Le premier jour du reste de ta vie M. Vermillon

Dans le silence qui s’installa dans le bureau après sa question, Eileen sentit naître en elle une étrange quiétude. Comme si le chaos que son père avait semé en son sein il y a des années de cela, s’apaisait enfin, ne serait-ce que le temps de cette conversation. Comme si la Poufsouffle avait retrouvé une paix intérieure qu’elle croyait à jamais disparue. Mais cette paix avait-elle seulement existé un jour ? Avait-elle connu un seul jour, depuis qu’elle avait atteint l’âge de réellement comprendre le monde qui l’entourait, de véritable paix, sans la moindre peur vis-à-vis de son géniteur ? Peut-être bien, mais qu’est-ce qu’un jour sinon une pauvre brindille à laquelle on essaierait de se raccrocher dans un océan déchaîné ?

Elle ferma les yeux, laissant le calme envahir la moindre de ses cellules. Le silence qui était auparavant lourd et oppressant, était désormais plus confortable, donnant l’impression à l’adolescente de respirer avec plus d’aisance. Lorsque ses paupières découvrirent ses orbes bleus, et qu’elle vit Miss Vermillon lui tendre une boîte de mouchoirs, Eileen se redressa sur son fauteuil, et d’une main, elle attrapa un carré de tissu blanc, exprimant sa gratitude au travers d’un « Merci beaucoup, » presque chuchoté.

Un sourire effleura alors les lèvres de la psychomage, et l’Irlandaise s’y accrocha comme à une bouée de sauvetage. Ce simple geste exsudait un certain réconfort, sommé d’un courage qu’elle accueillait les bras ouverts. Ce sourire, Eileen le sentait, n’avait rien de forcé. Il respirait la sincérité, et ça, ça montrait à Eileen qu’elle était sur la bonne voie. Alors, lorsqu’elle reprit la parole, la Poufsouffle resta silencieuse, absorbant les mots avec la gravité de ceux qui cherchaient à comprendre, à s’en sortir. Les réponses qu’elle cherchait, elle devrait les trouver seule, l’adolescente l’avait désormais compris. Miss Vermillon n’était là que pour l’aiguiller, pour l’aider à comprendre les émotions qui la traversaient, à mettre des mots sur ce qu’elle avait occulté jusque-là. Et c’est vers ce deuxième point que la psychomage sembla se tourner.

Eileen inspira profondément, cherchant dans ce chaos intérieur un premier fil à démêler. Que ressentait-elle ? De la peur, de la honte, de la culpabilité ? En fouillant au fond d’elle-même, un profond sentiment de peur émergea. Mais de quoi avait-elle réellement peur ? De ne pas être pardonnée par ceux qui étaient tout pour elle à Poudlard ? Ou avait-elle peur de ne pas se pardonner elle-même ? De ne jamais pouvoir se défaire de sa culpabilité alors qu’elle était également une victime de toute cette histoire.

« Je pense que… » Eileen s’arrêta, se dégagea la gorge, se donnant ainsi le temps de mettre des mots sur ce qu’elle pensait. « Je pense que j’ai peur de ne jamais réussir à me pardonner du mal que j’ai fait à ceux qui m'étaient chers, que cette culpabilité m’empêche de me reconstruire, et de reconstruire des relations si jamais l’occasion m’en est donnée. »

Eileen retomba dans le silence alors que ses doigts se refermèrent sur le mouchoir qu’elle tenait encore dans ses mains. Il lui était étrange d’enfin extérioriser ce qu’elle avait longtemps gardé pour elle. Mais outre l’appréhension qu’elle pouvait avoir quant à la réponse qu’elle allait recevoir, elle était tout de même soulagée d’enfin pouvoir se confier.

« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]