Le temps d'un Nebulus
Si son regard finit par trouver ce qu'il cherchait, il ne s'était en revanche pas attendu à ce qu'il vît : la tête du libraire tournée dans sa direction. Un instant, Fabio se sentit gêné d'avoir été surpris en train de regarder Niall. L'instant d'après, il réalisa que finalement, cela voulait dire qu'il n'était pas le seul à regarder. Et ce que remua en lui ce constat-là... Niall était loin et ses prunelles grises auraient pu viser un point légèrement à gauche ou à droite de Fabio, mais il savait que ce n'était pas le cas. Intuitivement. Et les secondes qu'il énonçait encore à voix haute juste avant perdirent toute leur signification. Fabio avait arrêté de compter, se contentant d'être vu et de voir, n'ayant d'autre souhait que celui de tenir aussi longtemps que possible ce regard. Quelle drôle de sensation que celle de se trouver au milieu d'une foule guettant l'arrivée de quelque chose, alors que lui même voulait s'attarder précisément dans cet état de suspension qui précédaient l'instant collectivement attendu. Étirer au maximum ces quelques secondes qui restaient avant que...
– Bonne annéeeee !
Minuit. La nouvelle année. Le sourire joyeux de Jina, le verre levé pour trinquer. La voix de sa sœur le rappela à la réalité. Quoique non, elle l'arracha à la réalité, car la réalité de Fabio, en cet instant, elle se trouvait là-bas : dans le regard de Niall qui, dans une salle pleine de têtes levées, avait choisi de regarder dans une autre direction que tous les sorciers masqués. La sienne.
Bien qu'à contre-cœur, il se détourna. Tourna la tête vers Jina, s'efforçant de lui servir un sourire à la hauteur de ce qu'elle méritait, leva à son tour le verre. Ils s'entrechoquèrent un peu brusquement, le champagne gicla et Fabio s'en voulut. Jina méritait plus qu'un sourire dont il forçait des contours enthousiastes. Elle méritait plus que la demi-attention d'un frère qui aurait aimé être ailleurs en ce moment. D'ailleurs, Jina n'était pas dupe – ou du moins, le comportement de Fabio détonnait juste de façon trop évidente avec l'attention fraternelle dont elle bénéficiait habituellement pour passer inaperçu. Cela faisait plusieurs minutes qu'elle avait constaté ce quelque chose d'inhabituel. Tout en maintenant le décompte à voix haute – au moins un des Dermott qui jouait le jeu – elle avait glissé une série de petits regards dans sa direction. Il ne les avait pas remarqué. Elle, en revanche, n'avait pas manqué ce regard bleu qui filait ailleurs. Curieuse, elle l'avait suivi de ses propres yeux.
À présent, elle l'avait à nouveau, son attention. Fabio était tourné dans sa direction et lui adressait un petit sourire d'excuse pour les éclaboussures, mais cela ne lui importait tellement. Jina passa un bras autour de l'épaule de son frère, fit un pas en avant pour le forcer à pivoter également. Cette fameuse direction.
– C'est qui ?
La fameuse question. Et bien qu'il semblait évident qu'elle ne tombe, l'égyptien ne s'y attendait pas et son cerveau se bloqua. Face au silence de Fabio, Jina continua :
– Vas-y si tu veux. Ça me dérange pas.
Cette fois-ci, il tourna la tête vers elle. Elle lui souriait d'un air encourageant. Il reprit un peu ses esprits.
– C'est... Niall. Et son ami. Je reviens, je vais juste...
Il n'en avait aucune idée. Pas plus qu'il ne savait pourquoi il avait mentionné cet ami qu'il ne connaissait pas, qui avait fait l'objet de sa curiosité lorsque Niall l'avait évoqué mais qui, lorsqu'il avait eu le choix entre observer Niall ou l'observer lui, était inévitablement passé au second rang. Peut-être pour ne pas avoir à entourer d'autres mots le prénom qui avait franchi ses lèvres juste avant qu'il ne se mette en mouvement. Après les résultats du concours, Niall avait dit. C'était... eh bien en tout cas pas maintenant. Par Circé, qu'était-il en train de faire ? Qu'allait-il dire ? Comment allait-il justifier sa présence ? Est-ce qu'il pouvait encore faire demi-tour ? De toute façon c'était trop tard, il était arrivé la à hauteur des deux sorciers. La deuxième pire chose à faire, maintenant, serait de ne pas parler. La première serait de tourner les talons sans un mot – idée qui dégageait pourtant une certaine tentation.
Mais Fabio finit par se racler la gorge pour manifesta sa présence. Restait plus qu'à l'expliquer.
– Je voulais juste...
Il n'en avait toujours aucune idée. Fabio n'avait pas l'habitude d'avoir à chercher des mots, à lutter pour les trouver – ne pas les trouver, surtout – et il sentit une légère angoisse monter en lui. Après les résultats du concours, ce n'était vraiment pas maintenant. Quoi si Niall était embêté par sa présence ? Et son ami ! Fabio devait arrêter de ne regarder que Niall, ce serait étrange. Alors il se tourna vers le fameux ami et inclina la tête en guise de brève salutation.
Il remarqua les verres dans les mains des deux hommes. Se souvint qu'il tenait encore le sien. La solution salvatrice lui vint. L'excuse pertinente, une justification plausible quant à sa venue. Tout en levant son verre, Fabio réalisa qu'il avait oublié de souhaiter la bonne année à Jina. Égoïstement, il chassa cette pensée. Il pourrait toujours culpabiliser plus tard – et certainement qu'il le ferait –, mais pas maintenant. Maintenant... il s'efforça de sourire en direction de l'ami avant de porter son attention sur celui qui l'intéressait réellement :
– Bonne année.
– Bonne annéeeee !
Minuit. La nouvelle année. Le sourire joyeux de Jina, le verre levé pour trinquer. La voix de sa sœur le rappela à la réalité. Quoique non, elle l'arracha à la réalité, car la réalité de Fabio, en cet instant, elle se trouvait là-bas : dans le regard de Niall qui, dans une salle pleine de têtes levées, avait choisi de regarder dans une autre direction que tous les sorciers masqués. La sienne.
Bien qu'à contre-cœur, il se détourna. Tourna la tête vers Jina, s'efforçant de lui servir un sourire à la hauteur de ce qu'elle méritait, leva à son tour le verre. Ils s'entrechoquèrent un peu brusquement, le champagne gicla et Fabio s'en voulut. Jina méritait plus qu'un sourire dont il forçait des contours enthousiastes. Elle méritait plus que la demi-attention d'un frère qui aurait aimé être ailleurs en ce moment. D'ailleurs, Jina n'était pas dupe – ou du moins, le comportement de Fabio détonnait juste de façon trop évidente avec l'attention fraternelle dont elle bénéficiait habituellement pour passer inaperçu. Cela faisait plusieurs minutes qu'elle avait constaté ce quelque chose d'inhabituel. Tout en maintenant le décompte à voix haute – au moins un des Dermott qui jouait le jeu – elle avait glissé une série de petits regards dans sa direction. Il ne les avait pas remarqué. Elle, en revanche, n'avait pas manqué ce regard bleu qui filait ailleurs. Curieuse, elle l'avait suivi de ses propres yeux.
À présent, elle l'avait à nouveau, son attention. Fabio était tourné dans sa direction et lui adressait un petit sourire d'excuse pour les éclaboussures, mais cela ne lui importait tellement. Jina passa un bras autour de l'épaule de son frère, fit un pas en avant pour le forcer à pivoter également. Cette fameuse direction.
– C'est qui ?
La fameuse question. Et bien qu'il semblait évident qu'elle ne tombe, l'égyptien ne s'y attendait pas et son cerveau se bloqua. Face au silence de Fabio, Jina continua :
– Vas-y si tu veux. Ça me dérange pas.
Cette fois-ci, il tourna la tête vers elle. Elle lui souriait d'un air encourageant. Il reprit un peu ses esprits.
– C'est... Niall. Et son ami. Je reviens, je vais juste...
Il n'en avait aucune idée. Pas plus qu'il ne savait pourquoi il avait mentionné cet ami qu'il ne connaissait pas, qui avait fait l'objet de sa curiosité lorsque Niall l'avait évoqué mais qui, lorsqu'il avait eu le choix entre observer Niall ou l'observer lui, était inévitablement passé au second rang. Peut-être pour ne pas avoir à entourer d'autres mots le prénom qui avait franchi ses lèvres juste avant qu'il ne se mette en mouvement. Après les résultats du concours, Niall avait dit. C'était... eh bien en tout cas pas maintenant. Par Circé, qu'était-il en train de faire ? Qu'allait-il dire ? Comment allait-il justifier sa présence ? Est-ce qu'il pouvait encore faire demi-tour ? De toute façon c'était trop tard, il était arrivé la à hauteur des deux sorciers. La deuxième pire chose à faire, maintenant, serait de ne pas parler. La première serait de tourner les talons sans un mot – idée qui dégageait pourtant une certaine tentation.
Mais Fabio finit par se racler la gorge pour manifesta sa présence. Restait plus qu'à l'expliquer.
– Je voulais juste...
Il n'en avait toujours aucune idée. Fabio n'avait pas l'habitude d'avoir à chercher des mots, à lutter pour les trouver – ne pas les trouver, surtout – et il sentit une légère angoisse monter en lui. Après les résultats du concours, ce n'était vraiment pas maintenant. Quoi si Niall était embêté par sa présence ? Et son ami ! Fabio devait arrêter de ne regarder que Niall, ce serait étrange. Alors il se tourna vers le fameux ami et inclina la tête en guise de brève salutation.
Il remarqua les verres dans les mains des deux hommes. Se souvint qu'il tenait encore le sien. La solution salvatrice lui vint. L'excuse pertinente, une justification plausible quant à sa venue. Tout en levant son verre, Fabio réalisa qu'il avait oublié de souhaiter la bonne année à Jina. Égoïstement, il chassa cette pensée. Il pourrait toujours culpabiliser plus tard – et certainement qu'il le ferait –, mais pas maintenant. Maintenant... il s'efforça de sourire en direction de l'ami avant de porter son attention sur celui qui l'intéressait réellement :
– Bonne année.
Reducio
Oh oh le F... de la terreur
Fab’ulous
#583400
Le temps d'un Nebulus
Il s’y était pourtant préparé. À un moment, il le savait, les deux regards finiraient par tomber l’un dans l’autre. Il le savait et pourtant, lorsque le regard bleu de Fabio était tombé sur le sien, le temps n’avait plus compté. Un sourire s’était alors enchainé, comme à chaque fois que leurs regards se croisaient, comme un automatisme contre lequel il ne pouvait rien faire. Les bulles de la coupe de champagne avalée plus tôt gigotaient dans son estomac. Les voix autour de lui n’étaient plus que des sons graves et aigus incompréhensibles. Et soudain, les secondes s’étaient accéléré car le regard de Fabio lui avait été retiré, entrainé par des bras inconnus. En signe de protestation, Niall avait entamé un premier pas en avant, commençant déjà à s’interroger sur l’identité de celle qui lui tendait son verre, lorsqu’il dut clore le sujet et revenir sur ses pas, attrapé par Dave.
Sorti de ses pensées par une étreinte musclée et sans retenue, Niall n’eut pas le temps d’éloigner sa coupe que le mouvement provoqua l’évidente chute du liquide sur son costume. Amusé par son ami toujours plus imprévisible — et pourtant évident —, il le laissa un instant observer son œuvre pour que cela s’imprègne, puis saisis sa baguette pour s’en débarrasser.
— Merci, Dave. Bonne année à toi aussi !
Le costume à nouveau sec, Niall préféra garder sa baguette dans sa main au cas où son ami l’obligerait à l’utiliser à nouveau, surtout lorsqu’il revenait justement avec deux nouvelles coupes. Les deux trinquèrent alors, comme la tradition l’oblige et sur le visage de son ami se dessinait un regard étonnamment sérieux. Trop sérieux pour un discours une minute après l’arrivée de la nouvelle année. Trop sérieux pour le Canadien, tout court.
— Tu sais, ce pari de tout à l’heure ?
Il ne fallut pas longtemps à Niall pour comprendre. Une demi seconde tout au plus. Non pas qu’il avait une excellente mémoire — même si elle était en effet plutôt bonne —, mais c’était qu’il se souvenait parfaitement de la gêne que sa remarque avait provoquée plus tôt, et celle que provoquait actuellement la nouvelle remarque. Dans son regard, Niall s’était mis à fouiller, à comprendre plus rapidement que les mots n’étaient débités. Il cherchait à anticiper, prévoir les prochains commentaires pour anticiper toutes les réponses et ne pas paraître déstabilisé. Alors il ne put que hocher la tête, trop concentré sur les expressions faciales de son ami, il préférait rester silencieux, même si, à cet instant, tout sujet de discussion eut été préférable et surtout, plus facile à gérer.
— C’était qui cet homme que t’es allé voir ?
Il y avait deux analyses possibles ici : soit Dave connaissait la réponse, sous entendait déjà que Niall avait menti et n’était pas allé voir un parfait inconnu, soit il était tout simplement curieux et n’avait aucune arrière pensée. Alors pour peser le pour et le contre, Niall tentait de calculer le temps qu’il était resté avec Fabio, se demandant si c’était un temps raisonnable pour discuter avec un parfait inconnu. Le temps d’une danse. Le temps d’un Nebulus. Et il le savait, le temps passé ne jouait pas en sa faveur. Le plan avait un défaut, mais à cet instant, il préféra — par peur sans doute — jouer la carte de la naiveté. Encore quelques minutes, quelques heures ou quelques jours. Peut-être même le temps d’une vie.
— Celui qui a organisé ce bal, je crois, répondit-il tout en surveillant la moindre de ses réactions, à la recherche de l’indice qui lui montrerait qu’on le croyait innocent. Enfin si j’ai bien compris. Il avait ajouté cette dernière remarque en haussant les épaules, comme si tout cela n’avait aucune importance, qu’il ne s’était attaché à aucun détail, alors qu’il n’avait fait que cela de toute sa soirée, s’attacher au moindre détail de Fabio Dermott.
— Non, je demande parce qu’il a l’air de venir vers nous, en fait..
Et le dernier son qu’il entendit fut un raclement de gorge. Un son vers lequel son corps pivota pour constater, avec stupeur, que l’homme dont les deux amis parlaient se trouvait à nouveau près de lui. Il ne put que déglutir, sentir son cœur s’accélérer face à cette situation qu’il n’avait pas anticipée, paniquer intérieurement — forçant tout son être pour que rien ne soit visible — et subir.
À chaque mot que Fabio prononçait, Niall lui hurlait intérieurement de ne rien dire, de ne pas parler de leur danse, de se taire, ou de simplement poser une de ces questions futiles qui lui permettraient de repartir d’où il venait sans attirer l’attention. À chaque mot que Fabio prononçait, Niall plongeait dans son regard et pourtant, lui demandait de rester, de parler encore et encore, mais de parler avec les yeux. Parce que tout lui semblait plus facile ainsi.
Une trêve visuelle et sonore se présenta lorsque Fabio se tourna vers Dave. Pour Niall, il était impossible de voir la curiosité dans le regard de son ami tant son propre regard ne quittait pas l’Egyptien. Il se disait que peut-être, en le regardant suffisamment, il saurait contrôler la situation, il saurait comprendre et anticiper sa venue. Pour s'aider, il finit sa coupe, sans couper son contact visuel. Dave restait étonnamment silencieux et spectateur, comme s’il n’osait — pour une fois — rien dire de peur de briser ce qui se jouait devant lui, sans savoir réellement nommer cette scène. Poliment, il avait rendu l’inclinaison de tête que lui avait envoyé Fabio, et fixait désormais Niall dont il commençait à questionner le silence.
Et lorsque les deux nouveaux mots arrivèrent aux oreilles d’un Niall absorbé et perdu, machinalement, comme si son corps avait davantage su quoi faire que sa tête, il se détourna des deux hommes, prétextant vouloir déposer sa coupe vide sur la table à côté d'eux. Dans son mouvement, le visage caché des hommes, sa baguette dessina dans l'air le sortilège de pause :
— Chronos Morae, chuchota-t-il.
Il connaissait les règles. Retenir sa position, chaque geste, où étaient ses mains, ce qu'elles faisaient, ce qu'elles tenaient pour tout reprendre parfaitement à la fin du sort. Par expérience, il savait que si c'était possible, tout objet devait être posé avant de mettre le temps sur pause. Il était ainsi plus facile de reprendre sa position sans se faire prendre. La puissance du sort lui permettait de figer une grande partie des objets et personne, et même s'il en oubliait, Niall savait que l'euphorie de l'événement le protègerait de créer quelque regards interrogateurs. Et la règle la plus importante : le temps. Tout était limité, mais il compterait consciencieusement.
Un. Niall pivota vers Fabio. Deux. Il prit une grande inspiration pour gérer les émotions qu'il n'avait pas pu gérer plus tôt. Trois. Il fixa les prunelles bleues de Fabio alors que les siennes s'embuaient légèrement. Quatre. Un "Pardon" susurré. Cinq. Il profita encore du regard de Fabio. Tout avait toujours tourné autour du temps entre les deux. Qu'il avance, ralentisse ou s'arrête. Six. Il revenait à son verre. Sept. Le sortilège prenait fin.
Alors que les secondes et les minutes défilaient à nouveau normalement, Niall s'accorda une seconde supplémentaire pour se ressaisir et empêcher le torrent d'émotions qui semblait vouloir rattraper les secondes bloquées dans le temps et se déverser sur ses joues. Ainsi, ce furent deux secondes qu'il dut prendre avant de se retourner.
— Bonne année, répondit-il d'un ton le plus neutre possible en tendant la nouvelle coupe qu'il avait saisie sur la table. Il ne s'autorisait plus aucun contact, pas même celui d'une coupe de champagne contre une autre ; ses yeux ne fixaient que l'objet et avaient abandonné le regard bleu qui semblait l'appeler.
Puis, Niall avait levé la tête vers Dave. Les convenances reprenaient et une présentation s'imposait. Une personne, un statut et inversement, la parade était facile.
— Fabio Dermott, l'organisateur de ce bal et directeur de la Salle de Spectacle. Dave Roy, un ami depuis Magifac.
Voilà, le discours avait été récité à la perfection, sans accroc, sans larme, sans intonation, sans prosodie aucune finalement.
— Et le meilleur !, ajouta Dave qui sauta sur l'occasion qu'on lui avait tendue. C'est super ce que vous avez fait de cette soirée ! Ca a dû vous demander une sacrée organisation. Au Canada, on aime bien faire ça avec de la glace autour, mais je dois dire que le décompte enflammé, c'était plus réchauffant !
Niall ne quittait pas d'une seconde les yeux de son ami. Il luttait même pour les fixer et rester concentré. Ne rien laisser transparaître. Jusqu'à ce que le temps reprenne.
Ai-je créé un sortilège juste pour le placer dans ce RP ? tout à fait.
Sorti de ses pensées par une étreinte musclée et sans retenue, Niall n’eut pas le temps d’éloigner sa coupe que le mouvement provoqua l’évidente chute du liquide sur son costume. Amusé par son ami toujours plus imprévisible — et pourtant évident —, il le laissa un instant observer son œuvre pour que cela s’imprègne, puis saisis sa baguette pour s’en débarrasser.
— Merci, Dave. Bonne année à toi aussi !
Le costume à nouveau sec, Niall préféra garder sa baguette dans sa main au cas où son ami l’obligerait à l’utiliser à nouveau, surtout lorsqu’il revenait justement avec deux nouvelles coupes. Les deux trinquèrent alors, comme la tradition l’oblige et sur le visage de son ami se dessinait un regard étonnamment sérieux. Trop sérieux pour un discours une minute après l’arrivée de la nouvelle année. Trop sérieux pour le Canadien, tout court.
— Tu sais, ce pari de tout à l’heure ?
Il ne fallut pas longtemps à Niall pour comprendre. Une demi seconde tout au plus. Non pas qu’il avait une excellente mémoire — même si elle était en effet plutôt bonne —, mais c’était qu’il se souvenait parfaitement de la gêne que sa remarque avait provoquée plus tôt, et celle que provoquait actuellement la nouvelle remarque. Dans son regard, Niall s’était mis à fouiller, à comprendre plus rapidement que les mots n’étaient débités. Il cherchait à anticiper, prévoir les prochains commentaires pour anticiper toutes les réponses et ne pas paraître déstabilisé. Alors il ne put que hocher la tête, trop concentré sur les expressions faciales de son ami, il préférait rester silencieux, même si, à cet instant, tout sujet de discussion eut été préférable et surtout, plus facile à gérer.
— C’était qui cet homme que t’es allé voir ?
Il y avait deux analyses possibles ici : soit Dave connaissait la réponse, sous entendait déjà que Niall avait menti et n’était pas allé voir un parfait inconnu, soit il était tout simplement curieux et n’avait aucune arrière pensée. Alors pour peser le pour et le contre, Niall tentait de calculer le temps qu’il était resté avec Fabio, se demandant si c’était un temps raisonnable pour discuter avec un parfait inconnu. Le temps d’une danse. Le temps d’un Nebulus. Et il le savait, le temps passé ne jouait pas en sa faveur. Le plan avait un défaut, mais à cet instant, il préféra — par peur sans doute — jouer la carte de la naiveté. Encore quelques minutes, quelques heures ou quelques jours. Peut-être même le temps d’une vie.
— Celui qui a organisé ce bal, je crois, répondit-il tout en surveillant la moindre de ses réactions, à la recherche de l’indice qui lui montrerait qu’on le croyait innocent. Enfin si j’ai bien compris. Il avait ajouté cette dernière remarque en haussant les épaules, comme si tout cela n’avait aucune importance, qu’il ne s’était attaché à aucun détail, alors qu’il n’avait fait que cela de toute sa soirée, s’attacher au moindre détail de Fabio Dermott.
— Non, je demande parce qu’il a l’air de venir vers nous, en fait..
Et le dernier son qu’il entendit fut un raclement de gorge. Un son vers lequel son corps pivota pour constater, avec stupeur, que l’homme dont les deux amis parlaient se trouvait à nouveau près de lui. Il ne put que déglutir, sentir son cœur s’accélérer face à cette situation qu’il n’avait pas anticipée, paniquer intérieurement — forçant tout son être pour que rien ne soit visible — et subir.
À chaque mot que Fabio prononçait, Niall lui hurlait intérieurement de ne rien dire, de ne pas parler de leur danse, de se taire, ou de simplement poser une de ces questions futiles qui lui permettraient de repartir d’où il venait sans attirer l’attention. À chaque mot que Fabio prononçait, Niall plongeait dans son regard et pourtant, lui demandait de rester, de parler encore et encore, mais de parler avec les yeux. Parce que tout lui semblait plus facile ainsi.
Une trêve visuelle et sonore se présenta lorsque Fabio se tourna vers Dave. Pour Niall, il était impossible de voir la curiosité dans le regard de son ami tant son propre regard ne quittait pas l’Egyptien. Il se disait que peut-être, en le regardant suffisamment, il saurait contrôler la situation, il saurait comprendre et anticiper sa venue. Pour s'aider, il finit sa coupe, sans couper son contact visuel. Dave restait étonnamment silencieux et spectateur, comme s’il n’osait — pour une fois — rien dire de peur de briser ce qui se jouait devant lui, sans savoir réellement nommer cette scène. Poliment, il avait rendu l’inclinaison de tête que lui avait envoyé Fabio, et fixait désormais Niall dont il commençait à questionner le silence.
Et lorsque les deux nouveaux mots arrivèrent aux oreilles d’un Niall absorbé et perdu, machinalement, comme si son corps avait davantage su quoi faire que sa tête, il se détourna des deux hommes, prétextant vouloir déposer sa coupe vide sur la table à côté d'eux. Dans son mouvement, le visage caché des hommes, sa baguette dessina dans l'air le sortilège de pause :
— Chronos Morae, chuchota-t-il.
Il connaissait les règles. Retenir sa position, chaque geste, où étaient ses mains, ce qu'elles faisaient, ce qu'elles tenaient pour tout reprendre parfaitement à la fin du sort. Par expérience, il savait que si c'était possible, tout objet devait être posé avant de mettre le temps sur pause. Il était ainsi plus facile de reprendre sa position sans se faire prendre. La puissance du sort lui permettait de figer une grande partie des objets et personne, et même s'il en oubliait, Niall savait que l'euphorie de l'événement le protègerait de créer quelque regards interrogateurs. Et la règle la plus importante : le temps. Tout était limité, mais il compterait consciencieusement.
Un. Niall pivota vers Fabio. Deux. Il prit une grande inspiration pour gérer les émotions qu'il n'avait pas pu gérer plus tôt. Trois. Il fixa les prunelles bleues de Fabio alors que les siennes s'embuaient légèrement. Quatre. Un "Pardon" susurré. Cinq. Il profita encore du regard de Fabio. Tout avait toujours tourné autour du temps entre les deux. Qu'il avance, ralentisse ou s'arrête. Six. Il revenait à son verre. Sept. Le sortilège prenait fin.
Alors que les secondes et les minutes défilaient à nouveau normalement, Niall s'accorda une seconde supplémentaire pour se ressaisir et empêcher le torrent d'émotions qui semblait vouloir rattraper les secondes bloquées dans le temps et se déverser sur ses joues. Ainsi, ce furent deux secondes qu'il dut prendre avant de se retourner.
— Bonne année, répondit-il d'un ton le plus neutre possible en tendant la nouvelle coupe qu'il avait saisie sur la table. Il ne s'autorisait plus aucun contact, pas même celui d'une coupe de champagne contre une autre ; ses yeux ne fixaient que l'objet et avaient abandonné le regard bleu qui semblait l'appeler.
Puis, Niall avait levé la tête vers Dave. Les convenances reprenaient et une présentation s'imposait. Une personne, un statut et inversement, la parade était facile.
— Fabio Dermott, l'organisateur de ce bal et directeur de la Salle de Spectacle. Dave Roy, un ami depuis Magifac.
Voilà, le discours avait été récité à la perfection, sans accroc, sans larme, sans intonation, sans prosodie aucune finalement.
— Et le meilleur !, ajouta Dave qui sauta sur l'occasion qu'on lui avait tendue. C'est super ce que vous avez fait de cette soirée ! Ca a dû vous demander une sacrée organisation. Au Canada, on aime bien faire ça avec de la glace autour, mais je dois dire que le décompte enflammé, c'était plus réchauffant !
Niall ne quittait pas d'une seconde les yeux de son ami. Il luttait même pour les fixer et rester concentré. Ne rien laisser transparaître. Jusqu'à ce que le temps reprenne.
Ai-je créé un sortilège juste pour le placer dans ce RP ? tout à fait.
Le temps d'un Nebulus
[...] parler encore et encore, mais de parler avec les yeux... Niall, permets-moi d'en douter. Fabio sait maîtriser ses expressions, les mimiques de son visage et ses mots. Or – quoiqu'encore faudrait-il y être attentif, encore faudrait-il parvenir à le déchiffrer –, s'il y a bien un point de fuite par lequel les émotions peuvent lui échapper sans contrôle, c'est par son regard.
Le regard de Niall, en tout cas, lui avait finalement échappé. Tellement qu'il lui parut impossible d'espérer le retrouver. Et si à côté d'une légère crainte, traverser la foule en direction de cet homme, quelques instants plus tôt, l'avait doté de petites ailes gonflées d'une douce euphorie, le bonne année que celui-ci lui répondit l'envoya s'écraser brutalement sur l'impitoyable béton de la réalité. Pas d'intonation dans la voix de Niall. Pas de regard. Pas même de verre tintant contre le sien. Rien. Rien et pourtant, ce bonne année était rempli à raz-bord d'une information que Fabio aurait préféré ne pas avoir à percevoir si clairement : il avait fait une erreur en venant rejoindre les deux sorciers.
Bien que son attitude s'efforçait de ne rien trahir, si Niall n'avait pas détourné la tête, il aurait peut-être pu deviner dans le regard de Fabio une espèce d'embarras désolé.
Fabio aurait voulu disparaître, mais Niall l'avait finalement présenté. Comme étant l'organisateur du bal. Comme étant le directeur de la Salle de Spectacle. Ce qui, bien sûr, n'était pas faux. Ce qui, en temps normal, aurait fait la fierté du concerné. Et pourtant, les mots de Niall ne sonnaient pas bien aux oreilles de Fabio. Pas foncièrement mal non plus – ce serait exagérer – mais il avait l'impression que quelque chose manquait. Ou que ce n'était peut-être pas assez précis. Ou que... il ne savait pas. Quelque chose, malgré tout. Malgré ce bonne année aussi plat. Quelque chose qui aurait espéré qu'il le présente différemment à ce Dave Roy. À cet ami. Cet ami qui était celui avec qui Niall était passé d'une année à l'autre. Cet ami qu'il connaissait depuis les études, depuis – quel âge avait Niall, en fait ? Meilleur ami, comme l'avait précisé le concerné. Fabio aurait espéré être présenté différemment, mais d'un différemment que lui-même n'était pas capable d'expliciter. D'ailleurs – bien que cette pensée-là ne traversa pas son esprit – si ça avait été à l'Égyptien de présenter Niall à sa sœur, il y aurait eu fort à parier qu'il l'aurait présenté comme étant le libraire de Fleury et Bott.
Magifac Niall, hein ? À vrai dire, cela ne l'avait pas particulièrement surpris. À vrai dire, un parcours Magifac lui allait bien, au libraire. Du moins s'il se basait sur ce qu'il avait pu voir, apprendre et découvrir sur l'homme les quelques fois qu'il l'avait croisé, qu'il lui avait parlé, qu'il... un slow dans l'étreinte opaque d'un Nebulus, par Circé ! Fabio Dermott, organisateur du bal. Fabio Dermott, directeur de la Salle de Spectacle. Était-ce cela que Niall voyait en lui ? Que cela ?
Bien que son visage s'efforçait de rester souriant, si Niall n'avait pas détourné la tête, il aurait peut-être pu deviner dans le regard de Fabio une espèce de déception peinée.
Puis ce fut Dave qui prit la parole. Et Fabio s'obligea à se concentrer sur cet ami tout plein d'énergie. Il s'obligea à faire preuve d'intérêt, à écouter, à répondre par un petit sourire au compliment sur le bal, à fournir une réponse sur un ton aussi léger que les mots du canadien. Heureusement qu’ik avait passé la soirée à le faire et qu'il était plutôt doué : ce ne fut finalement pas spécialement compliqué. Malgré tout, malgré ce bonne année aussi plat et tout ce qu'il avait déclenché.
– Le Canada !
L'exclamation ne laissait nullement deviner que le pays en question et son climat ne l'enthousiasmaient pas tant que cela. Fabio désigna le badge sur la veste de Niall, s'adressant pourtant toujours qu'à l'autre sorcier :
– Niall est assurément d'une grande élégance, mais vous alors... le badge du cousin canadien de l'Oiseau de Soleil ne vous a pas tenté ?
Il espérait que Dave saisisse l'allusion à l'oiseau-tempête. Et Niall celle que ... stop. Éviter de s'enfoncer, repartir avec dignité. À quoi s'était-il attendu en venant ? Il lui fallait trouver un moyen de se manœuvrer hors de cette impasse. L'option facile :
– Enfin bon, je ne veux pas vous déranger plus longtemps.
Il leva une nouvelle fois son verre, qui pourrait ainsi faire office de salutation. Nouveau sourire. Éviter de s'enfoncer, repartir avec dignité.
Il osait à peine l'envisager, mais ... y avait-il de la place pour un tout petit espoir ? Malgré tout ? Fabio glissa un regard en direction de Niall dans l'espoir de croiser le sien. S'il retournait la tête vers lui, peut-être qu'il pourrait deviner dans le regard de Fabio la demande muette : Niall, Niall allez. Dis-moi que je ne vous dérange pas. Demande-moi de rester.
Le regard de Niall, en tout cas, lui avait finalement échappé. Tellement qu'il lui parut impossible d'espérer le retrouver. Et si à côté d'une légère crainte, traverser la foule en direction de cet homme, quelques instants plus tôt, l'avait doté de petites ailes gonflées d'une douce euphorie, le bonne année que celui-ci lui répondit l'envoya s'écraser brutalement sur l'impitoyable béton de la réalité. Pas d'intonation dans la voix de Niall. Pas de regard. Pas même de verre tintant contre le sien. Rien. Rien et pourtant, ce bonne année était rempli à raz-bord d'une information que Fabio aurait préféré ne pas avoir à percevoir si clairement : il avait fait une erreur en venant rejoindre les deux sorciers.
Bien que son attitude s'efforçait de ne rien trahir, si Niall n'avait pas détourné la tête, il aurait peut-être pu deviner dans le regard de Fabio une espèce d'embarras désolé.
Fabio aurait voulu disparaître, mais Niall l'avait finalement présenté. Comme étant l'organisateur du bal. Comme étant le directeur de la Salle de Spectacle. Ce qui, bien sûr, n'était pas faux. Ce qui, en temps normal, aurait fait la fierté du concerné. Et pourtant, les mots de Niall ne sonnaient pas bien aux oreilles de Fabio. Pas foncièrement mal non plus – ce serait exagérer – mais il avait l'impression que quelque chose manquait. Ou que ce n'était peut-être pas assez précis. Ou que... il ne savait pas. Quelque chose, malgré tout. Malgré ce bonne année aussi plat. Quelque chose qui aurait espéré qu'il le présente différemment à ce Dave Roy. À cet ami. Cet ami qui était celui avec qui Niall était passé d'une année à l'autre. Cet ami qu'il connaissait depuis les études, depuis – quel âge avait Niall, en fait ? Meilleur ami, comme l'avait précisé le concerné. Fabio aurait espéré être présenté différemment, mais d'un différemment que lui-même n'était pas capable d'expliciter. D'ailleurs – bien que cette pensée-là ne traversa pas son esprit – si ça avait été à l'Égyptien de présenter Niall à sa sœur, il y aurait eu fort à parier qu'il l'aurait présenté comme étant le libraire de Fleury et Bott.
Magifac Niall, hein ? À vrai dire, cela ne l'avait pas particulièrement surpris. À vrai dire, un parcours Magifac lui allait bien, au libraire. Du moins s'il se basait sur ce qu'il avait pu voir, apprendre et découvrir sur l'homme les quelques fois qu'il l'avait croisé, qu'il lui avait parlé, qu'il... un slow dans l'étreinte opaque d'un Nebulus, par Circé ! Fabio Dermott, organisateur du bal. Fabio Dermott, directeur de la Salle de Spectacle. Était-ce cela que Niall voyait en lui ? Que cela ?
Bien que son visage s'efforçait de rester souriant, si Niall n'avait pas détourné la tête, il aurait peut-être pu deviner dans le regard de Fabio une espèce de déception peinée.
Puis ce fut Dave qui prit la parole. Et Fabio s'obligea à se concentrer sur cet ami tout plein d'énergie. Il s'obligea à faire preuve d'intérêt, à écouter, à répondre par un petit sourire au compliment sur le bal, à fournir une réponse sur un ton aussi léger que les mots du canadien. Heureusement qu’ik avait passé la soirée à le faire et qu'il était plutôt doué : ce ne fut finalement pas spécialement compliqué. Malgré tout, malgré ce bonne année aussi plat et tout ce qu'il avait déclenché.
– Le Canada !
L'exclamation ne laissait nullement deviner que le pays en question et son climat ne l'enthousiasmaient pas tant que cela. Fabio désigna le badge sur la veste de Niall, s'adressant pourtant toujours qu'à l'autre sorcier :
– Niall est assurément d'une grande élégance, mais vous alors... le badge du cousin canadien de l'Oiseau de Soleil ne vous a pas tenté ?
Il espérait que Dave saisisse l'allusion à l'oiseau-tempête. Et Niall celle que ... stop. Éviter de s'enfoncer, repartir avec dignité. À quoi s'était-il attendu en venant ? Il lui fallait trouver un moyen de se manœuvrer hors de cette impasse. L'option facile :
– Enfin bon, je ne veux pas vous déranger plus longtemps.
Il leva une nouvelle fois son verre, qui pourrait ainsi faire office de salutation. Nouveau sourire. Éviter de s'enfoncer, repartir avec dignité.
... ... ...
... est-ce que ...
... ... ...
... est-ce que ...
... ... ...
Il osait à peine l'envisager, mais ... y avait-il de la place pour un tout petit espoir ? Malgré tout ? Fabio glissa un regard en direction de Niall dans l'espoir de croiser le sien. S'il retournait la tête vers lui, peut-être qu'il pourrait deviner dans le regard de Fabio la demande muette : Niall, Niall allez. Dis-moi que je ne vous dérange pas. Demande-moi de rester.
Fab’ulous
#583400
Le temps d'un Nebulus
Le regard bloqué sur Dave, l’oreille bloquée sur Fabio, le corps perdu entre les deux.
Niall observait l’énergie de son meilleur ami se déployer alors que la sienne flottait quelque part entre les deux sorciers. Il aurait bien été incapable de répéter avec certitude ce que le Canadien avait pu dire, tant il était concentré sur le moindre mouvement de Fabio à ses côtés. Il était persuadé de sentir son regard l’appeler, comme si Dave n’était tout simplement pas là, mais quelque chose en Niall était bien plus fort que les aimants bleus de l’Egyptien. Alors il résistait en contrôlant sa respiration et ses regards. Tant qu’il le pouvait.
Lorsque Fabio prit la parole, Niall eut l’impression de redécouvrir le son de sa voix et tout en lui hurlait de cesser de fixer son ami pour passer à celui qui l’intéressait vraiment. Il n’écoutait rien de cette conversation. Il en était sorti à la seconde où sa présentation avait été achevée. Il aurait très bien pu se trouver bloqué dans son sortilège lancé plus tôt qu’il n’aurait remarqué aucune différence. Sauf qu’à cet instant, la vie continuait sans lui. Et celui dont il aurait pourtant voulu suivre le rythme de toute danse lui semblait inaccessible.
L’index de Fabio s’approcha du badge de Niall, et le cœur de celui-ci s’accéléra. Pour un simple badge désigné, Fabio venait de lui faire baisser la tête vers l’objet. Ce n’était pas tant l’objet — à vrai dire, ce n’était même pas du tout l’objet — , mais l’emplacement qu’il indiquait et surtout sa main. Ce même emplacement qui, plus tôt, avait vu la main de Fabio venir y déposer son parchemin plié. Cette même main qui, plus tôt, avait été tenue et serrée dans la sienne.
Lorsqu’il entendit son prénom, ce fut inévitable, sa tête avait finalement pivoté vers Fabio. Sans tellement savoir si le sourire qui apparaissait timidement sur le visage de l’Irlandais était dû au compliment qu’il venait de recevoir ou au simple fait d’en contempler l’auteur, Niall baissa sa garde. Une seconde, puis une deuxième et son sourire voulait s’agrandir davantage.
Et dans ce moment pourtant banal, alors que leurs regards ne s’étaient plus croisés depuis l’arrivée du sorcier, il y avait eu quelque chose. Un petit quelque chose qui avait changé. Si Niall ne pouvait s’en rendre compte à cet instant, plus tard il saurait que cet enchaînement avait marqué son irrémédiable et incontestable intérêt sentimental pour Fabio.
Mais voilà que le sorcier souhaitait pa
……………………………………………………………………………..rtir.
Si la situation n’était pas des plus faciles à gérer pour Niall, il n’avait pourtant pas tellement envie que l’Egyptien s’en aille. Pas tout de suite. Pas maintenant. Mais l’exprimer lui était impossible. Alors il avait fixé Dave. Pour lui communiquer son envie à lui. Pour le supplier — silencieusement — de le faire rester. Mais sans lui montrer totalement. Mais un peu quand même. Mais pas trop, au risque qu’il croie qu’il s’y intéressait. Même s’il s’y intéressait. Alors le faire réagir. Sans le forcer non plus. Mais en le pressant quand même. Et il fallait qu’il agisse vite. Plus les secondes passaient, plus la coupe de Fabio allait redescendre et acter son départ. Dave, allez. Dis-lui qu’il ne nous dérange pas. Demande-lui de rester.
Et alors que Dave avait seulement ri et plaisanté sur un badge qu’il n’avait pas demandé, et alors que le Canadien beaucoup — trop, horriblement et ennuyeusement trop — poli n’avait pas osé contester la démarche de Fabio qu’il prenait pour un réel souhait de se retirer, il avait tendu son verre en souriant — alors qu’aucun sourire ne traversait le visage de l’Irlandais — et lui avait souhaité une agréable soirée, tout en le remerciant.
La main de Niall se resserrait sur sa baguette, cherchant un sort. N’importe lequel. Il aurait aimé être suffisamment puissant pour mettre tout en pause à nouveau, sans affecter Fabio. Le faire entrer dans son espace temps, dans son monde à lui qui était pourtant bien fermé. Mais aucun sort ne lui venait à l’esprit tant il était trop occupé à fixer le regard bleu du sorcier. Le fixer pour lui demander de rester. Trouve une excuse Fabio. N’importe quoi.
Niall observait l’énergie de son meilleur ami se déployer alors que la sienne flottait quelque part entre les deux sorciers. Il aurait bien été incapable de répéter avec certitude ce que le Canadien avait pu dire, tant il était concentré sur le moindre mouvement de Fabio à ses côtés. Il était persuadé de sentir son regard l’appeler, comme si Dave n’était tout simplement pas là, mais quelque chose en Niall était bien plus fort que les aimants bleus de l’Egyptien. Alors il résistait en contrôlant sa respiration et ses regards. Tant qu’il le pouvait.
Lorsque Fabio prit la parole, Niall eut l’impression de redécouvrir le son de sa voix et tout en lui hurlait de cesser de fixer son ami pour passer à celui qui l’intéressait vraiment. Il n’écoutait rien de cette conversation. Il en était sorti à la seconde où sa présentation avait été achevée. Il aurait très bien pu se trouver bloqué dans son sortilège lancé plus tôt qu’il n’aurait remarqué aucune différence. Sauf qu’à cet instant, la vie continuait sans lui. Et celui dont il aurait pourtant voulu suivre le rythme de toute danse lui semblait inaccessible.
L’index de Fabio s’approcha du badge de Niall, et le cœur de celui-ci s’accéléra. Pour un simple badge désigné, Fabio venait de lui faire baisser la tête vers l’objet. Ce n’était pas tant l’objet — à vrai dire, ce n’était même pas du tout l’objet — , mais l’emplacement qu’il indiquait et surtout sa main. Ce même emplacement qui, plus tôt, avait vu la main de Fabio venir y déposer son parchemin plié. Cette même main qui, plus tôt, avait été tenue et serrée dans la sienne.
Lorsqu’il entendit son prénom, ce fut inévitable, sa tête avait finalement pivoté vers Fabio. Sans tellement savoir si le sourire qui apparaissait timidement sur le visage de l’Irlandais était dû au compliment qu’il venait de recevoir ou au simple fait d’en contempler l’auteur, Niall baissa sa garde. Une seconde, puis une deuxième et son sourire voulait s’agrandir davantage.
Et dans ce moment pourtant banal, alors que leurs regards ne s’étaient plus croisés depuis l’arrivée du sorcier, il y avait eu quelque chose. Un petit quelque chose qui avait changé. Si Niall ne pouvait s’en rendre compte à cet instant, plus tard il saurait que cet enchaînement avait marqué son irrémédiable et incontestable intérêt sentimental pour Fabio.
Mais voilà que le sorcier souhaitait pa
……………………………………………………………………………..rtir.
Si la situation n’était pas des plus faciles à gérer pour Niall, il n’avait pourtant pas tellement envie que l’Egyptien s’en aille. Pas tout de suite. Pas maintenant. Mais l’exprimer lui était impossible. Alors il avait fixé Dave. Pour lui communiquer son envie à lui. Pour le supplier — silencieusement — de le faire rester. Mais sans lui montrer totalement. Mais un peu quand même. Mais pas trop, au risque qu’il croie qu’il s’y intéressait. Même s’il s’y intéressait. Alors le faire réagir. Sans le forcer non plus. Mais en le pressant quand même. Et il fallait qu’il agisse vite. Plus les secondes passaient, plus la coupe de Fabio allait redescendre et acter son départ. Dave, allez. Dis-lui qu’il ne nous dérange pas. Demande-lui de rester.
Et alors que Dave avait seulement ri et plaisanté sur un badge qu’il n’avait pas demandé, et alors que le Canadien beaucoup — trop, horriblement et ennuyeusement trop — poli n’avait pas osé contester la démarche de Fabio qu’il prenait pour un réel souhait de se retirer, il avait tendu son verre en souriant — alors qu’aucun sourire ne traversait le visage de l’Irlandais — et lui avait souhaité une agréable soirée, tout en le remerciant.
La main de Niall se resserrait sur sa baguette, cherchant un sort. N’importe lequel. Il aurait aimé être suffisamment puissant pour mettre tout en pause à nouveau, sans affecter Fabio. Le faire entrer dans son espace temps, dans son monde à lui qui était pourtant bien fermé. Mais aucun sort ne lui venait à l’esprit tant il était trop occupé à fixer le regard bleu du sorcier. Le fixer pour lui demander de rester. Trouve une excuse Fabio. N’importe quoi.
Le temps d'un Nebulus
Le verre levé, le sourire encore dessiné sur le visage, Fabio attendit la réaction des deux hommes. L'ami de Niall leva son verre et lui souhaita une agréable soirée. Et Niall...
Niall ne dit rien. Ni avant les mots de Dave, ni après les mots de Dave, ni pendant les deux secondes supplémentaires – trois peut-être, même – que Fabio attendit – juste au cas où – avant de se résigner à baisser à nouveau son verre. Niall ne dit rien et Fabio réalisa qu'en fait, le sorcier n'avait rien dit du tout depuis qu'il avait laissé Jina pour les rejoindre spontanément, lui et cet ami. Du moins, rien hormis ce bonne année si terriblement neutre puis la brève présentation de circonstances qui s'était imposée. Pire encore : Fabio réalisa que Niall s'était contenté de lui adresser et retourner les mots que la politesse exigeait. La politesse, ni plus ni moins. Ni même Niall l'avait-il regardé pendant que lui-même s'était efforcé de faire la conversation au Canadien.
Enfin, il y avait bien eu ce moment où Niall avait tourné la tête vers lui. Celui où Fabio avait prononcé son prénom, avait tendu la main pour désigner son badge, par tous les moyens, avait cherché à attirer son attention. Et puis il y avait eu ce sourire qui avait momentanément balayé les doutes avant que le silence si flagrant du libraire revienne le recouvrir, étouffer toute étincelle d'espoir dans ce mutisme persistant. Ces lèvres qui souriaient mais qui s'obstinaient douloureusement à ne rien dire.
Puis là, maintenant, il y avait à nouveau le regard de Niall. Fixant le sien ; ces si jolies prunelles grises qu'il avait passé tant de temps, pris tant de plaisir à observer et s'en laisser regarder un peu plus tôt – il y a une demi-heure tout au plus, mais une demi-heure qui lui semblait déjà étonnamment lointaine. Et ces lèvres qui s'obstinaient, encore, toujours, à ne rien dire. Et qui ne souriaient à présent même plus.
Finalement, Fabio non plus n'eut plus rien à dire. Son sourire avait lentement fané et – bien qu'au prix d'un certain effort - il arracha son regard à celui de Niall. Il ne savait pas quoi faire, de ce regard. Ni de ce sourire. Ils avaient quelque chose de contradictoire. Et il renonça à s'aventurer sur le terrain glissant de la tentative de leur donner une signification – ce dangereux risque de s'imaginer dans ces yeux, dans ce sourire, les douces illusions d'espoirs qu'ils ne réfléchissaient en réalité aucunement. Le silence, en revanche, lui semblait inéquivoque et ce dont Fabio était certain, c'était qu'il n'avait non seulement plus aucun prétexte pour rester, mais que sa présence n'était tout simplement pas réellement souhaitée. Alors il ne restait plus que l'évident à faire : s'en aller. L'Egyptien inclina la tête pour définitivement marquer son départ.
– Au plaisir de vous recroiser, souffla-t-il néanmoins tout en glissant un dernier regard en direction de Niall, juste avant de tourner les talons.
À son tour, Fabio s'était servi dans les formules standardisées de la politesse. Par précaution, par facilité. Quoique, peut-être bien qu'au fond, il s'était également agi d'une allusion au rendez-vous que le libraire lui avait donné – "après les résultats du concours", l'écho de sa voix était bel et bien encore là. Simplement pour laisser dans son sillage l'information implicite que pour sa part – et bien qu'il n'y croyait à vrai dire plus vraiment – il avait toujours le temps.
Ainsi, Fabio s'en alla. La démarche mesurée, la tête levée comme pour la garder hors de ce raz-de-marée de déception qu'il n'avait pas imaginée aussi intense qu'elle s'avéra pourtant, qui avait certainement déjà gagné le cœur mais qu'il ne pouvait pas se permettre de laisser gagner la tête. Il aurait aimé faire comme le libraire : s'en aller puis s'arrêter encore une fois, se retourner, lancer un dernier regard en arrière. Il résista à la tentation. Il ne voulait pas savoir si Niall le suivait du regard – ou s'il ne le suivait pas. Il devait s'empêcher de se projeter mentalement là-bas, – que faisait-il ? parlaient-ils encore de lui ou avait-il fait interruption dans une conversation qu'ils étaient à présent ravis de pouvoir reprendre ? – s'éviter la torture d'une spéculation incertaine. Il prit une profonde inspiration, se décora d'un sourire. Retrouver Jina et ne pas se laisser déconcentrer. Après tout, Fabio Dermott avait un bal à gérer.
Niall ne dit rien. Ni avant les mots de Dave, ni après les mots de Dave, ni pendant les deux secondes supplémentaires – trois peut-être, même – que Fabio attendit – juste au cas où – avant de se résigner à baisser à nouveau son verre. Niall ne dit rien et Fabio réalisa qu'en fait, le sorcier n'avait rien dit du tout depuis qu'il avait laissé Jina pour les rejoindre spontanément, lui et cet ami. Du moins, rien hormis ce bonne année si terriblement neutre puis la brève présentation de circonstances qui s'était imposée. Pire encore : Fabio réalisa que Niall s'était contenté de lui adresser et retourner les mots que la politesse exigeait. La politesse, ni plus ni moins. Ni même Niall l'avait-il regardé pendant que lui-même s'était efforcé de faire la conversation au Canadien.
Enfin, il y avait bien eu ce moment où Niall avait tourné la tête vers lui. Celui où Fabio avait prononcé son prénom, avait tendu la main pour désigner son badge, par tous les moyens, avait cherché à attirer son attention. Et puis il y avait eu ce sourire qui avait momentanément balayé les doutes avant que le silence si flagrant du libraire revienne le recouvrir, étouffer toute étincelle d'espoir dans ce mutisme persistant. Ces lèvres qui souriaient mais qui s'obstinaient douloureusement à ne rien dire.
Puis là, maintenant, il y avait à nouveau le regard de Niall. Fixant le sien ; ces si jolies prunelles grises qu'il avait passé tant de temps, pris tant de plaisir à observer et s'en laisser regarder un peu plus tôt – il y a une demi-heure tout au plus, mais une demi-heure qui lui semblait déjà étonnamment lointaine. Et ces lèvres qui s'obstinaient, encore, toujours, à ne rien dire. Et qui ne souriaient à présent même plus.
Finalement, Fabio non plus n'eut plus rien à dire. Son sourire avait lentement fané et – bien qu'au prix d'un certain effort - il arracha son regard à celui de Niall. Il ne savait pas quoi faire, de ce regard. Ni de ce sourire. Ils avaient quelque chose de contradictoire. Et il renonça à s'aventurer sur le terrain glissant de la tentative de leur donner une signification – ce dangereux risque de s'imaginer dans ces yeux, dans ce sourire, les douces illusions d'espoirs qu'ils ne réfléchissaient en réalité aucunement. Le silence, en revanche, lui semblait inéquivoque et ce dont Fabio était certain, c'était qu'il n'avait non seulement plus aucun prétexte pour rester, mais que sa présence n'était tout simplement pas réellement souhaitée. Alors il ne restait plus que l'évident à faire : s'en aller. L'Egyptien inclina la tête pour définitivement marquer son départ.
– Au plaisir de vous recroiser, souffla-t-il néanmoins tout en glissant un dernier regard en direction de Niall, juste avant de tourner les talons.
À son tour, Fabio s'était servi dans les formules standardisées de la politesse. Par précaution, par facilité. Quoique, peut-être bien qu'au fond, il s'était également agi d'une allusion au rendez-vous que le libraire lui avait donné – "après les résultats du concours", l'écho de sa voix était bel et bien encore là. Simplement pour laisser dans son sillage l'information implicite que pour sa part – et bien qu'il n'y croyait à vrai dire plus vraiment – il avait toujours le temps.
Ainsi, Fabio s'en alla. La démarche mesurée, la tête levée comme pour la garder hors de ce raz-de-marée de déception qu'il n'avait pas imaginée aussi intense qu'elle s'avéra pourtant, qui avait certainement déjà gagné le cœur mais qu'il ne pouvait pas se permettre de laisser gagner la tête. Il aurait aimé faire comme le libraire : s'en aller puis s'arrêter encore une fois, se retourner, lancer un dernier regard en arrière. Il résista à la tentation. Il ne voulait pas savoir si Niall le suivait du regard – ou s'il ne le suivait pas. Il devait s'empêcher de se projeter mentalement là-bas, – que faisait-il ? parlaient-ils encore de lui ou avait-il fait interruption dans une conversation qu'ils étaient à présent ravis de pouvoir reprendre ? – s'éviter la torture d'une spéculation incertaine. Il prit une profonde inspiration, se décora d'un sourire. Retrouver Jina et ne pas se laisser déconcentrer. Après tout, Fabio Dermott avait un bal à gérer.
Fab’ulous
#583400
Le temps d'un Nebulus
Dans les derniers mots enjoués de Dave, se cachaient les mots silencieux de Niall. Et pourtant ces derniers criaient, blâmaient le monde entier, mais rien n'y faisait, aucun ne sortirait. Alors il avait attrapé ce dernier regard, prenant, selon lui, un risque inconsidérable de se faire prendre. Durant ces deux secondes où les yeux bleus et gris se mélangeaient, Niall s'était imaginé un dialogue. Il se repassait son arrivée, changeait ses regards, les posait tous sur lui, lui envoyait tous les sourires et mots retenus. Durant ces deux secondes où les yeux bleus et gris se mélangeaient, Niall créait une situation qui n'aurait jamais donné l'idée à Fabio de s'en aller.
Au plaisir de vous recroiser. Ces mots résonnaient et secouaient Niall de l’intérieur. Bien sûr qu’il aurait préféré qu'il n'y ait aucun départ, aucune coupe levée, aucun au revoir. Bien sûr qu’il mourrait d’envie d’attraper son bras et de lui demander de rester. Mais tout ce qu'il réussissait à faire, c'était regarder Fabio Dermott. Fabio Dermott qui s'en allait. Fabio Dermott à qui il n'avait presque pas répondu. Fabio Dermott qui devait sûrement penser que Niall était l'homme le plus étrange et malpoli de cette soirée. Et pourtant, il y avait, dans la phrase de l'Egyptien, une invitation à renouveler l'échange. Ou peut-être que lui était tout simplement poli ? Ou pire, peut-être était-ce Dave qu'il souhaitait recroiser plus tard ? Et dans ce "plus tard", il y avait pourtant la proposition que Niall lui avait faite plus tôt. Alors évidemment, la question était de savoir si Fabio, après cet échange catastrophique, renouvellerait son souhait de le retrouver, et si même Niall aurait l'audace de se présenter.
Pourtant contrarié, plus Fabio disparaissait dans la foule, plus Niall s'y accrochait. Il attendit qu'il n'y ait plus une seule plume rouge dans son champ de vision pour revenir à Dave – qui se resservait tranquillement un verre, pas le moins du monde affecté par la situation – avant de lui envoyer un regard agacé.
— Quoi ?, demanda le Canadien surpris.
— Pourquoi tu ne lui as pas demandé de rester ?!
Niall tentait de contrôler sa voix, mais tout ce qu'il s'était efforcé de contenir plus tôt sortait enfin. Les expressions, le ton, les mots.
— Mais il a eu l'air de vouloir partir !, tenta de justifier le pauvre accusé. Tu sais, je pense qu'il..
— Il t'avait posé une question !
Même si Dave portait encore son masque sur le visage, il n'était pas difficile de voir ses yeux qui s'écarquillaient, ni difficile de lire l'incompréhension dans son regard.
— Mais il a enchainé sur son départ, j'ai pas osé revenir sur sa question. Peut-être qu'il faisait juste son petit tour en tant que directeur pour saluer tout le monde. T'sais pour qu'on dise à tout le monde que son bal était cool. Parce qu'il était..
Mais Niall n'écoutait déjà plus. Il avait retourné sa tête vers cette foule qui avait vue disparaître Fabio, cette foule qui le punissait en ne lui offrant aucune trace visible de l'homme qu'il souhaitait voir revenir.
— T'as quoi ? T'as peur qu'il te fasse de la mauvaise pub pour ta librairie ?
Niall peina à revenir à son ami, tant il attendait encore que l'Egyptien réapparaisse. Toutefois, la question idiote qu'il entendit le força à rétablir les choses.
— Mais non. C'est juste que.. Il haussa les épaules. Rien. Laisse tomber.
Et Dave, puisqu'on le lui avait demandé, avait laissé tomber. Bien plus facilement que Niall qui ne pourrait pas simplement "laisser tomber" avant deux bonnes heures.
Baguette rangée, coupe reposée, l'Irlandais n'avait plus l'envie de continuer à boire. Tout ce qu'il pourrait donc faire avant les résultats du concours serait d'offrir à son meilleur ami les réponses les mieux interprétées, le rôle de l'homme parfaitement souriant, alors que tout ce qu'il se passait en boucle dans son esprit était cette étrange rencontre.
Lorsqu'à minuit trente, les masques avaient dû être retirés, Niall avait machinalement cherché Fabio. Il s'était demandé qui serait celui ou celle à se trouver face à lui lorsqu'il retirerait son masque rouge, qui serait celui ou celle qui profiterait des yeux bleus de l'Egyptien sans artifice autour. Question qui ne trouva aucune réponse — et peut-être heureusement pour lui —, puisqu'il dut attendre sa montée sur l'estrade avant de le revoir.
Niall n'avait pas pu s'empêcher de sourire en le voyant, puis s'était demandé si parmi une foule de regards sur lui, Fabio remarquerait le sien. De temps en temps, pour n'éveiller aucun soupçon, Niall fixait la femme à ses côtés, puis l'elfe qui portait un coussin, mais sa boucle se fermait inlassablement sur Fabio.
A ce moment-là, tout ce qu'il espérait, c'était de ne rien gagner. Encore plus qu'il y a une heure. Non seulement la situation l'aurait mis terriblement mal à l'aise, mais s'imaginer aux côtés de Fabio, devant une salle entière, l'aurait sûrement fait quitter le Royaume-Uni pour une dizaine d'années.
Alors lorsque les résultats furent annoncés, Dave posa sa main sur l'épaule de Niall et reformula son invitation.
— Misty ?
L'interrogé grimaça — puisqu'il avait d'autres desseins en tête — et envoya un regard vers la foule.
— Je crois que j'aimerais bien retrouver Maxine.
Et il n'en fut pas plus pour illuminer le regard du Canadien. Un simple prénom avait suffi à alimenter tous les scénarios possibles du sorcier et il lui était, en bon ami qu'il était, impossible de se mettre en travers d'un tel souhait.
— Je vois, je vois, commença-t-il d'un air taquin, et bien si vous êtes pas trop occupés, vous saurez où nous retrouver. Je pense que les filles vont m'accompagner.
— Très bien. Pas besoin de m'attendre.
Dave, tout sourire, ne tenta pas de ralentir le destin et s'en alla retrouver les filles mentionnées. Quant à Niall, il prit une grande inspiration, posa son regard sur celui qui n'était clairement pas Maxine et s'avança vers lui. Doucement. Réfléchissant aux mots qu'il lui faudrait sortir. Ou peut-être à aucun. Peut-être qu'un silence — un énième — suffirait. Et puis, le moment venu, il saurait. Niall saurait à la seconde où ses yeux retomberaient dans les siens s’il avait fait une erreur.
Au plaisir de vous recroiser. Ces mots résonnaient et secouaient Niall de l’intérieur. Bien sûr qu’il aurait préféré qu'il n'y ait aucun départ, aucune coupe levée, aucun au revoir. Bien sûr qu’il mourrait d’envie d’attraper son bras et de lui demander de rester. Mais tout ce qu'il réussissait à faire, c'était regarder Fabio Dermott. Fabio Dermott qui s'en allait. Fabio Dermott à qui il n'avait presque pas répondu. Fabio Dermott qui devait sûrement penser que Niall était l'homme le plus étrange et malpoli de cette soirée. Et pourtant, il y avait, dans la phrase de l'Egyptien, une invitation à renouveler l'échange. Ou peut-être que lui était tout simplement poli ? Ou pire, peut-être était-ce Dave qu'il souhaitait recroiser plus tard ? Et dans ce "plus tard", il y avait pourtant la proposition que Niall lui avait faite plus tôt. Alors évidemment, la question était de savoir si Fabio, après cet échange catastrophique, renouvellerait son souhait de le retrouver, et si même Niall aurait l'audace de se présenter.
Pourtant contrarié, plus Fabio disparaissait dans la foule, plus Niall s'y accrochait. Il attendit qu'il n'y ait plus une seule plume rouge dans son champ de vision pour revenir à Dave – qui se resservait tranquillement un verre, pas le moins du monde affecté par la situation – avant de lui envoyer un regard agacé.
— Quoi ?, demanda le Canadien surpris.
— Pourquoi tu ne lui as pas demandé de rester ?!
Niall tentait de contrôler sa voix, mais tout ce qu'il s'était efforcé de contenir plus tôt sortait enfin. Les expressions, le ton, les mots.
— Mais il a eu l'air de vouloir partir !, tenta de justifier le pauvre accusé. Tu sais, je pense qu'il..
— Il t'avait posé une question !
Même si Dave portait encore son masque sur le visage, il n'était pas difficile de voir ses yeux qui s'écarquillaient, ni difficile de lire l'incompréhension dans son regard.
— Mais il a enchainé sur son départ, j'ai pas osé revenir sur sa question. Peut-être qu'il faisait juste son petit tour en tant que directeur pour saluer tout le monde. T'sais pour qu'on dise à tout le monde que son bal était cool. Parce qu'il était..
Mais Niall n'écoutait déjà plus. Il avait retourné sa tête vers cette foule qui avait vue disparaître Fabio, cette foule qui le punissait en ne lui offrant aucune trace visible de l'homme qu'il souhaitait voir revenir.
— T'as quoi ? T'as peur qu'il te fasse de la mauvaise pub pour ta librairie ?
Niall peina à revenir à son ami, tant il attendait encore que l'Egyptien réapparaisse. Toutefois, la question idiote qu'il entendit le força à rétablir les choses.
— Mais non. C'est juste que.. Il haussa les épaules. Rien. Laisse tomber.
Et Dave, puisqu'on le lui avait demandé, avait laissé tomber. Bien plus facilement que Niall qui ne pourrait pas simplement "laisser tomber" avant deux bonnes heures.
Baguette rangée, coupe reposée, l'Irlandais n'avait plus l'envie de continuer à boire. Tout ce qu'il pourrait donc faire avant les résultats du concours serait d'offrir à son meilleur ami les réponses les mieux interprétées, le rôle de l'homme parfaitement souriant, alors que tout ce qu'il se passait en boucle dans son esprit était cette étrange rencontre.
- - -
Lorsqu'à minuit trente, les masques avaient dû être retirés, Niall avait machinalement cherché Fabio. Il s'était demandé qui serait celui ou celle à se trouver face à lui lorsqu'il retirerait son masque rouge, qui serait celui ou celle qui profiterait des yeux bleus de l'Egyptien sans artifice autour. Question qui ne trouva aucune réponse — et peut-être heureusement pour lui —, puisqu'il dut attendre sa montée sur l'estrade avant de le revoir.
Niall n'avait pas pu s'empêcher de sourire en le voyant, puis s'était demandé si parmi une foule de regards sur lui, Fabio remarquerait le sien. De temps en temps, pour n'éveiller aucun soupçon, Niall fixait la femme à ses côtés, puis l'elfe qui portait un coussin, mais sa boucle se fermait inlassablement sur Fabio.
A ce moment-là, tout ce qu'il espérait, c'était de ne rien gagner. Encore plus qu'il y a une heure. Non seulement la situation l'aurait mis terriblement mal à l'aise, mais s'imaginer aux côtés de Fabio, devant une salle entière, l'aurait sûrement fait quitter le Royaume-Uni pour une dizaine d'années.
Alors lorsque les résultats furent annoncés, Dave posa sa main sur l'épaule de Niall et reformula son invitation.
— Misty ?
L'interrogé grimaça — puisqu'il avait d'autres desseins en tête — et envoya un regard vers la foule.
— Je crois que j'aimerais bien retrouver Maxine.
Et il n'en fut pas plus pour illuminer le regard du Canadien. Un simple prénom avait suffi à alimenter tous les scénarios possibles du sorcier et il lui était, en bon ami qu'il était, impossible de se mettre en travers d'un tel souhait.
— Je vois, je vois, commença-t-il d'un air taquin, et bien si vous êtes pas trop occupés, vous saurez où nous retrouver. Je pense que les filles vont m'accompagner.
— Très bien. Pas besoin de m'attendre.
Dave, tout sourire, ne tenta pas de ralentir le destin et s'en alla retrouver les filles mentionnées. Quant à Niall, il prit une grande inspiration, posa son regard sur celui qui n'était clairement pas Maxine et s'avança vers lui. Doucement. Réfléchissant aux mots qu'il lui faudrait sortir. Ou peut-être à aucun. Peut-être qu'un silence — un énième — suffirait. Et puis, le moment venu, il saurait. Niall saurait à la seconde où ses yeux retomberaient dans les siens s’il avait fait une erreur.
Le temps d'un Nebulus
Fabio se sentait de retour au milieu de la brume, mais c'était cette fois-ci une brume froide et lourde de déception. Une brume qui, bien qu'invisible – immatérielle en réalité –, accablait l'âme et ternissait l'humeur ; une brume qui finalement, était en tout point l'opposée de celle qui avait existé un peu plus tôt dans la soirée. En silence, les pensées étonnamment vides, il retourna près de Jina.
Elle l'attendait déjà, le regard curieux et un sourcil haussé, interrogateur. Fabio savait – lisait sur son visage, le connaissait suffisamment pour être en mesure d'anticiper – que ce qui viendrait d'ici quelques secondes, dès qu'il serait suffisamment proche, serait la question. Cette question fatale, ce alors ? qui le citerait au rapport. Une interrogation qui serait pleine de bienveillance, à l'image du sourire doux que sa sœur lui adressait, pleine de sincérité et de réel intérêt et qui pourtant, était la dernière chose à laquelle Fabio souhaitait se confronter à cet instant. Ainsi, il lui coupa la route. Ouvrant la bouche en premier, il souffla à mi-voix un pas maintenant qui étoufferait d'avance toute question. Et effectivement, il n'y en eut aucune. Jina se contenta d'un hochement de tête léger et d'une mimique qui trahissait un air désolé, comme si elle avait à son tour deviné.
Au bout de quelques minutes, Fabio finit par prendre congé de sa sœur, prétextant la suite du bal à organiser – une excuse qui comportait tout de même un certain fond de vérité. Rejoignant Sandra, il s’enquit des avancements des préparations aux résultats au concours. Replonger dans son rôle de directeur de la salle de spectacle et d’hôte de la soirée, c’était probablement ce qu’il y avait de mieux à faire. Pas qu’il ait tant le choix le toute façon, mais cela le gardait occupé et empêchait ses pensées de divaguer. Et puis c’etait une tâche qui lui plaisait. Afficher des sourires, en récolter, monter sur scène et sentir l’attention générale posée sur lui à l’annonce des résultats, voir les visages ravis des lauréates et lauréats. Occupé à se montrer sous son angle le plus charmant et rayonnant, Fabio parvint à garder l’incident quelque part dans une parenthèse fermée de son esprit le temps du reste de la soirée. Soigneusement, il évita d’y penser, soigneusement, évita de le chercher.
Le bal commençait à toucher à sa fin et les invités à s’en aller, la bulle à se vider. Et puis tout à coup, il était à nouveau là. Peut-être, finalement, qu’il aurait préféré que Niall ne vienne pas. Ou en tout cas, qu'il ne vienne pas accompagné de ce silence avec lequel il se présenta face à lui. Comment Niall pouvait-il penser que ce serait une bonne idée de lui laisser la parole, après sa catastrophique dernière intervention ? Avait-il des attentes particulières, voulait-il des excuses ? Pendant plusieurs secondes, Fabio ne dit rien non plus, tentant de trouver des réponses – ou à défaut, des indices – sur le visage du sorcier. Quoique de toute façon, il n'y avait pas dix mille options et le début était finalement assez évident :
– Je n'aurais pas dû venir déranger ta nouvelle année. J'avais pensé que... Mais ce qu'il avait pensé n'était en réalité pas important puisque de toute évidence, il s'était trompé. En fait, peut-être que plus encore que de penser, il avait espéré – ce qui était probablement pire encore car le fondement justifiant son action n'en devenait que plus fragile. Il ne lui restait alors qu'une seule chose à ajouter, baisant à la fois la voix et le regard sur ses chaussures : je suis désolé.
Il eut comme une impression de déjà vu. À l’image de son embarras, son regard se fit fuyant encore quelques secondes avant d’oser enfin timidement le relever en direction du sorcier.
Pourquoi était-ce si difficile, avec Niall ? Et puis pourquoi est-ce que cela le remuait autant ? Malgré l'inconfort de la situation, Fabio était prêt à admettre son erreur. Qu'il s'était trompé en interprétant les mots, les expressions, les gestes et agissements du sorcier. Une première fois à la librairie, une nouvelle fois aujourd'hui. Il était prêt à l'admettre, même si cet aveux-là était pour lui horriblement embarrassant : comment avait-ce pu lui arriver à deux reprises ? Qu'est-ce que Niall devait penser de lui ? Et pourtant, il y avait également une certaine part d'incompréhension qui venait se mêler aux émotions déjà bien trop compliquées. D'incertitude, plus précisément, car les signaux que cet homme lui envoyait depuis le début lui paraissaient contradictoires. Que s'était-il passé entre l'instant où Niall était venu interrompre sa danse avec la sorcière pour l'emmener tout au bord de la piste et celui du passage des années, où il avait à peine daigné lui adresser un regard et encore moins de mots ? Et que s'était-il passé entre cet instant-là et le moment présent, où il se tenait à nouveau face à lui ?
Fabio voulait chercher le regard du libraire mais en même temps, craignait de le faire, craignait d'y voir quelque chose qui ne lui plairait pas. Et pourtant, il avait l'impression que c'était-là le seul moyen d'espérer obtenir une réponse à ses interrogations muettes.
Elle l'attendait déjà, le regard curieux et un sourcil haussé, interrogateur. Fabio savait – lisait sur son visage, le connaissait suffisamment pour être en mesure d'anticiper – que ce qui viendrait d'ici quelques secondes, dès qu'il serait suffisamment proche, serait la question. Cette question fatale, ce alors ? qui le citerait au rapport. Une interrogation qui serait pleine de bienveillance, à l'image du sourire doux que sa sœur lui adressait, pleine de sincérité et de réel intérêt et qui pourtant, était la dernière chose à laquelle Fabio souhaitait se confronter à cet instant. Ainsi, il lui coupa la route. Ouvrant la bouche en premier, il souffla à mi-voix un pas maintenant qui étoufferait d'avance toute question. Et effectivement, il n'y en eut aucune. Jina se contenta d'un hochement de tête léger et d'une mimique qui trahissait un air désolé, comme si elle avait à son tour deviné.
Au bout de quelques minutes, Fabio finit par prendre congé de sa sœur, prétextant la suite du bal à organiser – une excuse qui comportait tout de même un certain fond de vérité. Rejoignant Sandra, il s’enquit des avancements des préparations aux résultats au concours. Replonger dans son rôle de directeur de la salle de spectacle et d’hôte de la soirée, c’était probablement ce qu’il y avait de mieux à faire. Pas qu’il ait tant le choix le toute façon, mais cela le gardait occupé et empêchait ses pensées de divaguer. Et puis c’etait une tâche qui lui plaisait. Afficher des sourires, en récolter, monter sur scène et sentir l’attention générale posée sur lui à l’annonce des résultats, voir les visages ravis des lauréates et lauréats. Occupé à se montrer sous son angle le plus charmant et rayonnant, Fabio parvint à garder l’incident quelque part dans une parenthèse fermée de son esprit le temps du reste de la soirée. Soigneusement, il évita d’y penser, soigneusement, évita de le chercher.
Le bal commençait à toucher à sa fin et les invités à s’en aller, la bulle à se vider. Et puis tout à coup, il était à nouveau là. Peut-être, finalement, qu’il aurait préféré que Niall ne vienne pas. Ou en tout cas, qu'il ne vienne pas accompagné de ce silence avec lequel il se présenta face à lui. Comment Niall pouvait-il penser que ce serait une bonne idée de lui laisser la parole, après sa catastrophique dernière intervention ? Avait-il des attentes particulières, voulait-il des excuses ? Pendant plusieurs secondes, Fabio ne dit rien non plus, tentant de trouver des réponses – ou à défaut, des indices – sur le visage du sorcier. Quoique de toute façon, il n'y avait pas dix mille options et le début était finalement assez évident :
– Je n'aurais pas dû venir déranger ta nouvelle année. J'avais pensé que... Mais ce qu'il avait pensé n'était en réalité pas important puisque de toute évidence, il s'était trompé. En fait, peut-être que plus encore que de penser, il avait espéré – ce qui était probablement pire encore car le fondement justifiant son action n'en devenait que plus fragile. Il ne lui restait alors qu'une seule chose à ajouter, baisant à la fois la voix et le regard sur ses chaussures : je suis désolé.
Il eut comme une impression de déjà vu. À l’image de son embarras, son regard se fit fuyant encore quelques secondes avant d’oser enfin timidement le relever en direction du sorcier.
Pourquoi était-ce si difficile, avec Niall ? Et puis pourquoi est-ce que cela le remuait autant ? Malgré l'inconfort de la situation, Fabio était prêt à admettre son erreur. Qu'il s'était trompé en interprétant les mots, les expressions, les gestes et agissements du sorcier. Une première fois à la librairie, une nouvelle fois aujourd'hui. Il était prêt à l'admettre, même si cet aveux-là était pour lui horriblement embarrassant : comment avait-ce pu lui arriver à deux reprises ? Qu'est-ce que Niall devait penser de lui ? Et pourtant, il y avait également une certaine part d'incompréhension qui venait se mêler aux émotions déjà bien trop compliquées. D'incertitude, plus précisément, car les signaux que cet homme lui envoyait depuis le début lui paraissaient contradictoires. Que s'était-il passé entre l'instant où Niall était venu interrompre sa danse avec la sorcière pour l'emmener tout au bord de la piste et celui du passage des années, où il avait à peine daigné lui adresser un regard et encore moins de mots ? Et que s'était-il passé entre cet instant-là et le moment présent, où il se tenait à nouveau face à lui ?
Fabio voulait chercher le regard du libraire mais en même temps, craignait de le faire, craignait d'y voir quelque chose qui ne lui plairait pas. Et pourtant, il avait l'impression que c'était-là le seul moyen d'espérer obtenir une réponse à ses interrogations muettes.
Fab’ulous
#583400
Le temps d'un Nebulus
Tout aurait été finalement plus simple. Il lui aurait fallu accepter la proposition de Dave, rejoindre le groupe en oubliant la seule vraie proposition qui comptait et revenir à un schéma qu'il connaissait. Dans ce choix, Niall n'aurait reçu aucun regard fuyant, aucune hésitation, aucun silence et aucune lourde impression de ne pas être au bon endroit. Seulement voilà, Niall n'avait pas fait ce choix ; parce qu'il préférait un regard fuyant à aucun regard du tout, parce qu'il préférait une hésitation à une certitude galloise, parce qu'il préférait leur silence à des mots trop froids, parce qu'il préférait être avec Fabio, tout simplement. Alors même si en le voyant, l'absence de sourire du sorcier qui s’avançait lui hurla de repartir d'où il venait, Niall était resté, s'accrochant à l'infime espoir qu'il parle.
Est-ce que Fabio trouvait son manque de parole osé ? Est-ce qu’en l’espace de quelques minutes, Niall venait d’effacer les mots, les expressions, les gestes qui s’étaient immiscés entre eux ? À trop s’interroger, le temps filerait, les silences s’agrandiraient et il serait déjà l’heure de se quitter.
Chaque pas qu’avait fait Fabio avait semblé résonner dans les oreilles de Niall. Pourtant, les pas de leur danse avaient semblé plus légers. Il n’en avait d’ailleurs aucun son en tête, comme si aucun d’eux n’avait touché le sol. Alors qu’avait-il fait pour que les pas du sorcier se soient autant alourdis ? S’il était honnête avec lui-même, la réponse, il l’avait. Il savait très bien ce qui avait pu provoquer ce regard étrange chez Fabio. Ce n’était ni la faute au spectacle, ni aux gagnants du concours, ni à Dave qui ne lui avait pas demandé de rester. Et avant même qu’il n’avance oralement la raison de son comportement, l’Egyptien s’était excusé, provoquant chez l’Irlandais une vague d’émotions difficilement maîtrisables. Il peinait à décrire ce qu’il se produisait lors de ses rares échanges avec cet homme, et tant d’émotions contradictoires le réduisait au silence ; sortir la tête hors de l’eau demandait un effort surhumain.
À cette dernière phrase en suspens, Niall fronça les sourcils. Qu’avait pensé Fabio ? Que s’était-il passé dans sa jolie tête et qui n’avait pas franchi la barrière de ses lèvres ? Qu’avait-il pensé que Niall n’avait pu lire sur son visage ?
Mais à cet instant, ce qui comptait le plus était de refuser l’excuse. Ne pas lui laisser penser que c’était à lui d’en faire. Alors après un léger pas en avant — qui différait d’un pas chassé — et une main posée sur celle de l’homme qui lui faisait face, Niall avait trouvé un courage enfoui Merlin seul sait où.
— Non ! Fabio, ce n’est pas à toi de t’excuser. Je.. Tu n’as rien dérangé du tout. Enfin.. C’est moi qui suis désolé.
Et la main se retira après que son regard eut vérifié qu’elle n’avait pas été remarquée par d’autres. Ce "rien déranger du tout" sonnerait évidemment faux tant le malaise avait été palpable pour les deux — sauf pour Dave ; derrière ces mots il espérait au moins montrer que Niall aurait apprécié sa venue dans n'importe quel autre contexte. Enfin, un contexte autre qu'un bal et sans personne à ses côtés. Ce qui certes limitait plutôt les interactions.
— Et je…
Réfléchir à ce qu’il voulait dire demandait décidément des efforts qu’un début de premier janvier n’autorisait pas. Une réflexion qu’il était dans l’incapacité d’avoir, une réflexion à laquelle il préféra mettre fin pour fuir, car les dernières brumes de courage s’étaient dissipées avec son Nebulus. Douloureusement, il termina sa phrase.
— Je vais finalement rentrer chez moi, je suis désolé. Il observa cette main qu’il avait tenue plus tôt et voulut y déposer la sienne à nouveau. Pour la retenir, pour se retenir. Pour chasser cette pensée, il releva les yeux vers ceux de Fabio — Erreur, car il dut déglutir et perdit deux précieuses secondes dans son discours qu’il voulait confiant. Bravo pour cette soirée. C’était superbe. Tu étais superbe, aurait-il pu dire. Puis son regard se perdit sur ses pieds — lieu beaucoup moins attirant.
Un léger sourire peina à se dessiner sur son visage, et Niall pivota pour quitter la salle. Trop d’émotions. Trop de pensées. Trop d’hypothèses. Trop de Fabio qui entrait dans son esprit et dans son cœur. Il ne trouvait que la fuite comme seule réponse.
________
À moins que tu ne l’arrêtes, Niall rentrera chez lui.
Est-ce que Fabio trouvait son manque de parole osé ? Est-ce qu’en l’espace de quelques minutes, Niall venait d’effacer les mots, les expressions, les gestes qui s’étaient immiscés entre eux ? À trop s’interroger, le temps filerait, les silences s’agrandiraient et il serait déjà l’heure de se quitter.
Chaque pas qu’avait fait Fabio avait semblé résonner dans les oreilles de Niall. Pourtant, les pas de leur danse avaient semblé plus légers. Il n’en avait d’ailleurs aucun son en tête, comme si aucun d’eux n’avait touché le sol. Alors qu’avait-il fait pour que les pas du sorcier se soient autant alourdis ? S’il était honnête avec lui-même, la réponse, il l’avait. Il savait très bien ce qui avait pu provoquer ce regard étrange chez Fabio. Ce n’était ni la faute au spectacle, ni aux gagnants du concours, ni à Dave qui ne lui avait pas demandé de rester. Et avant même qu’il n’avance oralement la raison de son comportement, l’Egyptien s’était excusé, provoquant chez l’Irlandais une vague d’émotions difficilement maîtrisables. Il peinait à décrire ce qu’il se produisait lors de ses rares échanges avec cet homme, et tant d’émotions contradictoires le réduisait au silence ; sortir la tête hors de l’eau demandait un effort surhumain.
À cette dernière phrase en suspens, Niall fronça les sourcils. Qu’avait pensé Fabio ? Que s’était-il passé dans sa jolie tête et qui n’avait pas franchi la barrière de ses lèvres ? Qu’avait-il pensé que Niall n’avait pu lire sur son visage ?
Mais à cet instant, ce qui comptait le plus était de refuser l’excuse. Ne pas lui laisser penser que c’était à lui d’en faire. Alors après un léger pas en avant — qui différait d’un pas chassé — et une main posée sur celle de l’homme qui lui faisait face, Niall avait trouvé un courage enfoui Merlin seul sait où.
— Non ! Fabio, ce n’est pas à toi de t’excuser. Je.. Tu n’as rien dérangé du tout. Enfin.. C’est moi qui suis désolé.
Et la main se retira après que son regard eut vérifié qu’elle n’avait pas été remarquée par d’autres. Ce "rien déranger du tout" sonnerait évidemment faux tant le malaise avait été palpable pour les deux — sauf pour Dave ; derrière ces mots il espérait au moins montrer que Niall aurait apprécié sa venue dans n'importe quel autre contexte. Enfin, un contexte autre qu'un bal et sans personne à ses côtés. Ce qui certes limitait plutôt les interactions.
— Et je…
Réfléchir à ce qu’il voulait dire demandait décidément des efforts qu’un début de premier janvier n’autorisait pas. Une réflexion qu’il était dans l’incapacité d’avoir, une réflexion à laquelle il préféra mettre fin pour fuir, car les dernières brumes de courage s’étaient dissipées avec son Nebulus. Douloureusement, il termina sa phrase.
— Je vais finalement rentrer chez moi, je suis désolé. Il observa cette main qu’il avait tenue plus tôt et voulut y déposer la sienne à nouveau. Pour la retenir, pour se retenir. Pour chasser cette pensée, il releva les yeux vers ceux de Fabio — Erreur, car il dut déglutir et perdit deux précieuses secondes dans son discours qu’il voulait confiant. Bravo pour cette soirée. C’était superbe. Tu étais superbe, aurait-il pu dire. Puis son regard se perdit sur ses pieds — lieu beaucoup moins attirant.
Un léger sourire peina à se dessiner sur son visage, et Niall pivota pour quitter la salle. Trop d’émotions. Trop de pensées. Trop d’hypothèses. Trop de Fabio qui entrait dans son esprit et dans son cœur. Il ne trouvait que la fuite comme seule réponse.
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À moins que tu ne l’arrêtes, Niall rentrera chez lui.
Le temps d'un Nebulus
Existait-il un moyen de savoir quand est-ce que l’on atteint le fin fond ultime de la confusion ? Alors que Fabio pensait déjà patauger dans l’incompréhension, lorsque le libraire avança d’un pas, une nouvelle vague le percuta. La main de Niall toucha la sienne et les sentiments de Fabio burent la tasse. Les scènes qu’évoquaient ce geste remontèrent bien trop vite pour qu’elles puissent être réprimées ou contrôlée et Egyptien ne sut quoi dire ou penser. Incapable de bouger, tout ce qu’il fut en mesure de faire était de regarder l’homme en face de lui et de le supplier silencieusement de lui expliquer.
Puis Niall prit la parole. Fabio sentit qu’il était sincère et ses mots eurent indéniablement un effet rassurant – du moins jusqu’à ce que Niall ne s’excuse à son tour. Pourquoi ? Il le vit balayer les environs du regard et ce geste lui provoqua un pincement au cœur qu’il ne parvint à expliquer. Puis Niall annonça qu’il allait partir, et le cœur de Fabio se serra. S’il avait dit autre chose, il y a quelques secondes, pour débuter l'échange, le sorcier serait-il resté ? Pouvait-il accepter de ne retenir que la partie où le libraire lui assurait qu’il n’avait rien fait de mal tout en devant admettre qu’hormis cela, il ne comprenait pas grand chose à sa réponse ? Car s’il n’avait rien dérangé, tel que Niall l’affirmait, que s’était-il passé ? Et finalement, cette incertitude était bien plus inconfortable encore que d’avoir à assumer qu’il avait fait une erreur. Pourtant, Fabio n’osa pas demander des précisions, par peur de brusquer le sorcier. Et puisque visiblement, celui-ci ne souhaitait plus rester. Il se contenta donc de hocher la tête.
– D’accord, pas de soucis. Rentre bien Niall.
Le sorcier sourit et tourna les talons. Fabio lui lança encore rapidement :
– Merci d’être venu !
Et en s’en allant, l’Oiseau de soleil emporta avec lui son petit soleil, laissant dans son sillage rien de plus que le seul souvenir de la douceur que sa présence signifiait. L’Egyptien le suivit du regard tandis qu’il s’éloignait. Pendant une quarantaine de secondes, ses yeux continuèrent de fixer l’endroit exact où le sorcier avait fini par disparaître de son champ de vision.
Il aurait été bien incapable de dire comment il parvint à s’en arracher, mais secouant la tête pour se remettre les idées en place, Fabio décida finalement qu’il allait rester encore un peu sur place pour aider aux prémisses du rangement. Ce n’était en théorie pas son rôle – privilèges de directeur – mais de toute façon, il donnait régulièrement un coup de main à gauche ou à droite, hors de ses devoirs à la salle de spectacle. Et puis rester occupé encore un moment lui semblait bien plus tentant que la perspective de rentrer ; retourner à son appartement pour y rester seul avec ses pensées. Alors Fabio entreprit de saluer les dernières personnes qui quittaient lentement mais sûrement les lieux, tandis que le vide qui se répandit dans la bulle progressivement délaissée par les fêtards lui conférait une ambiance quelque peu étrange, bien loin du vide plein d’expectative dont elle pétillait encore en début de soirée. Peut-être était-ce la fatigue, qui commençait à se pointer. Ou bien le voile léger que les coupes de champagne un peu trop nombreuses tirait à travers chacune de ses réflexions. Baguette en main, Fabio soupira et commença à rassembler la vaisselle éparpillée dans la pièce.
Malgré l’occupation, il ne parvint pas à échapper à la réalité et les pensées finirent par le rattraper. Il espérait que lorsque plus tard – dans quelques mois, semaines, jours ou bien dès ce soir, peut-être –, Niall déposerait dans la balance de souvenirs l’ensemble des moments qu’il avait vécu au cours de la soirée, celle-ci pencherait en faveur des bons souvenirs. Et plus encore que cela, il espérait – et Fabio sentit la chaleur lui monter aux joues à cette pensée (et le constatant, l’effet redoubla encore) – qu’au moins quelques-uns des souvenirs dans lesquels il apparaissait se trouvaient de ce bon côté.
______________
Merci Niall, j’ai adoré
Puis Niall prit la parole. Fabio sentit qu’il était sincère et ses mots eurent indéniablement un effet rassurant – du moins jusqu’à ce que Niall ne s’excuse à son tour. Pourquoi ? Il le vit balayer les environs du regard et ce geste lui provoqua un pincement au cœur qu’il ne parvint à expliquer. Puis Niall annonça qu’il allait partir, et le cœur de Fabio se serra. S’il avait dit autre chose, il y a quelques secondes, pour débuter l'échange, le sorcier serait-il resté ? Pouvait-il accepter de ne retenir que la partie où le libraire lui assurait qu’il n’avait rien fait de mal tout en devant admettre qu’hormis cela, il ne comprenait pas grand chose à sa réponse ? Car s’il n’avait rien dérangé, tel que Niall l’affirmait, que s’était-il passé ? Et finalement, cette incertitude était bien plus inconfortable encore que d’avoir à assumer qu’il avait fait une erreur. Pourtant, Fabio n’osa pas demander des précisions, par peur de brusquer le sorcier. Et puisque visiblement, celui-ci ne souhaitait plus rester. Il se contenta donc de hocher la tête.
– D’accord, pas de soucis. Rentre bien Niall.
Le sorcier sourit et tourna les talons. Fabio lui lança encore rapidement :
– Merci d’être venu !
Et en s’en allant, l’Oiseau de soleil emporta avec lui son petit soleil, laissant dans son sillage rien de plus que le seul souvenir de la douceur que sa présence signifiait. L’Egyptien le suivit du regard tandis qu’il s’éloignait. Pendant une quarantaine de secondes, ses yeux continuèrent de fixer l’endroit exact où le sorcier avait fini par disparaître de son champ de vision.
Il aurait été bien incapable de dire comment il parvint à s’en arracher, mais secouant la tête pour se remettre les idées en place, Fabio décida finalement qu’il allait rester encore un peu sur place pour aider aux prémisses du rangement. Ce n’était en théorie pas son rôle – privilèges de directeur – mais de toute façon, il donnait régulièrement un coup de main à gauche ou à droite, hors de ses devoirs à la salle de spectacle. Et puis rester occupé encore un moment lui semblait bien plus tentant que la perspective de rentrer ; retourner à son appartement pour y rester seul avec ses pensées. Alors Fabio entreprit de saluer les dernières personnes qui quittaient lentement mais sûrement les lieux, tandis que le vide qui se répandit dans la bulle progressivement délaissée par les fêtards lui conférait une ambiance quelque peu étrange, bien loin du vide plein d’expectative dont elle pétillait encore en début de soirée. Peut-être était-ce la fatigue, qui commençait à se pointer. Ou bien le voile léger que les coupes de champagne un peu trop nombreuses tirait à travers chacune de ses réflexions. Baguette en main, Fabio soupira et commença à rassembler la vaisselle éparpillée dans la pièce.
Malgré l’occupation, il ne parvint pas à échapper à la réalité et les pensées finirent par le rattraper. Il espérait que lorsque plus tard – dans quelques mois, semaines, jours ou bien dès ce soir, peut-être –, Niall déposerait dans la balance de souvenirs l’ensemble des moments qu’il avait vécu au cours de la soirée, celle-ci pencherait en faveur des bons souvenirs. Et plus encore que cela, il espérait – et Fabio sentit la chaleur lui monter aux joues à cette pensée (et le constatant, l’effet redoubla encore) – qu’au moins quelques-uns des souvenirs dans lesquels il apparaissait se trouvaient de ce bon côté.
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Merci Niall, j’ai adoré
Fab’ulous
#583400