Pensées en tyrolienne Libre

Bonsoir bonsoir :ninja: - passage impromptu du concierge.

L’architecture de Poudlard la nuit pouvait laisser ébloui. Les légères lueurs qui perçaient les cloisons laissaient poindre les scintillements de quelques extrémités d'armures et les détails des murs. La splendeur de l'immense demeure était tout à fait le type de sujet qui piquait l'intérêt de Craig au moment présent avec autant de force qu'un doxy affaibli.

Le concierge arpentait le couloir avec l'attention fixée sur ses pensées fâchées. Son entrain du jour entrait en compétition avec les plus grands champions de la discipline. Un entrain phare, un entrain digne de Rusard. Une, deux, trois retenues récupérées aujourd'hui à surveiller samedi. Le 10 février resterait le jour des bonbons à hoquet et des punitions en paquet pour la postérité.

L'épidémie d'aujourd'hui s'était répandue comme un nuage de fumée du Pérou dans les environs de la salle commune des Gryffondor, un lieu de toutes les bêtises, encore, toujours et encore. Garnements, perpétuellement. *Infraction, action. La punition arrive sur vous, attention !* Le concert des hoquets résonnait dans la matinée. Charivari et cacophonie en dysharmonie qui s'étaient poursuivis dans l'après-midi. C'était une infection, par tous les Rusards de Poudlard !

Le mécanisme irrésistible qui menait de l'infraction à la punition n'offrait aucune place à l'originalité. Ce dont Craig se souciait autant qu’Harry de Goyle. Mais surtout.


Surtout, surtout.


Surtout, les infractions s’étaient emparées de son précieux temps aujourd’hui. Et il n’avait pas pu faire les recherches voulues. Il n'avait pas pu faire ce qui comptait pour lui. Ses grognements en pensée étaient bien plus puissants que ses pas discrets qui avançaient prudemment, progressivement pour retourner dans le bureau de concierge. Il tenait à son silence après le déluge sonore de ces bonbons à hoquet. S'il croisait par malheur un tableau trop bavard, il déclarerait une allergie aux bruits. Tapage ou léger bruitage. Peu importe de quelle sorte.

En pensée, il pointait un à un, précisément, les créneaux de son emploi du temps qui commençait tôt le lendemain. Pour rattraper le temps perdu avec ces malotrus. Dans sa tête, il enregistrait ses occupations en prévision, en catégories bien ordonnées passées et repassées en revue, prêtes à être figées dans l'encre le moment voulu. La satisfaisante sensation d'accompli, cette idée d'achevé que ces anticipations produisaient lui fit esquisser un sourire léger alors qu'il s'apprêtait à passer le coin du couloir : une rareté à noter.

Mais il se figea avant le tournant, les yeux avertis par quelques lueurs sur le mur de pierre. Un profond soupir en pensée tira un trait sur ses projets. Arrêt sur pensée. Bienvenue dans la réalité. Il fit défiler de façon fulgurante les configurations de résolution de cette équation de présence : premièrement, l'inconnue était un collègue qu'il pourrait rapidement saluer en commentant l'heure tardive. Son collègue serait complètement au courant de l'heure. Mais c'était une façon courante d'en avoir rapidement et poliment fini. Deuxièmement, c'était... Non, surtout à minuit, surtout après une journée moisie, non, Craig mal luné en était convaincu, ce ne pouvait être qu'un collègue. Peeves ne viendrait pas lui pourrir la nuit. Craig n'aurait pas à encore à prendre de son précieux temps pour rouspéter.

Il entendit un soupir en harmonie avec ses pensées. Voilà. Un collègue lassé. C'était ce qu'il allait trouver s'il reprenait son chemin. Un collègue qu'il comprendrait un brin. Deux attitudes. Une commune lassitude. Fin. Et puis... deux voix de la déception. Non, pas un adulte, mais un élève. Non, pas un élève, mais deux élèves. Double déception. Craig surgit en un instant, arquant un sourcil défiant sans prendre garde à la conversation le précédant.

"Quiconque avait le droit au respect" ? Y compris le règlement. Ce n'était pas exactement *quiconque* mais aux yeux de Craig solitaire et concierge, c'était au moins aussi important. Il bloqua son regard neutre sur les deux fautives. L'une des deux était tranquillement appuyée sur le mur *un coussin en poil de boursouflet pour vous soutenir peut-être ?*. Une bougie trônait sur le sol *veillée de chandelles de Noël ?*. Le 10 février. Le 10 février ?!

Il ne lâcha pas son regard, le corps fixe, planté sur le sol, dans une oscillation entre consternation et constatation, il prononça : "Bonsoir. Les couvre-feux s'appliquent à tous les élèves. Vous n'êtes pas des exceptions. Noms, et maisons." Les yeux de Craig sourcils froncés et front plissé passèrent de l'une à l'autre, sans douceur à cette heure. La joie et la complicité des deux lui semblèrent resplendir tout autour de lui avec la force d'une minuscule bougie passée l'extinction des feux. Ou pire encore, avec la puissance de son enthousiasme de se retrouver face à deux élèves ici. Peu importe. Amies ou pas, elles n'avaient pas à agir de la sorte.

Ex-champion des couvre-feux aux cheveux couleur de feu.
Ex- "brick in the wall" de l'EE.

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Bienvenue ! Il fallait bien qu'elles se fassent prendre.

« ... même si cette personne instaure chez moi une émotion comme de la peur. »

Finalement, ce n’était pas qu’une illusion, songé-je, le regard plongé dans celui de la fille : je n’aime vraiment pas la façon de s’exprimer de cette personne. C’est physique ; à chaque fois qu’elle l’ouvre, j’ai envie de grincer des dents. Je n'ai pas encore décidé si cela est dû à son ton ou aux mots qu’elle emploie. J’imagine que ça doit être un parfait mélange des deux qui crée ce résultat chez moi. Celui de me faire frissonner et de me donner envie de me barrer d’ici. Outre ce détail qui me fige les entrailles, les mots à proprement parler de l’enfant sont très étonnant. Ainsi, je lui inspire la peur ? J’affiche un air vaguement surpris que j’efface rapidement de mes traits. Je dois agir comme si je le savais : mais oui, évidemment, je t’inspire de la peur, c’est tout à fait logique, tout à fait normal, c’est exactement ce que je voulais — ainsi, la peur sera peut-être plus forte encore et elle finira par partir. Ce serait beau, si elle partait. Je ne suis pas certaine d’avoir la force de me battre, ce soir. D’échanger des mots incohérents avec cette gamine bizarre pour finalement quoi ? Rien. De la perte de temps. Si je ne l’avais pas croisé, je serais déjà dans la bibliothèque à cette heure-là. Plus nous restons immobiles ici, plus grandes sont nos chances de nous faire prendre.

Mon regard noir se déplace de son visage à la bougie nouvellement allumée qu’elle a déposé sur le sol. Et une nouvelle fois, je me demande pourquoi est-ce qu’elle a entouré sa baguette magique d’un bout de tissu. J’ai beau réfléchir, je ne comprends pas. Et puis cette fille est bizarre de la tête au pied. De sa tenue à son discours ; de sa baguette à son comportement. Ce n’est pas cela qui me dérange. Les gens bizarres ne sont pas différents des gens normaux : c’est juste qu’ils laissent voir quelque chose de plus original que l'on appelle bêtement de la bizarrerie. Non, ce qui m’agace, c’est tout le reste. Cette gamine pourrait bien avoir la même tronche et le même accoutrement que tous les Autres de ce fichu château qu’elle m’inspirerait toujours cet étrange sentiment détestable qui me fige les entrailles.

Il arrive si soudainement que même le silence s’en trouve déstabilisé. Un homme. À ma plus grande honte, je sursaute et mon coeur s’envole si haut et si fort qu’il m’arrache le souffle. J’essaie de cacher ma surprise derrière un masque d’impassibilité — un échec. *Et merde !*. Oui, merde, parce que je m’étais un peu bêtement persuadée que jamais cela n’arriverait. Se faire prendre dans les couloirs après le couvre-feu, ça n’arrive qu’aux autres, pas à moi. D’ailleurs, si je dois un jour tomber sur quelqu’un dans les couloirs, ce sera évidemment sur Loewy, me disais-je, ce qui revient à ne tomber sur personne. Mais non, ce jeune homme roux au regard d’eau n’est pas Kristen Loewy et je n’arrive pas à savoir si j’en éprouve du soulagement ou de la déception.

Une fois remise de mes grandes émotions, mon regard se déporte automatiquement sur la jeune fille à mes côtés, délaissant de ce fait l’homme et ses questions. Sombres et surmontés de deux sourcils froncés, mes yeux jettent toute leur colère sur l’enfant. *’d’sa faute* ; *’m’a fait perdre mon temps*. Et je lui en veux si fort à cette espèce de gamine, que je ne peux me retenir :

« Oh, elle nous a vachement averti, ta putain de bougie, » susurré-je d’une voix acide.

Le problème des Autres, et c’est là leur plus grosse tare, c’est leur existence. Ils me pourrissent la vie au quotidien. Cela vaut pour la gamine, mais aussi pour cet homme. Mes yeux se déposent sur lui ; qui est-il, en fait ? Un homme, roux, pas très âgé… Le concierge, peut-être. J’ai entendu dire qu’un sorcier était arrivé pour seconder Rusard. Encore une action inutile. Si les adultes perdaient moins de temps à surveiller les étudiants de ce château… Bah, cela ne les rendrait pas plus attrayants.

« Bristyle, soufflé-je d’une voix traînante en levant le menton, ne cachant rien de ma grimace agacée. Poufsouffle. »

Je ne songe pas un seul instant à cacher cette information. Je n’ai pas peur des sanctions même si le temps perdu m’agacera. De toute manière, je passe mes heures libres à réfléchir, alors que je le fasse durant une quelconque heure de retenue ou attablée à la bibliothèque, cela revient au même. Ce sera une heure durant laquelle je n’aurais pas à faire semblant d’être très occupée pour fuir la présence de Zikomo, une heure sans avoir à surveiller mes arrières pour ne pas me faire surprendre par Ao ou Thalia. Une heure à ne me soucier de rien, complètement seule avec mes pensées, mes lourdes pensées et les souvenirs qui me hantent.

Jamais je n’aurais pu imaginer que réfléchir était aussi épuisant. En plus, penser me fait faire des choses étranges. Parfois, j’en viens à me demander si ce que je fais est vraiment légitime, si j’ai vraiment raison, si mes choix sont les bons, même mes convictions sont remises en question… Non, vraiment, réfléchir ce n’est pas pour moi. La magie est censée être instinctive, bordel.

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Décidément bien trop secrète, impossible de savoir ce qu'elle pense. La camarade de Lucy se contentait de rester muette, immobile à l'observer, à l'analyser. Ça risquait d'être long cette impasse, terriblement long. Le problème c'est qu'elle n'avait pas toute la nuit, cela faisait déjà bien trop de temps que l'irlandaise était restée au même endroit et les pourcentages de réussite chutait comme un compte à rebours s'accélérant. Une voix finit par percer le silence, rompant de la même façon la tension installée par une effroyable surprise. C'était typiquement le sentiment de mauvaise surprise, celle qui s'installe en soi et y reste jusqu'à regretter d'une certaine façon tout ce qui a amené à celle-ci. Toutes les bougies autour de Lucy, se soufflèrent, laissant seulement de petit filament de fumée, s'envoler vers le plafond. Lucy se demandait quand le chaos avait fini par l'emporter, était-ce au moment de franchir la porte de sa salle commune ou bien le fait qu'elle n'ait pas prit le temps de chercher sa cape, ce qui lui aurait rajouté suffisamment de temps pour ne pas croiser cette sorte de chimère silencieuse. Peut-être son bonsoir qui finalement avait déclenché une sorte de tempête incompréhensible. Le chaos... à cet instant précis l'irlandaise ne voulait qu'une chose, être une Demiguise pour récupérer son télescope au sol et partir dans le parc observer les étoiles, loin de ce chaos.

- Bonsoir… Murmura Lucy à l’attention du nouveau venu, sans trop réfléchir.

Elle reposa son attention sur la fille, cette petite chimère idiote susurra quelque chose à son attention. « Bon elle est définitivement idiote où elle a redoublé pas mal de fois... » pensa la petite serdaigle, en fronçant les sourcils tout en secouant la tête rapidement avec très peu d'amplitude, pour lui montrer que ça lui passait au-dessus. La bougie ne servait pas pour les humains, normalement eux ils s'esquivent en bougeant, mais cela elle ne devait surement pas le comprendre la deuxième année... Toujours contre le mur le corps de l'irlandaise était mitigé, ne sachant ce qu'il devait faire. Devant ce doute, il refusait tout mouvement. Désintéressée de l'homme qui venait d'arriver avec une petite forme d'autorité, Lucy continuait de fixer la chimère avec méfiance. Elle s'appelait donc Bristyle et elle était à Poufsouffle. Elle semblait si différente du portrait que son père lui avait fait des élèves de cette maison au travers de ses histoires.

- Visiblement il n’y a pas que pour moi qu’il s’est trompé le chapeau… Ajouta-t-elle calmement dans une sorte de fuite de sa pensée, comme si son double intérieur avait prit le dessus.

Pour Lucy la chimère avait bien plus le profil du serpentard effrayant que celui de la poufsouffle gentille... Néanmoins, elle n'avait pas vraiment de ressentiment pour cette pauvre grande, mais plus pour le grand rouquin qui était tombé de nulle part. L'irlandaise se sentait plutôt petite au milieu de cette faune qui avait élu domicile dans ce couloir. Elle se demandait si cette personne était comblée de se promener dans un château rempli d'enfants et n'être finalement qu'un surveillant. Ce n'était pas très glorieux. L'irlandaise ne l'avait jamais vu avant, mais avait entendu des bruits de couloirs. Elle détourna son regard de la chimère pour essayer de prendre la température du surveillant. Son visage était si fermé, ce n'était pas possible, est-ce que c'était monnaie courante à Poudlard de tomber que sur des gens aussi fermés impossible à analyser ? Le temps s'allongeait et la petite Lucy n'avait toujours pas prit le temps de répondre aux exigences de connaissance du concierge. Enfaite, ce qui l'embêtait dans l'histoire de lâcher son nom et sa maison, c'était de le faire devant la chimère prête à lui sauter dessus. Chose sortit tout droit de l'imaginaire de l'irlandaise qui exagérait peut-être un petit peu la situation. Elle n'était pas connue dans la famille pour son courage, peut-être un peu plus pour son calme, mais bien qu'invisible...ou presque, la panique était souvent là, quelque part tapis dans l'ombre prête à sauter dès que le palais de réflexion s'écroulait.

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Un plaisir :), même si pas forcément partagé par l’enthousiaste personnage :wise:

Le concierge soupira, intérieurement, puissamment. Il ne fallait pas espérer pour ne pas être déçu, il en était convaincu. Et pourtant, à chaque nouvelle fois, une petite part de lui croyait que tout serait simple. Le déroulement d’une suite d’actions sans frictions : infraction - constatation - punition. Et à chaque fois -cela ne manquait pas- il fallait introduire dans l’équation : complications.

Ces complications n’étaient pas de l’ordre du défi intellectuel, de celles qui auraient stimulé sa curiosité et ses réflexes précis et méticuleux. Non. Et même, dans l'opposition, il n'entendait aucune parole construite dans un objectif d'obéissance. Seulement des soupirs et des silences.

Il y avait pourtant un seul moment où il recherchait réellement une réaction des autres et ne se plaisait pas dans son silence studieux. Quand il posait une question. Elle était pourtant claire, même dans la pénombre de la nuit, sa question, droite, franche. Et il avait encore fallu que la réponse flanche. Craig ruminait cela. Alors qu’il aurait pu réfléchir, poursuivre ses pensées, il lui fallait répéter, piétiner. Parce que la réaction appropriée, pas compliquée, tardait de l'autre côté, arrêtant son esprit dans la grande avancée de ses pensées.

Arrêté dans son cheminement au milieu du couloir, le concierge répondit entre ses dents en entendant la plus âgée des deux : "Ce n’est pas la bougie qui a enfreint le couvre-feu.". Il la jaugea : quel drôle de courage était le sien pour reporter la faute sur la bougie et la plus jeune. Ou quelle insouciance derrière l'air grave qu'elle se donnait, aussi. Elle était sans doute habituée à jouer sur son âge avec les plus jeunes. Mais qu'elle imite l'attitude de supériorité ou pas, c'était cette fois Craig le plus âgé et elle allait le respecter. C'était ce qu'il pensait.

Bien entendu, le concierge n'allait pas avaler ce prétexte lancé par la Poufsouffle ; il avait pourtant l'impression étrange qu'elle y croyait sincèrement. C'était une catégorie particulière de gens que ceux qui se mentaient à eux-mêmes, catégorie à laquelle il ne lui venait jamais à l'idée qu'il appartenait mais dans laquelle il classait immédiatement l'élève. Case à case, il classait toujours de façon ordonnée.

Alors, quand elle osa marquer son ennui, Craig lui répondit, sans sourire : "N’inversez pas les rôles. C’est à moi de soupirer de vous trouver." Son regard inclut les deux intruses au tableau dans son observation : les deux le dérangeaient, à égal niveau. Elles perturbaient la vision systématique que Craig se faisait de l'ordre. A la nuit, son lot de catégories : "vide", "calme". Elles n'y entraient pas. Elles étaient de trop au tableau.

La plus jeune, qui partageait l’impolitesse de la première, semblait se complaire dans le fait de ne pas obéir. Le concierge ne prit pas le temps de penser à la plaque qu'il collerait pour rappeler l'obligation du "bonjour" devant son bureau. Il répliqua, sans attendre, sans se détendre : "Eh bien, nous attendrons le temps qu’il faudra. Je suis sûr que vous mourez d’envie de rester plantée là une nuit dans un couloir éclairé à la bougie. Moi aussi." L’ironie dégoulinait à grands flots de ses mots. La passion qu'il attribuait aux deux jeunes filles des soirées plantées debout autour d'une bougie à discuter n'était pas du tout à son goût.

Le concierge articula excessivement en prononçant toutes les syllabes pour être sûr de se faire comprendre de la plus petite : "J’attends votre nom et votre maison : deux mots.". Mathématiquement, il lui fallait toujours une double vingtaine de mots assurés pour récupérer ces deux mots. Il n’y avait plus qu’à compter les mots, à défaut de pouvoir compter les moutons. C’était long : le temps qu’elle prenait et la punition qui proportionnellement s’y adapterait.

Son regard trancha les mots que la plus jeune prononça : la conversation n’avait pas sa place ici. Comme sa voisine, elle devrait assumer ses actes plutôt que de faiblement résister. Elles ne pouvaient que s’en prendre à elles-mêmes et accepter la vérité, la seule : elles avaient fauté. Et le concierge s’estimait poufsoufflement gentil d’interrompre son projet de nuit pour une faute commise par elles. Et, le temps qu'elles n'auraient pas compris que ce n'était ni la nuit, ni leur camarade, ni la bougie, ni les murs et sols alentour qui étaient responsables de leur erreur, il resterait planté là, un sourcil haussé réprobateur, à vitupérer intérieurement, encore, contre cette journée de malheur.

Ex-champion des couvre-feux aux cheveux couleur de feu.
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Je pince les lèvres aux mots du concierge. Je plisse légèrement les yeux, comme si j’analysais ses paroles mais c’est lui que j’analyse, cet homme que je ne connais pas mais que je n’ai aucun mal à comprendre. Après tout, il n’est pas bien différent de toutes les autres personnes qui ont le même rôle que lui : traîner dans les couloirs dans l’espoir de tomber sur un élève ou deux à réprimander, surprendre des bêtises en construction, des infractions, quelques actions réprimandables. Et je me demande sincèrement si ces personnes-là aiment ce qu’elles font. Quand elles énoncent les règlements et qu’elles disent : « Ceci est interdit au règlement », se sentent-elles vivre ? Comme certains vivent pour enfreindre ces mêmes règlements ? Comme moi je vis pour le savoir ? Trouvent-elles leur existence en étranglant la liberté des rebelles ?

Les mots de la gamine m’arrachent à mes vagues pensées en perdition. J'oublie mon observation attentive de l’homme pour lui jeter un regard acide : qu’est-ce qu’elle en sait, si le Choixpeau s’est trompé pour moi ? Encore une preuve, éternelle preuve, qu’elle ne sait rien de rien et qu’elle n’en comprend pas davantage. Les Autres sont si prompts à juger sur les apparences, c’est fatiguant. Elle est fatigante et inintéressante mais le pire c’est que son attitude me touche. Elle me donne envie de répliquer, de faire quelque chose, n’importe quoi, pour qu’enfin elle se la ferme. Si je me contiens, c’est parce que je sens le regard de braise du concierge posé sur moi mais je me fais la promesse solennelle que si elle me cherche une nouvelle fois, elle me trouvera, que nous soyons seules ou non.

Cet homme est vraiment problématique mais pas plus que tous les autres adultes. À première vue, il doit être de l’âge de Natanaël. Habituellement, ces jeunes adultes me dérangent moins que les autres, tout comme Natanaël me dérange moins que Zakary, beaucoup plus âgé. Mais cet homme-là ne m’inspire pas. Avec sa tronche fermée et ses yeux sombres, il a tout l’air de Celui-qui-impose. Je déteste ça. Mais cela fait cinq ans que je suis habituée aux règles qui règnent dans le château ; le couvre-feu n’est pas la pire qui soit, au moins cette règle-là je la comprends. Ce qui est dommage, c’est que mon fichu esprit est incapable de ne pas faire la comparaison entre cette rencontre et la dernière que j’ai eu dans un couloir en pleine nuit. Et je suis forcée de me demander ce qu’aurait dit Loewy si c’est elle qui nous avait croisé au lieu de cet homme à la langue acérée. J’aime croire qu’elle aurait renvoyé la gamine dans sa chambre comme l’inutile qu’elle est et qu’elle m’aurait… Bah, je n’ai même pas envie de penser à ce qu’elle aurait pu me dire — ou alors j’ai tellement envie d’y penser que je me perds dans mes propres pensées ?

Je tente de contrôler les expressions qui s’affichent sur mon visage ; si je ne cache rien de mon ennui et de mon agacement, de la colère que je ressens pour la fille, j’essaie de cacher mon malaise, et ma honte peut-être aussi. Quel affront de s’être fait prendre de la sorte ! C’est d’un pitoyable… Je me rassure : *me suis peut-être fait prendre, mais je m’en fous de toute façon, ça m’atteint pas* et ainsi, je me sens quand même plus forte et plus légitime. Contrairement à l’autre fille qui, en persistant dans la désobéissance, ne fait que prouver qu’elle ne contrôle absolument rien et qu’elle tente, en vain évidemment, de se raccrocher à ce qu’elle peut : à sa petite personne impolie. Et ça, c’est réellement pitoyable. Pitoyable et complètement inutile.

Me taire est une option envisageable. De toute façon, j’ai déjà sur les épaules le poids de mon infraction : je serais punie, soit. Toute action ou toute parole en plus, autre que des excuses évidemment (qui jamais ne sortiront de ma bouche) ne feront que m’enfoncer. Mais l’homme semble déterminé à attendre… Et l’abrutie, persuadée qu’elle doit se taire… Et moi, je suis au milieu, victime de leur guerre. Les secondes passent, le temps se perd ; ma frustration grimpe. Pas de Réserve pour moi ce soir mais j’ai encore le temps d’étudier un peu au dortoir. Hors de question que cette fille me gâche ce plaisir-là — elle m’a déjà gâché tout le reste.

Je me tourne complètement vers elle. Merlin, qu’elle est petite ! Comme une aussi petite personne peut être une aussi grande emmerdeuse, dîtes-moi ? Pas même une emmerdeuse paisible comme Dwight ou Rosenberg, non, une emmerdeuse à grande ampleur.

« Eh, l’apostrophé-je, c’est quoi ton souci ? Quoi qu’il arrive il trouvera qui t’es, et moi aussi si j’ai envie, y’a rien d’plus simple. Alors parle, j’ai pas envie de perdre mon temps ici. »

Des mots flottent dans mon esprit. Ils sont moches, inutiles et peut-être même méchants. Oh, je me fous de la méchanceté mais j’ai un problème avec l’inutilité. Et puis cette phrase n’arrangera pas mon cas avec le concierge… Certes. Mais depuis quand qui que ce soit m’empêche de faire ce que j’ai envie de faire ? Et puis j’ai comme une pulsion qui grimpe du fond de mon corps, une pulsion une peu étrange. Elle me susurre en pensées que j’ai tout les droits, que je ne risque rien.

« Pour une fois que tu l’ouvriras pas dire pour des conneries, tu devrais en profiter, » persiflé-je en forçant un sourire moqueur à agrandir mes lèvres.

Cette pulsion me susurre d'étranges choses, si profondes et si latentes que je peine à les comprendre. Moi, j'ai tous les droits, dit-elle. Madame la Directrice de l’école de sorcellerie de Poudlard tient à moi, d’abord ; j’ai droit à quelques privilèges. Qu’elle me dise en face que non, je n’y ai pas droit et ainsi nous verrons bien si elle mentait ou pas en m’offrant toutes ces belles paroles.

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Malgré les phrases du concierge qui étaient plutôt amusantes à attendre, Lucy restait adossée contre le mur sans bouger. Elle observait la chimère qui pour une raison ou une autre ne relevait pas un mot du jeune concierge. Lucy détourna la tête quand celui-ci lui adressa sa phrase dégoulinante d'ironie. L'Irlandaise était peu réceptive à l'humour et encore moins l'ironie qu'elle percevait comme une sorte de moquerie, moquerie qui lui rappelait ses premières années à l'école moldu. Elle commençait peu à peu à perdre le contrôle intérieur d'elle-même. Alors qu'elle était plongée dans les yeux du concierge, celui-ci lui redemanda sa maison et son nom avec exagération. La petite serdaigle soupira, soupire plus ou moins nonchalant laissant transparaitre pas mal d'ennuie. Elle voulut faire un commentaire en irlandais mais la petite Lucy avait cru reconnaitre un accent venant de ce même pays, elle s'abstiendrait donc. Même si l'Irlandais était plus ou moins rare, elle ne pouvait pas vraiment prendre le risque qu'il comprenne. Mais qu'elle ne fut pas sa surprise quand la chimère se mit à jouer le rôle de la surveillante.

Elle se releva du mur, la petite taille due à son âge l'obligeait à regarder vers le haut pour atteindre les yeux de cette chimère hostile devenu ennuyante. Sa seconde phrase dépita la petite O'Reilly, elle avait envie de lui envoyer la bougie dans la tête, un sortilège, ou encore tellement de mots qui pourraient la déranger. Laissant quelques secondes patienter pour que le silence s'installe Lucy, fini par le briser, ses paroles étaient pleines d'amertume, mais elles demeuraient néanmoins calmes et posées.


- J’ignorais que vous aspiriez à devenir surveillante… peu glorieuse cette perspective de carrière. Elle marqua un petit silence avant de reprendre. Encore et toujours des injures...Vous êtes bien libre de penser ce que vous voulez… Fini-t-elle par lancer impassible.

S'appuyant à nouveau contre le mur, elle croisa les bras, sa posture était fermée peu encline au dialogue. Alors, elle ne voulait pas perdre de temps ? Très bien, Lucy était bien déterminée à lui en faire perdre. À défaut de pouvoir rivaliser avec la magie ou même de façon extrême, physiquement. La petite partie rebelle de son esprit, cette même partie qui lui avait pris la tête quand elles s'étaient croisées, lui suggérait si fort de se jeter sur elle. Mais la peur l'en empêchait et au-delà de cette idée il y avait encore un peu de raisons en elle pour comprendre qu'elle finirait juste six pieds sous terre. Puis il y avait ce grand irlandais, elle s'imaginait déjà avec dégout faire d'interminable lignes.

Lucy avait reçu que très peu de punition dans sa vie, un peu moins d'une dizaine dont parmi celles-ci l'interdiction à la bibliothèque de l'école. Mais le pire c'était celles de sa mère, soit, rester immobile assise devant un livre sans qu'elle ait le droit de l'ouvrir ni même de le toucher, soit des lignes, des centaines à la plume, sans qu'il y ait la moindre faute ni même la moindre rature ou tâche sur le parchemin au risque de tout devoir recommencer. Il n'y avait pas pire, il était impossible de penser à autre chose pour s'évader au risque de devoir recommencer et le temps était si long. L'Irlandaise chassa ses pensées de son esprit, il n'y avait que sa mère qui savait à quel point c'était terrible pour sa fille. Comment un petit concierge pourrait le savoir ? À moins qu'il puisse lire dans les pensées, cela n'était pas possible. Elle se rassura intérieurement sachant que ça ne pourrait pas être pire qu'à la maison familiale. Ça lui passerait entre autres au-dessus de nettoyer des trophées comme les autres élèves avaient pu en discuter lors des repas. Son regard s'était détournée des deux seules personnes dans le couloir avec elle, au profit du sol, de son télescope ou plus rarement du plafond.


- Ils ont rien de mieux à faire…Ça me gonfle. Finit-elle par lâcher d’un murmure à elle-même dans un français pas trop mal pour l’âge de Lucy, mais qui méritait encore pas mal d’apprentissage bien que le sens global de la phrase était là.



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La ligne droite.
Dans un espace, elle conduisait directement d'un point A à un point B. Naturellement, à Poudlard, rien ne fonctionnait de cette manière. Les escaliers empêchaient de conduire du point A au point B dans l'espace. Et surtout, les garnements empêchaient de conduire du point A au point B dans les couloirs. Tout n'était que détour.

Alors, même après minuit, même après une journée moisie, il fallait faire face aux obstacles. C'était terriblement rageant parce que c'était peut-être un signe des plus patents de l'impossibilité de tout avoir sous contrôle.

La fonction de concierge avait en effet ceci de particulier qu'elle partait du rêve de tout maîtriser tout en mettant en permanence aux prises avec des élèves rebelles déterminés à montrer leur capacité à résister, tout impuissants qu'ils étaient. Et malheureusement, l'infraction de la soirée reproduisait le même modèle. Les facteurs mobiles changeaient - le ton, le nom - mais l'absence de compassion de Craig restait, encore, le facteur fixe de l'équation.

Plusieurs secondes filèrent dans le silence du couloir. A attendre, à grogner dans son intériorité, sans nourrir aucune lueur d'espoir. Encore une fois, ne pas s'imaginer que tout serait aisé était le bon choix. L'attente aurait été déçue. Qui ne l'eut pas cru. La facilité avait encore étrangement agi comme un repoussoir. Rester après minuit dans un couloir était pour certains une passion, il fallait croire. Mais leur passion était d'un ennui. C'était long, long, long. Craig bouillait d'envie de rejoindre son bureau bien sage, là-haut au sixième étage, au-dessus de ces enfantillages et vains bavardages. Il ne démordait pas de sa froide colère, qui cognait, sourde dans sa tête. Si proche du but et si loin de l'atteindre.

Comme on classait les fonctions mathématiques par degré, Craig profitait de ce temps qui s'écoulait en tics-tacs lents pour classer sans pitié les casse-pieds de Poudlard par degrés. La plus petite était plutôt proche de décrocher un trophée de l'ennuyeuse la plus remarquée et l'expression de Craig ne laissa pas de doute sur le jugement qu'il était en train de porter.

Et pourtant, dans l'agacement qui agitait les allées et venues de ses pensées, un sourire plein d'ironie vint en pensée au roux en entendant les paroles de la Poufsouffle. Exactement. Il perdait son temps. Elle avait raison de temps en temps. Mais un détail clochait. La Poufsouffle n'avait pas saisi qu'elle lui faisait justement perdre son temps. Si elle n'avait pas enfreint le couvre-feu, le concierge serait déjà tranquillement installé dans sa chambrée à l'heure qu'il était. Et il lui en voulait.

Les paroles qui suivirent dessinèrent une grimace de menace sur sa face : "A défaut de fournir un exemple en la matière, je vous prierais de vous taire." Les sottises étaient certes une spécialité de la plus petite, mais la plus âgée ne s'en départissait pas tout à fait, elle qui avait accusé une bougie il y a quelques minutes. Et même si elle était plus sage, à son âge, l'infraction réalisée était une infraction d'initiée. Il aurait fallu être de nature bien naïve pour ne pas croire en une récidive.

Même si les invectives et l'attitude agressive n'étaient pas bienvenues, le temps qui s'écoulait laissait quelques instants au concierge pour constater le paradoxe pas insatisfaisant de la situation : une élève prise en infraction qui jouait au concierge. Cela ne manquait décidément pas de piquant.

Lorsqu'il reposa son regard sur la plus jeune, il dut malgré lui reconnaître que Bristyle se montrait bien plus astucieuse que sa voisine. Le traitement serait différencié, c'était une certitude désormais des plus assurées. La plus petite, dont la posture adossée au mur n'était naturellement toujours pas appropriée, insultait d'un trait et la Poufsouffle et le surveillant. *Brillant.*, jura le concierge intérieurement. Que ne fallait-il pas entendre de la bouche d'une fillette de onze ou douze ans. Les mini-je-sais-tout étaient partout.

Le concierge fixa ses yeux et envoya ses mots : "Vous avez raison sur un point : vous ne vous montrez capable que d'accuser les autres. Pour le métier, sachez que vous n'avez pas le niveau de contrôle de vous-même suffisant pour espérer devenir concierge. Pour la situation, vous pouvez qualifier de "rien de mieux à faire" vos simagrées, en effet." La colère retenue, la mine tendue, son ton était froid et pesé, détaillé comme il détaillait ses pensées dans sa colère, en les décortiquant, froidement, lentement.

Craig ne lâchait pas les deux du regard. "Je vais prévenir Miss Field de votre infraction Miss Bristyle et J'ATTENDS VOTRE NOM ET VOTRE MAISON, Miss." Le regard qu'il décocha explicitait ses mots, il avait très légèrement haussé le ton, départi de toute forme de considération. Il était hors de question qu'il s'abaisse à prononcer ses pensées sur la plus jeune, qu'il utilise des injures comme elle pour se faire entendre.

Il aurait pu aisément par une brève enquête en salle des professeurs replacer la fillette en retrouvant sa tête sur l'un des registres. Mais il n'accepterait pas que la fillette lui tienne ainsi tête. Elle n'était pas à sa place ni dans ce couloir ni dans ses paroles et elle allait devoir être recadrée. Alors il attendrait. Autant qu'il le fallait. Et laisserait sa colère de ne pas retrouver son lit à cette heure-ci cogner ses tempes. Et décortiquerait encore doucement ses pensées pour passer le temps qu'il perdait, agacé. Elle n'était pas sortie d'ici, cette impolie.

*Quel tableau de courtoisie jusque-là par ici. Du joli.* finit par songer Craig entre deux ruminations sur le destin de son emploi du temps brillant du lendemain, autrement plus important que les caprices d'enfants.

Ex-champion des couvre-feux aux cheveux couleur de feu.
Ex- "brick in the wall" de l'EE.

Pensées en tyrolienne Libre
Évidemment, quand on l’ouvre devant une abrutie et un concierge censé nous réprimander, il faut s’attendre à se prendre des remarques dans la tête — et ça ne manque pas. Si les mots de l’homme me laissent plus ou moins de marbre (disons que ma grimace parle assez de mon agacement mais que je parviens à contenir le reste), ceux de la fille font s’agiter mon coeur. Ma colère n’est pas explosive comme elle a pu l’être dans le passé ; elle est latente. Elle s’éveille doucement dans le secret de mon corps et grandit, grandit et lorsqu’elle aura pris des proportions énormes, la gamine le regrettera. Je ne détourne pas mon regard de cette dernière. J’aimerais pouvoir me jeter sur elle et lui exploser le crane contre le mur. J’ai une image très précise en tête, une image qui me fait du bien et qui me fait frissonner. Ou lui envoyer un bon sortilège ; le résultat serait le même : sa tête contre le mur et sa voix enfin en sourdine.

Mes envies sont des montagnes, je lutte pour échapper à leur attractivité. Mon garde-fou est cet homme au regard de braise et à la voix qui crie. Je lui jette un vague regard en coin, les sourcils froncés. Les cris ne me dérangent pas quand ils viennent de moi mais quand ils viennent des autres, ils sont toujours trop, toujours trop lourds, trop forts, trop dérangeants. Et c’est cet homme qui crie qui est mon garde-fou, parce que tant qu’il sera là à m’imposer le joug de sa statut, je ne serais pas libre de mes mouvements. Je prends moi-même la décision de ne pas être libre de faire ce que j’ai envie de faire, évidemment. Même si j’aimerais bien lui préciser que cela ne me fait ni chaud ni froid que Field soit au courant de mon infraction. C’est une question de logique : être collée une heure ou deux, pourquoi pas, mais plusieurs heures pendant plusieurs jours ? Non merci. C’est ce qui attend l'autre idiote, voilà au moins une chose pour me réjouir. J’ai envie qu’elle perde l’air qu’elle a sur le visage.

Elle se sent tellement mieux que tous les autres, tellement plus grande, tellement plus forte. Regardez-là parler avec de grands mots, vouvoyer tout ce qui bouge et balancer son regard orgueilleux à tout va. Bordel, je ne peux pas me la voir. C’est physique, c’est quelque chose de trop profondément enfoui en moi pour que j’espère le comprendre. C’est juste là, cachée dans mes entrailles, et plus j’observe cette fille, plus elle garde le silence, plus j’ai envie de rugir et de laisser sortir les grandes vagues de frustration qui me bousillent.

Puisqu’il faut bien laisser sortir quelque chose pour apaiser un peu tout ça, c’est un soupir bruyant qui s’échappe de mes lèvres. *Putain !*, rêverais-je de hurler, *crache-le ton nom !* et cette envie se répercute sur mon corps : je deviens impatiente, je bouge les jambes, je croise les bras et les décroise, je regarde le concierge puis la fille puis le concierge puis la fille, le regard toujours froissé et les dents serrées et je peux physiquement sentir le temps qui s’éloigne de moi, chaque seconde qui m’est arrachée m’est douloureuse et bordel, qui a dit que les Poufsouffle étaient patients, déjà ? Sûrement ne devait-il pas parler de moi. Je me sens incapable de me retenir plus longtemps. Bientôt, je vais l’ouvrir et alors qui sait ce qui arrivera ? Je déteste ça ! Je déteste me sentir enfermée, me sentir empêchée ! Tout le temps les gens veulent m’imposer des ordres, ils me disent ce que je dois faire, ce que je dois penser, comment je dois me sentir. Ils m’imposent des limites, des foutues limites qui deviennent des barrières qui finissent toujours par se resserrer autour de moi, jusqu’à me faire manquer d’air. Comme si qui que ce soit avait le droit de m’imposer des restrictions ! Des vous n’avez pas le droit, des « je vous prierais de vous taire ». Et le pire, c’est les : « tu n’en auras pas plus ». Ah, ils sont beaux, ces mots ! Et les : « on ne peut pas… », les « pas maintenant ». Mais personne ne peut décider pour moi. Si je veux que ce soit maintenant, ce sera maintenant ; si je veux pouvoir, je pourrai ; et si j’en veux plus, nom de Merlin, j’en aurai plus, toujours plus ! Personne n’a le droit de me mettre des barrières et surtout pas…

Je défracte mes pensées ; elles prennent un chemin trop dangereux. Je finis par imposer à mon corps agité d’aller s’appuyer contre le mur, exactement en face de la fille. Je croise moi aussi les bras sur ma poitrine et après un dernier regard sombre dans sa direction, je déporte mes yeux sur le bout du couloir et mitraille un point dans le vide, le coeur lourd, les entrailles brûlantes et une étrange boule qui grossit dans ma gorge.

Pensées en tyrolienne Libre
Plus le conflit avançait et plus le visage du concierge devenait sévère. Le pic qui l'envoya dans la tête de cette Bristyle était comme un vent frais rafraichissant. L'irlandaise ne changea pas son visage fermé et peu enclin à se soumettre à toute cette agitation. Néanmoins, ce même concierge commença à poser à nouveau son regard sur la petite O'Reilly et son attitude protestataire quelque peu insolente il fallait bien le dire. Lucy n'avait actuellement pas vraiment conscience de ça. Elle ne comprit pas tout de suite les mots de ce concierge, comment ça, elle repoussait la faute sur les autres ? Quand avait-elle accusée les autres ? Un peu perdu elle essaya de se défendre.

- Mais Mister… je n’ai jam… Elle s’interrompit quand elle vit qu’elle ne pourrait pas en placer une.

Et il continuait son monologue, apparemment elle n'avait pas le profil pour être concierge. Lucy s'en fichait royalement, finir concierge serait comme un échec ou plus particulièrement un échec et mat de la vie. Comment pouvait-il être si satisfait d'être la boniche de l'école ? Son visage surpris repris son expression fermée quand l'irlandaise comprit que ce concierge en question parlait visiblement français.

- Mais Mist… « Impossible d’en placer une » pensa la jeune fille.

« Mes simagrées... Juste un frustré... » Pensa la petite rousse. Le concierge reprit en direction de la Poufsouffle, sa directrice de maison serait mise au courant de « l'infraction », il en serait surement de même avec Lucy. Ça ! Cela avait du mal à passer, qu'elle soit réprimandée par ce gars encore pourquoi pas, mais qu'il y ait une seconde couche avec un de ses professeurs c'était n'importe quoi. Manquait plus que ce grand bonhomme prévienne les parents de l'irlandaise pour avoir une triple réprimande... Les mots qui sortirent de la bouche de M. Devon prit plus d'ampleur, les mots transpiraient un énervement, lassé par la situation. « Et après c'est moi qui ne me « contrôle » pas... » Fusa dans la pensée de la petite serdaigle. Cette phrase avait néanmoins eu son effet puisqu’avant même que son « miss » de fin de phrase n'eut le temps d'être entendu par la fillette.

- LUCY ! S’écria l’irlandaise avec agacement plein de défie, Lucy O’Reilly… Fini elle par dire baissant le ton, d’un air lassé peu chaleureux néanmoins plus calme.

Toujours contre le mur. Il n’y avait aucune justice en ce concierge, à aucun moment elle pouvait s’expliquer sur les évènements et sa vision des choses. Lucy regarda sa camarade lui envoyer un regard noir avant de scruter le couloir, les bras croisés sur sa poitrine et le dos contre le mur. Puis détourna son regard dans un soupir bruyant afin de ne pas voir ces yeux bleus la dévisageant malgré l’obscurité. « Quelle poisse… hasard de me…mince ! »

- C'est quoi la prochaine étape Mister ? Vous nous attachez comme des criminels ? Le flegme et son accent irlandais était présent et très prononcé.

Lucy sorti sa baguette pour laisser ses doigts la parcourir. Tantôt ils pianotaient sur le bois rouge finement vernis, tantôt ils frottaient le cristal et la dorure pour y enlever les traces. Elle avait si envie de disparaitre dans un nuage de fumée de piment, les laissant se bruler les yeux, ou encore de leur envoyer le pot d'encre dans le visage. Néanmoins, elle n'aurait jamais le courage de passer à l'acte. Elle avait encore cette image de ce regard qui la perçait. Si hostile et si dangereux pour la petite Lucy. Elle avait envie de le bruler ce regard, un incendio pour juste la transformer en torche humaine. Sa baguette s'était arrêtée dans sa main forte, qui longeait son corps pour trouver finalement appui sur les pierres froides du couloir de façon non menaçante. De petites étincelles vertes émeraude sortait parfois de celle-ci mélangé avec d'autre en or. Lucy s’occupait à les éparpiller sur le sol avant qu'elle ne disparaisse, essayant de former des images. C'était déjà pas mal difficile d'accepter de faire des cours d'astronomie en plein jour, alors l'empêcher d'observer le ciel quand les conditions étaient optimales c'était le pompon. On l'empêchait de travailler et on se mettait clairement entre, elle et les connaissances, c'était inacceptable pour la serdaigle, fuyant toujours le regard de façon insolente de celui qu'elle considérait comme un bourreau injuste se méprenant.


Couleur des dialogues : #004080

Pensées en tyrolienne Libre
Deux.
Deux informations : l’une puis l’autre, l’une et l’autre, l’une sans oublier l’autre. Une équation à deux inconnues, ce n’était en apparence pas le plus ardu. Et pourtant. Par tous les sorciers de son temps, il ne comprenait pas pourquoi cela se heurtait à autant de problèmes de compréhension, grands, grands... comme le château qui les entourait.

Certains de ses collègues, avec qui Craig discutait de temps en temps lors de courts passages dans la salle des professeurs, demandaient pourtant trois informations, avec le prénom. Non, non et non. Nom de nom. Qu’elles soient deux ou trois, obtenir les informations en deux temps trois mouvements était un effort de tous les instants.

La question sur la maison avait en effet fait environ l’effet d’un vague plon-plon sur la plus frondeuse des deux, centrée sur elle-même, à l'exclusion du reste du monde. Bon, bon, bon. Avec une pareille détermination dans la provocation, Craig aurait parié dans la droite lignée des préjugés sur Gryffondor ou Serpentard, à l'instant T vainqueurs incontestés de la coupe des maisons des infractions.

Pour ne pas laisser éclater son dépit, son impatience et l'exaspération qui grandissait en lui, Craig cependant se contenait. Il était minuit largement passé ; il avait des affaires importantes à régler, un réveil programmé ; et, fatigué de sa journée de hoquets répétés, il était encore retenu hors de son bureau par une petite qui ne comprenait pas un mot -"maison"- utilisé pourtant dès la cérémonie de répartition. Bon, bon, bon, bon.

Voilà qu'un bout sortit de la poche de la petite que le concierge ne prit pas un instant à reconnaître : un "Expelliarmus !" fulgurant rappela la baguette qui avait dépassé de la poche de la petite dans ses doigts. Une fois placée dans la poche intérieure de sa veste, il prit tout son temps. Pesant son après son, prononçant deux fois plus len-te-ment, décortiquant les mots comme on arracherait les pétales d'une fleur pour signifier la fin d'une passion, len.te.ment. Laissant couler chaque syllabe écoulée pendant des secondes allongées « Miss O’Reilly. J’attends vo-tre MAISON. Gryffondor ; Serpentard ; Poufsouffle ou… Serdaigle. Rouge ; vert ; jaune ou bleu. Laquelle ? ».

Son regard lent, condescendant était planté dans celui de l'enfant. Craig se disait qu'elle avait un sérieux problème de compréhension. Ou de mémorisation. Retenir deux secondes l'information, le temps de la prononciation du nom, c'était pour elle si long ? Ou plutôt, elle était d'une paresse sensationnelle, pour ne pas trouver la force en elle pour prononcer les deux ou trois syllabes de sa maison. Voilà quelle était la rumination du roux, alors que la colère pulsait dans ses veines et qu'il faisait encore preuve de contrôle de lui, fièrement, conciergement, dans son regard neutre et tranchant.


Cent.
C’était pourtant à peu près le nombre de points de transgression sur lesquels il aurait pu attirer l'attention de la direction :
- irrespect du couvre-feu
- absence de politesse
- posture irrespectueuse
- invective à l'égard d'une élève
- provocation et refus d’obtempération
- répétition du refus d’obtempération
- grossièreté proférée à l’égard de l’autorité
- grossièreté répétée proférée à l’égard de l’autorité
- menace d'usage de la magie à usage offensif...
Faire l'addition mentale des infractions était comme sortir une arme d'ascendant à retardement ; de quoi laisser échapper un quart-de-sourire confiant.

Ce que la plus jeune ne comprenait pas, c’est que, quelles que soient ses actions pour prendre l’ascendant maintenant, elle était entièrement à la disposition du grand concierge vu son nombre d'entorses au règlement. Il lui renverrait chaque minute supplémentaire de temps précieux et chaque mot irrespectueux plus redoutablement qu'un boomerang. Cette connaissance du concierge ruisselait progressivement de tous ses regards descendants braqués sur la plus petite entre deux regards lancés à la Poufsouffle.

Son irritation intérieure ne se départissait plus de la satisfaction du contrôle de la situation. Il cingla entre ses dents : « Décidément un boursouflet a plus de respect. » ; scruta la rousse, accusateur. Le dernier mot, il l'aurait. Il se le répétait, avec plaisir, pour se rappeler pourquoi il était resté là à cette heure malgré ses affaires ailleurs.

L'alternative n'était pas compliquée. Soit l'élève cessait ses simagrées et lui montrait son respect. Dans ce cas, il avait gagné. Soit elle les poursuivait et la punition s'agrandirait. Dans ce cas, il avait aussi gagné. Elle pourrait ainsi jouer tant qu'elle le voulait son rôle que ni le concierge ni la Poufsouffle n'avaient l'air de trouver drôle, elle était coincée. Même si elle ne souhaitait pas l'accepter.

Le concierge fit donc un signe de main pour reconduire les deux élèves vers l’escalier menant à l’étage supérieur : « Nous reconduisons Miss Bristyle dans sa salle commune. Miss Bristyle, vous viendrez faire deux heures de retenue mercredi de 13h à 15h dans mon bureau pour irrespect du couvre-feu : une rédaction sur les intérêts et mérites du règlement pour ses élèves. Je m’y tiendrai si votre calme continue et si je ne revois aucun soupir de votre part. Et je vous prierais de toujours respecter le couvre-feu désormais. » Le respect de l’ordre n’était pas si compliqué et l’obtempération finissait par payer.

« Miss O’Reilly, vous vous dirigez droit vers le forfait une heure tous les soirs cette semaine tant que le travail n’aura pas été fait. Vous allez être nommée pour votre retenue responsable du nettoyage de la volière de Poudlard. *tambours et étendards* Je veillerai naturellement à ce que vous fassiez preuve du plus grand respect à l’égard des chouettes pendant que vous vous faites tout. » *strass et paillettes* Il regarda sa veste qui contenait la baguette : « Nettoyage sans magie, évidemment. Et punition ajustable en fonction de votre comportement » ajouta-t-il sur un ton qui ne laissait pas de place aux objections.

Craig se ressaisit de son expression impassible. C’était fâcheux. Les cache-oreilles existaient, pas les cache-nez. Malheureux, même. Mais, malgré l’odeur intenable de la volière et la difficulté de s'y tenir pendant une heure entière, ne serait-ce qu'une fois par jour, la punition valait le détour. Les hiboux à déloger, la salle à nettoyer, voilà qui correspondait bien à ce que la rebelle méritait. Nettoyer à la moldue remettrait les idées en place à cette malotrue, le nettoyage apprenait la modestie, c'était bien connu. Il y avait moins de jours de retenue que de raisons pour la retenue, alors s'il fallait que la punition fût accrue...
Il le ferait.


Reducio
Remarque HRP : le concierge n'est pas la boniche de l'école. Il ne fait aucune tâche de cuisine ou ménagère, dévolue aux elfes (qui ne sont pas plus les boniches d'ailleurs mais bien des êtres libres dotés d'une magie spéciale et du droit de transplaner). Il est responsable du respect du règlement et fait pour cela des rondes au même titre que les préfets -que votre personnage ne traiterait pas de boniche il me semble- pendant des plages plus étendues. En plus de cette fonction, il a accès à la salle des professeurs et est à ce titre pleinement intégré à l'équipe des adultes -bien qu'il ne fasse pas un travail devant classe comme ses collègues de l'équipe enseignante mais un travail de bureau de recherche sur le règlement (la formation de Craig est partiellement une formation de juriste) et de solutions pour le faire respecter (ses deux derniers services par exemple). Le caractère solitaire est lié au personnage, pas à la fonction. Quant au caractère bougon, il est lié au personnage et à la situation : longue et dure journée, après minuit. Je me doute que ce n'est pas votre avis de joueuse mais je préfère repréciser ce qu'est la fonction de concierge, comme c'est aussi mon rôle de le faire :).

Ex-champion des couvre-feux aux cheveux couleur de feu.
Ex- "brick in the wall" de l'EE.