ZIKOMO. En cinq minutes, j’ai eu plus qu’elle en une engueulade entière.
Je pris une grande inspiration, la dévisageai et prononçai des mots que jamais je n’avais pensé dire à quelqu’un, encore moins du double de mon âge.
– Merci pour ces infos, HEIN, *grosse débile narcissique*, et AU REVOIR.
Sur ce regard tranchant, je me tournai, tapai à toute vitesse le rythme sur les tonneaux pour m’y faufiler, avant de… récolter ce que j’avais semé.
Oups.
J'étais censée répondre que non, Aelle était tout sauf charmante et ma petite, adorable, sauf quand on la cherchait, mais c'était sans compter qu'elle s'emporte... Promis, faut vraiment l'énerver pour qu'elle se comporte comme ça : il faut croire qu'Aelle a un don ! Par contre, je pense que, si Eryne ne rentre pas très très très vite en salle commune, elle va avoir quelques problèmes...
Qui ne m'amusent pas du tout (ahum).
Je sursautai quand elle m’apostropha et levai des yeux terrifiés vers la bouche d’où sortaient ces mots, soudain si violents. Je ne comprenais pas : elle ne souriait pas il y avait à peine quelques instants ? Qu’est-ce qui avait changé, pourquoi soudain s’énervait-elle contre moi ? Avait-elle découvert mon petit jeu ? Vexée, je me renfermai. Ceux qui me connaissaient le mieux pouvaient sûrement comprendre que j’étais passée en mode « têtue » : je prenais un air buté en baissant la tête et répondais – silencieusement – à ses injures.
*J’ai pas dit « et si ». Si t’m’avais écouté, t’aurais pas entendu « et si ». J’ai dit « si », et c’est pas pareil. Et puis, peut-être que c’est pas juste une hypothèse. Peut-être que t’es pas aussi spéciale que t’le crois, la grande ! Peut-être que Zikomo est juste le renard le plus bête, le seul qui se daignerait de t’approcher, et juste parce qu’il a le même QI que toi !*
Peut-être m’emportais-je, aussi. Je levai des yeux perçants, énervés, vers elle, mais les baissai aussi tôt, ruminant des réponses inaudibles.
*Ouais, j’m’entends. Parce que, tiens donc, je parle. Et je suis par sourde. Et j’entends pas des « et si » où y’en a pas.* Définitivement, je devais bannir le mot « salut » de mon vocabulaire. *Ça sert à t’embobiner. À m’amuser. Parce que tu m’as adressé la parole et que tu es prête à croire n’importe qu’elle personne qui te f’rait un compliment.*
Quand elle prononça ce mot, ce mot interdit, je me figeai, mes pensées se turent et mon corps se mit en alerte. Ma réaction était sûrement disproportionnée mais, du haut de mes douze ans – et oui, douze ans depuis hier, si ce n’était pas classe ça ? – je n’employais pas ce genre de vocabulaire. Et encore, elle n’avait pas fini de m’engueuler. Maintenant elle me signalait que je racontais n’importe quoi.
*…*
Je n’étais pas non plus du genre à m’emporter pour un rien, à m’énerver, à perdre patience, mais ça, la phrase qu’elle me lança ensuite ! Ce fut la goutte qui déborda le vase. Mon anniversaire m’avait donné de l’assurance ? Me sentir supérieure à sa mentalité narcissique me donnait des ailes ? Aucune idée, mais les mots sortirent seuls de ma bouche, s’envolèrent pour lui donner quelques grosses baffes.
*JE SAIS CE QUE JE DIS. J’TE MANIPULE*
– C’est moi, qui sait pas ce que je dis ? Moi ? ma voix était aiguë et peut-être pas aussi forte que ce que je voulais mais c’était déjà un bon début. SI je sais. Parce que moi, j’me suis pas fait débilement berner par une première année. Moi j’me prends pas pour une reine, j’pense pas qu’je contrôle le monde. Moi, j’suis pas comme Alison, qui pose ses questions comme ça : MOI JE TE COMPLIMENTE ET JE TE DIS À QUEL POINT T’ES MERVEILLEUSE POUR SAVOIR CE QU’EST ZIKOMO. En cinq minutes, j’ai eu plus qu’elle en une engueulade entière.
Je pris une grande inspiration, la dévisageai et prononçai des mots que jamais je n’avais pensé dire à quelqu’un, encore moins du double de mon âge.
– Merci pour ces infos, HEIN, *grosse débile narcissique*, et AU REVOIR.
Sur ce regard tranchant, je me tournai, tapai à toute vitesse le rythme sur les tonneaux pour m’y faufiler, avant de… récolter ce que j’avais semé.
Oups.
J'étais censée répondre que non, Aelle était tout sauf charmante et ma petite, adorable, sauf quand on la cherchait, mais c'était sans compter qu'elle s'emporte... Promis, faut vraiment l'énerver pour qu'elle se comporte comme ça : il faut croire qu'Aelle a un don ! Par contre, je pense que, si Eryne ne rentre pas très très très vite en salle commune, elle va avoir quelques problèmes...
Qui ne m'amusent pas du tout (ahum).
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On s'connait ?
Je crois que je ne l’aime pas. Ce n’est pas comme avec Morrow, un puissant sentiment de répulsion qui me donne envie de la frapper, ni même comme avec Mcwood, une sorte de malaise qui m’enveloppe tout entier quand je la croise. Non, c’est un sentiment tout simple. Je ne l’aime pas. Parce qu’elle se permet de dire des choses qu’elle ne comprend pas, déjà, et parce que je n’arrive pas à savoir si elle est sincère. Je crois que je ne la comprends pas. Ce qui n’est pas foncièrement dérangeant, de toute manière, puisqu’elle ne m’intéresse pas. Mais le fait est que je suis un peu perdue face à elle car son discours cloche et son physique cloche tout autant. Tout à l'heure, c'est un regard timide qu’elle m'a offert et désormais il prend une teinte colérique. Je ne le rêve pas, cela, n’est-ce pas ? Il s’agit bien d’un regard énervé qu’elle m’offre ! Je me demande ce qui, dans mes mots, l’a agacé. Peut-être parce que j’ai dit qu’elle disait de la merde… Certes. Mais force est de constater que ce n’est pas faux, quand même. La vérité, il faut la regarder en face, de temps en temps. C’est peut-être ça, le souci : elle n’aime pas que je lui dise la vérité. Et bien elle est mal barrée, avec moi, et je vais me faire un plaisir de le lui faire...
… Rien du tout. Je n’en ai pas le temps.
Je m’attendais à ce qu’elle balbutie et alors j’aurais pu dire : « Tu vois, quand on est incapable de parler on ferme sa gueule » mais ce n’est pas ce qu’elle fait. La voix qui lui échappe n’a plus rien à voir avec celle qu’elle utilisait tout à l’heure. Déjà ma bouche est ouverte sous l’effet de la surprise et mes yeux arrondis. Une gueule pleine de surprise, voilà ce que je lui offre pendant que cette toute petite première année se transforme en monstre de férocité — quoi qu’elle n’est pas bien impressionnante, sa colère me ferait presque sourire, mais il y a une hargne dans ses mots qui est belle à voir. Dommage que je ne comprenne pas un traite mot de ce qu’elle raconte.
Parce que moi, j’me suis pas fait débilement berner par une première année. C’est quoi, ça ? Parce que moi, je me suis faite avoir ? Un sourire ironique remplace ma grimace étonnée. C’est drôle, ça. Aelle Bristyle se faire avoir par une première année ! A-t-elle seulement conscience de ce qu’elle dit ? Je suis tellement plus qu’elle, elle ne pourrait me berner d’aucune manière mais je trouve cela presque intéressant qu’elle y croit sincèrement.
Ses mots mettent un moment avant de me percuter. *Qu’est-ce qu’elle raconte avec Zikomo ?*. Quand ils le font, ils me paraissent si fous que je n’essaie même pas de les comprendre.
Et l’instant suivant, la voilà qui se rue contre les tonneaux de la Salle Commune pour s’enfuir. Comme une lâche.
Je me demande vaguement ce que je dois faire. Une partie de moi demande la justice : elle m’a crié dessus, elle a osé, je dois la punir, l’effrayer pour que plus jamais elle ne recommence. Et une autre partie, complètement paumée celle-là, un peu ralentie par ce que vient de lui dire la fille, a envie de la laisser partir puisqu’elle n’en vaut pas la peine. Et finalement, je suis si longue à réagir que c’est effectivement ce qu’elle fait. Les tonneaux se referment dans un claquement sec derrière elle.
Je cligne des paupières une fois. Et une deuxième fois. *Mais qu’est-ce qu’elle a avec Zikomo ?*. C’est extrêmement difficile de l’accepter, mais la vérité est là : je reste complètement idiote dans mon couloir, les yeux perdus sur l’entrée de la Salle Commune. *L’a vraiment sous-entendu qu’elle m’avait complimenté pour en savoir plus sur Zik ?*. La pensée est si idiote, si follement peu cohérente et elle me ferait rugir d’une telle colère si la réponse était oui que je préfère me persuader du contraire :
« Mais n’importe quoi, soufflé-je, seule dans mon couloir. Elle s’voile la face, cette idiote. »
Elle se voile peut-être la face mais la prochaine fois que je la vois, la fameuse idiote, je me fais la promesse qu’elle ne prendra pas le risque de me gueuler dessus de cette manière. Dans un soupir, je me détourne et m’éloigne dans le couloir. Je n’ai aucune envie de rentrer dans la Salle Commune et de la voir. Aucune envie de m’abîmer le cœur avec une colère sans intérêt et une gamine qui flirte avec la folie. Je m’éloigne donc sans savoir que la seule chose vraiment abîmée dans l’histoire, c’est mon ego.
On dirait que c'est la fin. J'ai été un peu étonnée qu'Aelle ne s'énerve pas mais la pauvre, le déni est une affaire sérieuse, il lui faut toutes ses capacités pour le gérer !
Cette Danse était vraiment très agréable à écrire. Je veux une suite, un jour. Comment ça, on n'exige pas ce genre de choses ? Si tu le désires, je t'invite dans une autre Danse quand la cohérence le demandera.
Merci !
… Rien du tout. Je n’en ai pas le temps.
Je m’attendais à ce qu’elle balbutie et alors j’aurais pu dire : « Tu vois, quand on est incapable de parler on ferme sa gueule » mais ce n’est pas ce qu’elle fait. La voix qui lui échappe n’a plus rien à voir avec celle qu’elle utilisait tout à l’heure. Déjà ma bouche est ouverte sous l’effet de la surprise et mes yeux arrondis. Une gueule pleine de surprise, voilà ce que je lui offre pendant que cette toute petite première année se transforme en monstre de férocité — quoi qu’elle n’est pas bien impressionnante, sa colère me ferait presque sourire, mais il y a une hargne dans ses mots qui est belle à voir. Dommage que je ne comprenne pas un traite mot de ce qu’elle raconte.
Parce que moi, j’me suis pas fait débilement berner par une première année. C’est quoi, ça ? Parce que moi, je me suis faite avoir ? Un sourire ironique remplace ma grimace étonnée. C’est drôle, ça. Aelle Bristyle se faire avoir par une première année ! A-t-elle seulement conscience de ce qu’elle dit ? Je suis tellement plus qu’elle, elle ne pourrait me berner d’aucune manière mais je trouve cela presque intéressant qu’elle y croit sincèrement.
Ses mots mettent un moment avant de me percuter. *Qu’est-ce qu’elle raconte avec Zikomo ?*. Quand ils le font, ils me paraissent si fous que je n’essaie même pas de les comprendre.
Et l’instant suivant, la voilà qui se rue contre les tonneaux de la Salle Commune pour s’enfuir. Comme une lâche.
Je me demande vaguement ce que je dois faire. Une partie de moi demande la justice : elle m’a crié dessus, elle a osé, je dois la punir, l’effrayer pour que plus jamais elle ne recommence. Et une autre partie, complètement paumée celle-là, un peu ralentie par ce que vient de lui dire la fille, a envie de la laisser partir puisqu’elle n’en vaut pas la peine. Et finalement, je suis si longue à réagir que c’est effectivement ce qu’elle fait. Les tonneaux se referment dans un claquement sec derrière elle.
Je cligne des paupières une fois. Et une deuxième fois. *Mais qu’est-ce qu’elle a avec Zikomo ?*. C’est extrêmement difficile de l’accepter, mais la vérité est là : je reste complètement idiote dans mon couloir, les yeux perdus sur l’entrée de la Salle Commune. *L’a vraiment sous-entendu qu’elle m’avait complimenté pour en savoir plus sur Zik ?*. La pensée est si idiote, si follement peu cohérente et elle me ferait rugir d’une telle colère si la réponse était oui que je préfère me persuader du contraire :
« Mais n’importe quoi, soufflé-je, seule dans mon couloir. Elle s’voile la face, cette idiote. »
Elle se voile peut-être la face mais la prochaine fois que je la vois, la fameuse idiote, je me fais la promesse qu’elle ne prendra pas le risque de me gueuler dessus de cette manière. Dans un soupir, je me détourne et m’éloigne dans le couloir. Je n’ai aucune envie de rentrer dans la Salle Commune et de la voir. Aucune envie de m’abîmer le cœur avec une colère sans intérêt et une gamine qui flirte avec la folie. Je m’éloigne donc sans savoir que la seule chose vraiment abîmée dans l’histoire, c’est mon ego.
- Fin -
On dirait que c'est la fin. J'ai été un peu étonnée qu'Aelle ne s'énerve pas mais la pauvre, le déni est une affaire sérieuse, il lui faut toutes ses capacités pour le gérer !
Cette Danse était vraiment très agréable à écrire. Je veux une suite, un jour. Comment ça, on n'exige pas ce genre de choses ? Si tu le désires, je t'invite dans une autre Danse quand la cohérence le demandera.
Merci !