30 nov. 2025, 17:34
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
La baguette de Narcisse n'est pas aussi naïve que lui. Et immédiatement après être entrée en contact avec les doigts d'Anastasia, elle ne manque pas de lui faire savoir tout ce qu'elle pense de ce contact non-désiré. Elle vibre doucement, en essayant de faire picoter les doigts de l'adulte, d'un air tout aussi entêté que son propriétaire, qu'elle observe impuissante se faire rouler dessus par la secrétaire d’État. "Ne me touche pas avec tes sales pattes" semble-t-elle transmettre. "Et n'essayes même pas de m'utiliser, je ne me laisserai pas faire comme ça !" fidèle jusqu'au bout, encore plus têtue et résolue que son sorcier. C'est une baguette qui n'a jamais pu fonctionner entre d'autres mains, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle comptait se laisser faire. Toute aussi inexpérimentée et farouche que le petit humain qui avait eu la chance de lui plaire.

Narcisse réagit cependant aussi rapidement que son catalyseur lorsqu'il se retrouva entre des mains étrangères. Certes, ce n'était pas la première fois que d'autres doigts pouvaient effleurer sa baguette, mais cette situation n'avait rien de normal, et il le sentait au fond de lui. Sa peau picotait en écho aux vibrations invisibles de sa baguette, et son visage se crispa un court instant, ses épaules suivirent. Réaction toute aussi discrète qu'une baguette qui manifeste son mécontentement face à l'intrusion de son intimité.

Mais il ne dit rien, et fixa un instant sa baguette en silence, le visage contrit, avant de se redresser pour se concentrer de nouveau sur le sujet. La question semblait bien évidemment innocente en apparence, mais même lui, il commençait, tout doucement, à sentir qu'il n'en était rien. Cependant, il n'en était pas encore au stade où il aurait été capable de réagir en conséquence. Non, bien évidemment que non. Pour lui, il avait simplement l'occasion d'expliquer ce qu'il s'était passé, pour remettre les choses dans leur contexte, et être certain qu'elle comprenne que son geste n'avait rien d'intentionnel ! Oui, tout irait bien... Il expira en se détendant, son sourire revenant sur ses lèvres, plein d'optimisme.

"Hrm... euh, non non du tout ! Euh, en gros, j'm'entraînais avec maman, et elle s'est blessée l'doigt. Et par réflexe, j'ai utilisé ma baguette pour lui mettre un pansement... Elle a essayé d'm'en empêcher, mais j'avais déjà lancé l'sort... J'venais de revenir de Poudlard et j'avais pas encore pensé à la ranger, désolé... Mais on habite loin d'tout j'vous rassure ! Y'a personne d'autre que ma famille qui a pu voir ça et qui sait qu'j'suis un sorcier !"

Plein d'optimisme qu'il était, encore une fois, les yeux pétillants et convaincu que ce qu'il avait, ce n'était pas si grave. Après tout, personne ne l'avait vu, et puis, au final, à quoi servait cette interdiction d'utiliser la magie avant sa majorité ? Il habitait au milieu de nulle part, et personne ne pourrait jamais le voir, surtout qu'il ne comptait pas se servir de sa baguette au milieu d'un endroit habité, là ça serait vraiment stupide pour le coup !

6 déc. 2025, 23:56
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
Quelle étrange baguette, toute sensible et désagréable ! Mais que peut-on attendre d'un catalyseur ayant choisi d'être manié par un sans-statut, si ce n'est cette bizarrerie ? Qu'un objet magique comme celui-là, aussi merveilleux dans sa construction, ait pu faire un tel choix... Il y avait peut-être un défaut à l'origine ? Anastasia repose l'objet comme si de rien n'était, et pourtant elle le fait avec un certain soulagement car le contact avec ce bout de bois ne s'est pas révélé très plaisant. En d'autres circonstances, ses sourcils se seraient froncés ; elle aurait même pu appuyer son pouce contre la baguette pour faire pression contre sa structure. Mais non, Anastasia ne fait rien, ce n'est pas son rôle. La Secrétaire d'État préfère tout bonnement s'en détacher pour revenir à Narcisse, c'est de lui dont elle doit s'occuper pour en terminer au plus vite avec cette histoire. Sa baguette... Peut-être qu'elle la gardera. Ne serait-elle pas plus jolie, posée ainsi sur son bureau ? Bah ! Mieux vaut ne pas trop se perdre dans le labyrinthe des possibles. Une chose à la fois. Et puis, il faut rester concentrée sur ce petit sorcier, noter ce qu'il dit, le consigner quelque part, rebondir dessus... Il est tôt, ce n'est que le début d'une longue journée, Anastasia ne peut pas se permettre de rêvasser ainsi. Elle renifle. Et puis, il n'y a vraiment que les êtres fragiles pour se laisser tomber aussi facilement dans des pensées qui ne mènent nulle part.

Alors, elle prend note. Son visage de marbre blanc est veiné de sévérité et de sérieux. Que Narcisse sente que ce n'est pas n'importe quoi, un « accident », une « erreur » ; qu'il prenne conscience de ses actes, du fait qu'il ne serait pas là si ce n'était rien, et que cela ne doit pas se reproduire. Sinon, cette étrange baguette qui est la sienne sera tout simplement brisée. Oui, il est peut-être temps de le lui rappeler. Chaque acte a des conséquences, même — et peut-être surtout — ceux qu'on ne maîtrise pas. Les réflexes sont comme des cocons de chenille, ils peuvent laisser derrière eux bien des effets papillon.

La sorcière jette un regard glacial sur Narcisse, donnant le ton à ses paroles. Il est l'heure pour lui de comprendre que ce n'est pas la manière dont une règle n'a pas été respectée qui compte, mais le fait même qu'elle n'ait pas été respectée.

« Vous êtes responsable de vos actes, Narcisse, que ce soient des erreurs, des réflexes, ou que sais-je. Lancer un sort demande une certaine volonté. Vous avez choisi d'enfreindre une règle, vous n'avez pas pris le temps d'y réfléchir. Vous connaissiez pourtant l'interdiction, n'est-ce pas ? Et vous aviez votre baguette avec vous. Parce que vous ne pensez pas à la ranger, parce que vous agissez avant de réfléchir aux conséquences, il faudrait vous pardonner ? »

Anastasia sourit et désigne, d'un geste de la main, la porte de son bureau.

« Et si le prochain petit sorcier comme vous me donnait la même excuse, et le suivant aussi, encore et encore ? Croyez-vous que j'effectuerais correctement mon travail si je pardonnais à tous les jeunes sorciers leurs réflexes malheureux ? Les règles doivent être respectées. Le Secret Magique n'est pas à prendre à la légère. » Sa main balaye d'un geste sûr les objections qui pourraient s'insinuer entre ses prises de paroles. La Secrétaire exige de Narcisse qu'il l'écoute jusqu'au bout, elle ne peut pas le laisser remettre en doute ses propos. « Qu'on vous ait vu ou qu'on ne vous ait pas vu, ce n'est pas ce qui compte. Ce qu'on retient, c'est la pensée même que vous ayez eu, et qui vous a accordé le droit de passer au-dessus des lois selon une estimation qui vous est propre, qui vous a dit que, dans votre situation, ce ne serait pas grave. Tout a dépendu de votre jugement, du droit que vous vous accordiez, et non des règles mises en place. Si vous ne savez pas respecter des règles aussi simples, alors oui, il y aura des conséquences. Pensez-vous que nous pourrons vous faire confiance à l'avenir si vous ne respectez pas les règles posées pour protéger la population sorcière ? »

Anastasia place ses mains sur son bureau. Son regard est glacial. Rien ne semble pouvoir l'amadouer, la rendre plus conciliante ou indulgente ; la force qui se dégage d'elle est aussi lourde que le secret qu'elle est chargée de protéger.

Et cette histoire de confiance manque de la faire sourire. Même s'il pouvait la leur donner, jamais le Conseil n'offrirait sa confiance à des sans-statuts.

« Nous ne désirons pas d'autres guerres contre les moldus, et c'est pourquoi nous devons nous montrer fermes. Or, Narcisse, vous, vous n'avez pas été sérieux sur ce point. Vous prenez cela bien trop à la légère pour votre bien et celui de votre famille. »

Comme si c'était leur bien qu'elle cherchait ! La Secrétaire d'État ne leur en souhaite même pas. Elle les méprise tellement, depuis si longtemps, c'est viscéral, ineffaçable ; Narcisse ne lui rappelle qu'avec un certain dégoût que tous ces enfants au sang impur ne peuvent pas comprendre le monde sorcier, et jamais ils n'y appartiendront vraiment, ils n'y ont pas leur place. D'ailleurs, tout chez le Poufsouffle l'agace et lui déplaît. Il lui donne envie d'être encore plus dure, encore plus froide, que la morsure de ses paroles laisse une trace dans son jeune esprit. Elle voudrait qu'il sorte de son bureau assez démoli pour ne même plus se sentir digne d'user de magie.

« Ce que vous appelez "une erreur", "un accident" ou "un réflexe" est en vérité bien plus grave. Le comprenez-vous ? »

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

8 janv. 2026, 13:38
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
Dès le départ, Narcisse était sur le point d'avoir le réflexe de s'expliquer en répondant à chaque interrogation rhétorique de son adversaire machiavélique. Brisant une à une ses défenses et le malmenant psychologiquement en l'amenant sur des terrains fourbes, le voilà totalement pris au dépourvu et son esprit bloquait, tournant en boucle. Naturellement, il était du genre à se blâmer, mais la gravité rapportée par la Secrétaire lui échappait de plein pied. Il ne s'agissait que d'un tout petit accident ! Et personne n'y avait assisté, personne n'aurait pu les observer, ils vivaient seuls et loin de tout. Rien de tout cela ne semblait compter pour elle, qui s'étendait à l'infini sur la gravité catastrophique de cet acte, présentant des angles que Narcisse n'avait même pas imaginé.

"Oh..."

Le balayage de la main acheva toute volonté de réponse, alors qu'il prenait imperceptiblement conscience du bourbier dans lequel il venait de se fourrer. Un picotement particulièrement désagréable le prit au corps et lui souffla qu'il n'aurait pas dû déposer sa baguette. Toute cette situation lui laissait un amer goût en bouche, comme si rien n'était normal, comme si tout était démesuré, et comme si sa vision des choses n'avait pas la moindre importance.

Et les contradictions évidentes, bien évidemment qu'il voulait protéger sa famille, et c'est ce qu'il avait cherché à faire en lançant ce sort ! Même lui se fit cependant la réflexion qu'il serait plus que sage de ne pas amener le sujet du passé de sa mère sur le tapis... Cela ne ferait qu'aggraver les choses, même s'il aurait pu s'en servir pour justifier qu'il comprenait l'importance, il avait peur des conséquences pour sa mère. Et plus les mots duraient, plus le regard de Narcisse... se durcissait. Il en fut bien le premier surpris. Mais quelque chose ne collait pas, une poisse brûlante lui enserrait la gorge et l'empêchait de se montrer aussi optimiste que d'habitude. C'est à ce moment qu'il prit conscience de quelque chose qui l'étonnait chez lui :

Il ne respectait que les règles qu'il comprenait et approuvait.

Or, cette fichue règle de ne pas utiliser sa magie en dehors de l'école était proprement stupide ! Voilà ! Il l'avait mis, le doigt, sur cette pensée qui le taraudait. Quelle règle injuste et ridicule, comme si les sorciers étudiants avaient pour but de mettre à mal leurs mondes. Trop de questions s'étaient enchaînées pour qu'il puisse pleinement y répondre sans s'égarer, et il réalisa qu'il en avait oublié la première moitié. Gommée par l'étalage de reproches et de sermons, qu'il n'arrivait pas à digérer. Et ne pas comprendre pourquoi l'irritait presque autant.

"Jamais j'voudrais que y'ait une autre guerre avec les sorciers m'dame !"

Se mordant la langue après avoir réalisé que ses mots avaient pris de vitesse sa tête, il soupira, résolu. Il aurait voulu comprendre ce qu'elle lui disait, et il aurait voulu pouvoir lui répondre par l'affirmative. Mais levant les mains d'un air impuissant, son regard chercha une seconde l'hésitation, avant de se clore une seconde.

"Désolé m'dame... j'avais pas du tout pensé à tout ça à c'moment-là. J'ai juste voulu soigner ma maman, j'ai pas... J'aurais jamais eu ma baguette si y'avait eu d'autres personnes ou si j'étais ailleurs que chez moi !"

Rah, foutue langue va ! Il se la mordit en rougissant, les yeux écarquillés sous sa propre émotion. Pourquoi ressentait-il autant d'animosité envers cette dame ? Il ne le comprenait pas un seul instant, et ne réalisait même pas que le responsable était son instinct, reconnaissant une menace et mesurait le plein danger. Son égo était inexistant, mais il fut soudainement heurté de plein fouet par le ton dédaigneux et les discours de la Secrétaire, sans non plus qu'il ne le réalise. Tout ce cocktail explosif, sublimé par son impulsivité idéaliste, faisait qu'il joua à merveille le rôle qu'elle espérait qu'il tienne.

Il regarda sa baguette, avant d'inspirer, et d'entrouvrir la bouche.

"..."

Ouais, plus rien ne suffisait. Les mots s'étaient engouffrés dans sa gorge, pour se bloquer aussitôt dans un embouteillage colossal, bloquant jusqu'au plus petit souffle vocal. Le voilà donc à simplement fixer d'un air solide l'adulte, incapable de faire taire les rugissement grondant au fond de ses yeux noirs. Depuis combien de temps les flammes blanches n'avaient pas dansé au fond de ces pupilles sombres ?

28 févr. 2026, 10:48
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
La sorcière comprend-elle ce que le jeune Poufsouffle ressent ? Est-elle sensible à l'incompréhension et peut-être même l'indignation qui s'élèvent comme des voiles dans ce navire voisin ? Se sait-elle être le vent qui peut donner vie aux tempêtes ? Elle n'en a cure. Qu'est-ce que la colère d'un si petit sorcier est capable de lui faire ? C'est à peine si Narcisse parvient encore à l'agacer, elle a refermé son dossier sans plus se soucier de lui, sans même attendre de réponse de sa part. À quoi bon ? Qu'est-ce qu'il pourrait dire d'intéressant ? La Secrétaire d'État préfère se réjouir, se satisfaire de sa propre réussite (car elle est persuadée de sa victoire, elle n'en a pas douté une seconde), c'est triomphante qu'elle ferme les yeux dans son bain d'orgueil, régnant sur son ego flatté. Qu'elle se plaît, inaccessible et protégée derrière son bureau, à être la juge ! Thémis au bras léger et au regard intéressé, elle prend sa revanche sur des années de lutte, car tout n'est qu'une histoire de revanche la concernant, tout n'est que partie remise. Anastasia a été avant Narcisse une jeune sorcière qu'on a cherché à contenir, à brider, à limiter, à contrôler ; elle s'est tenue sagement derrière les barrières, elle est restée à sa place, elle a serré les dents sans cesser d'aspirer à une heure de gloire et de pouvoir, et la voici venue ; désormais c'est à son tour d'étendre son ombre sur les autres, et le plaisir qu'elle prend n'est que plus grand après ce qu'elle a connu.

L'air est tout tordu entre les sorciers. Le temps passé ensemble dans cette pièce n'en a été que trop long, c'est palpable. Mais ne désirent-ils pas tous les deux l'objet posé sur le bureau de la Secrétaire d'État, cette baguette, cette magie, ce symbole de liberté ? Il est mis en jeu entre eux tandis que la balance penche et tremble, déséquilibrée par une pression injuste et volontaire.

Levant les yeux de sa feuille, Anastasia soutient le regard de Narcisse avec désinvolture. Elle se sent grande, forte et victorieuse, cela lui donne un air altier. Pourtant, un sourire compatissant et moqueur viendrait presque se faufiler jusqu'à ses lèvres. Le Poufsouffle pensait-il vraiment avoir une chance de défendre son geste ? S'il est devant elle, n'est-ce pas parce qu'il a déjà été jugé fautif ? A-t-il cru une seconde que sa voix serait écoutée ? Et maintenant que ses mots s'entassent dans sa gorge sans pouvoir sortir, se sachant inutiles, le comprend-il ?

« Vous n'avez plus rien à ajouter ? » demande-t-elle, avec un sourire aussi encourageant que moqueur.

Sa main s'est levée de sa feuille, retenue en l'air, patientant comme si tout n'était pas déjà fait.
La sentence a déjà un goût d'injustice.
Car elle, Anastasia Farrow, la Secrétaire d'État au Secret Magique, elle, c'est la loi dure, intransigeante, qui ne regarde pas au cas par cas, qui ne fait pas de concession, pas plus que de compromis, qui ne prend pas à l'individuel, à la situation ; elle se contente de constater et d'appliquer, faisant fi des particularités, ne réfléchissant pas ; elle fait régner son ordre, ses règles, sa loi, froidement et sans souplesse, abattant ses choix, imposant ses condamnations ; elle est maître dans sa demeure et elle le sait, et elle en profite, et elle prend tout, car sa loi, tout comme elle, est inflexible et conserve le dernier mot.
Elle étouffe les contestations mais ne prend pas garde à couvrir les braises.

La sorcière jette un œil à sa montre avant d'en revenir à Narcisse. L'imprudence du garçon l'amuse. Ainsi, il s'excuse, il n'aurait pas eu sa baguette en d'autres circonstances, mais dans celle-ci, si, et il n'y avait pas pensé, il ne savait pas... Que de prétextes instables ! A-t-il dit qu'il ne le referait plus ? A-t-il montré des regrets ? Non, il n'a cherché qu'à expliquer et justifier son geste, comme si celui-ci pouvait être pardonné parce qu'il pouvait être compris. Est-ce ainsi qu'il pense s'en sortir ? A-t-il seulement écouté les propos de la sorcière ? Comme il est décevant de faire face à des jeunes comme lui. Ne lui suffisait-il pas de faire profil bas ? Ou était-il condamné d'avance de par son statut ? Qui sait si la situation aurait pu être différente ?

Anastasia pousse un soupir.

« Vous savez, je préférerais vous faire confiance, mais j'ai l'impression que vous ne comprenez pas encore votre erreur, et que vous avez besoin de temps pour ce faire. » Elle fait une pause pour permettre à Narcisse d'assimiler ses paroles, et peut-être pour qu'il sente venir la cruauté de la suite. « Vous en aurez, mais je préfère que votre baguette reste avec moi durant cette période pour m'assurer qu'une autre erreur ne soit plus commise. »

La sorcière sourit au Jaune, presque compatissante.

« Ne vous inquiétez pas, ce n'est qu'une histoire de quelques semaines, et j'en prendrai soin. »

Avec ces dernières phrases, elle se lève et attrape la baguette de Narcisse pour la glisser dans le tiroir d'une commode placée derrière son bureau, la rangeant là jusqu'à ce qu'un des sorciers de son équipe vienne la chercher pour la placer avec d'autres catalyseurs retenus de manière temporaire.

C'est ainsi que son verdict tombe, simplement mais pas sans douleur.

Pardon pour le retard !

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

9 mars 2026, 14:20
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
Narcisse n'était pas le genre à dissimuler ses émotions. Non seulement il ne savait pas le faire, mais il n'en ressentait aucune envie, et avait toujours cherché à être le plus transparent possible. Sa nature profonde l'avait toujours poussé dans cette direction, l'encourageant sur cette voie d'honnêteté et de sincérité.

L'étendard était lourd à porter, aujourd'hui.

Chaque mot de son interlocutrice le poussait à vouloir dresser son drapeau, à vouloir s'interposer, à protester, contester, répondre. Mais comme il était lourd, chaque mot rajoutait tant de poids. Il n'arrivait plus à penser correctement, chaque trait de son esprit étouffé l'un après l'autre par la secrétaire d'état qui tirait à vue. Sans pleinement mesurer l'injustice profonde de sa situation, il ressentait cependant la pleine mesure de la haine. Ce sentiment lui était totalement étranger. Il ne haïssait pas, il ne détestait pas, jamais. Jamais cela ne lui était arrivé. Comment répondre à ce sentiment que l'on n'a jamais connu, jamais éprouvé, là où l'interlocutrice en est une grande manieuse ?

Encore une fois, ses lèvres entrouvertes révélaient la pleine impuissance de son incompétence. Il observa sans broncher sa baguette disparaître dans un tiroir, et son premier réflexe fut de bondir pour la récupérer, au mépris de toute bienséance. Mais rien à faire, l'étendard était lourd, il ploya sous le poids de son incompréhension. Seuls ses poings serrés témoignaient de la fureur parcourant ses veines, laissant sa traînée glacée dans son système circulatoire.

Lorsque l'étendard chute, il évente les braises, manquant de les enflammer. Narcisse cherche à le redresser, mais ne fait qu'alimenter cette glaciale chaleur. Il n'a plus un mot à dire, il sait que tout est perdu. L'adolescent ne put qu'offrir un regard de défi à l'adulte, avant de s'éclipser, sans même dire au revoir. Il ne se rappela même pas quitter le bureau, les quelques secondes de vide furent enterrées sous l'étendard écroulé. Il erra dans les couloirs en cherchant son chemin, guidé par son sens de l'orientation, qui ne lui faisait, en temps normal, jamais défaut.

Cependant, il ne se souvint pas trouver le chemin de la sortie. Et pourtant, le voilà.

L'air de la ville lui fit prendre conscience qu'il était bel et bien sorti, mais comment était-il arrivé là ? Il ne comprenait plus. Un homme l'avait croisé, et l'avait apostrophé dans le couloir... que lui avait-il dit, déjà ? Sa main toucha sa tête, cherchant à déterrer ce que l'étendard abattu dissimulait. Il avait parlé de Lavinia ? Il n'était plus sûr... Que lui avait-il dit ? Il ne se souvenait que l'âpre mépris qui filtrait au travers des mots, mais de façon étonnante, leur contenu n'avait pas d'importance. Il devait avoir le teint livide, le regard éteint, comment était-il venu ?

Ah, oui... Alyona. Farrow. Il se souvint du petit panneau sur la porte de la secrétaire d'état. Lorsqu'il revint aux côtés de son amie, il ne put rien penser à autre chose que cette constatation.

"Hé... J'crois qu'elle m'aime pas trop, ta mère..."

Un infime haussement d'épaules, un micro-sourire, teinté d'un las amusement, mais ses yeux refusaient de suivre son sourire. Il lui faudrait du temps pour pleinement réaliser ce qui venait de se passer. Pourquoi ses mains étaient vides ? Il les regardait, hébété, incapable de comprendre.

@Lavinia W. Campbell pour la mention du papa héhé

14 mars 2026, 13:02
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
N'a-t-il donc rien à ajouter, lui qui semblait venu pour prononcer des paroles inutiles ? Où sont passés ses mots, ses certitudes, son vocabulaire bancal et imprécis ? A-t-il donc perdu sa voix ? À moins qu'il ne commence à comprendre son rôle ? Rester à l'écart, calmement, ne pas protester, accepter. Il n'a aucun pouvoir, aucune importance, et même aucun statut. Le découvrir aussi passif est presque dommage, il regarde sa baguette partir et il ne fait rien, ne tente rien. Anastasia se réjouit, mais une pointe de déception la gagne. Qu'elle aurait aimé le voir se révolter, se lancer dans de longs monologues qu'elle aurait dû corriger et punir ! Enfin non, peut-être est-ce mieux ainsi, au moins il a le bon sens de ne pas lui faire perdre de temps. Peut-être comprend-il finalement, oui, peut-être a-t-il saisi son rôle dans cette affaire. Pourtant il ne s'est toujours pas excusé. Aucun mot ne sort de ses lèvres, on le croirait devenu muet. Il regarde avec ses grands yeux sombres, il regarde, il regarde, et rien ne vient. Coupé en deux dans sa volonté, rompu. La Secrétaire d'État s'installe doucement dans sa satisfaction, tels ces prédateurs qui retournent de la chasse le ventre plein. N'est-ce pas une journée qui débute bien ?

Qu'il s'en aille donc, désormais. Elle ne souhaite plus le revoir. Déjà, elle se désintéresse de lui, reprend sa place à son bureau, clos son dossier pour en ouvrir d'autres, comme s'il n'était plus là, comme s'il ne pouvait plus rien dire. Elle passe à autre chose car Narcisse n'est pas important à côté des autres cas qui la préoccupent. Il disparaît de ses pensées. Elle ne jette qu'un bref regard vers lui pour le redécouvrir après s'être assise, presque étonnée par son silence.
Il aurait pourtant pu hurler, se lever avec violence, l'insulter, se révolter, choisir la colère. Ne traîne-t-elle pas dans ses poings serrés et son regard d'acier, muette mais pas manquante ? Ne se sent-elle pas le besoin de faire entendre sa voix face à cette injustice ? Le saisissement de ces derniers instants l'aurait-il étouffée ?

C'est ainsi que le jeune Jaune quitte la pièce, et qu'Anastasia retourne à son travail. C'est à peine si elle remarque le regard que le sorcier lui porte en partant. Il l'effleure tout juste, tant elle se tient loin de Narcisse. Elle ne lui porte pas attention. Elle ne le salue même pas. Tout ce qu'elle conservera de lui, c'est une certaine satisfaction malsaine, qui va de pair avec une baguette abandonnée dans un tiroir.

*


Et sans savoir ce que Narcisse devient, sans savoir ce que ma mère lui fait subir, ne pouvant qu'imaginer, que projeter les pires images sur des minutes inconsistantes, j'attends la boule au ventre, nouée jusqu'au bout des doigts, percée des flèches de l'horloge, inquiète et croupissante, terriblement impuissante. Je ne parviens même pas à m'asseoir ou à me poser, je me tiens dans l'ombre du Consilium, glacée par son regard, écrasée par sa masse, minuscule. En levant les yeux vers lui je frissonne, et la sensation de me tenir directement face à ma mère m'envahit et me coupe le souffle ; j'ai sept ans pour toujours et elle me tourne le dos avec son visage déçu, sans un mot, sans revenir. Elle m'abandonne au désespoir.

Le temps coule ainsi, long, lent, apportant des pensées qui m'ébranlent et se tissent autour de mon corps. Entravée, j'attends, et anxieusement je respire. Je sais déjà, sans oser le formuler tout à fait, ce qui arrivera à mon ami. Je sais qu'elle lui prendra sa baguette. Pourtant, je ne veux pas y croire, je ne peux pas m'y résoudre. Merlin ! Comme mon cœur se serre à cette idée ! Comme je me sens responsable de l'avoir mené ici ! De ne pas avoir su le prévenir ! Et de me tenir là, lointaine et immobile, inutile, impuissante. Il doit se sentir si seul face à elle ! Je le sais car je la connais, cette expérience de son regard, de son visage, du ton de sa voix, et je la connais mieux encore car avec moi elle ajoutait l'amour maternel à son sourire, avant de tout arracher avec des mots perçants, pointus, qui passent comme des rafales de vent et bouchent la gorge. Ma mère m'a toujours terrifiée. Quelle relation plus terrible que celle d'une admiration enlacée de tendresse et piquée d'insatisfaction, de mépris et de déception ? Je ne parviens pas à m'arracher à elle, et la seule idée de me trouver face à ces cheveux si semblables aux miens me fait frissonner. Je fonds, perds de ma consistance, de ma volonté, et me disloque dans son ombre. Elle gagnera toujours.

Mes yeux papillotent lorsque j'aperçois Narcisse sortir de l'imposant bâtiment. Respiration retenue dans un nœud d'angoisse, j'approche de lui à grands pas. Mon cœur bat fort. J'ai tellement peur qu'il m'en veuille, qu'en levant les yeux il retrouve les traits de ma mère sur les miens, qu'il nous confonde, nous superpose, qu'il me croit capable de ce qu'elle fait, qu'il me juge coupable autant que moi, je me juge coupable. Mais c'est Narcisse, n'est-ce pas ? N'a-t-il pas dans la poitrine une bienveillance inégalable ? Alors pourquoi cette impression de fragilité, d'être au bord de la dislocation, accrochée à un souffle rauque me colle à la peau ? Le Poufsouffle paraît tellement livide et hagard ! Sa jeunesse me saute aux yeux. Aujourd'hui, c'est lui qui a besoin d'un appui. Acceptera-t-il le mien en sachant que je n'ai rien fait pour l'empêcher de trébucher ?

Sa première phrase nous met côte à côte, ma mère et moi, comme je le craignais. Semblables, identiques, mère et fille oui, du même sang, du même monde, du même nom, partageant tout jusqu'à la couleur des cheveux, au visage similaire, qu'on pourrait superposer, confondre car elles se prolongent, peut-être même jusque dans les idées, dans les choix, dans les ambitions. Anastasia et Alyona Farrow. Ne sont-elles pas pareilles ?

Mon sang se glace et se fige, d'être passée de « Alyo » à la fille de la Secrétaire d'État me couvre d'embarras. De ces deux rôles, je ne sais pas parfois lequel est véritablement le mien, lequel est celui que je dois suivre. Aujourd'hui pourtant, l'un me blesse bien davantage que l'autre.

« Narcisse, murmuré-je doucement, je suis vraiment désolée. »

Je demeure à trois pas de mon ami, égarée à mon tour, portant mon fardeau les yeux baissés, sans savoir que dire.

« Elle... Elle n'aime pas grand monde », articulé-je à voix basse, comme si je pouvais justifier son comportement.

Même moi, il m'arrive d'avoir cette sensation lorsqu'elle m'observe d'être insuffisante, insatisfaisante, décevante, parce que je ne ressemble en rien à ce qu'Anastasia aurait voulu que je sois ; je ne suis pas un garçon, je porterai difficilement mon nom, je me suis dirigée vers une profession principalement pratique et non de recherche, je tente de m'émanciper quand elle veut que je prenne la relève de son combat, je m'en vais loin d'ici, et je renonce à soutenir le Conseil. Je suis la fille unique sur laquelle on a placé tout l'avenir de la famille, et mes épaules tremblent.

Je soupire et cherche mes mots, désabusée. Ne suis-je pas responsable de ce regard sombre posé non loin de moi ? Ne m'avait-on pas demandé d'en prendre soin ?

« Elle a... Elle t'a... »

Les phrases se perdent au bout de mes lèvres. Quelle idiote je fais ! La honte est si grande ; elle ressemble à un soleil intérieur. Déborde-t-elle sur mon visage, mes joues, ma peau, mon corps ? N'ai-je pas l'air pitoyable ?

Je serre les dents, pars en quête d'un courage que je me sais posséder. Par Circé ! Il s'agit de Narcisse ! Lui face à Anastasia, et j'ai tout laissé faire ! Il est parti seul ! Je suis restée bêtement dans cette cour tandis qu'elle le pressait de question, le jugeait de sa main de fer et de son menton haut levé, reine des tourments.

« Je suis désolée de t'avoir laissé avec elle, seul, je n'aurais pas dû... J'aurais pu venir, lui parler... J'irai lui parler ! Elle... Je peux essayer de la convaincre... J'irai la voir. Mais d'abord je te raccompagne, cette ville est trop horrible, mieux vaut que tu n'y restes pas. Et je... J'irai lui parler... Je... »

Les mots s'effondrent en riant. Ma mère, ma mère, ma mère. Sa main sur mes cheveux, douce, aimante, m'enveloppant de rêves. Ses toiles envahies de nature... Sais-tu qu'elle peint, Narcisse ? Et très bien, qui plus est ! Elle s'installait dans notre véranda, face aux plantes que je ramenais de chez ma grand-mère ou que je lui offrais, et elle peignait entourée de vert tandis que je l'observais, cachée dans l'entrebâillement d'une porte. Et son rire ! Et la chaleur que son regard peut avoir ! Je me souviens surtout des baisers qu'elle déposait sur mon front, de ses doigts qui réajustaient mes vêtements pour que je sois jolie, de l'exigence qu'elle plaçait dans l'image que je devais renvoyer. À table, c'est elle qui menait les conversations, qui s'intéressait à tout le monde et qui passionnait les foules par ses récits de voyage et d'étoiles, et parfois ses yeux déviaient pour effleurer les miens avec tendresse. Ma mère... Ses grandes robes, son visage maquillé, son charisme, sa beauté, sa grandeur, ses sourires, sa main posée sur mes cheveux, ses ambitions me concernant, la croyance qu'elle avait en moi. Elle est passée par Durmstrang, c'est une femme forte, puissante, qu'on écoute et qui sait faire porter sa voix. J'envie son assurance. Ce qu'elle voulait, elle l'a eu. Elle a tout sacrifié, tout donné pour être là où elle est. J'en suis fière. Je l'admire. Ma mère qui serre mes doigts dans les siens, qui me prend dans ses bras, qui me protège du monde et cherche à m'y dessiner la plus grande des places, celle que tout le monde enviera. Ma mère, oui. La même qui peut passer du chaud au froid, de l'amour à la déception, de la fierté à la colère. Celle qui a soupiré quand je lui ai confié partir en Irlande. Celle à qui j'apporte amertume, échec et désillusion. Celle pour qui je ne suis jamais à la hauteur.
J'ai sept ans pour toujours, et elle me tourne le dos, ne me regarde pas, et s'en va.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

14 avr. 2026, 16:55
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
Mis à nu, Narcisse qui, par définition, était la plus grande éponge à émotions de tous les temps, ne put que se laisser emporter par le torrent de celles qui émanaient de son amie.

Déjà, en temps normal, il ne serait jamais resté indifférent à l'état d'Alyona. Manifester son empathie était plus qu'un réflexe chez lui, c'était une seconde nature, le dépassant et l'irriguant sans cesse, depuis qu'il est capable de réflexion. Mais en cet instant, lui qui était si vulnérable après cette épreuve, sa capacité à percevoir les émotions des autres s'en retrouvait littéralement démultipliée. Lui qui était si aveugle au discernement, n'était toujours capable que de vaguement ressentir ce qui se passait chez les autres. Et pire encore, il ne savait jamais comment y réagir autrement que par instinct.

L'adolescent n'était pas de ceux ni de celles qui réfléchissent avant d'agir, et il ne savait pas davantage quelle pouvait être la bonne à faire dans telle ou telle situation. Il agissait simplement car il le devait, c'est tout. Plus tard, lorsque l'adolescent aurait eu l'occasion de se découvrir, d'apprendre à se connaître et d'avoir exploré le monde, il saurait mieux.

Il aurait pu savoir, en discutant et en écoutant, qu'Alyona était déchirée par ses idéaux et son enfance, par ses souvenirs et par ses choix. L'attachement à son passé, doublé de son épouvantable volonté de prouver sa valeur à sa mère, qui, bien que louable et infiniment humaine, ne pouvait que la retenir prisonnière de sa propre gentillesse.

Il aurait su, par exemple, que sa gentillesse pouvait également être choisie.

Et n'importe qui, dans cette situation, aurait pu rabattra la faute sur la personne la plus vulnérable. Car c'était humain, car c'était facile, et car cela peut détourner de la douleur. Et malgré toute ces bonnes raisons, par une bribe de seconde cette pensée n'effleura l'esprit de Narcisse.

Comme déboulonné par la réaction de son amie, son cerveau emboîta les pièces et enfin, il put, pour la première fois de sa vie, choisir sa gentillesse en pleine conscience.

Face au silence contrit de son amie, il se mit à sourire. Et l'instant d'après, il s'était laissé emporter dans les bras de la jeune adulte. Avec une délicatesse infinie, mais malgré tout incapable de contrôler l'étreinte nécessaire, il expira tout son soûl lorsque le soulagement l'envahit.

"T'as pas besoin de t'excuser, y'a rien à pardonner."

Son père adorait dire qu'il était trop tard pour les excuses, car il avait déjà pardonné. Narcisse n'était que le modèle "amélioré" sur ce plan. Le pardon était une chose plus qu'aisée pour l'adolescent, mais là, il savait que les excuses de son amie était irrationnelle. Et il fut heureux de réussir à le voir.

Il rouvrit les yeux pour contempler l'espace derrière elle, profitant de l'indicible bonheur que lui procurait ce contact, mais se tenant prêt à la laisser partir si elle manifestait le moindre signe d'inconfort.

"Et t'as rien fait d'mal, j'voulais y aller seul, j'sais pas pourquoi. Et s'te plaît, t'attire pas d'ennuis à cause de moi..."

16 avr. 2026, 11:20
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
Je la vois, lointaine et merveilleuse, fière et forte, marcher lentement dans un jardin d'hiver aux troncs noués, aux espaces rigoureusement délimités et aux branches cassantes. Sa silhouette de sorcière impressionne, elle est cristallisée par mon regard, rendue inaccessible. Sa peau blanche luit, son parfum m'appelle. Je me souviens de la chaleur de ses bras, de la fierté dans ses yeux, de son amour. Puis le vent souffle comme une rafale et tout dégringole sur le versant sans être retenu. Mirage, tu disparais avec les rêves dans un cri d'enfant égarée. Maman, pourquoi est-ce que je n'arrive pas à être comme toi, à devenir comme toi ? Pourquoi le temps nous enjoint-il à nous repousser l'une l'autre quand nous devrions nous soutenir ? Je n'ai pas croisé ses yeux de métal depuis avril, et voici qu'elle est si proche de moi, dans son bureau à l'ombre des hauts étages du Consilium, et je pourrais la revoir, lui parler, lui parler de Narcisse pour le défendre, lui parler de moi, et me tenir près d'elle ? Je vacille, encore et encore, à jamais chancelante. Aller la voir ! Pourquoi le courage me déserte-t-il ? Ne suis-je donc qu'un coquillage vidé de toute perle, qu'on a laissé au bord de l'écume, à la folie des marées ? Je suis sans cesse déchirée, tiraillée entre le désir de lui faire entendre ma voix, de revendiquer mes droits et de lui exposer mes colères, et celui de me blottir dans ses bras, de chercher son soutien, sa validation, sa fierté, son rire et son sourire, d'être pour toujours la petite fille sage qu'elle félicite de son travail en l'embrassant sur le front. Pourquoi est-ce si dur de quitter l'une pour l'autre ? Pourquoi faut-il renoncer à l'une pour l'autre ?

Incapable d'assumer mon impuissance et ma responsabilité, je n'ose pas lever le regard vers Narcisse. Je préférerais qu'il n'ait pas été mêlé à cela, que ce ne soit pas lui face à moi, que ce ne soit pas lui à qui ma mère ait pris sa baguette. Merlin sait qu'elle lui est si précieuse ! Pourtant, comment lui en vouloir ? Mais comme le vent tourne et que les pensées se transforment, je découvre que pour rien au monde je n'aurais finalement souhaité qu'il manque à cet instant, car quand ses bras se referment autour de moi avec soudaineté et bienveillance, je réalise que j'avais besoin d'eux pour relever la tête et reprendre mon souffle.

Il n'y a rien à pardonner, il ne m'en veut pas, ne me confond pas avec elle, ne me déteste pas. Je n'ai rien fait de mal... Pourtant il y a tant de choses que je regrette ! Ne pas l'avoir prévenu, ne pas l'avoir accompagné, et devoir revenir avec lui sans sa baguette à Londres... Je m'en sens responsable, cela m'écrase. Mais les paroles de Narcisse m'apaisent et m'autorisent. Je ne suis pas sûre de mériter sa gentillesse, de pouvoir l'accepter pleinement, et une part de moi s'amuse avec dédain : je voulais soutenir mon ami dans cette épreuve à laquelle il ne s'attendait pas, pour laquelle il n'était pas prêt (par ma faute ?), et voilà que c'est lui qui me console et m'apaise. Pourquoi les rôles se retournent-ils ? Pourquoi est-il toujours plus sage et posé que moi dans ces situations ? Comme j'admire la grandeur qu'il peut avoir !

Un sourire évident revient se frayer un chemin sur mes lèvres. Il y a des sorciers inaccessibles, à l'abri dans leur haute tour, qui ne pensent qu'à eux, à leurs intérêts, ont le cœur froid et aride à force de l'avoir enfermé dans ces murs de pierres ternes, et ne connaissent même plus l'indulgence, et il y en a qui ont la bravoure pour bannière et les autres pour devise. Comme je me sens retrouver de la force et de l'assurance, soutenue et rassurée par mon ami.

« Merci, murmuré-je doucement et sincèrement, touchée par le geste venu si naturellement. C'est souvent toi qui me réconfortes alors que je voulais te réconforter. »

Mon sourire s'enroule dans une lune de malice.

Je respire lentement, étirant ces secondes apaisées et silencieuses comme un fil de laine. J'en oublie tout à fait ma mère, elle pourrait se tenir à côté et me parler que je ne la regarderais même pas. La jeune femme que je suis reprend ainsi de la force sur la jeune enfant impressionnée assise dans ma poitrine. Une certitude revient, que je ne prononce pas mais que je noue autour de mon poignet comme un devoir à accomplir : j'irai parler à Anastasia. Elle n'a pas le droit de me faire toujours peur, d'appuyer jusqu'à me faire mal pour que je sois à son image, de me tenir dans sa main comme un pantin. N'est-ce pas à son tour d'être parcourue d'un frisson, ébranlée par une pensée, de découvrir son impuissance ? Je suis libre, je ne dépendrai pas d'elle.
Ma fragilité se métamorphose, je reviens plus solide, plus assurée, plus ferme dans mes résolutions.

Je serre Narcisse contre moi, reconnaissante, puis, comme un dernier merci plus spontané et franc que le précédent, je tourne la tête pour déposer un bisou rapide sur sa tempe avant de prendre un peu de recul pour me redresser et me poser.

« Si tu as besoin d'une baguette, pour n'importe quelle raison, à n'importe quel moment, envoie-moi un hibou et je viendrai. »

Ma bouche s'ouvre et se referme aussitôt. J'allais articuler une nouvelle excuse, désolée, mais la raison me retient de justesse, me rappelant à la phrase de mon ami. « Y'a rien à pardonner » ... C'est tellement simple, et tellement sécurisant. Je prends une grande inspiration, redevenue stable et sûre, et tends la main vers Narcisse.

« Ça va ? Tu te sens prêt à retourner à Londres ? »

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

20 mai 2026, 20:07
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 

D'infimes tremblements s'agitent sous l'esprit de l'adolescent contrit et prostré. Incapables de s'échapper par l'issue qu'ils souhaiteraient atteindre, les voilà obligés de se rabattre sur la peau de Narcisse. Un grand froid l'enveloppe un instant de son manteau troué, et il craint que la présence de son amie ne suffise plus à le calmer. Le vide qu'il ressent à son poignet, son étui désormais vide, béant, lacunaire. Quelque chose lui manque, jamais il ne s'était encore séparé de son catalyseur, et certainement pas de cette façon. Il se l'était fait arracher, voler, injustement spolié, par une grande dame qu'il ne saurait jamais affronter sur le plan des idées, tant elle s'acharnait à le dépasser.

Un court rire lui échappe lorsqu'elle ponctue sa réponse d'un silence, dans un murmure de velours. Il ne sait quoi répondre. Il sait simplement que désormais, il peut tirer son propre réconfort dans le fait d'être absolument certain que son amie ne suivrait jamais le même chemin que sa mère. En comparaison de la perte temporaire d'une baguette, comment pourrait-il comparer sa peine à la sienne ? À celle qui, toute sa vie, a dû idéaliser une personne pour au final tant s'opposer à elle aujourd'hui ? Sa main frotte doucement le dos d'Alyona, avec cette impression de n'être qu'un vilain imposteur.

En réponse à elle, lorsqu'elle le serre, il l'étreint également, en inspirant profondément, humant son parfum floral qui l'apaise et le détend. Il n'a pas encore eu le temps de réfléchir à sa réponse, mais il peut au moins...

"Eh ?"

Tout son visage s'enflamme brusquement, tel un phare dans la nuit, qui balaye les nuages les plus impénétrables et franchit les vagues les plus hautes. Ses yeux écarquillés se redresse en même temps que son corps se dresse pour regarder, incrédule, son amie. Les mots qu'elle prononce se perdent dans les battements de cœur qui tonnent dans sa poitrine, tandis qu'il vient déposer, frémissant, le bout de ses doigts sur l'endroit où elle vient d'apposer ses lèvres.

Soudainement, le monde retrouva de ses couleurs, presque autant que son visage qui semblait caraméliser en silence. Il demeure ainsi, trop longtemps pour le dire, sans un mot, à réaliser l'émotion provoquée par ce contact. C'est là qu'il y pense : mis à part sa famille, personne ne l'a jamais embrassé, et même lui perçoit bien qu'une indicible différence existe entre les leurs et celui d'Alyona.

"Hein ?"

Mais retour à la réalité, dans un brusque atterrissage, il est temps de cligner des yeux, et répondre enfin par autre chose qu'une expression béate. Il baisse les yeux, voit la main d'Alyona, et devine enfin.

"Oh, euh... oui, quand tu veux !"

En saisissant la main de son amie, il se surprend à de nouveau battre tambour dans sa cage thoracique. Droit comme un I, il fixe devant lui, oubliant totalement les explications qu'il allait devoir donner à sa mère...

11 juin 2026, 19:27
 SECRET MAG.  Une bonne correction  Alyona Farrow 
Revenir avec chacun son vide, en se sentant le cœur plus lourd qu'au départ. Comme Godric's Hollow porte bien son nom ! Peut-être aurais-je dû tout faire pour que Narcisse n'y vienne pas, peut-être aurais-je dû parler à ma mère avant pour empêcher cela ; mais c'est trop tard, et je n'ai rien fait. Oh Merlin, dans cette grande capitale que je ne supporte plus, j'espère ne pas revenir de sitôt ! Je prendrai mes affaires après mes examens, et je m'en irai définitivement en Irlande. Cette ville n'a jamais été la mienne, contrairement à ce que j'ai pu croire, il y pleut pour moi bien plus qu'en Écosse, et le gris qui la caractérise m'est devenu insupportable. Peu importe le prix, j'en partirai. Je ferai ce qu'il faut pour ne plus y revenir, et je commencerai ma vie ailleurs.
Tout ira mieux lorsque nous nous en serons allés. L'air sera de nouveau respirable, et le temps reprendra sa course pour nous sauver de l'avenir.

Mais d'abord, l'embarras me fleurit dans les doigts. Le visage de mon ami, aussi rouge qu'un coquelicot, contraste avec l'environnement dans lequel il se tient. Est-ce de ma faute ? Ai-je prononcé des mots qui l'ont ébranlé ou agi de manière incorrecte, sans retenue ? N'aurais-je pas dû réfléchir davantage ? Narcisse est déjà éprouvé par l'éloignement avec sa baguette, et je n'ai fait qu'ajouter des secousses à celles qui le touchaient déjà. Comme il paraît troublé dans son silence ! Le regret me presse, transformant mon sourire en une ligne mince, sérieuse et préoccupée. A-t-il trouvé mon contact incommode ? Ou mes propos étaient-ils malvenus, trop bruts, ou trop sincères ? Je n'agirai plus ainsi, sans réfléchir, surtout dans ce type de situation. Narcisse est jeune et sensible, il lui faut un espace stable, où il se sait soutenu et à l'aise. Plus vite le jeune sorcier aura retrouvé la compagnie de sa famille, plus vite cela s'arrangera. Cette ville n'est pas pour lui. Et moi... Moi, je resterai à ma place, je ferai profil bas ; je joue un rôle dans cette histoire, un rôle dont j'ai honte, et je ne veux pas aggraver davantage la situation. Sa famille pourra-t-elle m'excuser ?

J'hésite un instant à reformuler ma demande avec patience, doutant face à l'air sonné de mon ami. Est-il véritablement prêt à transplaner ? Dans son état ? Après ce qu'il a vécu dans le Consilium ? Il l'assure, et j'ai tendance à lui faire confiance. De toute manière, il nous faut revenir à Londres. Mais que diront ses parents et sa marraine ? S'inquiètent-ils toujours ? S'inquiéteront-ils davantage ? Je leur avais promis de prendre soin de lui... N'ai-je pas failli à ma promesse ?

Une grande inspiration me rentre dans les poumons, gonflée de courage. La main de Narcisse dans la mienne, je hoche symboliquement la tête à son égard et me prépare à transplaner.
Une fraction de seconde s'ensuit, puis les éclats gris et ternes de Godric's Hollow se font avaler par la magie. Cela aurait pu être un soulagement si le tranplanage ne m'avait pas paru aussi désagréable que fatigant. Je retrouve Londres le ventre noué et douloureux, sans toutefois savoir si cela vient des effets du transport magique ou de l'anxiété liée aux retrouvailles avec la famille de mon ami. Que diront-ils de le voir sans baguette ? Reposeront-ils la faute sur moi ? Savent-ils que le catalyseur du jeune sorcier est entre les mains de ma mère ? Percevront-ils la perte que cela représente pour lui ? Comprendront-ils sa douleur ? Cela me rappelle l'année 2046, et les baguettes confisquées par le Conseil pendant les vacances hors de Poudlard. Merlin, comme c'était dur ! J'aurais préféré que Narcisse ne connaisse pas cela.


Désolée pour ce post plein de blabla et pas très passionnant, oups.



f i n

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