Piège de pierre
Il me fait tiquer, moi, ce sourire. Il ne contient aucune moquerie, je crois. Il est seulement amusé. Mais en même temps, puisque lire les sourires et les expressions du visage n’est pas exactement l’un de mes talents, je ne sais pas réellement à quoi il ressemble ce sourire. Cela ne compte guère, ce qui est important c’est qu’il me perturbe, voilà, il me fait froncer les sourcils, me force à ouvrir la bouche pour parler et… L’escalier arrive à bon port. Surprise, je manque de perdre l’équilibre et m’accroche au dernier moment à la rambarde. Quand je lève la tête, c’est pour apercevoir une Delphillia tout en fierté et en équilibre qui pose un pied sur le palier comme si elle avait fait cela toute sa vie, tenir en équilibre sur des escaliers volants. Je rougis de ma maladresse et m’en veux de ne pas avoir répliqué quelque chose, elle va croire que je n’ai aucune répartie et cela me dérange. Je fouille désespérément dans mon esprit à la recherche d’une chose à dire mais je ne trouve rien. Comme une abrutie, je me contente de la regarder descendre l'escalier. Les Autres la suivent rapidement, de peur peut-être que le mastodonte de pierre décide de repartir pour un tour. Je me laisse bousculer sans ne rien dire.
Et c’est alors que ça arrive. Alors que je pensais qu’elle partirait sans ne rien dire, cette insupportable Delphilia lève la tête vers moi, m’adresse un signe du menton et sur ses lèvres je lis aisément ce qu’elle me dit : « Mur de fumée ». Puis elle disparaît sans savoir que son comportement est aussi violent, pour moi, que la claque qu’elle m’a envoyée la première fois que nous nous sommes parlé. J’en reste totalement figée, mes pensées tournant à toute vitesse dans mon esprit ; je cherche une explication, une définition de l’expression mur de fumée mais aucune de mes théories ne me convient.
Je me sens particulièrement idiote. Subsiste la désagréable impression que je viens de me faire avoir. Je ne sais pas exactement comment, je ne sais pas exactement pourquoi, mais le fait est que dans le combat que nous venons de mener, moi et Delphillia, il y en a une qui a eu le dessus et ce n’est pas moi. Cette idée m’est insupportable. C’est tellement frustrant que mes poings se serrent. J’ai envie de crier très fort, ou de courir à la poursuite de la fille pour reprendre le contrôle de la situation, pour la faire parler, pour la faire trembler, qu’en sais-je, moi. Le fait est que j’ai l’impression d’avoir perdue la partie et cela ne me donne qu’une envie : faire n’importe quoi pour me retrouver face à la Poufsouffle et lui montrer qu’elle n’a pas le pouvoir sur moi, que je peux dominer, moi aussi, et même sortir vainqueure de nos affrontements verbaux — et parfois physiques.
C’est étrange, comme sensation. D’un côté, ce que pense Delphillia de moi n'a aucune importance, et d’ailleurs je me fiche totalement d’elle, mais d’un autre côté je brûle de la comprendre davantage, de savoir pourquoi elle agit comme elle agit, pourquoi elle est qui elle est. C’est profondément dérangeant parce que je préférerais la détester totalement, comme je déteste Morrow. Ressentir des émotions claires et précises. La haine n’est pas compliquée à gérer. C’est juste une grande colère. Mais là, je ne ressens pas de colère. Juste une profonde frustration.
« 'Fais chier, » murmuré-je entre mes dents avant de me mettre en route.
Évidemment, nulle trace de Zikomo dans les parages. Je n’ai plus qu’à retraverser tout le château pour le retrouver. Il faut que je me presse. Il faut dire que plus je tarde, plus longtemps il restera seul avec Nyakane. Il ne faudrait pas que la présence du Serpentaire lui fasse oublier mon existence, n’est-ce pas ?
J'avance rapidement, lourde d’une nouvelle frustration dont je n’arrive pas à me débarrasser. Sur le chemin, j’insulte allègrement Delphillia de tous les noms d’oiseaux qui me viennent en tête, sans pouvoir totalement me cacher que plus qu’agacée, je suis réellement intriguée par cette fille.
Je te remercie ! C'est toujours un plaisir d'écrire avec toi. Vivement la prochaine rencontre. Qui sait, peut-être qu'un jour ces deux-là finiront par comprendre que ce n'est pas si grave que ça d'être intriguée par l'autre — elles pourraient s'entendre en plus, je suis sûre.
Et c’est alors que ça arrive. Alors que je pensais qu’elle partirait sans ne rien dire, cette insupportable Delphilia lève la tête vers moi, m’adresse un signe du menton et sur ses lèvres je lis aisément ce qu’elle me dit : « Mur de fumée ». Puis elle disparaît sans savoir que son comportement est aussi violent, pour moi, que la claque qu’elle m’a envoyée la première fois que nous nous sommes parlé. J’en reste totalement figée, mes pensées tournant à toute vitesse dans mon esprit ; je cherche une explication, une définition de l’expression mur de fumée mais aucune de mes théories ne me convient.
Je me sens particulièrement idiote. Subsiste la désagréable impression que je viens de me faire avoir. Je ne sais pas exactement comment, je ne sais pas exactement pourquoi, mais le fait est que dans le combat que nous venons de mener, moi et Delphillia, il y en a une qui a eu le dessus et ce n’est pas moi. Cette idée m’est insupportable. C’est tellement frustrant que mes poings se serrent. J’ai envie de crier très fort, ou de courir à la poursuite de la fille pour reprendre le contrôle de la situation, pour la faire parler, pour la faire trembler, qu’en sais-je, moi. Le fait est que j’ai l’impression d’avoir perdue la partie et cela ne me donne qu’une envie : faire n’importe quoi pour me retrouver face à la Poufsouffle et lui montrer qu’elle n’a pas le pouvoir sur moi, que je peux dominer, moi aussi, et même sortir vainqueure de nos affrontements verbaux — et parfois physiques.
C’est étrange, comme sensation. D’un côté, ce que pense Delphillia de moi n'a aucune importance, et d’ailleurs je me fiche totalement d’elle, mais d’un autre côté je brûle de la comprendre davantage, de savoir pourquoi elle agit comme elle agit, pourquoi elle est qui elle est. C’est profondément dérangeant parce que je préférerais la détester totalement, comme je déteste Morrow. Ressentir des émotions claires et précises. La haine n’est pas compliquée à gérer. C’est juste une grande colère. Mais là, je ne ressens pas de colère. Juste une profonde frustration.
« 'Fais chier, » murmuré-je entre mes dents avant de me mettre en route.
Évidemment, nulle trace de Zikomo dans les parages. Je n’ai plus qu’à retraverser tout le château pour le retrouver. Il faut que je me presse. Il faut dire que plus je tarde, plus longtemps il restera seul avec Nyakane. Il ne faudrait pas que la présence du Serpentaire lui fasse oublier mon existence, n’est-ce pas ?
J'avance rapidement, lourde d’une nouvelle frustration dont je n’arrive pas à me débarrasser. Sur le chemin, j’insulte allègrement Delphillia de tous les noms d’oiseaux qui me viennent en tête, sans pouvoir totalement me cacher que plus qu’agacée, je suis réellement intriguée par cette fille.
- Fin -
Je te remercie ! C'est toujours un plaisir d'écrire avec toi. Vivement la prochaine rencontre. Qui sait, peut-être qu'un jour ces deux-là finiront par comprendre que ce n'est pas si grave que ça d'être intriguée par l'autre — elles pourraient s'entendre en plus, je suis sûre.