13 févr. 2021, 00:36
Nos ombres que la nuit dissipera  PV 
Une leçon, hein ? Bien sûr, Kristen avait habitué la jeune sorcière à ne rien faire en vain : tout devait avoir un but, tout devait être grave, une grande leçon de vie, un instant philosophique ! On pouvait dire que cette nuit n'échapperait pas à la règle, mais l'enseignement serait d'un tout autre type. La directrice haussa les épaules avec désinvolture.

« La leçon, c'est qu'il ne faut pas non plus oublier de s'amuser, de temps en temps, fit le professeur Loewy en rejoignant Aelle. »

À ses côtés, elle projeta son esprit dans le vide de l'intérieur de la caverne. Elle ferma les yeux pendant quelques secondes, se concentrant sur ses autres sens : odorat, ouïe... Chao' dégageait une odeur particulière, mais impossible à reconnaître par qui que ce soit d'autre que Kristen ou le Trio... Quand au doux râle de sa respiration, d'ici, on l'entendait à peine. Kristen rouvrit les yeux après avoir savouré ce premier contact. Se penchant vers l'adolescente, elle chuchota :

« Tu feras attention, il y a un dragon mangeur d'hommes, là-dedans. »

Elle lança à la jeune fille un regard d'un grand sérieux. Ce n'était pas le moment, pour Aelle Bristyle, de dire très fort que ce n'était même pas vrai, n'importe quoi, un dragon mangeur d'hommes et puis quoi encore ? Peut-être ferait-elle le lien avec le fameux œuf pour lequel elle aurait dû concourir avec Chu-Jung. Quel effet cela lui ferait-il, d'ailleurs ?

« Reste là. Je ne serai pas longue. »

Kristen la repoussa un peu, du dos de la main, pour qu'elle s'écarte de l'entrée de la cavité. La sorcière noire s'enfonça ensuite dans la caverne, disparaissant dans l'obscurité et laissant la sorcière en pyjama seule sur ce plateau de pierre. L'adulte jeta un regard en arrière pour s'assurer une dernière fois qu'Aelle restait bien sur place, mais il fallait tout de même regarder devant soi pour retrouver la vouivre...

Le dragon d'un noir étincelant dégageait son habituel manteau de fumée obscure. Kristen le caressa tendrement en le longeant et, alors que les yeux de la vouivre s'illuminaient de la présence de sa mère, l'animal pencha la tête et tendit une aile pour permettre à Kristen de monter.

« Salut, dit-elle à son oreille, penchée sur son corps. »

Le dragon se dirigea vers l'entrée de la caverne, projetant autour de lui son manteau noir.

Équipe Modératus
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13 févr. 2021, 16:39
Nos ombres que la nuit dissipera  PV 
Un drôle de sourcil se dresse sur mon front. S’amuser ? Je m'attendais à bien des choses de la part de la sorcière, mais certainement pas à cette réponse-là. L'amusement est si vain quand on peut Découvrir. Et puis, je ne considère pas mon quotidien comme étant dénué d'amusement. M'amuser, c’est ce que je fais tous les jours quand j’ouvre mes livres et que j’étudie. Je ne considère peut-être pas cela comme un amusement pur et dur, mais le plaisir que je prends à le faire est bien réel. Alors, si j’ai du plaisir à faire quelque chose, c’est bien que je m’amuse, non ? Et puis cette femme est d’accord avec moi, je le sais. Ce n’est pas le genre à quitter ses bouquins pour aller disputer une partie de bavboules pour s’amuser, même avec cette Luneau, j’en suis certaine. Mais je suis curieuse et je me demande ce qu’entend la réputée plus grande sorcière de Grande-Bretagne par s’amuser. Certainement quelque chose de singulier — le contraire me décevrait.

Décidemment, Kristen Loewy est bien joueuse, ce soir. Après le jeu du hasard, une devinette : un dragon ? Un moyen, peut-être, de me faire comprendre que… Mes doutes se font avaler par le regard sérieux que me lance la femme et je ne peux m’empêcher de lui jeter une œillade éberluée. *Un dragon ?* Ici ?*. La dernière fois que j’ai vu un dragon de près, mon émerveillement était aussi grand que mon effroi ; il faut dire que l’Azuré du Népal n’était pas n’importe quel dragon. Mon cœur en rate un battement. Je n’aime guère me rappeler cette période, j’y pense bien trop ces derniers temps. Le regard braqué sur le profil de Loewy, je repousse mes folles idées. Ces souvenirs n’ont rien à voir avec ce qui est en train de se passer et surtout, il est inutile d’émettre des hypothèses pour le moment.

Je ne pense même pas à répliquer au contact de la main qui me repousse comme si je n’étais qu’une chose encombrante. Je me laisse faire et regarde Loewy se faire avaler par l’obscurité. Un sourire nerveux m’étire les lèvres et je me demande, l’espace d’une seconde, si elle ne s’est tout simplement pas foutu de moi. Je ne sais pas ce que je préfèrerais : la voir sortir accompagnée d’un terrible dragon ou me prendre sa moquerie en pleine face quand elle verra que je suis tombée dans le panneau ? Connaissant cette femme, je trouve bien plus cohérent de la retrouver en compagnie d’une énorme créature plutôt que de la voir pleine de moqueries. Alors j’attends, victime des courants d’air qui traversent le plateau, mon cœur battant un peu trop fort dans mon corps et la main subitement accrochée à ma baguette magique.

Je n’ai pas peur. Ce n’est pas la première fois que je vois un dragon, alors je n’ai pas peur. C’est du moins ce dont j’essaie de me convaincre, mais mon corps m’envoie d’étranges preuves du contraire. Des frissons dégringolent le long de mon dos et une puissante envie de reculer me saisie. Je la musèle, cette envie, parce qu’il est hors de question que je me montre couarde ce soir. Alors, plantée comme un piquet près de l’entrée de la grotte, les yeux écarquillés pour essayer d’apercevoir la silhouette de Loewy, mes oreilles imaginant toute sorte de bruits en provenance de la grotte — est-ce seulement mon imagination ? —, je ne bouge pas mais Merlin, ce que mon cœur peut s’affoler !

13 févr. 2021, 17:31
Nos ombres que la nuit dissipera  PV 


Le corps de la vouivre noire ondula et ses pas s'accélérèrent, provoquant des tremblements sur le sol de la caverne. Trop ravie de pouvoir s'amuser avec celle qui avait remplacé sa mère, Cháofēng se mit presque à galoper jusqu'à l'entrée de la caverne, qui se révéla à son regard bien plus vite que prévu. Kristen et le dragon dépassèrent Aelle sans lui prêter attention, visiblement. Les énormes griffes de la bête prirent appui sur le bord du plateau rocheux et elle s'envola, ondulant magnifiquement entre les étoiles et les formes ouatées des nuages. D'habitude, Kristen emportait un balai volant pour jouer avec le dragon, mais cette fois, elle ferait sans. Alors, elle se laissa guider, observant de loin la minuscule silhouette d'Aelle Bristyle, restée seule en haut de la montagne. Cháofēng entoura le sommet de la montagne, jouant presque à attraper sa queue, et redescendit en serpentins, passant non loin de la jeune sorcière et faisant voler ses cheveux. Plus loin, elle s'autorisa encore quelques pirouettes. Kristen, bien accrochée au dragon, ne travaillait jamais autant tous les muscles de son corps que lorsqu'elle volait avec l'impétueuse vouivre noire. Mais quel pied ! Cette sensation de liberté totale, de toute-puissance, on ne la retrouvait bien qu'à dos de dragon...

« Cháo, on redescend ! dit Kristen d'une voix qui se voulait plus forte que le vent. »

Après quelques ondulations de protestation, la vouivre fondit sur le plateau et s'y posa lourdement, enroulant le bout de sa queue contre la montagne et écartant ses ailes. La bête était si massive que son manteau noir flottait à quelques centimètres de la Poufsouffle. Kristen se redressa sur le dragon et dit :

« Aelle, je te présente Cháofēng. Cháofēng, Aelle. »

La vouivre perça la toute petite chose du regard. Sa grande gueule s'ouvrit, découvrant des acérées. Dans un souffle chaud, la voix du dragon s'éleva, rocailleuse comme le promontoire.

« Qui... ça...? »

Équipe Modératus
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13 févr. 2021, 19:28
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Effectivement, Kristen Loewy n’est pas de ceux qui disputent une partie de bavboules pour s’amuser quand arrive le dimanche soir. Quel immense sentiment m’envahit lorsque le dragon me dépasse à vive allure pour s’envoler dans la nuit ! Je ne crois pas avoir déjà ressenti cela. Une peur exaltante qui me prend aux tripes et qui me retourne entièrement. Oubliés mes doutes, disparus toute la rancœur qui est la mienne depuis de nombreuses semaines. Ne reste plus que cette grande chose qui fait s’agiter mon cœur et grandir le sourire qui dévoile mes dents. La nuque courbée, je lève la tête pour ne rien perdre du magnifique spectacle qui se déroule sous mes yeux. Tout de noir vêtu, la bête se fond dans les couleurs obscures qui parsèment le ciel nocturne d’Écosse. Mon cœur rebondit à chaque nouvelle figure et quand le dragon retombe vers la terre et passe au-dessus de moi, faisant voltiger ma chevelure, un cri ravi traverse mes lèvres. Je ne me rends pas compte que je dois ressembler à une gamine avec mes grands yeux écarquillés et ma bouche ouverte.

Quelque part dans le creux de mon esprit, j’ai conscience que la femme qui chevauche ce dragon est Kristen Loewy. Une vague conscience très lointaine puisque ce qui prédomine actuellement et qui resplendit dans mon cœur, c’est une folle admiration qui fait s’élever mon âme. Elle prend des proportions formidables lorsque la créature redescend se poser sur le plateau, faisant trembler la terre sous mes pieds. A la voir aussi proche de moi, cette merveille, et à sentir caresser ma peau l’étrange manteau obscur qui l’entoure, je sens revenir en moi l’effroi qui m’a tétanisé tantôt. Et alors, c’est comme la dernière fois avec l’Azuré. Je suis incapable de bouger, incapable de me détourner, surtout lorsqu’enfin mon regard se dépose sur la sorcière qui repose fièrement sur l’encolure de l’Immense. C’est à cet instant précis que je comprends que l’admiration que je ressens n’est pas tant destinée au dragon qu’à ma directrice.

Quelle fière allure…, me murmuré-je doucement, oui, quelle fière allure a-t-elle. Je crois que c’est la première fois que je prends conscience de l’aura écrasante qui est la sienne. Mais sans doute ce sentiment doit-il provenir de la bête, n’est-ce pas ? C’est bien plus acceptable de croire cela que d’accepter que j’admire cette grande femme *cette femme* qui chevauche une créature fantastique et incroyable.

Il me faut cligner des yeux à plusieurs reprises pour reprendre conscience de moi, de mon corps et de qui est cette femme ; quelques secondes pour me rappeler d’effacer l’admiration qui fait briller mes yeux. Yeux qui se détournent à grande peine de Loewy pour se plonger dans l’immense gouffre que représente le regard de Cháofēng. Face à cette profondeur-là, je me sens si petite, si insignifiante, si peu importante que je suis même incapable de répondre à la question qui sort de l’effroyable gueule qui s’ouvre devant moi. Et puis, que dire ? Qui suis-je, après tout ? Aelle, ça ne veut pas dire grand chose ; Bristyle encore moins. Je crois qu’il n’existe aucun mot dans ma langue pour exprimer ce que j’aimerais que cette créature voit de moi — dans ces conditions, autant garder le silence.

Mon regard ne sait sur quoi se poser ; il est autant attiré par la beauté qui s’impose à mes yeux que par Loewy. Au bout d’un instant, je décide que la glace du regard de la femme est bien moins impressionnante que les yeux que darde le dragon sur moi. Il me faut, semble-t-il, un temps incroyable pour retrouver la parole et un temps plus long encore pour réussir à balbutier — et j’aurai honte plus tard de mon imbécilité qui me rend, à ce moment-là, incapable de la moindre profondeur :

« Cháofēng… »

Kristen Loewy chevauche un dragon et moi je répète ce qu’elle me dit comme une gamine.

« Il est… »

Là aussi, les mots me manquent. Et ce n’est absolument pas de la beauté du dragon dont je veux parler, ou de celle de la femme. La beauté des choses ne m’atteint que rarement, je suis bien plus impressionnée par la magie, habituellement, par des choses concrètes. Merlin, je dois paraître ridicule ! Je me sens pitoyable, tout à coup, sans doute est-ce pour cela que je dis :

« Si c’est ça, s’amuser… J’accepte la leçon. »

Tout en essayant d’oublier, d’enterrer et de supprimer définitivement mon admiration pour Kristen Loewy qui est en train de m’abîmer le cœur.

14 févr. 2021, 16:13
Nos ombres que la nuit dissipera  PV 
Kristen serra les dents un instant et tenta de prendre les devants.

« Cháo'... »

Mais c'était un peu tard. La grande vouivre noire se dressa de toute sa hauteur, relevant magnifiquement son long cou et bousculant un peu Kristen, qui dût s'accrocher fermement au dragon pour ne pas glisser dans le vide.

« JE SUIS... JUSTE DEVANT TOI..., PETITE CHOSE..., gronda la vouivre. »

Il y avait en effet une certaine façon de s'adresser à un dragon, d'autant plus à celui-ci, qui avait un caractère un peu particulier. Faire comme s'il n'était pas là, à prendre toute la place, en disant "il" devant lui n'était vraiment pas une bonne idée. Pour dompter cette impressionnante créature ailée, Kristen avait dû sauter dans le vide et s'en remettre toute entière à elle : la directrice de Poudlard avait remis sa vie entre ses grandes ailes noires, affirmant sa nécessité absolue, son besoin d'elle. La vouivre devait être le centre de l'attention, le centre de l'univers, un être quasi divin qui absorbait tout sans partage.

Le serpent ailé balança sa queue au-dessus d'Aelle, manquant de la renverser. Puis elle rabaissa la tête et plaça son museau juste devant ce minuscule être humain, la dévisageant tout à fait. Un souffle chaud traversa ses nasaux et fit voleter la chevelure de l'adolescente.

« Faim... »

Ce qui ne devait être qu'un murmure pour la bête faisait tout aussi bien vibrer les pores des humains en présence.

« Je te promets un festin, ma belle. Bientôt, la rassura Kristen. »

La vouivre tourna son cou pour observer sa mère de cœur et sembla hocher la tête. Elles se comprenaient. Kristen savait l'appétit de Cháofēng, et inversement. Ensemble, elles se nourriraient de la terreur de leurs ennemis. Bientôt...

Équipe Modératus
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14 févr. 2021, 18:17
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Quelle erreur de croire qu’avant cela, je ressentais quelque chose. Toutes mes émotions ne sont rien du tout comparé à l’immense effroi qui s’empare de moi quand Cháofēng m’écrase de ses paroles et de toute sa taille. Une peur glaçante qui fait s’effondrer mon cœur et se retourner mon estomac. Alors ce n’est plus seulement l’immobilité qui me fige sur place mais une tétanie plus forte que tout ce que j’ai ressenti auparavant. Je suis certaine, absolument certaine de n’avoir jamais éprouvé de toute ma vie une peur plus grande. De celle qui me donne envie de pleurer toutes les larmes de mon corps et qui me fait si mal que je suis incapable de bouger, incapable de penser, incapable de faire quoi que ce soit si ce n’est regarder l’Immense qui est bien plus que tout ce que je pourrais être. C’est comme si la créature avait avalé tout ce qui fait que je suis moi pour ne laisser… Rien du tout. Je n’existe plus, à présent, je ne suis plus tout à fait là, plus tout à fait moi.

Loewy est reléguée très loin dans ma conscience, désormais, insignifiante à côté du monstre qu’elle chevauche. Ma vision se réduit drastiquement. N’existent plus les montagnes qui nous entourent et le ciel sombre ; je ne vois que la créature. Je ne ressens plus aucune excitation, plus aucune once d’admiration et plus rien de la grande joie qui a été la mienne un instant plus tôt. Si j’avais encore conscience de mon corps, je crois que je me serais effondrée en larmes dans l’instant, sans aucune retenue et sans aucune honte. Mais même ça, je ne parviens pas à le faire. Toute ma vie, je me suis persuadée que j’étais mieux que tous les Autres. Comment croire le contraire ? Après tout, n’étais-je pas moi, Aelle Bristyle ? Je suis une sorcière puissante, me disais-je, incroyable, fascinante et je suis destinée à accomplir tant de belles choses ! Je le croyais sincèrement. Jusqu’à ce moment précis où en une fraction de seconde l’entièreté de ma vie est remise en question. Je suis persuadée que je vais mourir, bouffée par un dragon que chevauche Kristen Loewy et alors, qui se souviendra encore de moi ? Je n’ai absolument rien fait de ma vie, pas la moindre petite chose intéressante. Si ce n’est avoir fait l’erreur d’ignorer un dragon qui a encore plus envie et besoin qu’on le voit que moi — et ce n’est pas peu dire.

La voix de Loewy, si peu de choses comparé à celle de l’Immense, me fait légèrement revenir à moi. Je suis incapable de la regarder, mais je l’entends. Je ne savais pas qu’elle m’était si familière, cette voix, mais dans mes oreilles elle prend une teinte réconfortante qui me fait me dire : *elle me laissera jamais crever ici*. Et même si la confiance que je porte à cette femme est plus que limitée, je m’en remets entièrement à elle. Je lui offre toute ma vie, toute ma petite personne, si cela signifie qu’elle empêchera son dragon de refermer sa grande gueule sur moi.

Je sais que je dois parler, dire quelque chose. M’excuser ? Pour une fois, cette idée ne me rebute même pas. Je pourrais supplier ce monstre pour qu’il me pardonne l’erreur de ne pas l’avoir considéré. Certes. En l’espace d’une minute, Cháofēng a réussi là où des dizaines de personnes ont échoué : elle a anéanti ma colossale fierté.

« Je… Je… »

Et mes mots prennent moins de place que la brise qui souffle sur ce terrifiant plateau. Je déglutis péniblement, un sentiment d’urgence me tenaillant les entrailles. Je dois parler, maintenant, parler pour ne pas mourir.

« J-je te v-vois, » balbutié-je avec difficulté, mes grands effrayés refusant de se détourner de la créature.

Des mois que je n’avais plus balbutié, des mois que la parole ne m’avait pas fait défaut de cette manière. Mais cela n’a aucune importance. Je ne ressens plus rien d’autre dans mon cœur qu’une peur violente qui me force à faire la seule chose que je m’étais refusé jusque là : je recule d’un pas tremblant, et d’un second avant de me figer.

Rooh… Et voilà, elle est complètement détraquée. Elle a résisté à la grande, la terrifiante Kristen Loewy mais elle n’est plus rien face à Cháofēng.

17 févr. 2021, 00:19
Nos ombres que la nuit dissipera  PV 
Aux mots de l'adolescente, la vouivre se dressa à nouveau. Si Aelle la voyait ou prétendait la voir, la réciproque n'était pas tout à fait vraie. Cháofēng constatait plutôt la présence de la petite sorcière dans son champ de vision, comme elle aurait remarqué un arbre sur sa trajectoire de vol.

« Cháofēng, je vais descendre, dit Kristen en tapotant un coin du cou de l'animal. »

La bête ailée s'arrangea pour que la directrice puisse descendre confortablement, après tous les remous que ses mouvements avaient provoqués. Elle atteignit le sol par une aile. Kristen se caressa la main droite en regardant sa jeune complice.

« Je me vois dans l'obligation de te révéler un secret qui n'en est pas un. »

Alors, elle serra le poing de sa main droite, elle le serra très fort et imprima dans son esprit l'image infecte de Baldur Feuerbach. Elle se répéta mentalement son prénom odieux, un prénom qui, rien qu'à l'entendre, lui donnait la nausée. Baldur. Baldur. Bal. Et son regard, son sourire carnassier, son allure de toute-puissance, la violence de ses gestes, la violence de ses mots, son aura écrasante, son corps écrasant. Il n'était pas seulement question d'invoquer des images : le simple rappel de son existence provoquait chez Kristen une rage immense. Elle pensait alors : ce type n'a pas le droit de vivre. Il respire encore : ça me dérange. Comme si, de là où elle était, elle ne supportait pas la simple idée de partager son air avec lui. Mais cette rage était un excellent déclencheur de sa magie : si elle ne cherchait pas à la contrôler, elle pouvait éclater autour d'elle, emplissant l'espace environnant.

Elle déplia sa main tremblante : le dos de celle-ci commençait à saigner abondamment. Des lambeaux de peau noircie commencèrent à léviter de quelques centimètres avant de prendre la forme de petits papillons noirs. Kristen tendit tout à fait sa main ensanglantée vers sa vouivre, qui frotta son museau contre la paume de la sorcière noire avec une satisfaction non dissimulée.

« J'ai le privilège de ne pas me faire dévorer la main. Les vouivres noires étaient censées avoir disparu il y a bien longtemps... Des terreurs du ciel qui se nourrissent de magie noire et, par conséquent, des êtres humains qui en sont imbibés. »

La nuée de papillons noirs entoura l'immense tête du dragon, qui la remuait avec plaisir.

« Ce n'est qu'une toute petite friandise. »

Équipe Modératus
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17 févr. 2021, 13:34
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Se reculer n’était semble-t-il pas une mauvaise décision et je me félicite de l’avoir prise au moment où Cháofēng se dresse une nouvelle fois, torturant mon pauvre cœur déjà bien angoissé. De nouveau, seule la voix de Loewy et ses mouvements me permettent de ne pas me liquéfier pitoyablement puisque je me répète en boucle : *elle me laissera pas crever*. Et Merlin seul sait combien je regretterai ces pensées plus tard.

Il est difficile, quand on fait face à un dragon de cette envergure et qui dégage une telle force, de se détourner ou de seulement se détendre. C’est pour cela que je ne jette qu’un vague regard à la femme et que je me demande à peine quel grand secret elle veut me révéler, plus grand du moins que cette chose qu’elle vient de me présenter. Pourtant, quand elle lève sa main, cette main que j’ai choisi quelques instant auparavant, mon intérêt surpasse la peur qui me figeait sur place.

Un drôle de phénomène se déroule sous mes yeux. C’est la première fois que je vois une telle magie à l’œuvre et que je ressens cet étrange sentiment qui me soulève le cœur. Je ne parviens pas à le nommer. Il existe dans un endroit de mon corps que je ne peux pas situer et me fait me sentir bien et si mal à la fois. Ma gorge se noue tandis que j’observe saigner la main noircie de la directrice et l’étrange réaction de Cháofēng à son contact. Sans doute dois-je avoir l’air complètement fascinée avec ma bouche ouverte et mes yeux écarquillés, mon souffle court et les frissons qui dévalent ma peau. Fascinée, je le suis évidemment, mais pas seulement.

Ce dragon me fait me poser mille questions en même temps. J'ai envie de tout savoir de lui, de tout apprendre, de tout comprendre. Mais Loewy parle ; sa magie, délicieusement sombre, crépite autour de sa main et mon regard se fait avide. Un brusque désir me coupe le souffle. Cette magie remue quelque chose dans mon corps. Quelque chose de lointain, de profondément enfoui, mais de bien réel.

« Comment est-ce que vous faites ça ? » soufflé-je sans y penser — comment ? Comment moi puis-je le faire ? signifie cette question.

Et alors, mon regard quitte la tête de Cháofēng et la main qui la nourrit pour se hisser sur le visage de Loewy. L'envie qui me consume est si grande que pendant un terrible instant, j'en oublie d'avoir peur de l'Immense et de son irascible caractère. Cette envie ne vient pas de naître, elle a fait son nid au sein de mon cœur il y a quelque temps déjà, je serais incapable de dire quand, et depuis elle me consume et me donne envie de plus. Toutes ces nuits à tourner en rond parce que j'avais besoin de laisser sortir quelque chose, toute cette frustration lorsque j'utilisais — si banalement — ma baguette magique... Tout cela prend des proportions énormes quand, lourde de la colère que je ressens envers Thalia et envers le monde, je brûle de me décharger de tout ce qui grouille à l'intérieur de moi.

Une étrange détermination pointe dans ma voix lorsque je reprends la parole :

« Si tu l'acceptes, dis-je en m'adressant intentionnellement à la vouivre, un jour, je te nourrirai moi aussi. »

Et à aucun moment je n'envisage la possibilité qu'elle puisse ne pas accepter — ou pire encore, que sa compagne aux yeux de glace me le refuse. Dans mon esprit, le refus n'est pas une éventualité, pas même une réalité. Ce que je désire, je l'obtiens. Ça a toujours été comme ça, n'est-ce pas ? Presque toujours. Mais plus je grandis, plus je prends conscience que je suis capable de beaucoup pour obtenir ce que je veux.

17 févr. 2021, 14:52
Nos ombres que la nuit dissipera  PV 
Les yeux de Kristen suivaient ceux de la vouivre : dans ces moments-là, il existait une vraie communion entre ces deux êtres. Mais la voix d'Aelle la ramena au monde, et elle abaissa sa main qui ne produisait plus rien que du sang. La vouivre, elle, s'était trouvée intriguée par la proposition de la jeune fille. Pour toute réponse, elle n'émit qu'un grognement sourd qui voulait peut-être dire : on verra bien, microbe. Le risque majeur d'une telle proposition était de se faire dévorer par la bête : la nourrir si gentiment n'était pas donné à tout le monde. Cela supposait un lien déjà très fort.

Kristen ne releva pas non plus cette proposition, qu'elle trouvait très prématurée. Elle choisit plutôt de répondre à la première question de l'adolescente, amenant sa main au niveau de son visage et l'observant comme si elle-même la découvrait.

« On pourrait appeler cela... Une métamorphose sacrificielle, peut-être ? Au départ, c'était une erreur. Je n'avais rien envisagé de tel. Je m'entraînais pour acquérir le pouvoir des Animagi, mais... L'expérience a pris une tournure inattendue. »

Le visage de Baldur s'imposa à nouveau à elle, et ses gestes, là-haut, dans son bureau, quelques années auparavant.

« J'ose croire que tu l'as compris il y a longtemps : le sacrifice que cette magie impose n'est pas seulement physique. On vous répète suffisamment que les sortilèges sont une affaire d'intentions, d'émotions, et cætera. Pour arriver à un tel résultat, j'emplis tous les espaces de mon esprit de rage et de... mauvaises intentions. Ce sont des envies de destruction, d'anéantissement, de... »

... Meurtre, tout simplement. Des pulsions que l'on relâche, dans lesquelles on se noie tout à fait. Tout cela, Aelle le savait déjà, depuis leur dernière discussion. On filtre avec la folie.

« On m'a déjà reproché mon manque de retenue, par ailleurs, dit-elle avec une moue ironique qui n'avait pas un air de sourire du tout. »

Opale McKinney, qui aurait apparemment mieux fait de se taire, l'avait accusée de bien des choses : il semble que votre magie ne soit pas à la hauteur de votre réputation, vous n’avez aucun contrôle de vos émotions, vous n’êtes pas digne de votre rang... Ah ! Et ce souvenir inexistant du visage de l'Américaine se tordant, ne comprenant pas d'où la mort arrivait, était pour Kristen d'un réconfort si grand que l'ironie qu'il portait.

Équipe Modératus
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17 févr. 2021, 17:20
Nos ombres que la nuit dissipera  PV 
« Je l’ai compris, » confirmé-je simplement.

J’ai conscience que toute autre personne aurait réagit différemment au discours de la femme. Les membres de ma famille, par exemple, se seraient crispés et certainement auraient-ils ressenti un quelconque malaise, un dégoût à l’idée même d’être empli de rage. Ils auraient fait marche arrière à toute vitesse pour faire emprunter à la discussion un chemin moins dérangeant, moins immoral. C’est peut-être parce que je sais cela que je baisse mon regard curieux et pensif sur le bout de mes chaussures. Moi, ce n’est pas cela que je ressens. Ce qu’il se passe à l’intérieur de moi est tout à fait différent. Cette colère et cette rage, cette envie de destruction et de violence je l’ai très souvent ressenti comme une intrue ; une espèce d’aberration, un sentiment bancal que je devais à tout prix supprimer, tout simplement parce que l’on m’a fait croire toute ma vie que je n’étais pas autorisée à le ressentir. J’ai mis un certain temps avant de comprendre que je ne voulais pas m'en débarrasser. Pire encore, parfois je ressens l’immense besoin de me plonger toute entière dans cette noirceur qui m’habite le cœur. Et plus le temps passe, moins je ressens de honte. Le temps que je passe avec cette femme, notamment, tend à me confirmer que j’ai raison de ne pas avoir honte et que j’ai raison de vouloir m’y plonger à cœur perdu. Tout simplement parce que c’est quelque chose qui me parle et que rien dans ce monde ne pourra me limiter ou m’imposer des barrières — c’est une promesse que je me répète tous les jours, à chaque fois que j’ouvre mon carnet pour y annoter le contenu de mes recherches et de mes découvertes.

De nouveau, mes yeux trouvent le chemin de la main abîmée de Loewy et je me demande ce que je ressentirais, moi, si du jour au lendemain je me retrouvais avec une telle chose au bout du bras. Une part de moi pense évidemment que j’en serais bouleversée mais je ne l’écoute pas. Je préfère croire que jamais cela ne m’arrivera. Non pas parce que je me pense meilleure que cette femme bien plus expérimentée que moi mais tout simplement parce que j’ai une confiance démesurée en mes propres facultés et que je ne peux pas croire, pas envisager que je perdrai le contrôle de cette manière un jour. Malgré cela, l’expérience ratée de Loewy, personnifiée par cette main noircie, ne m’inspire aucun mépris, au contraire.

« On a déjà parlé de contrôle, dis-je au bout d’un moment, mais mon avis à ce propos a pas changé : si vous faisiez preuve de plus de retenue je suis pas certaine que vous soyez capable de ça. »

Et du bout du menton, je désigne sa main comme je pourrais désigner toute sa personne. Ça englobe tellement plus qu’une simple… Métamorphose sacrificielle.

Enfin libérée de ma grande tétanie, je fais quelques pas sur le plateau, surveillant d’un œil l’Immense — je l’imagine encore bien trop affamée pour me détendre en sa présence. Les mots se bousculent dans mon esprit mais j’ai du mal à les laisser sortir. Je n’ai pas l’habitude de me confier, moins encore à des adultes. Et si Loewy perd, la plupart du temps, son statut d’adulte pour n’être qu’elle, une femme, une âme, une sorcière, une personne qui me comprend plus que toutes les autres personnes que j’ai côtoyé, cela ne change pas que m’ouvrir à elle me donne l’impression de me jeter dans un grand vide : l'atterrissage sera désagréable, je le sais déjà, il l’est toujours quand on fait l’erreur de donner notre confiance aux autres. Pourtant, nous sommes là, sur ce plateau. La nuit nous entoure de ses bras obscurs et sans les murs de Poudlard pour nous emprisonner, j’ai l’impression d’être capable de tout, de n’être plus soumise à aucune règle. D’être libre, en soit, d’exprimer tout ce qui me passe par l’esprit.

« J’aimerais être capable, moi aussi, de… »

Ma voix me parait lointaine. Languissante et basse, elle exprime si bien mes doutes que je me sens forcée de froncer les sourcils et de me redresser pour paraître plus confiante que je ne le suis réellement.

« De… Transformer la colère que je ressens pour en faire quelque chose. J’ai pas peur des sacrifices dont vous parlez et surtout… »

Je plonge mon regard dans le ciel, un soupir aux lèvres, avant de l’abaisser sur Loewy. Je l’observe un instant avant d’avouer, un petit sourire m’étirant la bouche :

« Ils ne suffisent plus. Les livres. »

Une façon de dire vous aviez raison sans le dire.

Je ne suis pas en train de demander son approbation et je ne suis pas non plus en quête d’une quelconque aide (me persuadé-je). Pour la première fois, je parviens à énoncer à voix haute ce que je ressens tout au fond de moi. Jamais je n’ai avoué ce que je viens de dire, jamais je n’ai parlé de cette grande envie qui me perfore, pas même à Zikomo, surtout pas à Zikomo, Merlin. Mais avec Loewy… C’est différent. Peut-être parce que je pense qu’elle me comprendra ou tout simplement parce que je sais qu’elle est passée par ce que je suis en train de vivre. Plus qu’une approbation, j’ai besoin d’un échange, d’une discussion, de parler de tout cela pour mieux le comprendre. Et une fois que la compréhension sera mienne, je pourrai agir.