Défoule-moi, défoule-toi A.B

Leo l'aime, ce sourire féroce qui se fraie un chemin à travers le visage concentré de Bristyle. Le regard posé sur la Poufsouffle – la batteuse sait qu'elle a frappé le cognard suffisamment fort pour qu'il ne représente pas de danger dans l'immédiat – l'enthousiasme creuse deux fossettes profondes dans ses propres joues.

Contrairement à la septième année qui se détourne à nouveau rapidement afin de se focaliser sur le cognard, l'attention de la rouge et or reste fixée sur Aelle. Elle l'observe. L'observe se préparer, l'observe ancrer ses pieds dans l'herbe, vérifier ses appuis, lever sa batte, l'observe se concentrer avec une légère appréhension peut-être, mais surtout avec détermination. Et c'est ça le plus important, lui valant même un petit hochement de tête approbateur de la part de la capitaine.

Leo guette chacune des réaction de la sorcière face à la balle folle qui décrit un arc de cercle suffisamment irrégulier pour que tout mathématicien s'offusquerait de voir la trajectoire ainsi qualifiée, avant de revenir à toute allure dans leur direction. Et pendant tout ce temps, les paroles de son ainée défilent en boucle dans son esprit. Tu ne me proposeras pas la même chose quand je te montrerai comment je me défoule ! Elle se doute qu'Aelle a laissé échapper ses mots spontanément peut-être, sans trop y réfléchir, dans le feu de l'action. Pourtant, ils restent scotchés dans l'esprit de la rousse, impossible de s'en défaire. Elle n'arrive même pas à cerner le ton de ces mots-là : provocateurs ? orgueilleux ? prétentieux, assurés... menaçants ? Dur à dire, peut-être un mélange de tout cela mais ce qui reste, c'est qu'indéniablement, ces mots ont quelque chose de d'aussi intimidant que d'attrayant. Quelque chose de fort, quelque chose qui embrase les joues, illumine le regard d'une espèce de fièvre sauvage, fait battre le cœur un peu plus fort et qui, dans un élan d'audace peut-être, lui arrachent à son tour une réponse – ou une nouvelle question dont l'intention et le sous-ton est pourtant clair :

"Ah ouais tu crois ?"

Le cognard est maintenant suffisamment proche pour que l'impact soit quasi-immédiat. Aelle semble prête, Leo l'est tout autant. La poing fermement serré autour du manche de la batte, la capitaine sait qu'elle sera la cible de la frappe de la sorcière. La batte d'Aelle percute le cognard, la rencontre bois-fer dégage un fracas sourd et dès ce moment-là, Leo sait qu'elle n'aura pas besoin de bouger d'un pouce pour éviter la balle folle. La direction est approximativement bonne, la précision absolument pas au rendez-vous.

Et pourtant, l'enivrement qu'irradie la Poufsouffle est contagieux. Leo se laisse transpercer par le regard vif d'Aelle sans le fuir où détourner ses prunelles bleues. Et bien qu'à présent décousu, de façon à ne pas être certaine que sa vis-à-vis fera le lien, elle lâche fermement, en complément à ce qu'elle a amorcé avant :

"Sous-estime-moi pas, Bristyle."

Rien qu'à cette affirmation, une nouvelle vague d'adrénaline déferle dans le sang de Leo. Elle réalise que ce n'est pas la session de frappe de cognard qui lui fait cet effet-là. Pour que l'anglaise puisse réellement se défouler, il aurait fallu accroître le challenge et attiser le danger, ajouter un balai, du mouvement, de la vitesse, de l'imprévisibilité, libérer non pas un seul, mais deux cognards par exemple, de quoi surprendre une batteuse qui fréquente quasiment quotidiennement les balles de fer. Non, la source de son effervescence ce n'est pas ce cognard qu'elle sait maîtriser, apprivoiser et soumettre à sa volonté. C'est Aelle Bristyle. Elle, Aelle, impossible de la maîtriser, de l'apprivoiser et ne serait-ce que d'envisager la soumettre à un quelconque volonté. Aelle l'intimidante, la féroce, l'imprévisible. Pour l'instant, elle semble plutôt trouver satisfaction dans l'activité que Leo lui a proposée. Mais jusqu'à où est-ce qu'elle est prête à aller ? Jusqu'à où est-ce qu'elle peut aller – tant physiquement que mentalement ?

Sous-estime-moi pas, Bristyle, parce que moi, j'vais aller te chercher.

Leo lui a accordé deux frappes d'entraînement. A présent, il est temps de pousser les choses plus loin. La Gryffondor veut la titiller, la défier, l'irriter, chercher en elle tout ce qu'elle a à montrer. Alors, sans même lui lancer un "attention" ou un "prépare-toi", Leo se détourne d'Aelle pour se focaliser entièrement sur le cognard qui revient déjà dans sa direction. Souple sur ses deux pieds, la batteuse se déplace de quelques mètres afin d'obtenir un angle de frappe idéal. Les deux mains empoignant le manche, Leo lève la batte, les yeux fixés sur la balle de fer qui s'approche. Cette frappe, elle sera puissante. Elle sera précise, directe, impitoyable.

Vlan !


Le choc lui remonte en vibrations le long du bras jusqu'à dans l'épaule, mais la Gryffondor est suffisamment habituée pour ignorer l'écho légèrement douloureux de l'impact. Sur les lèvres de Leo, un sourire satisfait : cette frappe, elle est puissante. Elle est précise, directe, impitoyable et elle se dirige tout droit vers Bristyle. Et si elle veut éviter de se la prendre de plein fouet en plein torse, elle va devoir réagir. Lever la batte, se jeter au sol, peu importe, mais réagir. Et rapidement.

Sous-estime-moi pas, Bristyle, parce que moi, je ne compte rien t'épargner.

Action : cogner
Cible : Aelle Bristyle
Dernière modification par Leo Ginger le 1 nov. 2024, 14:47, modifié 1 fois.

ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin

Défoule-moi, défoule-toi A.B
Les mots de Ginger dansent encore dans mon esprit quand la balle me fonce dessus. « Sous-estime moi pas ». Ça tourne encore et encore, et toutes les répliques que j'avais sur le bord des lèvres (de « je ne t'ai jamais sous-estimé » à « prouve-moi que je n'ai pas de raison de le faire »), toutes ces répliques s'évaporent brusquement lorsque le claquement bruyant du cognard contre sa batte résonne jusque dans mes oreilles. A cet instant précis, je n'ai plus le temps de penser ou de ressentir. Mon corps tout entier se tend parce que le cognard me fonce dessus, et que c'est exactement ce que souhaitait Ginger.

C'est comme si quelque chose, ou quelqu'un, avait soufflé la bougie de ma conscience. Le silence total se fait dans mon esprit. Plus rien ne bouge, plus rien ne frémit. Aucune alarme ne s'allume dans mon crâne. Il n'y a guère que mon cœur pour battre à vive allure, dans un rythme fou, sauvage, incontrôlable. Mon cœur est le seul qui peut réagir comme il faut : il crève de peur. J'aurais aimé dire que j'ai réagi en toute conscience, que j'ai eu les bonnes pensées et les bons gestes, mais ce serait me mentir à moi-même. La vérité, c'est que mon corps a choisi pour moi. Ce corps habitué depuis des années à s'entraîner avec un irascible esprit oiseau serpentaire qui n'hésitait pas à m'ordonner, pour contrebalancer son absence de contrôle sur les corps et les objets physiques de ce monde, d'enchanter des pierres pour m'apprendre à éviter les sortilèges et renforcer ma défense. Aujourd'hui, ni pierre ni sortilège. Une simple balle en fer. Mais si elle me percute, ce n'est pas un simple bleu qui m'attend. Je n'ai aucune intention de me casser quoi que ce soit aujourd'hui.

Je lève maladroitement le bras. Et si j'ai la vague envie d'attraper ma baguette magique pour réduire la balle en miettes, c'est pourtant une batte que j'ai entre les doigts et c'est avec celle-ci que je décide (que mon corps décide) de me défendre. Je devine automatiquement que je n'ai pas la position adéquate. D'ailleurs, la balle arrive trop vite, je ne peux pas mobiliser ma force. Je lève la batte en bois et je ne dois qu'à mes réflexes le mouvement qui me permet de me déplacer sur le côté pour ne pas présenter en plus de la batte mon corps en pâture à la balle en fer.

Le choc est puissant, déstabilisant. Mon bras part en arrière et la balle folle est renvoyée dans une trajectoire complètement aléatoire, à une vitesse beaucoup trop faible pour que je me sente en sécurité. Déjà, elle effectue le virage de retour ; je suis bonne pour une nouvelle rencontre avec elle. Je serre les dents pour ignorer la douleur de l'impact qui remonte jusque dans mon épaule. J'affirme la prise de mes doigts sur le manche en bois. Mon cœur cogne avec violence et résonne dans mes oreilles. À cet instant, je ne pense plus à la capitaine, à sa réplique. Il n'y a que la douleur dans mes muscles, les battements sauvages dans mon cœur. Et, se dessinant sur le décors du stade, une balle dont la réputation n'est plus à faire qui s'approche de plus en plus. Six, cinq, quatre secondes, deux secondes... Le bruit de l'impact éclate comme un orage et me bousille les tympans. Mais cette fois-ci, je suis prête. Ma position est meilleure, j'ai davantage de contrôle sur ma force. La balle file à vive allure loin de moi, loin de Ginger, dans la direction vague des anneaux que je n'ai même pas cherché à viser.

Mon bras retombe le long de mon corps. Le bout de ma batte frôle l'herbe. À chaque inspiration, c'est comme si une gangue de feu m'emprisonnait les poumons. Malgré cela, je me tourne vers Ginger qui réapparaît miraculeusement au devant de ma conscience. Je la considère silencieusement, puis un sourcil vient se dresser sur mon front.

« Si tu essayais de m'avoir, c'est loupé, je lui lance sur un ton moqueur. Avec un peu plus de force, ça aurait pu réussir. »

J'accueille avec bonheur la brise qui soulève mes cheveux et sèche la sueur sur mon front. Je prends tout juste conscience de l'effet de l'adrénaline sur mon corps. La chaleur, le rythme cardiaque qui s'affole. Oui, j'ai eu peur, toutes les cellules de mon être ont réagit ; est-ce pour cela que je me sens bien, presque détendue ? C'est la même chose que je ressens lorsque je m'entraîne en Salle sur demande et que les mannequins me renvoient mes sortilèges. Quand je vois le fuseau de magie me foncer dessus, que je connais sa nature et l'effet qu'il aura sur moi si je le laisse m'atteindre, c'est comme si tout se réveillait en moi. Mais cette sensation n'est pas comparable avec celle qui m'envahit lorsque je parviens à éviter le sortilège, le détourner ou que je lui présente un bouclier solide. Ici, dans ce stade, je n'ai pas encore ressenti cette sensation-là. Je ne ressens aucune puissance à l'idée d'avoir renvoyé la balle qui, je le sais, reviendra très vite — peut-être parce que je suis encore loin de maîtriser la posture et tout ce qui est nécessaire à une bonne frappe ?

Mes yeux se plissent très légèrement avant que je ne détourne le regard pour observer le vol de la balle en fer.

« Si je te sous estimais, je serai même pas là, précisé-je à Ginger d'une voix unie avant de poursuivre sur le ton de celle qui reprend une conversation déjà entamée : je comprends que tu préfères avoir une cible... mouvante. Ça défoule mieux, hein ? »

N'est-ce pas, Ginger ? Viser dans le vide, ça n'apaise pas cet immense besoin de se défouler.