{ Ὀδυσσεύς }

Pourquoi fallait-il que chaque mot t'évoque un rapport, direct ou lointain, avec toi ? Pourquoi devais-tu subir cet acharnement ? Cette cruauté, venue d'on-ne-sait-où ; de l'Olympe peut-être. Les liens qui s'enroulaient sur eux-même comme une molécule d'ADN pesaient lourd dans ta tête et cette surcharge te faisait perdre le contrôle. Tu haïssais cela, à l'accoutumée ; le contrôle était à tes yeux la fondation de ton équilibre. Des fois, il t'arrivait de le perdre, dans un élan de liberté, de spiritualité t'exhortant à briser les chaînes de tes mains forgées. En cet instant, on l'eût vu ou plutôt entendu, le relâchement s'était effectué et tu acceptais tout ce qu'imposait la conscience dont tu étais dotée. Sans rien comprendre pour autant ; et cela ne changeait pas, tu détestais et détesterais éternellement cette sensation. Pourquoi personne ne pouvait-il t'expliquer cela ? Le Messager savait peut-être — sûrement même —, mais impossible de briser cette symbiose que tu savais éphémère. Ce qui est beau et éphémère, on le conserve coûte que coûte. Prenons par exemple un bouquet de fleurs chez les Moldu.es : il trempe dans l'eau pour illuminer plus longtemps les visages, jusqu'à ce que le dernier pétale ne s'échoue sur une surface quelconque et que cette matière ne revienne à la Nature, avant de se régénérer en copeaux de vie. N'enfermant pas la conversation dans quelque récipient au fond aqueux — jamais les Mots ne sont faits prisonniers —, tu contribuais simplement à l'alimentation de celle-ci, par des affirmations quelques fois ; par des remarques à certains moments ; par des questions souvent. C'était cela, l'élixir dont se nourrissaient les Mots de Nuits, entre Messager et Destinataire, entre Maître et Elève. Ainsi, s'éloigner du sujet n'apporterait rien. Cette question irait donc s'échouer dans le tympan de quelqu'un d'autre ; *ou de personne*.

Ainsi, c'était les innombrables visages de la Lune qui avaient attiré ton attention. N'étais-tu pas en quelque sorte une superposition de masques que tu — *que je maîtrise*. Certes. Étais-tu ces mille fragments de Lune réunis, comme pourraient sous entendre les Contours avec lesquels te représente le Peintre ? Ou une seule Lune ? Plusieurs ? *Non, je suis unique* Un éclair d'audace qui striait ton esprit — encore. Car ce n'était pas de l'égocentrisme, n'est-ce pas ? Simplement un constat basé sur le fait que tout être est unique ; *mais moi un peu plus*. Le Messager ayant selon toi passé le cap du fait d'être unique, il s'élevait — du moins, son Âme — comme s'élève un Ange rejoignant les Cieux. *Un jour, peut-être, volerais-je aussi ?*

Quel Regard fallait-il accorder aux entités que l'on pouvait rattacher en constellations ou en entièretés ?*Complexe* Comment te voyais-tu, toi ? Janus ou Hannah ? Des pétales ou une Fleur ? *J'suis entière, moi !* Rien n'est totalement entier. Tout se découpe en une myriade cellules ; si l'on excepte la bactérie, monocellulaire. Elle seule pourrait se désigner comme entière, si elle était dotée d'une conscience ; qui sait ? Cependant nous parlons ici de la Surface. Tu savais aussi que dans les sinuosités opaques de l'Âme, tout n'était que Division. Nous sommes la Division et l'Unité à la fois. Pourquoi se résigner à choisir ? Tu ne parvenais de toute manière pas à choisir. Une part de ton être t'incitait à regarder les Étoiles une à unes, contemplant la différence ; une autre te soufflait d'admirer la Toile nocturne dans son entièreté, ses assemblages brillants. L'un ou l'autre, certes. Mais l'Unité elle-même se divise ! La Constellation est un Fragment de Ciel qui Unit des lueurs. Beau paradoxe, cependant il mettait tes réflexions dans une posture délicate. Nerveux, ton pied tapota le sol de pierres constitué comme il eût appuyé puis relâché une Pédale. Peut-être un Souffle immatérielle, une mélodie silencieuse, rendue Profonde par ce mouvement, se créait-elle en cet instant ; peu importe ! Ce qui comptait en cet Instant, c'était de distinguer, de choisir (ou non) entre Pièce et Assemblage.

« Moi, je regarde l'Arbre, puis la Branche. Le Ciel, la Constellation, puis l’Étoile. Je n'aime ni les entités totalement isolées, ni celles que l'on regroupe uniformément. Alors c'est mon Regard, et non les Observés qui se divise. »

Et comme pour vérifier que tout ce que tu avais dit précédemment était juste, tes yeux se posèrent Là-Haut. Et en effet, tes perles en amande n'eurent tout d'abord qu'une vision globale, puis, comme si ton œil eût été l'objectif d'un microscope, le champ se fit plus petit. Il était une certaine magie en cet Instant de contemplation ébahie. Ne connaissant que très peu les Constellations, il y avait tout à inventer. Tu pouvais leur donner le nom que tu voulais ; elles n'appartenaient à personne, n'était-il pas possible de donner un nom autre que celui offert par les scientifiques ? Puis ton Regard se fixa sur un seul point ; pas le plus brillant de la Constellation, le plus excentré. D'ici, il était impossible de le faire mais proche de l’Étoile, tu eus pu te perdre dans les détails, dans les Branchages de celle-ci. Comme cela n'était pas possible, ton attention revint au Messager.

« Oui, c'est comme cela que je les observe. J'ai vérifié. »

... et je n'ai pas menti *pour une fois*. Il t'était difficile d'être Hannah ; des fois tu étais Galina, voire Anonyme. Mais ces quelques mots ne franchirent pas la barrière de tes lèvres car il est si douloureux de passer à l'aveu ; il est si fâcheux de faire voler en éclats le Moment M. Alors ta bouche se clôt, mais bien vite tu te retrouves déstabilisée par la réaction douce du Messager face au Rire sincère abandonné à la Nuit. Bien qu'il t'ait déjà montré qu'il était différent des Semblables — dès la première seconde, la première lueur —, il te le prouvait encore avec cette sorte... D'approbation ? Oui, il semblait que cela soit cela. Tu ne savais pas qui était Anastase ; tu savais simplement qu'on avait à ces Mots ôté toute banalité et ajouté toute la délicatesse du Monde.

*Se museler* : ce qui freine ton Âme dans son émancipation. *Se museler* ; il faut que jamais plus ces deux mots ne dictent ta Trajectoire ; tu es une Comète Libre. *Se museler* ; *Jamais*. C'était foudroyant : chaque terme, chaque phrase énoncé par le Guide, plus encore que ceux des Semblables, réveillaient ce qui sommeillait dans les décombres du Moi. Tu ne savais toujours pas si c'était fascinant ou horrible ; sans doute était-ce un mélange de ces deux sentiments. Sans doute était-ce un Oracle, te disais-tu. Et tout n'était que Morale. Raison de plus pour mettre toutes les paroles au bout de l'Hameçon à Souvenirs.

La Brillance est en jeu. De là, une réflexion, une note, une remarque ; un discours interne.
*Nous sommes des Lampadaires. Des Lampadaires branchés en série ou en dérivation selon nos Liens. Nous nous mouvons à en crever ; pourtant, si l'on cesse ce Mouvement éternel, on s'éteint. Ce qui veut dire, en soit, que le Mouvement est une ampoule. Le Mouvement est la Vie. Le Mouvement, c'est Moi, c'est Lui, c'est Elle, et c'est surtout Nous.* Sourire.


« Qu'en est-il des mouvements captifs ? » ironisas-tu, pensant au Château. « Ne sommes nous pas condamnés à Sept Ans d'Emprisonnement, où nos Déplacements ne sont qu'une illusion, qu'un leurre ? Nous moisissons sur des chaises assassinées par le Temps, dans une Noirceur dénuée d’Étoiles. Le Styx entoure la forteresse. Zeus, sommes-nous donc en Enfer ? Il ne reste qu'ici. » Un léger Soupir s'échappa de tes lèvres. Toi qui avait tant adulé ce lieu ; tu le démolissait. Il était au sommet de ton estime architecturale ; pour mieux en tomber. Des illusions ; Désillusion. *Vérité*

Résurgence

{ Ὀδυσσεύς }
Ils s’affolent, se précipitent. Un peu plus vite encore, et l’inquiétante fumée montera. Il aurait dû prendre avec lui des engrenages pour les faire tourner mais au lieu de quoi, il se retrouvait avec les mains vides qui ne pouvaient que dessiner de minuscules cercles dans l’air, les matérialisant peu à peu dans son champ de vision mental. Les petits points se bousculaient, heurts assez représentatifs de l’étourdissante vélocité qu’il lisait mécaniquement. Pourquoi lui ne songeait-il jamais à avoir le juste pendule à portée pour recalibrer son esprit ? Il n’avait que ses agitations digitales pour accompagner silencieusement sa fièvre. Ce n'étaient pas que les idées et raisonnements qui s’enchaînaient actuellement, il sentait l’ampleur de Vagues tourmentées approcher. Un peur enfouie remontait. Combien de portes pas encore détectées mais prêtes à délivrer leur potentiel menaçant ? L’entrave, insidieusement, l’enveloppera-t-elle ? Il se pourrait même qu’elle ait déjà commencé son œuvre… *Où en suis-je, Faust ?* Pour s’émanciper, c’est qu’il avait été un jour enchaîné. Qui aspire à la liberté et à la légèreté, si ce n’est l’enfermé ? Si, incrustée, la lourdeur le poursuivait, où qu’il aille ; la fuite par-delà de simples frontières serait vaine. Il fallait échapper aux verrous déjà introduits en son sein. Sans quoi… il suffisait de se fondre dans la glace ; où la course la plus effrénée avait pour effet de rester sur place.

Alors ; comment délier la Mouvance-même ? Alice, agaçante jusque dans la pauvreté de ses interrogations. De toute façon, elle rejetait chaque Monde qu’elle croyait ne pas être le sien. D’où une gamine pouvait-elle tirer de telles certitudes ? La première image n’est pas plus juste que les suivantes ; ainsi qu’un jour, d’autre couleurs frapperont la rétine des Émeraudiens. Il voulait croire aux paysages inédits, il voulait glisser sans chuter, il voulait traverser les portails sans être en fuite. *Je ne fuie pas !* S’il se veut libre, sûrement ne l’est-il pas encore tout à fait. Et ce constat est fabuleusement terrifiant. ‘Changer le Monde’ ; ou ‘Changer de Monde ?’ Ce n’était pas la première fois qu’il rêvait d’une combinaison spatio-temporelle où il trouverait plus aisément sa place qu’en l’actuelle. Comme si c’était lui, Alice ou Dorothée, et qu’un autre foyer l’attendait ; constatant lors de son passage les curiosités et mécaniques d’un environnement n’étant pas le sien. À la différence que l’indécision le prenait pour situer ses racines. Si le Monde, c’est admettre qu’il comporte failles et dysfonctionnements à traiter. Si de Monde, c’est l’étranger qui déraille et doit réintégrer le sien. *Quel est mon Monde ?* Ses Perles-de-Nótt s’humidifièrent en surface à son insoluble questionnement enfoui.

Ses paumes bien refroidies par l’air extérieur se plaquèrent fort sur ses pommettes pour refroidir son visage et contenir la montée du flux lacrymal. Il n’opposa aucune résistance au pouvoir alpaguant de la voix plus jeune. Le processus présenté est singulièrement apaisant ; se mettre à l’œuvre pour vérifier. Dans l’étonnant mélange d’attention et de regard, sentant à la fois le focus évoluer et l’accommodation tenter de suivre. Il aurait bien aimé voir ses pupilles, les formes intérieures de ses yeux se mouvoir selon ses observations.


« J’observe donc à l’envers de toi. Je me fascine des courbures de la nervure avant de voir la feuille. Comme à l’instant j’imaginais les yeux observer avant l’enfant. Pupillæ ante pupillam. »

Un froncement marqua son nez lorsqu’elle déploya une imagerie qui n’était pas si éloignée de la sienne. Ce que Rowena l’architecte avait proposé était loin d’un Dédale où chacun pourrait trouver à tracer sa propre voie. Poudlard s’imposait telle car née de l’expertise de construction de l’une des fondatrices qui avait comme placé la pérennité stable au-devant de la modulation. À moins que nul n’ait jamais compris comment adapter ses structures désormais séculaires. Oui, comme un objet exhumé lors de fouilles dont les spéculations sur son véritable usage et ses possibilités seraient à des lustres de la réalité. Une invention ayant une myriade de fonctions dont la majorité serait dormante. Comme le château ne formait pas des architectes, qui pour découvrir ses fonctions cachées ? Pas même ses protégés à Serdaigle. Et si Rowena avait fini comme Dédale, enfermée en ses propres Rouages par quelque autorité ayant les moyens d’employer les artisans ?

« Le temps passé sur les bancs de l’école pourrait aisément être qualifié de perdu pour une écrasante majorité, je le concède. »

À la limite, de rarissimes éléments étaient capables de passer par cette voie pour une petite partie des élèves, mais pour le reste… La véritable transmission des embranchements de la magie ou de la maîtrise de son énergie constituante avait lieu ailleurs que dans les salles de cours, par des êtres autres que les enseignants. Il avait été prêt à partir car avait l’impression de n’avoir rien appris d’essentiel ; car même le besoin vital n’avait été rassasié. S’il n’avait pas croisé la bonne châtelaine, il était certain qu’il ne serait pas en ces lieux.

« Tous les espaces et les moments qui ne connaissent la contrainte du cours ont toutefois un potentiel d’ouverture ; même dans l’emmurement qui fait Poudlard. »

Économiser ses réserves pour se présenter dispos en ces instants moins entravés nécessitait de prendre mesure d’abord de ce qui importait tellement plus que les intervalles astreignants. La frontière enferme-t-elle ou protège-t-elle ? Bien souvent le côté forteresse des lieux passait pour un refuge sauvegardant au mieux ses résidents, mais suffisamment de catastrophes contredisaient cela.

« Aux Enfers, je ne sais pas. Le Panthéon n’a pas attendu que Prométhée franchisse le fleuve pour le châtier. Pourtant, même enchaîné et dévoré, alors qu’il aurait pu s’aigrir, il n’a pas cessé d’offrir. Avertissant Épiméthée ; confiant à Médée son feu et ses enseignements. Il a œuvré outre son rocher du Caucase. »

Était-ce parce qu’il avait volé Hestia ? Il se sentait bien plus proche de Prométhée que du foyer qui lui résistait.

« Des remparts nous entoureraient-ils ; ce n’est pas à cette invariance qu’il faut s’attacher ; mais à l’inconstance. Les entités qui peuvent nous approcher et nous éclairer ; à qui nous offrons un soupçon de notre Lueur sans même en avoir conscience. En Prométhée ou en Perséphone, sachons nous déplacer sans nous soucier des limites en dépit de la demeure forcée. »

Déceler ce qui à Poudlard n’est pas Poudlard pour s’en abreuver en insolent Tantale.

{ Ὀδυσσεύς }
Ainsi, dans le Secret de vos Pupilles, il y avait une différence fondamentale ; Visions inversées. Et c'était passionnant ! Tu n'avais jamais cru possible qu'une telle Profondeur ait pu se découvrir entre cet immense Dragon Noir ; mais en rencontrant le Messager cette créance avait fondu. Comme bien d'autres d'ailleurs. Les Murs tombaient ; non ceux de Poudlard, mais ceux qui t'empêchaient de Penser, qui cloisonnaient tes réflexions au sein d'un carcan constitué de Certitudes. Ce qui était bien plus important, finalement. Malgré le Temps qui vous éloignait, tu n'avais pas peur de jeter tes yeux sur le rivage de ses Vagues. La Nuit y était-elle pour quelque chose ? Sûrement. Tes yeux n'étaient de toutes façon pas ta plus grande préoccupation ; à vrai dire, cette pensée était même enfouie dans un secteur extrêmement reculé de ton cerveau. Prête à apparaître une fois l'Entrevue terminée. Il n'y avait qu'un seul axe — bien que comportant plusieurs branches — sur lequel tu t'engageais : celui de la conversation. Une fois n'est pas coutume, répondrait le dicton.

Les Yeux, avant l'Enfant. Cet exemple, outre le fait qu'il se déposait au creux de ton oreille avec la douceur du Pétale Blanc qui descend librement — sans être remué par les Gestes du Vent — et caresse les brins d'herbe avec splendeur. Ou une Plume, tu ne savais pas vraiment. Peut-être était-ce le mystère que soulevait le Messager qui faisait de ses émanations des sensations difficiles à distinguer. Et une nouvelle fois, tu te posas la question : Ce qu'il se passait était-il bien réel ? Allais-tu, sans que rien ne permette de le deviner, te réveiller ruisselante dans des draps océan ? Ces Mots d'En Haut n'étaient-ils destinés qu'à être un rêve lointain dont on ne se souvient pas suffisamment pour les réécrire le lendemain ? *Faites, ô Hermès, que jamais ce Voyage ne se termine*

Non. Il ne fallait pas penser à ce que tu ferais Après de cet échange. *Carpe diem* Apprécier, aimer, adorer ; ce moment rare était une bénédiction. Hors du temps vous étiez, à manier la parole comme au sein de l'école de Platon — et l'Aède arrivait tel Diogène de Sinope, brandissant devant l’École l'Homme de Platon. Rectifiant les erreurs, en quête de Vérité, non la sienne, mais la tienne ; entre autres. Il donnait un sens à bien des choses que tu ne comprenais pas. Il se présentait comme le Savoir, plus encore que tous les autres professeurs de Poudlard, sans que tu ne saches pourquoi. Il dégageait sûrement quelque chose de différent. Ce calme, aussi...

Ta tête penchait très légèrement à droite, et tes yeux offraient un miroir miniature pour que les Étoiles puissent se contempler ; en avaient-elles besoin ? Après, tout, n'est-on pas lassé, voire agacé, lorsque la Foule — y compris bon nombre de Semblables — vous dévisage, vous déshabille du regard, vous inspecte, pense à votre place, vous écrit, vous noie dans un océan de mots insignifiants ; vous réduit à votre apparence ? Les humains ne se préoccupaient pas de cela. Les humains avaient le droit ; tous les droits. Ils pouvaient massacrer la Terre, massacrer ses habitants (humains ou non-humains), alors pourquoi ne massacreraient-ils pas les Étoiles et leur Image ?

« Je me suis toujours demandé si les Étoiles avaient une Âme ; au détriment de ce que m'a expliqué la Science. N'est-ce pas une affreuse synthèse que de les réduire à cette Lumière qu'elles émettent ? C'est comme si vous me réduisiez à ce que vous voyez de moi en Surface ; j'ai des entrailles, j'ai un Cœur, sous ce manteau de Peau. »

Cette réflexion était venue d'elle-même, tu ne l'avais pas retenue. Ce soir était placé sous l'égide de la Liberté ; tu laissais ton Âme respirer. Ta curiosité, aussi. C'était comme si cette Nuit, tu avais placé ton œil à l'extrémité de l’Entonnoir du Savoir ; l'Ouverture était évidente. Jamais l'enseignement magique — tout comme celui moldu — n'avait abordé ces choses là. Tu ne lui en voulais pas *à ce niveau là*, l'apprentissage universel avait ses failles, ses imperfections. Mais tu regrettais qu'il ait fallu attendre si longtemps pour ouvrir les yeux aussi fort, avec un angle aussi important. Que ce ne soit même pas ces si grands, si matures Adultes qui t'aient écarté les paupières ; même si ce Messager approchait doucement de cette Frontière que dessine approximativement le Temps. La Vérité était définitivement très surprenante.

« Tu as sans doute raison. Le problème est que j'ai rarement pensé à lever la tête, et à soulever mes lourdes paupières. »

C'était un aveu que tu avais souvent bien du mal à laisse s'échapper, et qui pourtant était brûlant de vérité. Tu fixais les Murs avec défiance, au lieu de songer à les escalader, à les survoler. Tu te focalisais sur des Frontières matérielles alors que c'étaient celles de la Pensée qu'il fallait renverser. Jamais ces constatations ne s'étaient faites claires jusqu'à ce jour ; tu les avais repoussées avec un vil orgueil. Mais maintenant que tu leur accordais une place, elles arrivaient groupées, évidentes. Dès demain, il y aurait du pain sur la planche, des... *J'dois pas y penser*

Quant au fait d'offrir de la Lumière aux autres, tu n'étais pas convaincue de l'avoir fait. Quoique... Difficile de trancher. Lorsque tu plongeais ton regard dans celui de Swann, était-ce de la Lumière ? Quand tu riais avec Aristid, était-ce de la Lumière ? Quand tu offrais tes Larmes, ta Colère et ta Fascination au creux des Mains de Bristyle, était-ce de la Lumière ? *J'en sais rien* Et au fond, ce n'était pas bien important. L'essentiel était de faire en sorte que les faisceaux s'échappent de ton être sans être retenus ; libres, flottants. Et alors que tes pensées répétaient *C'est ce que je fais !*, il y avait un chuchotement, éteint par cette Exclamation, au fond de ton crâne, qui affirmait que c'était encore loin d'être le cas — son bâillonnement en était la parfaite illustration. Et malgré ton oreille fine, tu faisais mine de ne pas entendre ce conseil. Le Murmure n'insista pas, il savait qu'il avait raison. Il reviendrait plus tard, dans trente ans peut-être, constater l'étendue des dégâts en glissant : « Je t'avais prévenue... ». Soit. Illuminer autrui était une chose, être éclairée en était une autre. Certains visages apparaissaient, évidents. Mais pour d'autres, qu'en savais-tu ? Et qu'était-ce, précisément, le fait d'être éclairée ? Tout était encore bien trop flou. Il faudrait y songer plus profondément.

« Je dois avouer que l'idée d'éparpiller nos Lueurs un peu partout dans le Monde m'effraie autant qu'elle me fascine ; même si nous étions Soleil, on finirait par s'éteindre. »... Tout dépendait du Destinataire également « Mais lorsqu'il s'agit de l'offrir à des personnes que j'ai... qui me sont chères, toute frayeur s'évanouit. »

N'était-ce pas là une vilaine injustice ? Ne fallait-il pas que tout le monde soit éclairé avec la même intensité, la même tension ? Ne façonnais-tu pas de violentes inégalités, à tel point que d'une vue aérienne les Oubliés embrasseraient l'Afrique dans la comparaison ? Oh, il était terrible de se prendre de tels reproches (surtout venant de son moi) en pleine figure ! Alors, jonglant entre tes dires et ces questions pernicieuses, tu te dis que tu n'en était simplement qu'à la deuxième dimension de l'Amour ; le Nous. Voilà qui était bien plus rassurant. Parce que c'était la Vérité, n'est-ce pas ?

Rescapé du Carnage, je reviens sur mon Cheval de Troie.

Résurgence

{ Ὀδυσσεύς }
L’observation de nos con–frères ou –sœurs habitant l’Ouranos avait un aspect presque pudique qui se ressentait particulièrement dans la façon dont l’enfant s’était inclinée à l’instant en leur direction. Au-delà de les saluer, nombre de murmures intimes pouvaient être susurrés à leur égard ; parfois même sans mot dire. Leur rattachement à des histoires portées à la Voûte mais ancrées dans l’humanité pousse à les considérer comme des confidents. Máni notamment était l’un de ses interlocuteurs de pensées très récurrent ; alors l’adolescent s’imaginait sans peine un dialogue silencieux se tenir entre cette Silhouette avec qui il partageait la plateforme et les constellations. En cela Hjúki en tant que témoin de cet échange tacite n’était pas loin de la sensation de l’intrusion ; comme si sa présence en faisait un épieur. À moins que ne se forme actuellement une triade entre eux ? À l’instar de ces soirées où sa Sœur-de-Cœur lui avait présenté les figures célestes qui recevaient les messages qui encombraient sa tête. Si les Astres étaient télépathes, ils seraient assurément détenteurs d’une masse inimaginable de secrets. Une brillance invisible traversa ses Perles-de-Nótt alors qu’une fenêtre de son discours aux Étoiles lui fut dévoilée par la parole. Elle visait juste ; le pouls, ses pulsations étaient centrales.

« Elles ont des noms ; n’est-ce pas leur reconnaître une Âme que de les nommer ? Les puissances du Commencement ont des battements si primordiaux qu’elles ont obtenu avec évidence des noms, des identités mythologiques. L’enfançon nomme son tissu doux, l’artiste nomme son instrument. C’est essentiel, car connaître un nom peut donner un pouvoir sur l’entité, saisir un fragment de son identité. N’est-ce pas l’une des préoccupations à la naissance d’un être ou même à la découverte d’une Étoile ; comment l’appeler ? »

La tradition de dénomination mythologique des Astres ne s’était toujours pas perdue, n’était-ce pas le vestige de la reconnaissance qu’ils protégeaient et perpétuaient des figures anciennes et leurs récits ? Cela démontrait de quelque manière que ce sombre manteau était la fresque des histoires, de l’Histoire des hommes… Qu’importe qu’à l’autre bout du monde le conte soit différent, sa lecture demeurait une activité que le jeune Anastase pouvait présumer universelle, ou presque. Du moins, ainsi s’étaient construites ses considérations ; il se demandait bien ce que songerait qui n’aurait jamais approché l’univers des mythes. Sous quel prisme se présentait leur version du Monde ? Ce demeurerait un mystère jusqu’à rencontrer son antipode à cet égard.

Attentif, l’adolescent n’avait pas omis sa concession qu’il avait accueillie avec une étrange impression. En ce moment de partage, les notions de la raison et du tort lui paraissaient si lointaines, il lui importait si peu d’être dans le vrai ou non tant ses paroles étaient empreintes de subjectivité. Ce n’étaient pas des conseils de sage – quelle prétention cela aurait été pour le gamin novice qu’il se sentait toujours être – mais des pensées, certes d’une expérience autrement nourrie que celle de sa partenaire. Le vrai frisson était dans la prise de conscience qu’ils s’offraient des perspectives propres, qu’ils apprenaient l’un de l’autre. Sa remarque venait d’être confirmée ; en s’attardant au bon recoin ou détour de ces murs, l’enrichissement était possible.


« La lumière a sa propre pesanteur, il est naturel de… oui, de lui résister, avant de s’en accommoder. »

Surtout quand son éclairage n’était que trop rarement côtoyé, alors les yeux craignent à juste titre la brûlure avant d’être prêts. Hjúki examina avec curiosité cet effroi de l’extinction. Ce Monde… il n’allait pas le nier, était vorace. À la fois il comprenait, à la fois cela ne lui correspondait pas. Se faire dévorer et offrir un éclat de soi ne se vivait pas pareillement. L’épuisement venait à son sens de l’arrachée ; pas tellement du don. Sauf quand il était cédé dans l’excès, travers que le jeune Anastase connaissait fort bien.

« Je pense que tu pourras atténuer ta crainte d’offrir au Monde en prenant garde à ce que ce ne soit pas lui qui s’abreuve exclusivement de toi sans au moins te laisser t’en nourrir à ton tour. »

S’il ne se dérangeait pour prendre avec appétit, l’adolescent avait appris qu’il fallait s’en défendre.

{ Ὀδυσσεύς }
La Nuit est un Bruit. Elle ne se résume pas qu'à cela — qu'elle banalité cela serait ! —, mais elle est aussi cela. Des sons profonds et mystérieux ; tes oreilles étaient des cavernes dans lesquelles résonnaient ces ondes apaisantes. Elles venaient chatouiller tes osselets — ceux-ci riaient d'une force ! — et atteignaient tes cellules avec candeur et détermination. Parvenus jusqu'à ton cerveau, ces Bruits devenaient une nouvelle toile Nocturne ; elle surplombait tes pensées, depuis le sommet de ton crâne. Elle aurait pu se montrer arrogante, prétentieuse dans sa position ; il n'en était rien. Elle était d'une grande sagesse. Svelte. Si étendue que tes pensées s'interrompaient dans leur trajet, levaient les yeux et demeuraient béates face à la Beauté du Ciel. Tout était suspendu...

Sauf ton attention ; l'Horloge n'y changeait rien. Ton Regard avait franchi le Rubicon de la Concentration depuis bien longtemps, et il ne comptait pas faire marche arrière. Il s'emparait de la ville toute entière, avide de Savoir ; ou plutôt d'Enseignements, de Réflexion. Car en effet, il apparaissait de plus en plus clairement que cette discussion n'était pas un cours durant lequel le point de vue est unanimement adopté ; non, on pouvait observer des pensées nuancées, diverses. N'était-ce pas cela, finalement, le plus important ? Apprendre par la confrontation des idées ? Goûter à la Vie en faisant connaître à autrui les ébauches de Pensée que l'on avait esquissées à ce sujet ? Échanger sous une toile sombre éclairée par des Âmes en Incandescence ?
*C'est cela, vivre*

La définition que l'on t'avait faite du verbe vivre — verbe d'action — était loin de celle qui prenait désormais forme au sein de ton esprit. Vivre, ce n'était pas seulement marcher dans les couloirs pour rejoindre une salle de cours ou son dortoir. Vivre, ce n'était pas seulement écrire. Vivre, ce n'était pas seulement rester claquemurée dans ses pensées. Vivre, c'était aussi et surtout, jeter ses Hypothèses dans la Nuit comme le Peintre lancerait sa peinture — vigoureusement ou rigoureusement, à sa guise — sur la Toile. Avec, face à soi, un interlocuteur. Tout était là.

« Je reconnais qu'il est important qu'elles soient nommées. Simplement, parfois, j'aime les voir anonymes, sans même chercher à les reconnaître, elles et les constellations qu'elles forment. D'autres fois, à l'inverse, j'aime bien pouvoir dire : tiens, voici la Grande Ourse !. Par ailleurs, je crois que ma connaissance des noms d'étoiles laisse à désirer. »

Nommer, ne pas nommer ? Ce soir, tu ne savais pas quel Regard adopter. D'un côté, tu espérais secrètement que le Messager te montrerait quelques noms d'étoiles. Mais dans le même temps, tu te rappelais que la raison initiale de ta venue au sommet de Poudlard était toute autre, et tu ne souhaitais alors pas nommer les étoiles mais les observer avec la simplicité de l'Enfant. Que choisir ? Quel bout du fleuve ? Embouchure (estuaire ou delta ?) ou source ? La question était assurément insoluble pour ton Coeur indécis ; tu décidas d'attendre sa réponse — celle du Messager.

« Certaines personnes n'aiment pas le nom qu'on leur a attribué ; et s'il se produisait la même chose chez les Étoiles ? »

Certains t'auraient en cette nuit fraîche sévèrement reproché ton anthropomorphisme décomplexé ; tu t'en moquais. Tu laissais place à ta Parole, en liaison directe avec ta tête. Fait rare. La Liberté était accordée aux pensées ; pour combien de Temps ? Jusqu'à l'aube, probablement. La Nuit nous transcende.

« Je ne leur résiste, plus ; tu as du le remarquer. Et heureusement ! »

Il était déjà bien assez éprouvant de lutter contre soi-même, pourquoi tenter de le faire avec des entités qui ne t'avaient rien demandé ? Cela serait sans aucun doute le combat de trop. Il était révolu, ce temps où tu considérait les Astres de Nuit avec une certaine méfiance — voire avec défiance — sans aucune raison, juste par sensation. Les sensation changent ; les a priori avec eux.

Le monde s'abreuve de moi ? ; *Le monde s'abreuve de moi.* ; *Le monde s'abreuve de moi !*. La phrase était retournée dans tous les sens au creux de ton Cœur. Il y avait toujours eu cette petite voix — celle que tu n'écoutais jamais — qui te répétait à peu près la même chose. Mais jamais une autre personne ne t'avais mise face à la Réalité. Et ce n'était même pas fait avec méchanceté ; c'était juste une réponse à une question. C'était comme recevoir un coup de poing amical. Plonger dans un Styx vivante. Voir la Lumière dans le Noir. C'était à la fois splendide et terrible. Peut-être qu'une partie de ta Façade avait achevé de s'effriter ; maintenant, elle s'effondrait inexorablement.

« Je... J'vais essayer d'y réfléchir. Et d'agir. »

Les paroles sont belles ; les Actes sont la finalité.

Résurgence

{ Ὀδυσσεύς }
Ce moment était parmi les rares vécus dont le courant était impalpable sans que cela ne l’inquiète aucunement, réaction étonnante. La perte de repères agissant comme une mise en apesanteur était cette fois dénuée du côté trébuchant ou déboussolant plongeant dans l’angoisse. L’ancre arrachée au port d’attache, cette navigation dénuée d’astrolabe qui aurait dû le mettre sur ses gardes et à fleur de peau était inexplicablement acceptée. Serait-ce cela, se laisser porter l’espace de quelques douces vaguelettes sans braver la tempête ? Guidé à contre-sens, le jeune Anastase se sentait pourtant couler vers une direction qui paraissait si naturelle. *Ce n’est pas grave* n’était pas le genre de pensées tranquilles habitant son esprit, mais elle avait trouvé son chemin pour lui expliquer ou plutôt lui imposer l’évidence du phénomène de contradiction dont il se sentait envahi. Sur ce faîte, devant cette enfant ; l’adolescent n’avait subitement plus besoin de batailler. Sans les débattements silencieux d’un coup tout paraît plus calme ; voilà pourquoi il n’entend plus les gorges charriantes qui coutumièrement le hantent. Savourant ce silence de luttes, son ouïe demeure alerte pour capter les mouvements de sa voix. Oh, ce qu’il la comprenait. Anonymes, oui, comme… comme ces traits qui se sont gravés en lui sans qu’il n’ait toujours eu le courage de les éclairer. Ce n’était pas grave, *encore*, de ne savoir les nommer toutes.

« Nous ne les connaissons sans doute pas. À l’image de ces personnes magnétiques que nous observons en croyant retrouver une identité avec nous, dont le portrait nous dévore à force de contemplation muette ; jusqu’à ce qu’arrive ou non le jour de les approcher pour essayer de les connaître. Je peux apprendre des listes de noms, eux seuls ne me les feront pas rencontrer. »

D’aucuns décrieraient ce regard obstiné prenant tellement de temps à se dévoiler ; mais il ne faut point sous-estimer la force à récolter pour dépasser la dissimulation et l’attente. Et si les Étoiles ne voulaient pas être hélées par le nom appris ? Si elles avaient un nom véritable, elles en détenaient le secret du fond de leur douce lumière, à moins d’en interpréter les murmures à la source…

« Nombre de noms nous sont attribués. Sûrement autant que de personnes que nous croisons et qui nous définissent d’un Œil extérieur. Notre prénom véritable, celui de l’Œil intérieur, n’est connu que de nous seul. En voudrais-je à qui m’appellerait à sa guise ? C’est la personne qui trouverait mon nom d’un regard qui me sidérerait. »

Ce dernier terme prenait dans ce contexte d’autant plus d’intérêt si l’étymologie stellaire était intégrée à l’interprétation : ce serait comme un coup des Étoiles. Cette remarque lui avait rappelé son Opa, qu’il n’appelait pas par son prénom, bien qu’il en eût bien un. Le jeune homme ne s’était jamais demandé si c’était parce qu’il ne l’apprécierait point car ils n’en avaient simplement pas l’utilité entre eux. De ce fait, si ce n’était nécessaire pour s’entourer ; pas la peine de s’en encombrer.

{ μορμύρος ἀοιδοῦ : Hjúki est un prénom-Conte soit une couverture ou une facilité d’écriture pour sa narration, d’où une correspondance fragmentaire ; son prénom véritable lui appartient }


Un humble sourire se nourrit de l’écho de la fin de la résistance en laquelle il s’était aussi récemment identifié ; mais plus flagrant encore fut son regard noyé non pas en un souvenir mais plutôt en cette sensation qu’était celle du non-trouble. Ataraxie, dirent les Grecs ; il n’avait absolument pas de quoi juger s’il avait atteint l’état d’esprit concordant avec la pensée de ces Anciens, il constatait seulement que l’eau qui le bordait actuellement était claire. Contrairement aux épisodes de la mémoire, les ressentis n’ont point de début ou de fin aussi bien définis ; et s’y plonger implique un indéfinissable égarement en une sorte de boucle se réitérant selon le même balancier que les vagues rencontrant successivement le rivage. Un défilé sans nostalgie toutefois car le retour au présent ne l’en privera pas, d’où une réintégration qui ne tarda point, à l’inverse des moments où il s’absentait en des émotions perdues, cette sensation était neuve. Revenant à l’enfant, il acquiesça.

« Je t’en prie, et je ne doute pas que tu aies déjà commencé. »

Converser avec le Monde représentait indubitablement un début.

{ Ὀδυσσεύς }
*Le monde s'abreuve de moi*. Il est des pensées qui s'accrochent comme des sparadraps ; celle-ci en faisait partie, tenace et dérangeante. Les réflexions dérangeantes, tu préférais les voir s'échouer loin de tes pensées ; cela t'éviter de lutter et de perdre de l'énergie inutilement. Il ne restait plus que la voie de l'acceptation. Dire « Soit, j'ai échoué. Mais je vais prendre mon destin à deux mains et partager ma lumière aux autres ». Il faudrait relire se constat, encore et encore, afin de l'admettre véritablement. Un long chemin. La route n'attend pas. Cela commençait là, dès cet instant.

Tes mains agrippèrent les pans de ta robe noire de sorcière pour couvrir plus efficacement ton ventre et ta poitrine ; le pull que tu portais en dessous ne suffisait plus. Toute idée de Façade avait disparu ; il n'était plus question de Surface mais de Profondeur *et c'est ça, ce qui m'intéresse le plus*. Ah, par Nyx, la Nuit nous transformait. La Nuit nous faisait réfléchir. La Nuit nous faisait Grandir. *La Nuit est comme Bristyle* : cette pensée était sortie toute seule, sans prévenir. Elle faisait, elle aussi, partie des réflexions dérangeantes.

Ne pas connaître la chose que l'on contemple ; chose fascinante et piquant au vif notre curiosité. La tienne avait été percée à l'aiguille ; ton Regard fit un énième aller-retour entre la Toile et le Messager, comme pour Les admirer au travers d'un prisme nouveau. Chaque réflexion déposée dans la Nuit devait avoir quelque action sur ta pupille ; et ton Regard changeait. Il y avait une forme de Magie dans cet acte. Alors tu bénis intérieurement cet Interlocuteur ô combien intéressant d'avoir maintes et maintes fois fait évoluer ta vision des Choses et des Étoiles. Il est des Êtres qui semblent tombés du Ciel.

« Chacune aurait donc son caractère, sa manière d'être, sa lumière propre... Cela me donne presque les larmes aux yeux, tellement cela est beau. Je suis émerveillée face à la quantité de choses que j'aurai encore à découvrir à chaque fois que je reviendrai les contempler, que ce soit ici ou ailleurs. »

Quoi de plus beau que l'attendrissement de l'Humain face à l'immensité de la Nuit ? Quoi de plus beau que le murmure béat de l'Enfant ivre de vie, ivre de lumière, ivre d’Étoiles ? Quoi de plus beau qu'un échange sous les draps luminescents du Jour endormi ? Car oui, il est encore des jeunes enfants qui pensent sous la Noire lanterne. Joie ! Quand les temps sont troublés, rien n'est plus bénéfique qu'une prise de recul, qu'un Envol loin de l'Horreur, avant de repenser aux traces qu'elle a pu laisser.

« Ce que tu dis me fait réfléchir ; à dire vrai je n'ai jamais réfléchi à mon prénom intérieur. Comment puis-je le trouver ? Comment dois-je mener ces recherches en mon for intérieur ? Ou peut-être que je ne devrais rien faire, attendre que l'évidence ne vienne à moi. »

Quelle découverte sensationnelle ! Un prénom intérieur, tu n'y avais jamais songé. Tu avais hâte d'en savoir plus, de mieux pouvoir cerner ce qu'entendait le Messager en employant cette expression pour le moins fascinante. Tu n'avais que treize ans, certaines notions n'étaient pour toi que de vastes nuages épais comme la croûte terrestre ; tu n'en demeurais pas moins désireuse de découvrir de nouvelles choses, d'élargir tes horizons. On eût même pu dire que la connaissance, dans une certaine mesure t'obsédait.

Mais ce soir tu te faisait le serment de ne pas laisser la connaissance seule diriger tes agissement. Tu avais un cœur ; il ne fallait plus que la Raison, à chaque prise de décision, n'emporte la balance avec facilité. Une discussion entre Sensation et Esprit devait avoir lieu ; trop souvent ce débat, cet échange avait été délaissé au profit du second, qui en devenait pédant.

*J'ai... J'ai commencé ?* Le fracas, puis l'harmonie. Ainsi, c'était bien ce chemin, face à toi, qu'il fallait emprunter — ou plutôt continuer à emprunter —, celui de l'équilibre. Ce qui était somme toute assez logique. In medio stat virtus, dit le proverbe ; Mêdèn agan renchérit le fronton de Delphes. La Joie remplissait ton cœur ; un nouveau sourire contamina ton visage ; tes yeux redevenaient ceux d'une enfant un peu perdue, voire égarée, sur le chemin de la Vie. Et il semblait qu'une pancarte — plus qu'une pancarte, un Messager — t'indiquait la direction à suivre.

Ton premier pas sur ce somptueux sentier se leva ; tu répondis à ce garçon-homme (tu ne savais pas réellement où placer le curseur) :

« Si c'est le cas, alors je tâcherai d'achever la chose, vous pouvez en être sûre. »

Une promesse, dans les tréfonds de la Nuit.

Résurgence

{ Ὀδυσσεύς }
D’infimes gestes suffisent à renforcer une présence, ces derniers s’avéraient fort nécessaires à Hjúki dont l’esprit oubliait aisément la dimension tangible et matérielle de cet Orbe. Un mouvement, le bruissement du tissu et ; ah, oui, derrière les respirations se tient l’être que ses paupières papillonnantes découpent. L’être ou plutôt visuellement la Silhouette que le sombre daigne à peine déclarer en un contraste trop ténu. Il avait besoin de s’en rappeler, pour atterrir et renouer contact avec… quoi ? Ce n’était plus vraiment une arène de pierres enrobant un sol trop lisse au sable fin, ce plateau s’éloignait de ses lignes brutes pour devenir l’un de ces chemins caillouteux où la sensation varie à chaque pas par l’évolution du relief. Chaque mot, avancé, incarnait sa propre forme de roche palpable au fil du gravissement. C’était important de se connecter à nouveau à cet aspect de son toucher pour manipuler de ses doigts la réalité, en caresser les aspérités pour la lire. Keine Ahnung de quand les fibres de la corde s’effriteront pour retourner à la dérive, il profitait de ce filin tant qu’il lui était raccordé. *Combien de tours de la Roue avant de reconnaître ou présenter un visage identique et quelle est son amplitude ?* Bizarre, elle se sent Ixion, et pourtant ; ces roulis glissants détiennent une saveur presque marine… ou Vitruve ? rouler serait un inclination naturelle.

Derrière le déplacement, cette insaisissable fumée s’échappe ; ne reste que son Regard pour la capter. Hochant la tête, son innocente confidence n’intrigue pas, non ; elle captive. Quand était-ce, la dernière fois qu’il s’était empli jusqu’aux larmes ? Cette impression est intacte lorsqu’elle est rappelée, mais sa plus récente occurrence s’est comme évaporée. Voilà trop longtemps qu’il s’occulte, qu’il ne songe pas à s’offrir des sessions apaisantes, devant des articles dont il a conscience du pouvoir suscitant. Tout ce qu’il a enterré au fond de sa malle, dont il observe l’ombre le narguer au cours de ses nuits sans sommeil ; ses bras trop couards pour lever le loquet et libérer la source de son éveil. À ne point lutter contre son rancissement, ces bouffées électrisantes qu’il recevait alors si simplement se sont raréfiées au point de faire surface, agglomérées en une triste épave engourdie par la vase. Serait-il devenu l’une de ces carcasses que l’on traîne au fond de l’océan et qui voilent l’eau d’une secousse ? Purée, ça lui manque. Qu’en toute simplicité, une joie émerveillée lui remonte le long de la colonne et de son tronc, pour l’éclairer d’une poussière diamantaire. Qu’est-ce qui le bloque, qu’attend-il ? La main sur le cœur… *Accordons-nous… a-corps-dons-nous la naïve douceur d’antan*


« C’est émerveillant… »

Prononcé comme un susurre inaudible à soi-même, pas seulement une confirmation, aussi le constat non loin du regret de l’émerveillement de cette enfant quand il perçoit ce qui aurait dû l’exciter de façon atténuée, comme à travers le verre ou la matière. Comme si une partie de son propre être enfermée derrière le cristal lui refusait les Échos, les siens. Ce grain qui en un juste terreau devient une plante magistrale s’est fait brider par une serre dont il n’a point entravé l’érection. Un sourire en coin chargé de nostalgie flotta quelques secondes sur ses lèvres en entendant sa résolution avant de s’estomper *je l’espère…en suis sûre*. Penchant la tête dans l’illusion d’en obtenir un nouvel angle, il cherche une issue à son énigme – problème, les langues se côtoient sans se poser autant de questions que l’adolescent. Il songe à cet étrange conseil d’Apollon, γνῶθι σεαυτόν : qui y parvenait ou comprenait seulement l’injonction ? Tourner ! Faut-il laisser la Roue œuvrer ? Pour se voir entier, tourner autour de soi-même, ‘cum’. Se percevoir à la fois comme première, deuxième et troisième personne ; rien de cela ne suffit à s’appréhender.

« Pourquoi le quêter ? Je ne crois pas que nous nous découvrions en cherchant explicitement notre identité. J’avais lu un héros ayant besoin de son nom… il s’était dépouillé de tous ses artifices, de ses armes, de ses boucliers pour ainsi se comprendre en se voyant réagir au Monde, juste son Noyau. Sa méthode n’importe que peu, mais il le nécessitait : l’urgence le tenait, il s’est trouvé. Nous renfermons bien des vérités, aussi vivantes que nous ; autant générales que finement taillées. »

Caressant lentement ses contours du bout des doigts, il tenta de discerner un chemin d’évidence un peu plus loin, mais finit par relâcher ses pupilles.

« L’urgence. Peut-être que je me laisse envahir d’un trop fugace état d’esprit, mais c’est ce que je ressens là. Dans l’urgence s’effrite la surface parasite pour se dévoiler. Comme j’ai déjà cru le sentir en des œuvres, des interprétations de l’urgence… »

Parfois elle poussait des artistes à se montrer sous un jour plus cru, plus pur ; du moins en avait-il l’impression. Au pire, il manquait de jugement et c’était n’importe quoi ; ainsi guidait-il vers l’impossible Recherche.

{ Ὀδυσσεύς }
Le Silence s'installa après les deux mots flottants prononcés par le Messager. A de si douces paroles succède toujours l'apaisement. Tu inspiras profondément, si profondément que tu te demandas si tu n'avais pas laissé la Nuit entière pénétrer au creux de tes narines. Il est de jolies métaphores dans le calme de la Nuit. Après quelques respirations intenses qui laissaient s'échapper de petits nuages enneigés du bout de tes lèvres, tu pris le temps — encore, l'Enfant ne se lasse pas — de faire un tour sur toi même, comme la lueur d'un phare interrogeant les profondeurs du Voile Nocturne ; et si c'était l'inverse ? N'était-ce pas le Jour qui voilait la Nuit de sa Lumière ? Qui faisait de l'Humain un Monstre ? La Nuit, il dort ; ou il rêve. Les Vérités et les Mots ne sont pas intangibles ; à bort de ta galéace, tu tentais d'explorer pour faire bouger ces deux notions. Ta vision s'en retrouvait changée.

« La Nuit est généreuse. A nous couper du sommeil pour l'éternité. »

Le sommeil avait disparu aussi vite dans ton esprit que le mot laos dans ces années de massacres humains qu'on nomme siècles. Sans carnage ici ; il s'était amorti face à la puissance du Soir. On eût cru que, conscient de l'importance de l'Instant, il avait accepté de se dissiper. Et, au fond, de tels moments ne te permettraient-ils pas de dormir avec plus d'aisance. Lorsque les Lumières — et non pas les lueurs, car « une lueur peut être perfidie. Vous croyez qu'elle éclaire, non, elle incendie » 1 — vous éclairent Cœur et Esprit, il est fort possible que vos Nuits soient un long fleuve tranquille. Le sommeil étant loin de ton cerveau, tes capacités de réflexions n'étaient ni affectées par la longue journée qui venait de passer, ni par le Soir qui était monté depuis un certain temps désormais.

Quêter. La quête. C'était peut-être là qu'étaient nés les ténias qui rongeaient aujourd'hui ton Âme. Poursuivre quelque chose, toujours, tout le temps, coûte que coûte, comme si le Bonheur était au sommet d'une colline. Tu courais chaque jour après un idéal, voire plusieurs ; peut-être était-ce là une cause de tes ennuis. Tu avais toujours dédaigné les autres au profit de cette quête. Quête sombre, quête mortelle. Poursuivez le Bonheur en méprisant les Nobles ; il ne restera de vous qu'une tête sur un billot.

Ce Messager était aussi Conteur. Quelques mots déposés ici et là, et l'image prenait vie. Oh, tu n'oublierait pas cette histoire de sitôt ! Ni cette conversation d'ailleurs. Quelle longue aventure t'attendait... Pour te dépouiller de ces artifices, ces boucliers, ces armes, il faudrait une fois encore beaucoup de temps. Tout cela était à réaliser à l'intérieur. Laisser libre cours à tes pensées. T'ouvrir au Monde, définitivement et sans ressentir une chape de plomb sur tes épaules lorsque tu le ferais. Offrir de la Lumière ; pas des lueurs. Commettre des erreurs, les accepter. Grandir.

« L'urgence peut faire de belles choses. Elle fait peur, mais crée un mouvement. Le Mouvement, nous y revenons toujours. »

L'importance de celui-ci devenait indéniable ; voilà deux fois en une poignée de minutes qu'il venait toquer à la porte de ta conscience ; tu l'avais laissé couler le long de ta langue et résonner comme un refrain, une rengaine rassurante. Car le Mouvement rassure. Ne sommes-nous pas nos Mouvements ? La question méritait d'être posée. Tu la gardais dans un coin de ton crâne.

« L'urgence est partout, de nos jours... »

Tu t'avanças vers un créneau, ton bras se perdit vers l'infini — ciel et terre.

« Nos semblables ont ravagé les terres, les mers, et même le ciel... Suivant notre famille, on est en bas ou en haut de l'échelle sociale sorcière... L'urgence devrait nous pousser à la révolte, au mouvement. Que se passe-t-il ? Rien. Et moi, que puis-je faire ? Ma voix n'importe pas ; je suis en bas de l'échelle. »

Le cri de Gwynplaine face à la Mer.

« Je fis une tempête au fond de l’encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l’essaim blanc des idées
»...

Résurgence

{ Ὀδυσσεύς }
Une phrase se cognait contre les parois de son esprit, des rebondissements qu’il contemplait en spectateur curieux de redécouvrir une présence familière. Sous les notes de Tchaïkovsky, quitter la torpeur d’un sommeil éternel paraît si simple, mais surtout fulgurant. Une coupure, et les paupières se closent ; un geste, et elles resaluent aussitôt les rayons. L’intervalle de premier au dernier instant est dénué d’importance. Nyx détient-elle le pouvoir énoncé, quand Hypnos en est le fils et l’hôte ? Le sommeil est cette transe en laquelle il s’était reconnu en observant ces héroïnes au rouet sombrer. Cette navigation en sous-marin, seulement à moitié dans la même dimension mais toute une fraction de son être flottant quelque part au loin, ignorant où exactement. L’adolescent fonctionne au ralenti, glacé et conservé dans un sommeil pour ouvrir les yeux en étant pas trop amoché quand viendra l’heure du réveil et de l’épiphanie de ce que serait sa présence si elle n’était pas partielle. Poudlard l’a anesthésié et plongé dans une hibernation ; sûrement qu’il dort toujours, ce qui expliquerait bien mieux ses sensations toutes calfeutrées et l’amoindrissement de sa capacité à l’émerveillement. Hjúki voit son cercueil ornementé, celui qui scelle ou protège son âme qui sans cette garde se serait à de trop nombreuses reprises effondrée. C’est pour cela qu’il, elle est extérieur à soi. Elle ne doute point de la puissance de Nuit, mais elle ne fera pas sauter les verrous de son sarcophage d’ensommeillement de sitôt ; il faudra plus d’un geste.

Oh, il aurait aimé pouvoir prétendre se réveiller mais de ses tréfonds son cœur de cristal n’a toujours pas remué. Le majestueux final des contes n’était pas pour tout de suite. L’enfant s’était-il déjà endormi lorsqu’il avait envié cet éveil dansé sur une scène d’opéra ? La découverte de Tchaïkovsky datait de ses jeunes années, il était parvenu à être fasciné et transporté par l’Éveil à l’époque, tout en l’ayant précocement souhaité. Les années coulent avec une effarante vélocité, mais il n’a pas encore atteint la fin de son propre deuxième acte. Il entend – ou se l’imagine – le chant de sa Sève par-delà les rives, son processus de pousse appelle le soutien d’un nectar vers lequel il a inconsciemment commencé à préparer son voyage. Certaines fleurs n’ont pas intérêt à s’éveiller en une terre hostile où le dépérissement les attend, à leur image la Pousse temporise l’installation de ses racines sans pour autant cesser de percevoir au travers de la cloche translucide. Nyx fournissait indubitablement une douceur de rythme, la caresse d’un Largho ; tout en accueillant et réunissant les esprits de son royaume de l’Entre. Homère veillait non loin de ces enfants, songeait le jeune Anastase en reconnaissant l’anneau de ses chants se compléter par le Mouvement.

L’urgence… regardant ses mains, l’adolescent pense qu’il les verrait bien sur un clavicorde, pour s’impliquer – qu’importe comment – un peu en des vibrations ; elles ne l’accompagnent pas assez. Il ne la redoute pas, mais son corps n’est pas réchauffé et elle n’atteint pas encore sa froidure. Celle du partout n’a pas la même saveur que celle chargeant les intenses chemins éperdus ; il était juste que beaucoup en accueillaient la forme en dessinant des valses trop floues de mouvements seulement esquissés, dont le tracé mourrait parfois avant d’avoir refermé et interprété pleinement chaque geste. L’intrigante danse en laquelle la plus jeune châtelaine s’était engagée captiva Hjúki qui plissa à peine le front en recueillant ses réflexions.


« La mécanique qui nous torpille est si étrange qu’il m’arrive de me demander si tout cela est bien réel… contrairement à ce qu’Alice voudrait nous faire croire, le détournement des sens et les illusions ne sont pas des apparitions absurdes, bien au contraire. Les mirages sont frappants de réalismes, ils sont montés pour duper avec art. Et si ce n’était qu’un jeu ? Combien croiraient à des inepties vomies au nom de la remise en ordre ? »

Le jeune Anastase ne savait pas grand-chose de la famille de son interlocutrice, mais en même temps ne connaissait pas tellement mieux la sienne. Ses origines irlandaises auraient pu être une fierté pour l’indépendance dont son île bénéficiait, mais elle s’était déclarée alliée sans trop rechigner ; à Poudlard il n’avait d’autre choix que de subir la politique locale, ne s’appliquerait-elle pas dans son propre pays.

« La roue du temps ne cesse de bousculer la hiérarchie des voix, je m’étonne également de cette léthargie. Je crains fort qu’en cette ère où le contraste n’a plus sa place, la famille ne suffise pas. Ma trop grande estime pour les arts moldus et mon mépris pour les mésusages omniprésents de la magie effaceraient sans peine mon ascendance de l’équation. »

Un ‘sorcier’ évaluant entre autres la possibilité sérieuse de vivre sans magie au terme de sa scolarité, voilà pourquoi jamais ce nom n’était employé pour se qualifier ; il n’était pas sûr que Hjúki compte parmi les sorciers.