À la veille d’une nouvelle ère
J-16
Du bout de ses doigts, Alice tournait les pages du registre des invités. Les visages et les noms des siens se succédaient. Il lui fallait tout retenir, connaître chacun des Sangblanc sur le bout des doigts. Il lui fallait savoir qui était en grief avec qui, qui avait en horreur quoi… Alice en avait des vertiges. Une erreur, une seule, et elle serait a jamais perçue comme l’idiote de la famille.
Assise en face d’elle, tante Élise l’observait. Elle ajoutait parfois quelques commentaires d’actualité. L’ainée était une véritable mine d’information, formée par les clabauderies qu’elle avait recueillies lors des nombreuses réceptions auxquelles elle avait assistées.
« Seront-ils réellement tous présents ? » demanda Alice sans quitter les yeux de ses pages. Tante Élise se saisit de sa tasse de thé. « Personne ne souhaite manquer la Veillée de la dernière née de la branche principale. » répondit elle, avant de porter sa tasse à ses lèvres. Alice déglutit. Plus de deux cents personnes, tous Sangblanc, allait assisté à sa Veillée. Son cœur s’emballa. Aucun faux pas ne sera toléré.
Alice tourna une page, et braqua son regard dans celui d’un lointain cousin a l’air maussade. Yuri Sangblanc.
« L’Ours » commenta une voix dans son dos. Alice sursauta aussitôt, avant de se tourner vivement. Penché sur elle, Thomas lui offrit un grand sourire. « Nigaud » marmonna Alice en se replongeant dans son observation.
« Yuri est le chef de la branche secondaire russe » poursuivit-il, ses doigts agrippés au dossier du fauteuil d’Alice. « Il détient lui aussi la chevalière des héritiers Sangblanc. A force d’être plongée dans cet ouvrage, j’ose imaginer que tu sais qui possède les autres ?
— Alvaro Sangblanc, branche espagnole, le lynx. Søren Sangblanc, branche danoise, le sanglier. Katarina Sangblanc, branche finlandaise, le corbeau. Calie Sangblanc née Antoniadis, veuve de Dimitrios Sangblanc, branche grecque, le renard. Santini Sangblanc, branche italienne, la truite. »
Alice pencha sa tête en arrière pour regarder son frère. Ce dernier sourit, opinant du chef. « Bien » dit-il seulement. « Tu ne vas donc pas totalement te ridiculiser. » L’agacement figea les traits vainqueurs d’Alice. Elle se rembrunit, exposant sans détour son mécontentement.
« De mémoire, mon cher neveu, vous avez confondu Alvaro et Santini lors de votre propre Veillée. » Le frère et la sœur se tournèrent vers tante Élise. Elle s’était déjà remise à la dégustation de son thé, non sans laisser percevoir un sourire taquin. « Certes, mais j’ai époustouflé l’assemblée grâce à ma maîtrise du vol. De quoi faire oublier cette méprise.
— Un caillou noire se repère aisément au milieu d’une rivière de diamant » dit Alice, son regard cruel coulant vers son frère.
Tante Élise acquiesça en silence. Thomas roula des yeux. Ce geste seul suffit à emplir Alice d’une énergie nouvelle. Elle referma le livre.
« Je pense avoir suffisamment révisé aujourd’hui » dit-elle en se relevant. « Me permettez-vous de prendre congé ?
— Il nous reste encore un sujet épineux à aborder. Asseyez vous. »
Alice s’exécuta. Elle savait très bien de quoi il fallait parler à présent.
Tante Élise reposa sa tasse sur la petite table de bois.
« Comme vous le savez, c’est votre père qui doit vous accompagner à votre hippogriffe. Néanmoins, si il devait être… ailleurs cette précieuse soirée, nous devons choisir ensemble qui sera chargé de le remplacer. »
Le silence s’installa. Alice ne voulait pas penser au procès qui approchait à grand pas. Elle s’y refusait. Imaginer qu’on puisse à nouveau lui retirer son père était terrible. Et inenvisageable.
Alice réfléchit. Et, naturellement, elle leva la tête vers son frère. La surprise lui fit lever les sourcils pendant une fraction de seconde. Vraiment ? Pensait-il qu’Alice ne choisirait pas ? Jacob était introuvable. Si Père venait à disparaître, il ne lui resterait plus que Thomas.
« À moins que tu craignes de m’aider à totalement me ridiculiser par ta présence.
— Je crois au contraire que ma présence relèvera le niveau de ta prestation.
— De toutes manières , intervint tante Élise, je doute que nous soyons amené à vous voir marcher ensemble. Votre père travaille jour et nuit sur sa défense. »
Alice opina du chef. Père se préparait à affronter la tempête. Et il y parviendrait. Alice avait toute confiance en lui. Il était intelligent
« Puis-je à présent prendre congé ? »
Tante Élise lui permis d’un geste de la main. Souriante, Alice se releva, prête à quitter le petit salon. Le bras de Thomas tendu l’en empêcha. Il observa longuement la tenue d’Alice, passant de ses pieds bottés de cuir à son gilet de cuir.
« — Et où comptes-tu aller ainsi vêtue ?
— Alice souhaitait aller s’expérimenter au vol. Est-ce bien cela, ma nièce ?
— C’est pour ainsi dire cela. J’ai trouvé un rocher à escalader. Le grimper sans être prise de vertige, c’est là mon premier objectif.
— D’où les mitaines de cuir. Je vois. Bien. Il faut bien commencer quelque part. »
Le nez levé vers Thomas, Alice lui sourit effrontément. « Cet entraînement m’évitera de totalement me ridiculiser lors de ma Veillée. A présent, si tu permets, j’ai à faire. »
Un sourire en coin, Thomas s’écarta, et Alice pu enfin prendre un congé. Jusqu’à ce qu’elle quitte enfin le petit salon, elle sentit que regard de Thomas ne l’avait pas quitté.
•••
« Encore un p’tit effort… voilà… pose ta main plus haut… non, plus haut j’te dis ! »
Alice pesta contre Nath. Elle lui lança un regard aiguisé. A genoux sur la roche, perché au dessus d’elle, il corrigeait ses mouvements, s’assurait qu’elle pose ses doigts au millimètres près. C’était, disait t-il, super important. Alice n’avait d’autre choix que de lui obéir. Sans quoi, elle tomberait en arrière, elle le savait. Cette seule pensée tétanisa Alice qui se plaqua à la roche.
« — Je vais tomber ! glapit-elle.
— Ouais, si tu mets pas ta main où j’te dis.
— Si j’enlève ma main, je tombe !
— T’as encore les deux pieds sur le renfoncement, non ? T’vas pas tomber.
— C’est facile à dire pour toi, tu as l’habitude !
— Et comment t’crois que j’l’ai, l’habitude ? J’ai grimpé des centaines de fois pour l’avoir. »
Alice souffla longuement, son front contre la roche chaude. Il lui fallait se calmer, elle le savait. Il était hors de question que son comportement donne au Moldu l’impression qu’il lui était supérieur d’une manière ou d’une autre.
Ses doigts se décrochèrent lentement de la pierre, et se propulsèrent plus haut. « Voilà. Maintenant, tu grimpes ! » Les dents serrées, Alice s’exécuta. Elle se hissa en forçant sur ses bras endoloris. Elle grimpa à la pierre avec la pointe de ses pieds. Lorsqu’elle fut assez haut, elle lâcha une main pour agripper le rebord. Encore un petit effort… l’autre main se saisi du rebord. Puis, elle se hissa encore, ses pieds posé sur les petits renfoncements de pierre. Enfin, Alice était assez haute ! Elle pu poser ses avant bras sur la roche, aux pieds de Nath, et se hisser à l’aide de ses pieds.
Sa respiration était hachée. Elle resta un moment à genoux au sol, son cœur battant la chamade. Nath s’accroupît devant elle pour lui offrir l’un de ces grands sourires ravis. « T’as réussi. » Alice leva la tête vers lui pour lui sourire à son tour. Oui, elle avait réussi. Avec un mal extraordinaire, avec une peur lancinante, mais elle avait réussi. Sans l’aide de Nath, en revanche, cela n’aurait pas été possible. Si il n’avait pas été là pour lui dire où mettre ses pieds, où accrocher ses doigts, ou encore pour la hisser sur le premier renfoncement, jamais Alice n’aurait pu réaliser cette prouesse. Cela n’allait pas. Alice ne devait pas avoir besoin de Nath. Il fallait qu’elle parvienne à escalader cette maudite roche par ses propres moyens.
Alice revint sur ses pieds. La vue était encore plus belle qu’hier. Le lac brillait, scintillait sous la caresse du Soleil. La neige sur le haut des montagnes étaient éclatante. Sans ses lunettes de soleil, Alice était certaine que cette vue estivale lui aurait brûlé les yeux. Le Soleil brillait haut dans le ciel. Sa chaleur léchait la nuque d’Alice. Qu’importe la douleur qu’elle pourrait ressentir ce soir. Cette vision valait tous les sacrifices.
« T’vas finir par tomber amoureuse d’la vue, toi aussi » lui lança Nath, son épaule poussant doucement la sienne. « Je crains que ça ne soit déjà le cas » répondit-elle dans un sourire. Le garçon rit un peu. Il l’a comprenait, c’était évident. Lui même venait ici chaque jour pour l’observer. Alice se sentait privilégiée d’être ici. Nath avait partagé avec elle sa planque, comme il aimait appeler la Roche des Fées. Il l’avait aménagé à sa façon. Les grandes branches d’un sapin lui servait d’abri lorsque la pluie venait à tomber. Il y avait même disposé une cachette à ravitaillement dans un trou formé par la roche. Nath voulait, disait-il, se confectionner une tente ouverte pour pouvoir dormir ici. L’idée avait séduit Alice, qui s’imaginait dés lors s’allonger là, sur un matelas imaginaire, pour observer le ciel étoilé. Le chant des hiboux la bercerait. Et au petit matin, elle serait réveillée par le ciel se teintant de rose et d’orangé. Elle ferait de son petit déjeuné les baies qu’elle aurait ramassé la veille, en observant la nature se réveillée. La présence de Nath ne changerait rien à cette plénitude qu’elle imaginait ressentir le jour elle pourrait réaliser ce doux rêve.
L’ombre se déposa sur la tête et les épaules d’Alice « Tiens, t’avais oublié ton ombrelle. » dit Nath en lui tendant son accessoire déplié. Quelle délicate attention de sa part, Alice s’en trouva toute étonnée. Elle le remercia avant de s’en saisir. Tante Élise n’aurait pas à la sermonner pour ses coups de soleil.
Allongés l’un à côté de l’autre, les deux adolescents observaient les nuages voguer dans les cieux. Un grand sapin projetait sur eux toute son ombre, les préservant ainsi du Soleil. Alice se sentait bien. Alice se sentait libre. Nath provoquait en elle un sentiment de plénitude, du moins lorsqu’il ne se comportait pas comme un idiot. Il était instruit à sa façon. Ses connaissances sur la forêt et la montagne impressionnait Alice. Il était capable de reconnaître un oiseau à la forme de ses ailes. Il savait quelle empreinte dans le sol correspondait à quel animal. Et ces connaissances, Nath ne les devait pas à son école : il s’était lui même cultivé. Il aimait la Nature, il aimait chaque partie qui a composait. Jamais Alice n’aurait imaginé qu’un Moldu - pourtant réputé pour détruire tout ce qu’ils touchaient - puisse être capable d’éprouver autant d’amour pour la faune et la flore.
Alice pivota la tête vers Nath pour l’observer. Aucune expression ne trahissait ses pensées. Il était paisible. Ses cheveux blonds flottaient tranquillement au gré du vent, pareil à un champ de blé. Dans ses yeux bleus, Alice voyait les nuages s’y refléter. Deux fragments d’océan caressé par l’écume, voila quelle belle image son regard renvoyait à la sorcière.
Cette sérénité dont le moldu faisait preuve troublait Alice. Souventefois, Nath débordait d’une énergie déconcertante. Est-ce qu’aujourd’hui, il se sentait bien aux côtés d’Alice ? C’est ce qu’elle aimait a pensée, car elle aussi se sentait bien avec lui. Il était différent de tout ceux qu’Alice avait côtoyé jusqu’à présent. Il n’était ni mieux, ni pire que les autres. Seulement different.
Alice senti ses lèvres s’étirer légèrement.
Oui, elle se sentait réellement bien aux côtés de son ami.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
À la veille d’une nouvelle ère
J-10
Alice courrait à en perdre haleine. Il lui fallait parfois sauter pour éviter les dangers que la forêt avait mis sur son chemin. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Sa gorge était douloureuse, brûlée par sa respiration rapide. Il allait la rattraper. Et lorsqu’il y parviendrait, Alice ignorait avec quelle cruauté il lui ferait regretter ses actions
Elle l’entendait. Il la suivait avec la rapidité d’un loup enragé. Il connaissait la forêt mieux que personne. Il savait quand sauter, quand se baisser. Il était ici dans son élément. Il l’attraperait. Ce n’était plus qu’une question de seconde.
Sa main attrapa vivement l’épaule d’Alice pour la tirer vers lui. Dans un cri de surprise, la jeune fille tourna sur elle même et trébucha. Le choc de leurs deux corps se percutant précipita les deux adolescents sur le lit de la forêt.
Aussitôt, Alice se tourna sur le ventre pour garder contre elle le fruit de son larcin. Le moldu ne l’entendait pas de cette oreille. Il était prêt à recourir à la torture pour récupérer son bien si précieux.
De ses doigts agiles, Nat se mit à chatouiller les côtes d’Alice qui se mit à se trémousser en riant à gorge déployée.
« C’est… déloyal ! » tentait-elle d’articuler, sa voix hachée par ses rires et son souffle saccadé. « T’as volé mes oursons ! » répliqua Nat. « On touche pas à mes oursons ! »
Alice n’y tenait plus. La torture devenait trop intense. D’un geste vif, elle sorti le paquet de bonbons de sa cachette et les jeta plus loin. Nat libéra immédiatement Alice et se jeta pour récupérer des précieux oursons. Il les cacha immédiatement dans la poche de son short, son regard outré planté sur Alice. Cette dernière se redressait à genoux, encore secouée par le rythme de sa course. Néanmoins, son sourire amusé demeurait inchangé.
« T’es vive comme un r’nard » dit-il en se relevant. Il tendit une main à Alice pour la mettre debout. « T’caches bien ton jeu, sous tes manières d’vieille dame. » Alice lui sourit effrontément. Venant de Nat, c’était un beau compliment.
« La prochaine fois, peut-être réfléchiras-tu as deux fois avant de me qualifier de chochotte » rétorqua t-elle. Du bout de ses doigts, Alice s’appliquait à extraites brindilles et feuilles d’arbres de sa chevelure. Nat souffla d’un air amusé, avant de répondre.
« — Ben en même temps, t’as vu dans quel état tu te mets quand j’te pique ton ombrelle ?
— C’est une réaction parfaitement justifié : ma peau craint le Soleil.
— Ça t’empêche pas d’toujours sortir pour v’nir m’voir.
— C’est à la forêt que je rends visite, non à toi. »
Nat plaça son doigt sous son œil et la tira vers le bas, illustrant à merveille l’expression Moldue mon œil. Alice s’amusa de sa théâtralité. Nat savait très bien que la jeune fille appréciait leurs escapades. Elle pouvait s’y détendre, garder loin d’elle toutes ses responsabilités d’héritière. Avec Nat, le temps s’arrêtait. Ou plutôt, remontait-il pour la ramener à leur tendre enfance, celle la même qu’Alice n’avait fait qu’effleurer. Courir dans les bois, manger des bonbons, escalader des rochers… la sorcière n’y avait jamais eu droit. Aujourd’hui, avec Nat, Alice le pouvait, et personne n’était présent pour lui dire que ce genre d’activité ne convenait pas à une jeune fille de sa stature.
Ces escapades sylvestres avaient une autre utilité non négligeable : oublier. Oublier que dans six jours aurait lieu le procès de Père. Alice redoutait cette date. Elle avait naturellement toute confiance en son père et en sa capacité de s’en sortir face aux hyènes qui n’attendaient qu’un faux pas de sa part. Il était intelligent. Très intelligent. Mais il n’était pas le seul à l’être, et nombreux étaient ceux qui voulaient le voir retourner à Azkaban. Aurait-il seulement un seul sympathisant sur le banc des jurés ? Alice en doutait. Son père serait lâché dans une arène rempli de bêtes assoiffés de justice corrompue. Cette seule pensée fustigeait le ventre d’Alice. Ils feraient tout pour lui arracher son père, et trinqueraenit à ce drame en buvant dans leur flûte de cristal.
« Ça va ? » demanda Nat, posant une main bourrue sur l’épaule d’Alice. Son regard momentanément dans le vide, elle le releva sur son ami pour lui sourire. « Oui, je vais bien. »
Nat ne cherchait pas d’autre réponse. Néanmoins, il tendit son paquet d’oursons à Alice. « Vas y pioche, chochotte. »
•••
« Fadaises que cela » entendit Alice en pénétrant dans le petit salon. « Nos illustres cousins se moquent éperdument de voir une quelconque présence à mon bras. » Alice sourit. Un verre de whisky à la main, Thomas affrontait seul tante Élise et Grand-Père. Voilà quelques jours que chacun conseillait à Thomas de se trouver une compagnie pour la Veillée de sa jeune soeur. Tante Élise estimait qu’un homme de vingt-cinq ans sans fiancée était une erreur, ce que Thomas réfutait ardemment.
« Vous êtes un charmant garçon. En ce cas, vous n’aurez aucune difficulté à trouver une fiancée à votre goût » répondit tante Élise. « Je peux moi même vous en présenter. Avez-vous des préférences ? Plutôt blonde, brune ? Élancée, pulpeuse ? »
Alice décida de faire son entrée avant que son frère n’ouvre la bouche. « Thomas les aime peu farouches, et indignes d’être présentée à sa famille. » Elle se délecta de la surprise de Thomas, teinté d’un mépris soudain. « De mémoire, il a une préférence pour tout ce qui s’apparente de près ou de loin à cela. J’espère que cette description vous aidera, ma chère tante.
— Tu es une infâme petite vipère.
— Et toi un homme sans vertu. En voilà un joli portrait de famille. »
D’un geste de la main, tante Élise mis un terme à la chamaillerie. De toutes évidences, sa discussion avec Thomas avait eu raison de sa patience.
« Il nous reste dix jours pour trouver une jeune femme avec qui vous vous afficherez » poursuivit tante Élise, imperturbable. « Si vous ne vous décidez pas, alors je serai contrainte de vous en designer une moi même. J’ai d’ailleurs quelques idées en tête.
— Je vois bien quelles idées vous avez, et je préfère vous arrêtez de suite : je ne m’afficherai pas avec votre amie à la voix nasillarde.
— Vous serez trop occupé à parler de vous pour laisser le loisir à Constance de faire usage de sa voix. »
Thomas haussa les sourcils devant le pic que venait de lui envoyer tante Élise. Grand-père souffla du nez, un fin sourire naissant sous sa moustache blanche. Alice s’étonna de voir cette expression sur le visage de son Grand-Père. Elle finit par en sourire. Cela faisait bien longtemps qu’elle ne l’avait vu se décrisper. Son coeur se voilait de joie. Quelle belle journée.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
À la veille d’une nouvelle ère
J-9
Si il y avait bien un jour où Alice devait se montrer implacable, c’était bien celui ci.
Installés autour de la table de fer forgé, protégés du soleil matinal par la pergola fleurie, Grand-père et tante Élise consultaient leurs exemplaire du relevé de notes d’Alice, ainsi que les options qui lui seraient proposées à la rentrée. Alice y avait apposé une petite croix pour signifier lesquelles elle envisageait.
Thomas, son éternel verre de whisky pur-feu à la main, observait d’un œil distrait son propre exemplaire.
« C’est laquelle, ta directrice de maison ? demanda Thomas.
— Madame Frida del Pozo.
— Dommage.
— J’ai peur de demander mais… pourquoi dommage ?
— Parce que si tu avais eu Graziella Bertolucci comme directrice de maison, tu aurais pu lui glisser un mot à mon sujet. M’est parvenu qu’elle était absolument sublime.
— Je savais que je n’aurais pas dû demander.
— J’ai ordre de trouver une demoiselle avec qui m’afficher lors de ta Veillée. Je ne fais que répondre à mes obligations.
— Laisse mes professeurs loin de tes bras infidèles. »
Grand-père leva les yeux sur le frère et la sœur. Le silence s’imposa aussitôt.
« Alice. Tous les membres de la famille Sangblanc ayant étudiés à Beauxbâtons ont choisi pour option les Arts Aériens. Je ne connais que trop bien ton désir de te démarquer de nous autres, je le déplore suffisamment au quotidien mais il me semblait avoir été clair à ce sujet. J’ose donc imaginer qu’il s’agit d’un oubli de ta part.
— Nullement, Grand-Père. »
Grand-Père ferma les yeux un instant, lassé de s’opposer inlassablement à sa petite fille. Tante Élise prit la suite.
« Nous chevauchons les hippogriffes depuis des temps immémoriaux. Il s’agit là de notre héritage. Il est de votre devoir de le faire perdurer, Alice. À Beauxbâtons, vous représentez notre glorieuse famille. »
Alice garda le silence. Ce discours, elle le connaissait sur le bout des ongles. Aussi se permit-il à son tour de soupirer. Quoi qu’elle dise pour défendre ses choix, Alice savait qu’elle n’aurait pas le dernier mot. Grand-Père lui imposerait ses volontés. Ainsi était sa vie d’héritière.
Elle jeta un regard à Grand-Père, puis à tante Élise.
« Je ne suis pas faite pour voler » répondit-elle. « Vous le savez tous aussi bien que moi. Si vous m’obligez à suivre ces cours, je me ridiculiserai. Est-ce là l’image que vous voulez donner aux autres ? Celle d’une Sangblanc tétanisée dans les airs ?
— Dans les airs, ou à quelques centimètres du sol, ajouta Thomas.
— Bois et tais toi.
— Il n’y a pas à discuter, intervint Grand-Père. Tu suivras les cours d’Arts aériens. A toi de te démarquer autrement que par ton incapacité à lutter contre cette peur injustifiée. »
De chœur, Tante Élise et Grand-Père soulignèrent leur choix d’un trait de plume. Ce combat était perdu d’avance, Alice en avait toute conscience. Malgré cela, elle ne pu s’empêcher de ressentir une soudaine haine pour eux deux. Elle serra la mâchoire, crispa ses poings sur ses cuisses. Une démonstration de colère ne ferait qu’agacer un peu plus Grand-Père. Alors, Alice avala toute sa frustration. Elle l’enfouit au plus profond d’elle même. Comme d’habitude.
« Et donc ? » reprit Alice. « Puisque vous m’avez ajouté les Arts Aériens, sur quelle option de mon choix vais-je devoir faire une croix ?
— Les Arts Plastiques Magiques. »
La mâchoire d’Alice se décrocha. Avant qu’elle ne puisse omettre la moindre objection, Grand-Père barra l’option sur sa feuille. Avec ce simple geste, il anéanti tous les espoirs d’accomplissements artistiques de sa petite fille. Alice n’était certes pas brillante avec de l’albâtre, de l’argile ou quelconque matière à sculpter mais elle adorait cela. Elle aimait voir son imagination prendre vie après des heures d’acharnement.
Thomas fut le seul à s’inquiéter du corps soudain raide de sa jeune sœur. « Tu fais déjà du piano et du violon en autodidacte », rappela t-il. « Tu trouveras du temps libre pour apprendre d’autre chose. » Alice ne répondit pas. Elle se contenta d’opiner du chef, avant de planter son regard glacial sur son Grand-Père.« Validez-vous mes autres choix ? »
Grand-Père ajusta ses lunettes sur son nez. « Enchantements expérimentaux, Métamorphose, Histoire de la Magie et Civilisations sorcières, Duel et sortilèges, Soins aux chevaux magiques et autres créatures magiques… à cela nous ajoutons donc les Arts Aériens… Élise, qu’en-dis tu ? »
Élise garda le silence un instant, occupée à relire les choses cochées et celles barrées. « Je me demande si il ne serait pas plus judicieux de remplacer les Soins aux créatures magiques par l’apprentissage des Potions et de l’Alchimie. »
Alice répondit aussitôt, presque trop vite : « J’intègrerai la Faculté de Soins aux Créatures Magiques après l’obtention de mon Diplôme National de Magie. Retirer cette option n’est pas envisageable.
— J’en conviens, Alice. Mais la métamorphose et l’alchimie sont, de mémoire, deux matières liées l’une à l’autre.
— Je travaillerai sur mon temps libre pour rattraper un hypothétique retard. »
A ces mots, Thomas souffla du nez, avant d’avaler une gorgée de son poison ambrée. Alice ignora son frère, son regard braqué dans celui de tante Elise. Ils avaient assez mis leur nez dans ses études. Il était hors de question qu’ils le saccagent un peu plus. Par Circée, Alice allait devoir affronter les Arts Aériens pendant quatre années… Cette pensée lui fustigeaient le ventre. Ce n’était pas ainsi qu’auraient dû être les choses. Alice aimait Beauxbâtons. Elle aimait avec quelle poigne était tenue son école. Elle aimait avec quelle rigidité on forçait chaque élève à l’excellence. Beauxbâtons était l’école de ses rêves. Et voilà qu’ils lui retiraient tout son plaisir.
•••
La vue des montagnes aurait dû arracher Alice à ses tourments. Ce ne fut pas le cas. Tout se bousculait dans sa tête. Le procès de Père approchait, sa Veillée approchait et, à présent, s’ajoutait sa colère de voir sa scolarité gâchée par les volontés de Grand-Père. Peur, angoisse et colère se fracassaient à l’intérieur de la jeune fille. Le destin n’était décidément pas tendre avec Alice.
« T’sais, si t’as un truc qui va pas, t’peux m’en parler, hein. J’suis pas plus con qu’un autre. J’peux t’aider. »
Alice se tourna vers Nath. Installé à ses côtés, il la regardait avec les sourcils légèrement froncés. Etait-ce de l’inquiétude qu’elle percevait dans ses traits ? Alice n’aurait su dire : elle était concentrée sur ses propres états d’âme.
La sorcière se détourna du moldu. Elle ramena ses jambes contre elle, et posa son menton sur ses genoux. « On est pote. Si t’as b’soin de parler, j’suis là. »
Les mots de Nath parvinrent à lui à lui arracher un petit sourire.« Tu es gentil », dit-elle à voix basse. Alice ne pouvait pas lui dire tout ce qui pesait sur ses épaules. Un sorcier de basse extraction ne comprendrait pas, alors un moldu… c’était impossible.
Et pourtant, Alice avait envie de lui parler. Elle était seule avec ses problèmes, comme souvent. Alice aurait pu en parler avec Aliosus. Mais son tendre cousin n’était pas là. Il n’y avait que Nath.
Alice prit une grande inspiration. Elle délia ses jambes pour les plier sur le côté. Elle lissa son pantalon, soucieuse de le débarrasser des épines de sapins.
« Dans six jours aura lieu le procès de mon père. Si il le perd, il retournera en prison. Aujourd’hui, ma famille a choisi mes options pour la rentrée et m’ont forcée à abandonner une discipline que j’aime pour m’en imposer une que j’abhorre autant que je crains. Et dans neuf jours, ce sera mon anniversaire, durant lequel je devrai être parfaite et ne commettre aucun égard devant plus de deux cents personnes, sans quoi je jetterai l’opprobre sur ma glorieuse famille. »
Ces aveux faits, Alice soupira un grand coup. Enfin, elle pouvait mettre des mots sur ses tourments. Ce fut libérateur.
Nath, quant à lui, restait muet. Il haussa les sourcils, sa lèvre supérieure se souleva pour laisser apparaître ses dents. Ses yeux se plissèrent, il recula la tête avant de l’avancer. « Ton père c’est un taulard ? »
Alice se tourna brusquement vers lui. Ce terme lui était inconnu, mais il sonnait à ses oreilles comme un mot péjoratif. A son tour de froncer les sourcils.
A quoi c’était-elle attendu ? C’était évident que Nath ne comprendrait pas. C’était un moldu, et de basse extraction de surcroît. Alice se détourna de lui pour braquer son regard dans l’immensité des montagnes.
Nath la regardait sans faillir. Elle sentit son regard couler sur son visage, lécher sa cicatrice, puis dégringoler le long de ses membres. Il devait s’imaginer tout un tas d’histoire pour expliquer les tourments d’Alice. Ce n’était pas la première fois, et ce ne serait pas la dernière. A chaque fois que quelqu’un apprenait que son père avait fait de la prison, c’était la même chose.
« Putain, Alice… j’suis désolé. »
Cela, c’était nouveau. Alice lui accorda un regard. « Pour ton daron. Et… pour le reste, enfin j’crois. Ça a l’air d’être un bordel, ta famille. Vous avez d’ces problèmes, les riches. »
Alice regarda à nouveau l’horizon. Elle lui pardonnait sa grossièreté. Nath avait raison. Il aurait pu dire les choses autrement, en utilisant de jolis mots, mais il avait raison.
Nath poussa un long soupir bruyant. Il plaça ses mains en arrière pour étirer son dos.
« T’sais, si on met d’côté le procès de ton daron… le reste, c’est pas trop important, si ? Tu peux les envoyer ch…
— Non, je ne peux pas, coupa Alice.
— Pourquoi ? C’est ta scolarité. Ton anniversaire. T’as l’droit d’choisir.
— Justement non, je n’ai pas le droit.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est comme ça. Et ça le sera toujours. Je n’ai pas le droit de choisir mes amis. Je n’ai pas le droit de choisir l’homme que j’épouserai. Je n’ai pas le droit de me tromper, de faire des erreurs.
— Putain attends, attends ! C’est quoi c’t’histoire ? C’est quoi ta famille d’barge ? »
Nath écarquilla les yeux, comme si la vérité éclatait devant lui. « T’es dans une secte ! » Alice plissa les yeux. Que diable lui était-il passé par la tête pour en venir à une telle constatation ?
Alice observa le visage déconfit du garçon. Elle soupira un peu. Nath n’avait pas totalement tort. Du moins, Alice comprenait pourquoi il pensait que les Sangblanc était une secte.
« Tout ce que je veux, c’est oublier. Juste un peu. » La voix d’Alice était un murmure, une supplique qu’elle adressait tant aux Astres qu’à Nath. Dans neuf jours, disons dix, Alice pourrait peut-être souffler. Son père serait libre, sa Veillée serait passée. Restera sa scolarité gâchée, et sa vie de poupée docile aux mains de sa famille. Mais au moins, son fardeau s’allégerait un peu.
Nath glissa un bras autour des épaules d’Alice. Avant qu’elle ne se tétanise de stupeur, le garçon l’amena contre son épaule. Alice se figea à son contact. Elle sentait la dureté de sa clavicule contre sa pommette, mais la douceur de ses doigts contre son biceps. Alice n’amorça aucun geste pour s’éloigner de lui. Elle mis cela sur le compte de la surprise, gardant la satisfaction loin de l’équation.
« Tant qu’t’es avec moi, on parle pas des parents, d’la famille ou d’l’école, ok ? On les laisse chez nous. Qu’ils aillent s’faire foutre. »
Alice ne savait pas si elle devait acquiescer ou bien sermonner Nath pour sa verbe grossière. Alors garda t-elle le silence, ses yeux se refermant lentement. Une épaule pour n’y nicher. Voilà tout ce qu’elle avait réclamé en silence, sans même s’en rendre compte.
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À la veille d’une nouvelle ère
J-8
Alice ajusta la cravate au cou de son père. Elle s’écarta de deux pas, son poing sous son menton. Elle se saisi d’une autre cravate, celle-ci bleu roi et dorée. Elle s’avança et vint la placer à côté de la bleu aux motifs paisley qu’elle avait déjà nouée. Une moue agacée froissa son visage.
« — Une cravate ne changera pas l’issu du procès, s’amusa Père.
— Vous devez être parfait. Aucun détail ne doit être laissé au hasard.
— Ma défense ne suffira donc pas, selon toi ? »
Alice s’éloignait déjà pour récupérer d’autres cravates. « J’ai toute confiance en votre défense, Père. C’est leur mauvaise foi que je redoute. » La sorcière revint à son père, et compara d’autres couleurs, d’autres motifs. La main de Père attrapa doucement son poignet. Il lui caressa avec lenteur et douceur. Son sourire ne le quittait pas. « Alors une cravate ne changera rien à l’affaire. » De son autre main, Père débarrassa les cravates que tenaient Alice et les reposa sur le fauteuil Louis XV à côté de lui. Alice soupira, son regard glissant sur ses chaussures. Elle déglutit. Il ne restait plus que cinq jours. Cinq petits jours, avant que d’autres ne décident si elle allait devoir à nouveau vivre sans Père. Alice ne pouvait rien faire pour l’aider, et cela lui était impossible. Choisir son costume, voilà la seule chose à sa portée. Père avait raison : son allure ne changerait rien. Si ils voulaient condamner Père, la couleur de sa cravate ne les arrêteraient pas.
Père captait sans mal les tourments de sa benjamine. Du bout de ses doigts, il releva son visage. « Fais moi entendre ta dernière composition. » Un sourire naquit aux lèvres d’Alice. Voilà quelque chose qu’elle pouvait faire pour aider son père.
Ses yeux fermés, Père souriait avec douceur. Les notes qu’Alice lui jouaient au violon semblait le ravir. Ce n’était pas encore parfait - c’était d’ailleurs loin de l’être - mais la minutie avec laquelle Alice s’appliquait ravissait le chef de famille. C’était là tout ce qui faisait sa fille. Alice mettait son coeur dans chaque chose. Dorian ignorait de qui elle pouvait tenir à ce sujet. Renesmée était une travailleuse acharnée, mais cela n’avait rien à voir avec la méthode naturelle de leur fille. Lui même était plutôt comme sa femme. Alice avait donc dû développer cela seule, forgée par sa sensibilité et son amour pour les belles choses. Sa petite fille adorée avait bien grandit en son absence. Il le constatait à longueur de journée. Malgré son sourire, les yeux de Dorian s’embuaient de larmes.
Son archet dansait sur les cordes. Parfois avec trop de dureté, parfois tout son contraire. Alice gardait les yeux fermés pour se concentrer sur le son et seulement lui. Ressentir. C’était la chose la plus importante dans la musique. La technique venait par la suite, lorsque l’esprit et la musique ne faisaient plus qu’un.
Son morceau prit fin avec douceur. Lorsqu’elle rouvrit ses yeux, le sourire de Père l’accueillait. Il applaudit avec légèreté, avant de se relever de son fauteuil. Ce sourire, voilà tout ce qu’Alice voulait obtenir de son père. Son propre visage s’illumina. Elle avala la distance qui les séparait pour recevoir son baiser sur son front.
« Si tu n’étais pas destinée à devenir une grande sorcière, le monde musical t’ouvrirait ses bras. » Père déposa un nouveau baiser sur le sommet du crâne d’Alice. « Allez donc dire cela à Grand-Père et tante Elise. Ils s’évertuent à me tenir loin de l’art.
— Oui… j’ai entendu dire par Thomas que la sélection de tes options ne s’est pas déroulée comme tu l’escomptais.
— Ils m’ont forcé à choisir les Arts Aériens. Vous rendez-vous compte de l’absurdité d’une telle décision ? Elle est dénuée de tout bon sens.
— J’en suis navré, trésor.
— Je ne veux pas voler. J’en suis incapable. »
L’emploi de ce terme fit sourire Père. Il éloigna sa fille de lui pour s’abaisser à sa hauteur et plonger son regard dans le sien. L’espace d’un instant, Alice cru voir l’éclat d’une larme dans ses cils. « Tu es capable de tout, Alice. Montre leur. » La confiance que son père plaçait en elle lui réchauffait le coeur autant qu’elle lui brulait le ventre. Alice ne voulait pas décevoir. Jamais. Et certainement pas l’homme qu’elle aimait le plus au monde.
Alors, Alice sourit, et opina du chef. Ce n’était qu’un petit mensonge.
•••
Alice n’avait pas attendu Nat pour se lancer dans l’escalade de la Roche des Fées. Son esprit focalisé sur sa colère et ses angoisses, elle s’accrochait à la pierre comme une possédée. Elle se hissait, grondait à chaque effort. Elle ne se préoccupait pas du vide dans son dos, préférant maudire Grand-Père et tante Elise en songe. Ils la forçaient à se mettre en danger. Si elle venait à tomber, ce serait leur faute. Puisse-t-elle se briser un os et contempler leurs regrets. Peste soit d’eux. Ils n’éprouveraient pas le moindre regret. Grand-Père soupirerait, et demanderait aux Dieux lequel d’entre eux lui avait offert une petite fille aussi peu adroite. Tante Elise, elle, ne réagirait pas, comme d’habitude. Elle se calquerait donc sur les réactions de son père. Maudite famille. Mauvais héritage qu’il fallait à tout prix honorer.
Alice atteignit la dernière étape de son ascension. Sur la pointe des pieds, elle attrapa le rebord de la roche. « Je leur montrerai » murmura t-elle avant de se hisser. L’effort fut conséquent, atroce. Nath n’était pas là pour lui présenter assistance. Non, elle n’avait pas besoin de lui. Elle n’avait besoin de personne. Tante Élise le répétait assez : une femme ne doit compter que sur elle même. Un amant, un frère, un ami ne remplacera jamais la force innée que chaque femme possède en elle. Encore et toujours des mots pour illustrer chaque esprit de la vie. Tante Élise aurait dû être philosophe, non pas coureuse sur hippogriffe.
Les pieds d’Alice ne touchaient plus le sol. Elle se déhanchait comme un ver pour grimper sur la roche. Son coeur battait la chamade. Les efforts physiques, ce n’était véritablement pas sa tasse de thé. Mais Alice n’abandonnerait pas. Elle leur montrerait, à tous, qu’elle était capable de tout. Et tous s’étoufferont dans leur moquerie.
Hors d’haleine, Alice retrouvait peu à peu ses esprits. Elle avait réussi à grimper sans peur. C’était donc cela la solution pour réussir ? La colère ? Devrait-elle maudire ses opposants lors des cours d’Arts Aériens ? Alice sourit en s’imaginant toute renfrognée sur son balai ou sur le dos d’un ethonan, trop occupée à pester intérieurement sur le premier venu pour taire sa phobie. Pour sûr, aucun garçon ne viendrait la déranger à la fin du cours.
Alice releva les yeux sur la vue qui s’offrait à elle. Les montagnes étaient paisible. Les nuages projetaient sur elles leurs ombres, donnant des teintes différentes aux forêts et monts enneigés. Quelle vue. Alice ne s’en lasserait jamais.
Allongée sur la roche, Alice se redressa à peine lorsqu’elle entendit des frottements contre la roche. Quelques secondes plus tard, elle entendit son souffle bruyant. Puis, plus un son. Et enfin, un sifflement. « La vache. Tu t’es téléportée ? » Le coeur d’Alice se gonfla de fierté comme rarement auparavant.
Sans un mot supplémentaire, Nath la rejoignit. Il assied à ses côtés, puis déposa son sac devant eux. Il l’ouvrit pour en sortir un gros paquet de bonbons. Toujours des oursons en gélatine. Ces rencontres journalières étaient devenues un rituel entre les deux adolescents. Alice les affectionnait, bien plus qu’elle ne voulait l’admettre. Le temps d’une après-midi, elle pouvait laisser de côtés ses problèmes d’riche, comme disait Nath.
« Ton anniversaire… c’est l’vingt-un juillet, du coup ? » demanda Nath avant d’engloutir un ourson. « C’est cela », répondit Alice en faisant de même. Le garçon sembla réfléchir, le nez au ciel. « T’vas avoir quoi… quinze ans ? » Alice opina du chef. Nath se plongea à nouveau dans son mutisme. Néanmoins, Alice capta son sourire. Elle se pencha un peu sur le côté pour voir de quelle pensée se teintait son regard. Il était coquin. Une idée venait de lui traverser l’esprit, et elle semblait le ravir de bien des manières. Nath lui jeta un coup d’oeil mutin, avant de se remettre à la dégustation de ses bonbons. Alice attendait qu’il s’explique… en vain. « Qu’est-ce qu’il y a…? » demanda Alice. Nath se contenta de sourire un peu plus fort. Alice tira le paquet de bonbons vers elle. Aussitôt, Nath poussa un râle scandalisé. Alice cacha le paquet dans son dos. « Qu’est-ce que tu as en tête ? », demanda t-elle en chassant les mains de Nath. « Quoi qu’il s’agisse, je préfère te prévenir : j’abhorre tout ce qui s’apparente de près ou de loin aux surprises. » Nath étendit tout son corps pour récupérer ses bonbons, forçant Alice à se pencher en arrière pour le tenir loin d’elle. De son genou contre son ventre, elle le tenait à bonne distance.
« Pfeu ! Comme si t’méritais une surprise ! Sale voleuse, va. » Nath finit par se redresser, ses pommettes teintées de rouge. Alice l’imita, non sans rester sur ses gardes. Nath était fourbe.
« J’me disais juste que…
— Quoi donc ?
— Ça serait cool de se faire un truc pour ton anniv. T’sais, entre potes.
— Hélas, je crains que ce ne soit pas possible.
— Ouais, j’m’en doute… mais ça va pas t’prendre la journée, si ?
— Si. La célébration ne prendra fin que le lendemain.
— Ah ouais… grosse fête, quoi. Sérieux, tu peux même pas t’éclipser juste un peu ? »
Alice réfléchit en reposant les bonbons devant eux. Elle listait les différents éléments de sa Veillée en se calquant sur ses souvenirs de celle de Jacob. Elle soupira, avant de remuer la tête, négative. Nath poussa un profond soupir avant de se laisser retomber en arrière. Ses bras noués derrière sa nuque, il se plongea dans la contemplation des nuages. Alice fut touchée de le voir prendre aussi mal cette annonce. Elle sourit avec sincérité, se délectant de la mine déçue de Nath. Il voulait la rendre heureuse et ne s’en cachait pas. Il était direct et honnête. Nath était un bon ami. Un vrai ami.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
À la veille d’une nouvelle ère
J-7
Les sabots de Grand-Griffe frappaient le sol avec vitesse. L’hippogriffe fonçait à vive allure, piétinant l’herbe haute à chaque foulée. Alice étendait ses bras pour sentir l’air fouetter son corps. Autour d’elle, plus rien n’existait. Seules la cavalière et sa monture demeuraient. Devant elles se dessinaient les montagnes et leur neige éternelle, leurs pieds couvert de majestueux conifères. En contrebas de la falaise sur laquelle le pré du domaine était perché, Saint-Gervais-les-Bains, le village moldu, écrasé par les créations de Mère Nature.
Perchée au dessus de tout cela, Alice se sentait privilégiée.
D’une oscillation de son bassin, la sorcière commanda à Grand-Griffe d’obliquer. L’animal obéit, et prit aussitôt la droite. Dans une trentaine de mètres, le bord de la falaise. Alice prit une grande inspiration, récupéra les rênes et resserra ses mollets sur les flancs de Grand-Griffe. Plus que vingt-mètres. Comme tante Élise le lui avait appris, Alice serra ses doigts sur le cuir des rênes, là où les runes de l’enchantement étaient gravées. Dix-mètres. Une gelée translucide se mit à couler le long de l’encolure de Grand-Griffe et des doigts d’Alice. Leurs corps disparaissait à mesure que l’enchantement de désillusion les recouvrait.
Les ailes de l’hippogriffe se déployèrent et, d’un bond, Grand-Griffe prit son envol.
Alice retint tout cri de terreur alors que ses yeux se refermaient avec force. Elle se concentrait sur le battement des ailes, sur le bruissement du vent à ses oreilles. Ce n’était pas suffisant. Alice sentait son corps se liquéfier. Sa bouche devenait pâteuse. Elle allait faire un malaise.
« Grand-Griffe ! » héla la sorcière d’une voix cassée. « A terre ! »
L’hippogriffe changea brutalement de sens. Quelques battements d’ailes plus tard, Alice sentit le choc des pattes de Grand-Griffe sur le sol. Elle fit quelques foulées, avant de ralentir pour finalement s’arrêter. Alice mit aussitôt pied à terre. Elle fit quelques pas pour s’éloigner de l’hippogriffe, avant de se laisser retomber à genoux.
Elle ne pouvait pas encore voler. Il ne restait plus que sept jours avant sa Veillée, et elle ne parvenait toujours pas à lutter contre sa terreur. Sa mâchoire se serra avec violence. Un juron s’écrasa contre ses lèvres closes.
« Tic, tac, tic, tac… »
Alice leva des yeux furibonds sur Thomas. Il se tenait là, devant elle, un sourire goguenard aux lèvres. Il n’avait rien raté de la scène, évidemment. A chaque fois qu’elle devait s’entraîner au vol, il était là. Pour s’assurer qu’elle ne se rompe pas le cou, disait-il. Mais Alice était convaincu que Thomas prenait un malin plaisir à la voir échouer.
« La fille unique, la petite fille tant espérée, la précieuse dernière née des Sangblanc… incapable de voler parmi les oiseaux. » Thomas s’accroupît devant sa jeune sœur. « Il faudra bien, pourtant.
— Tu crois que je ne le sais pas ?
— Les jours passent. La Veillée approche à grand pas.
— Je le sais ! »
Alice se redressa avec fureur. Thomas l’imita, lentement. Il observa sa jeune sœur s’écarter de lui pour rejoindre Grand-Griffe. « Néanmoins, je note quelques améliorations : tu ne crie plus. » Alice lui jeta une œillade agacée par dessus son épaule. Il se moquait, encore.
Thomas s’approcha, le lunettes de Kenneth sur le nez. Alice avait accepté de lui laisser, elle même protégée du Soleil par son équipement de vol. Une combinaison de cuir de dragon, un plastron de métal, des lunettes de vol et une capuche, autant d’éléments pour lui assurer protection et élégance. Si seulement cette maudite tenue pouvait être enchantée pour faire disparaître sa peur…
Les doigts de Thomas s’enfoncèrent dans le plumage de Grand-Griffe. Il la caressait lentement, avant de flatter son encolure.
« Je sais que je m’apprête à remuer le couteau dans la plaie mais… Pourquoi t’obstines-tu a monter Grand-Griffe, alors que c’est Cornevin qui a été désigné comme ton futur hippogriffe ? »
Alice grimaça avec douleur. Corvenin. Cet oiseau de malheur, né pour tourmenter la jeune sorcière. Ce même oiseau que Grand-Père avait choisi pour être le sien, lors de sa Veillée et par la suite. Alice, Père et Thomas avaient eu beau protesté contre ce choix ô combien dangereux, Grand-Père n’avait pas changé d’avis. Cornevin et Alice étaient, disait-il, destinés l’un à l’autre. Fadaises ! La vérité était que Grand-Père avait délibérément choisi Cornevin pour punir Alice pour ses nombreux contredits. Une punition dangereuse : ce sale hippogriffe haïssait Alice. Plus d’une fois, il l’avait tourmenté, et sournoisement avec ça ! Il profitait que les adultes aient le dos tourné pour pousser Alice, ou bien lui donner des coups de becs.
« J’ai bon espoir que Corvenin change de comportement à mon égard en voyant quelle relation j’entretiens avec sa mère », répondit Alice en caressant le bec de Grand-Griffe. Elle se pencha un peu sur l’hippogriffe, jusqu’à coller son front contre son chanfrein. « Tu lui en toucheras un mot, n’est-ce pas ? Tu ne voudrais pas que je meurs lors de ma Veillée ? Sinon, qui t’apportera ta double ration de viande ? Certainement pas Thomas. Il est trop occupé à se regarder le nombril pour penser à toi. Alors que moi, je me lève aux aurores pour m’occuper de ta famille. »
Thomas souffla du nez, amusé. Il n’ajouta rien de plus. Il savait que la situation était grave, et une grande source d’inquiétude pour sa jeune sœur. Encore une.
Alice se jeta à nouveau sur le dos de l’hippogriffe. Elle récupéra les rênes, et oscilla son bassin en avant pour pousser Grand-Griffe à la marche, puis au trot. Encore un essai, et cela suffira pour aujourd’hui.
« Et Felix Felicis ? Cela pourrait fonctionner, qu’en dis-tu ?
— Je n’en ai pas dans mes tiroirs. Et je doute que qui que ce soit ici en possède. Tu sais aussi bien que moi qu’un Sangblanc n’a nul besoin d’artifice pour obtenir ce qu’il souhaite. »
Alice poussa un râle agacé. Pas de Felix Felicis, pas de Polynectar pour lui assurer la victoire face à Corvenin et Grand-Père. De toutes évidences, Alice allait devoir faire avec, et prier les Astres pour ne pas se rompre le cou lors de sa Veillée.
Leur marche prit fin aux abords de la forêt, lorsque des rires s’élevèrent depuis le domaine. Le frère et la sœur se jetèrent un regard interloqué. Voilà bien un son qu’il était rare d’entendre ici. Bien vite, Alice en compris l’origine. De derrière la haie sorti oncle Léon, accompagné de ses deux fils, Samuel et Daniel. Chacun vêtu de leur tenue de vol, ils s’amusaient de voir les cheveux de Daniel ébouriffés par le voyage.
« Heureux les simples d’esprit », souffla Alice. « Le royaume des cieux leur appartient.
— Hugo ? de Musset ?
— C’est dans la Bible. Ne me regarde pas comme cela. Les livres qui furent à ma disposition chez oncle Kenneth étaient moindres. »
Les sourcils de Thomas s’abaissèrent. Il se tourna vers oncle Léon et ses fils, toujours hilares, et s’avança les bras écartés, théâtral.
« Mon oncle ! Mes chers cousins ! Bienvenue au siège Sangblanc ! Votre présence nous honore ! »
Alice le maudit aussitôt. Elle n’avait nulle envie d’aller à la rencontre de ses cousins. Enfin, Samuel ne l’a dérangeait aucunement. Leur entente était cordiale, et ils avaient même eu quelques discussions lors de leurs années en commun à Beauxbâtons. Avec Daniel, la relation était bien différente.
La sorcière prit une grande inspiration silencieuse. Ces prochains jours lui seront pénibles, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute.
Thomas échangea une première poignée de main avec oncle Léon. Il était temps d’enfiler son masque bienséance et de les rejoindre avant que sa prise de distance ne soit vue comme une impolitesse.
« Je ne vous savais pas friand des accessoires moldus », lança oncle Léon en admirant les lunettes d’oncle Kenneth perchés sur le nez de Thomas. Aussitôt, ce dernier les retira. « Ne vous méprenez pas, je les ai seulement empruntées à Alice. Le style moldu m’est indigeste. Ma jeune sœur n’est pas de cet avis. » Thomas tendit ses lunettes à Alice qui les enfila avec soin. « Ce n’est pas tant leur goût du style qui est notable, mais bien leur ingéniosité. Nous sommes honorés de vous recevoir, oncle Léon, estimés cousins. » Alice gratifia l’assemblée d’une courbette gracieuse. Samuel se courba à son tour. Daniel l’imita, plus par politesse que par réelle volonté d’honorer Alice.
Le visage d’oncle Léon s’illumina en observant la dernière née Sangblanc. Ils s’en approcha pour la gratifier d’une tendre accolade.
« Votre ouverture d’esprit vous honore, chère nièce. » Il recula d’Alice, ses mains sur ses épaules, un sourire aux lèvres. « Quelle beauté vous devenez. Je vois Élise à votre âge. Beauxbâtons tout entier doit être en pâmoison devant tant d’élégance. » Alice reçu le compliment dans un rire qui dissimula toute sa gêne et son inconfort. Elle s’extirpa de sa prise pour s’écarter d’un pas. « Vous me flattez, mon oncle. Je vais quérir Père. Il sera heureux de…
— Il me semblait bien avoir entendu le rire de mon petit frère. »
Son plan d’évasion fut piétiné par Père descendant le perron du domaine pour venir à leur rencontre. Le sourire à ses lèvres fit disparaître tout prémices d’agacement chez Alice. La sincérité qui se dégageait de ses traits enchanta le cœur de la jeune sorcière. Elle sourit en observant l’avancée de son père. Il échangea une poignée de main avec oncle Léon, avant que ce dernier ne l’enlace. Le sourire de Père s’élargit.
« Regardez vous. A l’orée d’un procès et pourtant, je ne descelle aucun soupçon d’inquiétude.
— Ce n’est pas l’inquiétude qui changera l’issue du procès, n’est-ce pas ?
— Vous et votre pragmatisme… je vous reconnais bien là, mon frère. »
Alice se repaissait du rire léger de son père. Elle souriait en observant l’échange. En ces lieux, il était rare de voir l’épanouissement des émotions, aussi profitait-elle de chaque démonstration.
Après avoir échangé une poignée de main avec ses neveux, Père baissa la tête pour regarder Alice. « Comment s’est déroulé cette séance de vol ? » Alice se retint de grincer des dents. Elle étira son plus beau sourire. « Fort bien. Dans quelques jours, vous flatterez mes progrès. » La réponse fut au goût du père. Il se pencha pour déposer un tendre baiser sur le crâne de son enfant. « Je n’ai aucun doute à ce sujet. » Alice opina du chef. Ce n’était qu’un petit mensonge, n’est-ce pas ?
Ses lunettes sur son nez, Alice regardait la journée déclinée. C’est avec un pincement au cœur qu’elle songeait à Nath, sans doute déjà sur la roche des fées, guettant l’arrivée de la sorcière qui ne viendrait jamais. Alice bu une gorgée de son thé à la rose, écoutant les discussions de la jeune génération Sangblanc, assis sous la pergola de fer forgé.
« — Comment s’appelait-elle, déjà ? demanda Daniel à Thomas.
— Qui donc ?
— Cette Sang-Mêlé dont tu t’étais épris.
— Laquelle ?
— Comment cela “laquelle” ? Combien y en a t-il eu ?
— Il y en a eu pléthore. Et autant de bien nées.
— Sacré Tom… »
Alice roula des yeux dans ses orbites. Grands dieux, pourquoi était-elle contrainte de rester là, à les écouter parler de leur conquêtes ? Samuel et elle échangèrent un bref regard, porteur de leur inconfort. Alice sourit un peu, imitée par Samuel qui détourna le regard.
« — Et toi, la dernière née, s’enquit Daniel. Aucun crapaud n’a encore jeté son dévolu sur toi ?
— Les dieux m’en préservent. Soyez aimable, ne me mêlez pas à votre discussion.
— Oh… la dernière née serait-elle attristée de ne pouvoir faire l’étalage de ses conquêtes ?
— Nenni. Je trouve cela déshonorant pour les femmes qui ont eu la bêtise de se lier à vous, pour un jour ou une nuit. »
Thomas poussa un léger rire. Il appuya son menton dans la paume de sa main, contemplant silencieusement l’échange qu’il prévoyait amusant. Daniel haussa un sourcil face à la répartie de sa jeune cousine. Ayant du public, Daniel se reprit bien vite, affichant alors un sourire moqueur pour dissimuler son agacement. Il exécrait voir son éternel bouc émissaire le confronter, et Alice s’en délectait.
« Tu sais… la puberté finira par faire son office », dit-il en détaillant sa cousine. « Tu es vilaine, plate et sans volupté mais je suis persuadé que Dame Nature ne t’a pas oublié. » Alice retint toute expression courroucée avec un mal de tous les diables. Daniel savait où frapper pour blesser. Alice se moquait éperdument de l’avis qu’il pouvait avoir sur son physique. Néanmoins, le fait est qu’il mettait le doigt sur quelque chose qui lui était très personnel. Alice haïssait cela.
La réponse d’Alice tarda à venir. Daniel, vainqueur, se laissa retomber dans sa chaise de fer forgé, couvrant sa jeune cousine d’un sourire amusé. Samuel décida, enfin, de prendre la parole. « Jacob n’est toujours pas rentré de voyage ? » Thomas, son whisky aux lèvres, battis des paupières longuement. « Pas encore », répondit en reposant son verre sur la table. « Il profite. Grand bien lui fasse.
— Il ne sera donc pas présent le jour de la Veillée d’Alice ?
— Il le désirait , répondit cette dernière. Mais je lui ai demandé de ne pas interrompre son voyage pour moi. Son bien être m’importe bien plus que sa présence. »
Thomas et Alice s’échangèrent un regard. Il avait travaillé ce mensonge, et le servait à tout ceux qui se posait des questions au sujet de la disparition de Jacob. Ils n’en avaient parlé à personne, ni à Père. Si il venait à apprendre que son fils s’était engagé dans la résistance pour le faire libérer d’Azkaban, père remuerait Ciel et Terre pour le retrouver, sans craindre de se mettre en danger. Thomas et Alice se refusaient à le voir à nouveau disparaître.
Samuel opina du chef, puis se remis à la contemplation de son thé à la menthe. Daniel, quant à lui, décida que la réponse ne lui convenait pas.
« Un voyage qui dure déjà depuis plusieurs années…
— Quatre ans, précisa Thomas.
— Et il ne peut pas rentrer pour une toute petite journée ? Sa famille lui serait donc insignifiante ? »
Alice avait froncés ses sourcils comme on arme un canon. Elle attaqua aussitôt : « La famille est ce qu’il y a de plus sacré aux yeux de Jacob. Tes mots sont une insulte faîtes à mon frère et je ne saurai tolérer une telle ignominie. Présente dés à présent tes excuses. »
La véhémence d’Alice surpris d’abord Daniel qui ouvrit de grands yeux, avant de rire à gorge déployer. Il balaya la colère d’Alice d’un battement de sa main. « Inutile de monter sur tes grands abraxans. Je ne faisais que soumettre une hypothèse.
— C’est une calomnie que tu soumets, non une hypothèse. Présente tes excuses. »
Conscient qu’Alice ne lâcherait pas l’affaire, Daniel glissa un regard à Thomas, son mentor. Ce dernier haussa une épaule, comme pour signifier qu’il ne pouvait rien faire pour lui. Daniel soupira. Il se releva, et courba le dos dans une démonstration théâtral.
« Je t’implore de bien vouloir m’excuser, ô intransigeante dernière née. Il ne s’agissait là que d’une plaisanterie.
— A défaut d’être un parangon d’intelligence et de vivacité d’esprit, essaye au moins de te démarquer par l’humour. »
Alice ne tira aucune satisfaction de la soudaine disparition de sourire de Daniel, ou du rire soufflé de Thomas. Elle reposa sa tasse avec moins de délicatesse qu’elle ne l’aurait aimé, et prit congé. Il était hors de question de s’imposer la présence de Daniel plus longtemps.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
À la veille d’une nouvelle ère
J-6
« Alice, enfin. Vous nous quittez déjà ? »
Alice ferma les yeux un instant, gardant pour elle toute expression d’agacement, ses doigts crispés sur l’accoudoir de son fauteuil. Lorsqu’elle fut assurée qu’aucune marque négative ne viendrait teinté son visage, la dernière née se tourna vers tante Élise.
« Non pas de gaité de cœur. Il me faut poursuivre mes entraînements. La Veillée approche à grands pas.
— Votre persévérance est appréciable, et je suis enchantée de voir que vous prenez nos conseils à cœur. Néanmoins, vos cousins sont ici. Il est fort impoli de négliger nos invités, qu’il soit de votre sang ou non. »
Alice coula un regard à ses cousins, rassemblés eux aussi au petit salon. Daniel l’observait sans mot dire, son thé aux lèvres. Samuel, quant à lui, n’y prêtait aucune attention. Par Circée, pour une fois, la présence de Thomas aurait été la bienvenue. Mais, monsieur était trop occupé à trouver une malheureuse avec qui s’afficher le jour de la Veillée d’Alice. En tant que précieux héritier, lui pouvait se dérober a son devoir d’hôte. Alice, troisième héritière, n’avait pas ce privilège.
« J’en ai bien conscience, et vous m’en voyez navrée. Mais si je venais a ne pas être à la hauteur lors de ma Veillée, je porterai le discrédit sur notre glorieuse famille. Mes estimés cousins connaissent le Domaine, je suis persuadée qu’ils n’ont nul besoin de ma présence pour s’occuper.
— J’ai une proposition, chère tante. »
Alice jeta un regard en coin vers Daniel. Elle redoutait les mots qu’il allait prononcer, et à juste titre.
« — Je vous écoute, Daniel.
— Samuel et moi pourrions assister Alice dans ses entrainements. Ainsi, nous pourrons rester auprès de notre estimée cousine. »
Le visage de tante Élise s’éclaira d’un sourire. Elle joignit ses mains pour manifester quelque chose comme la joie, peut-être même l’alacrité. « C’est une excellente idée, cher neveu. Votre bienfaisance vous honore. »
Alice se décomposait in petto. Maudit Daniel. Jamais il ne raterait l’occasion de pasquiner sa cousine sous couvert de bonnes intentions.
« Qu’en dites-vous, cousine ? Je m’en voudrai de vous contraindre. »
Les regards étaient sur elle.
Alice étira un beau sourire. Elle pinça les pans de sa robe entre ses doigts et effectua une petite révérence. « La présence de mes estimés cousins ne sauraient représenté une contraindre. Je vous remercie par avance pour votre aide qui me sera précieuse. A n’en point douter. »
•••
« Es-tu certaine d’être une Sangblanc ? »
Son dos douloureux, Alice jeta un regard enragé vers Daniel. Assis sur le dos d’Ascalon, son hippogriffe, il toisait sa cousine de toute sa hauteur. Alice se retenait de lui hurler dessus. Cela lui ferait trop plaisir.
Samuel descendit de Pandore en un saut et vint tendre sa main à Alice.
« Corvenin sent que tu le crains », dit-il en la relevant. « Il en profite.
— J’en ai conscience.
— Tu ne t’es pas blessée ? »
Samuel observa Alice sous toutes les coutures. Ses doigts entre les siens, il la fit délicatement tourner sur le côté. Pour une fois, Alice ne se plaignait pas d’être ainsi infantilisé : Daniel détestait voir les autres aux petits soins avec elle.
« Tout va pour le mieux », répondit Alice en s’écartant d’un pas. « Corvenin n’aura pas la satisfaction de me voir briser. »
L’hippogriffe galopait à travers les hautes herbes, lançant des ruades joyeuses. Maudit volatile. Ne pouvait-il pas accepter qu’Alice soit sa cavalière ? Par Circée, si seulement Grand-Père pouvait lui choisir un autre hippogriffe…
Non, Alice devait réussir. Et elle y arriverait.
La sorcière siffla entre ses doigts en s’avançant vers Corvenin. L’hippogriffe ignora parfaitement Alice. Elle réitéra, avant de l’appeler par son nom. Corvenin ralentit la cadence. Il trotta, la queue en panache, jetant parfois quelques œillades vers Alice. Il l’avait entendu.
« Corvenin ! » appela Alice. « Ici !
— Notre famille sera enchantée de voir que la précieuse dernière née est douée avec les animaux, railla Daniel. »
Alice décida d’ignorer Daniel. Fort heureusement, Samuel n’était pas son frère.
A nouveau sur Pandore, il trotta jusqu’à Corvenin. Avant que ce dernier de décide de repartir au galop, il tendit le bras et récupéra les rênes. « Doucement », entendit Alice. Samuel ramena Corvenin à sa cavalière. « Corvenin est un hippogriffe caractériel. A toi de te montrer plus maline. »
Alice attrapa les rênes que lui tendit son cousin. Elle déglutit, son regard croisant alors les yeux jaunes de Corvenin. Comme pour la provoquer, il tira sur les rênes. Alice tira à son tour, ses sourcils se fronçant.
« Corvenin n’est pas habitué à être monté », dit Samuel en mettant pied à terre. « Prends Pandore. Je vais fatiguer Corvenin, ce sera plus simple pour toi ensuite.
— Par tous les Dieux, Sam. Arrête de la mignarder. Nous avons appris à la dur. Et ce doit être ainsi pour elle aussi. »
Samuel jeta un regard à son frère. Ses lèvres pincés, il restait silencieux. Alice comprenait qu’il n’était pas en désaccord avec les mots de Daniel. Elle savait qu’il avait raison. Aucun traitement de faveur ne devait lui être fait. Néanmoins, il était hors de question de donner raison à cet idiot.
« A quel point veux-tu me voir échouer devant notre glorieuse famille ? » cracha Alice. « Est-ce que tu trouves du réconfort dans mes échecs ? »
Daniel roula des yeux, mais ne répondit pas. Alice poursuivit. « Si j’échoue lors de ma Veillée, toute la branche principale portera ma honte. Est-ce là ce que tu désires ?
— Ce que je désire c’est que, pour une fois, la précieuse dernière née se débrouille sans l’aide de personne. Ton incompétence est une honte pour notre famille. »
Alice haussa gravement les sourcils, balayée par les termes acerbes de Daniel. Au diable la bienséance.
« Mon incompétence ! » répéta Alice avec colère. « Je fais tous les efforts du monde pour rattraper mon retard ! Au cas où cela t’ai échappé, je n’ai pas vécu ici ! Je n’ai pas été en contact perpétuel avec les hippogriffes comme monseigneur Daniel !
— Comme ci cela influait sur ta médiocrité. Cesse de te chercher des excuses, et blâme Dorian pour ta fragilité assumée. »
La mâchoire d’Alice se serra. Ses doigts irradiaient de vilaines tentations. Comme si Samuel le sentait, il s’approcha de Daniel et posa sa main sur son avant bras. « Cela suffit. »
Daniel poussa un profond soupir. « Tu ne fais qu’appuyer mes propos. Vous la maternez sans arrêt. Vous excusez l’opprobre qu’elle laisse dans son sillage. Même Thomas s’est ajouté à la ronde. »
Cette fois, s’en fut trop pour Alice. Elle s’avança de Daniel et Ascalon avec colère. Elle passa ses doigts sous le plumage de l’hippogriffe pour trouver les attaches de la selle et les détacha toutes. Alice se saisi de l’étrier et tira de toutes ses forces, jusqu’à voir Daniel être emporté sur le côté dans une vaine tentative de résistance. Elle s’écarta aussitôt, observant avec délectation son immonde cousin s’écraser au sol dans un fracas de cuir et d’acier. Ascalon se jeta sur le côté pour finalement partir au grand galop.
Le cœur d’Alice battait à tout rompre. Dans ses poings serrés pulsait son sang rompu gavé de colère. Elle maudissait Daniel. Elle maudissait chaque parcelle de son être, chaque pore de sa peau. Là, à ses pieds, était sa place.
Daniel releva des yeux enragés sur Alice. Malgré la peur qui lui commandait de reculer, Alice restait immobile, poignardant Daniel d’un regard assassin. Le temps d’un instant, la sorcière cru voir les doigts de Daniel glisser à sa ceinture, là où sa baguette était rangé. Samuel avait dû le voir également, puisqu’il s’était précipité aux côtés d’Alice.
Cet ultime acte de défense fut celui de trop pour Daniel.
Il se redressa avec lenteur, débarrassant ses vêtements de la terre qui la salissait. Ses gestes étaient contrôlés, commandés par la bienséance. Ses doigts tremblaient. Ses lèvres tremblaient. Son regard, par tous les dieux, vomissait un mépris flagrant. Lorsqu’il releva la tête pour regarder Alice, elle se liquéfia aussitôt.
« Tu penses que mes mots sont cruels, n’est-ce pas ? Tu penses que ta présumée connaissance surpasse la nôtre ? Tu ne sais rien, maudite engeance. Tu ne sais rien des sacrifices que chacun fait pour toi, la précieuse dernière née.
— Daniel, dit Samuel, ses dents serrés par l’inconfort. Tais toi.
— Tu ne t’ai jamais demandé pourquoi tout le monde te traite comme le joyaux sacré de la famille, alors que tu es une fille moyenne sur tous les plans ? Pourquoi ta propre mère regrette ta naissance ?
— Reprenons l’entraînement, Alice. »
Lorsque les doigts de Samuel se posèrent dans le dos d’Alice pour l’inviter à rejoindre les hippogriffes, elle s’écarta. « Non, je souhaite entendre ce qu’il a à dire ». La vérité brûlait les lèvres de Daniel, Alice le sentait jusqu’au fin fond de son être. Il comptait s’en servir pour blesser son insolente cousine.
Et cela, Daniel le savait.
Il s’avança, jusqu’à se retrouver face à Alice. Il se pencha lentement sur elle, sans que jamais elle ne rompe le regard. Plus que quelques centimètres. L’iris argenté de Daniel lui renvoyait son propre reflet, altier mais vacillant.
Les lèvres de Samuel s’ouvrirent. Son souffle effleura la peau d’Alice lorsqu’il s’apprêta à parler.
Mais jamais ses mots ne vinrent.
Daniel sembla s’en étonner. Il réitéra sa tentative de prise de parole. En vain.
Comme si l’évidence venait de le saisir, il releva un regard dépité sur Samuel, sa baguette à la main. Un simple sortilège de Mutisme pour mettre un terme à la verbe cruelle de son frère.
Sans un mot, Samuel rangea sa baguette avant de s’éloigner pour rejoindre Pandore. Tout c’était passé très vite, mais Alice était convaincu d’une chose : Samuel n’avait pas agit pour la protéger de la méchanceté de Daniel.
Il désirait cacher quelque chose.
Alice se précipita vers Samuel. Elle attrapa la manche de sa chemise et se plaça devant lui.
« Que voulait dire Daniel ? Que me cache-tu ? »
Samuel, les lèvres pincés, détourna le regard. « Samuel ! Dis le moi !
— S’il te plaît, laisse moi.
— N’y compte pas. Dis moi ce que vous me cachez. »
D’un geste agacé, Samuel récupéra son bras et contourna Alice. Par ce simple geste, Samuel avouait qu’il y avait bien un secret.
Un secret dont elle était la seule à ne pas en connaître la teneur.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
À la veille d’une nouvelle ère
J-5
Demain se tiendrait le procès de Père. Alice aurait aimé pouvoir se concentrer sur cela, et profiter de lui jusqu’à la dernière seconde, de peur qu’on ne lui arrache à nouveau.
Mais elle n’y parvenait pas.
Dans ses songes tournait sans cesse cette fatalité qu’elle avait découvert.
On lui mentait. On lui cachait une vérité assassine. Quelque chose en lien avec sa propre personne.
Les mots de Daniel se mêlaient à ses pensées. Ils se répétaient sans cesse. Ils bousculaient toutes les certitudes d’Alice. Une vérité existait à son sujet, et elle ignorait laquelle.
Les doigts de Père se perdaient dans les boucles soyeuses d’Alice. Ses caresses étaient douces et minutieuses. Dans le reflet du miroir, Alice voyait le sourire de Père. Il ne la regardait pas, mais la sorcière savait qu’il était pour elle. Rien que pour elle.
« T’ai-je déjà dit à quel point tu ressemblais à ma mère ? » demanda Père. Il déposa un baiser sur le crâne de son enfant. « Tu as ses cheveux. Lorsque mes doigts se perdent dans tes boucles, je me revois à ton âge. Chaque soir, elle s’asseyait devant la cheminée, et me laissait prendre soin de ses boucles noires. »
Le sourire de Père se teinta de nostalgie. Son regard se perdait dans ses souvenirs. Il parlait peu de sa défunte mère, aussi Alice se sentait honorée. Cette pensée orgueilleuse chassait momentanément ses tourments.
Seulement momentanément.
Père cessa de sourire. Dans le reflet du miroir, son regard se braqua dans celui de sa fille. « Trésor… est-ce que tout va bien ? » Alice détourna le regard, la mâchoire serrée. Père contourna le fauteuil Louis XV sur lequel était assise son enfant. Il mis un genou à terre pour être à sa hauteur. Sa grande main vint chercher la sienne, repliée en poing sur ses cuisses. « Ce n’est pas au sujet du procès… n’est-ce pas ? » Alice remua la tête, négative. « Alors que t’arrive t-il ? Est-ce que tu t’inquiètes encore pour la Veillée ? » A nouveau, Alice remua la tête.
Père garda le silence un moment. Son regard cherchait des réponses dans les traits du visage d’Alice. De son pouce, il caressait le petit poing serré entre ses doigts. « Quoi qu’il s’agisse, tu peux m’en faire part. » Alice opina du chef, et sourit à peine à Père. Quand bien même ses questionnements la tourmentaient, il était hors de question d’accabler Père avant son procès. Ce n’était pas à lui qu’il fallait poser ces questions.
Alice finit par se tourner vers Père. « Croyez-vous que les Harrison seront présents pour votre procès ?
— Je doute qu’ils ratent cette occasion.
— Et Mère ? »
Dorian prit un temps pour réfléchir. Il leva un instant les yeux aux plafonds, comme pour peser le pour et le contre.
Finalement, ses yeux glissèrent à nouveau dans ceux de sa fille, et il lui sourit.
« — Renesmée sera là. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute.
— En qualité d’alliée, ou d’opposante ? Au risque de vous le rappeler, Mère a repris son nom de jeune fille pour ne pas porter l’ombre de votre incarcération.
— Une stratégie qui aura porté ses fruits.
— Une stratégie enfiellée.
— Ne sois pas aussi dure avec ta mère, Alice. C’est d’elle que tu tiens ta pugnacité. »
Alice fit la grimace en chassant les mots de Père d’un revers de la main. « Les Dieux m’en préservent ! Mère et moi n’avons rien en commun, croyez le bien ! »
La véhémence d’Alice fit sourire Père. Il porta la main de sa fille à ses lèvres et y déposa un tendre baiser. « Oh mon Alice… si tu savais à quel point tu ressembles à ta mère. »
Ces quelques mots firent grincer les dents d’Alice. Non, il se trompait. Alice ressemblait à Père. Alice ressemblait à tante Élise. Elle était une Sangblanc jusqu’aux bouts des ongles. Si être une Nerrah voulait dire être comme Mère, Alice répugnait chaque gouttes de ce sang coulant dans ses veines, quand bien même ce soit celui d’Aliosus et oncle Magnus.
Mère…
« Tu ne t’ai jamais demandé pourquoi tout le monde te traite comme le joyaux sacré de la famille, alors que tu es une fille moyenne sur tous les plans ? Pourquoi ta propre mère regrette ta naissance ? »
Pourquoi Daniel avait-il parlé d’elle ? S’agissait-il d’une douleur en plus qu’il désirait lui infliger… ou bien Mère faisait-elle partie de ce secret dont elle ne savait rien ?
•••
Les notes de son violon s’envolaient dans les forêts et les montagnes, portées par le vent. Elles n’étaient pas toutes justes, et certaines étaient même parfaitement fausses. Celles ci agressaient les tympans sensibles d’Alice. Mais peu importait. Jouer lui faisait du bien. Jouer lui permettaient de donner une forme à ses affres. Ses yeux fermés, Alice entendait ses peurs, ses angoisses, sa tristesse et sa colère. Elle les sentait couler le long de ses doigts pour nourrir son archet et ses cordes. Sous ses paupières s’accumulaient des larmes enragées, naissant de la mélodie agacée qu’elle s’infligeait. Son archet dansait au rythme de tout ce qui meurtrissait son coeur.
Et cela lui faisait un bien terrible.
Au bout de longues minutes, Alice s’arrêta, essoufflée par ses efforts. Avec lenteur, elle reposa son instrument à côté d’elle pour prendre une grande inspiration tremblante.
« Ah ouais, t’es vraiment un stéréotype. »
Alice se tourna brusquement. La vision de Nath, un sourire moqueur accroché à ses lèvres, provoqua en Alice une myriades d’émotions. Elle sourit à son tour, avant de rire avec légèreté. Le Moldu lui avait manqué, plus qu’elle ne le reconnaîtrait jamais.
Nath s’avança et vint s’asseoir à côté d’Alice. « Ça fait un bout d’temps qu’on est pas vu.
— J’en suis navrée. Mes cousins sont arrivés au domaine, et il me fallait rester avec eux.
— Ah ? Chiant ça. Des p’tits ?
— Non, pas vraiment. Samuel a dix-huit ans et Daniel… vingt-ans.
— … t’es pas venu pendant deux jours parce que tu d’vais t’occuper de tes cousins qui sont plus vieux qu’toi ?
— Ce sont mes obligations d’hôtesse. »
Nath papillonna des yeux, avant de hausser les épaules. Il ne pouvait pas comprendre, et ne cherchait pas à le faire. Tant mieux, Alice n’avait aucune envie de lui expliquer des choses qui le dépassaient.
Le Moldu fit passer son sac devant lui et, comme d’habitude, en sorti des sucreries.
« Tu joues super bien », dit-il en ouvrant un paquet d’ours en gélatine.
« — C’est parce que tu n’as pas l’oreille musicale. C’était loin d’être une bonne performance.
— Franchement, ça va.
— Je suis bien meilleure au piano, et encore meilleure à la harpe.
— Dis donc… madame Nerrah est une vraie musicienne. Moi j’joue de la guitare. »
Cette annonce ravie le cœur d’Alice qui se mit à sourire à pleine dents. Elle se tourna vers lui, ses genoux effleurant la cuisse du garçon.
« Il faudra me faire écouter cela.
— Ouais. On pourra s’faire un duo, un d’ces quatre. Le violon et la guitare ça s’mélange pas trop mal. Suffit d’voir Louise Attaque. Manque plus qu’un batteur et un bassiste.
— Hélas, je n’en connais pas.
— Bah. On imaginera, alors ! »
Ce plan était au goût d’Alice. Elle opina du chef, et prit un bonbon.
Nath avait la faculté de lui faire oublier ses tracas, quelque soit leur teneur. Les Sangblanc réprouverait leur relation, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. Nath était un Moldu et, de surcroît, la personnification de l’irrévérence. En somme, la pire amitié possible pour une bien née de sa valeur.
« C’est d’main le procès d'ton père ? »
Cette question ramena Alice sur terre. Elle déglutit.
« — C’est cela.
— Il a fait quoi ?
— Il est accusé de… Nath, c’est un peu compliqué.
— T’as honte ?
— Non.
— Détournement d’argent ?
— Non.
— Alors quoi ? »
Alice soupira. Expliquer une telle chose à un moldu n’était pas chose aisée. Leur monde politique n’était pas celui des sorciers. Inventer un mensonge à ce sujet demandait une préparation qu’Alice n’avait pas.
Et pourtant, elle voulait en parler avec Nath, lui dire que son père avait été enfermé pour sa loyauté et son intégrité. Elle ne voulait pas qu’il pense que Père était un criminel de la pire espèce.
« Mon père est accusé de trahison. Et d’évasion. Et de désertion. »
Nath ouvrit de grands yeux. Il se tourna vers Alice. Leurs cuisses se touchaient à présent.
« Trahison ? Genre… envers qui ?
— Envers le gouvernement en place dans mon pays. Mais comme je te l’ai dit, c’est compliqué. Je ne vais pas rentrer dans les détails. Tout ce qu’il y a savoir, c’est que les représentants du gouvernement sont des engeances de la pire sorte. Ils ont fait enfermé mon père parce qu’il a refusé de prêter allégeance à des monstres suprémacistes.
— Mais non.
— Si. Mon père est un héros. Il a consacré sa vie à la sécurité du territoire. Il était même dans les forces de l’ordre. Il était leur chef. »
Nath siffla entre ses lèvres. « La vache… ça a l’air d’être quelqu’un, ton daron. »
Oh cela oui. Père était un homme merveilleux. C’était un père extraordinaire. Un sorcier puissant et respecté. Il n’avait pas sa place à Azkaban.
Et il n’y retournerait pas. Si une telle chose devait arriver, Alice se battrait corps et âme pour le faire libérer. Elle n’abandonnerait pas. Jamais.
« Il s’en sortira, m’sieur Nerrah », affirma Nath en posant sa main sur la cuisse d’Alice. Il lui tapota gentiment dans un merveilleux sourire. « Suffit d’voir la teigne qu’il a élevé pour savoir qu’il va pas s’laisser faire. »
Alice sentit le rouge lui monter aux joues. Elle ignorait ce qui était spécialement en cause. Le sourire de Nath ? Son compliment caché ? Ou bien sa main sur sa cuisse ?
C’est sur ce dernier point qu’Alice s’arrêta. Elle sentait la chaleur de ses doigts à travers sa robe. Comme si la douceur de sa peau fusionnait avec la sienne, et qu’importe la barrière de tissu.
Alice releva les yeux sur Nath. Le sourire du Moldu ne l’avait pas quitté, haussant ses pommettes rougies. Sa sincérité était saisissante. Il croyait en ses mots, et il désirait que ce soit le cas d’Alice également.
Timidement, avec hésitation, ses doigts d’albâtre vinrent rejoindre ceux de Nath pour lui serrer. Il baissa les yeux sur leurs mains liées, son sourire s’évaporant à la faveur d’une mine étonnée. Mais, bien vite, une nouvelle émotion naquit sur son visage.
La satisfaction. Celle la même dont Alice irradiait.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
À la veille d’une nouvelle ère
Précédemment :
• Le procès des évadés (aventure, point de vue de Dorian Sangblanc)
• Silence dans la salle (RP commun, point de vue d'Alice)
J-4
Seule la décence empêchait Alice de courir pour rejoindre son père. Elle ignorait la plèbe sur son passage, slalomait entre les curieux rassemblés en ce jour. Thomas avait bien de la peine à la suivre. Il tentait vainement d’attraper son poignet pour la faire ralentir. Père était là bas, à quelques dizaines de mètres, les traits sévères alors qu’il regardait autour de lui.
Quelque chose de grave venait de se produire, Alice en avait l’intime conviction. Père n’aurait pas dû être acquitté. Lui même semblait en avoir conscience.
Enfin, elle parvint à rejoindre Père. Alice se jeta contre lui pour le serrer avec force, ses doigts s’accrochant à sa veste de costume. Les bras de Dorian s’enroulèrent autour de sa fille unique. Par Circée, Père ne lui serait plus jamais enlevé.
Alice entendit Thomas souffler dans son dos « Il me semblait t’avoir dit de ne pas me quitter d’une semelle. Enfin… Père, vous avez fait preuve d’une grande imprudence en remettant en question la légitimité du Conseil. Fort heureusement, cela aura payé.
— Sans doute. »
La voix de Père était teintée d’incertitude. Il ne croyait pas à cette version, c’était une évidence.
Lentement, Alice se décrocha de son père. Elle lissa sa robe, et reprit une posture décente. « Votre diatribe à mis de nombreuses personnes en colère », dit Alice. « Il est inconscient de rester plus longtemps ici.
— Les Harrison sont-ils venus à votre rencontre ? »
Thomas lâcha un rire, amusé. « Bien sûr. Père et filles. L’un pour cirer nos chaussures, et les deux autres pour nous cracher quelques horreurs. Dayla ne nous a pas fait l’honneur de sa présence. »
Dorian baissa les yeux sur Alice, soucieux.
« Comment te sens-tu ?
— Je me sentirai mieux lorsque nous aurons quitté cet endroit. J’insiste, Père. Vous n’êtes pas en sécurité. »
Père posa une main sur le crâne de sa vie pour lui caresser. Ce geste tendre n’en demeurait pas moins une tentative d’apaisement. Alice était-elle la seule à percevoir le danger qui planait sur leurs têtes ?
Ou bien s’agissait-il d’autre chose. Père ne la regardait pas. Bien avant qu’elle ne parvienne à le rejoindre, Alice l’avait vu jeter des coups d’œil autour de lui. Comme si il cherchait quelque chose. Non, quelqu’un. Peut-être oncle Magnus ? Ou bien un potentiel agresseur, quelqu’un que Père aurait remarqué dans l’assemblée. Peut-être même avait-il vu Jacob ! Lui qui c’était lancé dans la résistance pour aider à faire libérer leur père, il n’aurait pas pu manquer le procès.
Et soudain, Alice compris quel visage cherchait Père.
Elle était là.
Même de dos, Alice était en mesure de reconnaître sa mère. Ses longues boucles blondes étaient domptés en une queue de cheval strict. Elle caressait le haut de milieu de son dos. Ses talons frappaient le sol avec assurance, ses hanches ondulant au gré de ses pas. Tout chez elle suintait l’orgueil et l’amertume.
Père amorça un geste dans sa direction, pour finalement marcher à grande enjambée vers son aimée, laissant fils et fille derrière lui. « Renesmée ! » appela t-il.
Le corps de Mère sembla se crisper le temps d’un instant. Ses épaules de soie vêtue s’étaient haussées. Pourtant, elle ne daigna pas s’arrêter. Comment osait-elle le morguer ainsi ? Lui qui, par amour, avait pardonner ses violences envers leur fille ? Lui qui délaissait ses enfants en terrain dangereux pour courir à sa rencontre.
Père parvint à attraper le poignet de Mère. Dans un geste léger, il l’a fit pivoter vers lui. Le dédain avec lequel elle considéra Père révulsa Alice, qui sentit chacun de ses muscles se tendre. Non. Il était hors de question que Père se fasse humilier par cette horrible sorcière.
Le cœur serré par la colère, Alice s’avança pour rejoindre ses parents. Aussitôt, Thomas attrapa l’épaule de sa sœur pour la tirer à lui.
« Attends », dit-il seulement. Alice se dégagea de sa prise d’un geste agacé, mais obéit pourtant. Ce n’était pas correct. Père était amoureux, et cet amour allait le briser. Il le rendait faible et inconscient.
Les lèvres de Mère s’articulèrent sans qu’Alice ne parvienne à entendre quelles horreurs étaient prononcées. Il fallait aider Père.
Sans prêter la moindre attention à son frère, Alice rejoignit Père d’une marche assurée. C’est dans un soupir que Thomas la suivit.
« Au diable le procès et le regard des autres. Renesmée... Par Circée, je craignais d’avoir oublier la douceur de tes traits. Mais mes souvenirs sont intacts. »
Alice roula des yeux. Quelle mièvrerie. Une telle complaisance n’était pas digne du chef de famille Sangblanc.
Renesmée semblait être de cet avis. Elle fixait Père avec désapprobation, ses bras se croisant sous sa poitrine. « Est-ce là tout ce que Dorian Sangblanc, le miraculé, l’impudent a à me dire ?
— J’ai au contraire bien d’autres choses à te dire, et autant de question à te poser. Que faisais-tu auprès des Harrison ? »
Mère leva le menton, dédaigneuse.
« Dois-je te rappeler tout le mal que leurs enfants ont fait au nôtre ?
— Épargne moi tes sermons.
— Je veux seulement comprendre ce qui peut pousser une mère à commettre une telle atrocité.
— Je t’interdis de me juger, toi qui a osé provoquer le Conseil en présence de tes propres enfants. Est-ce là le souvenir que tu étais prêt à leur laisser ? Celui d’un père si intègre, si fier, si digne qu’il aurait rejoint rejoint Azkaban pour ses idées ? Toutes mes félicitations, Dorian. Tu incarnes les valeurs Sangblanc à la perfection. Intégrité. Fierté. Dignité. Égoïsme. »
Père encaissait les insultes de Mère sans protester. Au contraire, il souriait. A son tour, il croisa les bras. « Vive et acerbe comme une vipère… »
Agacée par le comportement de Père, Mère s’en détourna pour observer ses enfants, planté dans le dos de leur géniteur. D’abord, son regard passa sur Thomas. Il restait droit et digne, ses mains croisées dans son dos. Son regard, quant à lui, était légèrement froncés. Il s’agissait de sa volonté, Alice le savait. Thomas savait taire ses émotions. Il souhaitait montrer à Mère ce qu’il ressentait. Et Renesmée le comprenait, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. Elle resta un moment accrochée au visage de son fils. Elle le détaillait, semblait s’imprégner de ses traits. Aujourd’hui, son fils prodige la dédaignait. Puisse t-elle en souffrir.
Le regard de Renesmée glissa sur Alice. Son attention ne dura qu’un court instant, avant qu’elle ne revienne à Père.
« Gut… et où se trouve Jacob ? Je m’étonne de son absence. »
Cette question ébranla Alice. Elle leva le visage pour regarder Thomas, cherchant dans son regard la marche à suivre. Père répondit par le mensonge que ses enfants lui avaient servit. « Il est en déplacement. Un tour du Monde, semble t-il.
— Un tour du Monde ? Jacob ? »
Avec malheur, Alice sentit le regard de Mère lui chauffer la joue. C’est à ce moment précis que Thomas, décida enfin d’ouvrir la bouche. « Cela vous étonne vraiment, Mère ? Père jeté en prison sans l’ombre d’un procès, vous et moi rejoignant le Conseil, Alice dépouillée de son foyer… Même le plus casanier des sorciers auraient fuit ce désastre. »
Quel excellent menteur. Sans un accro dans la voix, ses yeux dans les siens, Thomas avait menti. Ses défauts étaient nombreux, mais il fallait bien lui reconnaître que sa capacité à tromper les autres était formidable.
Les traits de Mère se durcirent aussitôt. Ses sourcils froncés, sa lèvre supérieure légèrement haussée, elle claqua sa langue contre son palais
« Tu oses me mentir en me regardant droit dans les yeux ? Je t’ai élevé, Thomas. Je flaire tes mensonges à des lieux. Où est Jacob ? »
Cette fois, Thomas ne parvint pas à garder pour lui son étonnement. Il ne su comment réagir lorsque Père se tourna vers lui. Dorian prenait conscience qu’il avait lui aussi été trompé, et depuis bien plus longtemps que son épouse. Avec horreur, Alice le vit baisser les yeux sur elle. « Alice ? » Elle déglutit, et détourna aussitôt le regard. Par Circée, non ! Alice ne pouvait pas lui annoncer la vérité. Père ne devait pas savoir que Jacob était entré dans la Résistance pour le libérer. Pas ici. Pas aujourd’hui. Il n’y avait pas pire moment pour annoncer cette cruelle vérité.
En quelques claquements de talons, Mère rejoignit les trois Sangblanc. Elle tendit ses deux mains à Dorian et Thomas. Père se saisi de l’une d’entre elle, et ordonna Thomas à faire de même d’un regard qui n’incitait nullement à la contestation. Thomas obéit, et de son autre main, attrapa celle d’Alice.
La famille brisée fut aussitôt avalée par un sort de transplanage.
Le concilium avait disparu à la faveur d’un salon aux couleurs sombres. Quand bien même son ventre menaçait de tout rendre, Alice savait où elle se trouvait : la demeure de Renesmée. Les murs étaient couvert de tapisserie majestueuses, toutes décrivant des scènes inconnues à la jeune fille. En revanche, Alice connaissait les photographies estampées aux murs dépourvues de décoration. Elles étaient rares, mais bien là. Thomas et Jacob, majoritairement, offraient une touche de blanc à cette pièce de sombre vêtue. Alice ne s’étonnait pas de son absence. Mère n’avait jamais aimé les traits trop Sangblanc de sa fille. Ils lui rappelaient à quel point elle n’avait aucune emprise sur elle.
Mère relâcha les mains de Dorian et Thomas pour s’écarter aussitôt. « Où est mon fils ? » répéta Renesmée avec dureté. Père s’était déplacé, se postant au côté de sa femme. Face à eux, unis pour obtenir la vérité, Alice sentait son corps se liquéfier. Elle releva le visage pour regarder Thomas. Lui aussi l’observait. Le frère et la sœur étaient pris au piège. Père et Mère ne les laisseraient pas s’en sortir si facilement. Leur secret si précieusement gardé allait éclaté face aux deux personnes qui ne devaient surtout pas connaître la vérité. « Votre mère vous a posé une question. » La voix de Père était dure, froide. Elle était bien différente de celle qu’il offrait chaque jour à Alice. Elle baissa les yeux, ses poings serrés. Non, Alice ne dirait rien. Elle protégerait Père de la vérité. Elle protégerait Jacob de Mère. Et si pour cela il lui fallait affronter la tempête que le couple représentait, elle le ferait.
« — Jacob a rejoint la Résistance il y a quatre ans.
— Thomas ! s’étrangla Alice, les yeux exorbités par l’incrédulité.
— Je l’ai traqué, jusqu’à le retrouver dans une ruelle. Il était métamorphosé.
— Tais toi !
— Il m’a attaqué, je l’ai affronté et battu. Je l’ai ramené chez moi, et lui ai permis de s’en aller. Avant cela, il a récupéré ma brosse à cheveux… et celle de Morrigan. »
Comme un seul corps, Père et Mère s’étaient dressés. Mère avait blanchi a vue d’oeil. Ses yeux s’étaient arrondis, son souffle coupé. La réaction de Père était différente, son inquiétude teintée de colère. Il avait été trompé, pendant des années. Alice n’osait pas affronter son regard, aussi baissa t-elle la tête sur ses bottines de cuir.
Soudain, Mère se tourna vers Père
« Bei allen Sternen ! Dorian ! Ton propre fils erre dans la nature depuis quatre ans et tu n’as pas jugé nécessaire de le chercher ?
— Au risque de te le rappeler, j’ai été enfermé, avant d’être un évadé traqué par le Conseil.
— Des excuses, comme c’est original ! Et vous deux ! Verantwortungslose Idioten ! Vous rendez vous compte que vos silences mettent votre frère en danger ? »
Le regard de Mère crachait des éclairs. Sa colère était telle qu’Alice était renvoyée dix années en arrière, à peine âgée de quatre ans, affrontant les excès de sa mère. Mais Alice n’avait plus quatre ans.
« Jacob n’aurait pas eu besoin de rejoindre la Résistance si vous aviez fait votre devoir d’épouse. »
La réponse d’Alice fut jetée comme un poignard et visa le cœur de Renesmée. L’Allemande se figea, ses traits se déformant de colère. Elle amorça un geste en direction d’Alice, mais le bras de Père l’empêcha de faire un pas supplémentaire. Sa fureur n’en fut que plus ardente.
Renesmée se tourna vers Père. Il se dressait face à elle, ses yeux plantés dans les siens. Alice fit un pas en arrière.
« Jacob est peut-être mort… et tu oses encore prendre la défense… de cette engeance ? »
Engeance. A nouveau, son propre sang utilisait ce qualificatif infâme pour nommer Alice.
« Elle a corrompu Thomas. Il ment à sa propre mère, lui, l’enfant qui n’aurait jamais eu de secret pour elle. Et tu oses…encore… la protéger… ? »
Le bras de Thomas glissa vers Alice. Il la fit passer derrière lui. Mère, d’un regard en coin, n’avait rien raté de cette énième protection. Cachée derrière son frère, Alice affrontait le regard féroce de sa génitrice. Elle ne tremblerait pas ni ne baisserait les yeux. Au contraire. Alice leva le menton pour exprimer tout le dédain, toute la haine qu’elle ressentait pour Mère. Ni Père ni Thomas ne la laisserait la blesser. En quatre années, les choses avaient changées.
Mère détourna enfin le regard pour revenir à Père. Lui n’avait eu de cesse de la regarder. Il ne s’agissait plus de contemplation. Non. Père la considérait à présent avec défiance. Même si ses enfants lui avaient mentis, il ne laisserait pas leur mère punir sa fille. Plus maintenant.
« Tu ne seras jamais un bon père, Dorian », dit-elle cruellement. « A tes yeux, il n’y aura toujours qu’elle, et cela même si les cadavres de tes enfants gisent à ses pieds. »
Mère s’écarta, sa main couvrant le bas de son visage. « Disparaissez. »
Père observa longuement le dos de Mère. Alice le vit étendre ses doigts dans sa direction, avant de se raviser. Il revint à ses enfants, attrapa leurs épaules, et transplana.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
À la veille d’une nouvelle ère
J-4
Lorsque, enfin, les murs blancs du domaine Sangblanc se dessinaient autour d’eux, Père lâcha ses enfants. Il posa un genou à terre, assailli par sa trop grande consommation de magie. D’un bras, il retint Alice qui manqua de s’effondrer à son tour. A quelques centimètres l’un de l’autre, les deux Sangblanc respiraient avec difficulté, l’un par épuisement, l’autre par incommodités.
Alice sentait ses organes se tordre et retordre dans son corps. Thomas, quant à lui, s’accroupît à leur côté. Il ne souffrait pas du transplanage, comme souvent.
« Père… »
Il le fit taire d’un geste brusque de son bras. Ses yeux, livides, se levèrent sur le visage de son fils aîné. « Comment avez vous osé me mentir… »
La voix de Père, d’ordinaire douce et amicale, jeta un froid glacial. Alice jugea nécessaire de s’en écarter, quand bien même il lui fallait mendier l’aide de Thomas pour se faire. Le jeune homme se saisi de l’épaule de sa sœur et la souleva.
Père dû lever la tête pour les regarder. Il n’avait jamais paru aussi affecté. De grosses gouttes perlaient sur ses tempes, jusqu’à mourir sur sa mâchoire. « Pendant deux années, vous m’avez assuré que votre frère était en sécurité… et je vous ai cru, persuadé que jamais vous ne me feriez l’affront de me mentir à ce sujet… quel imbécile… »
Avec lenteur, Père se releva. Son souffle revenait peu à peu. La tempête s’apprêtait à les frapper de plein front, Alice le pressentait. Ses poils se hérissaient sur ses bras. Sa gorge se nouait.
« Nous vous en aurions parlé, Père », tenta Thomas. « J’escomptais que Jacob se montre lors de votre procès.
— Tu escomptais ? Ton frère a disparu depuis quatre ans, Thomas. Il est peut-être même avec Kenneth, pourchassé par le Conseil. Ton propre petit frère.
— J’ai fait ce que j’avais à faire ! Pour notre famille ! »
Thomas jeta ses mots avec fureur. Alice le regardait, abasourdie. Ses yeux était brillants, sa mâchoire fébrile. Il se mordit la lèvre inférieure avant de reprendre avec véhémence.
« — Si nous vous avions dit la vérité, vous seriez parti à la recherche de Jacob !
— Bien évidemment, Thomas ! Car c’est à moi de vous protéger ! Chacun d’entre vous ! Je suis votre Père ! Et par votre honteux mensonge, vous m’avez empêché d’accomplir mon devoir !
— Votre devoir, c’est de veiller sur notre famille ! Comment auriez-vous pu, enfermé à Azkaban ? N’escomptez pas me voir vous supplier pour obtenir votre pardon ! »
Thomas frappa frénétiquement sur doigt sur sa poitrine, le cœur au bord des lèvres.
« Moi, et moi seul protège notre famille depuis quatre ans ! Pas vous, Père ! Moi ! J’ai affronté mon propre petit frère pour le protéger de lui même ! J’ai passé des journées entières à le traquer comme on traque un animal pour que jamais personne n’ai à le faire ! Vous n’avez pas la moindre idée de tout ce que j’ai fait pendant quatre ans pour le protéger ! Pour protéger Alice ! Vous ! Vous tous ! Et je recommencerai cent fois si il le fallait ! Je vous mentirai encore et encore si cela peut protéger ma famille de votre sens de l’honneur ! »
La voix de Thomas se brisait. Envolé, le contrôle perpétuel. Son cœur s’était ouvert. Ce cœur qu’il avait muselé pendant des années, contraint à mentir pour ne jamais avoir à avouer ses sacrifices.
Les membres d’Alice tremblaient. Elle n’osait plus baisser les yeux, accroché à sa mâchoire tressaillante. Alice sentait la fureur de chacun la pénétrer. Elles sillonnaient en elle comme deux serpents. Elles s’enroulaient autour de sa gorge, sifflaient à ses oreilles. Les gueules s’ouvraient, et crachaient un venin acerbe.
Ils étaient deux protecteurs. Deux chevaliers luttant pour leur légitimité sur ce champ de bataille qu’était leur famille en morceau. L’un avait été dépouillé de son devoir. L’autre avaient ramassés les armes chues à terre. Qui était le fautif, en réalité ? En existait-il seulement un ?
Père demeurait silencieux. Sa poitrine se mouvait à peine. Il observait son fils sans un mot. Semblait-il prendre conscience de la vérité venait de lui cracher avec frénésie. Son regard finit par tomber au sol. Ses poings se serrèrent, jusqu’à faire blanchir leurs jointures.
Thomas contourna Alice, et rejoignit la bâtisse d’un pas rapide. Sur le perron, Alice découvrait que les Sangblanc s’étaient regroupés. Oncle Léon tenait une bouteille de champagne d’où s’écoulaient en grosse lampée le breuvage festif. Les expressions de leurs visages étaient figées. Ils s’écartèrent lorsque Thomas passa sans un regard.
Père sembla prendre lui aussi conscience de la présence de son sang. Il releva la tête, et prit une grande inspiration. Son visage, bien que métamorphosé par la décence exigée, ne trompait pas Alice. Au coin de ses yeux fleurissaient encore quelques larmes.
•••
A l’extérieur, Alice entendait la deuxième bouteille de champagne s’ouvrir sous un flot d’acclamation. Oncle Léon adorait sabrer le champagne. C’était, disait-il, la méthode qu’utilisait les Sans-Pouvoir pour célébrer une victoire militaire.
Alice frappa à la porte de son frère. Pour la deuxième fois en une heure, elle n’obtint aucune réponse.
« Thomas… C’est Alice. S’il te plaît, ouvre moi. »
Rien. Pas le moindre bruit de pas.
Alice posa son front contre le bois. Elle inspira, tremblante. « J’ai besoin de te parler… je désire seulement te parler… »
Au bout d’une éternité de silence, Alice s’assit contre la porte. Elle ramena ses jambes contre elle pour les enserrer. Alice essuya son œil larmoyant contre son biceps. Le contact du tissu contre sa joue lui rappela que sa cicatrice était dévoilée. Qu’importe.
« J’ignore tout ce que tu as fait pour nous… ce que tu as fait pour moi… mais je… » Alice se tût, avalant un énième sanglot. Derrière la grande fenêtre du couloir, les mains se heurtaient en acclamation. « Je veux que tu saches que… je te suis reconnaissante… pour tout. Jacob, lorsqu’il nous reviendra, le sera également. » Alice ignorait si sa voix parviendrait à passer le bois noble qui constituait la porte de la chambre. Peut-être même était-elle insonorisée. Qu’importe.
Alice se recroquevilla un peu plus sur elle même. Son front contre ses genoux, elle referma les yeux. Des secrets rongeaient le cœur de Thomas. Aujourd’hui, Alice avait pu en apercevoir la couleur. Noir, elle le pressentait. Sinon, Thomas en aurait parlé. Il les aurait exposé à Père, à Alice. Il s’en serait vanté. Mais, de toutes évidences, ceux-ci étaient trop obscures pour être dévoilés. Alice serrait les dents. Qu’avait-il fait pour ainsi exploser face à Père ? Jamais Thomas ne montrait ce qu’il ressentait. Son masque était solide. C’était une seconde peau. Alice, bien qu’elle ne lui avouerait sans doute jamais, l’admirait pour cela. Il était le prodige Sangblanc. Le digne héritier de la branche principale.
Soudain, Alice sentit la porte s’ouvrir dans son dos. Elle bascula la tête en arrière. Thomas la regardait, un sourcil haussé. « N’as-tu donc rien trouvé de plus confortable que ma porte ? » Alice étira un maigre sourire. Elle essuya ses yeux contre ses poignets de soie vêtus. « Il faudrait songer à la faire capitonner.
— Fais donc capitonner la tienne si cela te chante. La mienne me va ainsi. Entre. Je ne sais pas pour toi, mais notre estimée famille a doté ma chambre de fauteuil. »
Les doigts de Thomas se délièrent pour aider sa soeur à se redresser. Son masque était de nouveau ancré dans sa peau.
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À la veille d’une nouvelle ère
J-4
Assise sur l’un des canapés de la chambre de Thomas, Alice se pencha pour récupérer un énième chocolat. Les emballages se succédaient sur la table en un monticule doré. Thomas observait sa soeur avec un sourire, ses bras étendus sur le dossier de son fauteuil. Il se retenait de tout commentaire, quand bien même quelques plaisanteries roulaient sur ses lèvres. A moins que ce ne soit l’image qu’il désirait donner.
Alice essuya sa lèvre chocolatée de son pouce. Elle s’appuya dans le dossier du canapé, ses genoux légèrement inclinés sur le côté.
« Qu’as-tu fait de si terrible pour ne pas trouver judicieux de t’en vanter ? »
Le sourire de Thomas se figea pendant un instant. Il détailla Alice pendant ces quelques secondes. Alice ne le quittait pas des yeux, le menton légèrement levée. « Tu as l’air convaincue que mes mains sont sales.
— Elles le sont, à n’en point douter.
— Le ton moralisateur ne te sied pas, Alice. D’autant plus après avoir vidé mes réserves de chocolat suisse. »
Alice envoya paître ses moqueries d’un geste de la main. « Épargne moi tes facéties. Je ne te jugerai point. Je ne suis plus une enfant. J’ai le droit de savoir quels sacrifices pavent le chemin que j’emprunte chaque jour. »
A ces mots, Thomas détourna le regard, soudain obscurci. Il remua doucement la tête, sa langue clapotant son palais. « Tu es encore une enfant à mes yeux. Et tu le resteras des éons pour chacun ici.
— Tu ne réponds point à ma question.
— Bien au contraire.
— Thomas, je t’en conjure. J’en ai assez des secrets.
— Déjà ? Par tous les dieux, mais qu’en sera t-il quand tu ne seras plus une enfant ? »
Alice se saisi d’un coussin et l’expédia dans le visage de Thomas. Elle se releva, furieuse. « Tout ce que je souhaite, c’est t’aider !
— Pas à moi, petite vipère. Ce que tu désires, c’est nourrir ta curiosité.
— C’est faux.
— Quand bien même. Je n’ai pas dit cela à Père pour que tu portes ce fardeau. Alors sois aimable, et fais moi confiance : je n’ai nullement besoin d’aide. »
Thomas lissa le tissu du coussin avant de le tapoter pour lui redonner une forme convenable. Il souriait, le damné. « Tu m’épuises, Thomas. » La voix agacée d’Alice semblait l’amuser. Il haussa une épaule, comme pour signifier qu’il en avait parfaitement conscience.
Alice en avait assez de ce maudit masque dont il ne se séparait jamais.
Presque jamais.
« — Moi aussi, j’ai des secrets. Des secrets qui feraient frémir Grand-Père lui même.
— Je vois très bien de quels secrets tu parles… “J’ai embrassé un garçon dans le labyrinthe de l’école”, “je suis amoureuse de mon professeur d’art”… à moins qu’il ne s’agisse de ta professeure de potion ? Ah, Aphrodite elle même pâlirait devant tant de beauté…
— J’ai monté un réseau de résistance au sein de Poudlard. »
Thomas s’étrangla dans son sourire. Un sourcil se haussa. « Plaît-il ? ». Alice ne daigna répondre. Ses mains se nouèrent dans son dos alors que son menton se dressait. Thomas s’avança sur son siège, dubitatif. Après avoir longuement observé Alice, il daigna sourire à nouveau, moqueur. « Oh… un réseau de résistance dans une école… pour protester contre les repas trop copieux, peut-être ? Non ! Je sais ! Pour repousser le couvre-feu ! »
Le visage d’Alice se froissa d’agacement. Elle récupéra un chocolat et le jeta à Thomas. La papillote percuta la main tendue du sorcier qui faisait mine de se protéger, exagérant volontairement la violence de la scène. Par Circée, ce qu’elle pouvait le détester lorsqu’il se comportait ainsi.
Thomas le savait. Il libéra le chocolat de son emballage et l’engouffra entre ses lèvres. Il mâcha longuement, ses pommettes haussées par son amusement.
« En réalité », poursuivit Alice en ramenant ses mains dans son dos, « Je donnais les informations glanées auprès des familles Sang-Pur à un membre de la Résistance adulte. »
Cette fois, aucun sourire ne fendit le visage de Thomas, aucun rire ne le secoua. Il s’était figé. Son masque se fissurait.
Alice courba le dos pour se pencher, jusqu’à être à la hauteur du visage de son frère. « A faire frémir Grand-Père… n’est-ce pas ? »
Avant qu’elle ne se redresse, la main de Thomas bondit pour se saisir de sa nuque. Sa main froide contre sa peau glaça le sang d’Alice. « Est-ce une plaisanterie, Alice ? » . Le regard de Thomas avait changé. Il n’y avait plus l’ombre d’une moquerie. « Vois-tu… moi aussi, l’enfant, j’ai des secrets. Et je daigne les partager avec toi. Fais en autant. »
Alice ne parvenait pas à savoir ce qui se passait réellement dans l’esprit de son frère. Il la fixait, les sourcils froncés, les lèvres entrouvertes. Il avait des choses à dire, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. Thomas avait toujours des choses à dire.
Mais cette fois, il demeurait désespérément muet.
Alice se dégagea de l’emprise de son frère en s’éloignant de lui. Thomas la suivait du regard, son regard s’obscurcissant au fil des secondes.
Sans un mot supplémentaire, Alice prit congé… avant de finalement faire demi tour pour récupérer le bol aux chocolats suisses. Alice sentit son regard lui chauffer le dos jusqu’à ce que la porte ne se referme derrière elle. Thomas ne lui livrerait pas ses secrets facilement. Mais il le ferait, en échange de ceux d’Alice. Le kelpie était ferré.
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