La mystérieuse Shirin Osmani

Droite sur ma chaise, le corps tendu et prêt à me lever, je m'attends à tout instant à ce que le concierge refuse de répondre à ma dernière – mais curieuse, sincère et intéressée – question. J'ai déjà bien abusé du temps qu'il m'a offert et il ne serait pas étonnant qu'il décide de me mettre à la porte avec le connu « Cette discussion sera pour une prochaine fois » même si, en réalité, il n'y a jamais de « prochaine fois ». Mais la part la plus égoïste de moi-même espère qu'il n'en fera rien et qu'il acceptera de perdre quelques secondes supplémentaires de son précieux temps.

À ses premiers mots, je me dis qu'il va s'arrêter là et m'abandonner sur ces paroles énigmatiques. Il est vrai que ce qu'il m'a dit de Shirin Osmani ne permet en rien d'établir un avis sur ses opinions politiques ou sur ce qu'elle aurait pensé du monde aujourd'hui. En y réfléchissant, je me sens même stupide : à quel moment ai-je cru intelligent de poser une question de ce genre à un de ses proches ? Il n'a aucune raison valable de répondre à mes dernières interrogations qui sont bien peu discrètes et trop déplacées pour une enfant de mon âge. La vérité est que la politique, je n'y connais presque rien, et que, pire encore, je n'en ai presque rien à faire. Ce n'est pas un souci urgent dans ma vie et je suis persuadée que cela n'a pour l'instant pas d'impact sur ce que je fais ni sur comment je le fais.

Néanmoins, j'écoute avec la même attention avide de curiosité et de savoir ce que le concierge a à me partager pour la dernière fois. Je ne suis pas certaine de saisir tout le sens des paroles qu'il prononce. Mais la vision qui se dresse dans mon esprit de Shirin Osmani est celle d'une bonne personne, prête à aider son prochain et à éviter – et mépriser – tout conflit. Je l'admire pour cela. Je ne pense pas être capable de devenir quelqu'un comme elle, malgré toute la bonne volonté que je pourrais y mettre, et certains événements de ce début d'année vont dans le sens de mes pensées. En cela, je ne peux pas considérer Shirin comme un modèle. Mais je l'admire malgré tout et espère qu'un jour, peut-être, je pourrai m'assurer avoir gagné son respect, et que cette marque se manifestera d'un quelconque signe que ce soit.

En silence, je me lève de ma chaise et salue le concierge de la tête. Les mots ne sont plus inutiles, la conversation touche à sa fin. C'est à peine si un souffle s'échappe de mes lèvres et glisse un « Merci pour votre patience » à l'adulte lorsque je quitte son bureau, la tête encore pleine de questions, mais l'esprit apaisé d'avoir pu apercevoir, le temps de quelques minutes, avec quel éclat brillait la présence de Shirin Osmani sur Terre.

Merci, toujours.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur