7 juil. 2026, 02:12
 ♦03.51♦   ♦E.C♦  Rattrapé par la réalité
Les derniers mots d'Elijah choquèrent et brisèrent la dernière digue de patience qu'Aaron essayait de maintenir ; entendre ce gamin — l'un de ses plus brillants éléments — s'approprier l'insulte suprême que son père et sa sœur, Logan et Evalia, crachaient à longueur de journée dans les couloirs du manoir familial pour asseoir la prétendue supériorité des nés-sorciers, provoqua un véritable séisme chez Aaron. La fureur qui s'empara de lui balaya l'image de l'enseignant compréhensif pour laisser vivre l'adulte acculé par la déchéance programmée d'un adolescent en plein naufrage. Sa stature d'ordinaire si souple se fit plus prédatrice, verrouillant l'espace autour d'Elijah afin de lui interdire toute fuite possible.

Dicté par une urgence viscérale, Aaron réduisit une dernière fois l'espace qui les séparait. Ses grandes mains vinrent se plaquer avec une certaine fermeté de chaque côté du visage de l'adolescent, lui enserrant les joues et les tempes pour éviter son recul et le forcer à ancrer leurs regards ensemble. C'était rigide, sans véritable volonté de blesser, mais une autorité absolue en ressortit, étouffant les derniers échos de rébellion qu'Aaron semblait percevoir ; ses yeux noisette n'étant plus que deux roches glaciales fixées dans les prunelles colériques de son élève préféré.

Tais-toi ! Regarde-moi et tais-toi, tout de suite ! Ne répète plus jamais ce mot ignoble dans cette pièce, et encore moins pour parler de toi ! Tu es en train de t'abaisser à utiliser la rhétorique des tyrans de ce monde pour panser tes blessures... Et je refuse de te laisser donner raison à des gens comme mon père ou ma sœur. Tu... Tu crois que ton métissage culturel ou ton origine font de toi un monstre ? C'est exactement ce que les extrémistes du monde magique veulent que tu penses pour abandonner sans te battre. Je t'en prie, arrête de leur mâcher le travail !

Aaron accentua la pression de ses paumes, il refusait de relâcher l'adolescent tant que la froide réalité de ses paroles n'aurait pas traversé son déni. Toute sa frustration face à son passé dans les dérives sectaires des Bagans entrait en parfaite résonance avec cette haine d'Elijah envers sa propre nature : un face-à-face où sa propre colère envers sa famille se transformait en un rempart contre les fantasmes de destruction que le jeune Poufsouffle possédait.

Tu veux que l'on mutile l'esprit de ton père pour effacer tes premières souffrances ? Regarde jusqu'où cette haine de ta nature te mène par pur désespoir. Tu veux qu'on arrache un morceau de l'âme d'un homme, qu'on lui vole l'essence de son propre fils parce qu'il a du mal à accepter ce que tu es aujourd'hui, simplement pour que tu puisses te fuir ? Un faux passé ne te ramènera jamais l'amour que tu as perdu, il ne fera que valider ton rejet, car tu sais ce qu'il se sera passé. Et je refuse d'entrer dans ton jeu. Dans ce jeu où tu veux détruire les autres parce qu'on t'a forcé à te haïr.

Il ne relâcha nullement sa prise du visage de l'adolescent. Au contraire, Aaron vint poser son front contre celui de l'adolescent. Son souffle était court après cette explosion qui venait de consumer sa patience ; et c'est le silence qui revint s'installer dans la salle d'étude, le laissant seulement être brisé par le vent contre les carreaux.

Il lissa calmement les pommettes du jeune homme qui lui faisait face — comme sa mère le faisait avec lui dans ses propres moments d'incompréhension pour cette idéologie du sang — afin de le maintenir dans la réalité et pour absorber cette lassitude qu'il avait. Il se revoyait adolescent recevoir les enseignements de sa mère, Morgan ; et cet enseignement reprenait ses droits dans son esprit : une vision nuancée à travers sa passion des Moldus tout en restant loin des dogmes politiques et de la haine de classe qui rongeait le sang des plus grandes familles magiques.

Tu sais... ma mère a passé sa vie à me montrer que la cruauté et l'injustice n'avaient pas de camp bien défini. Le monde moldu exclut les siens avec la même violence que possède le Conseil en exilant les Nés-de-Moldus. Elle m'a dit que le refuge parfait n'existait pas, Elijah. Choisir l'un en niant l'autre, c'est accepter de vivre amputé d'une partie de ce que l'on peut être. Tu as cette chance de posséder une double culture, une richesse que la plupart des sorciers de sang ne pourront jamais comprendre... Tu ne peux la piétiner par pure amertume... Tu ne dois pas choisir ton camp, tu dois juste être assez fort pour imposer ta propre existence aux deux.

Une larme s'écoula lentement sur la barbe de l'adulte alors qu'il observait chaque mimique de l'adolescent. Il avait tellement de mal à être en colère contre lui, mais en avait aussi pour lui trouver des solutions. Toutefois, il ne souhaitait pas qu'Elijah se rejette partiellement ; il ne voulait pas le voir vivre dans la souffrance.

Il tapota de son pouce droit la pommette d'Elijah et reprit un regard plus calme tout en restant très sérieux.

Regarde-toi... Tu es là à envier une expulsion, mais tu ne remarques pas que tu te condamnes à ne jamais être complet. C'est cet orgueil qui te mure dans cette impasse, Elijah. Tu as le droit de hurler que tout est dégueulasse, injuste, fais-le. Mais ne viens pas me dire que tu n'es pas arrogant quand tu préfères ne pas admettre que tu as besoin d'apprendre à survivre dans cette réalité... Et je te le redis, ce n'est pas aux autres sorciers de te chasser, c'est à toi de montrer que tu es bien plus riche qu'eux et que tu peux plus facilement t'en sortir en naviguant dans les deux mondes qu'eux-mêmes en ne restant cloîtrés que dans le monde magique. Après tout, tu es capable de recevoir des mails en trois secondes au lieu d'un hibou en trois jours chez les sorciers, tout en étant capable de te protéger avec un sortilège du bouclier que les Moldus ne peuvent faire. Tu vois, tu es complet parce que tu sais utiliser le meilleur des deux mondes, car tu les connais...

Vav-mi-ia.
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