La Capitale des Illusions
Est-ce la pluie qui m'emporte ou les souvenirs ? Je me sens couler hors de mon corps, lui qui m'apparaît pourtant si vivant, qui pulse et qui murmure, envahit de sensations. À moins que je ne sois déjà loin de cette enveloppe ? Merlin, comme j'aime cet abandon qui m'inonde la peau ! J'en ai besoin comme de l'eau sur mes racines, c'est lui qui me redonne vie, lui qui libère ma trachée, lui qui m'ouvre les ailes. Quand les nuages deviennent gris, mon barrage se déchire aussi facilement qu'un parchemin. Je me fonds et me dilue dans l'air. Légère, je pourrai m'envoler. Pourtant les gouttes de pluie s'entassent dans ma cape, gorgent ma robe et tirent mes cheveux vers le sol. Tout se tend et s'alourdit ; ce sont les souvenirs qui y mettent du leur et me leurre, et nous leurre, avec leurs reflets de diamants. Le ciel me gratte, et cependant je conserve mon sourire et ma joie ; je me sens légère, loin de mon corps et du sol ; je suis ce rayon de lumière qui traverse les gouttes de pluie.
Erza, ne voudrais-tu pas remonter avec moi sur les nuages, en se servant de l'averse et de ses pleurs comme d'une échelle ? Chaque perle est un barreau. Il nous suffirait de quelques minutes pour atteindre le ciel. Ou moins, encore ! Nous pouvons être rapides. Et de là-haut, quand nous serons installées, nous aurons la possibilité de voyager jusqu'à Édimbourg et l'île de Skye. Je n'y suis allée qu'une fois, je crois, et c'était il y a longtemps. Cela me plairait que tu me montres ses coins et sa nature, que tu m'en parles. En échange, je t'emmènerai dans la capitale écossaise, je te raconterai des histoires sur ses rues, je te murmurerai ce que j'y ai vécu. Nous laisserons nos mères et leurs projets ici, puisque c'est là qu'elles souhaitent être. Nous sommes grandes, nous pouvons bien prendre soin de nous seules, sans avoir à les suivre. Qu'en dis-tu ? Ce serait bien, non ?
L'eau roule sur ma joue, salée. Le souvenir de la ville où j'ai grandi me secoue et me gêne plus que l'humidité installée dans mes vêtements. Lui, de toute manière, je ne peux pas le chasser. Et, Merlin ! je ne sais pas si je me ferai un jour à Godric's Hollow. Je ne compte pas y passer de longues journées. Je rentre déjà peu durant les vacances, cette fois je crois que j'aurai plus facilement encore tendance à visiter mes grands-mères. Je me sens mal dans cette ville où l'ambition de ma mère dégouline d'entre ses crocs. Seuls le vent et l'averse, finalement, me délivrent de cette grisaille qui ombre mes pensées.
« Cela devait être beau chez toi, murmuré-je. Cela doit encore l'être. »
Le vert, le bleu, le vent, la brume, les falaises. Le vert. Mes yeux se ferment. À l'horizon, des arbres, des plaines et des végétaux se dessinent, germant dans mes pensées. Merlin ! J'ai toujours adoré le vert, aucune couleur ne m'apaise plus que celle-là. Pourquoi y en a-t-il si peu, ici ? Je peux en cueillir dans les yeux d'Erza, mais est-ce permis, est-ce poli ? J'aime aussi l'imaginer pour en absorber toutes les nuances.
« Peut-être que tu pourras retourner t'y installer plus tard. »
Cela l'intéresse-t-il seulement ? Ou est-ce à moi que je parle, pour moi que je confie ces paroles que j'espère rassurantes ?
Le ciel de mon regard finit par retomber dans la forêt de celui d'Erza. Ce sont ses paroles qui m'y ramènent. Je perds de la hauteur jusqu'à chuter dans des cimes vertes bruyantes. Et terriblement humides.
Elle s'en va. Pourquoi l'eau qui transpire sur ma peau me paraît si froide, tout à coup ? Un repas de famille, quoi de plus commun, quoi de plus normal ? Un frisson me jette hors de ma pensine ; mes cheveux sont trempés. Mes parents m'attendent sûrement, eux aussi. Par Merlin, je suis mouillée jusque dans mes bottines ! Arriverai-je à lancer un sort pour ne pas trahir mon état à ma famille ? Il faudrait que je mette la main sur ma baguette, en espérant que son bois n'ait pas été trop touché par ce déluge.
J'ai l'impression de me réveiller d'un long rêve, et pourtant quelque chose de moi flotte et scintille encore dans le monde des songes. Mon sourire n'a pas quitté mes lèvres.
« Oui... Moi aussi je crois qu'on m'attend. »
Mon regard coule dans la direction de ma nouvelle demeure avant de revenir glisser dans les yeux verts d'Erza.
« Mais oui, on se reverra, c'est sûr », conclus-je avec certitude.
J'observe la jeune sorcière partir puis je lance mes iris vers le ciel. Les gros nuages gris semblent partir, eux aussi. C'est décidément la fin de cette échappée. J'attends encore quelques minutes, goûtant la pluie sur ma langue, et cours en direction de chez-moi, écrasant les flaques avec des éclats de joie.
Erza, ne voudrais-tu pas remonter avec moi sur les nuages, en se servant de l'averse et de ses pleurs comme d'une échelle ? Chaque perle est un barreau. Il nous suffirait de quelques minutes pour atteindre le ciel. Ou moins, encore ! Nous pouvons être rapides. Et de là-haut, quand nous serons installées, nous aurons la possibilité de voyager jusqu'à Édimbourg et l'île de Skye. Je n'y suis allée qu'une fois, je crois, et c'était il y a longtemps. Cela me plairait que tu me montres ses coins et sa nature, que tu m'en parles. En échange, je t'emmènerai dans la capitale écossaise, je te raconterai des histoires sur ses rues, je te murmurerai ce que j'y ai vécu. Nous laisserons nos mères et leurs projets ici, puisque c'est là qu'elles souhaitent être. Nous sommes grandes, nous pouvons bien prendre soin de nous seules, sans avoir à les suivre. Qu'en dis-tu ? Ce serait bien, non ?
L'eau roule sur ma joue, salée. Le souvenir de la ville où j'ai grandi me secoue et me gêne plus que l'humidité installée dans mes vêtements. Lui, de toute manière, je ne peux pas le chasser. Et, Merlin ! je ne sais pas si je me ferai un jour à Godric's Hollow. Je ne compte pas y passer de longues journées. Je rentre déjà peu durant les vacances, cette fois je crois que j'aurai plus facilement encore tendance à visiter mes grands-mères. Je me sens mal dans cette ville où l'ambition de ma mère dégouline d'entre ses crocs. Seuls le vent et l'averse, finalement, me délivrent de cette grisaille qui ombre mes pensées.
« Cela devait être beau chez toi, murmuré-je. Cela doit encore l'être. »
Le vert, le bleu, le vent, la brume, les falaises. Le vert. Mes yeux se ferment. À l'horizon, des arbres, des plaines et des végétaux se dessinent, germant dans mes pensées. Merlin ! J'ai toujours adoré le vert, aucune couleur ne m'apaise plus que celle-là. Pourquoi y en a-t-il si peu, ici ? Je peux en cueillir dans les yeux d'Erza, mais est-ce permis, est-ce poli ? J'aime aussi l'imaginer pour en absorber toutes les nuances.
« Peut-être que tu pourras retourner t'y installer plus tard. »
Cela l'intéresse-t-il seulement ? Ou est-ce à moi que je parle, pour moi que je confie ces paroles que j'espère rassurantes ?
Le ciel de mon regard finit par retomber dans la forêt de celui d'Erza. Ce sont ses paroles qui m'y ramènent. Je perds de la hauteur jusqu'à chuter dans des cimes vertes bruyantes. Et terriblement humides.
Elle s'en va. Pourquoi l'eau qui transpire sur ma peau me paraît si froide, tout à coup ? Un repas de famille, quoi de plus commun, quoi de plus normal ? Un frisson me jette hors de ma pensine ; mes cheveux sont trempés. Mes parents m'attendent sûrement, eux aussi. Par Merlin, je suis mouillée jusque dans mes bottines ! Arriverai-je à lancer un sort pour ne pas trahir mon état à ma famille ? Il faudrait que je mette la main sur ma baguette, en espérant que son bois n'ait pas été trop touché par ce déluge.
J'ai l'impression de me réveiller d'un long rêve, et pourtant quelque chose de moi flotte et scintille encore dans le monde des songes. Mon sourire n'a pas quitté mes lèvres.
« Oui... Moi aussi je crois qu'on m'attend. »
Mon regard coule dans la direction de ma nouvelle demeure avant de revenir glisser dans les yeux verts d'Erza.
« Mais oui, on se reverra, c'est sûr », conclus-je avec certitude.
J'observe la jeune sorcière partir puis je lance mes iris vers le ciel. Les gros nuages gris semblent partir, eux aussi. C'est décidément la fin de cette échappée. J'attends encore quelques minutes, goûtant la pluie sur ma langue, et cours en direction de chez-moi, écrasant les flaques avec des éclats de joie.
Merci encore pour ce joli rp, c'était un plaisir.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht