Des pensées couleur nuit d'hiver PV

Ma colère n'est pas une coulée de lave, pas même un feu ardent. Elle est un tas de braise dont la fumée commence à m'aveugler. Elle est là, c'est tout, et cette gamine n'est que le vent qui l'attise. Ce qui fait qu'elle m'agace au plus haut point car elle arrive à un moment où j'avais besoin de calme. Elle, elle ne m'inspire pas le calme. Elle me donne envie de l'envoyer valdinguer.

Il y a cependant une chose qui me réconforte. Et quand je la remarque, la force que je mets dans mes doigts pour tenir ma cigarette et qui commence à écraser le filtre se relâche un tout petit peu. Parce que les yeux de la gamine s'habille d'ombres et que son visage se froisse sous une très grande colère. J'ouvre un peu plus grand les yeux en remarquant cela et me concentre sur elle, réellement cette fois-ci. Voir la colère éclore sur son visage me donne l'impression qu'elle a pioché dans ma propre rage pour se déguiser avec. En fait, elle n'est pas bien impressionnante, mais je sens en miroir ma propre colère diminuer. Elle est remplacée par le bonheur simple de voir que mes mots ont fait mouche. Mes épaules se détendent légèrement. Oh, bien sûr, je sais que rien n'est terminé, je le devine à son regard, elle va encore sortir des conneries plus grosses qu'elles qui vont m'agacer, mais maintenant je sais que j'ai du pouvoir sur elle et cela me suffit amplement pour calmer ce que je ressentais jusqu'alors.

La première pique tombe. Une moue m'étire les lèvres vers le bas. Ce n'est qu'une répétition de ce que je viens de dire, avec des mots plus polis, voilà tout. La suite est moins amusante, cependant. Parfois, j'ai l'impression que les mots que je prononce sont dans une autre langue. Ne suis-je donc pas compréhensible ? Ne viens-je pas de lui expliquer pour la troisième fois que je ne pouvais pas m'inventer une réponse qui lui plairait seulement pour lui faire plaisir ? Je ne comprends pas pourquoi elle insiste de cette manière et c'est ce point précisément qui me frustre très fort et qui attise mon agacement.

À croire qu'elle le fait exprès. De ne rien comprendre. De jouer à l'idiote. De répéter son affirmation comme un jobarbille sur le trépas.

Je laisse un silence s'étirer seulement dans l'espoir d'attiser sa colère. Je prends le temps de tirer sur ma cigarette et de cracher la fumée vers les étoiles.

« Très bien. »

Je crache ces mots comme on jetterait un os à un chien.

« Tu as envie qu'un choix soit fait mais apparemment tu te fiches complètement que ce soit le mien, puisque tu ne veux pas écouter quand je te donne une réponse. »

Au bout de mon bras, mes doigts jouent avec le filtre de la cigarette. Mes yeux sombres ne se détournent pas de la gamine.

« Vas-y alors. » Je fais un geste méprisant du menton dans sa direction. « Réponds toi-même à ta question, puisque tu le désires si fort. Invente une réponse qui te satisferait. Je ne le ferai pas pour toi. »

Des pensées couleur nuit d'hiver PV
À travers ma colère, je vois l'adulte volontairement prolonger le silence, et si je comprends que mes mots ne l'ont pas forcément touchée, je sais cependant qu'elle les a entendus, et qu'un jour ou l'autre elle y pensera, et peut-être que ça la hantera. Oh, elle se forcera à m'oublier, bien sûr. Mais il est dur d'obliger son esprit à effacer quelque chose de sa mémoire – c'est d'ailleurs le meilleur moyen de s'en rappeler. Et elle se rappellera mes paroles lorsqu'elle sera au plus bas, et elle tentera de les faire disparaître, mais ça ne marchera pas. Cela me procure un certain réconfort, si ce n'est plaisir, à l'idée que si je ne la touche pas maintenant, ce sera le cas plus tard. Mon seul regret est de ne pas pouvoir y assister.

Ma colère continue de bouillonner dans mon sang lorsqu'elle me répond enfin, et mes poings par réflexe se serrent plus fort dans mes poches. La pensée que je n'ai qu'à tendre les doigts pour me saisir de ma baguette me traverse à nouveau rapidement l'esprit mais je me force à la repousser encore un peu, à résister à son appel. Les mots de l'inconnue sonnent comme une claque, à laquelle je ne désire que répondre, mais je me force à l'écouter, même si elle croit que je ne le fais pas. Pourtant j'ai très bien entendu chacun de ses mots, et ce depuis le début de sa présence ici. Je les ai même parfaitement écoutés, et si je choisis de les ignorer, c'est parce que je suis persuadée qu'ils sont faux, qu'elle cache quelque chose et qu'elle ment car elle a peur d'avouer un je ne sais quoi que je cherche à découvrir (ou que je pense vouloir découvrir car il n'est que le reflet de mes propres doutes). Je puise dans cette certitude pour alimenter ma colère, l'apaiser et la transformer en quelque chose d'autre, quelque chose qui ne risque pas de m'aveugler complètement, et qui finit par me faire prendre cette conversation comme un jeu : le détachement.

Elle ne m’aide pas – au contraire, chaque mot qu’elle prononce ravive la braise que j’essaie d’étouffer, et je dois redoubler d'efforts pour canaliser cette colère, la contrôler et la diriger comme je le souhaite. Choisir de ne pas choisir, c'est un choix, mais c'est un choix nul, voilà*. C'est comme ceux qui se disent apolitiques, mais qui au final prennent parti en le disant. Ils savent même déjà quel parti ils choisissent. Elle est comme eux, et ces gens-là sont des plus détestables. C'est ce qui la rend si facile à haïr et si difficile à comprendre, et même si c'est dur à avouer, c'est aussi ce qui la rend intéressante. J'aimerais croire le contraire, mais malheureusement je n'y arrive pas, et devoir m'avouer que malgré ma haine je lui porte de l'intérêt, est aussi déstabilisant que désagréable.

Lorsqu'elle m'invite à répondre à ma propre question, je ne me fais pas prier. Je ne pense cependant pas que ce que je dirai me satisfera. À l'inverse, je trouve ça parfaitement dérangeant, car cela regorge d'une vérité que je ne me serais pas avouée en une autre occasion.

« Je pense... commencé-je d'une voix très calme, étonnamment calme, peut-être même un peu trop. « Je pense que tu dis ne rien choisir, mais qu'au fond tu choisis de détester, parce que c'est plus facile qu'aimer. »

J'ai l'impression que ma colère est retombée d'un coup. Il serait plus juste de dire que l'incendie s'est ralenti, s'est calmé quelques secondes, attendant le bon moment avant de reprendre, plus fort que jamais. On dit bien le calme avant la tempête, non ? Ma colère est autant le feu que l'eau : elle détruit, recule, puis recommence, coulant dans mes veines, alimentant mon corps et mon esprit. C'est une boucle infernale que je prends parfois plaisir à ressentir, notamment lorsque je sais qu'elle fait effet, qu'elle a des raisons d'exister ; j'ai l'impression que ce soir en est une, et que le bal justifie cette colère. Peut-être même que cette conversation la justifie.

« Je pense que je fais la même chose. »

Je grimace, n'appréciant pas de me ramener à cette personne, n'appréciant pas me comparer à quelqu'un d'aussi détestable. Ma réponse ne me satisfait donc pas, comme elle se plaît à le dire, car elle nous rapproche et que c'est l'une des choses que je souhaite le moins au monde. Ressembler à ça. À une adulte un peu perdue, qui noie ses sentiments dans les cigarettes, dans la colère et le mépris. Une adulte qui est elle-même méprisable, mais qui ne l'accepte pas et le rejette sur les autres. Je ne veux pas devenir cette adulte.

*La plume ne savait plus quoi dire sur le moment, a trouvé drôle de laisser le texte tel quel même si elle a trouvé les mots justes à la relecture, et s'excuse donc de sa pauvreté.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

Des pensées couleur nuit d'hiver PV
Du coin de l'œil, j'observe sa colère. Elle n'est pas explosive comme elle pourrait l'être chez certains, à tordre son visage, assombrir ses yeux, tendre tout son corps. Elle n'est pas extrêmement voyante, cette fois. Mais elle est présente. Je le sais. Je le sens à sa façon de me regarder. Je sais qu'elle déteste tout ce qu'elle voit et entend de moi. Et bien tant mieux, car le contraire est valable. Alors je persiste avec mon visage lisse car moi, contrairement à elle, je parviens pour une fois à renfoncer toutes ces émotions au fond de moi pour ne pas qu'elles se ressentent sur mon corps. Ou du moins, moins que chez elle.

Comme je l'espérais elle répond presque instantanément, sans même prendre le temps de la réflexion. Et elle dit exactement ce que j'attendais qu'elle dise. C'est plus fort que moi : un ricanement silencieux mais parfaitement visible m'échappe, fait tressauter mon visage et mes épaules. Je secoue vaguement la tête avant de lever la yeux au ciel et de planter ma cigarette dans ma bouche pour aspirer une longue taffe qui me déglingue les poumons. Je ne montre rien, je laisse passer la douleur, aussi amusée qu'agacée que la gamine soit rentrée dans mon jeu. Bravo,, vais-je lui répondre, tu es une experte, tu me connais mieux que je me connais moi-même. Je suis impressionnée ! Et j'arrondirais les yeux pour mimer la surprise. Ce sera évident que je me fous de sa gueule et ce sera bon.

Evidemment, une part de moi a envie de plonger la main dans ma poche, de dégainer ma baguette et de faire voler la gamine sur trois mètres pour qu'elle atterrisse violemment sur le sol à peine enneigé de la place Armand Malefoy. Que connait-elle de la haine ? Que sait-elle de moi ? Elle ne me connait pas, elle ne me connaîtra jamais, elle ne sait pas comment j'aime, elle ne sait pas comment je hais. Si son affirmation me fait aussi mal, c'est évidemment car elle contient un fond de vérité. Peut-être pas un simple fond. Mais cela ne fait que confirmer ce que je sais déjà : je la méprise. Je la méprise profondément pour oser affirmer de telles choses sur des personnes dont elle ne sait rien. Elle est arrogante, elle est détestable, elle croit mieux savoir que les autres. Elle se brisera sur la lande esseulée de sa déception quand elle comprendra que ce n'est pas ainsi qu'elle obtiendra des réponses.

Je ne m'attendais pas à sa seconde phrase. Je comptais lui cracher mes mots au visage, ceux destinés à me moquer d'elle. Mais sa seconde phrase tombe de nulle part. Un aveu soudain au milieu d'une plaine de colère. Elle résonne dans le silence de notre petit coin de place. Je lance un regard en biais à la jeune sorcière et la regarde comme si je la découvrais. L'instant d'après, un sourcil inquisiteur se dresse sur mon front. Qu'est-ce qui lui prend de me dire ça ? Parce qu'elle préfère détester qu'aimer car c'est plus simple, elle se croit capable de reconnaître ceux qui font la même chose ? Elle croit quoi ? Qu'on va faire un club ?

« Je vois, » dis-je d'une voix amère sans détourner mes yeux d'elle.

Oui, je vois très bien, même. D'une pichenette, je fais tomber mon mégot de cigarette qui rebondit sur le sol pavé de la place. Je le fais disparaître d'un coup négligeant de baguette magique, presque sans y penser. Puis je lève les yeux sur l'enfant.

« Et moi je pense que tu projettes tout ça sur moi. Mais tu sais quoi ? Ça ne m'intéresse pas. Je n'ai pas envie de parler de tout ça avec une gamine incapable d'écouter ce que je lui dit. »

C'est dommage, car sa dernière phrase a remué quelque chose d'étrange en moi. Pendant une fraction de seconde, le visage de l'enfant que j'ai été s'est superposé sur le sien. Et je me suis vu lui répondre : « Et tu prends la bonne décision, détester sera toujours plus facile qu'aimer », ce qui aurait pu donner à cette conversation une autre fin, peut-être moins détestable. Mais non. Non, cette image n'a duré qu'une seule seconde dans mon esprit avant de disparaître. Maintenant, j'ai envie de m'en aller parce que je ne supporte rien de plus que les gens qui ne m'écoutent pas, qui ne m'écoutent pas et qui insistent alors que je leur dis d'arrêter de le faire.

Alors après un dernier regard à la sorcière, je fais glisser mon masque de loup sur mon visage pour le remette en place. Puis, une main plongée au fond de ma poche et l'autre terminée par ma baguette qui pend le long de mon corps, je quitte ma position pour rejoindre l'entrée du dôme.


J'adore cette conclusion du "voilà", elle était parfaite comme ça, très amusante dans ce contexte ! Et assez enfantine, ce qui est cohérent.
Aelle n'a fait qu'amorcer le mouvement qui la fait partir : si Ashley dit quelque chose, nous verront au prochain post si Aelle décide d'écouter, de répondre et de rester, mais si elle ne dit rien elle ne s'arrêtera pas et s'en ira.

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Mon aveu étonne autant l'adulte qu'il m'étonne moi-même. Et à son expression – cet affreux sourcil que je ne sais pas si je dois l'interpréter comme une invitation à continuer à parler, ou un moyen de m'intimer de me taire –, ma grimace se renforce et je me surprends à vouloir fuir le plus loin d'ici. Je ne me confie jamais. Je ne l'ai jamais fait, pas même avec ma famille, et je ne compte pas le faire. Jamais. Alors pourquoi ces mots en trop, lâchés comme si je parlais de la pluie et du beau temps, posés là, devant moi, montrant l'évidence que je ne suis pas quelqu'un de bien ? Et surtout, pourquoi ces mots en trop lâchés devant elle ? Si je pouvais détester quelqu'un, à l'instant, ce ne serait pas elle, mais moi. Je me déteste de lui confier cette part de moi, de me projeter sur elle, ou plutôt de la projeter sur moi, car c'est en elle que j'ai reconnu ça et que je l'ai formulé à voix haute.

Je sors mes mains de mes poches, en passe une sur mon visage et presse mes doigts contre mes paupières fermées, l'air contrarié. Je me fiche désormais qu'elle voit à quel point ces mots me déplaisent. Je me fiche qu'elle puisse lire en moi comme dans un livre ouvert, puisqu'apparemment je fais ça très bien toute seule. Me confier. Par Circé, que ne ferais-je pas pour remonter dans le temps et m'empêcher de dire de telles absurdités ! Je renfonce mes mains dans mes poches comme pour exprimer mon regret – ou ma gêne, mon embarras, cette timidité mal placée – d'avoir été si ouverte, si inconsciemment ouverte. Ma colère, devenue aussi calme que l'eau, s'élève désormais aussi doucement que l'incendie, pas à l'encontre de la fille, mais de moi-même. Elle me fatigue, cette colère. Je ne l'aime pas. Je préfère lorsqu'elle est dirigée sur les autres, comme c'était si simple de le faire tout à l'heure. Mais je déteste lorsqu'elle est contre moi, car je ne sais jamais comment faire pour l'affaiblir, je ne sais pas lui résister et je la subis comme une enfant punie par ses parents. C'est humiliant.

Le « Je vois » de l'autre l'est encore plus. Elle voit tout puisque je lui ai dit ce que je pensais d'elle, et elle se fiche de ce que j'ai dit, et ce « Je vois » n'est qu'un moyen de me faire comprendre qu'au final, je ne sais rien d'elle, et n'en saurai probablement jamais rien (et ça me va très bien – je ne veux rien savoir d'elle). Elle appuie d'ailleurs très bien ces propos en m'enfonçant un peu plus dans l'ignorance d'une enfant, comme si j'avais neuf ans. C'est terrible, d'être ainsi prise de haut. Ou d'être aussi mal comprise. Au final, je change d'avis, elle ne voit rien du tout. Elle ne voit rien de la nature et de la profondeur de ma colère. Elle est aussi aveugle que les gens sous le dôme, et elle ne comprend pas une seule seconde à quel point ce que j'ai dit est réel, et que je me fais mon propre avis sur la plupart des choses. Ce n'est pas ma faute si elle le prend mal. Je prends tout de même le temps de répondre, déjà parce que je n'ai malheureusement que ça à faire, ensuite car j'aime avoir le dernier mot.

« C'est pas que j'écoute pas, c'est que je suis pas d'accord, c'est tout. »

Mon ton se fait boudeur, mais la fatigue ne me permet plus de le contrôler, et je n'en ai de toute façon plus l'envie. Un peu plus et je ne me souviens même plus pourquoi nous nous querellons ainsi sur ce qu'il faut choisir ou non. Je veux juste rentrer chez moi, dormir plusieurs heures d'affilée (si possible ne jamais me réveiller) et oublier tout le fiasco qu'a été cette soirée. Dans un dernier soupir, je croise les bras pour serrer ma cape autour de moi, observe la buée qui sort de ma bouche monter vers les étoiles et me tourne vers la bulle géante, guettant avec un empressement non feint la robe rouge de ma sœur ou le masque blanc de grand-mère. Je regrette la présence d'Ander ; lui seul a su me rendre la soirée un tant soit peu agréable. Je regrette ce que j'ai pu penser de lui, tout à l'heure. Ce que mes yeux ont pu lui dire, et ce que j'y ai lu alors que j'aurais aimé lui parler de tant d'autres choses. Ce que j'ai vu de moi, dans ces yeux-là. J'aimerais effacer chaque instant de ma cruauté pour les remplacer par le sourire du Serdaigle, l'étincelle dans ses yeux lorsqu'il me regarde, son rire lorsqu'il m'embête et que je lui dis d'aller se faire voir. Ou j'aimerais qu'il me crie avec toute la méchanceté du monde que je ne mérite pas son amitié, histoire de ne plus jamais avoir à regretter ce que je fais si bien : gâcher absolument chaque moment qui aurait pu se dérouler autrement – et bien mieux. Je m'enferme dans ces pensées, oubliant l'inconnue qui s'éloigne de moi, les trouvant douloureuses mais justes. Brûlantes. Je les accepte telles qu'elles sont, tandis que le froid s'empare de mon corps et que je ne peux plus détourner mon esprit fatigué d'elles.

Qu'elles sont glaciales, ces pensées, lorsque la neige les perce de flocons ardents.

C'est sûrement aussi une fin pour moi, à moins qu'Aelle ne réponde quelque chose qui ferait remuer cette dernière petite phrase (et Ashley) boudeuse et fatiguée. Mille mercis pour ce rp !

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