Wick, Ecosse Anatomie d'une solitude Solo

La noblesse. De quoi est-il vraiment question si l’on s’y intéresse ? Dans son monde, le sang est la marque unique porteuse d’un concept que seuls les moldus connaissent. Car les sorciers, même inconsciemment, s’estiment tous, à des degrés divers, porteurs de cette affectation que l’on nomme la magie. Mais la noblesse ne se détermine pas uniquement par la pureté de son sang, idée que les sorciers ont longtemps interprétée comme la seule identité réelle de ce qu’ils sont. Le vrai sorcier l’est par son ascendance. Tel était le monde de Salazar Serpentard.
A l’époque d’Ivanovna, il semble que tout soit bouleversé mais il n’est pas sûr qu’elle adhère à la nouvelle vision officielle. De toute manière, elle s’en fiche un peu. A ses yeux, le débat n’a pas de raison d’être. Des deux côtés de sa famille, les sorciers le sont depuis plusieurs générations. Elle ne connaît pas bien Monsieur d’Arby mais alors qu’elle plane lentement sur son balai, et que son vol retour n’est qu’une promenade, elle médite à cette après-midi de salon durant laquelle il fut question de se défendre plus que de se découvrir. A ses yeux, il n’est pas de si ancienne noblesse qu’elle, il se peut même qu’il soit né moldu. Peu lui importe, c’est un grand sorcier. Mais il est manipulateur et inquisiteur sans en avoir l’air. La grandeur ne réside pas dans le fait de prétendre vouloir l’aider. Même s’il va jusqu’à proposer. Ce qu’elle voudrait, personne ne pourra le lui offrir. Car on ne remonte jamais le temps. On ne peut qu’accompagner sa fuite en avant inexorable.
Ivanovna comprend qu’il lui faut trancher dans le vif, rompre des liens qui n’existent plus que virtuellement et qu’elle est désormais la seule à maintenir. La seule à maintenir et surtout la seule pouvant les faire durer. Le sang Gunnray coule en elle, la jeune femme se doit de le perpétuer. Mais on ne trouve pas un mari digne de ce nom comme on trouverait un emploi. Elle comprend qu’il lui faut en outre un homme à la noblesse irréprochable. Mais sa vie n’est pas faite de bals quotidiens qui par leur déroulement rituel donnent à tous la possibilité de trouver son prochain. Elle doit imaginer un moyen. Il lui faudra du temps, de la patience et beaucoup de courage car l’amour est désormais un composant dont elle ne devra pas espérer disposer. Tout au plus peut-elle fantasmer qu’au fil de sa vie le père de ses enfants finisse par être aimable. Mais la priorité sera donnée à la raison. Voilà bien le sacrifice qui lui incombe. Et sa noblesse est là, non pas baisser les bras pour se rendre. Au contraire, l’idée d’avoir à offrir son ventre en réceptacle lui convient parfaitement. Elle sera le chaudron et ses enfants, car elle en aura plusieurs, y grandiront d’abord avant de prendre vie.
En une après-midi elle a appris à se comporter dans le monde. Non sur l’instant. Juste par analyse, a posteriori. Et c’est ce sang-froid là, forgé dans les zones les plus gelées de son voyage en Sibérie, qui lui permet non pas de s’incliner mais d’avancer avec toute la détermination dont une orpheline tardive a besoin. Car les enfants ont beau être grands, lorsque leur univers se dépeuple d’un coup et qu’ils se retrouvent seuls, ils doivent terminer le chemin vers la sagesse adulte sans les derniers conseils, qui sont faits de bien plus qu’une simple présence. On néglige souvent les derniers moments d’une relation. Car l’on croit à tort qu’ils ne sont pas les derniers. Se souvient-elle encore de ses ultimes jours auprès de sa sœur ? Pire encore pour sa mère, son père ? Tout effacer, non pas renier mais oublier. Car ce passé est plus que venimeux. Les moldus parleraient de cancer, sournois, incurable et particulièrement à l’encontre des femmes, porteuses des traditions depuis la nuit des temps. En atterrissant, elle a la sensation de poser le pied sur une terre nouvelle. Une terre secrète qu’elle seule comprend et chérit. Il ne l’a pas détruite. Ni même atteinte. Et si tel était son but, il a réussi car elle sort raffermie comme s’il lui avait dit : reste ce que tu es.


Modifié six fois