C'est l'histoire d'un paillasson qui aboie
Je papillonne des yeux quand l'inconnue revient dans l'entrée ; elle se dresse devant moi de toute sa taille et d'ici elle parait vraiment très grande. Ses jambes nues sont interminables, vraiment. J'aimerais ne pas regarder, mais c'est difficile parce que c'est juste devant mes yeux. Son visage est beaucoup trop haut. Heureusement, elle me fourre un verre d'eau fraîche entre les mains et je peux désormais me concentrer sur lui, sur toute l'eau qui tangue et que j'ai du mal à garder droite. Quand je bouge un peu sur la droite, l'eau grimpe vers le rebord du verre ; même chose sur la gauche. Gauche, droite, gauche, droite. Un gloussement discret, puis j'arrête. Je mène le verre à mes lèvres, les trempe légèrement dedans avant de l'éloigner en me demandant si c'est une bonne idée de boire. Parce que je connais bien le super-pouvoir de l'eau quand on est alcoolisé. Demain, j'aurais moins mal à la tête si je bois de l'eau. En même temps, j'ai pioché dans ma bourse dernièrement pour m'acheter des potions qui ont le même effet, alors pourquoi boirais-je et prendrais-je le risque de quitter cet état de légèreté dans lequel je me trouve ?
La fille parle. Je lève les yeux pour la regarder. Alors c'est vrai que je suis dans un état pitoyable devant une fille que je ne connais pas et qui tient actuellement une baguette magique dans sa main, ceci pourrait être une motivation nécessaire pour le boire, ce verre d'eau. Sa phrase a quelque chose de menaçant, je le sais, pourtant je n'arrive pas à me sentir menacée. Tout comme je n'arrive pas vraiment à conscientiser le fait qu'elle ait sa baguette à la main. Je la vois qui pend, je me vois dans une position plus que désavantageuse, mais c'est comme si je regardais la scène de très, très loin et que je ne parvenais pas à m'y intéresser. Sans doute aurais-je dû m'en inquiéter, bouger, faire quelque chose. Mais j'en suis absolument incapable. Parce que la seule chose que j'arrive à faire, là, c'est rire.
Un éclat de rire soudain qui me fait bouger les mains et qui renverse une bonne partie de l'eau sur mes jambes. J'y fais à peine attention.
« Une petite balade ? répété-je dans un nouveau rire. C'marrant comme tu dis ça. Comme si... Comme si... T'allais m'jeter par la fenêtre. »
J'étouffe un nouveau gloussement contre ma main. Ce n'est vraiment pas drôle de m'imaginer atterrir dans une benne qui se trouverait miraculeusement sous sa fenêtre et pourtant je ris.
« Alors qu'une 'tite balade, c'est c-censé être... Être plutôt.. Plutôt un truc qu'tu f'rais avec Ao. Ça sonne comme c'genre d'trucs s'per chiants, t'sais. Une 'tite balade main dans la main. Eurk. »
Je secoue la tête avec force en fronçant soudainement les sourcils et braque mon regard dans le sien, tout là-haut. Enfin, j'essaie de le braquer mais j'y vois tellement flou que je ne sais pas si c'est sur elle que mon regard se fixe ou sur le plafond derrière. Je lève un doigt vaguement menaçant.
« J'veux pas marcher main dans la main avec toi ! » braillé-je tout à coup.
Cette idée me débecte tellement que j'en perds toute envie de rire et m'assombris. Le peu que je connais de cette fille me donne une idée d'elle très peu reluisante. Je ne l'aime pas. J'aime pas qu'Aodren l'ait choisie. Je n'aime pas l'idée qu'elle se retrouve bientôt autour de la table au Domaine Bristyle, que ses mains touchent nos couverts, que son regard se pose sur ma mère, sur mon père, sur mes frères. Je déteste cette idée.
Il n'y a vraiment aucun espoir dans son état, je crois. Je sens que Beth va l'abandonner au coin d'une rue.
La fille parle. Je lève les yeux pour la regarder. Alors c'est vrai que je suis dans un état pitoyable devant une fille que je ne connais pas et qui tient actuellement une baguette magique dans sa main, ceci pourrait être une motivation nécessaire pour le boire, ce verre d'eau. Sa phrase a quelque chose de menaçant, je le sais, pourtant je n'arrive pas à me sentir menacée. Tout comme je n'arrive pas vraiment à conscientiser le fait qu'elle ait sa baguette à la main. Je la vois qui pend, je me vois dans une position plus que désavantageuse, mais c'est comme si je regardais la scène de très, très loin et que je ne parvenais pas à m'y intéresser. Sans doute aurais-je dû m'en inquiéter, bouger, faire quelque chose. Mais j'en suis absolument incapable. Parce que la seule chose que j'arrive à faire, là, c'est rire.
Un éclat de rire soudain qui me fait bouger les mains et qui renverse une bonne partie de l'eau sur mes jambes. J'y fais à peine attention.
« Une petite balade ? répété-je dans un nouveau rire. C'marrant comme tu dis ça. Comme si... Comme si... T'allais m'jeter par la fenêtre. »
J'étouffe un nouveau gloussement contre ma main. Ce n'est vraiment pas drôle de m'imaginer atterrir dans une benne qui se trouverait miraculeusement sous sa fenêtre et pourtant je ris.
« Alors qu'une 'tite balade, c'est c-censé être... Être plutôt.. Plutôt un truc qu'tu f'rais avec Ao. Ça sonne comme c'genre d'trucs s'per chiants, t'sais. Une 'tite balade main dans la main. Eurk. »
Je secoue la tête avec force en fronçant soudainement les sourcils et braque mon regard dans le sien, tout là-haut. Enfin, j'essaie de le braquer mais j'y vois tellement flou que je ne sais pas si c'est sur elle que mon regard se fixe ou sur le plafond derrière. Je lève un doigt vaguement menaçant.
« J'veux pas marcher main dans la main avec toi ! » braillé-je tout à coup.
Cette idée me débecte tellement que j'en perds toute envie de rire et m'assombris. Le peu que je connais de cette fille me donne une idée d'elle très peu reluisante. Je ne l'aime pas. J'aime pas qu'Aodren l'ait choisie. Je n'aime pas l'idée qu'elle se retrouve bientôt autour de la table au Domaine Bristyle, que ses mains touchent nos couverts, que son regard se pose sur ma mère, sur mon père, sur mes frères. Je déteste cette idée.
Il n'y a vraiment aucun espoir dans son état, je crois. Je sens que Beth va l'abandonner au coin d'une rue.