La clé des champs
Il est absolument fascinant d’observer cette femme. Son sourire, déjà, a de quoi m’étonner. Lorsqu’il lui étire les lèvres, je ne doute pas une seule seconde qu’elle a compris de quoi je parlais. Évidemment, qu’elle a compris. De toute façon, je suis persuadée que j’ai été lésée dans toute cette affaire : hier soir, j’aurais dû pouvoir percer le mystère de ce tableau toute seule. Si je ne l’ai pas fait, c’est seulement parce que j’en ai été empêchée. Par cette femme qui ose retourner sa question contre moi. Comme si elle n’était pas au courant que j’en savais bien moins à propos de l’Ombre de la Mort qu’elle. A vrai dire, je ne sais rien de ce tableau. Absolument rien, pas la moindre petite anecdote — si l’on oublie, bien entendu, ce que j’ai découvert hier soir, mais cela ne compte pas. Je suis persuadée que Loewy est déjà au courant pour l’énigme, la serrure et le chemin. Elle ne sourirait pas si bien, sinon.
La frustration dans laquelle sa réponse me plonge me force à me détourner. Je ne fais rien pour la cacher. Mes lèvres s’incurvent vers le bas et je soupire. Il en faudrait peu pour que je croise les bras sur ma poitrine comme une enfant agacée. Je me retiens : je ne suis pas agacée. C’est peut-être ce qui me frustre si fort. Le fait que, malgré toute l’injustice dont je suis victime et la frustration que je ressens, je n’éprouve absolument aucune colère envers Loewy. Au contraire, même. Sa façon de faire, de me renvoyer mes questions, de me forcer à réfléchir, à penser m’exalte bien plus qu’elle ne m’agace.
Le petit jeu de Loewy ramène bien vite mon regard dans sa direction. Sous mes yeux, deux petits tas de bonbons se forment ; qui donc, je me le demande, prend le temps de trier des dragées surprises au beau milieu d’une conversation passionnante ? J’observe ce jeu avec étonnement, et peut-être un brin d’amusement — je croyais que seuls les enfants triaient leurs bonbons de la sorte. Finalement, je la laisse à son affaire et m’enfonce dans mon fauteuil, le regard perdu quelque part vers le sol. Je n'hésite pas à laisser s'étirer les secondes pour prendre le temps de réfléchir.
Ce que je sais de l’Ombre de la Mort, n’est-ce pas ? Soit c’est une façon de me forcer à avouer que je ne sais rien et que je suis en quête de réponses, soit c’est pour me mettre au défi. Quant à savoir quel défi, je n’en ai aucune idée et cela m’importe bien peu. Après quelques silencieuses, je ramène mon regard sur la femme. Ses yeux plissés me brûlent.
Le plus difficile est de trouver comment formuler ma phrase. Les mots « aide », « besoin », « manque » ou pire encore : « je ne sais pas » sont à exclure, évidemment. L’idée n’est pas non plus d’avouer que je suis complètement paumée.
« Je sais que je peux pas gagner la partie si j’ai pas toutes les cartes du jeu en main, » dis-je d’une voix lente.
L’expression je ne peux pas n’aurait-elle pas dû faire partie de ma liste de mots interdits ?
« Une serrure sans clé qui se dévoile qu’en pleine nuit, une énigme, un chemin… » Je ne peux pas m’en empêcher : je souris. C’est foutrement frustrant, mais qu’est-ce que c’est excitant ! « Les mystères les plus intéressants se montrent toujours sans leur clé, après tout. »
Légèrement penchée en avant, j’observe la réaction de la femme.
« Personne s’embête à créer une énigme si c’est pas pour cacher quelque chose. »
La frustration dans laquelle sa réponse me plonge me force à me détourner. Je ne fais rien pour la cacher. Mes lèvres s’incurvent vers le bas et je soupire. Il en faudrait peu pour que je croise les bras sur ma poitrine comme une enfant agacée. Je me retiens : je ne suis pas agacée. C’est peut-être ce qui me frustre si fort. Le fait que, malgré toute l’injustice dont je suis victime et la frustration que je ressens, je n’éprouve absolument aucune colère envers Loewy. Au contraire, même. Sa façon de faire, de me renvoyer mes questions, de me forcer à réfléchir, à penser m’exalte bien plus qu’elle ne m’agace.
Le petit jeu de Loewy ramène bien vite mon regard dans sa direction. Sous mes yeux, deux petits tas de bonbons se forment ; qui donc, je me le demande, prend le temps de trier des dragées surprises au beau milieu d’une conversation passionnante ? J’observe ce jeu avec étonnement, et peut-être un brin d’amusement — je croyais que seuls les enfants triaient leurs bonbons de la sorte. Finalement, je la laisse à son affaire et m’enfonce dans mon fauteuil, le regard perdu quelque part vers le sol. Je n'hésite pas à laisser s'étirer les secondes pour prendre le temps de réfléchir.
Ce que je sais de l’Ombre de la Mort, n’est-ce pas ? Soit c’est une façon de me forcer à avouer que je ne sais rien et que je suis en quête de réponses, soit c’est pour me mettre au défi. Quant à savoir quel défi, je n’en ai aucune idée et cela m’importe bien peu. Après quelques silencieuses, je ramène mon regard sur la femme. Ses yeux plissés me brûlent.
Le plus difficile est de trouver comment formuler ma phrase. Les mots « aide », « besoin », « manque » ou pire encore : « je ne sais pas » sont à exclure, évidemment. L’idée n’est pas non plus d’avouer que je suis complètement paumée.
« Je sais que je peux pas gagner la partie si j’ai pas toutes les cartes du jeu en main, » dis-je d’une voix lente.
L’expression je ne peux pas n’aurait-elle pas dû faire partie de ma liste de mots interdits ?
« Une serrure sans clé qui se dévoile qu’en pleine nuit, une énigme, un chemin… » Je ne peux pas m’en empêcher : je souris. C’est foutrement frustrant, mais qu’est-ce que c’est excitant ! « Les mystères les plus intéressants se montrent toujours sans leur clé, après tout. »
Légèrement penchée en avant, j’observe la réaction de la femme.
« Personne s’embête à créer une énigme si c’est pas pour cacher quelque chose. »
La clé des champs
« Certaines personnes sont assez tordues pour créer des énigmes qui ne mènent nulle part, pour le simple plaisir de voir fonctionner la cervelle de ceux qui s'y frottent, répondit Kristen Loewy. »
Cela aurait été bien frustrant, cependant, et ce genre d'énigmes sans réponse laissait toujours à Kristen un goût d'inachevé : elle voulait voir du sens partout, les mystères devaient tous avoir un but, tout devait mener plus loin. Le moyen ne pouvait pas être sa propre fin.
« Rassure-toi, ce n'est pas tout à fait le cas de ceux qui ont élaboré celle-ci. »
Aidan Bowers et son groupe d'amis avaient en effet de grands projets et besoin d'un lieu pour organiser leurs réunions secrètes. Privatiser une pièce secrète du château n'avait pas été de trop, pour ce groupe de Serdaigle dont la réputation avait marqué la génération de Kristen : tous si bien réunis par la tragédie du destin, tous experts dans un domaine bien particulier... La machine était bien huilée : aucun n'osait marcher sur les plantes-bandes des autres. Aidan et la Légilimancie, Marty et la défense contre les forces du mal... De l'extérieur, ils ne ressemblaient qu'à une bande d'amis trop bien organisée. En vérité, un secret et des projets les unissaient. Et dire que désormais, cette bande, réduite par les affres du destin, se retrouvait à œuvrer main dans la main avec le groupe formé par Kristen ! Elle n'aurait jamais envisagé un futur pareil, quelques années auparavant, et encore moins quand elle étudiait à Poudlard. Ils étaient à la fois populaires et inaccessibles. Ils formaient un monde fermé à eux seuls, qu'on ne pouvait pas vraiment s'empêcher d'envier.
Kristen mangea une nouvelle dragée surprise d'un goût agréable. On disait qu'il valait mieux ne pas avoir bu le ventre vide, mais on ne disait pas qu'il valait mieux éviter de manger des dragées goût vomi après s'être enfilé plus d'une demi-bouteille de vin en dix minutes. Elle prit une inspiration terriblement longue et profonde : sa cage thoracique aurait pu transpercer ses poumons.
« Et donc, qu'imagines-tu ? Que je possède cette clé et que je vais t'en faire cadeau ? »
Cela aurait été bien frustrant, cependant, et ce genre d'énigmes sans réponse laissait toujours à Kristen un goût d'inachevé : elle voulait voir du sens partout, les mystères devaient tous avoir un but, tout devait mener plus loin. Le moyen ne pouvait pas être sa propre fin.
« Rassure-toi, ce n'est pas tout à fait le cas de ceux qui ont élaboré celle-ci. »
Aidan Bowers et son groupe d'amis avaient en effet de grands projets et besoin d'un lieu pour organiser leurs réunions secrètes. Privatiser une pièce secrète du château n'avait pas été de trop, pour ce groupe de Serdaigle dont la réputation avait marqué la génération de Kristen : tous si bien réunis par la tragédie du destin, tous experts dans un domaine bien particulier... La machine était bien huilée : aucun n'osait marcher sur les plantes-bandes des autres. Aidan et la Légilimancie, Marty et la défense contre les forces du mal... De l'extérieur, ils ne ressemblaient qu'à une bande d'amis trop bien organisée. En vérité, un secret et des projets les unissaient. Et dire que désormais, cette bande, réduite par les affres du destin, se retrouvait à œuvrer main dans la main avec le groupe formé par Kristen ! Elle n'aurait jamais envisagé un futur pareil, quelques années auparavant, et encore moins quand elle étudiait à Poudlard. Ils étaient à la fois populaires et inaccessibles. Ils formaient un monde fermé à eux seuls, qu'on ne pouvait pas vraiment s'empêcher d'envier.
Kristen mangea une nouvelle dragée surprise d'un goût agréable. On disait qu'il valait mieux ne pas avoir bu le ventre vide, mais on ne disait pas qu'il valait mieux éviter de manger des dragées goût vomi après s'être enfilé plus d'une demi-bouteille de vin en dix minutes. Elle prit une inspiration terriblement longue et profonde : sa cage thoracique aurait pu transpercer ses poumons.
« Et donc, qu'imagines-tu ? Que je possède cette clé et que je vais t'en faire cadeau ? »
Équipe Modératus
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken | ▶
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La clé des champs
Les deux questions de la femme me blessent tant dans ma fierté que je ne peux retenir les mots qui s’échappent hors de ma bouche.
« Je ne suis plus une enfant qui réclame des présents, » rétorqué-je, insurgée à l'idée que Loewy puisse croire que je suis assez idiote pour espérer que tout me soit offert sur un plateau d’argent.
Cependant, dans le secret de mon esprit, je veux bien m'avouer que si elle m'avait dit : « J'ai cette clé qui te manque et je t'en fais cadeau ! », je n'aurais pas été mécontente. Mais cela m'aurait amplement surpris de la part de Loewy. Après tout, elle n'a pas l'air d'être le genre de femme à donner des réponses — elle, elle préfère mener les autres à trouver leurs réponses ; c'est bien plus intéressant comme cela, même si c'est très frustrant. Et très agaçant qu'elle réponde sans cesse à mes questions par d'autres questions.
Me voilà coincée, désormais. Hors de question de lui demander si elle a la fameuse clé et hors de question de lui avouer que j'ai effectivement imaginé qu'elle en était la détentrice. Et dire que derrière ce regard bleu et froid comme la glace qui me toise se cache la vérité ! Après tout, n'a-t-elle pas dit qu'elle connaissait les créateurs de l'énigme ? Elle doit bien jubiler à me voir galérer alors qu'elle sait. C'est absolument insupportable. J'arrache mon regard sombre de ses yeux froid pour les poser sur la porte d'entrée, l'esprit en ébullition.
Il faudrait être aveugle, j'imagine, pour ne pas se rendre compte de ma frustration. Comme durant une bonne partie de la journée, mon corps manifeste des signes d'impatience ; cette fois-ci ce sont mes doigts qui pianotent sur mes genoux. Mes sourcils, eux, sont résolument froncés par une profonde réflexion. Laquelle, je me le demande. Je pourrais bien passer toute une vie à songer au sujet que je serais incapable de deviner ce qui se cache derrière ce tableau. Et dire que Loewy me sait incapable de répondre à mes questions seule ; cela me met hors de moi. Se dit-il qu'elle m'est indispensable ? Je ne pourrais le supporter.
Je ramène mon regard froncés sur elle, la jauge un instant, observe les traits de son visage, le pli de ses lèvres. Je me rappelle brièvement, mais le souvenir est très lointain, qu'elle est ma directrice et que je suis son élève. Je repousse mes pensées ; cela n'importe pas.
« Et vous, quand est-ce que vous avez résolu l'énigme ? la pressé-je d’une voix impatiente. Qu'est-ce que vous avez trouvé après le chemin ? En fait non, ne me dites pas, poursuis-je dans un sourire confiant — et passablement mensonger. Je préfère le découvrir par moi-même. »
Je m’en fais la promesse solennelle : je ne demanderai jamais à cette femme si elle a la clé et si elle veut bien me la confier. Plutôt crever. Mais cela ne m'empêche pas d'espérer avoir mes réponses d'une manière ou d'une autre, même si cela doit prendre du temps. C’est en me replongeant dans mes pensées que me frappe soudainement une idée terrible. J’offre un regard effaré à Loewy :
« Attendez… Vous faites partie de ceux qui ont créé l'énigme ? »
Merlin, pourquoi n’ai-je jamais pensé à cette possibilité ? Cela expliquerait qu’elle connaisse l’existence de l’énigme et qu’elle se rende souvent devant l’Ombre de la Mort — même si je ne doute pas du fait qu’elle soit capable de percer un tel mystère sans être celle qui l’a inventé. Étrangement, l’idée qu’elle fasse partie des inventeurs ne me plait qu’à moitié. Cela la positionnera dans un statut supérieur au mien. Elle sera la Créatrice et moi la la gosse avide d’explications. Non, je préfère croire qu’elle a été comme moi, fut un temps, à piétiner devant le tableau à une heure du matin pour avoir des fichues réponses.
« Je ne suis plus une enfant qui réclame des présents, » rétorqué-je, insurgée à l'idée que Loewy puisse croire que je suis assez idiote pour espérer que tout me soit offert sur un plateau d’argent.
Cependant, dans le secret de mon esprit, je veux bien m'avouer que si elle m'avait dit : « J'ai cette clé qui te manque et je t'en fais cadeau ! », je n'aurais pas été mécontente. Mais cela m'aurait amplement surpris de la part de Loewy. Après tout, elle n'a pas l'air d'être le genre de femme à donner des réponses — elle, elle préfère mener les autres à trouver leurs réponses ; c'est bien plus intéressant comme cela, même si c'est très frustrant. Et très agaçant qu'elle réponde sans cesse à mes questions par d'autres questions.
Me voilà coincée, désormais. Hors de question de lui demander si elle a la fameuse clé et hors de question de lui avouer que j'ai effectivement imaginé qu'elle en était la détentrice. Et dire que derrière ce regard bleu et froid comme la glace qui me toise se cache la vérité ! Après tout, n'a-t-elle pas dit qu'elle connaissait les créateurs de l'énigme ? Elle doit bien jubiler à me voir galérer alors qu'elle sait. C'est absolument insupportable. J'arrache mon regard sombre de ses yeux froid pour les poser sur la porte d'entrée, l'esprit en ébullition.
Il faudrait être aveugle, j'imagine, pour ne pas se rendre compte de ma frustration. Comme durant une bonne partie de la journée, mon corps manifeste des signes d'impatience ; cette fois-ci ce sont mes doigts qui pianotent sur mes genoux. Mes sourcils, eux, sont résolument froncés par une profonde réflexion. Laquelle, je me le demande. Je pourrais bien passer toute une vie à songer au sujet que je serais incapable de deviner ce qui se cache derrière ce tableau. Et dire que Loewy me sait incapable de répondre à mes questions seule ; cela me met hors de moi. Se dit-il qu'elle m'est indispensable ? Je ne pourrais le supporter.
Je ramène mon regard froncés sur elle, la jauge un instant, observe les traits de son visage, le pli de ses lèvres. Je me rappelle brièvement, mais le souvenir est très lointain, qu'elle est ma directrice et que je suis son élève. Je repousse mes pensées ; cela n'importe pas.
« Et vous, quand est-ce que vous avez résolu l'énigme ? la pressé-je d’une voix impatiente. Qu'est-ce que vous avez trouvé après le chemin ? En fait non, ne me dites pas, poursuis-je dans un sourire confiant — et passablement mensonger. Je préfère le découvrir par moi-même. »
Je m’en fais la promesse solennelle : je ne demanderai jamais à cette femme si elle a la clé et si elle veut bien me la confier. Plutôt crever. Mais cela ne m'empêche pas d'espérer avoir mes réponses d'une manière ou d'une autre, même si cela doit prendre du temps. C’est en me replongeant dans mes pensées que me frappe soudainement une idée terrible. J’offre un regard effaré à Loewy :
« Attendez… Vous faites partie de ceux qui ont créé l'énigme ? »
Merlin, pourquoi n’ai-je jamais pensé à cette possibilité ? Cela expliquerait qu’elle connaisse l’existence de l’énigme et qu’elle se rende souvent devant l’Ombre de la Mort — même si je ne doute pas du fait qu’elle soit capable de percer un tel mystère sans être celle qui l’a inventé. Étrangement, l’idée qu’elle fasse partie des inventeurs ne me plait qu’à moitié. Cela la positionnera dans un statut supérieur au mien. Elle sera la Créatrice et moi la la gosse avide d’explications. Non, je préfère croire qu’elle a été comme moi, fut un temps, à piétiner devant le tableau à une heure du matin pour avoir des fichues réponses.
La clé des champs
Kristen hocha la tête : Aelle avait donné une bonne réponse ; non pas que la directrice en fut surprise. Cette clé devait se mériter, et l'adolescente devait bien avoir conscience que Kristen ne lui donnerait que si elle en avait envie. Rien ne servait de négocier avec elle.
La question de la Poufsouffle lui fit se remémorer cette curieuse soirée de novembre 2041, cette impulsion qui l'avait poussée à parcourir les rayonnages de la réserve, et tout ce qui avait suivi, jusqu'à l'élaboration de son plan incompréhensible impliquant un voyage dans le temps pour franchir une porte que rien ne l'autorisait à ouvrir.
« Je ne t'ai pas menti, quant à ce que je pensais de ce tableau. Je n'étais pas grande amatrice d'art, moins encore des tableaux de Poudlard, dans ma jeunesse. Tous ces morts coincés dans des peintures me mettaient assez mal à l'aise. Je les voyais comme des observateurs figés dans le temps et dans quelques coups de pinceaux, réinventés par les yeux de quelqu'un d'autre, jamais tout à fait réels et qui se permettaient pourtant d'essayer, vainement, d'exister un peu, encore. La tradition veut que les directeurs de Poudlard conservent les tableaux de leurs prédécesseurs dans leur bureau. Je les ai tous rangés dans un placard. Tu aurais dû voir la réaction de Phineas Black quand je l'ai décroché. Parfois, je m'amuse à imaginer ses protestations, coincé le nez dans le derrière d'Albus Dumbledore. Mais je sais qu'ils ont tous quitté leurs tableaux depuis bien longtemps, maintenant. »
Elle expira un sourire. Jamais on ne lui ferait son portrait, jamais on n'accrocherait son image quelque part. Il était hors de question qu'une représentation figée d'elle, qui n'était certainement pas elle, se retrouve pendue à un mur, toute directrice de Poudlard qu'elle était.
« Mais L'Ombre de la Mort est différente. Il y a bien quelqu'un, dans ce tableau, mais quelqu'un qui pourrait être n'importe qui et qu'on a privé de la vue. Quand je la regardais, je sentais, sans arriver à le concevoir tout à fait... contrairement à toi, quand tu l'as vue pour la première fois... que c'était moi, l'Ombre, que j'étais coincée dans un tableau sans m'en rendre compte, et que la vraie vie était de l'autre côté. Ce sentiment était, à vrai dire, tout à fait justifié. »
Elle se perdait dans ses pensées et ses souvenirs. C'était bien ça, finalement, ce sentiment inexplicable. Celui qu'elle avait ressenti pendant toutes ces années, subjuguée par le tableau sans comprendre pourquoi. Aelle avait émis cette hypothèse depuis longtemps. Kristen l'avait considérée avec beaucoup d'intérêt, mais elle n'en percevait le sens que maintenant. L'adolescente avait finalement percé, sans s'en rendre compte, un mystère du tableau que Kristen n'avait pas réussi à comprendre tout à fait jusqu'à cet instant où elle pouvait enfin mettre de vrais mots dessus. Tout le mystère du tableau ne venait finalement pas de ce qui se cachait derrière. Depuis la découverte de la cachette des Douze, elle avait pensé que cette fascination qu'elle avait ressentie venait du savoir qui se cachait de l'autre côté du mur, comme si les livres entreposés dans cette bibliothèque secrète respiraient si fort qu'on en percevait le souffle au travers des pierres épaisses. C'était bien plus fort que cela. Le savoir, la vraie vie, étaient bien de l'autre côté du mur, mais ce mur n'était pas de pierres ; et sa vie n'avait longtemps été qu'un tableau, une représentation. C'était ça qui avait déchiré ses tripes adolescentes.
Elle regarda Aelle pensivement, s'amusant à l'idée que l'élève n'avait pas du tout conscience de ce qui se tramait dans la tête de sa directrice et qui était de son fait, à rebours.
« Je ne me doutais absolument pas que ce tableau cachait autre chose. Certains de mes camarades ont dû s'y intéresser aussi, peut-être pour les mêmes raisons, car ils ont décidé d'en faire quelque chose. Des étudiants de Serdaigle ont créé cette énigme. Je l'ai découvert tout à fait par hasard en trouvant un premier indice dans la réserve de la bibliothèque, il y a quatre ans, très peu de temps avant notre rencontre. »
La question de la Poufsouffle lui fit se remémorer cette curieuse soirée de novembre 2041, cette impulsion qui l'avait poussée à parcourir les rayonnages de la réserve, et tout ce qui avait suivi, jusqu'à l'élaboration de son plan incompréhensible impliquant un voyage dans le temps pour franchir une porte que rien ne l'autorisait à ouvrir.
« Je ne t'ai pas menti, quant à ce que je pensais de ce tableau. Je n'étais pas grande amatrice d'art, moins encore des tableaux de Poudlard, dans ma jeunesse. Tous ces morts coincés dans des peintures me mettaient assez mal à l'aise. Je les voyais comme des observateurs figés dans le temps et dans quelques coups de pinceaux, réinventés par les yeux de quelqu'un d'autre, jamais tout à fait réels et qui se permettaient pourtant d'essayer, vainement, d'exister un peu, encore. La tradition veut que les directeurs de Poudlard conservent les tableaux de leurs prédécesseurs dans leur bureau. Je les ai tous rangés dans un placard. Tu aurais dû voir la réaction de Phineas Black quand je l'ai décroché. Parfois, je m'amuse à imaginer ses protestations, coincé le nez dans le derrière d'Albus Dumbledore. Mais je sais qu'ils ont tous quitté leurs tableaux depuis bien longtemps, maintenant. »
Elle expira un sourire. Jamais on ne lui ferait son portrait, jamais on n'accrocherait son image quelque part. Il était hors de question qu'une représentation figée d'elle, qui n'était certainement pas elle, se retrouve pendue à un mur, toute directrice de Poudlard qu'elle était.
« Mais L'Ombre de la Mort est différente. Il y a bien quelqu'un, dans ce tableau, mais quelqu'un qui pourrait être n'importe qui et qu'on a privé de la vue. Quand je la regardais, je sentais, sans arriver à le concevoir tout à fait... contrairement à toi, quand tu l'as vue pour la première fois... que c'était moi, l'Ombre, que j'étais coincée dans un tableau sans m'en rendre compte, et que la vraie vie était de l'autre côté. Ce sentiment était, à vrai dire, tout à fait justifié. »
Elle se perdait dans ses pensées et ses souvenirs. C'était bien ça, finalement, ce sentiment inexplicable. Celui qu'elle avait ressenti pendant toutes ces années, subjuguée par le tableau sans comprendre pourquoi. Aelle avait émis cette hypothèse depuis longtemps. Kristen l'avait considérée avec beaucoup d'intérêt, mais elle n'en percevait le sens que maintenant. L'adolescente avait finalement percé, sans s'en rendre compte, un mystère du tableau que Kristen n'avait pas réussi à comprendre tout à fait jusqu'à cet instant où elle pouvait enfin mettre de vrais mots dessus. Tout le mystère du tableau ne venait finalement pas de ce qui se cachait derrière. Depuis la découverte de la cachette des Douze, elle avait pensé que cette fascination qu'elle avait ressentie venait du savoir qui se cachait de l'autre côté du mur, comme si les livres entreposés dans cette bibliothèque secrète respiraient si fort qu'on en percevait le souffle au travers des pierres épaisses. C'était bien plus fort que cela. Le savoir, la vraie vie, étaient bien de l'autre côté du mur, mais ce mur n'était pas de pierres ; et sa vie n'avait longtemps été qu'un tableau, une représentation. C'était ça qui avait déchiré ses tripes adolescentes.
Elle regarda Aelle pensivement, s'amusant à l'idée que l'élève n'avait pas du tout conscience de ce qui se tramait dans la tête de sa directrice et qui était de son fait, à rebours.
« Je ne me doutais absolument pas que ce tableau cachait autre chose. Certains de mes camarades ont dû s'y intéresser aussi, peut-être pour les mêmes raisons, car ils ont décidé d'en faire quelque chose. Des étudiants de Serdaigle ont créé cette énigme. Je l'ai découvert tout à fait par hasard en trouvant un premier indice dans la réserve de la bibliothèque, il y a quatre ans, très peu de temps avant notre rencontre. »
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La clé des champs
Si j’ai une pensée émue pour la mémoire de Dumbledore, cela n’empêche pas mes lèvres de s’étirer en un sourire moqueur aux mots de Loewy ; je prends soin de dissimuler ma grimace derrière mes mains croisées. Comme pour vérifier les dires de la femme, je jette un vague regard par-dessus mon épaule et remarque évidemment l’absence de tableaux. Moi-même n’ai jamais eu d’aversion pour ces derniers, exceptés ceux qui ont un sale caractère, même si je n’ai jamais été habituée à les côtoyer avant mon arrivée à Poudlard. Le seul tableau que je connais se trouve dans le vestibule de grand-mère Lizzie et grand-père Ernest — y est peinte une vieille personne quelconque, je n’ai jamais songé demander son identité aux parents de Maman.
Enfin, la femme offre une réponse directe à l’une de mes questions. Je suis secrètement satisfaite que Loewy ne soit finalement pas l’une des créatrices de l’énigme — cela a quelque chose de profondément rassurant.
« Des Serdaigle, évidemment…, » marmonné-je entre deux pensées.
Ce n’est guère étonnant, mais presque décevant. Comme si la réponse était trop logique. Je n’aime pas les réponses logiques, les réponses attendues ; je préfère grandement être surprise, bousculée. Heureusement, le reste des paroles de Loewy suffit à me secouer. Depuis notre première conversation, je me suis bien évidemment rendu compte que discuter avec cette femme me permettait de poser un autre regard sur la vie, le monde, la magie. Lorsque je parle avec les Autres, ce n’est souvent qu’un échange de point de vue — ils sont d’accord ou pas d’accord. Ils ne m’offrent pas l’occasion de changer de regard sur ce que je connais déjà. Contrairement à Loewy. En même temps, Loewy n’est pas une Autre.
Puisque j’apprécie son discours et la justesse de ses mots, je dis d’une voix sincère ce qui me passe par l’esprit :
« Vous devriez parler plus souvent. »
Loewy, sur bien des points, ressemble à Maman. Elles ne parlent pas pour ne rien dire. Quand elles ouvrent la bouche, c’est toujours pour énoncer une phrase éloquente, exprimer un point de vue éclairant ou poser des questions intéressantes. Avares de mots, elles n’ont pas pour autant rien à dire.
Il y a tellement de choses à répondre aux paroles de Loewy et je pourrais rebondir de mille façons différentes pour diriger la conversation vers ce qui m’intéresse — ce que cache l’Ombre de la Mort. Je le pourrais, certes, mais une dizaine d’autres idées se bousculent au bord de mes lèvres, toutes voulant passer devant les autres pour s’exprimer dans le monde. Je n’ai pas le temps, à vrai dire, de décider de ce que je veux faire et je n’ai jamais fonctionné de cette manière. Je laisse la réflexion pour mes heures d’étude ; le reste du temps, je ne pense pas stratégie, je parle c’est tout. Surtout lors d’une conversation aussi intelligente.
« Vous parlez au passé. Vous êtes sortie du tableau. Vous avez dépassé une frontière, » affirme-je avec un léger sourire. Je n’hésite qu’une seconde avant d’offrir à Loewy la question impertinente qui glisse sur mes lèvres : « C’est dans la vraie vie que vous avez découvert que la Magie n’était qu’un… Amas de frontières qui ne demandent qu’à être dépassées, peu importe leur nature ? »
Enfin, la femme offre une réponse directe à l’une de mes questions. Je suis secrètement satisfaite que Loewy ne soit finalement pas l’une des créatrices de l’énigme — cela a quelque chose de profondément rassurant.
« Des Serdaigle, évidemment…, » marmonné-je entre deux pensées.
Ce n’est guère étonnant, mais presque décevant. Comme si la réponse était trop logique. Je n’aime pas les réponses logiques, les réponses attendues ; je préfère grandement être surprise, bousculée. Heureusement, le reste des paroles de Loewy suffit à me secouer. Depuis notre première conversation, je me suis bien évidemment rendu compte que discuter avec cette femme me permettait de poser un autre regard sur la vie, le monde, la magie. Lorsque je parle avec les Autres, ce n’est souvent qu’un échange de point de vue — ils sont d’accord ou pas d’accord. Ils ne m’offrent pas l’occasion de changer de regard sur ce que je connais déjà. Contrairement à Loewy. En même temps, Loewy n’est pas une Autre.
Puisque j’apprécie son discours et la justesse de ses mots, je dis d’une voix sincère ce qui me passe par l’esprit :
« Vous devriez parler plus souvent. »
Loewy, sur bien des points, ressemble à Maman. Elles ne parlent pas pour ne rien dire. Quand elles ouvrent la bouche, c’est toujours pour énoncer une phrase éloquente, exprimer un point de vue éclairant ou poser des questions intéressantes. Avares de mots, elles n’ont pas pour autant rien à dire.
Il y a tellement de choses à répondre aux paroles de Loewy et je pourrais rebondir de mille façons différentes pour diriger la conversation vers ce qui m’intéresse — ce que cache l’Ombre de la Mort. Je le pourrais, certes, mais une dizaine d’autres idées se bousculent au bord de mes lèvres, toutes voulant passer devant les autres pour s’exprimer dans le monde. Je n’ai pas le temps, à vrai dire, de décider de ce que je veux faire et je n’ai jamais fonctionné de cette manière. Je laisse la réflexion pour mes heures d’étude ; le reste du temps, je ne pense pas stratégie, je parle c’est tout. Surtout lors d’une conversation aussi intelligente.
« Vous parlez au passé. Vous êtes sortie du tableau. Vous avez dépassé une frontière, » affirme-je avec un léger sourire. Je n’hésite qu’une seconde avant d’offrir à Loewy la question impertinente qui glisse sur mes lèvres : « C’est dans la vraie vie que vous avez découvert que la Magie n’était qu’un… Amas de frontières qui ne demandent qu’à être dépassées, peu importe leur nature ? »
La clé des champs
Parler plus souvent ? Mais voyons, je ne parle qu'aux personnes qui méritent que je dépense ma salive pour eux, et ils sont bien peu nombreux, pensa-t-elle. Il était vrai qu'elle avait prononcé pas mal de mots, mais elle avait réussi à les choisir. Ce n'était donc pas que l'alcool, qui entrait en jeu. Kristen Loewy avait aussi besoin de parler, finalement, comme le commun du mortel. Bien sûr, elle échangeait beaucoup avec Aude. Mais celle-ci faisait de longues journées et rentrait épuisée et finalement, elles s'installaient dans une routine où elles parlaient un peu le matin, un peu plus le soir, au dîner et jusqu'au coucher, qui ne venait jamais bien tard dans le cas d'Aude, dernièrement. Le reste du temps, Kristen était seule et elle n'était pas du genre à se parler à elle-même ; du moins pas à voix haute. Ludwig ne répondait que rarement, alors elle se contentait de lui dire : Salut, toi ! Elle avait déjà beaucoup plus de discussions avec Pez, mais il avait aussi beaucoup de travail. La plupart du temps, c'était le silence qui régnait sur sa vie. Kristen serra les lèvres. Pouvait-on dire qu'aujourd'hui, elle avait eu besoin d'une adolescente pour la sortir de ce grand silence ? C'était embarrassant, pour une grande dame, apparemment. Soupir.
« La vraie vie n'a rien à voir avec Poudlard. C'est un microcosme... même si ma scolarité était bien plus calme que la tienne. Tu as dû le remarquer : depuis quelques années, le monde vient toquer à la porte de ce grand château. Dai Hong Dao, Erza Nyakane, et toutes sortes d'événements qui secouent notre école. Les Sept Lignées du Nord... Comment sommes-nous censés vous préparer à cette vie, si la bienséance nous dicte ce que vous devez savoir ? Qu'allez-vous faire, avec vos potions d'enflure et vos sortilèges d'étincelles, face à des sorciers comme eux ? J'ai vu des mages noirs qui prenaient le contrôle d'armées entières de morts pour assiéger une école, qui n'hésitaient pas à piller, torturer, tuer, par goût du grandiose et du pouvoir. Quand les morts marchent sur les enfants, que doit-on faire ? Leur lancer des sortilèges de chatouillis ? »
Elle expira un rire dégoûté. Si cela ne tenait qu'à elle, elle apprendrait aux étudiants de Poudlard à se défendre véritablement, pour les préparer à ce qui les attendait, dehors. Cette idée se faisait de plus en plus persistante depuis que les Lignées avaient déposé leur urne à Poudlard.
« Le goût du savoir m'a toujours animée. Je voulais tout savoir, tout décortiquer, aller plus loin que tout le monde. Aucun mystère ne devait me résister. D'abord, c'était ça, la vraie vie : une vie de liberté, loin des contraintes. Mais il y a plus encore. Après Poudlard, on se rend compte que le savoir n'est plus seulement une passion, ni même une drogue : c'est une question de survie. On ne se bat pas contre le Mal avec des bouquets de jonquilles klaxonnantes. »
Kristen secoua la tête. Changer le monde, changer les choses, avec des bouquets de roses ! Bien sûr, et certainement, les Moldus qui s'envoyaient des bombes avaient l'idée de riposter en envoyant de petits mots : bon allez, on fait la paix ? Entoure la bonne réponse : oui - non. Le monde était cruel et pour s'en sortir, il fallait l'être plus que lui.
« Ce que je veux dire, c'est que si je n'avais pas dépassé les frontières, je serais morte depuis longtemps. Certains sont persuadés qu'il vaut mieux mourir en saint que vivre en pécheur. Moi, je choisis la vie, et je m'engage contre la grande maladie de notre espèce : l'hypocrisie. Combien m'ont jugée pour mes choix ? Mais quand je sauve leurs enfants, il n'y a plus personne pour me faire la morale. »
« La vraie vie n'a rien à voir avec Poudlard. C'est un microcosme... même si ma scolarité était bien plus calme que la tienne. Tu as dû le remarquer : depuis quelques années, le monde vient toquer à la porte de ce grand château. Dai Hong Dao, Erza Nyakane, et toutes sortes d'événements qui secouent notre école. Les Sept Lignées du Nord... Comment sommes-nous censés vous préparer à cette vie, si la bienséance nous dicte ce que vous devez savoir ? Qu'allez-vous faire, avec vos potions d'enflure et vos sortilèges d'étincelles, face à des sorciers comme eux ? J'ai vu des mages noirs qui prenaient le contrôle d'armées entières de morts pour assiéger une école, qui n'hésitaient pas à piller, torturer, tuer, par goût du grandiose et du pouvoir. Quand les morts marchent sur les enfants, que doit-on faire ? Leur lancer des sortilèges de chatouillis ? »
Elle expira un rire dégoûté. Si cela ne tenait qu'à elle, elle apprendrait aux étudiants de Poudlard à se défendre véritablement, pour les préparer à ce qui les attendait, dehors. Cette idée se faisait de plus en plus persistante depuis que les Lignées avaient déposé leur urne à Poudlard.
« Le goût du savoir m'a toujours animée. Je voulais tout savoir, tout décortiquer, aller plus loin que tout le monde. Aucun mystère ne devait me résister. D'abord, c'était ça, la vraie vie : une vie de liberté, loin des contraintes. Mais il y a plus encore. Après Poudlard, on se rend compte que le savoir n'est plus seulement une passion, ni même une drogue : c'est une question de survie. On ne se bat pas contre le Mal avec des bouquets de jonquilles klaxonnantes. »
Kristen secoua la tête. Changer le monde, changer les choses, avec des bouquets de roses ! Bien sûr, et certainement, les Moldus qui s'envoyaient des bombes avaient l'idée de riposter en envoyant de petits mots : bon allez, on fait la paix ? Entoure la bonne réponse : oui - non. Le monde était cruel et pour s'en sortir, il fallait l'être plus que lui.
« Ce que je veux dire, c'est que si je n'avais pas dépassé les frontières, je serais morte depuis longtemps. Certains sont persuadés qu'il vaut mieux mourir en saint que vivre en pécheur. Moi, je choisis la vie, et je m'engage contre la grande maladie de notre espèce : l'hypocrisie. Combien m'ont jugée pour mes choix ? Mais quand je sauve leurs enfants, il n'y a plus personne pour me faire la morale. »
Équipe Modératus
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken | ▶
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La clé des champs
Avec les semaines et les mois, j'avais oublié combien il est facile de parler avec cette femme. Je n'ai jamais oublié, par contre que contrairement aux autres adultes Loewy ne semble pas porter le moindre intérêt au fait que j'enfreigne le règlement ou m'intéresse à la terrible et malsaine magie noire. Désormais, me revient grâce à un étrange sentiment de bien être qu'avec elle, et sans doute devrais-je m'insulter plus tard pour avoir eu de telles pensées, je me sens capable de tout dire et de tout penser. N'existe pas, dans ce bureau, la paroi infranchissable contre laquelle je me heurte à chaque fois que j'adresse la parole à mes camarades ou ma famille. Je me sens plus libre que je ne l'ai jamais été. Cette pensée n'est qu'à moitié acceptable, j'en ai conscience, mais j'aurais bien le temps de m'en vouloir plus tard.
Les émotions par lesquelles je passe alors que je bois les paroles de Loewy sont multiples. Il y a la surprise, évidemment ; je ne sais pas exactement à quoi je m’attendais en posant ma question mais certainement pas à ce qu’elle adopte ce point de vue et qu’elle me parle aussi librement. Il y a la peur, furtivement, quand le nom de Dai Hong Dao est prononcé — l’accompagnent quelques souvenirs douloureux de mes cauchemars les plus récents. Le dégoût, beaucoup, à chaque fois qu’elle rappelle ce que moralité pousse les gens, qui se qualifient eux-même de gens biens, à faire — ou à ne pas faire. Et il y a la colère, doucereuse et piquante, qui me secoue lorsque Loewy dit, très naturellement : « le savoir n’est plus seulement une passion, ni même une drogue : c’est une question de survie ». Je me demande si moi aussi, à cinquante ans, je penserai comme Loewy que ce que j’aime le plus au monde est devenue une nécessité. Je ne me pose pas la question bien longtemps. Si ces derniers temps j’ai compris que le monde, le grand Monde, n’était pas aussi tendre que je le pensais, je n’en suis tout de même pas arrivée au point de croire que je dois poursuite ma quête du savoir dans l'optique me défendre contre ce dernier.
Je ne cherche pas à rassurer Loewy, lui dire que j’ai compris et que je suis d’accord ; je ne vois pas l’intérêt de dire aux autres que j’ai saisi ce qu’ils sont en train de baragouiner. Seules mes pensées importent, toujours dire ce que je pense ; parfois ce que je ressens, mais c’est plus rare. Ainsi, je ne dis pas « je comprends ce que vous dîtes » ou « je suis d’accord avec vous » — cela coule de source pour quiconque me comprend et je sais avec certitude que Kristen Loewy me comprend, même si j’ai mis du temps à l’accepter. Je me contente donc, assez simplement, d’énoncer une vérité, ma vérité, et la conclusion que je tire des paroles pertinentes qui viennent de m’être offertes :
« Moi, je laisserai jamais la vie me bousiller au point que j’en vienne à croire que ma passion est autre chose qu’une passion. »
Je suis si sûre de moi ! Je ne vois d’ailleurs pas comment cela pourrait arriver. Peu importe ce que je vis, peu importe ce à quoi je me confronte, c’est inenvisageable. Je me penche légèrement en avant, comme pour appuyer mes propos. Le bureau, la vie dans les couloirs, le dîner qui est en train de se dérouler sans moi, tout cela n’a plus la moindre place dans mon esprit. Le monde pourrait bien être en train d’exploser que je ne sentirais et ne verrais rien puisque tout est en train de se jouer ici, dans une simple discussion.
« Mon envie de dépasser les frontières, quelles qu’elles soient, ne sera jamais une question de survie. »
Je trouve cela tellement malheureux d’en arriver à penser de cette manière. La quête de savoir est un objectif tellement pur, le monde et son histoire n’ont rien à voir là-dedans. D’ailleurs, je n’apprends pas pour apprendre à me protéger ou à protéger mes proches, j’apprends seulement parce que j’aime ça plus que tout. Et c’est cet amour qui me donnera les armes nécessaires, un jour, si je dois faire face à une tragédie.
« Tout comme j'en ai rien à faire que des gens pensent que certaines formes de magie sont pas acceptables. Je les laisserai jamais m’empêcher d’apprendre ce que je veux. »
En énonçant ces mots, je dresse légèrement le menton, comme si je voulais mettre au défi Loewy de me contredire. Sauf que j’ai conscience que ce n’est pas elle qui risque de me contredire, je n’ai pas été sourde à ce qu’elle vient de me dire — ceux que je veux contredire, ce sont tous les autres ; Maman qui pense à tort que la magie noire est une magie dangereuse, Montmort qui m’a empêché de m’adonner à ma passion en me refusant la Réserve, les Autres qui sont incapables de voir ce qui est passionnant dans le simple fait d’essayer de dépasser les frontières.
Les émotions par lesquelles je passe alors que je bois les paroles de Loewy sont multiples. Il y a la surprise, évidemment ; je ne sais pas exactement à quoi je m’attendais en posant ma question mais certainement pas à ce qu’elle adopte ce point de vue et qu’elle me parle aussi librement. Il y a la peur, furtivement, quand le nom de Dai Hong Dao est prononcé — l’accompagnent quelques souvenirs douloureux de mes cauchemars les plus récents. Le dégoût, beaucoup, à chaque fois qu’elle rappelle ce que moralité pousse les gens, qui se qualifient eux-même de gens biens, à faire — ou à ne pas faire. Et il y a la colère, doucereuse et piquante, qui me secoue lorsque Loewy dit, très naturellement : « le savoir n’est plus seulement une passion, ni même une drogue : c’est une question de survie ». Je me demande si moi aussi, à cinquante ans, je penserai comme Loewy que ce que j’aime le plus au monde est devenue une nécessité. Je ne me pose pas la question bien longtemps. Si ces derniers temps j’ai compris que le monde, le grand Monde, n’était pas aussi tendre que je le pensais, je n’en suis tout de même pas arrivée au point de croire que je dois poursuite ma quête du savoir dans l'optique me défendre contre ce dernier.
Je ne cherche pas à rassurer Loewy, lui dire que j’ai compris et que je suis d’accord ; je ne vois pas l’intérêt de dire aux autres que j’ai saisi ce qu’ils sont en train de baragouiner. Seules mes pensées importent, toujours dire ce que je pense ; parfois ce que je ressens, mais c’est plus rare. Ainsi, je ne dis pas « je comprends ce que vous dîtes » ou « je suis d’accord avec vous » — cela coule de source pour quiconque me comprend et je sais avec certitude que Kristen Loewy me comprend, même si j’ai mis du temps à l’accepter. Je me contente donc, assez simplement, d’énoncer une vérité, ma vérité, et la conclusion que je tire des paroles pertinentes qui viennent de m’être offertes :
« Moi, je laisserai jamais la vie me bousiller au point que j’en vienne à croire que ma passion est autre chose qu’une passion. »
Je suis si sûre de moi ! Je ne vois d’ailleurs pas comment cela pourrait arriver. Peu importe ce que je vis, peu importe ce à quoi je me confronte, c’est inenvisageable. Je me penche légèrement en avant, comme pour appuyer mes propos. Le bureau, la vie dans les couloirs, le dîner qui est en train de se dérouler sans moi, tout cela n’a plus la moindre place dans mon esprit. Le monde pourrait bien être en train d’exploser que je ne sentirais et ne verrais rien puisque tout est en train de se jouer ici, dans une simple discussion.
« Mon envie de dépasser les frontières, quelles qu’elles soient, ne sera jamais une question de survie. »
Je trouve cela tellement malheureux d’en arriver à penser de cette manière. La quête de savoir est un objectif tellement pur, le monde et son histoire n’ont rien à voir là-dedans. D’ailleurs, je n’apprends pas pour apprendre à me protéger ou à protéger mes proches, j’apprends seulement parce que j’aime ça plus que tout. Et c’est cet amour qui me donnera les armes nécessaires, un jour, si je dois faire face à une tragédie.
« Tout comme j'en ai rien à faire que des gens pensent que certaines formes de magie sont pas acceptables. Je les laisserai jamais m’empêcher d’apprendre ce que je veux. »
En énonçant ces mots, je dresse légèrement le menton, comme si je voulais mettre au défi Loewy de me contredire. Sauf que j’ai conscience que ce n’est pas elle qui risque de me contredire, je n’ai pas été sourde à ce qu’elle vient de me dire — ceux que je veux contredire, ce sont tous les autres ; Maman qui pense à tort que la magie noire est une magie dangereuse, Montmort qui m’a empêché de m’adonner à ma passion en me refusant la Réserve, les Autres qui sont incapables de voir ce qui est passionnant dans le simple fait d’essayer de dépasser les frontières.
La clé des champs
La directrice de Poudlard étendit ses bras au-dessus d'elle et les laissa retomber derrière le dossier de son fauteuil. Elle ferma les yeux pendant quelques secondes et soupira.
« Je te le souhaite, Aelle. Si je ne pensais pas que c'est aussi pour vous que je me bats, et pour que ta passion n'ait jamais à devenir autre chose qu'une passion, je ne me serais pas enfermée à Poudlard. Devenir directrice d'école n'a jamais vraiment fait partie de mes plans. »
Parcourir le monde, découvrir, explorer, passer un mois par ici, un mois par là, c'était ça, son plan. Elle n'avait certainement pas quitté Poudlard pour y retourner. D'abord, ça avait été une bonne planque, un emploi stable le temps de retrouver Owen qui, à l'époque, n'était en fait pas très loin. Et puis, tout s'était enchaîné très vite : les manigances des aurors corrompus, Arseni qui avait sacrifié sa liberté pour elle, l'insondable Andrew Gardner, puis ce poste qui lui avait été proposé. Elle avait une dette envers cette école et avait fini par se faire un devoir de protéger ces gamins : on avait rarement vu directrice plus à cheval sur les règles de sécurité qu'elle, malgré tout ce qu'on pouvait en dire.
D'un coup, comme poussée par un élan imprévisible, elle se redressa et se leva. D'un geste de la main, elle invita Aelle à en faire de même et saisit sa baguette, qu'elle pointa vers sa Pensine, là-bas, dans un coin.
« Il y a malgré tout quelque chose que je voudrais te montrer. »
Elle fit quelques pas en direction de l'objet magique flottant, son visage se détendant subitement. La directrice de Poudlard prit une inspiration et cligna trois fois des yeux. Elle était, en effet, un peu pompette et il lui sembla que le sol était légèrement moelleux, pourtant dépourvu de tapis.
« Est-ce que tu as déjà utilisé une Pensine ? »
« Je te le souhaite, Aelle. Si je ne pensais pas que c'est aussi pour vous que je me bats, et pour que ta passion n'ait jamais à devenir autre chose qu'une passion, je ne me serais pas enfermée à Poudlard. Devenir directrice d'école n'a jamais vraiment fait partie de mes plans. »
Parcourir le monde, découvrir, explorer, passer un mois par ici, un mois par là, c'était ça, son plan. Elle n'avait certainement pas quitté Poudlard pour y retourner. D'abord, ça avait été une bonne planque, un emploi stable le temps de retrouver Owen qui, à l'époque, n'était en fait pas très loin. Et puis, tout s'était enchaîné très vite : les manigances des aurors corrompus, Arseni qui avait sacrifié sa liberté pour elle, l'insondable Andrew Gardner, puis ce poste qui lui avait été proposé. Elle avait une dette envers cette école et avait fini par se faire un devoir de protéger ces gamins : on avait rarement vu directrice plus à cheval sur les règles de sécurité qu'elle, malgré tout ce qu'on pouvait en dire.
D'un coup, comme poussée par un élan imprévisible, elle se redressa et se leva. D'un geste de la main, elle invita Aelle à en faire de même et saisit sa baguette, qu'elle pointa vers sa Pensine, là-bas, dans un coin.
« Il y a malgré tout quelque chose que je voudrais te montrer. »
Elle fit quelques pas en direction de l'objet magique flottant, son visage se détendant subitement. La directrice de Poudlard prit une inspiration et cligna trois fois des yeux. Elle était, en effet, un peu pompette et il lui sembla que le sol était légèrement moelleux, pourtant dépourvu de tapis.
« Est-ce que tu as déjà utilisé une Pensine ? »
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La clé des champs
Une moue d’approbation m'amollit les lèvres. Qu’il n’ait jamais été dans les plans de Loewy de devenir directrice de Poudlard n’a pas de quoi m’étonner. Après tout, on s’attend trouver à ce poste une personne plus empathique, peut-être, ou moins froide et distante avec ses élèves. Il n’est pas rare que j’entende dans les couloirs des réflexions d’élèves s’étonnant de ne jamais la voir aux repas, ou tout simplement des plaintes de certains curieux qui aimeraient bien en savoir davantage sur cette étrange et invisible directrice. Je ne peux que les comprendre, les pauvres, eux qui n’ont jamais eu l’occasion, contrairement à moi, d’avoir le moindre contact avec elle. Mais malgré ce que pense l'opinion publique, ou plus précisément Aodren et les idiots dans les couloirs, avoir comme directrice une femme comme Loewy ne me dérange pas. Je ne la voudrais pas plus empathique ou moins distante. Ce ne serait plus elle, sinon, n’est-ce pas ?
Son soudain mouvement m’arrache à mes pensées. Mon cœur s’emballe : l’entrevue est-il déjà terminé ? alors que nous avions une conversation si passionnante ? Je le refuse ! Dans mon esprit, j’imagine mille façons de prolonger ce moment. Je suis venue ici pour des réponses et finalement, je n’ai rien de bien concret. Oh, certes, j’en sais davantage sur la femme et notre relation semble avoir pris un tournant légèrement moins angoissant pour moi, mais où donc est la clé que je suis venue chercher ? mes réponses ? mes espoirs ? Tout cela s’affole dans mon esprit, jusqu’à ce que d’un geste, la directrice m’enjoigne à la suivre. Je me hisse sur mes jambes tremblantes — les traites ! — mais n’arrive à me détendre que lorsqu’elle reprend la parole. *Elle veut juste me montrer un truc !*. Rassurée, je me fustige. Je pourrais même en rire : mais quelle idiote de m'être inquiétée ! Encore une fois, l’étendue de mon émotivité face à Loewy m’effraie.
Je baisse les yeux sur la Pensine avant de les relever sur mon interlocutrice. Elle ne va quand même pas… Et si, il semblerait qu’elle souhaite me partager un souvenir. Comme si me parler avec tant de franchise, ce qui est assez étonnant de la part d’une adulte pour que je le soulève, ne suffisait pas. Mais je ne risque pas de m'en plaindre. Finalement, je ne repartirai pas sans réponse, ce soir.
« Non, avoué-je d’une voix excitée, jamais. »
Je ne me souviens même pas d'en avoir ne serait-ce qu’approché une au court de mes seize longues années de vie.
« Mais je sais comment ça fonctionne, » rajouté-je sur le ton de l’évidence. Qu’elle ne me pense pas ignorante malgré mon inexpérience. « Vous allez me montrer quoi ? Pourquoi ? »
Papa m’a toujours dit qu’il fallait que j’arrête de demander pourquoi juste avant que l’on me donne des réponses. « Avec un peu de patience, tu finiras par savoir. Laisse parler les autres. » Papa dit beaucoup de conneries, ce n’est pas nouveau, mais cette phrase-là je ne l’ai vraiment jamais aimé. Attendre des réponses est inutile. Il faut aller les chercher, les déterrer, les débusquer. Si j’avais dû attendre onze ans pour que mon entrée à Poudlard me révèle tout ce que j’avais envie de savoir, je serais aussi idiote que les autres élèves de cette école.
Son soudain mouvement m’arrache à mes pensées. Mon cœur s’emballe : l’entrevue est-il déjà terminé ? alors que nous avions une conversation si passionnante ? Je le refuse ! Dans mon esprit, j’imagine mille façons de prolonger ce moment. Je suis venue ici pour des réponses et finalement, je n’ai rien de bien concret. Oh, certes, j’en sais davantage sur la femme et notre relation semble avoir pris un tournant légèrement moins angoissant pour moi, mais où donc est la clé que je suis venue chercher ? mes réponses ? mes espoirs ? Tout cela s’affole dans mon esprit, jusqu’à ce que d’un geste, la directrice m’enjoigne à la suivre. Je me hisse sur mes jambes tremblantes — les traites ! — mais n’arrive à me détendre que lorsqu’elle reprend la parole. *Elle veut juste me montrer un truc !*. Rassurée, je me fustige. Je pourrais même en rire : mais quelle idiote de m'être inquiétée ! Encore une fois, l’étendue de mon émotivité face à Loewy m’effraie.
Je baisse les yeux sur la Pensine avant de les relever sur mon interlocutrice. Elle ne va quand même pas… Et si, il semblerait qu’elle souhaite me partager un souvenir. Comme si me parler avec tant de franchise, ce qui est assez étonnant de la part d’une adulte pour que je le soulève, ne suffisait pas. Mais je ne risque pas de m'en plaindre. Finalement, je ne repartirai pas sans réponse, ce soir.
« Non, avoué-je d’une voix excitée, jamais. »
Je ne me souviens même pas d'en avoir ne serait-ce qu’approché une au court de mes seize longues années de vie.
« Mais je sais comment ça fonctionne, » rajouté-je sur le ton de l’évidence. Qu’elle ne me pense pas ignorante malgré mon inexpérience. « Vous allez me montrer quoi ? Pourquoi ? »
Papa m’a toujours dit qu’il fallait que j’arrête de demander pourquoi juste avant que l’on me donne des réponses. « Avec un peu de patience, tu finiras par savoir. Laisse parler les autres. » Papa dit beaucoup de conneries, ce n’est pas nouveau, mais cette phrase-là je ne l’ai vraiment jamais aimé. Attendre des réponses est inutile. Il faut aller les chercher, les déterrer, les débusquer. Si j’avais dû attendre onze ans pour que mon entrée à Poudlard me révèle tout ce que j’avais envie de savoir, je serais aussi idiote que les autres élèves de cette école.
La clé des champs
Évidemment, Kristen n'avait aucunement l'intention de répondre aux questions d'Aelle : elle verrait bien. Cela faisait partie du jeu, c'était à l'adolescente elle-même de comprendre ce que Kristen choisirait de lui montrer et pourquoi ce choix. Encore une fois, la clé des champs devait se mériter.
Kristen ferma les yeux et pointa sa baguette sur sa tempe. Un filament blanchâtre s'en extirpa. En rouvrant les yeux, la directrice de Poudlard tapota le bout de sa baguette contre le bord de sa Pensine pour décrocher le souvenir du bâton. Puis, elle tendit la paume de son autre main vers l'objet, invitant Aelle à se plonger dans ce souvenir.
Les couloirs de Poudlard étaient calmes. Une sorcière brune, la bouche scellée, les sourcils froncés, les arpentait calmement. Elle avait les formes et le visage de l'adolescence : sa dernière année à Poudlard touchait bientôt à sa fin. Un sac bandoulière sur l'épaule, elle serrait contre elle un carnet noir. Elle ne croisait le regard de personne et poursuivait sa route sans prendre de détours : il n'y avait qu'elle, au monde, qui fût pourvue d'une existence ; elle entre ces grands murs, et c'était tout. Les autres n'étaient que des spectres, des formes qui passaient, des atomes si bien soudés qu'ils formaient ces obstacles durs qui prenaient de la place dans le monde : des gens. C'était l'heure du dîner dans la Grande Salle de Poudlard. La jeune Kristen s'assit, comme toujours, à la table des Gryffondor. Elle occupait une place tout au fond de la salle, au plus près de la sortie. En s'asseyant à un bout, elle s'épargnait la présence de deux êtres humains dans son entourage : sur l'un des côtés et l'une des diagonales. Bénéfice non négligeable - quand on préfère être seul, on développe toutes sortes de stratégies plus ou moins absurdes. Personne ne pensa à la saluer : on avait éprouvé depuis bien longtemps la vanité de toute tentative de communication avec elle. Elle leva les yeux : en face d'elle, moins près de la sortie cependant, un groupe de Serdaigle régnait en maîtres sur leur tablée. Ils échangeaient, se faisaient des messes basses dans un sens et dans l'autre, puis riaient, redevenaient subitement très sérieux : c'était un véritable ballet. L'un d'eux, brun, au sourire charmeur, naturellement charismatique, leva la main et salua Kristen, puis lui fit un clin d’œil complice. La Gryffondor détourna le regard et se servit un morceau de poulet avec une certaine vigueur, l'attaquant ensuite de ses couverts comme si ce pauvre bout de viande lui avait un jour fait outrage.
Aelle devait encore être plongée dans ce souvenir, quand Kristen le ramena dans sa baguette. Elle ne souhaitait rien commenter pour l'instant et enchaîna avec un autre souvenir. La manœuvre fut si rapide que du point de vue d'Aelle, la première scène n'avait pas eu le temps de quitter son esprit, et les décors et les gens s'étaient transformés sous ses yeux.
Kristen était plus âgée, dans sa vingtaine. Ses cheveux étaient désormais coupés courts, son visage était bien plus adulte, et elle avait troqué l'uniforme de Poudlard pour un grand trench noir. Il pleuvait et il faisait nuit. Adossée à un mur en brique, à l'abri des assauts de la pluie, Kristen s'alluma, du bout de sa baguette magique, une cigarette - c'était une Marlboro Light, miracle d'évasion étrange qu'elle devait bien concéder aux Moldus. Ses épaules s'affaissèrent tandis qu'elle aspirait la nicotine, et elle relâcha la fumée d'un coup. Sur sa gauche, une porte en fer s'ouvrit et un homme assez grand, aux cheveux noirs et aux dents plus blanches que blanches, sortit. Il semblait ravi : ses yeux bleu-vert respiraient le contentement.
« J'ai réfléchi à ce qu'on avait dit. Je crois que j'ai une idée. »
Kristen lui adressa un regard étonné et hocha la tête.
« Dis-moi. »
L'homme, qui était carrément au comble du bonheur, fit de grands gestes en s'expliquant :
« Si on trouvait un moyen de ne pas seulement animer leurs cor... »
Le monde se figea, se déforma brusquement : les murs n'étaient plus droits, la tête de Kristen Loewy faisait des vagues, et tout devint subitement noir.
Aelle se fit expulser de ce souvenir avec une certaine violence. Penchée au-dessus de la Pensine, Kristen avait un regard ahuri qui ne lui allait pas du tout. On entendait son cœur battre contre sa poitrine.
« Ce n'est... pas le souvenir que je voulais te montrer, excuse-moi, dit-elle en se raclant la gorge et prenant un air très peu naturel qui devait mimer la décontraction. »
Elle se maudit, maudit son esprit infusé de Baldur, et voulut contraindre Aelle pour effacer sa mémoire immédiatement. Elle serra fort sa baguette et sa mâchoire, semblant déglutir des litres et des litres de salive au vin rouge.
« Pourquoi t'ai-je montré ce moment à Poudlard ? »
Kristen ferma les yeux et pointa sa baguette sur sa tempe. Un filament blanchâtre s'en extirpa. En rouvrant les yeux, la directrice de Poudlard tapota le bout de sa baguette contre le bord de sa Pensine pour décrocher le souvenir du bâton. Puis, elle tendit la paume de son autre main vers l'objet, invitant Aelle à se plonger dans ce souvenir.
***
Les couloirs de Poudlard étaient calmes. Une sorcière brune, la bouche scellée, les sourcils froncés, les arpentait calmement. Elle avait les formes et le visage de l'adolescence : sa dernière année à Poudlard touchait bientôt à sa fin. Un sac bandoulière sur l'épaule, elle serrait contre elle un carnet noir. Elle ne croisait le regard de personne et poursuivait sa route sans prendre de détours : il n'y avait qu'elle, au monde, qui fût pourvue d'une existence ; elle entre ces grands murs, et c'était tout. Les autres n'étaient que des spectres, des formes qui passaient, des atomes si bien soudés qu'ils formaient ces obstacles durs qui prenaient de la place dans le monde : des gens. C'était l'heure du dîner dans la Grande Salle de Poudlard. La jeune Kristen s'assit, comme toujours, à la table des Gryffondor. Elle occupait une place tout au fond de la salle, au plus près de la sortie. En s'asseyant à un bout, elle s'épargnait la présence de deux êtres humains dans son entourage : sur l'un des côtés et l'une des diagonales. Bénéfice non négligeable - quand on préfère être seul, on développe toutes sortes de stratégies plus ou moins absurdes. Personne ne pensa à la saluer : on avait éprouvé depuis bien longtemps la vanité de toute tentative de communication avec elle. Elle leva les yeux : en face d'elle, moins près de la sortie cependant, un groupe de Serdaigle régnait en maîtres sur leur tablée. Ils échangeaient, se faisaient des messes basses dans un sens et dans l'autre, puis riaient, redevenaient subitement très sérieux : c'était un véritable ballet. L'un d'eux, brun, au sourire charmeur, naturellement charismatique, leva la main et salua Kristen, puis lui fit un clin d’œil complice. La Gryffondor détourna le regard et se servit un morceau de poulet avec une certaine vigueur, l'attaquant ensuite de ses couverts comme si ce pauvre bout de viande lui avait un jour fait outrage.
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Aelle devait encore être plongée dans ce souvenir, quand Kristen le ramena dans sa baguette. Elle ne souhaitait rien commenter pour l'instant et enchaîna avec un autre souvenir. La manœuvre fut si rapide que du point de vue d'Aelle, la première scène n'avait pas eu le temps de quitter son esprit, et les décors et les gens s'étaient transformés sous ses yeux.
***
Kristen était plus âgée, dans sa vingtaine. Ses cheveux étaient désormais coupés courts, son visage était bien plus adulte, et elle avait troqué l'uniforme de Poudlard pour un grand trench noir. Il pleuvait et il faisait nuit. Adossée à un mur en brique, à l'abri des assauts de la pluie, Kristen s'alluma, du bout de sa baguette magique, une cigarette - c'était une Marlboro Light, miracle d'évasion étrange qu'elle devait bien concéder aux Moldus. Ses épaules s'affaissèrent tandis qu'elle aspirait la nicotine, et elle relâcha la fumée d'un coup. Sur sa gauche, une porte en fer s'ouvrit et un homme assez grand, aux cheveux noirs et aux dents plus blanches que blanches, sortit. Il semblait ravi : ses yeux bleu-vert respiraient le contentement.
« J'ai réfléchi à ce qu'on avait dit. Je crois que j'ai une idée. »
Kristen lui adressa un regard étonné et hocha la tête.
« Dis-moi. »
L'homme, qui était carrément au comble du bonheur, fit de grands gestes en s'expliquant :
« Si on trouvait un moyen de ne pas seulement animer leurs cor... »
Le monde se figea, se déforma brusquement : les murs n'étaient plus droits, la tête de Kristen Loewy faisait des vagues, et tout devint subitement noir.
***
Aelle se fit expulser de ce souvenir avec une certaine violence. Penchée au-dessus de la Pensine, Kristen avait un regard ahuri qui ne lui allait pas du tout. On entendait son cœur battre contre sa poitrine.
« Ce n'est... pas le souvenir que je voulais te montrer, excuse-moi, dit-elle en se raclant la gorge et prenant un air très peu naturel qui devait mimer la décontraction. »
Elle se maudit, maudit son esprit infusé de Baldur, et voulut contraindre Aelle pour effacer sa mémoire immédiatement. Elle serra fort sa baguette et sa mâchoire, semblant déglutir des litres et des litres de salive au vin rouge.
« Pourquoi t'ai-je montré ce moment à Poudlard ? »
Équipe Modératus
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