CLOS Protego ou pas Protego, telle est la question Dominic Khan

Focaliser mon esprit sur le souvenir. Ne pas le perdre, ne pas le laisser s'effacer. Aucune chance. Plus j'inspire, plus il se renforce en précision, plus les secondes s'égrènent et plus les mots du professeur résonnent à mes oreilles, et plus il apparaît clairement. Les sons, les odeurs, ce que j'ai ressenti à ce moment-là, tout est de plus en plus palpable. Et plus cette vision s'impose à moi, plus je me sens envahi de mille émotions qui me tiraillent, toutes plus puissamment les unes que les autres. Les contenir n'est possible que parce que je me concentre autant que je le peux sur l'exercice, et que je m'accroche à mon objectif.

J'écoute attentivement, plus concentré que jamais. Un léger hochement de tête. Mon intuition, d'accord. La gestuelle ? Protego ? Je n'ai pas fait attention, mais avant même de pouvoir y penser, les doigts de ma main gauche tressaillent, prêts à faire le mouvement du sort. J'essaye de comprendre l'objectif de l'exercice, où le professeur veut m'emmener, et je m'immerge de plus en plus dans le flux de mes pensées tournées toutes dans une même direction.

Imperceptiblement, mon menton s'abaisse, comme si cela m'aidait à mieux chercher au fond de moi-même. Un besoin. Oui, ce besoin. Plus j'y pense, plus ma peau picote et plus mes articulations s'échauffent.

Un geste spontané, sans réfléchir. Pour réussir, il faut que j'oublie que j'y pense et tout recommencer. Le souvenir, l'émotion... et le besoin.

Je sens la présence de ma mère à côté de moi. Mais avant que quoi que ce soit d'autre ne puisse arriver, je sens mon bras gauche brusquement se tendre pour s'interposer entre elle et ce qui tient face à maman. Puis la silhouette se floute, et prend une forme indistincte. Il n'y a pas qu'elle. Mon mouvement a été si vif, qu'il me tire hors de mes contemplations, et me fait rouvrir les yeux. Je réalise que j'ai oublié de respirer.

Comme si ma main ne m'appartenait pas, je la regarde, les yeux grands ouverts, sentant un filet de sueur rouler le long de ma tempe, le souffle court. Je ferme et j'ouvre le poing, et je regarde le professeur.

"Comme ça ? Je... je sais pas trop pourquoi j'ai fait ça, j'ai..."

J'ai pas réfléchi, comme demandé. Mais le fait que ce soit cette vision et ce mouvement qui se soient imposés me plongent dans une assez grande confusion.

CLOS Protego ou pas Protego, telle est la question Dominic Khan
Les mains à plat sur le bureau, Dominic observait avec attention le moindre tressaillement sur le visage de Brando, qui gardait les yeux fermés. On aurait pu entendre une mouche voler tant l'atmosphère de la pièce était tendue par des fils invisibles matérialisant l'extrême concentration de l'élève et du professeur, l'un parce qu'il se pliait à un exercice inconnu, l'autre parce qu'il essayait de répondre au mieux aux attentes du premier. Peut-être qu'en fin de compte, leurs deux profils n'étaient pas si éloignés en cet instant. Peut-être même que leurs fonctions s'emmêlaient et s'enchevêtraient, pour s'unir dans une quête d'une magie toujours plus fine parce que toujours plus personnelle. La définition d'un grand sorcier n'était-elle pas de revenir à cet aspect fondamental de la sorcellerie, l'inséparabilité entre son essence et l'expression de son art ?

L'heure n'était pas aux envolées lyriques, aussi Dominic plissa légèrement les yeux pour se concentrer à nouveau sur son élève. La force de réflexion qui semblait tendre chacun de ses muscles était telle qu'elle semblait suspendre le temps, jusqu'à ce que...

Les paupières de Dominic clignèrent dans la fraction de seconde qui suivit le geste de Brando. Ce dernier avait désormais les yeux ouverts, et les fils invisibles de sa concentration s'étaient relâchés, contrairement à son bras qui, lui, restait tendu devant lui.

« Comme ça ? », demanda le Poufsouffle, visiblement confus. Un sourire se dessina sur les lèvres de Dominic.

« Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise manière de faire cet exercice, Monsieur Brando. L'essentiel est que vous vous soyez concentré sur ce sentiment impérieux de protéger l'objet ou la personne qu'il vous tient à cœur de protéger. Pour vous, c'est ce geste qui est le plus à même de le faire, et non la gestuelle officielle du sort que vous souhaitez pourtant apprendre. Pour d'autres, cela pourrait se matérialiser par un cercle, une diagonale... Parce que ce sort ne sert peut-être pas les mêmes intérêts pour eux. Est-ce que vous me suivez ? »

En attendant la confirmation du jeune homme, Dominic se redressa pour prendre le temps de réfléchir à ce qu'il allait dire ensuite.

« Il serait vain de vous exercer à lancer ce sort alors qu'il n'est pas encore à votre niveau. Mais il est possible de vous entraîner à le lancer "à vide", sans baguette, et en vous concentrant sur la gestuelle spontanée qui vous vient lorsque vous éveillez en vous ce besoin qui transparaît dans votre intérêt pour ce sortilège. Quelle serait cette gestuelle si vous-même étiez la personne à protéger ? Et s'il s'agissait d'un parent, d'un ami... Les potentialités semblent infinies. Interrogez-vous sur les raisons de l'évolution de ce geste, s'il y en a une. Vous connaissez sûrement déjà la pratique de la magie sans baguette, c'est un exercice qui peut s'y apparenter même si c'est un domaine qui demande lui aussi de l'expérience et un travail sur soi-même. »

Le professeur ne savait pas vraiment si cet exercice avait satisfait les attentes de Brando, mais c'étaient les pistes de réflexion qu'il pouvait lui proposer pour travailler un sort hors de sa portée. Afin d'éviter de créer d'éventuelles frustrations chez son élève, Dominic poursuivit, presque sur le ton de la confidence :

« Avez-vous des questions sur ce que vous avez ressenti, ou sur l'exercice en général ? Est-ce qu'il vous semble adéquat pour préparer le terrain ? »

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Encore désolé pour le retard !
567 mots.

#4c4b16 - Baleine gracieuse

CLOS Protego ou pas Protego, telle est la question Dominic Khan
L'entièreté de mon corps picote et semble me démanger. Comme si toute la magie qui était contenu dans mon organisme, emprisonné par ma chair, me suppliait de la laisser sortir pour exploser. Les mots du professeur glissent sur moi, s'entassent et s'accumulent, roulant comme des petits cailloux le long du versant d'une colline. Evidemment que je donne l'entièreté de mes ressources mentales pour écouter et capter le moindre mot, mais je sens que je ne pourrais pas tous les retenir. Mister Khan emploie un vocabulaire beaucoup trop compliqué pour moi, empruntant des chemins rhétoriques et des figures de styles qui s'enchaînent trop rapidement.

Trop de concepts, trop de notions, trop de pensées et d'idées, mon esprit est incapable de se focaliser sur une seule chose. Je veux répondre à plusieurs de ses phrases, mais à chaque fois que j'ouvre la bouche, une nouvelle pensée s'impose à moi. Et c'est la seule chose que je retiens.

"Travail."

Travail. J'ai du travail à faire, des efforts à fournir, des niveaux à dépasser, à surpasser, encore et encore. Mon visage se teinte d'une détermination renouvelée, alors que je réalise que je n'ai absolument pas terminé ma phrase, tant j'étais concentré sur cet objectif.

"Euh, j'veux dire, oui, j'vais travailler beaucoup ! Euh, j'ai... j'ai pas tout compris, mais ça m'motive grave par contre."

Les fourmis qui ont trouvé naissance dans mes jambes commencent à remonter le long de mon corps, et réclament mon mouvement, m'interdisant de rester assis plus longtemps. Je me redresse, et m'éloigne vers la porte petit à petit, mon regard alternant entre la sortie et le professeur. Une chaleur gagne mon visage, et je le devine devenir rouge petit à petit sous l'excitation, et mon sourire s'agrandir malgré moi.

"Désolé, faut qu'j'aille m'entraîner du coup, j'vais suivre vos conseils ! Euh, vraiment, merci beaucoup m'sieur, ça va beaucoup m'aider j'en suis sûr ! Belle journée !!"

Et sur ce, à moins qu'il me retienne, je détale à toute allure en direction de la salle sur demande, trop impatient de mettre en pratique de nouvelles méthodes d'entraînement.

Merci beaucoup d'avoir aidé Narc sur çaaaa, c'est top héhé !