N'est pas Beethoven qui veut
Je dois savoir, j'ai besoin de savoir. Comment peut-on être professeur et laisser un tel souvenir chez son élève ? Mon papa, il a reçu plein plein de trophées de ses petits élèves, et je les ai rencontré parfois, je me souviens qu'ils disaient qu'ils auraient trop aimé pouvoir avoir mon papa comme papa. Enfin, je crois que c'est ce qu'ils voulaient dire. Il m'a dit que quand on enseigne, c'est le plus grand honneur qui peut être donné à un adulte, celui de transmettre son savoir, et de laisser une marque dans ce monde, en faisant son maximum pour essayer d'améliorer ce qui nous entoure.
Je n'ai pas tout compris ce qu'il m'a dit, mais je pense en avoir retenu l'essentiel : quand on enseigne, il faut se donner à fond, et il faut surtout prendre soin de ses élèves ! Aussi, je hoche la tête avec une grande énergie, quand Lud me demande confirmation sur la lettre.
"Mh ! Oui ! Tu dois lui dire c'que tu ressens !! Même si elle méchante par écrit, au moins t'auras pu t'vider le cœur, et les choses seront dites, c'est l'plus important !"
Incapable de comprendre la réaction de mon ami, je comprends cependant sa réticence, et essaye de lui transmettre toute ma détermination en le fixant de mes yeux grands ouverts. Cependant, voilà qu'il se remet à jouer, peut-être que c'est sa manière de faire face aux inquiétudes que les souvenirs de sa professeure lui causait... Peut-être que ça le perturbait, les sons qui sortaient de sa flûte avaient-ils été toujours si désagréables ?? Mais si ça se trouve, c'est juste une manière de jouer, attends, faut que j'écoute plus attentivement, et...
Ah, ma nouvelle amie l'interrompt ! Pourquoi ? Oh, pour des conseils ! Purée, ça c'est génial ! Appuyer plus fermement hein... on dirait qu'elle parle de la tenue de sa baguette, et je me retrouve instinctivement, en fixant mon aînée d'un regard enjoué, à laisser mes doigts bouger autour de ma baguette imaginaire. Dans un sourire gigantesque, je tourne mon regard vers Lud, et éclate d'un petit rire hilare.
"Oh ! Mais c'est génial ! C'est toujours trop cool d'apprendre des autres !"
Puis je regarde à nouveau la Serdaigle, rougissant doucement.
"Tu penses que j'peux écouter aussi même si j'joue pas ?!"
Je n'ai pas tout compris ce qu'il m'a dit, mais je pense en avoir retenu l'essentiel : quand on enseigne, il faut se donner à fond, et il faut surtout prendre soin de ses élèves ! Aussi, je hoche la tête avec une grande énergie, quand Lud me demande confirmation sur la lettre.
"Mh ! Oui ! Tu dois lui dire c'que tu ressens !! Même si elle méchante par écrit, au moins t'auras pu t'vider le cœur, et les choses seront dites, c'est l'plus important !"
Incapable de comprendre la réaction de mon ami, je comprends cependant sa réticence, et essaye de lui transmettre toute ma détermination en le fixant de mes yeux grands ouverts. Cependant, voilà qu'il se remet à jouer, peut-être que c'est sa manière de faire face aux inquiétudes que les souvenirs de sa professeure lui causait... Peut-être que ça le perturbait, les sons qui sortaient de sa flûte avaient-ils été toujours si désagréables ?? Mais si ça se trouve, c'est juste une manière de jouer, attends, faut que j'écoute plus attentivement, et...
Ah, ma nouvelle amie l'interrompt ! Pourquoi ? Oh, pour des conseils ! Purée, ça c'est génial ! Appuyer plus fermement hein... on dirait qu'elle parle de la tenue de sa baguette, et je me retrouve instinctivement, en fixant mon aînée d'un regard enjoué, à laisser mes doigts bouger autour de ma baguette imaginaire. Dans un sourire gigantesque, je tourne mon regard vers Lud, et éclate d'un petit rire hilare.
"Oh ! Mais c'est génial ! C'est toujours trop cool d'apprendre des autres !"
Puis je regarde à nouveau la Serdaigle, rougissant doucement.
"Tu penses que j'peux écouter aussi même si j'joue pas ?!"
N'est pas Beethoven qui veut
La logorrhée musicale de Ludwig finit par être interrompue d'une manière assez brutale ; face aux gestes agités de la grande, le garçon cesse aussitôt de souffler dans son instrument et arrache le bec de sa bouche, prenant au pied de la lettre l'ordre donné par le sous-entendu présent dans « c'est bon, c'est bon ! », à savoir : arrête de jouer. Alors il arrête, tout étonné, son regard passant du visage crispé de la fille à celui tout guilleret de Narcisse. Ludwig ne s'attendait pas à ce que la fille lui donne des conseils, ça lui fait tout bizarre dans le ventre mais ça lui fait également très plaisir, tellement qu'il hoche frénétiquement la tête, prêt à prendre tous les conseils du monde, même les plus mauvais, si ça permet à cette grande de s'intéresser à lui.
Appuyer plus fermement sur les trous, il est capable de faire, même s'il ne comprend pas tellement l'intérêt. Tandis qu'elle lui explique, lui, le visage baissé sur son instrument, fait ce qu'elle dit, à savoir appuyer sur les trous avec la partie la plus charnue de ses doigts. C'est agréable, la sensation de la peau coincée dans les trous de la flûte ; un sourire amusé aux lèvres, il pose l'index sur le trou le plus haut de la flûte et il l'enlève, il le pose et il l'enlève. Il le pose et il l'enlève.
Il continue jusqu'à ce que la fille lui fasse une proposition saugrenue à laquelle Narcisse répond avec un si grand enthousiasme et que Ludwig ne peut que le recopier, un sourire long comme une comète lui étirant les lèvres. Apprendre des autres, c'est génial, c'est bien vrai. Pas tant parce que c'est bien de pouvoir apprendre de ceux qui nous entourent, mais parce qu'ainsi, les autres nous parlent, s'intéressent à nous, prennent du temps pour nous et avec nous. Et ça, Ludwig aime bien. Parfois, il fait exprès d'être mauvais en Études des moldus, la matière où il est le plus fort, pour se faire aider par ses camarades de classe. Il dit : « Je ne comprends pas ce qu'est une prise éclectique... » et invente des mensonges encore plus grand quands on lui répond : « Pas éclectique, mais électrique ! Tu sais vraiment pas ? Viens, je vais t'expliquer ». Il n'y a pas sensation plus agréable que voir un camarade se pencher sur son parchemin pour corriger ses fautes, toute son attention portée sur lui et sur personne d'autre. Alors si cette grande veut lui apprendre la flûte, Ludwig veut bien faire semblant d'être très nul.
« Je suis carrément pour que tu me montres, oui ! s'exclame-t-il alors avec un sourire. Comme ça, je jouerai encore mieux ! Enfin, je jouerai bien. C'est pas facile, hein, la flûte. Parfois, je confonds les notes. Et puis souffler pendant longtemps, c'est fatiguant. Tiens ! »
Tout content, il lui tend la flûte. Évidemment, il oublie de nettoyer le bec collant de bave de l'instrument. Sagement, il se recule, mains croisées derrière le dos, jetant des regards furtifs en direction de Narcisse parce que l'idée qu'il lui a donné d'écrire à son ancienne professeure lui trotte encore dans la tête. Ludwig n'est pas persuadé que dire les choses soient le plus important, contrairement à Narcisse. Si c'est pour donner l'opportunité à l'autre d'être méchant dans sa réponse, il trouve ça même un peu bête. Mais il ne veut pas le contredire, alors pendant que la fille se familiarise avec l'instrument, il en profite pour lui glisser quelques mots à l'oreille.
« Je lui écrirai. À m'dame de la Sévinière. »
Il accompagne son aveu d'un clin d’œil avant de se redresser pour accorder son attention, toute son attention, à la future joueuse de flûte. À vrai dire, il ne pense pas forcément lui écrire, pas tout de suite, mais peut-être que Narcisse reviendra le voir dans quelques jours juste pour lui demander s'il a des nouvelles de sa prof', et ça ça lui plait, à Ludwig.
Le dos bien droit, les sourcils froncés par la concentration, Ludwig secoue la tête pour se concentrer sur les notes qui sortiront bientôt de sa flûte. Ses yeux font le yoyo entre la bouche de la fille et ses doigts positionnés sur l'instrument. Déjà, il réfléchit à quelles questions lui poser après, même celles dont il connait déjà la réponse, pour qu'elle continue son enseignement.
Appuyer plus fermement sur les trous, il est capable de faire, même s'il ne comprend pas tellement l'intérêt. Tandis qu'elle lui explique, lui, le visage baissé sur son instrument, fait ce qu'elle dit, à savoir appuyer sur les trous avec la partie la plus charnue de ses doigts. C'est agréable, la sensation de la peau coincée dans les trous de la flûte ; un sourire amusé aux lèvres, il pose l'index sur le trou le plus haut de la flûte et il l'enlève, il le pose et il l'enlève. Il le pose et il l'enlève.
Il continue jusqu'à ce que la fille lui fasse une proposition saugrenue à laquelle Narcisse répond avec un si grand enthousiasme et que Ludwig ne peut que le recopier, un sourire long comme une comète lui étirant les lèvres. Apprendre des autres, c'est génial, c'est bien vrai. Pas tant parce que c'est bien de pouvoir apprendre de ceux qui nous entourent, mais parce qu'ainsi, les autres nous parlent, s'intéressent à nous, prennent du temps pour nous et avec nous. Et ça, Ludwig aime bien. Parfois, il fait exprès d'être mauvais en Études des moldus, la matière où il est le plus fort, pour se faire aider par ses camarades de classe. Il dit : « Je ne comprends pas ce qu'est une prise éclectique... » et invente des mensonges encore plus grand quands on lui répond : « Pas éclectique, mais électrique ! Tu sais vraiment pas ? Viens, je vais t'expliquer ». Il n'y a pas sensation plus agréable que voir un camarade se pencher sur son parchemin pour corriger ses fautes, toute son attention portée sur lui et sur personne d'autre. Alors si cette grande veut lui apprendre la flûte, Ludwig veut bien faire semblant d'être très nul.
« Je suis carrément pour que tu me montres, oui ! s'exclame-t-il alors avec un sourire. Comme ça, je jouerai encore mieux ! Enfin, je jouerai bien. C'est pas facile, hein, la flûte. Parfois, je confonds les notes. Et puis souffler pendant longtemps, c'est fatiguant. Tiens ! »
Tout content, il lui tend la flûte. Évidemment, il oublie de nettoyer le bec collant de bave de l'instrument. Sagement, il se recule, mains croisées derrière le dos, jetant des regards furtifs en direction de Narcisse parce que l'idée qu'il lui a donné d'écrire à son ancienne professeure lui trotte encore dans la tête. Ludwig n'est pas persuadé que dire les choses soient le plus important, contrairement à Narcisse. Si c'est pour donner l'opportunité à l'autre d'être méchant dans sa réponse, il trouve ça même un peu bête. Mais il ne veut pas le contredire, alors pendant que la fille se familiarise avec l'instrument, il en profite pour lui glisser quelques mots à l'oreille.
« Je lui écrirai. À m'dame de la Sévinière. »
Il accompagne son aveu d'un clin d’œil avant de se redresser pour accorder son attention, toute son attention, à la future joueuse de flûte. À vrai dire, il ne pense pas forcément lui écrire, pas tout de suite, mais peut-être que Narcisse reviendra le voir dans quelques jours juste pour lui demander s'il a des nouvelles de sa prof', et ça ça lui plait, à Ludwig.
Le dos bien droit, les sourcils froncés par la concentration, Ludwig secoue la tête pour se concentrer sur les notes qui sortiront bientôt de sa flûte. Ses yeux font le yoyo entre la bouche de la fille et ses doigts positionnés sur l'instrument. Déjà, il réfléchit à quelles questions lui poser après, même celles dont il connait déjà la réponse, pour qu'elle continue son enseignement.
N'est pas Beethoven qui veut
Ce sourire qui lui flottait sur les lèvres, c'était le même, le même que celui qu'elle arborait alors qu'elle n'était encore qu'une enfant. Ce sourire sincère, un peu surpris et amusé, d'où s'échappe une pointe de malice, et qui vient couronner les âmes dont la candeur revient au gré du vent. En vertu d'un concours de circonstances absolument invraisemblable, Elsie Clancharlie s'apprêtait à jouer de la flûte, en public *et quel public*, puisqu'elle avait eu l'audace d'affirmer qu'il s'agirait d'une démonstration, ou du moins, d'un coup de main. Joueuse, une fois n'est pas coutume, elle avait fait rouler sa pièce sur le tapis vert. Devant l'approbation unanime de ces deux camarades plus rayonnants qu'Hélios lui même, elle ne devait pas manquer à son devoir.
*Quelle drôle d'idée j'ai eu*, songea-t-elle au moment où elle se rapprocha du Vert. Son habit noir n'avait sans doute jamais pris à ce point la lumière, depuis qu'elle arpentait les sinistres couloirs de Poudlard. Elle qui avait été si discrète pendant toutes ces années, elle venait de briser le quatrième mur, de passer du côté de la Scène. Son nouveau costume était celui d'une Beethoven bien pâle, sans génie particulier, dure au mal et froide comme les dalles du château. Mais elle, Elsie, Elsie Clancharlie, n'en était pas moins une comédienne parmi d'autres dans l'éternelle Représentation se jouant dans tes tripes de charbon, sombre Poudlard. Elle déploya son bras pour récupérer l'instrument, frémit au contact de celui-ci — diable, que le temps avait passé — et se hâta d'en essuyer le bec, après avoir sorti un mouchoir de sa poche.
Un peu étonnée par l'interrogation de Narcisse — représentait-elle une si grande autorité, pour avoir la possibilité de l'éloigner de ce couloir ? — elle lui répondit un peu rapidement, d'une voix qui trahissait quelque peu sa surprise :
« Je... Oui, bien sûr, aucun souci ! »
Puis elle porta le bec à sa bouche, effaçant toute once d'hésitation (elle ne pouvait se le permettre), et après avoir parcouru mentalement les souvenirs qu'il lui restait de ses rares leçons de flûte (le plus souvent en autodidacte, l'ouvrage ouvert devant elle), elle opta pour une mélodie de circonstance : l'Ode à la joie. La manière dont Elsie jouait de la flûte reflétait assez bien son caractère, pour ainsi dire : ses doigts pressaient les trous de l'instrument avec autorité, presque roidement, et l'air qui sortait de l'instrument était limpide, solennel et brut. La Joie d'Elsie n'était pas une joie effusive, c'était une Joie qui avançait voilée, à pas feutré, dans le jardin clos de la bienséance. C'était une Joie dont la voix ne faisait presque aucun bruit.
Chaque note était juste, et l'on eut pu vérifier avec un métronome la justesse du rythme. Aucune liberté de prise avec la partition restée à Loutry, dans un placard de sa chambre. La rigueur même, comme si la Bleue-en-Noir eût voulu célébrer les charmes de Poudlard. Plus elle y passait du temps, plus elle ressemblait à ce vieux tas de pierre, s'amusait-elle parfois entre deux révisions. Lorsque la dernière note prit fin, elle retira la flute de ses lèvres aussi rapidement qu'elle le put, priant pour éviter le moindre applaudissement — mais avec de tels personnages, c'était là un bien naïf espoir.
Elle essuya à nouveau le bec et tendit la flûte au Serpentard dont elle ne connaissait toujours pas le nom.
*Quelle drôle d'idée j'ai eu*, songea-t-elle au moment où elle se rapprocha du Vert. Son habit noir n'avait sans doute jamais pris à ce point la lumière, depuis qu'elle arpentait les sinistres couloirs de Poudlard. Elle qui avait été si discrète pendant toutes ces années, elle venait de briser le quatrième mur, de passer du côté de la Scène. Son nouveau costume était celui d'une Beethoven bien pâle, sans génie particulier, dure au mal et froide comme les dalles du château. Mais elle, Elsie, Elsie Clancharlie, n'en était pas moins une comédienne parmi d'autres dans l'éternelle Représentation se jouant dans tes tripes de charbon, sombre Poudlard. Elle déploya son bras pour récupérer l'instrument, frémit au contact de celui-ci — diable, que le temps avait passé — et se hâta d'en essuyer le bec, après avoir sorti un mouchoir de sa poche.
Un peu étonnée par l'interrogation de Narcisse — représentait-elle une si grande autorité, pour avoir la possibilité de l'éloigner de ce couloir ? — elle lui répondit un peu rapidement, d'une voix qui trahissait quelque peu sa surprise :
« Je... Oui, bien sûr, aucun souci ! »
Puis elle porta le bec à sa bouche, effaçant toute once d'hésitation (elle ne pouvait se le permettre), et après avoir parcouru mentalement les souvenirs qu'il lui restait de ses rares leçons de flûte (le plus souvent en autodidacte, l'ouvrage ouvert devant elle), elle opta pour une mélodie de circonstance : l'Ode à la joie. La manière dont Elsie jouait de la flûte reflétait assez bien son caractère, pour ainsi dire : ses doigts pressaient les trous de l'instrument avec autorité, presque roidement, et l'air qui sortait de l'instrument était limpide, solennel et brut. La Joie d'Elsie n'était pas une joie effusive, c'était une Joie qui avançait voilée, à pas feutré, dans le jardin clos de la bienséance. C'était une Joie dont la voix ne faisait presque aucun bruit.
Chaque note était juste, et l'on eut pu vérifier avec un métronome la justesse du rythme. Aucune liberté de prise avec la partition restée à Loutry, dans un placard de sa chambre. La rigueur même, comme si la Bleue-en-Noir eût voulu célébrer les charmes de Poudlard. Plus elle y passait du temps, plus elle ressemblait à ce vieux tas de pierre, s'amusait-elle parfois entre deux révisions. Lorsque la dernière note prit fin, elle retira la flute de ses lèvres aussi rapidement qu'elle le put, priant pour éviter le moindre applaudissement — mais avec de tels personnages, c'était là un bien naïf espoir.
Elle essuya à nouveau le bec et tendit la flûte au Serpentard dont elle ne connaissait toujours pas le nom.
Je vous prie de m'excuser pour ce contretemps regrettable, je suis malgré tout toujours aussi heureuse d'écrire avec vous, et de voir Elsie prendre des initiatives en compagnie de ces deux phénomènes.
Plus voir qu'avoir
N'est pas Beethoven qui veut
"Hell yeah !! C'est une trop bonne idée mon pote ! Si tu veux on pourra même l'écrire ensemble !"
Accompagnant le clin d’œil de mon ami, je prête ensuite toutes mes oreilles attentives à notre aînée. D'un air intrigué, je me demande comment les sonorités sortiront avec cette flûte, entre les doigts de la Serdaigle. Et sapristi, ça n'a plus rien à voir avec Ludwig ! J'en viens à écarquiller les yeux royalement en entendant la mélodie, mon regard alternant entre elle et lui, l'air de me demander si au final, il jouait si bien que ça. Maintenant que j'ai un comparatif, la honte m'envahit d'un bond et me fait rougir jusqu'aux oreilles.
Une toute petite seconde durant, mon esprit se dit qu'au final, j'ai une bien mauvaise oreille, et que surtout, ce qu'a joué Ludwig, ce n'était pas si bien que ça... mais cette pensée est aussi fugace qu'un battement de cœur. Elle explose comme une bulle de savon, laissant toutes ses particules purifiantes dissiper ces doutes.
Puis, une autre pensée me vient et supplante la première.
"Mais, mais, j'la connais celle-là !! C'est la préférée de mon papa ! C'est trop bien joué purée !"
Lorsqu'elle restitue son instrument à mon ami, je le regarde avec un grand sourire encourageant, plein d'espoir quant à ce qu'il pourra retirer de cette interaction. Ma main vient tapoter, puis agripper avec une gentille fermeté son épaule. J'ouvre la bouche pour dire quelque chose, j'inspire, mais rien. Comment lui dire ?
Elle joue mieux qu'toi hein ? J'espère qu'tu vas t'améliorer ! Ah ouais, j'pensais pas qu'en fait, t'avais tant de progrès à faire ! Bah mec, franchement, tu devrais lui demander des conseils !
Rien, aucune de ces phrases ne me semble être appropriée. Pourtant, en arts martiaux, ou en duel, je n'ai jamais eu aucune difficulté à faire remarquer ce qui pourrait être amélioré quand je m'entraîne avec des amis. Mais là, c'est comme si le fait de n'avoir aucune compétence dans le domaine m'empêchait de prononcer le moindre mot. Ce n'est absolument pas à moi de me prononcer sur la qualité de ces performances, mais dans tous les cas, je lance un regard à Ludwig qui laisse entendre le plein soutien que je lui envoie.
Accompagnant le clin d’œil de mon ami, je prête ensuite toutes mes oreilles attentives à notre aînée. D'un air intrigué, je me demande comment les sonorités sortiront avec cette flûte, entre les doigts de la Serdaigle. Et sapristi, ça n'a plus rien à voir avec Ludwig ! J'en viens à écarquiller les yeux royalement en entendant la mélodie, mon regard alternant entre elle et lui, l'air de me demander si au final, il jouait si bien que ça. Maintenant que j'ai un comparatif, la honte m'envahit d'un bond et me fait rougir jusqu'aux oreilles.
Une toute petite seconde durant, mon esprit se dit qu'au final, j'ai une bien mauvaise oreille, et que surtout, ce qu'a joué Ludwig, ce n'était pas si bien que ça... mais cette pensée est aussi fugace qu'un battement de cœur. Elle explose comme une bulle de savon, laissant toutes ses particules purifiantes dissiper ces doutes.
Puis, une autre pensée me vient et supplante la première.
"Mais, mais, j'la connais celle-là !! C'est la préférée de mon papa ! C'est trop bien joué purée !"
Lorsqu'elle restitue son instrument à mon ami, je le regarde avec un grand sourire encourageant, plein d'espoir quant à ce qu'il pourra retirer de cette interaction. Ma main vient tapoter, puis agripper avec une gentille fermeté son épaule. J'ouvre la bouche pour dire quelque chose, j'inspire, mais rien. Comment lui dire ?
Elle joue mieux qu'toi hein ? J'espère qu'tu vas t'améliorer ! Ah ouais, j'pensais pas qu'en fait, t'avais tant de progrès à faire ! Bah mec, franchement, tu devrais lui demander des conseils !
Rien, aucune de ces phrases ne me semble être appropriée. Pourtant, en arts martiaux, ou en duel, je n'ai jamais eu aucune difficulté à faire remarquer ce qui pourrait être amélioré quand je m'entraîne avec des amis. Mais là, c'est comme si le fait de n'avoir aucune compétence dans le domaine m'empêchait de prononcer le moindre mot. Ce n'est absolument pas à moi de me prononcer sur la qualité de ces performances, mais dans tous les cas, je lance un regard à Ludwig qui laisse entendre le plein soutien que je lui envoie.
N'est pas Beethoven qui veut
Le cœur de Ludwig voltige, s'envole et retombe brutalement au fond de son corps. Il tourne un regard immensément grand vers Narcisse, les pupilles brillantes, et l'observe avec toute la joie qu'il est capable de partager à travers une simple expression. Il a dit : « si tu veux on pourra même l'écrire ensemble » et c'est le plus beau cadeau de l'univers. Un moment passé avec un garçon aussi populaire que Narcisse, qui a beaucoup d'amis, qui a toujours le sourire, qui est sûrement très aimé et apprécié ! La simple idée le réjouit ; le fait que Narcisse le propose de lui-même le plonge dans un état euphorique qu'il a du mal à contenir. Le cœur qui tressaute dans tous les sens, la chaleur qui monte sur ses oreilles, la fine couche de sueur sur son front, les doigts moites. Il a envie de sautiller, de dire « oui, oui, oui, oui, mille fois oui, c'est trop trop trop trop cool, on fait ça quand ? Ce soir ? Demain ? Après-demain ? Et pourquoi pas maintenant ? ». Mais tout à coup un sifflement retentit, un sifflement beaucoup moins désagréable que celui qu'il entendait quand lui-même jouait de l'instrument, et il se rappelle de la grande à qui il a prêté sa flûte.
Ludwig se détourne avec regret du lumineux visage de Narcisse. Mais quand son regard tombe sur la fille, ses yeux s'écarquillent et son souffle se coupe dans sa gorge. Il se retrouve cinq ou six ans en arrière, face à Madame de la Sévinière qui jouait exceptionnellement bien, elle aussi. Comme elle, la jeune élève qui se tient très droite devant lui arrive à faire sortir de l'instrument des notes résonnent comme un tintement de cristal. Ludwig ne songe pas un seul instant qu'elle joue mieux que lui. N'ayant pas l'oreille musicale il est incapable de comparer ses propres notes à celles qu'il entend actuellement. Par contre, il a des oreilles tout court et il reconnaît sans la moindre hésitation que le morceau qu'il entend — et qu'il ne reconnaît pas — est splendide. Bientôt, sa bouche est grande ouverte, il est béat d'admiration et il aurait aimé qu'elle joue encore longtemps, très longtemps.
Quand les notes s'arrêtent, Ludwig cligne lentement des yeux. Narcisse prend la parole pour complimenté la fille, il lui lance un regard en coin, admiratif que le garçon connaisse le morceau qui vient d'être joué. Ludwig acquiesce avec force, le visage toujours rouge de son admiration parce que la fille était capable de jouer plein de notes à la suite alors que lui n'en faisait que six ou six, et maladroitement. Il récupère l'instrument qu'elle lui tend et il lui fait un grand sourire. Mais avant qu'il ait pu ajouter son petit compliment qui aurait peut-être fait sourire la fille en retour, et il a envie de la faire sourire, Narcisse le tapote sur l'épaule.
Ludwig se tourne vers lui, persuadé qu'il veut lui dire quelque chose, mais le Poufsouffle se contente d'ouvrir la bouche et de la fermer. Lui aussi la trouve trop cool ! songe Ludwig. Et il en perd ses mots ! C'est quelque chose qu'il est capable de comprendre.
« C'était trop ouf ! s'exclame-t-il en ramenant ses yeux sur la fille. Moi aussi je le connaissais ce morceau, c'est euh... » Il se creuse la tête pour donner un élément qui rendra cohérent son mensonge. « C'était le préféré de ma prof aussi ! »
Il tourne vaguement les yeux vers Narcisse, comme pour dire : la coïncidence ! C'est trop dingue !
« Et donc c'est comme ça que j'dois faire, poursuit-il en baissant les yeux sur la flute qu'il tient à deux mains. Les doigts bien dans les trous comme ce que tu faisais. »
Il essaie maladroitement de faire la même chose, sans souffler dans le bec, sans se rendre compte qu'il ne place pas les doigts au bon endroit. Au moins est-il capable de boucher les trous avec la partie charnue de ses doigts. Mais seulement s'il se concentre. D'ailleurs, le voilà qui oublie de se concentrer ; résultat ? un trou à moitié bouché.
« Mon jingle va faire un tabac avec ça ! » s'écrit Ludwig, les yeux brillants.
Il se voit déjà à la tête d'une radio nationale quand il sera grand. Peut-être pourra-t-il faire enregistrer son propre morceau qu'il jouerait à la flute ! Et tout le pays l'entendrait, tout le pays chantonnerait son jingle. Avec Ludwig ça swingue ! Ce sera absolument fantastique, ce qu'il a hâte ! Plus hâte encore que le repas de ce soir !
Ludwig se détourne avec regret du lumineux visage de Narcisse. Mais quand son regard tombe sur la fille, ses yeux s'écarquillent et son souffle se coupe dans sa gorge. Il se retrouve cinq ou six ans en arrière, face à Madame de la Sévinière qui jouait exceptionnellement bien, elle aussi. Comme elle, la jeune élève qui se tient très droite devant lui arrive à faire sortir de l'instrument des notes résonnent comme un tintement de cristal. Ludwig ne songe pas un seul instant qu'elle joue mieux que lui. N'ayant pas l'oreille musicale il est incapable de comparer ses propres notes à celles qu'il entend actuellement. Par contre, il a des oreilles tout court et il reconnaît sans la moindre hésitation que le morceau qu'il entend — et qu'il ne reconnaît pas — est splendide. Bientôt, sa bouche est grande ouverte, il est béat d'admiration et il aurait aimé qu'elle joue encore longtemps, très longtemps.
Quand les notes s'arrêtent, Ludwig cligne lentement des yeux. Narcisse prend la parole pour complimenté la fille, il lui lance un regard en coin, admiratif que le garçon connaisse le morceau qui vient d'être joué. Ludwig acquiesce avec force, le visage toujours rouge de son admiration parce que la fille était capable de jouer plein de notes à la suite alors que lui n'en faisait que six ou six, et maladroitement. Il récupère l'instrument qu'elle lui tend et il lui fait un grand sourire. Mais avant qu'il ait pu ajouter son petit compliment qui aurait peut-être fait sourire la fille en retour, et il a envie de la faire sourire, Narcisse le tapote sur l'épaule.
Ludwig se tourne vers lui, persuadé qu'il veut lui dire quelque chose, mais le Poufsouffle se contente d'ouvrir la bouche et de la fermer. Lui aussi la trouve trop cool ! songe Ludwig. Et il en perd ses mots ! C'est quelque chose qu'il est capable de comprendre.
« C'était trop ouf ! s'exclame-t-il en ramenant ses yeux sur la fille. Moi aussi je le connaissais ce morceau, c'est euh... » Il se creuse la tête pour donner un élément qui rendra cohérent son mensonge. « C'était le préféré de ma prof aussi ! »
Il tourne vaguement les yeux vers Narcisse, comme pour dire : la coïncidence ! C'est trop dingue !
« Et donc c'est comme ça que j'dois faire, poursuit-il en baissant les yeux sur la flute qu'il tient à deux mains. Les doigts bien dans les trous comme ce que tu faisais. »
Il essaie maladroitement de faire la même chose, sans souffler dans le bec, sans se rendre compte qu'il ne place pas les doigts au bon endroit. Au moins est-il capable de boucher les trous avec la partie charnue de ses doigts. Mais seulement s'il se concentre. D'ailleurs, le voilà qui oublie de se concentrer ; résultat ? un trou à moitié bouché.
« Mon jingle va faire un tabac avec ça ! » s'écrit Ludwig, les yeux brillants.
Il se voit déjà à la tête d'une radio nationale quand il sera grand. Peut-être pourra-t-il faire enregistrer son propre morceau qu'il jouerait à la flute ! Et tout le pays l'entendrait, tout le pays chantonnerait son jingle. Avec Ludwig ça swingue ! Ce sera absolument fantastique, ce qu'il a hâte ! Plus hâte encore que le repas de ce soir !
N'est pas Beethoven qui veut
Au moment-même où Elsie avait cessé de jouer, et de faire corps avec cet instrument qui n'était pas le sien, elle s'était exclamée au fond d'elle : *Mais qu'est-ce qui m'est passé par la tête ?!* Sidérée — au sens littéral du terme — par son propre geste, elle ne savait pas si elle devait s'en féliciter ou s'en inquiéter. Elle avait pris en main son destin comme elle le faisait rarement, brisant les rails lisses et sombres de sa routine. Le fait d'avoir abandonné ses pérégrinations mentales pour participer à une discussion aux mille rebondissements ne l'avait étonnamment pas dérangée plus que cela... Elsie se surprit à éprouver du plaisir dans cette situation assez inédite.
Elle eut un sourire presque gêné devant l'enthousiasme débridé de ses deux camarades. Elsie n'avait pas eu l'habitude de l'accueillir, cet enthousiasme. C'était une émotion qui lui était quasiment étrangère. Dans le monde d'Elsie Clancharlie, il n'y avait de place que pour le sérieux, le travail et le silence. Dans son studiolo noir et blanc, deux étoiles de feu avaient répandu des étincelles jaunes et vertes, une bouffée de vie s'était insufflée dans son morne cloître. Et elle, plutôt que de la repousser, elle s'en enivrait doucement, avec ce sourire timide dont seul Merlin connaît le secret. A la lisière entre le plaisir et la culpabilité.
La jeune fille s'étonna d'entendre le Vert parler avec enthousiasme d'une professeure qu'il avait décrite comme hooorrible et vraiment hyper méchante quelques minutes auparavant. Mais il semblait que le joug de la non-contradiction n'avait aucune prise sur l'âme bouillonnante des deux garçons qui lui faisaient face ; leur énergie débordante faisait rapidement oublier la faible cohérence de leur discours. Elsie s'abstint donc de prononcer la moindre parole et ravala son étonnement. Elle n'aurait de toute façon pas eu le temps de formuler une phrase, puisque le jeune Serpentard était déjà en train de passer à l'action, visiblement très fier de mettre en application — un peu maladroitement —les conseils qu'elle lui avait prodigués.
Elsie était troublée, vraiment, devant pareille situation. Il était évident que le flutiste en herbe manquait de rigueur et de concentration, et qu'il lui aurait fallu un cadre pour qu'il puisse progresser et, ne serait-ce que pour ne pas mettre ses doigts au mauvais endroit... Mais au fond elle, son cœur la suppliait de ne pas briser l'enchantement qui enveloppait tout l'être de ce musicien un peu fou. Il n'avait pas les codes, il n'avait pas l'oreille, il n'avait pas le geste ; mais il avait l'élan, il avait l'entrain. N'était-ce pas le principe fondateur de l'activité musicale ? A force de singer les opus de grands compositeurs, ne finit-on pas par devenir le ludion de la tradition, un perroquet de chair ? Sans pouvoir lui mentir — ç'aurait été une grave faute morale, songea-t-elle, Elsie souhaitait préserver ce qui faisait la singularité de son camarade, son éclat au milieu d'une foule où les sorciers et leurs ombres se confondent.
« Garde le même enthousiasme en jouant, mais pense bien à garder un œil sur tes doigts. » Elle sourit encore : un sourire sincère et plus franc. « Tu prépares quelque chose ? »
Étant arrivée au milieu de la conversation, Elsie ne comprenait pas vraiment à quoi ses deux interlocuteurs faisaient référence en évoquant ce fameux jingle. Etait-ce un fantasme ou un dessein concret ? Une sonnerie pour rythmer les inter-cours ? (l'idée lui donnait franchement envie de rire, et il en faut pourtant beaucoup pour faire rire Elsie Clancharlie) *Par Morgane, ce serait extrêmement amusant* Son regard noir de curiosité sondait tour à tour les deux démiurges déjantés, manifestant une sympathie toujours plus grande à leur égard.
Depuis le fond du couloir, une infime poussière lumineuse embrassait la vision périphérique d'Elsie.
Elle eut un sourire presque gêné devant l'enthousiasme débridé de ses deux camarades. Elsie n'avait pas eu l'habitude de l'accueillir, cet enthousiasme. C'était une émotion qui lui était quasiment étrangère. Dans le monde d'Elsie Clancharlie, il n'y avait de place que pour le sérieux, le travail et le silence. Dans son studiolo noir et blanc, deux étoiles de feu avaient répandu des étincelles jaunes et vertes, une bouffée de vie s'était insufflée dans son morne cloître. Et elle, plutôt que de la repousser, elle s'en enivrait doucement, avec ce sourire timide dont seul Merlin connaît le secret. A la lisière entre le plaisir et la culpabilité.
La jeune fille s'étonna d'entendre le Vert parler avec enthousiasme d'une professeure qu'il avait décrite comme hooorrible et vraiment hyper méchante quelques minutes auparavant. Mais il semblait que le joug de la non-contradiction n'avait aucune prise sur l'âme bouillonnante des deux garçons qui lui faisaient face ; leur énergie débordante faisait rapidement oublier la faible cohérence de leur discours. Elsie s'abstint donc de prononcer la moindre parole et ravala son étonnement. Elle n'aurait de toute façon pas eu le temps de formuler une phrase, puisque le jeune Serpentard était déjà en train de passer à l'action, visiblement très fier de mettre en application — un peu maladroitement —les conseils qu'elle lui avait prodigués.
Elsie était troublée, vraiment, devant pareille situation. Il était évident que le flutiste en herbe manquait de rigueur et de concentration, et qu'il lui aurait fallu un cadre pour qu'il puisse progresser et, ne serait-ce que pour ne pas mettre ses doigts au mauvais endroit... Mais au fond elle, son cœur la suppliait de ne pas briser l'enchantement qui enveloppait tout l'être de ce musicien un peu fou. Il n'avait pas les codes, il n'avait pas l'oreille, il n'avait pas le geste ; mais il avait l'élan, il avait l'entrain. N'était-ce pas le principe fondateur de l'activité musicale ? A force de singer les opus de grands compositeurs, ne finit-on pas par devenir le ludion de la tradition, un perroquet de chair ? Sans pouvoir lui mentir — ç'aurait été une grave faute morale, songea-t-elle, Elsie souhaitait préserver ce qui faisait la singularité de son camarade, son éclat au milieu d'une foule où les sorciers et leurs ombres se confondent.
« Garde le même enthousiasme en jouant, mais pense bien à garder un œil sur tes doigts. » Elle sourit encore : un sourire sincère et plus franc. « Tu prépares quelque chose ? »
Étant arrivée au milieu de la conversation, Elsie ne comprenait pas vraiment à quoi ses deux interlocuteurs faisaient référence en évoquant ce fameux jingle. Etait-ce un fantasme ou un dessein concret ? Une sonnerie pour rythmer les inter-cours ? (l'idée lui donnait franchement envie de rire, et il en faut pourtant beaucoup pour faire rire Elsie Clancharlie) *Par Morgane, ce serait extrêmement amusant* Son regard noir de curiosité sondait tour à tour les deux démiurges déjantés, manifestant une sympathie toujours plus grande à leur égard.
Depuis le fond du couloir, une infime poussière lumineuse embrassait la vision périphérique d'Elsie.
Plus voir qu'avoir
N'est pas Beethoven qui veut
Pas étonnant que celui-ci fut le préféré de la professeure de Ludwig. Narcisse adorait Beethoven, et à part Claire, toute sa famille également. Ses œuvres étaient encore un classique absolu et indémodable, mais il fut cependant ravi de voir que dans le monde des sorciers également, on glorifiait le vieux Ludwig... Oh, comme...
Pointant brusquement l'index vers son camarade, il éclata de rire sans hésiter.
"Haha ! Ludwig Van... comme toi Lud' ! Eh, on sait pas hein, j'suis sûr qu'tu s'ras aussi talentueux qu'lui !!"
Il ne doutait pas un seul instant du réel talent de son ami, prêt à croire qu'il pourrait se surpasser sans hésiter. Après tout, s'il était réellement passionné, rien ne l'arrêterait, pas vrai ? Et déjà, il actualisait ses connaissances avec son ainée, c'était idéal ! Narcisse l'envia un court instant, à l'idée que pendant lui n'apprenait rien, en raison de son niveau pitoyable en musique, Lud gagnait en expérience ! Puis il fut simplement heureux pour lui, la jalousie était un sentiment parfaitement inconnu et étranger chez Narcisse, qu'importe les circonstances.
Il écouta ensuite avec assiduité la discussion, jetant un regard aux alentours. Il sentait déjà ses jambes le picoter sous l'impatience et l'excitation, l'inaction lui pesait, et il risquait d'un moment à l'autre de s'éclipser pour aller faire le tour du château en courant... comme ça, pour s'amuer.
Pointant brusquement l'index vers son camarade, il éclata de rire sans hésiter.
"Haha ! Ludwig Van... comme toi Lud' ! Eh, on sait pas hein, j'suis sûr qu'tu s'ras aussi talentueux qu'lui !!"
Il ne doutait pas un seul instant du réel talent de son ami, prêt à croire qu'il pourrait se surpasser sans hésiter. Après tout, s'il était réellement passionné, rien ne l'arrêterait, pas vrai ? Et déjà, il actualisait ses connaissances avec son ainée, c'était idéal ! Narcisse l'envia un court instant, à l'idée que pendant lui n'apprenait rien, en raison de son niveau pitoyable en musique, Lud gagnait en expérience ! Puis il fut simplement heureux pour lui, la jalousie était un sentiment parfaitement inconnu et étranger chez Narcisse, qu'importe les circonstances.
Il écouta ensuite avec assiduité la discussion, jetant un regard aux alentours. Il sentait déjà ses jambes le picoter sous l'impatience et l'excitation, l'inaction lui pesait, et il risquait d'un moment à l'autre de s'éclipser pour aller faire le tour du château en courant... comme ça, pour s'amuer.
N'est pas Beethoven qui veut
Son regard cherche l'assentiment de la fille ; il fouille tant et si bien ses yeux que lorsqu'elle les braque vers lui il se tend comme la corde d'un arc, un peu stressé de ce qu'elle pourrait lui dire. N'aurait-il pas dû y aller un peu plus fort sur les compliments pour qu'elle soit gentille avec lui ? La plupart des gens réagissent très bien aux compliments et cela les rend plus gentils. Ludwig se met déjà à penser à ce qu'il pourrait lui dire — parler de ses yeux ? c'est vrai qu'ils sont jolis ; ou alors dire qu'elle est super intelligente puisqu'elle joue si bien de la flûte ? Tant d'idées passent dans son esprit, mais il n'a le temps d'en exprimer aucune puisque l'élève, elle, n'attend pas qu'il parvienne au bout de sa réflexion avant de lui soumette un conseil.
Ludwig ouvre la bouche, la regarde, regarde sa flûte, regarde Narcisse, puis tourne de nouveau les yeux vers la jeune fille qui lui sourit d'un sourire qu'il trouve absolument fantastique — mais Ludwig apprécie tous les sourires que l'on veut bien lui offrir car ils se font en général de plus en plus rare au fur et à mesure que ses camarades apprennent à le connaître. Elle lui demande s'il prépare quelque chose et cette question est encore plus réjouissante que le compliment qu'elle vient de lui faire en parlant de son enthousiasme. Quant à garder un œil sur ses doigts ? Ludwig baisse les yeux sur sa flûte et grimace un peu en remarquant que c'est beaucoup plus simple de réussir à boucher les trous quand il regarde vers la flute. Mais actuellement, c'est autre chose qui le préoccupe, qui prend toute sa place dans son esprit, qui fait s'agiter son cœur et qui l'excite complètement : elle a envie d'en savoir d'avantage sur sa radio et lui n'attend que ça de pouvoir lui en parler !
Il prend une grande inspiration pour parler, gonflant ses poumons au maximum... Et dégonfle tout un peu subitement quand Narcisse se retourne tout à coup vers lui, un éclat de rire aux lèvres et le doigt pointé dans sa direction. Ludwig se met à rire avec lui alors même qu'il ne comprend pas ce qu'il vient de dire. Il continue de rire avec Narcisse, avec un grand ah ah ah qui laisse vraiment croire qu'il est mort de rire alors qu'il n'a absolument rien capté. Ludwig Van... Quoi ? Il continue de rire encore un peu, pour faire comme si puis, ayant suffisamment confiance en la gentillesse de Narcisse, Ludwig penche la tête sur le côté et lui lance un regard en coin.
« Comme moi ? Moi je m'appelle Ludwig Godwinster Breckenrod, pas Ludwig Van mais c'était hyper drôle, » sourit-il en montrant toutes ses dents.
Il lance régulièrement des regards en direction de la fille quand il dit ça, espérant qu'elle n'ait pas compris non plus et qu'ils soient deux à afficher leur ignorance. Ludwig se tourne doucement pour faire face à sa jeune et nouvelle professeure, partant du principe qu'il vaut mieux rebondir rapidement sur ce qu'elle a demandé tout à l'heure avant que le moment passe et qu'il perde l'occasion de pouvoir vanter son émission radio.
« Je prépare un jingle pour mon émission radio ! affirme-t-il en faisant tourner la flûte entre ses doigts moites. Les bonnes émissions ont toujours un jingle alors il m'en faut un. J'aimerais que ça fasse tatata tatatatata ta tata... Tu vois ? Et puis au milieu d'la musique, y'aura des phrases tu vois, genre Ludwig dans tous ses états, s'exclame-t-il en prenant une fois mystérieuse et agitant les mains. Ou avec Lud ça swing !. Ce genre de choses-là. Tu vois ?»
Elle va adorer, c'est sûr ! Voudra-t-elle écouter son émission ? Il pourrait même l'interroger, sur n'importe quel sujet, lui donner l'antenne ! Elle adorerait, c'est tellement certain !
Ludwig ouvre la bouche, la regarde, regarde sa flûte, regarde Narcisse, puis tourne de nouveau les yeux vers la jeune fille qui lui sourit d'un sourire qu'il trouve absolument fantastique — mais Ludwig apprécie tous les sourires que l'on veut bien lui offrir car ils se font en général de plus en plus rare au fur et à mesure que ses camarades apprennent à le connaître. Elle lui demande s'il prépare quelque chose et cette question est encore plus réjouissante que le compliment qu'elle vient de lui faire en parlant de son enthousiasme. Quant à garder un œil sur ses doigts ? Ludwig baisse les yeux sur sa flûte et grimace un peu en remarquant que c'est beaucoup plus simple de réussir à boucher les trous quand il regarde vers la flute. Mais actuellement, c'est autre chose qui le préoccupe, qui prend toute sa place dans son esprit, qui fait s'agiter son cœur et qui l'excite complètement : elle a envie d'en savoir d'avantage sur sa radio et lui n'attend que ça de pouvoir lui en parler !
Il prend une grande inspiration pour parler, gonflant ses poumons au maximum... Et dégonfle tout un peu subitement quand Narcisse se retourne tout à coup vers lui, un éclat de rire aux lèvres et le doigt pointé dans sa direction. Ludwig se met à rire avec lui alors même qu'il ne comprend pas ce qu'il vient de dire. Il continue de rire avec Narcisse, avec un grand ah ah ah qui laisse vraiment croire qu'il est mort de rire alors qu'il n'a absolument rien capté. Ludwig Van... Quoi ? Il continue de rire encore un peu, pour faire comme si puis, ayant suffisamment confiance en la gentillesse de Narcisse, Ludwig penche la tête sur le côté et lui lance un regard en coin.
« Comme moi ? Moi je m'appelle Ludwig Godwinster Breckenrod, pas Ludwig Van mais c'était hyper drôle, » sourit-il en montrant toutes ses dents.
Il lance régulièrement des regards en direction de la fille quand il dit ça, espérant qu'elle n'ait pas compris non plus et qu'ils soient deux à afficher leur ignorance. Ludwig se tourne doucement pour faire face à sa jeune et nouvelle professeure, partant du principe qu'il vaut mieux rebondir rapidement sur ce qu'elle a demandé tout à l'heure avant que le moment passe et qu'il perde l'occasion de pouvoir vanter son émission radio.
« Je prépare un jingle pour mon émission radio ! affirme-t-il en faisant tourner la flûte entre ses doigts moites. Les bonnes émissions ont toujours un jingle alors il m'en faut un. J'aimerais que ça fasse tatata tatatatata ta tata... Tu vois ? Et puis au milieu d'la musique, y'aura des phrases tu vois, genre Ludwig dans tous ses états, s'exclame-t-il en prenant une fois mystérieuse et agitant les mains. Ou avec Lud ça swing !. Ce genre de choses-là. Tu vois ?»
Elle va adorer, c'est sûr ! Voudra-t-elle écouter son émission ? Il pourrait même l'interroger, sur n'importe quel sujet, lui donner l'antenne ! Elle adorerait, c'est tellement certain !
N'est pas Beethoven qui veut
Alors comme ça, il s'appelait *Ludwig*. C'était un joli prénom, avec une connotation sans doute un peu lourde, mais joli tout de même. Quelle coïncidence que d'apprendre son nom en de pareilles circonstances ! Il est des fois où le hasard porte dans la poche de son manteau de véritables merveilles. Mais si le jeune garçon pouvait être spontanément associé à Beethoven sur une liste d'appel ou un registre administrative, quelques secondes passées avec ce tourbillon de chair et d'os suffisaient pour distinguer le vieux du jeune, le sourd de l'assourdissant, l'austère visage peint jadis par von Stuck et les rayons infinis qui s'échappaient de la bouche de *Lud'*. Elsie avait toujours apprécié les compositions de Beethoven, mais elle ne pouvait que s'incliner devant le tonnerre de joie qui grondait devant elle. Il y avait presque de la grâce sur ce visage qui ne se laissait jamais gagner par le repos.
Perdue dans ses pensées, elle mit du temps à réaliser que le garçon en question sondait dangereusement son regard. Dans les eaux noires des yeux d'Elsie, il avait posé sa barque ; mais que cherchait-il au juste ? La Bleue-en-Noir, qui avait l'habitude d'user de son regard pour imposer son tempo à chaque interaction, se trouvait mal à l'aise devant le constat de sa présente impuissance. Fort heureusement, Ludwig avait le bon sens de lui accorder un peu de répit à chaque fois que Narcisse lui donnait la réplique. Le Serpentard n'avait d'ailleurs visiblement pas tout à fait saisi le trait d'esprit esquissé par son camarade, au vu de sa réponse un peu hasardeuse. Mais ces paroles, qui auraient hérissé le poil d'Elsie en d'autres circonstances, ne lui faisaient rien actuellement, ou plutôt, elles l'amusaient. La légèreté de cet amusement avait le tintement d'une éclaircie dans l'antre obscure de son cœur.
« Je crois que je n'ai presque jamais écouté la radio, pour tout te dire. Mais j'écouterai ça un jour, si le projet se concrétise. »
C'était vrai : Elsie n'avait jamais allumé une radio de toute sa vie. Il n'y en avait pas chez elle, dans la maison familiale de Loutry, et elle ne vivait pas cela comme un manque. Les jingles évoqués avec enthousiasme par Ludwig l'auraient sans doute rapidement lassée, avec leur fausse étincelle, les ornements désuets d'une façade abîmée, fissurée, devant laquelle on passe chaque matin sur le chemin qui nous mène à l'école. On finit par ne plus les entendre, ces jingles, ils finiraient par ne plus avoir le goût de leur naissance. Ce qui faisait la valeur des sons, des odeurs ou des images, n'était-ce pas leur singularité, le fait qu'ils ne reviendraient jamais sous la même forme ? Mais elle allait trop loin sans doute, puisque ce dessein demeurait somme toute très hypothétique.
Elsie commençait cependant à ressentir une crainte, la perspective d'un péril : le besoin constant d'approbation que semblait manifester *Lud'*, s'il était amusant à première vue, pesait sur elle comme un amas de nuages. Jamais on ne s'était adressé à elle d'une manière aussi directe depuis qu'elle était au château. Elle ne savait pas vraiment composer avec cette nouveauté, d'où le laconisme évident de ses phrases, loin de l'enthousiasme sans frein de ses deux camarades. Elle dénotait à côté d'eux, elle le sentait. Cette désagréable sensation d'être l'Autre.
Perdue dans ses pensées, elle mit du temps à réaliser que le garçon en question sondait dangereusement son regard. Dans les eaux noires des yeux d'Elsie, il avait posé sa barque ; mais que cherchait-il au juste ? La Bleue-en-Noir, qui avait l'habitude d'user de son regard pour imposer son tempo à chaque interaction, se trouvait mal à l'aise devant le constat de sa présente impuissance. Fort heureusement, Ludwig avait le bon sens de lui accorder un peu de répit à chaque fois que Narcisse lui donnait la réplique. Le Serpentard n'avait d'ailleurs visiblement pas tout à fait saisi le trait d'esprit esquissé par son camarade, au vu de sa réponse un peu hasardeuse. Mais ces paroles, qui auraient hérissé le poil d'Elsie en d'autres circonstances, ne lui faisaient rien actuellement, ou plutôt, elles l'amusaient. La légèreté de cet amusement avait le tintement d'une éclaircie dans l'antre obscure de son cœur.
« Je crois que je n'ai presque jamais écouté la radio, pour tout te dire. Mais j'écouterai ça un jour, si le projet se concrétise. »
C'était vrai : Elsie n'avait jamais allumé une radio de toute sa vie. Il n'y en avait pas chez elle, dans la maison familiale de Loutry, et elle ne vivait pas cela comme un manque. Les jingles évoqués avec enthousiasme par Ludwig l'auraient sans doute rapidement lassée, avec leur fausse étincelle, les ornements désuets d'une façade abîmée, fissurée, devant laquelle on passe chaque matin sur le chemin qui nous mène à l'école. On finit par ne plus les entendre, ces jingles, ils finiraient par ne plus avoir le goût de leur naissance. Ce qui faisait la valeur des sons, des odeurs ou des images, n'était-ce pas leur singularité, le fait qu'ils ne reviendraient jamais sous la même forme ? Mais elle allait trop loin sans doute, puisque ce dessein demeurait somme toute très hypothétique.
Elsie commençait cependant à ressentir une crainte, la perspective d'un péril : le besoin constant d'approbation que semblait manifester *Lud'*, s'il était amusant à première vue, pesait sur elle comme un amas de nuages. Jamais on ne s'était adressé à elle d'une manière aussi directe depuis qu'elle était au château. Elle ne savait pas vraiment composer avec cette nouveauté, d'où le laconisme évident de ses phrases, loin de l'enthousiasme sans frein de ses deux camarades. Elle dénotait à côté d'eux, elle le sentait. Cette désagréable sensation d'être l'Autre.
Plus voir qu'avoir
N'est pas Beethoven qui veut
Narcisse ne fait pas partie de ceux capables de tenir en place bien longtemps. Seule l'occupation et l'activité constante de son esprit ou de son corps lui permet de conserver son attention. L'entraînement acharné, un cours passionnant ou une révision intensive, voilà ce dont il avait besoin actuellement. Car aussi fort qu'il tentait de maintenir son intérêt pour le sujet en cours, force était de constater que la musique n'était pas son fort... Plus particulièrement à la mention d'une émission radio, qu'il réalisa soudainement être dans l'incapacité d'écouter, puisqu'il n'avait même pas son portable ici. Et puis, au final... c'était quoi, une radio ? Son père avait connu ça dans sa jeunesse, mais aujourd'hui, plus personne ne l'écoutait véritablement, on privilégiait les podcasts ou les directs en streaming.
Cependant, comme il connaissait encore mal le monde des sorciers, il ne doutait pas que ses congénères en soient encore à ce stade d'écoute. Aussi, apposant une main ferme sur l'épaule de son ami, il brandit un pouce en l'air particulièrement ragaillardi, accompagné d'un sourire pour l'encourager.
"Mais ouais !! On s'ra tes premiers fans, héhé, faudra nous t'nir au jus, mec !"
Une dernière tape dans le dos, avant de rediriger son attention sur la Serdaigle, qu'il salua.
"Bon ! Moi, faut qu'je file, j'ai d'l'entraînement à faire ! Ciao Lud, ciao m'am'zelle ! La bise !"
S'assurant de correctement les saluer tous les deux d'un grand signe de main en s'éloignant, il détala ensuite d'un sprint bien senti, impatient de rejoindre l'extérieur.
Cependant, comme il connaissait encore mal le monde des sorciers, il ne doutait pas que ses congénères en soient encore à ce stade d'écoute. Aussi, apposant une main ferme sur l'épaule de son ami, il brandit un pouce en l'air particulièrement ragaillardi, accompagné d'un sourire pour l'encourager.
"Mais ouais !! On s'ra tes premiers fans, héhé, faudra nous t'nir au jus, mec !"
Une dernière tape dans le dos, avant de rediriger son attention sur la Serdaigle, qu'il salua.
"Bon ! Moi, faut qu'je file, j'ai d'l'entraînement à faire ! Ciao Lud, ciao m'am'zelle ! La bise !"
S'assurant de correctement les saluer tous les deux d'un grand signe de main en s'éloignant, il détala ensuite d'un sprint bien senti, impatient de rejoindre l'extérieur.