Des points de percussions
Le lundi 3 aout 2048 vers 00h40 au cimetière, puis vers 1h30
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Il faisait nuit, tout le monde dormait chez les Hughes, à l'exception d'une brunette qui suivait son cousin qui lui indiquait quand descendre les marches et quand s'arrêter d'un signe de main, en portant les sac de sa batterie sur le dos pour se rendre sur la tombe de leur grand-père. Evidemment, Rusty n'avait pas accepté la demande si facilement. Aussi tête brulé qu'il se pensait être, il dû mentalement abdiquer pour donner la couronne à sa cousine car il avait compris une chose qui les différenciait fondamentalement: lui avait conscience des limites et normes et s'en jouait volontairement. Mais Nélya? Il avait la confirmation que les folies qui se passaient sous son crâne étaient sûrement dû au fait qu'elle n'avait même pas conscience de ces limites et règles. Alors bien sûr qu'il avait tenté de la dissuader, de la raisonner: on ne va pas dans un cimetière en pleine nuit pour jouer de la batterie! Mais ce n'était écrit nul part. Et la fermeture du cimetière à 19h? La galloise s'était servie des propres paroles de l'adolescent en lui rappelant que les règles pouvait être brisées pour le bien de certaines choses. Si avant Nélya n'avait su pleinement comprendre ces mêmes mots, à présent, elle parvenait à leur trouver un sens. Et voilà. Comme ça, encore en pyjama, baskets aux pieds et gros manteau appartenant à Rusty sur le dos en plus de la batterie portable de Nélya, que Rusty récupéra rapidement. Avec la dizaine de kilogrammes de l'instrument, même compacte, la quinzaine de minutes de trajet jusqu'au cimetière risquait de s'alourdir. Les deux adolescent pressaient le pas, cachés dans le secret d'une nuit qui semblait complice de leur plan, accélérant leur trajet éclairé autant pas les lampadaires que rayons de lune. Étonnamment, des quelques personnes croisées dont ils ne purent se cacher, personne ne prit la peine de les arrêter pour savoir ce que pouvaient bien foutre deux gamins -enfin ado, n'allons pas fâcher Rusty- dans les rues à cette heure-ci. Et en toute honnêteté, le cousin de Nélya n'était pas tout à fait certain de trouver ça réellement cool, une pensée qui le fit frissonner par sa ressemblance aux remarques trop sages, trop logiques de son frère. Ils étaient parvenu à rallier l'entrée du cimetière plus vite que prévu, à passer par dessus le muret de pierres encadrant le portail sans cogner ou faire tomber la housse de sa batterie compacte et enfin, plus qu'à marcher droit. Parfaitement droit jusqu'à la parcelle de verdure fragmenté par les pierres stellaires du cimetière. Si le chemin de la maison jusqu'au portail avait été plus propice à quelques échanges, à présent, même Nélya était presque calme, laissant soin au crissement des galets sous leur semelle de ponctuer leur avancée. Et voilà, ils y étaient. Nélya resta droite, les bras ballant et le regard perdu sur la tombe, la photo, les fleurs encore fraiches qu'elle discernait grâce à la lumière de la lune qui donnait une atmosphère différente par rapport à leur visite plus tôt. Mais elle n'aurait su mettre le mot juste dessus... Derrière elle, Rusty qui s'était afféré à posé la batterie et ouvrir la housse avait rejoint sa cousine en reniflant, non pas qu'il se sentait étranglé par l'émotion, mais qu'il trouvait l'endroit particulièrement froid... « Tu crois qu'il a eu peur? » Pour une fois, Nélya ne ressentie pas le besoin de porter son regard sur son interlocuteur. Et pour une fois, Rusty était étrangement silencieux, le regard également porté sur ce qu'il ne pouvait entièrement se résoudre à considéré comme ce qu'il restait de l'homme après lequel il avait été nommé. « Mourir, ça fait mal tu crois? » Oui. Même nom, mais personnes diamétralement différentes. L'évidence en était presque douloureuse. Alors même qu'il n'avait jamais été comparé à son grand-père, il se sentait un étrange devoir de mémoire creuser sa poitrine et assécher sa gorge. Un devoir qui pouvait, non devait commencer ici, avec Nélya. La petite cousine victime de toutes -ou presque- ses conneries d'enfance, quand son grand-père n'avait toujours été que douceur et compréhension patiente avec elle... Alors il inspira profondément, mains dans les poches et nez caché dans son manteau en observant tantôt sa cousine tantôt la pierre grisâtre par laquelle il se sentait désagréablement observé en retour. « Hé Nélya... _ la brunette tourna la tête vers lui, la mine troublé par l'étrange ambiance de cette visite nocturne. _ Hum, j'voulais t'dire... J'suis désolé. » Mais évidemment, elle ne comprit pas. Le propos était trop large, sans contexte évident à ses yeux qui se plissèrent. Léger soupire hésitant de la part de Rusty qui chercha dans cette stalle, pourtant froide et oppressante, les conseils de leur grand-père, son soutient pour poursuivre. « Ouais, t'sais... Pour quand on était p'tits. » Le regard des deux adolescents se rencontrèrent l'espace d'un instant où même la nuit sembla retenir son souffle, protégé par le tendre souvenir de leur grand-père. « J'étais un connard avec toi. Et, je suis désolé. Pour tout. » Il n'y avait pas de mot à ajouter, de promesse à tenir, leur simple présence à cette heure impossible était déjà tout ce qui avait besoin d'être dit. Mais pas fait. Il manquait à ça l'essentiel pour Nélya qui lui ouvrit ses bras, une marque d'affection à laquelle rechignait habituellement le blond, mais qui cette fois, étreint sa cousine avec plus de force qu'il n'avait jamais serré personne. [...] Sur une chaise de la cuisine, la mine sombre -et non pas uniquement à cause de la pénombre de la pièce- Stephen les attendait. La vision inattendue, après ce retour plus long comme le retour d'un autre monde, vint troubler l'état de silence intérieur et presque paisible. Rusty étouffa de justesse un juron en ouvrant la porte et Nélya, juste derrière lui, sursauta au point d'avoir l'impression que ses organes avaient changé de place... Le jeune blond attablait comme le gardien des lieux les sonda de la tête aux pieds avec un air grave et froid. « Bande d'abrutis. » Souffla-t-il dans un froncement de sourcils en se levant de sa chaise. « Putain mais qu'est-ce tu fous là?! » Gronda Rusty dans un demi murmure pressé en tirant Nélya à l'intérieur. La brunette fit quelques pas à l'intérieur avant de s'arrêter en papillonnant des yeux face à Stephen. Sa bouche s'ouvrit en croisant son regard -évidemment sans avoir prévu une seconde à l'avance ce qui en sortirait- mais Stephen brisa le contact visuel en lui passant à côté, lui soufflant simplement de vite rejoindre Sue pendant qu'il marchait droit vers son frère derrière elle. Nélya se retourna pour les observer se disputer dans un faux murmure grondant, plutôt tenté de rester là. Après tout, c'était elle qui avait fait sortir Rusty. « Stephen c'est- » « Nélya. » Son prénom résonna froidement dans la bouche de Stephen, avec la gravité d'une punition qui lui raidit les membres et fit aussitôt réagir Rusty par la défensive, soufflant à Nélya qu'il "gérait". Honnêtement, elle ne chercha pas plus, récupéra sa batterie et remonta les marches rapidement -du moins autant qu'elle le pouvait avec son paquetage- jusqu'à la chambre de Sue. « Oh mon dieu Nélya! » Assise sur son lit et la lumière allumée, la blonde laissa tomber son portable sur son matelas pour s'empresser de prendre sa jeune cousine dans ses bras malgré ce qu'elle portait encore. « ça va? Tu vas bien? Non mais putain ce con, je vais l'éclater! » La frimousse de Nélya se tourna vers Sue aussitôt, même elle comprenait qu'elle parlait de Rusty. De toute manière, c'était assez simple à comprendre: dès que l'adolescente était de mauvaise humeur, ou proféré insulte ou menace, la réponse ou raison tenait au simple nom de Rusty. « Non mais il a rien fait! Vraiment Sue! » La blonde recula d'un pas en soupirant, avec cette mine inquiète qui ne croyait pas un mot raconté malgré les yeux ronds de stupeur de Nélya. Mais... La brunette avait cette transparence incontrôlable sur son expression, laquelle fit douter Sue. « Il a rien fait? » Répéta-t-elle d'un ton sceptique face à l'acquiescement pressé de Nélya. « Mhh... Alors qu'est-ce que vous foutiez dehors sérieux? Stephen vous avez entendu sortir, mais quand il a vu que vous étiez ni dans l'jardin, ni devant la maison, il est v'nu m'réveiller.» Une soudaine frustration lui serra la mâchoire alors qu'elle serra les poings en se laissant tomber sur son lit, rapidement rejoint par Nélya. «En plus ce con a oublié son téléphone ici, je pouvais même pas vous appeler! » Pesta-t-elle en plus avant d'aviser Nélya d'un œil inquiet, laquelle prit un air coupable que Sue ne lui connaissait pas jusque là. « Désolée..._ commença-t-elle le regard perdu sur le bout de ses basket. _C'est moi qu'ai d'mandé à Rusty d'm'accompagner. J'voulais t'demender, mais tu t'réveillée pas et lui il était encore debout.» « Attends... C'est toi qui l'a fait sortir? Pas lui? » La brunette secoua la tête en relevant les yeux sur Sue. « Oui... Je voulais montrer à Pepe-_ Elle se pinça les lèvres en avalant sa salive _Lui montrer qu'il avait bien choisi. Et, et que je suis vraiment contente... Et il m'a jamais entendu joué non plus...» Le silence qui suivit n'était pas lourd comme face à Madame Violet, pas... Innommable comme devant la pierre de leur grand-père éclairé par la lune, il est presque chaleureux. Doux. Autant que le regard que Sue portait sur elle au final. Aucun mot ne fut ajouté, remplacé par une étreinte douce, presque timide comme si Sue craignait de la blesser en la serrant trop fort, et Nélya ne pu s'empêcher de remarquer la différence entre les câlins prodigués par Sue et Rusty, qui collait parfaitement à leur personnalité. « Ah Stephen. » La tête de Nélya pivota aussitôt vers la porte de la chambre entrouverte où se tenait son cousin taciturne au regard encore grave en les observant. « Je viens juste voir si tout va bien. » « Oui, c'est bon... _ Sue laissa son bras autour des épaules de la jeune sorcière en lui glissant un regard. _ Elle m'a expliqué c'qu'il s'est passé et ils vont bien. Donc... Pour cette fois, je laisse passer. » Le blond au teint pale se contenta d'un faible acquiescement avant de quitter le pas de la porte. Stephen était en colère. Même s'il ne disait rien. Même Nélya pouvait le voir, le comprendre. Il ne prenait pas els choses aussi bien que Sue. « J'vais voir Stephen. » Annonça Nélya en se levant, le regard encore accroché à la porte où elle revoyait la figure tendue de son cousin. « Okay, mais r'viens vite. Si j'te vois pas revenir, cette fois, j'appelle les flics. » Lança la plus grande avec un sourire blagueur aux airs fatigué par l'inquiétude qui l'avait rongé. La brunette laissa au moins sa veste dans la chambre comme le lui dit Sue, et remonta le couloir, passant devant la chambre de Rusty, pour aller toquer à celle de Stephen qui entrouvrit sa porte presque immédiatement. La brunette resta là, toisée par le regard vif de son cousin qui ne se dévoilait que par quelques pauvres centimètres. « T'es en colère, pas vrai?» Le silence lui répondit, et après une seconde de plus sans réponse, elle s'apprêta à rouvrir la bouche et peut-être bien que Stephen ne pouvait supporter le son qui sortait de la bouche de sa cousine car il la coupa seulement à ce moment. « Quelle analyse pleine de finesse, bravo. Tu veux bien me laisser maintenant? » « Heu non. Parce que, bah si t'es en colère, mais qu'tu l'gardes pour toi... ça va grossir et, et-» Le blondinet soupira en fermant les yeux avant d'ouvrir un peu plus sa porte. « Ecoute Nélya. J'ai pas besoin de ton analyse à deux balles, d'accord? Je sais comment me gérer, moi. » Le ton était accusateur, froid, et peut-être presque méprisant pour les plus sensible aux vibrations et intonation des mots et des regards. Mais Nélya n'était rien de tout ça. Son ignorance maladive était un bouclier inespéré qui avait l'avantage de désarmé par sa franchise, ou sa bêtise. « Ho, d'acc', donc tu vas m'en parler plus tard? D'main matin? 'Fin, pas vraiment d'main pa'ce que d'main c'est aujourd'hui, mais-» La main dressé devant son visage la coupa, attirant d'abord son regard avant de retourner sur la figure froncée de Stephen qui se frottait le visage dans un énième long soupir... « C'est bon arrête... » Une courte pause le temps que les orbes des deux adolescents se retrouvent. « J'vais te redire ce que j't'ai déjà dit, et cette fois, essaie de comprendre même si c'est pas ce que tu fais de mieux: C'est épuisant d'être avec des gens, encore plus des gens comme toi qui captent rien. J'ai pas la patience de t'expliquer cent fois la même chose. Qu'est-ce que ça changerait que j'te dise ce que je ressens de toute manière? Je gère à ma manière. Point barre. » Nélya resta silencieuse cette fois. Comme si elle avait besoin d'un peu de temps pour laisser chaque parole passer sa compréhension. Mais qu'elle parle ou se taise, son regard rond et tout à fait dénué d'intelligence au yeux de Stephen lui fit serrer les dents en sentant la frustration monter en lui. « Tu sais quoi? J'vais t'faire plaisir. Je vais t'parler. Mais démerde toi avec ça toute seule. Démerde toi pour comprendre que je me sens déjà comme un étranger dans ma propre famille, et encore plus quand t'es là parce que t'as plus en commun avec eux, que j'sais que Sue m'échangerait sans hésiter pour toi parce qu'elle a toujours voulu avoir une petite sœur, et que personne n'y trouverait rien à redire! Que moi, si j'suis différent, c'est à moi d'faire des efforts mais toi? Toi non, c'est aux autres de faire attention, parce que t'es trop importante. » Un frisson parcouru son dos tavelé et Nélya sentit sa gorge se serrer pour une raison qu'elle eut du mal à identifier immédiatement... Elle voulait chercher, mais aussi comprendre tous les mots, tous les regards de Stephen... Qui ressemblaient étrangement à Brent à cet instant. Pourtant, connaissait-elle des gens plus différent? Elle ne put que déglutir sous le regard... Si froid et plein de colère de son cousin qui finit par lui claquer la porte au nez, sans qu'elle n'ait pu trouver quoi que ce soit à répondre. Elle était restée là peut-être quelques secondes. Ou plus. Elle n'était pas sûre. Mais elle savait une chose pourtant: il ne valait mieux pas insister. Autant pour elle que pour lui. Elle n'avait pas envie de refaire face à son regard, de se sentir étouffé par l'accumulation d'un trop à comprendre si soudainement... Elle ne savait pas grand chose, mais elle savait qu'elle n'aimait pas ça. Elle retourna en silence à la chambre de Sue, laquelle s'était rallongée sur son lit, et lui glissa un sourire qui se mua presque immédiatement en mine inquiète face à l'expression qui tirait le visage d'ordinaire si gaie de sa cousine. « ça s'est pas bien passé? » Demanda-t-elle doucement. La brunette se contenta de secouer la tête en haussant les épaules avant que son regard n'accroche à une pile de pulls à ses pieds. Ce n'était pas le genre de Sue de traiter ses vêtements comme ça pourtant. « C'est quoi ça? 'Fin, pourquoi c'est comme ça?» Sue tourna un bref regard vers le tas. « Ah ouais, ça c'est des trucs de Rusty. Il t'les donne. Mais vu sa chambre, faut d'abord les laver, donc je les ai laissé là. » La brunette acquiesça à l'explication, le regard perdu sur les motifs et couleurs. « ... Allez, vaut mieux se coucher, il est déjà quasiment deux heures. T'as besoin d'une bonne nuit de sommeil. » |
Reducio
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Quand y'a des PBM, y'a la KAN qui s'en mêle !
18ans|#800000| Résurrectrice de la Fanfare|Participez au Coucou Rapeltout|référence physique: Meika Woollard; modifiée
Des points de percussions
Le mardi 4 aout 2048
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Le réveil avait été... D'abord compliqué, puis repoussé. Autant que possible. Les 8 heures de sommeil ne lui suffisaient apparemment pas, pas plus qu'à Rusty. Ce ne fut qu'aux alentours de 11 heure que la brunette se tira de son matelas à moitié dégonflé pour aller prendre une douche, sur direction de sa tante. Elle avait presque oublié, mais aujourd'hui, ils allaient voir madame Violet. Elle ne l'avait pas revu depuis Noël et même si ce n'était pas elle qui avait rendu la soirée le plus compliquée, la brunette n'était pas forcément bien pressée de la revoir. Un des jeans et gilet offerts pas Sue enfilés, et sa tignasse brossé soigneusement par Sue, une part de gâteau restant avalé avant de partir, ils purent aller s'entasser dans la voiture pour se rendre au domicile de la grand-mère. Elle aurait bien été incapable de juger de la longueur du trajet. Mais ce qu'elle aurait pu rapporter sans mal par contre, c'était le silence de Stephen, la manière dont il ne croisait aucun regard et comme aucun regard ne le cherchait non plus. Un accord tacite se voulant considération implicite pour ne pas troubler la distance qu'il maintenait parfois, mais qui l'emprisonnait dans une bulle à part qu'il ne parvenait plus à percer pour rejoindre sa famille. Nélya n'était pas sûre de comprendre. En elle se disputait la volonté de l'atteindre, de lui parler, de s'expliquer. Après tout, elle avait bien réussi à toucher le coeur de personnes solitaires et silencieuses également, alors pourquoi pas son propre cousin? Mais en même temps, une boule inconfortable la maintenait sur place, constituée par le noeud constant de ses émotions avec lequel elle apprenait simplement à vivre, et le souvenir des paroles de Stephen la veille. Même une fois chez Madame Violet, il était resté silencieux, ne pipant mot que pour remercier leur grand-mère du cadeau reçu de sa part avant de commencer le repas contrairement aux habitudes de la famille, une tactique toute trouvée par sa tante Sharon pour faciliter leur départ si la moindre tension venait tirer sur ses nerfs déjà à vifs. Placée entre Sue et Rusty, laissant Stephen en bout de table face à Madame Violet, la brunette ne put s'empêcher de constater en pratique que peut-être qu'il avait raison, et que même sans le vouloir, elle lui prenait sa place... La réflexion aurait pu être poussée, tournée, analysée peut-être même, à son rythme même lacunaires de compréhension, elle aurait pu, si à peine l'entrée servie, Madame Violet n'avait sifflé ses premières paroles peu charmantes... Ce n'était pas grand chose et pourtant déjà trop en même temps, une remarque sur l'apparence fatiguée et presque négligée de Sharon -passive agressive que Nélya avait appris que ça s'appelait même- à laquelle la rousse répondit sans attendre. En toute honnêteté, Nélya n'avait pas prêté une grande attention aux paroles échangées ou plutôt lancée comme des flèches et sifflaient en arrière fond dans ses oreilles. C'était le bruit normal chez Madame Violet, le son des voix blessée et en colère, des mots durs brandit en bouclier pour ne pas être le premier à montrer qu'il est touché. Et elle avait la réaction habituelle, celle de garder la tête baissée, de ne pas écouter -du moins autant que possible- en mangeant en silence, ses cheveux tombant sur ses oreilles pour remplacer les mains de sa mère qui aurait dû venir les lui couvrir. Parce que c'était familier. Familier? Familier. Pas le familier agréable et chaleureux de la famille. Mais familier de commun, habituel. Même si le changement serait plus que le bienvenu. « Et encore dans son monde celle-là c'est pas possible. » Le marmonnement aurait dû passer encore plus inaperçu à ses oreilles, mais au fond elle devait savoir que son tour était venu, que ne rien faire était suffisant pour qu'on trouve à lui redire. La brunette releva les yeux et croisa le regard sévère de sa grand-mère qui continua à marmonner dans sa barbe. « Bon sang maman mais laisse la tranquille! » « Et quoi?! Qu'est-ce que j'ai fait cette fois?! » Mais elle, elle n'était pas comme Sharon ou sa mère capable de monter au créneau. « Mam-gu* t'as pas l'impression d'abuser là? Sérieux? Parce que moi j'te l'dis: t'abuses de fou, c'est bon fous lui la paix! » « Non mais quelle insolence! Comment tu parles à ta grand-mère?! C'est comme ça que tu éduques ton fils? Pour être insolent?! » « Mam-gu* Il l'a peut-être dit crûment, mais dans le fond il a raison. » Elle n'était pas non plus comme ses cousins Sue et Rusty capable de soutenir un regard si froid et hostile qui semblait prêt à lui attribuer tous les maux du monde. Non, elle n'était qu'elle, qui baissait les yeux en attendant que l'orage passe. Alors? Est-ce qu'elle n'avait pas l'air étrangère également malgré tout? Est-ce qu'à sa manière, elle n'était pas comme Stephen malgré ce qu'il pouvait bien croire? |
* Mam-gu= grand-mère en gallois
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