Exhalation
Mer d’Irlande, Automne 2046
Bras croisés, le buste incliné en arrière, l’adolescent regarde distraitement un éparpillement de dessins jonchant le bureau de sa cabine. Tous sont l’œuvre de la même main. Pas la sienne, assurément. Celle d’une enfant, qui doit actuellement être sur terre, par-delà l’horizon septentrional qui s’offrait à lui. À combien de miles nautiques était niché ce coin perdu d’Écosse ? Il n’allait certainement pas se lever pour vérifier avec des outils de navigation, la vague idée d’un lointain lui suffisait. Ces papiers ne résultaient pas d’un fatras quelconque d’affaires, ils avaient été en réalité sortis à dessein de la pochette qui les conservait. Leur disposition éparse ne trahissait pas de chronologie, mais il savait que le plus récent n’était pas coloré. Craignant qu’un air trop humide ne les déformât, il ne les avait pas exposés dehors, mais bien au sec. Hjúki avait déjà vu l’encre et les couleurs pleurer sous l’averse, avait fait l’expérience de la vulnérabilité imprévisible du graphite. L’on pouvait s’étonner de retrouver intacts de vieux gribouillis de jeunesse au crayon, ou sentir la déception de retrouver un support rendu quasi vierge par le temps. Ces dessins méritaient-il une protection contre les éléments ou ne devait-il pas les laisser vivre ? La vision des décors du château lui était supportable, lui évoquant bien plus la fillette qui en était l’origine que les lieux en eux-mêmes.
Saisissant le dernier croquis, il le redresse devant son visage, à la verticale. La luminosité génère ainsi une presque-transparence et il se plonge dans cette lucarne donnant sur Dublin. Ce n’est pas sa ville, ses jeunes années ont été bercé par les flots atlantiques de la côte ouest de l’Irlande mais aujourd’hui, naviguant sur cette mer, il s’en est sans doute rapproché. Il se remémore la fiole de Corrib, ancrage fluide offert à son ambassadrice. Où mène désormais le fil de ses racines ? Les mots exacts qui accompagnaient cette image se sont dilués depuis l’heur où il les avait découverts. Alors, l’adolescent avait reporté. Épargné par le broiement des pierres écossaises, les tracas de l’élève avaient effleuré une sensation ancienne qu’il s’était gardé de confronter. La rentrée était passée depuis quelques semaines, et Hjúki dénicha la lettre pour refaire connaissance avec son contenu en caressant pensivement une plume du bout des doigts. Elle glissa sur un papyrus, la pointe appliquant une encre d’un vert profond rappelant la surface de l’eau.
Chère Elizabeth,
Je me demande, en te lisant, si tu penses que ta difficulté à trouver ta place concernerait plutôt la magie ou l’école. Es-tu accordée à tes pouvoirs mais désalignée sur la façon dont le château veut s’en faire le tuteur ; ou est-ce un décalage avec ta propre source ? Les mages sont présents partout en ce monde, et les façons d’aborder sa magie sont si variées que je peux croire que les méthodes de Poudlard ne sont pas nécessairement les plus naturelles à l’intégralité des élèves. D’un autre côté, outre la relation au cadre académique, celle que tu cultives avec ta magie n’est pas sans importance. Elle n’est pas forcément instinctive, ou innée et peut évoluer au fil de ton évolution.
J’ai peu vu Dublin, elle est plus vaste que Galway et je suis sûr qu’elle doit avoir d’autres lieux où sont exposés des tableaux en nombre. Peut-être visiterai-je un jour ce musée, j’apprécierais y observer des lyres de nos bardes irlandais s’il s’en trouve. Mes remerciements en tout cas pour le partage visuel de ton passage à la capitale.
Je ne me suis certes pas engagé dans des études encadrées, elles n’auraient pas assez contrasté avec ce que j’avais connu jusqu’alors. Si cela peut en rassurer certains, j’avais besoin de changement et d’autonomie. Voguant sur la mer d’Irlande, j’apprends à appréhender ce que je vois, ma magie sous un nouveau jour. Tu as plus que le temps avant déterminer à quoi tu te destineras à l’avenir ; dans le présent, ta nouvelle année te paraît-elle éclairée différemment après cette rentrée redoutée ?
Hjúki Anastase
Exhalation
Hiver 2046, Résidence Cholomondeley, Flagley-Le-Haut,
Assise à table, le dos droit, le menton relevé mais le regard fixé sur son assiette, Elizabeth resta silencieuse. Pour ce Noël, elle devait subir la présence de sa famille maternelle, qu'elle détestait plus que quiconque. En effet, ses grands-parents étaient obnubilés par la pureté du sang, comme une grande partie des familles de Sang Pur. La fillette ne comprenait pas la raison pour laquelle leur sang faisait d'eux des êtres plus importants, et n'avait aucune envie de le savoir: elle ne voyait aucun mal à côtoyer une personne si elle l'appréciait.
- Dis moi Elizabeth, comment se passe ta scolarité à Poudlard ?
L'intéressée releva les yeux: sa grand-mère lui avait adressé la parole, après avoir discuté en long et en large de la politique actuelle sans la regarder une seule fois. En d'autres termes, des sujets qui n'intéressaient pas la jeune Poufsouffle. Il n'y avait plus qu'elle et sa grand-mère à table, tout le monde s'était dirigé vers le salon pour continuer la soirée. Elizabeth comptait sortir dernière afin de s'éclipser dans sa chambre: de toute manière personne n'allait remarquer sa disparition. Mais sa grand-mère venait de perturber ses plans. Elle soupira. La deuxième année n'avait aucune envie de lui répondre, aucune envie de la regarder et aucune envie d'être assise à cette table dans cette maison, mais afin d'éviter les foudres de sa famille, elle répondit en souriant:
- Très bien grand-mère, les cours sont très intéressants, les professeurs passionnés par leurs cours, je n'ai aucun mal à m'en sortir.
Elle subissait en partie Poudlard, mais bien entendu elle n'allait pas le mentionner: elle s'était décidée de faire abstraction de ce qui la dérangeait, de ce sentiment de mal-être, et de simplement profiter de tous les moments possibles, aussi horribles soient-ils. Du moins elle essayait. Profiter de la présence de sa famille maternelle était un parfait exemple.
- Bien, bien. Et dis moi, tu as des amis au sein de l'école ? Des amis recommandables bien entendu.
Elizabeth serra les points sous la table: elle devait forcément parler de la pureté du sang, c'était nécessaire chez elle.
- Je m'entends avec quelques camarades, répondit-elle vaguement, mais je préfère rester seule.
Elle ne voulait mentionner personne, sa grand-mère était capable de beaucoup de choses: elle préférait se décrire comme une élève solitaire, peu intéressée par les interactions sociales. C'était mieux ainsi pour tout le monde.
- Il est vrai qu'il vaut mieux rester seule que de parler avec ces individus peu fréquentables. J'ai entendu dire que tu tenais une correspondance, qui a la chance de recevoir tes lettres ?
Elizabeth se pétrifia et releva le regard vers la femme: cette dernière ressemblait terriblement à Meghan, elle paraissait souriante et heureuse, mais ce n'était qu'un masque. Telle mère, telle fille. Enfin pour elles, Elizabeth ne ressemblait pas à sa mère.
- Quelqu'un que j'ai rencontré il y a longtemps et que j'ai revu à Poudlard l'année dernière.
La jeune Poufsouffle sentait qu'elle ne devait pas lui mentir, pas maintenant, mais il était hors de question d'en dire plus. Elle n'avait aucune idée de comment elle était au courant, ni de pourquoi elle lui posait cette question.
- C'est ton ami ?
Elizabeth tentait de contenir ses tremblements, mais c'était trop tard: elle paniquait, elle perdait le contrôle de la situation. Cela arrivait trop souvent avec cette vieille femme qui avait une présence bien trop oppressante. Au moment où elle comptait se lever pour fuir, elle entendit une voix qui la ramena à la réalité:
- Mère ? Elizabeth ? Nous vous attendons dans le salon, dépêchez vous.
C'était sa propre mère qui venait de probablement la sauver de cette situation désastreuse. Ou peut-être d'enfoncer le couteau dans la plaie.
- Meghan excuse nous, nous étions en pleine discussion vois-tu...
- Elizabeth tu es toute pâle !
Sa mère s’approcha rapidement, posant une main qui paraissait inquiète sur son front:
- Elle est sortie plus tôt dans la soirée, sous la pluie, excuse la mère, mais j'ai l'impression qu'elle est tombée malade. Il vaut mieux qu'elle aille se reposer dans sa chambre, au calme.
La deuxième année était sous le choc: elle venait de lui donner une excellente excuse pour échapper aux griffes de la vieille dame. Surtout qu'elle n'était pas malade, ou du moins, c'était sa grand-mère qui l'avait rendue malade. Elle s'éclipsa donc dans sa chambre, sans écouter la discussion entre mère et fille: elle avait besoin d'être seule, et vite. Une fois enfermée, elle s'allongea dans son lit, encore tremblante: pourquoi devait-elle subir tout ça ? Et pourquoi son entourage était aussi ciblé ? Même les personnes que la femme ne connaissait pas étaient visées. Elle avait parlé de Hjúki, du moins elle connaissait l'existence de ses lettres. À cause de qui ? De Meghan probablement. Mais pourquoi donc ? Encore une histoire de pureté de sang. Elle soupira: heureusement que son père était là pour la couvrir avec ses interactions avec le monde moldu, sinon elle n'oserait pas imaginer la réaction de sa grand-mère face à cette découverte... Elizabeth se souvint qu'elle n'avait pas encore répondu au garçon, elle devait profiter de ce temps libre pour rédiger un hibou, et l'envoyer une fois qu'elle sera rentrée chez elle.
Assise à table, le dos droit, le menton relevé mais le regard fixé sur son assiette, Elizabeth resta silencieuse. Pour ce Noël, elle devait subir la présence de sa famille maternelle, qu'elle détestait plus que quiconque. En effet, ses grands-parents étaient obnubilés par la pureté du sang, comme une grande partie des familles de Sang Pur. La fillette ne comprenait pas la raison pour laquelle leur sang faisait d'eux des êtres plus importants, et n'avait aucune envie de le savoir: elle ne voyait aucun mal à côtoyer une personne si elle l'appréciait.
- Dis moi Elizabeth, comment se passe ta scolarité à Poudlard ?
L'intéressée releva les yeux: sa grand-mère lui avait adressé la parole, après avoir discuté en long et en large de la politique actuelle sans la regarder une seule fois. En d'autres termes, des sujets qui n'intéressaient pas la jeune Poufsouffle. Il n'y avait plus qu'elle et sa grand-mère à table, tout le monde s'était dirigé vers le salon pour continuer la soirée. Elizabeth comptait sortir dernière afin de s'éclipser dans sa chambre: de toute manière personne n'allait remarquer sa disparition. Mais sa grand-mère venait de perturber ses plans. Elle soupira. La deuxième année n'avait aucune envie de lui répondre, aucune envie de la regarder et aucune envie d'être assise à cette table dans cette maison, mais afin d'éviter les foudres de sa famille, elle répondit en souriant:
- Très bien grand-mère, les cours sont très intéressants, les professeurs passionnés par leurs cours, je n'ai aucun mal à m'en sortir.
Elle subissait en partie Poudlard, mais bien entendu elle n'allait pas le mentionner: elle s'était décidée de faire abstraction de ce qui la dérangeait, de ce sentiment de mal-être, et de simplement profiter de tous les moments possibles, aussi horribles soient-ils. Du moins elle essayait. Profiter de la présence de sa famille maternelle était un parfait exemple.
- Bien, bien. Et dis moi, tu as des amis au sein de l'école ? Des amis recommandables bien entendu.
Elizabeth serra les points sous la table: elle devait forcément parler de la pureté du sang, c'était nécessaire chez elle.
- Je m'entends avec quelques camarades, répondit-elle vaguement, mais je préfère rester seule.
Elle ne voulait mentionner personne, sa grand-mère était capable de beaucoup de choses: elle préférait se décrire comme une élève solitaire, peu intéressée par les interactions sociales. C'était mieux ainsi pour tout le monde.
- Il est vrai qu'il vaut mieux rester seule que de parler avec ces individus peu fréquentables. J'ai entendu dire que tu tenais une correspondance, qui a la chance de recevoir tes lettres ?
Elizabeth se pétrifia et releva le regard vers la femme: cette dernière ressemblait terriblement à Meghan, elle paraissait souriante et heureuse, mais ce n'était qu'un masque. Telle mère, telle fille. Enfin pour elles, Elizabeth ne ressemblait pas à sa mère.
- Quelqu'un que j'ai rencontré il y a longtemps et que j'ai revu à Poudlard l'année dernière.
La jeune Poufsouffle sentait qu'elle ne devait pas lui mentir, pas maintenant, mais il était hors de question d'en dire plus. Elle n'avait aucune idée de comment elle était au courant, ni de pourquoi elle lui posait cette question.
- C'est ton ami ?
Elizabeth tentait de contenir ses tremblements, mais c'était trop tard: elle paniquait, elle perdait le contrôle de la situation. Cela arrivait trop souvent avec cette vieille femme qui avait une présence bien trop oppressante. Au moment où elle comptait se lever pour fuir, elle entendit une voix qui la ramena à la réalité:
- Mère ? Elizabeth ? Nous vous attendons dans le salon, dépêchez vous.
C'était sa propre mère qui venait de probablement la sauver de cette situation désastreuse. Ou peut-être d'enfoncer le couteau dans la plaie.
- Meghan excuse nous, nous étions en pleine discussion vois-tu...
- Elizabeth tu es toute pâle !
Sa mère s’approcha rapidement, posant une main qui paraissait inquiète sur son front:
- Elle est sortie plus tôt dans la soirée, sous la pluie, excuse la mère, mais j'ai l'impression qu'elle est tombée malade. Il vaut mieux qu'elle aille se reposer dans sa chambre, au calme.
La deuxième année était sous le choc: elle venait de lui donner une excellente excuse pour échapper aux griffes de la vieille dame. Surtout qu'elle n'était pas malade, ou du moins, c'était sa grand-mère qui l'avait rendue malade. Elle s'éclipsa donc dans sa chambre, sans écouter la discussion entre mère et fille: elle avait besoin d'être seule, et vite. Une fois enfermée, elle s'allongea dans son lit, encore tremblante: pourquoi devait-elle subir tout ça ? Et pourquoi son entourage était aussi ciblé ? Même les personnes que la femme ne connaissait pas étaient visées. Elle avait parlé de Hjúki, du moins elle connaissait l'existence de ses lettres. À cause de qui ? De Meghan probablement. Mais pourquoi donc ? Encore une histoire de pureté de sang. Elle soupira: heureusement que son père était là pour la couvrir avec ses interactions avec le monde moldu, sinon elle n'oserait pas imaginer la réaction de sa grand-mère face à cette découverte... Elizabeth se souvint qu'elle n'avait pas encore répondu au garçon, elle devait profiter de ce temps libre pour rédiger un hibou, et l'envoyer une fois qu'elle sera rentrée chez elle.
Son hibou s'était terminé brusquement. Et c'était inhabituel. Elle n'avait plus la force d'écrire un mot de plus. Du moins c'était ce qu'elle pensait.Cher Hjúki,
J'ai réfléchi à la réponse que tu m'as donné dans ton dernier hibou, et je pense que tu as en partie raison: je n'ai jamais vraiment appréciée les cadres scolaires dans lesquels j'ai pu être, et à mon avis Poudlard, même si c'est bien différent des écoles moldus, n'échappe pas à la règle. Je pense que je ne peux pas y faire grand chose, et que je vais simplement me contenir et trouver un maximum de positif dans ma façon de vivre et d'évoluer au château. Puis tu parles de ma relation avec ma magie... J'ai l'impression qu'elle m'est encore inconnue. C'est une nouvelle quête à rajouter à ma liste haha.
Je t'en prie pour le dessin ! Je dessine beaucoup, un peu tout et n'importe quoi, je suis contente que celui là te plaise. Je t'en partagerai d'autres à l'avenir. Et je pense que le musée pourrait te plaire... Même s'il y en a d'autres dans la région qui m'intriguent bien plus que lui. Comme le musée d'Ulster: bien plus axée sur l'art comme je l'aime. Il y a des galeries d'art, d'histoire, de sciences naturelles, et même un énorme jardin ! J'essayerai d'y aller un jour. J'ai d'autres musées en tête, mais je ne vais pas t'envoyer un hibou juste pour te lister des propositions de musées... Les paysages eux-même méritent d'être visité.
Ta façon de voir les choses m'impressionne: j'ai l'impression que tu es... libre ? Personne ne peut te reprocher ton choix, si c'est nécessaire alors il faut le faire. Je garde tes mots en tête, ça m'aidera sûrement un jour ou l'autre.
Ma rentrée tant redoutée s'est passée calmement je dirai. Elle a le mérite de ne pas avoir été horrible. Il faut que je passe au dessus de ce mal-être, si c'est vraiment Poudlard le problème, j'ai encore moins de 5 ans à tenir. Ça va le faire. Je pense. J'y crois. Ça ira.
Elizabeth M.
Info sur le TDI- 5e année RP - cofondatrice de la PTC #D9603B - Inspectrice Elisabête, experte en déstabilisation des Bôs Debilus - Traîneuse de catastrophes comme un boulet attaché à sa cheville- Retard RP- L'entarteuse de Poudlard (Senku<3)
Exhalation
Highland, Printemps 2047
S’apprêtant à quitter le village sorcier, ses jambes l’entraînent dans un virage peu maîtrisé trahissant une forme d’incongruence entre la direction machinale de ses pas et l’émergence d’une nouvelle idée. En voyant défiler le décor de moins en moins dense d’habitations, il avait perçu et identifié à rebours la présence d’une accommodation dans la périphérie de son champ de vision, lui rappelant une affaire à traiter. Pivotant sur ses talons, ses Perles-de-Nótt suivent le sillon de l’artère centrale jusqu’à dénicher au loin l’architecture de la poste magique, et continuent sur le tracé de la route menant au château. Hésitant, il ne reprend pas la marche en un sens ou dans l’autre. À cette rare occasion, l’adolescent se trouve à une singulière proximité de sa jeune correspondante, a priori encore trop jeune pour flâner dans ces rues. S’ils n’ont pas changé, les prix du service postal sont bien trop prohibitifs pour songer y avoir recours, d’autant que l’émissaire aurait une distance des plus réduites à couvrir, c’est pourquoi il finit par s’éloigner en repensant à une lettre arrivée vers le passage entre les années. À mesure qu’il approche ses quartiers, le jeune Anastase sonde sa mémoire à la recherche d’une mélodie qui soutiendrait au mieux une invocation à la baguette. Le chant des sirènes, celui qui impose à Ulysse de quitter le navire, résonne comme une option aussi adaptée qu’amusante en songeant qu’un homonyme est à bord de l’embarcation d’où il a accosté. L’adolescent s’imprègne mentalement de la mise en musique de ce chœur d’attraction entendu dans „Tannhäuser“, une ancienne légende allemande, et se concentre. À l’approche du littoral, il se sent prêt et attend d’arriver sur le pont avant d’appeler magiquement le nécessaire conservé dans sa cabine. Il aurait pu récupérer le tout physiquement, mais concède qu’un peu de pratique fait honneur aux enseignements de sa Sœur-de-Cœur. S’asseyant pour relire la lettre, il se caresse le menton en goûtant à la nouvelle dimension que prennent les lignes après s’être trouvé à portée de vue de ladite institution plus tôt dans la journée. Son encre est brune, rappelant certains tons rocheux de la bâtisse, alors que le défi d’une réponse sous le sceau de l’optimisme pèse sur sa plume.
Chère Elizabeth,
Le paysage humain du château est changeant, une nouvelle génération arrive chaque rentrée et nous ne sommes pas toujours suivis sur l’intégralité du parcours par les mêmes enseignants, certains rapports que tu entretiens avec des disciplines pourraient varier si tu es amenée à côtoyer des mentors différents au cours des études, l’attrait de certains apprentissages scolaires dépend également du programme variant chaque année ; même s’il l’on n’échappe pas au cadre académique. Qui sait, peut-être se trouve-t-il à Poudlard quelque aîné pour te montrer comment combiner ta magie à tes dessins ?
Tu évoques avec tant d’enthousiasme ce musée que je pourrai être tenté de visiter l’Irlande du Nord, Belfast m’est encore bien peu familière.
Il est plus difficile de faire preuve de patience sans perspective en vue. La durée de sept années m’évoque le conte des douze frères. La benjamine d’une fratrie a vu ses frères transformés en corbeaux et doit, pour qu’ils retrouvent forme humaine, faire vœu de silence durant sept années. Au long cela soit-il, malgré les embûches et l’adversité, elle y parvient, car son horizon est clair : elle sait que venir à bout de ces années libérera ces frères. Dans la variante du conte des six cygnes, ce sont six années. Toujours est-il qu’avoir en vue la récompense au terme du chemin aiderait. Parviens-tu à imaginer une destinée réjouissante qui se présenterait à l’orée du cycle à Poudlard ? Si te souhaites lire ces récits plus en détail, j’ai joint à ce papyrus le premier volume des Contes de Grimm, en espérant qu’ils t’inspireront.
Hjúki Anastase