Exécration amicale
L'étudiante sembla surprise par sa réaction mais Sarah ne prit pas le temps d'analyser outre mesure les réactions de la plus jeune. Elle n'était plus son élève et n'avait plus à prendre de pincettes pour une question de protocole et de statut respectif. Quand Aelle avoua avoir un faible pour la citrouille, Sarah ne put que sourire légèrement, avant de le laisser grandir sa satisfaction quand la jeune Bristyle se décida à l'accompagner.
" Oh fort bien, ça me fait plaisir ! Passons d'abord faire le plein de délices à la citrouille auprès de ce brillant Jack O'Pumpkin puis je vous présenterai mes pastilles sonores. Enfin "mes", c'est un bien grand mot et surtout ne vous attendez pas à une chose exceptionnelle, vous risquez d'être déçue. "
Elle se mit en marche, se faufilant parmi les visiteurs tout en continuant à discuter avec son ancienne élève.
" C'était initialement une lubie de ma sœur. J'y ai consacré pas mal de temps et, sans les conseils de Jae Dawson au printemps, je ne sais pas si j'en serai arrivée à bout. Autant les sorts et les runes me sont familiers de part ma formation et mon parcours, autant dans le domaine des potions, j'ai parfois quelques lacunes quand il s'agit d'innover, j'ai toujours des doutes sur l'ingrédient à favoriser, les temps de cuisson... Suivre une recette, c'est une chose, s'improviser potionniste, s'en est une autre. Vous vous débrouillez aussi en potions Aelle non ? Il me semble que oui mais, peut-être que je me trompe. "
Au stand du vieux sorcier gallois, Sarah se tut pour observer les craquants à la citrouille mis à la dégustation.
" Cannelle et fruits d'antan, voilà qui est prometteur. "
En remerciant le cuisinier, elle se servit une part à déguster à son stand et attendit de voir si Aelle en faisait autant pour reprendre son chemin.
" Oh fort bien, ça me fait plaisir ! Passons d'abord faire le plein de délices à la citrouille auprès de ce brillant Jack O'Pumpkin puis je vous présenterai mes pastilles sonores. Enfin "mes", c'est un bien grand mot et surtout ne vous attendez pas à une chose exceptionnelle, vous risquez d'être déçue. "
Elle se mit en marche, se faufilant parmi les visiteurs tout en continuant à discuter avec son ancienne élève.
" C'était initialement une lubie de ma sœur. J'y ai consacré pas mal de temps et, sans les conseils de Jae Dawson au printemps, je ne sais pas si j'en serai arrivée à bout. Autant les sorts et les runes me sont familiers de part ma formation et mon parcours, autant dans le domaine des potions, j'ai parfois quelques lacunes quand il s'agit d'innover, j'ai toujours des doutes sur l'ingrédient à favoriser, les temps de cuisson... Suivre une recette, c'est une chose, s'improviser potionniste, s'en est une autre. Vous vous débrouillez aussi en potions Aelle non ? Il me semble que oui mais, peut-être que je me trompe. "
Au stand du vieux sorcier gallois, Sarah se tut pour observer les craquants à la citrouille mis à la dégustation.
" Cannelle et fruits d'antan, voilà qui est prometteur. "
En remerciant le cuisinier, elle se servit une part à déguster à son stand et attendit de voir si Aelle en faisait autant pour reprendre son chemin.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
Exécration amicale
Ça me fait plaisir, a-t-elle dit. Alors puisque ça lui fait plaisir, je lui emboîte le pas, le cœur encore un peu agité, cachant mes mains moites tout au fond de mes poches. Nous sortons du pavillon réservé aux créations africaines pour prendre le chemin du stand de dégustation pour lequel elle a eu tant de compliments. Prenant soin de marcher près d'elle pour ne pas la perdre, mais pas trop proche non plus afin de ne pas la frôler, je l'écoute avec attention parler de la création qu'elle propose sur son propre stand.
Le beau temps estival est toujours au rendez-vous, comme le confirme le ciel d'un bleu d'azur qui règne au-dessus de nous. Une brise légère souffle, appréciable pour contrebalancer la chaleur que le soleil fait peser sur nos tête. J'ajuste le petit chapeau pointu à la mode dépassée que j'ai enfoncé sur ma tête avant de partir et slalome entre les gens en agrémentant parfois Sarah Priddy d'un regard curieux ou inquisiteur.
Je n'ai pas la moindre idée de ce que peuvent être des pastilles sonores, mais le nom me permet d'émettre quelques hypothèses. Reste que je me demande encore si ce sont des choses qui se mangent (le mot "pastille" me menant sur cette voie) ou plutôt des objets ayant une quelconque utilité sonore. J'aurais tendance à dire la seconde idée, car je n'imagine pas Priddy perdre son temps pour des friandises, mais je peux me tromper. Puisqu'elle a l'air d'accorder de l'importance à ce que je pense, je déclare d'une voix neutre :
« Je ne m'attends à rien, je ne serai pas déçue. Même si j'attends de voir la création en question avant de pouvoir vous l'affirmer. »
Je reste surprise par sa question. Comment peut-elle bien savoir que je me débrouille en potions ? Puis je me rappelle après une demi-seconde qu'elle a été ma directrice de maison et qu'une directrice de maison a sans doute le devoir de garder un œil sur les bulletins de ses élèves. Mais tout de même, il devait bien avoir deux cent Poufsouffle, peut-être plus, dans la maison. Égoïstement, je caresse l'espoir qu'elle ait porté une attention toute particulière à mon dossier. Mais avoir cette seule pensée me fait honte et je m'empresse d'oublier que j'ai peu en avoir l'idée.
« Je me débrouillais, confirmé-je en lui lançant un regard perplexe, comme dans à peu près toute les matières. »
Ce n'est pas de l'orgueil mal placé de ma part, il s'agit de la simple vérité que je partage sans honte.
« J'ai eu une vraie passion pour les potions lors de ma première année, puis... Mes intérêt se sont déplacés. Mais même si je me débrouille, comme vous je ne considère pas que savoir suivre une recette ou comprendre pourquoi tel ingrédient réagit ainsi avec tel autre suffit à faire un potionniste. Je suis loin d'exceller dans ce domaine. »
Nous arrivons au stand. L'odeur de citrouille qui s'en dégage m'attire aussitôt et me ramène des années en arrière, à des souvenirs d'enfance auxquels je n'ai pas l'habitude de penser sans rancœur. Je m'étonne de ressentir au creux de l'estomac une légère plainte à la vue des gourmandises. Ces derniers temps, je n'ai guère ressenti cet appel de la faim et il ne m'avait pas manqué tant que cela. Mais ici, en compagnie de cette femme, cela me paraît naturel d'avoir faim et d'avoir envie de quelque chose, même si ce n'est que d'une part de gâteau qui disparaîtra en quelques minutes.
Jetant un coup d’œil à la part qu'elle a choisie, je m'approche du stand mais prends le temps de regarder chaque pâtisserie proposée. Finalement, je ne jette pas mon dévolu sur le produit star choisi par Priddy, de crainte que la cannelle gâche le goût de la citrouille. Je choisis plutôt la nouveauté du jour qui me parait plus simple dans sa confection.
Je croque dedans en me tournant vers celle qui m'accompagne, ne préférant pas attendre au cas où la faim disparaîtrait. Je ne peux m'empêcher d'avoir un sourire timide, la bouche pleine d'un cake à la citrouille dont le goût de cette dernière enchante mon palais.
« C'est bon, » avoué-je du bout des lèvres, comme si je confessais un sentiment particulièrement intime.
Puis j'enchaîne, parce que cela me paraît être un sujet plus intéressant à aborder que mes goûts culinaires et que j'estime que c'est ce qui intéressera mon ancienne professeure :
« C'était ambitieux de vous lancer dans un projet qui demandait tant de connaissances diverses. »
Dans ma bouche cela sonne comme un compliment.
« Je n'ai toujours aucune idée de ce qu'est votre projet exactement, lui rappelé-je en lui jetant un regard oblique. Sortilèges, potions, runes... Tant de possibilités, même en combinant ces matières. Une lubie de votre sœur, vous dites. Pourquoi vous y être intéressée ? »
Le beau temps estival est toujours au rendez-vous, comme le confirme le ciel d'un bleu d'azur qui règne au-dessus de nous. Une brise légère souffle, appréciable pour contrebalancer la chaleur que le soleil fait peser sur nos tête. J'ajuste le petit chapeau pointu à la mode dépassée que j'ai enfoncé sur ma tête avant de partir et slalome entre les gens en agrémentant parfois Sarah Priddy d'un regard curieux ou inquisiteur.
Je n'ai pas la moindre idée de ce que peuvent être des pastilles sonores, mais le nom me permet d'émettre quelques hypothèses. Reste que je me demande encore si ce sont des choses qui se mangent (le mot "pastille" me menant sur cette voie) ou plutôt des objets ayant une quelconque utilité sonore. J'aurais tendance à dire la seconde idée, car je n'imagine pas Priddy perdre son temps pour des friandises, mais je peux me tromper. Puisqu'elle a l'air d'accorder de l'importance à ce que je pense, je déclare d'une voix neutre :
« Je ne m'attends à rien, je ne serai pas déçue. Même si j'attends de voir la création en question avant de pouvoir vous l'affirmer. »
Je reste surprise par sa question. Comment peut-elle bien savoir que je me débrouille en potions ? Puis je me rappelle après une demi-seconde qu'elle a été ma directrice de maison et qu'une directrice de maison a sans doute le devoir de garder un œil sur les bulletins de ses élèves. Mais tout de même, il devait bien avoir deux cent Poufsouffle, peut-être plus, dans la maison. Égoïstement, je caresse l'espoir qu'elle ait porté une attention toute particulière à mon dossier. Mais avoir cette seule pensée me fait honte et je m'empresse d'oublier que j'ai peu en avoir l'idée.
« Je me débrouillais, confirmé-je en lui lançant un regard perplexe, comme dans à peu près toute les matières. »
Ce n'est pas de l'orgueil mal placé de ma part, il s'agit de la simple vérité que je partage sans honte.
« J'ai eu une vraie passion pour les potions lors de ma première année, puis... Mes intérêt se sont déplacés. Mais même si je me débrouille, comme vous je ne considère pas que savoir suivre une recette ou comprendre pourquoi tel ingrédient réagit ainsi avec tel autre suffit à faire un potionniste. Je suis loin d'exceller dans ce domaine. »
Nous arrivons au stand. L'odeur de citrouille qui s'en dégage m'attire aussitôt et me ramène des années en arrière, à des souvenirs d'enfance auxquels je n'ai pas l'habitude de penser sans rancœur. Je m'étonne de ressentir au creux de l'estomac une légère plainte à la vue des gourmandises. Ces derniers temps, je n'ai guère ressenti cet appel de la faim et il ne m'avait pas manqué tant que cela. Mais ici, en compagnie de cette femme, cela me paraît naturel d'avoir faim et d'avoir envie de quelque chose, même si ce n'est que d'une part de gâteau qui disparaîtra en quelques minutes.
Jetant un coup d’œil à la part qu'elle a choisie, je m'approche du stand mais prends le temps de regarder chaque pâtisserie proposée. Finalement, je ne jette pas mon dévolu sur le produit star choisi par Priddy, de crainte que la cannelle gâche le goût de la citrouille. Je choisis plutôt la nouveauté du jour qui me parait plus simple dans sa confection.
Je croque dedans en me tournant vers celle qui m'accompagne, ne préférant pas attendre au cas où la faim disparaîtrait. Je ne peux m'empêcher d'avoir un sourire timide, la bouche pleine d'un cake à la citrouille dont le goût de cette dernière enchante mon palais.
« C'est bon, » avoué-je du bout des lèvres, comme si je confessais un sentiment particulièrement intime.
Puis j'enchaîne, parce que cela me paraît être un sujet plus intéressant à aborder que mes goûts culinaires et que j'estime que c'est ce qui intéressera mon ancienne professeure :
« C'était ambitieux de vous lancer dans un projet qui demandait tant de connaissances diverses. »
Dans ma bouche cela sonne comme un compliment.
« Je n'ai toujours aucune idée de ce qu'est votre projet exactement, lui rappelé-je en lui jetant un regard oblique. Sortilèges, potions, runes... Tant de possibilités, même en combinant ces matières. Une lubie de votre sœur, vous dites. Pourquoi vous y être intéressée ? »
Exécration amicale
Le temps était plaisant et la compagnie de son ancienne élève lui faisait également plaisir. Quand cette dernière approuva le goût de la petite pâtisserie, Sarah hocha la tête et avala sa bouchée de craquant avant de répondre.
" Le miens aussi est délicieux. S'il reste des parts, je ferai peut-être ma curieuse en fin de journée pour goûter le vôtre. "
Leurs pas les avaient justement amenés jusqu'au fameux stand et Sarah fit un petit signe à sa sœur, Tamara, qui s'empressa de quitter les lieux après avoir salué la jeune sorcière qu'on lui présentait comme une ancienne élève particulièrement compétente et souhaité, souriante comme toujours, un bon après-midi à tout le monde.
" Et voilà la raison de mon intérêt pour le projet de ma sœur. Tamara est un concentré de bonne humeur particulièrement avisée. Elle sait où appuyer pour me convaincre quand elle a besoin de moi et elle sait aussi pertinemment que je résiste difficilement à un défi visant à fabriquer un artefact. C'est un peu mon point faible, la recherche et la création. "
Faisant le tour du stand, elle invita Aelle à s'assoir sur une des chaises prévues pour les exposantes avant de lui présenter les petites pastilles bleutées qu'elle avait mis tant de temps à confectionner. Elle glissa l'une d'entre elle dans la main de la plus jeune, lui laissant le temps de les observer sous toutes les coutures. Elle noterait rapidement la présence d'une rune sur chacune des faces et cette couleur bleutée si agréable à la vue.
" Ce sont des pastilles sonores enregistreuses. Elles permettent d'enregistrer jusqu'à environ une minute et conservent l'information aussi longtemps que le permet l'effet des sorts. Il suffit d'apposer son catalyseur sur la bonne face et surtout la bonne rune pour diffuser l'enregistrement. "
Elle fit une petite pause, faisant rouler une pastille entre ses doigts.
" C'est justement pour optimiser l'effet des sorts que j'ai eu recours au domaine des potions. Pour fabriquer les pastilles en elle-même. Le dosage et le choix des ingrédients n'étaient pas si évident que ça entre bonne conservation, puissance de l'ingrédient actif et qualité de la texture. "
" Le miens aussi est délicieux. S'il reste des parts, je ferai peut-être ma curieuse en fin de journée pour goûter le vôtre. "
Leurs pas les avaient justement amenés jusqu'au fameux stand et Sarah fit un petit signe à sa sœur, Tamara, qui s'empressa de quitter les lieux après avoir salué la jeune sorcière qu'on lui présentait comme une ancienne élève particulièrement compétente et souhaité, souriante comme toujours, un bon après-midi à tout le monde.
" Et voilà la raison de mon intérêt pour le projet de ma sœur. Tamara est un concentré de bonne humeur particulièrement avisée. Elle sait où appuyer pour me convaincre quand elle a besoin de moi et elle sait aussi pertinemment que je résiste difficilement à un défi visant à fabriquer un artefact. C'est un peu mon point faible, la recherche et la création. "
Faisant le tour du stand, elle invita Aelle à s'assoir sur une des chaises prévues pour les exposantes avant de lui présenter les petites pastilles bleutées qu'elle avait mis tant de temps à confectionner. Elle glissa l'une d'entre elle dans la main de la plus jeune, lui laissant le temps de les observer sous toutes les coutures. Elle noterait rapidement la présence d'une rune sur chacune des faces et cette couleur bleutée si agréable à la vue.
" Ce sont des pastilles sonores enregistreuses. Elles permettent d'enregistrer jusqu'à environ une minute et conservent l'information aussi longtemps que le permet l'effet des sorts. Il suffit d'apposer son catalyseur sur la bonne face et surtout la bonne rune pour diffuser l'enregistrement. "
Elle fit une petite pause, faisant rouler une pastille entre ses doigts.
" C'est justement pour optimiser l'effet des sorts que j'ai eu recours au domaine des potions. Pour fabriquer les pastilles en elle-même. Le dosage et le choix des ingrédients n'étaient pas si évident que ça entre bonne conservation, puissance de l'ingrédient actif et qualité de la texture. "
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
Exécration amicale
Le cheminement jusqu'au stand se fait dans la dégustation de nos pâtisseries respectives. Je m'étonne, en arrivant à la moitié de ma part, de regretter d'atteindre déjà le bout. La citrouille est comme une histoire contée sur le bout de ma langue, je me souviens des après-midi chez Narym quand j'étais encore petite fille, mes pieds qui ne touchaient pas le parquet lorsqu'il il m'asseyait sur une chaise, son rire quand j'oubliais d'essuyer ma bouche et que je me retrouvais avec une moustache marron sur le dessus de la lèvre. L'histoire aurait encore beaucoup de choses à raconter et pourrait également parler de moments moins beaux qui se profilent à l'orée de ma conscience, mais je m'empresse d'avaler ma bouchée et me concentre sur ce qui m'entoure, en l'occurrence le stand des sœurs Priddy.
Je ressens un sentiment tout à fait unique en surprenant le regard que les deux échangent et en suivant des yeux ladite Tamara pendant que Priddy m'explique comment cette jeune femme si pétillante, si différente d'elle au premier abord, a su la convaincre. Moi, ce que je comprends, c'est que cette femme et mon ancienne professeure partagent une complicité si grande qu'elles savent que dire pour convaincre l'autre. C'est aussi simple que cela. À cette conclusion, mon gouffre si familier se rappelle à moi. Je tangue à son bord lorsque je songe que je n'ai plus personne comme cela, moi. Une personne suffisamment importante, suffisamment proche pour pouvoir d'un simple regard m'encourager aux plus grandes folies. Fut un temps, j'avais Thalia. Fut un autre temps, j'avais Kristen. J'aurais pu recréer le monde pour Kristen. J'aurais pu le détruire aussi, si elle m'avait vendu cela comme un projet passionnant.
De nouveau sensible à toute la peine que je trimballe toujours, je me laisse manipuler par Priddy. Je lui obéis quand elle m'invite à m'assoir, je l'écoute quand elle me parle de son projet, je manipule la pastille bleue quand elle me propose de le faire, je me penche pour regarder les runes quand elle me parle de ces dernières. A travers le brouillard de ma peine, j'arrive à esquisser une grimace intéressée, à arrondir les yeux malgré mes lèvres qui s'incurvent vers le bas et mon profond silence.
Sans demander son avis à la femme, j'extirpe ma baguette magique de ma poche et fouille le stand du regard. Les sourcils légèrement froncés, je lève les yeux vers Priddy.
« Celle-ci contient-elle un enregistrement ? demandé-je, le ton bas. Ou alors l'une de celles-là ? »
Du menton, je désigne les pastilles bleues qui s'entassent sur la table.
« Je veux essayer, expliqué-je de cette même voix qui ne sait plus comment s'élever ni se passionner, forçant peut-être la sorcière à tendre l'oreille pour m'entendre. L'enregistrement mais également l'écoute. »
J'ai besoin d'essayer, de manipuler pour porter un avis. Avant même d'exprimer mon engouement face à l'originalité du projet ou même avant de faire des hypothèses sur toutes les utilisations possibles de ces pastilles, il me faut les tester et les apprendre.
J'adore ce projet ! Sarah a inventé les "vocaux" sorciers !
Je ressens un sentiment tout à fait unique en surprenant le regard que les deux échangent et en suivant des yeux ladite Tamara pendant que Priddy m'explique comment cette jeune femme si pétillante, si différente d'elle au premier abord, a su la convaincre. Moi, ce que je comprends, c'est que cette femme et mon ancienne professeure partagent une complicité si grande qu'elles savent que dire pour convaincre l'autre. C'est aussi simple que cela. À cette conclusion, mon gouffre si familier se rappelle à moi. Je tangue à son bord lorsque je songe que je n'ai plus personne comme cela, moi. Une personne suffisamment importante, suffisamment proche pour pouvoir d'un simple regard m'encourager aux plus grandes folies. Fut un temps, j'avais Thalia. Fut un autre temps, j'avais Kristen. J'aurais pu recréer le monde pour Kristen. J'aurais pu le détruire aussi, si elle m'avait vendu cela comme un projet passionnant.
De nouveau sensible à toute la peine que je trimballe toujours, je me laisse manipuler par Priddy. Je lui obéis quand elle m'invite à m'assoir, je l'écoute quand elle me parle de son projet, je manipule la pastille bleue quand elle me propose de le faire, je me penche pour regarder les runes quand elle me parle de ces dernières. A travers le brouillard de ma peine, j'arrive à esquisser une grimace intéressée, à arrondir les yeux malgré mes lèvres qui s'incurvent vers le bas et mon profond silence.
Sans demander son avis à la femme, j'extirpe ma baguette magique de ma poche et fouille le stand du regard. Les sourcils légèrement froncés, je lève les yeux vers Priddy.
« Celle-ci contient-elle un enregistrement ? demandé-je, le ton bas. Ou alors l'une de celles-là ? »
Du menton, je désigne les pastilles bleues qui s'entassent sur la table.
« Je veux essayer, expliqué-je de cette même voix qui ne sait plus comment s'élever ni se passionner, forçant peut-être la sorcière à tendre l'oreille pour m'entendre. L'enregistrement mais également l'écoute. »
J'ai besoin d'essayer, de manipuler pour porter un avis. Avant même d'exprimer mon engouement face à l'originalité du projet ou même avant de faire des hypothèses sur toutes les utilisations possibles de ces pastilles, il me faut les tester et les apprendre.
J'adore ce projet ! Sarah a inventé les "vocaux" sorciers !
Exécration amicale
Voyant que la jeune femme semblait au minimum curieuse d'en savoir plus, la Galloise ne cacha pas son sourire avant de répondre.
" Celle que je vous ai donné est vierge, celles qui sont suspendus sur le stand autour de pages écrites sont déjà enregistrées pour pouvoir découvrir le résultat en direct sans enregistrement préalable. Cela dit, si vous prenez une pastille déjà enregistrée, vous pouvez l'effacer en recouvrant ce qui s'y trouve, le procédé est le même qu'avec une pastille neuve. Il faut en revanche veiller à proposer un son aussi long que le précédent enregistrement pour éviter les mélanges. Pour vous enregistrer, il suffit d'apposer votre catalyseur sur Gebo. C'est la rune dans laquelle j'ai ancré le sort d'enregistrement. Le même que celui qui est utilisé pour la création des vinyles par exemple. Poser votre catalyseur sur cette rune activera le sort d'enregistrement et la pastille enregistrera alors grâce à ses composants les sons environnants. Ici, vous n'aurez pas forcément quelque chose d'optimal du fait des bruits ambiants assez nombreux qui nous entourent mais, cela vous donnera un aperçu. Parlez assez prêt de l'objet pour limiter les bruits parasites. "
En parlant, la sorcière avait relevé la tête et quitter la petite pastille bleutée des yeux, observant les alentours pour juger des potentielles pollutions sonores. Une famille avec des enfants en approche par exemple pouvait provoquer pas mal de bruit. Elle revient néanmoins rapidement à la visiteuse.
" Ensuite, pour écouter, il faut tourner la pastille et poser le catalyseur sur Anzuz, ancre du deuxième sort, qui diffusera le contenu de l'enregistrement. "
C'était une méthode d'utilisation assez simple au final. Pour des enregistrements durables, comme des ouvrages ou des panneaux d'informations, Sarah préconisait aux curieux de coller la pastille sur un support pour rendre inaccessible la face enregistreuse et éviter tout accident.
" Celle que je vous ai donné est vierge, celles qui sont suspendus sur le stand autour de pages écrites sont déjà enregistrées pour pouvoir découvrir le résultat en direct sans enregistrement préalable. Cela dit, si vous prenez une pastille déjà enregistrée, vous pouvez l'effacer en recouvrant ce qui s'y trouve, le procédé est le même qu'avec une pastille neuve. Il faut en revanche veiller à proposer un son aussi long que le précédent enregistrement pour éviter les mélanges. Pour vous enregistrer, il suffit d'apposer votre catalyseur sur Gebo. C'est la rune dans laquelle j'ai ancré le sort d'enregistrement. Le même que celui qui est utilisé pour la création des vinyles par exemple. Poser votre catalyseur sur cette rune activera le sort d'enregistrement et la pastille enregistrera alors grâce à ses composants les sons environnants. Ici, vous n'aurez pas forcément quelque chose d'optimal du fait des bruits ambiants assez nombreux qui nous entourent mais, cela vous donnera un aperçu. Parlez assez prêt de l'objet pour limiter les bruits parasites. "
En parlant, la sorcière avait relevé la tête et quitter la petite pastille bleutée des yeux, observant les alentours pour juger des potentielles pollutions sonores. Une famille avec des enfants en approche par exemple pouvait provoquer pas mal de bruit. Elle revient néanmoins rapidement à la visiteuse.
" Ensuite, pour écouter, il faut tourner la pastille et poser le catalyseur sur Anzuz, ancre du deuxième sort, qui diffusera le contenu de l'enregistrement. "
C'était une méthode d'utilisation assez simple au final. Pour des enregistrements durables, comme des ouvrages ou des panneaux d'informations, Sarah préconisait aux curieux de coller la pastille sur un support pour rendre inaccessible la face enregistreuse et éviter tout accident.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
Exécration amicale
Mon regard se lève pour parcourir le stand. Je repère facilement les pastilles dont elle me parle, celles qui se trouvent à côté des feuilles de parchemin et qui contiennent un enregistrement. Je continue de me demander pourquoi elle a créé ces choses : quel intérêt à ces enregistrements ? Quel intérêt elle peut elle y trouver ? Évidemment, moi je me fais déjà une idée de l'utilisation possible de cette invention, mais j'imagine que Priddy doit en avoir d'autres, d'idées, d'autres motivations. J'ai envie de savoir lesquelles, mais elle s'est lancée dans son explication alors je garde le silence et je l'écoute sérieusement.
Attentive à sa voix et heureuse d'avoir une occupation concrète pour me tenir loin de mes pensées noires, je fais tourner la pastille entre mes doigts pour observer ses deux faces. Je connais évidemment mes runes, aussi suis-je capable de distinguer Gebo de Anzuz et de comprendre laquelle me permettra d'enregistrer et laquelle rendra possible l'écoute. Je ne fais aucun commentaire, je ne dis rien, mais j'acquiesce quand j'en ressens le besoin.
Quand elle termine, je me redresse sur mon siège et, debout, j'extirpe ma baguette magique du brassard qui sangle mon avant-bras. Je dépose la pastille confiée par Priddy sur la table devant moi en prenant soin de ne pas la mélanger avec les autres. C'est avec elle que je veux faire mes expériences, pas une autre. Mais en attendant, j'ai bien l'intention de découvrir ce que mon ancienne professeure a décidé d'enregistrer.
Je me penche par-dessus le stand pour attraper l'une des pastilles remplie. Je cherche la face Anzuz et délicatement je viens y accoler le bout de mon catalyseur, admirative des combinaisons magiques qui ont permis d'en arriver là. Aussitôt, l'enregistrement s'active. Je lance un regard éberlué à celle qui a été ma professeure lorsque s'échappe de la pastille un son guttural, un mélange de grognements et de raclements de gorge particulièrement désagréables.
« Qu'est-ce que c'est que ça ! » m'étonné-je.
Il me faut saisir une autre pastille, recommencer le processus avec la bonne rune et entendre une langue chantante que je reconnais au moins comme un langage humain pour comprendre ce que j'ai entendu un peu plus tôt : ce n'est vraisemblablement rien d'humain, et je serais incapable d'affirmer ce dont il s'agit exactement même si je peux faire quelques hypothèses. Mais cette expérience m'a permis de comprendre au moins une chose.
Je replace la pastille à l'endroit où je l'ai trouvé et me tourne vers Priddy.
« C'est donc pour aider à l'apprentissage que vous avez créé ça ? lui demandé-je sur le ton de celle qui pose une question alors qu'elle a déjà la réponse. C'est plutôt malin, c'est vrai que c'est certainement plus facile d'apprendre des langues si on peut se faire une idée précise de comment est prononcée la langue en question. »
Et j'ajoute avec un sourire en coin qui est plus ironique que réellement heureux, parce que cela contredit une bonne partie de qui je suis, mais aussi et surtout parce que je me rappelle avoir dit les mêmes mots à une femme à laquelle il m'est arrivée de comparer Sarah Priddy :
« Les livres ne suffisent pas toujours. »
D'un mouvement fluide, je récupère la pastille bleue vide abandonnée un peu plus tôt sur la table. Je la fais tourner entre mes doigts en me demandant ce que je vais pouvoir y enregistrer. Mais avant de me lancer, je jette un nouveau regard en direction de la femme qui m'accompagne — ou que j'accompagne, cela dépend du point de vue.
« J'aurais dû me douter que vous les utiliseriez de cette façon, lui soufflé-je en désignant la pastille du menton. Vous n'êtes pas professeure pour rien. Enfin... »
J'hésite une seconde, rien qu'une. Déjà, les mots s'échappent de ma bouche.
« Même si j'ai cru comprendre que vous aviez d'autres intérêts, maintenant. Sous-directrice de l'école de Poudlard... »
Malgré moi, même si je ne souhaitais rien laisser paraître, mes lèvres se pincent et je détourne les yeux. Je crois que ça me ferait mal d'une façon tout à fait inédite mais pas moins douloureuse si un jour cette femme montait d'un niveau de plus et devenait Directrice de Poudlard. Je ne pourrais pas le supporter.
« Vous êtes vraiment passionnée, pour donner toujours plus, » ajouté dans un murmure, faisant référence à une vieille conversation que nous avions eue dans son bureau, il y a une éternité.
Elle ne s'en souviendra sûrement pas. C'est peut-être mieux : je m'étais alors ridiculisée et le sujet Kristen avait été amené sur la table. Gênée de ne pas avoir pu me retenir de la questionner, mais en même trop incapable de culpabiliser, je me penche de nouveau sur la pastille en tentant d'étouffer une soudaine montée d'émotions.
Attentive à sa voix et heureuse d'avoir une occupation concrète pour me tenir loin de mes pensées noires, je fais tourner la pastille entre mes doigts pour observer ses deux faces. Je connais évidemment mes runes, aussi suis-je capable de distinguer Gebo de Anzuz et de comprendre laquelle me permettra d'enregistrer et laquelle rendra possible l'écoute. Je ne fais aucun commentaire, je ne dis rien, mais j'acquiesce quand j'en ressens le besoin.
Quand elle termine, je me redresse sur mon siège et, debout, j'extirpe ma baguette magique du brassard qui sangle mon avant-bras. Je dépose la pastille confiée par Priddy sur la table devant moi en prenant soin de ne pas la mélanger avec les autres. C'est avec elle que je veux faire mes expériences, pas une autre. Mais en attendant, j'ai bien l'intention de découvrir ce que mon ancienne professeure a décidé d'enregistrer.
Je me penche par-dessus le stand pour attraper l'une des pastilles remplie. Je cherche la face Anzuz et délicatement je viens y accoler le bout de mon catalyseur, admirative des combinaisons magiques qui ont permis d'en arriver là. Aussitôt, l'enregistrement s'active. Je lance un regard éberlué à celle qui a été ma professeure lorsque s'échappe de la pastille un son guttural, un mélange de grognements et de raclements de gorge particulièrement désagréables.
« Qu'est-ce que c'est que ça ! » m'étonné-je.
Il me faut saisir une autre pastille, recommencer le processus avec la bonne rune et entendre une langue chantante que je reconnais au moins comme un langage humain pour comprendre ce que j'ai entendu un peu plus tôt : ce n'est vraisemblablement rien d'humain, et je serais incapable d'affirmer ce dont il s'agit exactement même si je peux faire quelques hypothèses. Mais cette expérience m'a permis de comprendre au moins une chose.
Je replace la pastille à l'endroit où je l'ai trouvé et me tourne vers Priddy.
« C'est donc pour aider à l'apprentissage que vous avez créé ça ? lui demandé-je sur le ton de celle qui pose une question alors qu'elle a déjà la réponse. C'est plutôt malin, c'est vrai que c'est certainement plus facile d'apprendre des langues si on peut se faire une idée précise de comment est prononcée la langue en question. »
Et j'ajoute avec un sourire en coin qui est plus ironique que réellement heureux, parce que cela contredit une bonne partie de qui je suis, mais aussi et surtout parce que je me rappelle avoir dit les mêmes mots à une femme à laquelle il m'est arrivée de comparer Sarah Priddy :
« Les livres ne suffisent pas toujours. »
D'un mouvement fluide, je récupère la pastille bleue vide abandonnée un peu plus tôt sur la table. Je la fais tourner entre mes doigts en me demandant ce que je vais pouvoir y enregistrer. Mais avant de me lancer, je jette un nouveau regard en direction de la femme qui m'accompagne — ou que j'accompagne, cela dépend du point de vue.
« J'aurais dû me douter que vous les utiliseriez de cette façon, lui soufflé-je en désignant la pastille du menton. Vous n'êtes pas professeure pour rien. Enfin... »
J'hésite une seconde, rien qu'une. Déjà, les mots s'échappent de ma bouche.
« Même si j'ai cru comprendre que vous aviez d'autres intérêts, maintenant. Sous-directrice de l'école de Poudlard... »
Malgré moi, même si je ne souhaitais rien laisser paraître, mes lèvres se pincent et je détourne les yeux. Je crois que ça me ferait mal d'une façon tout à fait inédite mais pas moins douloureuse si un jour cette femme montait d'un niveau de plus et devenait Directrice de Poudlard. Je ne pourrais pas le supporter.
« Vous êtes vraiment passionnée, pour donner toujours plus, » ajouté dans un murmure, faisant référence à une vieille conversation que nous avions eue dans son bureau, il y a une éternité.
Elle ne s'en souviendra sûrement pas. C'est peut-être mieux : je m'étais alors ridiculisée et le sujet Kristen avait été amené sur la table. Gênée de ne pas avoir pu me retenir de la questionner, mais en même trop incapable de culpabiliser, je me penche de nouveau sur la pastille en tentant d'étouffer une soudaine montée d'émotions.
Exécration amicale
L'attention de son ancienne élève était toute à elle et Sarah prit plaisir à partager son invention avec cette jeune sorcière qu'elle savait avide de découvertes et de nouveautés. Sarah ne dit rien quand la jeune fille tendit son catalyseur pour écouter les enregistrements déjà réalisés mais, ne put retenir un rire léger quand la langue troll retentit soudain sur le stand, attirant au passage le regard surpris d'un passant.
" C'est du troll. Peu d'experts dans le domaine pourront confirmer mes propos mais, je trouvais intéressant cet exemple pour justement montrer la diversité des sons qui peuvent nous entourer. "
Elle hocha ensuite la tête aux paroles de son interlocutrice, confirmant son hypothèse. En effet, les livres ne suffisaient pas toujours.
" Oh, les passions, ça va, ça vient. Je suis ce qui s'offre à moi si ça me plaît. Je préfère échouer sur un projet et le reconnaître que regretter de ne pas avoir essayer un chemin qui s'offrait pourtant plein de promesses. Cela dit, avec le temps, je suis tout de même plus... raisonnable je crois. Ou alors, connaissant mieux mes propres limites, j'évalue mieux ce qui me fait face. Je n'irai pas me jeter dans n'importe quoi sans avoir un minimum analyser la situation. Ici, le risque était tout de même proche du néant pour tout le monde. Dans le pire des cas, le projet n'aboutissait pas. "
Elle fit une pause et une petite grimace avant d'ajouter un peu plus bas.
" Mais, j'avoue que j'aurais été très contrariée d'offrir du grain à moudre au Conseil en annulant ma venue aux quadriennales. Je pense que la nouvelle leur aurait fait bien trop plaisir. "
Une née moldue qui voit trop gros et échoue à mener un bien un projet pourtant élémentaire, ils se seraient délecté de l'information et l'image de la sous-directrice aurait été un peu amochée... En fait, elle n'avait pas eu le droit à l'erreur, son statut ne le lui permettait pas mais, elle n'y avait pas songé auparavant, trop prise dans le processus de création pour avoir ce genre de réflexion. En y réfléchissant, c'était d'ailleurs une très bonne chose que Jae se fut associé à elle pour cette création car lui aussi était mal né au regard d'une partie de cette société.
" Et vous donc Aelle ? Sur quel genre de projet auriez-vous pu aimer travailler ? Pour une prochaine édition, je serai curieuse de vous voir à l'œuvre ! "
" C'est du troll. Peu d'experts dans le domaine pourront confirmer mes propos mais, je trouvais intéressant cet exemple pour justement montrer la diversité des sons qui peuvent nous entourer. "
Elle hocha ensuite la tête aux paroles de son interlocutrice, confirmant son hypothèse. En effet, les livres ne suffisaient pas toujours.
" Oh, les passions, ça va, ça vient. Je suis ce qui s'offre à moi si ça me plaît. Je préfère échouer sur un projet et le reconnaître que regretter de ne pas avoir essayer un chemin qui s'offrait pourtant plein de promesses. Cela dit, avec le temps, je suis tout de même plus... raisonnable je crois. Ou alors, connaissant mieux mes propres limites, j'évalue mieux ce qui me fait face. Je n'irai pas me jeter dans n'importe quoi sans avoir un minimum analyser la situation. Ici, le risque était tout de même proche du néant pour tout le monde. Dans le pire des cas, le projet n'aboutissait pas. "
Elle fit une pause et une petite grimace avant d'ajouter un peu plus bas.
" Mais, j'avoue que j'aurais été très contrariée d'offrir du grain à moudre au Conseil en annulant ma venue aux quadriennales. Je pense que la nouvelle leur aurait fait bien trop plaisir. "
Une née moldue qui voit trop gros et échoue à mener un bien un projet pourtant élémentaire, ils se seraient délecté de l'information et l'image de la sous-directrice aurait été un peu amochée... En fait, elle n'avait pas eu le droit à l'erreur, son statut ne le lui permettait pas mais, elle n'y avait pas songé auparavant, trop prise dans le processus de création pour avoir ce genre de réflexion. En y réfléchissant, c'était d'ailleurs une très bonne chose que Jae se fut associé à elle pour cette création car lui aussi était mal né au regard d'une partie de cette société.
" Et vous donc Aelle ? Sur quel genre de projet auriez-vous pu aimer travailler ? Pour une prochaine édition, je serai curieuse de vous voir à l'œuvre ! "
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
Exécration amicale
Mon bonheur d'avoir enfin pu mettre un nom sur la langue étrangère - du Troll, par Merlin ! voilà donc l'intérêt concret de ces pastilles, pouvoir entendre des langues que nous n'aurions jamais l'occasion d'entendre sans cela ! -, accompagné de l'envie subite de toucher à toutes ces pastilles enregistrées afin de tout écouter, tout apprendre, fond comme neige au soleil quand la voix de Sarah Priddy s'élève et que dans ses mots je n'entends rien en lien avec ce que je viens de lui dire.
De mes yeux éberlués, un peu hésitants, j'observe son profil familier et me demande si elle le fait exprès ou si elle n'a vraiment pas compris ce que je viens de sous-entendre. Quelque chose souffre à l'intérieur de moi : je ne peux qu'être persuadée qu'elle le fait exprès et qu'elle tente d'éviter le sujet, n'étant pas naturellement faite pour laisser une chance aux autres quels qu'ils soient de faire des erreurs — il est plus simple pour moi de penser que leurs agissements ont des origines malignes.
J'entends bel et bien la question qu'elle me pose, mais mes oreilles sont brouillées par le reste. J'essaie de trouver dans toutes les phrases qu'elle a articulées quelque chose qui aurait un lien avec ce que j'ai dit à propos de son statut de sous-directrice. Mais j'ai beau analyser, tourner les mots dans tous les sens, les décortiquer comme je décortique les traits apaisés de la femme, je ne trouve rien. Ce n'est qu'un discours d'une femme passionnée, comme si elle n'avait gardé de mes paroles que la fin — j'aurais adoré répondre à une telle preuve de passion (de passion raisonnée, qui plus est, de passion intelligente, ce que je trouve admirable), mais voilà, je suis bloquée sur son évitement qui me reste en travers de la gorge comme une arête l'aurait fait. C'est désagréable. Très désagréable.
C'est d'une voix plate qui résonne étrangement à mes oreilles que je m'entends répondre mécaniquement à ses questions.
« J'aime plus travailler sur la magie en elle-même que sur des objets à ensorceler, mais je pense que j'aurais bien aimé... »
Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? Je n'ai pas envie de lui parler de la dizaine de projets que je garde dans un coin de ma tête, au cas où j'aurais un jour le temps et l'envie de me pencher sur l'ensorcellement d'objets. Je me tais subitement et la regarde avec une légère accusation dans les yeux.
« Vous n'avez pas... »
C'était bien clair ce que je lui ai dit, non ? Ma question n'était-elle pas compréhensible ? Pourquoi m'oblige-t-elle à la lui poser de façon aussi directe ?
« Je parlais du fait d'être passionnée par... »
Je fais un geste vague de la main, incapable de préciser ma pensée. Qu'est-ce qui peut bien la passionner dans le fait d'être sous-directrice ? Qu'est-ce que j'en sais, moi, de ce qui passionnent les directrices dans le fait d'être directrice ?
« Ce qui vous a fait accepter ce poste, quoi ! » m'exclamé-je alors en dernier recours, agacée d'accorder tant d'intérêt à ça, agacée d'être agacée alors que nous passions un bon moment et que j'ai une bonne dizaine de questions à lui poser à propos de ses pastilles.
Merlin, mais qu'est-ce qui débloque chez moi ? songé-je en me sentant pâlir. Qu'est-ce qui ne va pas pour que j'insiste de la sorte alors que nous pourrions parler de magie, d'ensorcellement, de projets, d'invention ! Pourquoi suis-je ainsi ? Pendant une fraction de seconde, je me déteste avec une telle force que j'aimerais dire à Priddy de m'obliger à partir : je n'en vaux clairement pas la peine, c'est évident, c'est pour ça d'ailleurs que Kristen est partie ! Elle l'avait bien compris. J'ai gâché la plupart de nos rencontres à parler de choses inintéressantes, à la questionner sur ses motivations, sur sa sincérité, sur son attachement alors que... Alors qu'il y avait tant à découvrir et tant à apprendre ! Oh, Merlin. Je ne vaux pas la peine, pourquoi Priddy perd-elle son temps à me parler, à moi qui n'ai rien à apporter, qui suis incapable de parler sans être envahie d'émotions et de pensées intrusives ?
De mes yeux éberlués, un peu hésitants, j'observe son profil familier et me demande si elle le fait exprès ou si elle n'a vraiment pas compris ce que je viens de sous-entendre. Quelque chose souffre à l'intérieur de moi : je ne peux qu'être persuadée qu'elle le fait exprès et qu'elle tente d'éviter le sujet, n'étant pas naturellement faite pour laisser une chance aux autres quels qu'ils soient de faire des erreurs — il est plus simple pour moi de penser que leurs agissements ont des origines malignes.
J'entends bel et bien la question qu'elle me pose, mais mes oreilles sont brouillées par le reste. J'essaie de trouver dans toutes les phrases qu'elle a articulées quelque chose qui aurait un lien avec ce que j'ai dit à propos de son statut de sous-directrice. Mais j'ai beau analyser, tourner les mots dans tous les sens, les décortiquer comme je décortique les traits apaisés de la femme, je ne trouve rien. Ce n'est qu'un discours d'une femme passionnée, comme si elle n'avait gardé de mes paroles que la fin — j'aurais adoré répondre à une telle preuve de passion (de passion raisonnée, qui plus est, de passion intelligente, ce que je trouve admirable), mais voilà, je suis bloquée sur son évitement qui me reste en travers de la gorge comme une arête l'aurait fait. C'est désagréable. Très désagréable.
C'est d'une voix plate qui résonne étrangement à mes oreilles que je m'entends répondre mécaniquement à ses questions.
« J'aime plus travailler sur la magie en elle-même que sur des objets à ensorceler, mais je pense que j'aurais bien aimé... »
Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? Je n'ai pas envie de lui parler de la dizaine de projets que je garde dans un coin de ma tête, au cas où j'aurais un jour le temps et l'envie de me pencher sur l'ensorcellement d'objets. Je me tais subitement et la regarde avec une légère accusation dans les yeux.
« Vous n'avez pas... »
C'était bien clair ce que je lui ai dit, non ? Ma question n'était-elle pas compréhensible ? Pourquoi m'oblige-t-elle à la lui poser de façon aussi directe ?
« Je parlais du fait d'être passionnée par... »
Je fais un geste vague de la main, incapable de préciser ma pensée. Qu'est-ce qui peut bien la passionner dans le fait d'être sous-directrice ? Qu'est-ce que j'en sais, moi, de ce qui passionnent les directrices dans le fait d'être directrice ?
« Ce qui vous a fait accepter ce poste, quoi ! » m'exclamé-je alors en dernier recours, agacée d'accorder tant d'intérêt à ça, agacée d'être agacée alors que nous passions un bon moment et que j'ai une bonne dizaine de questions à lui poser à propos de ses pastilles.
Merlin, mais qu'est-ce qui débloque chez moi ? songé-je en me sentant pâlir. Qu'est-ce qui ne va pas pour que j'insiste de la sorte alors que nous pourrions parler de magie, d'ensorcellement, de projets, d'invention ! Pourquoi suis-je ainsi ? Pendant une fraction de seconde, je me déteste avec une telle force que j'aimerais dire à Priddy de m'obliger à partir : je n'en vaux clairement pas la peine, c'est évident, c'est pour ça d'ailleurs que Kristen est partie ! Elle l'avait bien compris. J'ai gâché la plupart de nos rencontres à parler de choses inintéressantes, à la questionner sur ses motivations, sur sa sincérité, sur son attachement alors que... Alors qu'il y avait tant à découvrir et tant à apprendre ! Oh, Merlin. Je ne vaux pas la peine, pourquoi Priddy perd-elle son temps à me parler, à moi qui n'ai rien à apporter, qui suis incapable de parler sans être envahie d'émotions et de pensées intrusives ?
Exécration amicale
Sarah était ravie, ravie d'être aux quadriennales et ravie de partager sa passion créatrice avec son ancienne élève qu'elle savait douée dans le domaine de la magie. Néanmoins, cette dernière semblait finalement plus intéressée par un tout autre sujet, ce qui surprit un peu Sarah bien qu'elle n'en laissa rien paraître.
" Oh, le poste de sous-directrice ? "
Elle resta silencieuse un instant, analysant la question et surtout la réponse sous toutes ses formes avant de reprendre la parole.
" Ce n'est pas franchement une décision passion. C'est je crois un geste très égoïste. "
Elle haussa les épaules. Cette réflexion elle l'avait déjà eu maintes fois au finale et la conclusion était toujours la même.
" J'ai accepté ce poste de sous-directrice pour plusieurs raisons et, en toute honnêteté, je ne saurais pas dire laquelle prime dans la décision finale. La première des raisons est la curiosité et la soif de découverte. Tout nouveau poste implique une découverte de l'inconnu et il est pour moi impossible de ne pas y voir un attrait certain. Ensuite, il faut bien admettre qu'il y a une part de fierté. On recherche tous, consciemment ou non la reconnaissance. Même si mes parents ne comprennent absolument rien au monde magique, j'étais, il faut l'avouer, très satisfaite de leur annoncer cette nomination. Il faut dire que je n'ai pas souvent été source de fierté dans ma jeunesse à leurs yeux, j'étais plutôt la casse-pied de mauvaise humeur donc, c'est une forme de petite vengeance personnelle. "
Sarah fit une petite pause dans son discours, se perdant un instant dans ces anciens souvenirs : la frustration évidente de sa mère, le désarroi de son père... Retrouvant son sourire, elle reprit son explication comme si de rien n'était.
" Enfin, il faut bien dire qu'il n'y avait absolument aucun risque à tenter l'expérience et, je dois l'admettre, j'ai trouvé un certain équilibre depuis mon retour à Poudlard. Contre toute attente, je me plais dans cet environnement et je n'ai aucune envie de le quitter pour le moment. Ce n'était pourtant pas gagner au départ vu ma patience à l'égard des bipèdes de moins de 16 ans mais, c'est un fait et je ne peux le nier, je me plais à Poudlard dans mon rôle de professeur. Pourquoi donc ne pas m'investir pour faire perdurer cette situation qui m'est agréable ? Non, devenir sous-directrice n'est pas une affaire de passion. C'est une décision égoïste pour combler des envies personnelles bien que ce poste exige évidement un certain investissement. Sans intérêt pour les diverses tâches d'un métier quel qu'il soit, on ne tient pas bien longtemps. "
" Oh, le poste de sous-directrice ? "
Elle resta silencieuse un instant, analysant la question et surtout la réponse sous toutes ses formes avant de reprendre la parole.
" Ce n'est pas franchement une décision passion. C'est je crois un geste très égoïste. "
Elle haussa les épaules. Cette réflexion elle l'avait déjà eu maintes fois au finale et la conclusion était toujours la même.
" J'ai accepté ce poste de sous-directrice pour plusieurs raisons et, en toute honnêteté, je ne saurais pas dire laquelle prime dans la décision finale. La première des raisons est la curiosité et la soif de découverte. Tout nouveau poste implique une découverte de l'inconnu et il est pour moi impossible de ne pas y voir un attrait certain. Ensuite, il faut bien admettre qu'il y a une part de fierté. On recherche tous, consciemment ou non la reconnaissance. Même si mes parents ne comprennent absolument rien au monde magique, j'étais, il faut l'avouer, très satisfaite de leur annoncer cette nomination. Il faut dire que je n'ai pas souvent été source de fierté dans ma jeunesse à leurs yeux, j'étais plutôt la casse-pied de mauvaise humeur donc, c'est une forme de petite vengeance personnelle. "
Sarah fit une petite pause dans son discours, se perdant un instant dans ces anciens souvenirs : la frustration évidente de sa mère, le désarroi de son père... Retrouvant son sourire, elle reprit son explication comme si de rien n'était.
" Enfin, il faut bien dire qu'il n'y avait absolument aucun risque à tenter l'expérience et, je dois l'admettre, j'ai trouvé un certain équilibre depuis mon retour à Poudlard. Contre toute attente, je me plais dans cet environnement et je n'ai aucune envie de le quitter pour le moment. Ce n'était pourtant pas gagner au départ vu ma patience à l'égard des bipèdes de moins de 16 ans mais, c'est un fait et je ne peux le nier, je me plais à Poudlard dans mon rôle de professeur. Pourquoi donc ne pas m'investir pour faire perdurer cette situation qui m'est agréable ? Non, devenir sous-directrice n'est pas une affaire de passion. C'est une décision égoïste pour combler des envies personnelles bien que ce poste exige évidement un certain investissement. Sans intérêt pour les diverses tâches d'un métier quel qu'il soit, on ne tient pas bien longtemps. "
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
Exécration amicale
Son silence, même s'il ne tarde pas à être rempli, laisse trop de place à mes pensées et je sens mon mal-être grandir, s'épandre en moi comme un occamy qui occuperait tout l'espace disponible — je ne suis même pas sûre qu'il se contente de la barrière que représente ma peau ; ce sentiment peut-il s'en échapper et déborder autour de moi ?
Je tiens mes yeux loin d'elle, baissés sur la pastille qu'elle m'a mise entre les mains un peu plus tôt et dans laquelle je suis censée enregistrer quelque chose. Mais au mot égoïste, je ne peux pas m'empêcher de braquer mon regard dans sa direction, la gorge nouée par je ne sais quoi et une accusation qui n'a aucune origine (réellement ?) brillant dans les yeux. En quoi est-ce égoïste d'accepter un poste qui va la transformer et lui donner un titre, un statut que j'aurais préféré qu'elle n'ait pas ? Alors elle me l'explique par le menu et, en l'écoutant, je me rappelle qu'elle est comme ça, Sarah Priddy. Elle dit les choses. Elle n'hésite pas à confier ses pensées alors que je ne suis rien, à peine plus qu'une élève avec un bon niveau qu'elle a eue dans ses classes, une adulte qui a arrêté l'école, qui ne sait pas que faire de sa vie, une fille rencontrée à une foire magique.
Évidemment, je ne comprends pas en quoi un poste de directrice peut être intéressant et susciter une si grande curiosité, au point d'en accepter un pour en découvrir les secrets — ce n'est qu'une place administrative qui étouffe celle qui l'occupe en lui imposant toute sorte de tâches et de devoirs, après tout. Quand au reste de son explication, elle me laisse dubitative. De la fierté, réellement ? Ma moue provient peut-être du fait que moi, à sa place, je n'aurais sans doute jamais pu avouer une telle chose. Mais elle, elle le fait comme si cela coulait de source et je découvre qu'en plus d'être une sous-directrice, elle est une fille qui veut contenter ses parents. Je me demande si elle a parlé de tout cela à quelqu'un d'autre. Puis je me fustige : bien sûr qu'elle l'a fait, n'oublions pas que je n'ai rien d'une confidence ou d'une personne à laquelle on a envie de dire des secrets.
Je finis par baisser les yeux de nouveau, mes lèvres étirés par un sourire triste quand elle évoque son désamour pour les enfants, choses dont elle m'avait déjà parlé il y a quelques mois qui, je m'en rends compte, se sont transformés en années depuis le temps. L'écouter parler ainsi me rappelle de mauvais souvenirs et me fait du mal, mais qu'elle se montre aussi sincère est tout ce dont j'avais besoin. Résultat : l'intérieur de mon esprit est un champ de bataille divisé entre deux camps et je ne sais plus très bien comment je dois me sentir. Mais ma tendance naturelle reprends vite le dessus et ma gorge se noue davantage. Comme si c'était plus simple de se sentir triste que de se réjouir des bonnes choses.
« Je vois, » murmuré-je à voix basse une fois que je suis sûre qu'elle ajoutera rien de plus.
Je me sens bête d'avoir posé cette question et bête de me sentir bête. Je me racle la gorge et redresse les épaules en jetant mon regard sur l'horizon, pour cesser d'avoir l'air tassé sur moi-même. Sans la regarder, je prononce ces mots :
« Mais et si ça prend le pas sur le reste ? » demandé-je alors même que, et je le jure, je n'ai pas la moindre idée de pourquoi je pose cette question.
Je me fiche bien de ce qu'elle devient, n'est-ce pas ? Pourtant, il y a quelque chose qui m'empêche de me détourner de ce sujet. Quelque chose qui vient du plus profond de mon être mais dont je ne connais pas l'origine. Je n'arrive pas à défroncer les sourcils, à apaiser mes traits angoissés. Impossible. Je ne sais pas pourquoi.
Je ramène mes yeux sur elle, détaille son visage, les quelques marques autour de ses yeux, la couleur de ses pupilles, sa coiffure, sa tenue. Je détaille tout, puis j'ajoute d'une voix coincée :
« Ça va prendre toute la place. »
Et je me rends compte en prononçant ces mots que c'est ce qui me fait réellement peur, tout au fond. Que des choses qui ne sont pas la passion et le savoir prennent tout la place et éloigne cette femme de moi. Au moment même où cette pensée traverse mon esprit, je l'éjecte violemment, refusant d'y accorder le moindre crédit de peur de la voir gagner en importance.
Je tiens mes yeux loin d'elle, baissés sur la pastille qu'elle m'a mise entre les mains un peu plus tôt et dans laquelle je suis censée enregistrer quelque chose. Mais au mot égoïste, je ne peux pas m'empêcher de braquer mon regard dans sa direction, la gorge nouée par je ne sais quoi et une accusation qui n'a aucune origine (réellement ?) brillant dans les yeux. En quoi est-ce égoïste d'accepter un poste qui va la transformer et lui donner un titre, un statut que j'aurais préféré qu'elle n'ait pas ? Alors elle me l'explique par le menu et, en l'écoutant, je me rappelle qu'elle est comme ça, Sarah Priddy. Elle dit les choses. Elle n'hésite pas à confier ses pensées alors que je ne suis rien, à peine plus qu'une élève avec un bon niveau qu'elle a eue dans ses classes, une adulte qui a arrêté l'école, qui ne sait pas que faire de sa vie, une fille rencontrée à une foire magique.
Évidemment, je ne comprends pas en quoi un poste de directrice peut être intéressant et susciter une si grande curiosité, au point d'en accepter un pour en découvrir les secrets — ce n'est qu'une place administrative qui étouffe celle qui l'occupe en lui imposant toute sorte de tâches et de devoirs, après tout. Quand au reste de son explication, elle me laisse dubitative. De la fierté, réellement ? Ma moue provient peut-être du fait que moi, à sa place, je n'aurais sans doute jamais pu avouer une telle chose. Mais elle, elle le fait comme si cela coulait de source et je découvre qu'en plus d'être une sous-directrice, elle est une fille qui veut contenter ses parents. Je me demande si elle a parlé de tout cela à quelqu'un d'autre. Puis je me fustige : bien sûr qu'elle l'a fait, n'oublions pas que je n'ai rien d'une confidence ou d'une personne à laquelle on a envie de dire des secrets.
Je finis par baisser les yeux de nouveau, mes lèvres étirés par un sourire triste quand elle évoque son désamour pour les enfants, choses dont elle m'avait déjà parlé il y a quelques mois qui, je m'en rends compte, se sont transformés en années depuis le temps. L'écouter parler ainsi me rappelle de mauvais souvenirs et me fait du mal, mais qu'elle se montre aussi sincère est tout ce dont j'avais besoin. Résultat : l'intérieur de mon esprit est un champ de bataille divisé entre deux camps et je ne sais plus très bien comment je dois me sentir. Mais ma tendance naturelle reprends vite le dessus et ma gorge se noue davantage. Comme si c'était plus simple de se sentir triste que de se réjouir des bonnes choses.
« Je vois, » murmuré-je à voix basse une fois que je suis sûre qu'elle ajoutera rien de plus.
Je me sens bête d'avoir posé cette question et bête de me sentir bête. Je me racle la gorge et redresse les épaules en jetant mon regard sur l'horizon, pour cesser d'avoir l'air tassé sur moi-même. Sans la regarder, je prononce ces mots :
« Mais et si ça prend le pas sur le reste ? » demandé-je alors même que, et je le jure, je n'ai pas la moindre idée de pourquoi je pose cette question.
Je me fiche bien de ce qu'elle devient, n'est-ce pas ? Pourtant, il y a quelque chose qui m'empêche de me détourner de ce sujet. Quelque chose qui vient du plus profond de mon être mais dont je ne connais pas l'origine. Je n'arrive pas à défroncer les sourcils, à apaiser mes traits angoissés. Impossible. Je ne sais pas pourquoi.
Je ramène mes yeux sur elle, détaille son visage, les quelques marques autour de ses yeux, la couleur de ses pupilles, sa coiffure, sa tenue. Je détaille tout, puis j'ajoute d'une voix coincée :
« Ça va prendre toute la place. »
Et je me rends compte en prononçant ces mots que c'est ce qui me fait réellement peur, tout au fond. Que des choses qui ne sont pas la passion et le savoir prennent tout la place et éloigne cette femme de moi. Au moment même où cette pensée traverse mon esprit, je l'éjecte violemment, refusant d'y accorder le moindre crédit de peur de la voir gagner en importance.