Échos d'azur
Totalement ensorcelé, songé-je en regardant le vieil homme s'éloigner vers la maison. Zikomo l'a totalement et irrémédiablement ensorcelé, au point que le sorcier ne fait plus attention ni à moi ni à son petit-fils. C'est le pouvoir de Zikomo, je le sais. Son pelage bleu, sa petite taille, sa capacité à parler... Il ensorcelle, moi aussi je suis tombée dans la panneau au tout début, même si c'était totalement différent. Cela fait longtemps que je n'avais plus vécu pareille scène. Cela m'arrivait plus régulièrement à Poudlard, avec tous ces idiots subjugués par le Mngwi. Mes lèvres se pincent. Je me fiche d'être invisible au regard des autres, mais je déteste l'idée que les yeux du vieux ne parviennent pas à se détourner de mon ami.
Comme si c'était tout à fait normal et que nous avions discuté ensemble de l'envie de poursuivre cette conversation et cette visite — ce qui est très loin d'être la vérité —, le sorcier ouvre le portail menant à la maison et nous invite à pénétrer dans le jardin intérieur.
Mon soupir déborde de mes lèvres lorsque je consens à passer le portail, suivit du gamin qui ne dit rien. J'abandonne Zikomo derrière moi, puisqu'il a absolument envie de partager des histoires avec ce vieil homme qui, peut-être, l'hypnotise aussi en retour. Non. Mon cœur renâcle. Je refuse qu'une telle chose arrive. Je m'immobilise tout contre un buisson qui mériterait une bonne taille pour me retourner vers l'entrée, surveillant Zikomo qui trottine et pénètre à son tour dans ce lieu qui semble protégé de toute la frénésie qui secoue la capitale.
De là, je peux les entendre. J'entends la question du sorcier. Je lève les yeux au ciel. Quelque chose de singulier, une énergie particulière... Ce que c'est ridicule ! Allez, continue de le brosser dans le sens du poil. Comme si ça pouvait t'aider à t'en faire un ami. Je trouve vraiment ridicules ces compliments qui ne cessent de pleuvoir de la bouche du vieil homme. Une moue me déforme le visage, mais je ne détourne pas les yeux de Zikomo parce que j'ai peur que, hypnotisé comme il est, il se mette à raconter des vérités que nous n'avons jamais partagé à personne.
« Je suis bien des choses, mais le plus souvent je suis un ami, » répond alors le Mngwi d'une voix légère.
Il tourne le regard vers moi vers moi ; je devine toutes les émotions qui se cachent derrière ses deux perles dorées. Je les connais pour les ressentir également. Et je m'en veux de me sentir moins agacée parce que Zikomo énonce des paroles recouvertes de miel.
« Parfois je suis un conseiller, un camarade de jeu ou simplement une curiosité que l'on rencontre sur son chemin. Et vous, qu'êtes-vous ? »
Je lève les yeux à cette réponse alambiquée. Bon, finalement j'avais tort de m'inquiéter : les deux vont s'échanger quelques paroles philosophiques et nous nous arrêterons là, parfait. Un nouveau soupir déborde par mes lèvres et je m'éloigne dans le jardin ravagé par le temps, ennuyée d'avance par cette discussion à venir qui ne m'intéresse en rien. Je pose le pied sur l'une des pierres dallées du chemin menant à la maison en me demandant si je vais le suivre pour aller voir ce qui se trouve là-bas, puisque je suis déjà ici. Malheureusement, il n'y a pour le moment rien d'intéressant qui attise ma curiosité et je sens revenir au devant de ma conscience les pensées moroses qui m'ont poussé à accepter la balade proposée par Zikomo et dont il est en train de me priver.
Naturellement, mon regard tombe sur le seul être des environs qui n'est pas occupé par cette conversation à bâtons rompus qui m'ennuie autant qu'elle m'exaspère. Alors à cet adolescent qui n'a presque pas dit un mot depuis que nos chemins se sont croisées dans la ruelle, tout à l'heure, je lance :
« Y a-t-il seulement la moindre magie qui se cache ici ? »
D'une voix traînante, les mains cachées au fond de mes poches. Dans l'espoir, peut-être, qu'il puisse m'apporter un élément de réponse qui expliquerait la raison de ma présence ici et qui m'empêcherait d'abandonner Zikomo derrière moi sur un coup de tête.
Enfin Aelle parle à Mattew ! Je suis contente qu'elle n'ait pas décidé de les planter là.
Comme si c'était tout à fait normal et que nous avions discuté ensemble de l'envie de poursuivre cette conversation et cette visite — ce qui est très loin d'être la vérité —, le sorcier ouvre le portail menant à la maison et nous invite à pénétrer dans le jardin intérieur.
Mon soupir déborde de mes lèvres lorsque je consens à passer le portail, suivit du gamin qui ne dit rien. J'abandonne Zikomo derrière moi, puisqu'il a absolument envie de partager des histoires avec ce vieil homme qui, peut-être, l'hypnotise aussi en retour. Non. Mon cœur renâcle. Je refuse qu'une telle chose arrive. Je m'immobilise tout contre un buisson qui mériterait une bonne taille pour me retourner vers l'entrée, surveillant Zikomo qui trottine et pénètre à son tour dans ce lieu qui semble protégé de toute la frénésie qui secoue la capitale.
De là, je peux les entendre. J'entends la question du sorcier. Je lève les yeux au ciel. Quelque chose de singulier, une énergie particulière... Ce que c'est ridicule ! Allez, continue de le brosser dans le sens du poil. Comme si ça pouvait t'aider à t'en faire un ami. Je trouve vraiment ridicules ces compliments qui ne cessent de pleuvoir de la bouche du vieil homme. Une moue me déforme le visage, mais je ne détourne pas les yeux de Zikomo parce que j'ai peur que, hypnotisé comme il est, il se mette à raconter des vérités que nous n'avons jamais partagé à personne.
« Je suis bien des choses, mais le plus souvent je suis un ami, » répond alors le Mngwi d'une voix légère.
Il tourne le regard vers moi vers moi ; je devine toutes les émotions qui se cachent derrière ses deux perles dorées. Je les connais pour les ressentir également. Et je m'en veux de me sentir moins agacée parce que Zikomo énonce des paroles recouvertes de miel.
« Parfois je suis un conseiller, un camarade de jeu ou simplement une curiosité que l'on rencontre sur son chemin. Et vous, qu'êtes-vous ? »
Je lève les yeux à cette réponse alambiquée. Bon, finalement j'avais tort de m'inquiéter : les deux vont s'échanger quelques paroles philosophiques et nous nous arrêterons là, parfait. Un nouveau soupir déborde par mes lèvres et je m'éloigne dans le jardin ravagé par le temps, ennuyée d'avance par cette discussion à venir qui ne m'intéresse en rien. Je pose le pied sur l'une des pierres dallées du chemin menant à la maison en me demandant si je vais le suivre pour aller voir ce qui se trouve là-bas, puisque je suis déjà ici. Malheureusement, il n'y a pour le moment rien d'intéressant qui attise ma curiosité et je sens revenir au devant de ma conscience les pensées moroses qui m'ont poussé à accepter la balade proposée par Zikomo et dont il est en train de me priver.
Naturellement, mon regard tombe sur le seul être des environs qui n'est pas occupé par cette conversation à bâtons rompus qui m'ennuie autant qu'elle m'exaspère. Alors à cet adolescent qui n'a presque pas dit un mot depuis que nos chemins se sont croisées dans la ruelle, tout à l'heure, je lance :
« Y a-t-il seulement la moindre magie qui se cache ici ? »
D'une voix traînante, les mains cachées au fond de mes poches. Dans l'espoir, peut-être, qu'il puisse m'apporter un élément de réponse qui expliquerait la raison de ma présence ici et qui m'empêcherait d'abandonner Zikomo derrière moi sur un coup de tête.
Enfin Aelle parle à Mattew ! Je suis contente qu'elle n'ait pas décidé de les planter là.
Échos d'azur
Mattew se retourna vers cette fille qui bien qu'étant à ses côtés tout au long de la marche, ne lui avait pas réadressé la parole depuis leur premier échange, pour le moins décousu. Ce fut donc avec étonnement qu'il se vit confirmer que c'était bien à lui qu'elle posait sa question. Question qui le prenait d'autant plus au dépourvu qu'il n'avait pas la moindre réponse à y apporter. Philip n'avait en effet pas daigné lui donner plus d'indications sur leur destination, sinon l'adresse de cette étrange bâtisse à l'allure sensiblement délabrée.
‒ De la magie ? Euh je... Je sais pas, je suis jamais venu ici.
Sa réponse s'était faite hésitante, à l'image de sa présence depuis son arrivée à Godric's Hollow. Et cela risquait de ne pas faciliter leur échange déjà compliqué. Pourtant en y réfléchissant à deux fois, le garçon retrouvait quelques éléments qui pourraient faire office de réponse, du moins en profiler une piste. Se remémorant les discussions qu'il avait eues avec Philip les jours passés, il entreprit d'en extraire les quelques informations notables.
‒ Enfin si j'pense. J'crois qu'ça a un lien avec de la famille mais j'en sais pas plus.
Ce n'était sans doute là que de trop maigres hypothèses, mais c'était tout ce qu'il avait à lui offrir pour le moment, quand bien même cela n'allait pas aider à lui redonner beaucoup d'enthousiasme. De son côté, Philip continuait de converser tranquillement avec la petite créature bleue - Mattew n'avait pour le moment pas trouvé de meilleure tournure nominative. Malgré le manque évident d'envie de dialoguer qui transparaissait de la fille, il se risqua à une question, sans doute par trop grande curiosité. Car cette créature était bien trop étrange pour y rester indifférent pour le commun des mortels qu'il incarnait. Essayant de rester le plus calme et le moins intrusif possible, bien que présageant déjà la réponse, Mattew reprit la parole :
‒ Désolé de te demander... Qu'est-ce qu'il est exactement ?
Le jeune garçon ramena ensuite son regard vers le vieil homme. Celui-ci semblait accueillir les dernières paroles du petit être bleuté avec plus de surprise, juste avant que son visage ne se fende d'un sourire : "C'est déjà beaucoup que d'être tout cela", fit-il remarquer. Il paraissait à la fois amusé et profondément intéressé par ce que lui disait cet interlocuteur aussi spécial qu'inattendu. Du point de vue de Mattew, la discussion apparaissait surtout comme une suite ininterrompue de paroles enrobées de double sens qu'il était incapable de saisir. Ou peut-être la question du sens n'existait-elle tout simplement pas et chacun ne faisait que lâcher ça et là des mots aux allures mystiques pour le simple plaisir de la dialectique.
‒ Oh, ce que je suis, vraiment ? Sans doute rien de plus qu'un vieil homme qui raconte tout un tas de bêtises, dit-il dans un haussement d'épaules, d'un rire léger qui s'effaça aussi vite qu'il était apparu. Mattew se refusait à croire que Philip ne serait "qu'un vieillard" entrain de radoter comme il se présentait. Son aïeul avait pour habitude d'ironiser sur son âge, en omettant toujours de détailler les longues années d'existence qu'il avait eues. La main ridée du vieillard se posa sur la poignée de ce qui semblait être la porte principale, à en juger par l'allée qu'ils les y avait conduit.
‒ Mais il me reste une chose, reprit-il en tapotant doucement son front de ses vieilles mains ridées. Des souvenirs, des histoires... Tout est là, et c'est tout ce qu'il me faut pour être. Quand tout cela sera parti, alors je ne serai plus, conclut-il avec détachement, comme si ce qu'il disait semblait le plus naturel du monde. La tonalité de cette dernière phrase semblait clore leur énigmatique discussion, du moins un morceau. Car il semblait déjà presque évident que ce n'était que partie remise, chose qui fut rapidement confirmée par le vieil homme.
‒ Bienvenue chez moi. Vous vouliez savoir ce que je suis, en voici un bref aperçu. Faîtes attention c'est un peu imprévisible comme endroit, soixante-quatorze ans que je n'y ai pas mis les pieds, finit-il avant de plonger le premier dans maison, comme si son message de prévention ne s'adressait pas à lui.
La porte s'était ouverte sur un hall assez étroit qui n'avait rien de très singulier. Et dans l'obscurité qui y régnait, il était bien difficile de distinguer quoi que ce soit. Seul le crissement du parquet leur permettait d'identifier la matière sous leurs pieds. C'est pourquoi le vieil homme agita rapidement sa baguette pour illuminer l'entrée ; il avait beau dire qu'il était vieux, il était loin de perdre sa magie. Leurs pas les entraînèrent ensuite dans un long couloir qui débouchait sur une grande pièce au cœur de la maison. Là Philip pointa sa baguette une chandelle qui pendait au plafond et en alluma les bougies, comme s'il connaissait l'emplacement exact de cet objet à peine perceptible. Une douce lumière les éclaira alors, révélant ce qui se présentait comme la pièce à vivre de l'habitation.
Étonnement, le mobilier ne paraissait pas en désordre, et l'espace était plutôt chaleureux bien que dégradé par les années. C'était à se demander depuis combien de temps quelqu'un y avait mis les pieds. Légèrement sur leur gauche, une grande table à manger était encore disposée, ses chaises soigneusement rangées, comme si l'on attendait encore des gens pour le souper. Entre deux tableaux de peinture, un escalier en colimaçon menait au deuxième étage. Il n'y avait pas de fenêtre, mais un trou dans le plancher de l'étage supérieur laissait passer un filet de lumière, ainsi qu'un petit air frais qui faisait s'hérisser les poils des visiteurs. Différentes portes semblaient ouvrir sur d'autres parties de la maison ; il aurait bien fallu un bon coup de balai pour dépoussiérer cet endroit.
Philip s'avança continua tout droit en contournant et s'agenouilla devant un meuble à tiroir, sur lequel étaient disposés plusieurs plusieurs cadres, dont une gravure représentant ce qui semblait être un manoir. Sans y prêter la moindre attention, le vieil homme déverrouilla la commode d'un coup de baguette et se mit à farfouiller un peu partout dedans, en tirant ça et là plusieurs papiers. Il se redressa soudain et, sans se retourner, adressa quelques mots aux autres visiteurs - son arrière-petit-fils faisant exception - pour leur signifier qu'il n'oubliait pas leur présence.
‒ Vous savez je ne veux pas vous retenir... Je crois que la demoiselle là-bas s'impatiente un peu.
Le ton employé n'invitait pas à partir, mais leur rappelait qu'ils étaient libre de leur présence ici. Le choix leur appartenait. S'ils acceptaient, le vieil homme deviendrait leur guide.
‒ De la magie ? Euh je... Je sais pas, je suis jamais venu ici.
Sa réponse s'était faite hésitante, à l'image de sa présence depuis son arrivée à Godric's Hollow. Et cela risquait de ne pas faciliter leur échange déjà compliqué. Pourtant en y réfléchissant à deux fois, le garçon retrouvait quelques éléments qui pourraient faire office de réponse, du moins en profiler une piste. Se remémorant les discussions qu'il avait eues avec Philip les jours passés, il entreprit d'en extraire les quelques informations notables.
‒ Enfin si j'pense. J'crois qu'ça a un lien avec de la famille mais j'en sais pas plus.
Ce n'était sans doute là que de trop maigres hypothèses, mais c'était tout ce qu'il avait à lui offrir pour le moment, quand bien même cela n'allait pas aider à lui redonner beaucoup d'enthousiasme. De son côté, Philip continuait de converser tranquillement avec la petite créature bleue - Mattew n'avait pour le moment pas trouvé de meilleure tournure nominative. Malgré le manque évident d'envie de dialoguer qui transparaissait de la fille, il se risqua à une question, sans doute par trop grande curiosité. Car cette créature était bien trop étrange pour y rester indifférent pour le commun des mortels qu'il incarnait. Essayant de rester le plus calme et le moins intrusif possible, bien que présageant déjà la réponse, Mattew reprit la parole :
‒ Désolé de te demander... Qu'est-ce qu'il est exactement ?
Le jeune garçon ramena ensuite son regard vers le vieil homme. Celui-ci semblait accueillir les dernières paroles du petit être bleuté avec plus de surprise, juste avant que son visage ne se fende d'un sourire : "C'est déjà beaucoup que d'être tout cela", fit-il remarquer. Il paraissait à la fois amusé et profondément intéressé par ce que lui disait cet interlocuteur aussi spécial qu'inattendu. Du point de vue de Mattew, la discussion apparaissait surtout comme une suite ininterrompue de paroles enrobées de double sens qu'il était incapable de saisir. Ou peut-être la question du sens n'existait-elle tout simplement pas et chacun ne faisait que lâcher ça et là des mots aux allures mystiques pour le simple plaisir de la dialectique.
‒ Oh, ce que je suis, vraiment ? Sans doute rien de plus qu'un vieil homme qui raconte tout un tas de bêtises, dit-il dans un haussement d'épaules, d'un rire léger qui s'effaça aussi vite qu'il était apparu. Mattew se refusait à croire que Philip ne serait "qu'un vieillard" entrain de radoter comme il se présentait. Son aïeul avait pour habitude d'ironiser sur son âge, en omettant toujours de détailler les longues années d'existence qu'il avait eues. La main ridée du vieillard se posa sur la poignée de ce qui semblait être la porte principale, à en juger par l'allée qu'ils les y avait conduit.
‒ Mais il me reste une chose, reprit-il en tapotant doucement son front de ses vieilles mains ridées. Des souvenirs, des histoires... Tout est là, et c'est tout ce qu'il me faut pour être. Quand tout cela sera parti, alors je ne serai plus, conclut-il avec détachement, comme si ce qu'il disait semblait le plus naturel du monde. La tonalité de cette dernière phrase semblait clore leur énigmatique discussion, du moins un morceau. Car il semblait déjà presque évident que ce n'était que partie remise, chose qui fut rapidement confirmée par le vieil homme.
‒ Bienvenue chez moi. Vous vouliez savoir ce que je suis, en voici un bref aperçu. Faîtes attention c'est un peu imprévisible comme endroit, soixante-quatorze ans que je n'y ai pas mis les pieds, finit-il avant de plonger le premier dans maison, comme si son message de prévention ne s'adressait pas à lui.
La porte s'était ouverte sur un hall assez étroit qui n'avait rien de très singulier. Et dans l'obscurité qui y régnait, il était bien difficile de distinguer quoi que ce soit. Seul le crissement du parquet leur permettait d'identifier la matière sous leurs pieds. C'est pourquoi le vieil homme agita rapidement sa baguette pour illuminer l'entrée ; il avait beau dire qu'il était vieux, il était loin de perdre sa magie. Leurs pas les entraînèrent ensuite dans un long couloir qui débouchait sur une grande pièce au cœur de la maison. Là Philip pointa sa baguette une chandelle qui pendait au plafond et en alluma les bougies, comme s'il connaissait l'emplacement exact de cet objet à peine perceptible. Une douce lumière les éclaira alors, révélant ce qui se présentait comme la pièce à vivre de l'habitation.
Étonnement, le mobilier ne paraissait pas en désordre, et l'espace était plutôt chaleureux bien que dégradé par les années. C'était à se demander depuis combien de temps quelqu'un y avait mis les pieds. Légèrement sur leur gauche, une grande table à manger était encore disposée, ses chaises soigneusement rangées, comme si l'on attendait encore des gens pour le souper. Entre deux tableaux de peinture, un escalier en colimaçon menait au deuxième étage. Il n'y avait pas de fenêtre, mais un trou dans le plancher de l'étage supérieur laissait passer un filet de lumière, ainsi qu'un petit air frais qui faisait s'hérisser les poils des visiteurs. Différentes portes semblaient ouvrir sur d'autres parties de la maison ; il aurait bien fallu un bon coup de balai pour dépoussiérer cet endroit.
Philip s'avança continua tout droit en contournant et s'agenouilla devant un meuble à tiroir, sur lequel étaient disposés plusieurs plusieurs cadres, dont une gravure représentant ce qui semblait être un manoir. Sans y prêter la moindre attention, le vieil homme déverrouilla la commode d'un coup de baguette et se mit à farfouiller un peu partout dedans, en tirant ça et là plusieurs papiers. Il se redressa soudain et, sans se retourner, adressa quelques mots aux autres visiteurs - son arrière-petit-fils faisant exception - pour leur signifier qu'il n'oubliait pas leur présence.
‒ Vous savez je ne veux pas vous retenir... Je crois que la demoiselle là-bas s'impatiente un peu.
Le ton employé n'invitait pas à partir, mais leur rappelait qu'ils étaient libre de leur présence ici. Le choix leur appartenait. S'ils acceptaient, le vieil homme deviendrait leur guide.
Reducio

@Aelle Bristyle
Je cherche les Couleurs.
Échos d'azur
La réponse du gamin m'inspire un soupir qui coule sur mes lèvres quand je lève la tête pour observer la façade décrépie de la grande maison. De la magie familiale, alors, songé-je sans chercher à cacher ma moue déçue et sans cesser non plus d'observer la maison. Je ne prends pas la peine de me tourner pour offrir mon regard ou ma réaction au garçon qui m'a répondu. Je pensais qu'il y a aurait un peu plus que cela. Quitte à venir ici, suivre les lubies de Zikomo, autant que ce soit pour une bonne raison et pour faire des découvertes intéressantes. Mais je commence à me dire qu'il ne reste plus rien, ici, plus rien d'autre que des souvenirs. Les souvenirs des autres ne m'ont jamais intéressés. Les miens propres ne m'intéressent d'ailleurs pas beaucoup non plus et j'évite en général d'y plonger.
À mon plus grand malheur, le jeune n'a pas terminé de parler. Peut-être aurais-je dû répondre quelque chose à sa décevante réponse, cela l'aurait encouragé à ne pas me poser la question qu'il me pose. Malheureusement, c'est trop tard. Je me tourne vers lui avec un grognement de dépit, les yeux roulant dans leur orbite.
« T'as pas entendu sa réponse ? » grommelé-je en désignant Zikomo du menton ; un peu plus loin sur le chemin, il continue de discuter avec le vieillard.
Mais je joue avec les mots, moi aussi, contrairement au gosse qui a demandé ce qu'il était exactement. Alors je pousse un énième soupir, fronce les sourcils et marmonner quelque chose, l'oreille tendue pour écouter la réponse que donne le vieil homme à mon ami.
« Quelque chose que tu ne reverras plus jamais. » Ce qui n'est pas un mensonge. « Et dont je n'ai pas envie de parler. »
Et en attendant, le vieil homme donne une réponse de vieil homme. Il raconte qu'il est la somme de tous ses souvenirs, ce qui est sans doute vrai mais je trouve que c'est une réponse d'un ennui particulièrement profond. Moi, je ne suis pas la somme de mes souvenirs. Je suis une future chercheuse. Je suis une étudiante. Je suis une femme douée en magie, douée tout court, je suis une excellente sorcière. Je suis beaucoup plus que ces scènes que j'accumule dans ma mémoire, c'est évident.
Zikomo, bien sûr, est ravi par cette réponse alambiqué. Je le vois à sa façon de dresser les oreilles. Et il bondit sur le sol pour trottiner à la suite du vieil homme qui avance vers la maison, prenant son invitation à entrer comme une obligation à entrer. Je suis affligée de les voir avancer puis entrer dans la maison. Zikomo n'aurait-il pas pu se contenter de répondre puis de prendre congé poliment ? En passant devant moi, il ralentit et me lance ce regard que je reconnaîtrais entre mille. Il n'a pas besoin de parler pour que je sache ce qu'il pense, tout se voit sur sa gueule : j'ai envie de rentrer ! Viens avec moi si tu veux ou attends moi dehors. Mais je préférerais que tu viennes. Puis il trottine joyeusement derrière l'homme et pénètre dans la maison.
Je n'ai pas la moindre idée de l'intérêt de tout cela. Il n'y a sans doute rien ici, ni trace de magie intéressante à étudier, ni vieil artefact intéressant. Alors pourquoi sommes-nous ici ? Pourquoi suis-je ici ? Juste pour écouter les histoires d'un vieillard ? Mais cela ne m'intéresse pas ! Pourtant, j'avance. J'avance jusqu'à mettre un pied dans le hall de la maison et que s'éloignent derrière moi les bruits de la rue, la fraicheur de l'hiver et la lumière du jour. Ne reste plus que l'odeur de la poussière et l'étrange silence que l'on retrouve toujours dans les maisons vides. Mes talons résonnent sur le sol lorsque j'avance dans le couloir à la suite des trois autres. Zikomo est déjà loin devant et je ne le vois plus. Je le retrouve seulement lorsque je pénètre à mon tour dans un grand salon.
Sur un geste du vieil homme, les lumières s'allument et les flammes des bougies jettent des ombres tremblantes sur les murs. Mes yeux parcourent le mobilier bien préservé. Un frisson coule dans mon dos. C'est comme si quelqu'un était parti un jour après avoir tout rangé et avait décidé de ne jamais revenir. Combien de temps a dit le vieux ? Soixante-quatorze ans. Je m'éloigne de quelques pas pour approcher de la table à manger. Mes doigts parcourent le bois de la table.
Quand le vieux reprend la parole, je me tourne pour l'apercevoir. Il parle de moi. Je hausse les épaules avec nonchalance.
« Vous ne retenez personne, » dis-je d'une voix lasse et traînante, et c'est comme si j'avais dit : je suis libre de partir quand je le désire. Puis, en parcourant la pièce des yeux, j'affirme : « La magie préserve cet endroit. »
Zikomo, qui s'est arrêté sur le pas de la porte et qui regarde tout autour de lui comme s'il découvrait un lieu absolument passionnant, cligne des yeux à mon affirmation. Je devine qu'il va parler : ses oreilles se tournent vers le vieux une demi-seconde avant qu'il prenne la parole.
« Je crois qu'on va rester encore un peu, dit-il sur un ton complice. Pourquoi revenir aujourd'hui, si cela fait soixante-quatorze ans ? »
Moi, j'aurais plutôt questionné sur la magie présente dans les lieux, mais Zikomo a toujours été du genre à être intéressé par l'inintéressant. Alors je poursuis mon chemin dans la pièce et fait le tour de la table en laissant glisser mes doigts sur sa surface lisse, tout en jetant au passage un regard au garçon resté silencieux.
À mon plus grand malheur, le jeune n'a pas terminé de parler. Peut-être aurais-je dû répondre quelque chose à sa décevante réponse, cela l'aurait encouragé à ne pas me poser la question qu'il me pose. Malheureusement, c'est trop tard. Je me tourne vers lui avec un grognement de dépit, les yeux roulant dans leur orbite.
« T'as pas entendu sa réponse ? » grommelé-je en désignant Zikomo du menton ; un peu plus loin sur le chemin, il continue de discuter avec le vieillard.
Mais je joue avec les mots, moi aussi, contrairement au gosse qui a demandé ce qu'il était exactement. Alors je pousse un énième soupir, fronce les sourcils et marmonner quelque chose, l'oreille tendue pour écouter la réponse que donne le vieil homme à mon ami.
« Quelque chose que tu ne reverras plus jamais. » Ce qui n'est pas un mensonge. « Et dont je n'ai pas envie de parler. »
Et en attendant, le vieil homme donne une réponse de vieil homme. Il raconte qu'il est la somme de tous ses souvenirs, ce qui est sans doute vrai mais je trouve que c'est une réponse d'un ennui particulièrement profond. Moi, je ne suis pas la somme de mes souvenirs. Je suis une future chercheuse. Je suis une étudiante. Je suis une femme douée en magie, douée tout court, je suis une excellente sorcière. Je suis beaucoup plus que ces scènes que j'accumule dans ma mémoire, c'est évident.
Zikomo, bien sûr, est ravi par cette réponse alambiqué. Je le vois à sa façon de dresser les oreilles. Et il bondit sur le sol pour trottiner à la suite du vieil homme qui avance vers la maison, prenant son invitation à entrer comme une obligation à entrer. Je suis affligée de les voir avancer puis entrer dans la maison. Zikomo n'aurait-il pas pu se contenter de répondre puis de prendre congé poliment ? En passant devant moi, il ralentit et me lance ce regard que je reconnaîtrais entre mille. Il n'a pas besoin de parler pour que je sache ce qu'il pense, tout se voit sur sa gueule : j'ai envie de rentrer ! Viens avec moi si tu veux ou attends moi dehors. Mais je préférerais que tu viennes. Puis il trottine joyeusement derrière l'homme et pénètre dans la maison.
Je n'ai pas la moindre idée de l'intérêt de tout cela. Il n'y a sans doute rien ici, ni trace de magie intéressante à étudier, ni vieil artefact intéressant. Alors pourquoi sommes-nous ici ? Pourquoi suis-je ici ? Juste pour écouter les histoires d'un vieillard ? Mais cela ne m'intéresse pas ! Pourtant, j'avance. J'avance jusqu'à mettre un pied dans le hall de la maison et que s'éloignent derrière moi les bruits de la rue, la fraicheur de l'hiver et la lumière du jour. Ne reste plus que l'odeur de la poussière et l'étrange silence que l'on retrouve toujours dans les maisons vides. Mes talons résonnent sur le sol lorsque j'avance dans le couloir à la suite des trois autres. Zikomo est déjà loin devant et je ne le vois plus. Je le retrouve seulement lorsque je pénètre à mon tour dans un grand salon.
Sur un geste du vieil homme, les lumières s'allument et les flammes des bougies jettent des ombres tremblantes sur les murs. Mes yeux parcourent le mobilier bien préservé. Un frisson coule dans mon dos. C'est comme si quelqu'un était parti un jour après avoir tout rangé et avait décidé de ne jamais revenir. Combien de temps a dit le vieux ? Soixante-quatorze ans. Je m'éloigne de quelques pas pour approcher de la table à manger. Mes doigts parcourent le bois de la table.
Quand le vieux reprend la parole, je me tourne pour l'apercevoir. Il parle de moi. Je hausse les épaules avec nonchalance.
« Vous ne retenez personne, » dis-je d'une voix lasse et traînante, et c'est comme si j'avais dit : je suis libre de partir quand je le désire. Puis, en parcourant la pièce des yeux, j'affirme : « La magie préserve cet endroit. »
Zikomo, qui s'est arrêté sur le pas de la porte et qui regarde tout autour de lui comme s'il découvrait un lieu absolument passionnant, cligne des yeux à mon affirmation. Je devine qu'il va parler : ses oreilles se tournent vers le vieux une demi-seconde avant qu'il prenne la parole.
« Je crois qu'on va rester encore un peu, dit-il sur un ton complice. Pourquoi revenir aujourd'hui, si cela fait soixante-quatorze ans ? »
Moi, j'aurais plutôt questionné sur la magie présente dans les lieux, mais Zikomo a toujours été du genre à être intéressé par l'inintéressant. Alors je poursuis mon chemin dans la pièce et fait le tour de la table en laissant glisser mes doigts sur sa surface lisse, tout en jetant au passage un regard au garçon resté silencieux.