Certaines ombres naissent trop tôt
Sous le regard d'Alice, Christopher se sent pire qu'un épouvantail. Qu'est-ce qui est pire qu'un épouvantail ? Qu'il ne le sache pas prouve bien que quoi que ce soit, ce n'est pas quelque chose qu'il désire être. Il a une conscience trop aigüe du tissu qui le serre aux épaules et des jambes du pantalon qui retombent en masse sur ses pieds nus. Il est absolument certain, il pourrait même parier de l'argent sur cette affirmation, qu'Alice est en train de juger son accoutrement. Cela se voit à sa façon de le regarder. Christopher fait beaucoup d'effort pour ne rien montrer de son malaise mais force est de constater qu'il n'y parvient pas. C'est qu'Alice dégage quelque chose qu'il connait pour s'y être déjà frotté à Tinworth et au Pitiponk la première fois qu'ils s'y sont croisés. En temps normal, il aurait tout fait pour lui faire ravaler la colère qu'elle dirige contre lui pour qu'elle s'étouffe avec et cesse de le regarder avec ce regard-là. Mais voilà, il porte des vêtements trop petits pour lui, il n'est pas à son avantage et il a comme qui dirait un gosse enfermé dans sa chambre. Donc il ne la ramène pas trop.
Pour la seconde fois de la soirée, Alice parvient à le surprendre suffisamment pour qu'il reste figé, l'air idiot et la bouche entrouverte. Elle ne lui a pas parlé. Elle a craché des mots dans sa direction en espérant qu'ils fassent mouche. Et si l'on en croit le misérable sursaut de Christopher et l'air outré qu'il affiche juste après avoir eu l'air idiot, ils ont effectivement fait mouche. Si bien qu'il a presque envie de courir vers la cheminée pour faire ce que demande Alice. Évidemment, c'est sans compter la bouffée de colère qu'il ressent toujours quand Alice lui parle de cette façon et qui le force à rester bien en place, les pieds ancrés au sol, à deux doigts de dire une connerie qui n'arrangera rien à la situation. Qu'elle soit en colère d'avoir été dérangée, d'accord, mais qu'elle lui fasse payer alors qu'il est la première victime dans l'affaire ? Elle va vite redescendre, l'emmerdeu...
Elle bouge si vite qu'il ne peut rien faire. Bouche bée, il l'observe s'approcher de son frère et un hoquet traverse ses lèvres lorsqu'elle l'attrape par les cheveux. Il imagine bien la douleur que peut ressentir Thomas ; il grimace comme si c'était lui qu'Alice avait attrapé. Il plaque son poing fermé devant sa bouche, peut-être pour s'empêcher d'intervenir, mais son autre main, elle, se lève comme pour arrêter Alice.
« Il est pas... »
Sa voix sort comme un couinement et ne s'élève pas bien haut. Il la ravale dès qu'Alice ouvre la bouche. La violence de ses menaces fait s'écarquiller les yeux de Christopher. Bien sûr, il sait que Thomas et Alice peuvent avoir une relation conflictuelle, bien sûr qu'il le sait, mais il pensait que les crasses de ce genre, les violences vicieuses et les coups dans le dos étaient l’apanage de sa famille. Donovan pourrait agir ainsi avec lui et lui-même pourrait en faire de même, si seulement il ne fuyait pas chaque contact avec son frère. Mais voir Alice, d'ordinaire si maîtrisée (quand d'autres personnes sont avec eux, du moins), agir de cette manière avec son frère... Cela fait prendre conscience à Christopher deux choses : pour commencer, Alice ne le considère pas comme un intrus devant lequel faire semblant — en même temps, le monde ne croit-il pas qu'ils sont fiancés ? — ; et d'autre part, elle cache sous son masque une violence qui en dit très long sur elle, bien plus qu'il pensait un jour en découvrir sur elle.
Le sourire qui né sur les lèvres de Thomas désamorce rapidement la maigre inquiétude qui s'était élevée en Christopher. C'est bien lui, ça, tiens : sourire comme un con quand on est en train de le malmener. Et il a raison, il n'y a rien de mieux pour mettre hors d'elle la personne qui le malmène. Christopher en sait quelque chose, il agit exactement comme lui quand il se trouve aux prises de racheteurs un peu trop zélés et parvient à chaque fois à les rendre fou de rage, ce qui lui a permis une ou deux fois de rattraper des situations qui auraient pu être catastrophiques — comprendre par là qu'il aurait pu se retrouver avec un nez cassé, ce qui aurait tout gâché de sa beauté.
Il ne manquait plus que Thomas ouvre sa très grande bouche. Et quand il le fait, Christopher expulse un rire par le nez. Impossible de le retenir, il a toujours été très sensible à la répartie du jeune homme et c'est très certainement pour cela qu'il est son meilleur ami. Il plante aussitôt ses dents dans ses lèvres pour cacher son éclat mais ne peut s'empêcher de regarder Alice avec curiosité. Sa façon de toucher ses lunettes confirme ce qu'il pensait : elle n'avait vraiment pas conscience de les porter encore, ce n'est donc pas un choix délibéré de les garder et certainement que, la connaissant, elle doit se sentir glacée de l'intérieur de savoir qu'elle les porte encore. Christopher trouve cela particulièrement drôle mais il a assez d'instinct de survie pour ne pas lui rire au nez.
Encore moins quand elle tourne vers lui un regard-tempête qui le fait grimacer parce qu'il cache dans le gris de ses pupilles une violence dont il a désormais conscience. Christopher n'a pas peur d'Alice. Non. Il a peur de ce qu'il ne peut pas prévoir d'elle. Par exemple, il n'avait pas prévu qu'elle désigne d'un geste impérieux la cheminée. Christopher regarde son bras puis son visage. Un sourcil s'arque sur son front. Attend-elle de lui qu'il réagisse sans attendre ? Il sait que Clinton ne peut pas attendre plus longtemps, il le sait. Mais se voir ordonner si sèchement et sans le moindre mot d'agir, ça remue quelque chose de désagréable en lui, ça touche une corde sensible qui le pousse depuis tout petit à entrer en conflit contre le moindre petit ordre. C'est plus fort de lui. Il a bien une petite voix qui lui murmure de laisser tomber, d'entrer dans cette foutue cheminée pour régler la sale affaire qui lui est tombée dessus ce soir, qui lui dit que Clinton a besoin de lui, d'eux... Mais c'est plus fort de lui. Et puis il est habitué à contredire aussi cette petite voix.
Alors Christopher penche la tête et un petit sourire étire le coin droit de sa bouche.
« J'imagine que vous êtes... »
Il agite vaguement la main vers elle et en même temps qu'il parle, il se déplace sur le côté pour faire le tour de la pièce.
« ...prête à y aller. Je dois juste... »
Il fait le tour de la pièce jusqu'à se retrouver de l'autre côté de Thomas, sans lâcher une seule seconde du regard Alice en laquelle il n'a pas la moindre confiance. Lentement, sans cacher qu'il agit surtout pour l'emmerder, il pose une main sur l'épaule de Thomas et se penche pour plaquer un baiser sur sa joue osseuse.
« Merci, beau gosse, lui dit-il en plongeant dans son joli regard. Je te rends tes fringues demain. »
Il lui fait un clin d’œil avant de repartir vers la cheminée en glissant sur le chemin un regard en coin à Alice qui, il en est presque sûr, est en train de fulminer. Et bien qu'elle fulmine, il déteste qu'elle soit aussi peu reconnaissante envers son frère.
Maintenant, plus question de traîner parce qu'aussi étonnant et fou que cela soit, Christopher est toujours conscient de l'urgence de la situation. Alors il pioche une grosse poignée de poudre de cheminette et fait attention à ne pas en faire tomber quand il pénètre dans l'âtre de cheminée.
Là, il se retourne pour attraper Alice du regard. Il lève légèrement sa main remplie de poudre pour la lui montrer.
« Vous venez ? lance-t-il avec son éternel sourire sur les lèvres qui, avec Alice, se teinte toujours d'impertinence. On va pas gaspiller de la poudre pour deux trajets : on y va ensemble. »
Sur ses mots, il se déplace sur la gauche pour lui laisser de la place.
Pour la seconde fois de la soirée, Alice parvient à le surprendre suffisamment pour qu'il reste figé, l'air idiot et la bouche entrouverte. Elle ne lui a pas parlé. Elle a craché des mots dans sa direction en espérant qu'ils fassent mouche. Et si l'on en croit le misérable sursaut de Christopher et l'air outré qu'il affiche juste après avoir eu l'air idiot, ils ont effectivement fait mouche. Si bien qu'il a presque envie de courir vers la cheminée pour faire ce que demande Alice. Évidemment, c'est sans compter la bouffée de colère qu'il ressent toujours quand Alice lui parle de cette façon et qui le force à rester bien en place, les pieds ancrés au sol, à deux doigts de dire une connerie qui n'arrangera rien à la situation. Qu'elle soit en colère d'avoir été dérangée, d'accord, mais qu'elle lui fasse payer alors qu'il est la première victime dans l'affaire ? Elle va vite redescendre, l'emmerdeu...
Elle bouge si vite qu'il ne peut rien faire. Bouche bée, il l'observe s'approcher de son frère et un hoquet traverse ses lèvres lorsqu'elle l'attrape par les cheveux. Il imagine bien la douleur que peut ressentir Thomas ; il grimace comme si c'était lui qu'Alice avait attrapé. Il plaque son poing fermé devant sa bouche, peut-être pour s'empêcher d'intervenir, mais son autre main, elle, se lève comme pour arrêter Alice.
« Il est pas... »
Sa voix sort comme un couinement et ne s'élève pas bien haut. Il la ravale dès qu'Alice ouvre la bouche. La violence de ses menaces fait s'écarquiller les yeux de Christopher. Bien sûr, il sait que Thomas et Alice peuvent avoir une relation conflictuelle, bien sûr qu'il le sait, mais il pensait que les crasses de ce genre, les violences vicieuses et les coups dans le dos étaient l’apanage de sa famille. Donovan pourrait agir ainsi avec lui et lui-même pourrait en faire de même, si seulement il ne fuyait pas chaque contact avec son frère. Mais voir Alice, d'ordinaire si maîtrisée (quand d'autres personnes sont avec eux, du moins), agir de cette manière avec son frère... Cela fait prendre conscience à Christopher deux choses : pour commencer, Alice ne le considère pas comme un intrus devant lequel faire semblant — en même temps, le monde ne croit-il pas qu'ils sont fiancés ? — ; et d'autre part, elle cache sous son masque une violence qui en dit très long sur elle, bien plus qu'il pensait un jour en découvrir sur elle.
Le sourire qui né sur les lèvres de Thomas désamorce rapidement la maigre inquiétude qui s'était élevée en Christopher. C'est bien lui, ça, tiens : sourire comme un con quand on est en train de le malmener. Et il a raison, il n'y a rien de mieux pour mettre hors d'elle la personne qui le malmène. Christopher en sait quelque chose, il agit exactement comme lui quand il se trouve aux prises de racheteurs un peu trop zélés et parvient à chaque fois à les rendre fou de rage, ce qui lui a permis une ou deux fois de rattraper des situations qui auraient pu être catastrophiques — comprendre par là qu'il aurait pu se retrouver avec un nez cassé, ce qui aurait tout gâché de sa beauté.
Il ne manquait plus que Thomas ouvre sa très grande bouche. Et quand il le fait, Christopher expulse un rire par le nez. Impossible de le retenir, il a toujours été très sensible à la répartie du jeune homme et c'est très certainement pour cela qu'il est son meilleur ami. Il plante aussitôt ses dents dans ses lèvres pour cacher son éclat mais ne peut s'empêcher de regarder Alice avec curiosité. Sa façon de toucher ses lunettes confirme ce qu'il pensait : elle n'avait vraiment pas conscience de les porter encore, ce n'est donc pas un choix délibéré de les garder et certainement que, la connaissant, elle doit se sentir glacée de l'intérieur de savoir qu'elle les porte encore. Christopher trouve cela particulièrement drôle mais il a assez d'instinct de survie pour ne pas lui rire au nez.
Encore moins quand elle tourne vers lui un regard-tempête qui le fait grimacer parce qu'il cache dans le gris de ses pupilles une violence dont il a désormais conscience. Christopher n'a pas peur d'Alice. Non. Il a peur de ce qu'il ne peut pas prévoir d'elle. Par exemple, il n'avait pas prévu qu'elle désigne d'un geste impérieux la cheminée. Christopher regarde son bras puis son visage. Un sourcil s'arque sur son front. Attend-elle de lui qu'il réagisse sans attendre ? Il sait que Clinton ne peut pas attendre plus longtemps, il le sait. Mais se voir ordonner si sèchement et sans le moindre mot d'agir, ça remue quelque chose de désagréable en lui, ça touche une corde sensible qui le pousse depuis tout petit à entrer en conflit contre le moindre petit ordre. C'est plus fort de lui. Il a bien une petite voix qui lui murmure de laisser tomber, d'entrer dans cette foutue cheminée pour régler la sale affaire qui lui est tombée dessus ce soir, qui lui dit que Clinton a besoin de lui, d'eux... Mais c'est plus fort de lui. Et puis il est habitué à contredire aussi cette petite voix.
Alors Christopher penche la tête et un petit sourire étire le coin droit de sa bouche.
« J'imagine que vous êtes... »
Il agite vaguement la main vers elle et en même temps qu'il parle, il se déplace sur le côté pour faire le tour de la pièce.
« ...prête à y aller. Je dois juste... »
Il fait le tour de la pièce jusqu'à se retrouver de l'autre côté de Thomas, sans lâcher une seule seconde du regard Alice en laquelle il n'a pas la moindre confiance. Lentement, sans cacher qu'il agit surtout pour l'emmerder, il pose une main sur l'épaule de Thomas et se penche pour plaquer un baiser sur sa joue osseuse.
« Merci, beau gosse, lui dit-il en plongeant dans son joli regard. Je te rends tes fringues demain. »
Il lui fait un clin d’œil avant de repartir vers la cheminée en glissant sur le chemin un regard en coin à Alice qui, il en est presque sûr, est en train de fulminer. Et bien qu'elle fulmine, il déteste qu'elle soit aussi peu reconnaissante envers son frère.
Maintenant, plus question de traîner parce qu'aussi étonnant et fou que cela soit, Christopher est toujours conscient de l'urgence de la situation. Alors il pioche une grosse poignée de poudre de cheminette et fait attention à ne pas en faire tomber quand il pénètre dans l'âtre de cheminée.
Là, il se retourne pour attraper Alice du regard. Il lève légèrement sa main remplie de poudre pour la lui montrer.
« Vous venez ? lance-t-il avec son éternel sourire sur les lèvres qui, avec Alice, se teinte toujours d'impertinence. On va pas gaspiller de la poudre pour deux trajets : on y va ensemble. »
Sur ses mots, il se déplace sur la gauche pour lui laisser de la place.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Le regard d’Alice se figea dans sa colère.
Christopher ne se pressait pas.
Christopher ne se pressait pas du tout.
Croyait-il qu’il s’agissait d’un jeu ? Qu’Alice n’avait pas cours demain ? Qu’elle n’était pas pressée d’avoir le fin mot de cette tragédie familial ? Pourquoi tout, absolument tout devait être difficile avec lui ? Pourquoi s’obstinait-il toujours à la pousser à bout ?
Mais tout simplement parce qu’il s’agissait de Christopher Hangoover, lutin de cuir et tempête de chair.
Alice suivit ses déplacements sans faire le moindre geste, son regard planté sur lui comme les serres d’un hippogriffes. Cette main qu’il osa utiliser pour la désigner vaguement, Alice brûlait d’envie de lui expédier en travers du visage.
Thomas, bien sûr, ne perdit jamais son sourire de galopin. Il tendit sa joue pour recueillir le baiser de son ami. « J’y compte bien », lui glissa t-il d’une voix chaude. Alice en avait assez de leur petit jeu.
Le regard d’Alice jamais ne quitta Christopher. Droite, fixe, seul ses yeux vif-argent le suivait alors qu’il marchait enfin vers la cheminée. Elle fulminait. Il n’y avait pas de temps à perdre en ganacherie. Un enfant -son neveu, par Circée !- attendait dans la plus insupportable des solitudes l’assistance d’une inconnue. Pourquoi semblait-elle être la seule à s’en préoccuper ? Pourquoi elle, la fameuse inconnue, portait plus d’attention à Clinton que son oncle ? Pourquoi, Grands Ancêtres ! Pourquoi Alice devait-elle toujours être la seule dans ce bas monde à garder les yeux bien ouverts sur les maux de ses contemporains ! L’un jouait au coq, drapé comme un traîne-savates tout juste recraché du ventre de la malséance ! Et l’autre ? L’autre ! Il donnait l’adresse de sa pauvre soeur sans lui demander son consentement et continuait à lire son maudit ouvrage comme si il s’agissait d’un dimanche comme un autre ! Mais soit ! Alice était le problème, n’est-ce pas ? Elle était la démone qu’il fallait punir pour son empressement et sa volonté de clore ce théâtre ! Ce qu’oubliaient ces deux idiots, c’était qu’Alice n’était pas une figurante dans leur petit jeu de grands enfants!
Alice s’avança brutalement jusqu’à Christopher. Elle se planta à sa droite et balança ses longues boucles blanches en plein dans son visage en voulant les replacer, un peu brusquement, sur la bonne épaule.
« Dépêchez vous. Vraiment. »
Christopher ne se pressait pas.
Christopher ne se pressait pas du tout.
Croyait-il qu’il s’agissait d’un jeu ? Qu’Alice n’avait pas cours demain ? Qu’elle n’était pas pressée d’avoir le fin mot de cette tragédie familial ? Pourquoi tout, absolument tout devait être difficile avec lui ? Pourquoi s’obstinait-il toujours à la pousser à bout ?
Mais tout simplement parce qu’il s’agissait de Christopher Hangoover, lutin de cuir et tempête de chair.
Alice suivit ses déplacements sans faire le moindre geste, son regard planté sur lui comme les serres d’un hippogriffes. Cette main qu’il osa utiliser pour la désigner vaguement, Alice brûlait d’envie de lui expédier en travers du visage.
Thomas, bien sûr, ne perdit jamais son sourire de galopin. Il tendit sa joue pour recueillir le baiser de son ami. « J’y compte bien », lui glissa t-il d’une voix chaude. Alice en avait assez de leur petit jeu.
Le regard d’Alice jamais ne quitta Christopher. Droite, fixe, seul ses yeux vif-argent le suivait alors qu’il marchait enfin vers la cheminée. Elle fulminait. Il n’y avait pas de temps à perdre en ganacherie. Un enfant -son neveu, par Circée !- attendait dans la plus insupportable des solitudes l’assistance d’une inconnue. Pourquoi semblait-elle être la seule à s’en préoccuper ? Pourquoi elle, la fameuse inconnue, portait plus d’attention à Clinton que son oncle ? Pourquoi, Grands Ancêtres ! Pourquoi Alice devait-elle toujours être la seule dans ce bas monde à garder les yeux bien ouverts sur les maux de ses contemporains ! L’un jouait au coq, drapé comme un traîne-savates tout juste recraché du ventre de la malséance ! Et l’autre ? L’autre ! Il donnait l’adresse de sa pauvre soeur sans lui demander son consentement et continuait à lire son maudit ouvrage comme si il s’agissait d’un dimanche comme un autre ! Mais soit ! Alice était le problème, n’est-ce pas ? Elle était la démone qu’il fallait punir pour son empressement et sa volonté de clore ce théâtre ! Ce qu’oubliaient ces deux idiots, c’était qu’Alice n’était pas une figurante dans leur petit jeu de grands enfants!
Alice s’avança brutalement jusqu’à Christopher. Elle se planta à sa droite et balança ses longues boucles blanches en plein dans son visage en voulant les replacer, un peu brusquement, sur la bonne épaule.
« Dépêchez vous. Vraiment. »
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Certaines ombres naissent trop tôt
Son regard pourrait faire grossir les flammes dans la cheminée. Bien qu'il s'amuse en nourrissant sa colère, Christopher n'apprécie pas pour autant ces vagues désagréables qu'il sent s'échapper d'elle. Alice Sangblanc a la colère froide et physique. Elle ne se voit peut-être pas forcément physiquement sur elle mais elle se ressent. Il a l'impression qu'elle court sur sa peau en même temps que le fait son regard d'argent. Il a envie de se secouer pour se débarrasser de ces sensations désagréables mais ce serait donner satisfaction à la jeune femme, alors il se contente de rester bien droit dans la cheminée et de forcer son sourire à étirer les lèvres. Il sait que cela l'insupporte. Et bien c'est donnant donnant, sale petite vipère. Votre colère, mon insolence. Vous ne me donnez pas envie d'être gentil. Pourtant, il lui est redevable. Toujours cette fichue question de Clinton qui veut « parler à Mademoiselle Sangblanc et niahniahniah ». Christopher ne peut même pas se raccrocher à l'idée que le gosse regrette cette demande idiote : il sait bien que Clinton, comme Derek, adorera la jeune femme.
Alice s'approche de son pas de conquérante. Elle aurait sûrement le même si elle devait mettre le feu au pays, s'amuse Christopher qui préfère rire de ce genre de choses que d'avoir peur des flammes qu'il devine dans son regard. Ce qu'il a vu plus tôt lui reste pourtant à l'esprit. Cette violence soudaine. Chris n'aime pas les gens violents. Il comprend que la violence puisse aider parfois et lui-même l'a déjà utilisé à diverses reprises et ne souffrirai pas de le faire encore, mais il n'aime pas la violence gratuite. Les Donovan qui frappent dès qu'ils sont en colère, que ce soit dans des murs ou autre chose, ceux qui crient facilement, qui ont la violence ancré au corps. Alice n'est pas comme cela, pas tout à fait, mais ce soir elle a montré que lorsque les mots ne lui suffisaient pas elle pouvait choisir la violence physique et ce n'est pas quelque chose que Christopher oubliera. Alors lorsqu'elle vient jusqu'à lui, il est prudent, il la surveille, sans se détacher de ce sourire qu'il sait taper sur le système de tous ceux qui ne l'apprécient pas beaucoup — Alice en particulier.
Il se colle contre le mur de la cheminée pour ne pas que leurs bras se frôlent. Mais cela est inutile puisqu'en un geste de la tête pour dégager son visage de ses cheveux, Alice lui envoie sa cascade blanche dans le visage. Fouetté par les cheveux, Christopher sursaute et a un claquement de langue agacé que n'arrange pas, mais alors pas du tout l'intervention verbale de la femme.
« Putain mais attachez-les si vous savez pas les contrôler ! » réplique-t-il vivement entre ses dents serrés.
Il lui jette un regard noir en se frottant inutilement le visage. L'odeur de ses cheveux — qu'il déteste trouver familière alors qu'il n'a jamais voulu connaître l'odeur des cheveux d'Alice Sangblanc — lui reste dans le nez. Il souffle fort par les narines en fusillant la jeune femme du regard. De toute manière, ce n'est pas comme si elle allait s'excuser, hein ? Tout à son agacement, Christopher en oublie qu'il avait prévu de garder son sourire agaçant sur le visage jusqu'à chez lui. Alice a le pouvoir de lui faire perdre ses élans insolents avec un facilité... Insolente.
Soucieux de lui couper la parole si tant est qu'elle ait l'envie de répliquer quelque chose, et ce serait bien son genre, Christopher lâche sans attendre et sans prévenir la poudre de cheminette dans l'âtre — quelle s'en morde les doigts, la vipère, car il avait l'intention de la prévenir, au début !
« 51, New Cavendish Street, » annonce-t-il d'une voix claire et forte.
Une nuée de flammes vertes les avale alors et le salon de Thomas, avec celui-ci trônant fièrement au milieu dans son trône comme un roi irrésistible, disparaît de sa vision. Les âtres des cheminées se mettent à défiler à toute allure. Christopher garde le regard fixe face à lui, habitué au voyage en cheminée. Mais connaissant le désamour d'Alice pour le transplanage, il espère que celle-ci souffrira autant du voyage en cheminée. Ce serait de bonne guerre.
Le défilé des âtres finit par se terminer. Tout à coup, son salon merveilleusement familier se dessine sous ses yeux. Le regard de Christopher se braque directement sur la porte de la chambre, située sur le mur d'en face, à gauche du canapé. Il est soulagé de voir qu'elle est toujours fermée. Morgane merci. D'un pas, il sort de l'âtre sans attendre Alice. Il se nettoie d'un coup de baguette et n'en fait pas autant pour elle. Elle se débrouillera.
Evidemment, son regard part rapidement en quête de tout ce qu'il aurait voulu qu'Alice ne voit jamais, c'est à dire à peu près tout. Devant le canapé se trouve la table basse où sont rassemblées la plupart des preuves accablantes : deux verres vides, des cadavres de bouteilles, un cendrier rempli de mégots. D'ailleurs, une odeur persistante de tabac froid règne dans l'appartement car il n'a évidemment pas eu le temps d'aérer avant que tout ça lui tombe dessus. À droite de la cheminée, contre le même mur, se trouve une large bibliothèque sur une étagère de laquelle trône son gramophone. Au pied de celui-ci, un tissu noir sur le sol. Sa chemise abandonnée plus tôt. Son pantalon doit être... Ah oui, voilà, là bah, sur le sol à gauche de la cheminée. Les autres étagères de la bibliothèques sont toutes remplies de vinyles. Christopher songe à peine au fait qu'Alice pourrait s'y intéresser : ils ne sont pas là pour cela.
À gauche en sortant de la cheminée, un large espace est occupé par un tapis. Là, un bar sépare la cuisine ouverte du salon. Christopher sait très bien que se trouve sur le plan de travail des restes de nourriture moldue, parce qu'il a fait découvrir à Sandy-ou-peut-être-bien-Jade ce genre de nourriture qu'elle ne connaissait pas. Mais normalement Alice n'ira pas dans ce coin-là de l'appartement, n'est-ce pas ? En prolongation du mur sur lequel se trouve la porte de la chambre, on peut trouver un couloir muni d'un large miroir qui donne sur la porte d'entrée.
Christopher avance jusqu'au tapis. Là, il se retourne pour jeter un regard à Alice qui découvre l'appartement. La voir elle dans son appartement qu'il apprécie tant, un lieu dans lequel il peut faire tout ce qu'il désire et que ne saura jamais apprécier une fille comme elle, lui fait bizarre. Il n'apprécie pas la voir ici. Il n'aime pas le regard qu'elle pose sur ses affaires. Il n'aime pas cela car c'est Alice mais aussi parce que ça lui donne l'impression qu'ils se rapprochent. Et au fond de lui, il se demande si cela donne raison à sa mère. Savoir qu'Alice est venu chez lui convaincrait certainement sa fichue mère qu'ils vont faire ce qu'elle désire. Mais il aurait peut-être dû se préoccuper de tout cela avant d'accepter de partir en vacances à Paris avec Alice et Thomas, non ? Paris, ce n'est pas pareil ! réfute aussitôt son esprit. Paris, c'est la possibilité de passer des vacances loin de sa famille, de passer de vraies fêtes de Noël, de voir des choses différentes, c'est tout. C'est malheureux qu'Alice soit concernée mais ce n'est pas de sa faute si c'est la sœur de son meilleur ami, n'est-ce pas ? Christopher a beau essayer de convaincre, le sentiment de malaise persiste : qu'Alice soit ici alors que menace au-dessus de leur tête cette affaire idiote de fiançailles, ça l'inquiète.
« Bon..., » dit-il à voix basse en se passant la main dans la nuque.
Il n'a pas envie de la laisser dire quoi que ce soit à propos de son appartement ou, pire, qu'elle ait le temps de cracher son venin sur lui. Il est pas sûr qu'il pourra s'empêcher de répondre, cette fois-ci. Mais là, Clinton est vraiment pas loin. Et puis le petit a besoin de lui. Ou d'elle. Oui, sûrement plus d'elle que de lui. Il pètera encore un câble s'il les entend parler.
Christopher jette un vague regard à Alice avant de s'éloigner en direction de la chambre. Il marche sur la pointe des pieds, il ne sait pas trop pourquoi. Il lève la main, poing refermé, mais s'immobilise soudainement et se retourne vers Alice.
« Il est là-dedans, murmure-t-il avec les lèvres en désignant la porte d'un doigt, comme si ce n'était pas évident que Clinton était là. Je le préviens puis vous pourrez... »
Incapable de terminer cette phrase, Christopher lance un regard impuissant à la femme et hausse les épaules.
Alice s'approche de son pas de conquérante. Elle aurait sûrement le même si elle devait mettre le feu au pays, s'amuse Christopher qui préfère rire de ce genre de choses que d'avoir peur des flammes qu'il devine dans son regard. Ce qu'il a vu plus tôt lui reste pourtant à l'esprit. Cette violence soudaine. Chris n'aime pas les gens violents. Il comprend que la violence puisse aider parfois et lui-même l'a déjà utilisé à diverses reprises et ne souffrirai pas de le faire encore, mais il n'aime pas la violence gratuite. Les Donovan qui frappent dès qu'ils sont en colère, que ce soit dans des murs ou autre chose, ceux qui crient facilement, qui ont la violence ancré au corps. Alice n'est pas comme cela, pas tout à fait, mais ce soir elle a montré que lorsque les mots ne lui suffisaient pas elle pouvait choisir la violence physique et ce n'est pas quelque chose que Christopher oubliera. Alors lorsqu'elle vient jusqu'à lui, il est prudent, il la surveille, sans se détacher de ce sourire qu'il sait taper sur le système de tous ceux qui ne l'apprécient pas beaucoup — Alice en particulier.
Il se colle contre le mur de la cheminée pour ne pas que leurs bras se frôlent. Mais cela est inutile puisqu'en un geste de la tête pour dégager son visage de ses cheveux, Alice lui envoie sa cascade blanche dans le visage. Fouetté par les cheveux, Christopher sursaute et a un claquement de langue agacé que n'arrange pas, mais alors pas du tout l'intervention verbale de la femme.
« Putain mais attachez-les si vous savez pas les contrôler ! » réplique-t-il vivement entre ses dents serrés.
Il lui jette un regard noir en se frottant inutilement le visage. L'odeur de ses cheveux — qu'il déteste trouver familière alors qu'il n'a jamais voulu connaître l'odeur des cheveux d'Alice Sangblanc — lui reste dans le nez. Il souffle fort par les narines en fusillant la jeune femme du regard. De toute manière, ce n'est pas comme si elle allait s'excuser, hein ? Tout à son agacement, Christopher en oublie qu'il avait prévu de garder son sourire agaçant sur le visage jusqu'à chez lui. Alice a le pouvoir de lui faire perdre ses élans insolents avec un facilité... Insolente.
Soucieux de lui couper la parole si tant est qu'elle ait l'envie de répliquer quelque chose, et ce serait bien son genre, Christopher lâche sans attendre et sans prévenir la poudre de cheminette dans l'âtre — quelle s'en morde les doigts, la vipère, car il avait l'intention de la prévenir, au début !
« 51, New Cavendish Street, » annonce-t-il d'une voix claire et forte.
Une nuée de flammes vertes les avale alors et le salon de Thomas, avec celui-ci trônant fièrement au milieu dans son trône comme un roi irrésistible, disparaît de sa vision. Les âtres des cheminées se mettent à défiler à toute allure. Christopher garde le regard fixe face à lui, habitué au voyage en cheminée. Mais connaissant le désamour d'Alice pour le transplanage, il espère que celle-ci souffrira autant du voyage en cheminée. Ce serait de bonne guerre.
Le défilé des âtres finit par se terminer. Tout à coup, son salon merveilleusement familier se dessine sous ses yeux. Le regard de Christopher se braque directement sur la porte de la chambre, située sur le mur d'en face, à gauche du canapé. Il est soulagé de voir qu'elle est toujours fermée. Morgane merci. D'un pas, il sort de l'âtre sans attendre Alice. Il se nettoie d'un coup de baguette et n'en fait pas autant pour elle. Elle se débrouillera.
Evidemment, son regard part rapidement en quête de tout ce qu'il aurait voulu qu'Alice ne voit jamais, c'est à dire à peu près tout. Devant le canapé se trouve la table basse où sont rassemblées la plupart des preuves accablantes : deux verres vides, des cadavres de bouteilles, un cendrier rempli de mégots. D'ailleurs, une odeur persistante de tabac froid règne dans l'appartement car il n'a évidemment pas eu le temps d'aérer avant que tout ça lui tombe dessus. À droite de la cheminée, contre le même mur, se trouve une large bibliothèque sur une étagère de laquelle trône son gramophone. Au pied de celui-ci, un tissu noir sur le sol. Sa chemise abandonnée plus tôt. Son pantalon doit être... Ah oui, voilà, là bah, sur le sol à gauche de la cheminée. Les autres étagères de la bibliothèques sont toutes remplies de vinyles. Christopher songe à peine au fait qu'Alice pourrait s'y intéresser : ils ne sont pas là pour cela.
À gauche en sortant de la cheminée, un large espace est occupé par un tapis. Là, un bar sépare la cuisine ouverte du salon. Christopher sait très bien que se trouve sur le plan de travail des restes de nourriture moldue, parce qu'il a fait découvrir à Sandy-ou-peut-être-bien-Jade ce genre de nourriture qu'elle ne connaissait pas. Mais normalement Alice n'ira pas dans ce coin-là de l'appartement, n'est-ce pas ? En prolongation du mur sur lequel se trouve la porte de la chambre, on peut trouver un couloir muni d'un large miroir qui donne sur la porte d'entrée.
Christopher avance jusqu'au tapis. Là, il se retourne pour jeter un regard à Alice qui découvre l'appartement. La voir elle dans son appartement qu'il apprécie tant, un lieu dans lequel il peut faire tout ce qu'il désire et que ne saura jamais apprécier une fille comme elle, lui fait bizarre. Il n'apprécie pas la voir ici. Il n'aime pas le regard qu'elle pose sur ses affaires. Il n'aime pas cela car c'est Alice mais aussi parce que ça lui donne l'impression qu'ils se rapprochent. Et au fond de lui, il se demande si cela donne raison à sa mère. Savoir qu'Alice est venu chez lui convaincrait certainement sa fichue mère qu'ils vont faire ce qu'elle désire. Mais il aurait peut-être dû se préoccuper de tout cela avant d'accepter de partir en vacances à Paris avec Alice et Thomas, non ? Paris, ce n'est pas pareil ! réfute aussitôt son esprit. Paris, c'est la possibilité de passer des vacances loin de sa famille, de passer de vraies fêtes de Noël, de voir des choses différentes, c'est tout. C'est malheureux qu'Alice soit concernée mais ce n'est pas de sa faute si c'est la sœur de son meilleur ami, n'est-ce pas ? Christopher a beau essayer de convaincre, le sentiment de malaise persiste : qu'Alice soit ici alors que menace au-dessus de leur tête cette affaire idiote de fiançailles, ça l'inquiète.
« Bon..., » dit-il à voix basse en se passant la main dans la nuque.
Il n'a pas envie de la laisser dire quoi que ce soit à propos de son appartement ou, pire, qu'elle ait le temps de cracher son venin sur lui. Il est pas sûr qu'il pourra s'empêcher de répondre, cette fois-ci. Mais là, Clinton est vraiment pas loin. Et puis le petit a besoin de lui. Ou d'elle. Oui, sûrement plus d'elle que de lui. Il pètera encore un câble s'il les entend parler.
Christopher jette un vague regard à Alice avant de s'éloigner en direction de la chambre. Il marche sur la pointe des pieds, il ne sait pas trop pourquoi. Il lève la main, poing refermé, mais s'immobilise soudainement et se retourne vers Alice.
« Il est là-dedans, murmure-t-il avec les lèvres en désignant la porte d'un doigt, comme si ce n'était pas évident que Clinton était là. Je le préviens puis vous pourrez... »
Incapable de terminer cette phrase, Christopher lance un regard impuissant à la femme et hausse les épaules.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Si. Bien sûr que les cheveux d’Alice étaient sacrés, comme l’était tout ce qu’elle avait pu hériter de sa glorieuse famille. Mais elle n’éprouva aucun sentiment blasphématoire en faisant goûter à Christopher le poids de son héritage capillaire.
Le menton haut, Alice ne lui accorda que son impatience non verbale. Elle avait dit ce qu’il y avait à dire : elle voulait qu’il se dépêche.
Ce qu’il finit par faire, non sans avoir accordé à son profil un vilain regard noir. Si il pensait l’impressionner ainsi drapé, il se fichait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Dés lors, Alice n’aurait de cesse de lui rappeler qu’elle l’avait vu ainsi. Cela devrait lui faire perdre ses sourires de fripon… jusqu’à ce qu’il se souvienne l’avoir elle aussi vue dans une bien vilaine posture vestimentaire.
Fichtre.
Alice ne s’était pas attendu à un départ aussi fulgurant, surtout après une telle démonstration de nonchalance assumée. Elle n’eut pas même le temps de prendre sa respiration, de se concentrer non pas sur son ventre retournée mais plutôt sur ses sens…
Et, non.
Christopher la dépouilla de toute préparation.
Le choc fut intense.
Son estomac était resté dans l’appartement de Thomas - qu’elle maudit soudain.
Sa main s’accrocha immédiatement à tout ce qui pouvait se trouver à sa porter et ne s’appelant pas Christopher. Bien sûr, il s’extirpa de la cheminée sans lui accorder la moindre attention. Il savait très bien ce qu’il venait de faire. Alice planta ses yeux noirs sur le dos mal taillé de l’anglais, et grognerait sans doute quelques vilenies si elle n’était pas occupé a garder le contrôle sur l’intégralité de son estomac malmené.
Après quelques longues secondes, Alice inspira, se redressa et quitta l’âtre. Au diable la poussière. La priorité était…
Non mais…
Alice laissa son nez prendre quelques inspirations pour renifler l’appartement dans laquelle elle venait de pénétrer. Une vilaine grimace plissa ses lèvres alors qu’une main montait pour cacher le bas de son visage. Venait-elle de pénétrer dans un cendrier géant ?
D’un regard, Alice comprit que c’était bien pire.
Il s’agissait d’une garçonnière.
Et c’était celle de Christopher.
Verres à l’abandon - dont un portant encore les traces d’une bouche maquillée.
Vêtements jetés de-ci de-là.
Bouteilles vides.
Cendrier plein à craqués de cigarettes écrasées.
Un profond dégoût envahi Alice qui n’osait plus faire le moindre pas, de peur d’écraser cafard, reste alimentaire, chaussette odorante ou n’importe quoi ! Vraiment ? Vraiment ? Alice allait-elle vraiment être appelée la “fiancée” de cet homme là ? Oh non. Non ! Certes, non ! Circée, non ! Si mariage il venait à avoir - et ce n’était pas encore tout à fait envisageable - devrait-elle partager l’appartement de…
Non !
Oh, cela, non.
Plutôt mourir.
Alice avait survécu aux dortoirs de Serpentard. Elle avait affronté le cauchemar qu’était de partager le lieu de vie de Léonie et sa tendance à s’étaler sur chaque mètre carré. Mais à cela ! Jamais ! Que les Anciens l’entendent, jamais elle ne se consentirait à vivre dans les miasmes assumés de Christopher !
Mais alors que son regard cherchait une autre atrocité qui hanterait sans doute sa petite nuit à venir, il tomba non pas sur un déchet, mais plutôt une montagne d’or.
Une armoire à vinyle.
Elle s’étendait là, sous ses yeux fatigués, comme une reine dans une décharge. Alice ne songeait pas à l’odeur de tabac qui maculait sans doute le carton des vinyles. Elle voulait s’en approcher, les contempler, les tirer un à un, sourire dés qu’elle reconnaîtrait un artiste, puis…
Le corbeau croassa à nouveau.
Ses yeux s’arrachèrent difficilement à la bibliothèque et son gramophone. Ils le firent avec douleur pour revenir à Christopher. Elle suivit son avancée sans faire le moindre pas, craignant toujours de marcher sur quelque chose qui vaudrait à ses chaussures de finir au feu.
Clinton était donc derrière cette porte.
Le garçon avait débarqué, ici.
Au milieu de toutes ces… choses.
Circée. Christopher portait-il ces vêtements là avant d’arriver chez Thomas pour récupérer les siens…?
Que portait-il avant que…
Oh, non. Non, non, et non.
Alice ne songeait pas à la vue qui fut offerte à ce pauvre garçon.
Non sans avoir baissé les yeux sur le chemin à prendre sans marcher sur quoi que ce soit, Alice s’avança vers la porte, une main levée pour faire signe à Christopher qu’il pouvait s’écarter, qu’elle s’en chargeait. Sans attendre, cette même main se referma en poing et frappa à la porte deux fois. Calmement. Tout en délicatesse.
« Clinton ? » appela t-elle doucement. « Bonsoir. Je suis Alice. Ton oncle m’a dit que tu désirais me voir ? »
Alice laissa sa main en suspend, prête à frapper une nouvelle fois.
Et sinon ?
Eh bien, elle attraperait sa baguette et ouvrirait la porte d’elle-même.
Le menton haut, Alice ne lui accorda que son impatience non verbale. Elle avait dit ce qu’il y avait à dire : elle voulait qu’il se dépêche.
Ce qu’il finit par faire, non sans avoir accordé à son profil un vilain regard noir. Si il pensait l’impressionner ainsi drapé, il se fichait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Dés lors, Alice n’aurait de cesse de lui rappeler qu’elle l’avait vu ainsi. Cela devrait lui faire perdre ses sourires de fripon… jusqu’à ce qu’il se souvienne l’avoir elle aussi vue dans une bien vilaine posture vestimentaire.
Fichtre.
Alice ne s’était pas attendu à un départ aussi fulgurant, surtout après une telle démonstration de nonchalance assumée. Elle n’eut pas même le temps de prendre sa respiration, de se concentrer non pas sur son ventre retournée mais plutôt sur ses sens…
Et, non.
Christopher la dépouilla de toute préparation.
Le choc fut intense.
Son estomac était resté dans l’appartement de Thomas - qu’elle maudit soudain.
Sa main s’accrocha immédiatement à tout ce qui pouvait se trouver à sa porter et ne s’appelant pas Christopher. Bien sûr, il s’extirpa de la cheminée sans lui accorder la moindre attention. Il savait très bien ce qu’il venait de faire. Alice planta ses yeux noirs sur le dos mal taillé de l’anglais, et grognerait sans doute quelques vilenies si elle n’était pas occupé a garder le contrôle sur l’intégralité de son estomac malmené.
Après quelques longues secondes, Alice inspira, se redressa et quitta l’âtre. Au diable la poussière. La priorité était…
Non mais…
Alice laissa son nez prendre quelques inspirations pour renifler l’appartement dans laquelle elle venait de pénétrer. Une vilaine grimace plissa ses lèvres alors qu’une main montait pour cacher le bas de son visage. Venait-elle de pénétrer dans un cendrier géant ?
D’un regard, Alice comprit que c’était bien pire.
Il s’agissait d’une garçonnière.
Et c’était celle de Christopher.
Verres à l’abandon - dont un portant encore les traces d’une bouche maquillée.
Vêtements jetés de-ci de-là.
Bouteilles vides.
Cendrier plein à craqués de cigarettes écrasées.
Un profond dégoût envahi Alice qui n’osait plus faire le moindre pas, de peur d’écraser cafard, reste alimentaire, chaussette odorante ou n’importe quoi ! Vraiment ? Vraiment ? Alice allait-elle vraiment être appelée la “fiancée” de cet homme là ? Oh non. Non ! Certes, non ! Circée, non ! Si mariage il venait à avoir - et ce n’était pas encore tout à fait envisageable - devrait-elle partager l’appartement de…
Non !
Oh, cela, non.
Plutôt mourir.
Alice avait survécu aux dortoirs de Serpentard. Elle avait affronté le cauchemar qu’était de partager le lieu de vie de Léonie et sa tendance à s’étaler sur chaque mètre carré. Mais à cela ! Jamais ! Que les Anciens l’entendent, jamais elle ne se consentirait à vivre dans les miasmes assumés de Christopher !
Mais alors que son regard cherchait une autre atrocité qui hanterait sans doute sa petite nuit à venir, il tomba non pas sur un déchet, mais plutôt une montagne d’or.
Une armoire à vinyle.
Elle s’étendait là, sous ses yeux fatigués, comme une reine dans une décharge. Alice ne songeait pas à l’odeur de tabac qui maculait sans doute le carton des vinyles. Elle voulait s’en approcher, les contempler, les tirer un à un, sourire dés qu’elle reconnaîtrait un artiste, puis…
Le corbeau croassa à nouveau.
Ses yeux s’arrachèrent difficilement à la bibliothèque et son gramophone. Ils le firent avec douleur pour revenir à Christopher. Elle suivit son avancée sans faire le moindre pas, craignant toujours de marcher sur quelque chose qui vaudrait à ses chaussures de finir au feu.
Clinton était donc derrière cette porte.
Le garçon avait débarqué, ici.
Au milieu de toutes ces… choses.
Circée. Christopher portait-il ces vêtements là avant d’arriver chez Thomas pour récupérer les siens…?
Que portait-il avant que…
Oh, non. Non, non, et non.
Alice ne songeait pas à la vue qui fut offerte à ce pauvre garçon.
Non sans avoir baissé les yeux sur le chemin à prendre sans marcher sur quoi que ce soit, Alice s’avança vers la porte, une main levée pour faire signe à Christopher qu’il pouvait s’écarter, qu’elle s’en chargeait. Sans attendre, cette même main se referma en poing et frappa à la porte deux fois. Calmement. Tout en délicatesse.
« Clinton ? » appela t-elle doucement. « Bonsoir. Je suis Alice. Ton oncle m’a dit que tu désirais me voir ? »
Alice laissa sa main en suspend, prête à frapper une nouvelle fois.
Et sinon ?
Eh bien, elle attraperait sa baguette et ouvrirait la porte d’elle-même.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Certaines ombres naissent trop tôt

CLINTON HANGOOVER
12 ansAssis au bout du lit, les jambes sagement serrées et le dos droit car même dans ces conditions l'éducation stricte de ses parents reste bien ancrée en lui, Clinton Hangoover renifle et manque de s'étouffer à chacune de ses inspirations. Ses yeux ne s'arrêtent pas de couler. Il essuie encore et encore ses joues humides, étalant sur sa peau ses larmes épaisses, mais elles continuent de couler. Sa peine n'a pas de fin. Il a rarement ressenti une tristesse aussi infinie. Habituellement, il parvient à l'endiguer rapidement. Parce que c'est bien connu : un garçon ne doit pas pleurer. Un héritier non plus. Il est la honte de sa famille, la honte des garçons, la honte de la famille Hangoover. Il est celui qui prendra la relève après Père, après Grand-mère et pourtant il est là, il pleure bêtement et il a fugué. Une nouvelle slave de larmes déborde de ses yeux. Un hoquet secoue sa poitrine. Clinton resserre ses bras autour de lui dans l'espoir de réussir à se calmer pour ne pas faire de bruit.
Il ne sait pas ce qu'est en train de faire Oncle Christopher. Cela fait quelques minutes maintenant qu'il ne l'a pas attendu. Il préfère encore le silence à ses tentatives de le convaincre de sortir pour le ramener chez ses parents. Clinton lui en veut si fort que ça lui fait peur. Il était vraiment certain qu'en venant chez son oncle il serait en sécurité. Après tout, Oncle Christopher ne fait jamais rien comme les autres, n'est-ce pas ? Alors il pensait qu'il allait le garder avec lui, peut-être qu'ils auraient mangé des choses moldues et qu'ils n'auraient pas dormi de la nuit parce qu'Oncle Christopher n'est pas un adulte responsable, c'est Père qui le dit. Mais au lieu de ça, il veut le ramener à la maison sans même savoir ce qu'il s'est passé.
Un hoquet particulièrement violent secoue le garçon qui gémit derrière sa main. Soudain, il essuie d'un geste agacé ses larmes. Il se frappe plus qu'autre chose.
« C'est pas bien, c'est pas bien, c'est pas bien, répète-t-il très bas en fermant les yeux et en serrant ses bras autour de sa maigre poitrine. C'est pas bien, arrête de pleurer, c'est pas bien, c'est pas bien... »
Il répète encore et encore sa cruelle litanie, jusqu'à ne plus savoir penser autre chose, jusqu'à ce que les larmes se tarissent, jusqu'à ce qu'il ressente à la place de sa tristesse un grand vide, comme un gouffre à l'intérieur de lui dans lequel il est si facile de sombrer. Encore et encore il le répète. Jusqu'à pouvoir respirer plus facilement. Son ventre noué lui fait mal : il commence doucement à réaliser qu'il a fait la plus grosse bêtise de sa courte vie.
Tout à coup, un bruit s'élève de l'autre côté de la porte. Clinton sursaute et tourne un regard craintif vers ladite porte qui est complètement encombrée d'une multitude de meubles. Tables de chevet, armoire, bibliothèque. Tout s'entasse, les objets qui reposaient dessus parsemant le sol. Un gémissement s'échappe de la gorge de Clinton. Il n'avait pas conscience de ce qu'il faisait. Père ne laissera jamais passer tout ça. Sa gorge se noue, une bouffée de chaleur remonte le long de son cou. Il va prendre la plus grosse baffe de sa vie, il n'a pas envie, il n'a pas envie, il n'a pas env...
Un coup contre la porte le fait une nouvelle fois sursauter. Son cœur s'emballe furieusement. Un immense désespoir s'élève à l'intérieur de lui... Jusqu'à ce qu'une voix féminine l'endigue. Le cœur battant à tout rompre, Clinton glisse du lit et se lève sur ses jambes tremblantes. La voix est douce et elle a dit Alice. Alors il l'a fait ? Oncle Christopher est allé la chercher ? Clinton n'avait même pas l'espoir qu'il le fasse, il n'y croyait juste pas. Mais il est allé la chercher et maintenant elle est derrière la porte ?
Son souffle se bloque dans sa gorge. Clinton regard autour de lui sans savoir que faire. Il devrait certainement, comme un bon garçon, n'avoir besoin de personne et surtout pas d'une femme qui ne fait pas partie de sa famille. D'une femme tout court, lui chuchotent ses pensées. Mais la seule chose qu'il désire, à présent, c'est d'ouvrir la porte pour se jeter contre elle, même s'il n'a pas la moindre idée de ce à quoi elle ressemble. C'est si fort, si violent que ça fait revenir les larmes dans sa gorge et qu'il se met à parler avant même d'avoir pu mettre de l'ordre dans ses pensées.
« Oui ! s'exclame-t-il d'une voix brisée par les larmes en s'approchant du bazar sans nom qu'il a mis devant la porte. Bonsoir..., » ajoute-t-il après coup, rappelé à l'ordre par son éducation.
Il parcourt les meubles entassés du regard. Il n'a pas besoin d'essayer d'en pousser un pour savoir qu'il n'arrivera jamais à défaire ce qu'il a fait. Ses jambes tremblent et il n'a plus de force nulle part. Ni dans la tête ni dans les membres. Son visage se froisse dans une grimace de désespoir. Il glisse la main dans ses cheveux et agrippe une touffe. Il tire fort dessus. La bouche contre le coude, il étouffe un sanglot.
« Je peux pas..., » gémit-il et il se hait pour ça.
Il prend un souffle tremblant. C'est pas bien ! répète la voix dans sa tête. Il aspire très longuement pour se calmer. En vain.
« Je peux pas sortir ! répète-t-il plus haut, des trémolos dans la voix. Il y a des... Meubles... »
Le dernier mot est à peine discernable tant sa honte l'étouffe.
Figé derrière la porte, le regard de Christopher oscille entre la porte verrouillée et Alice qui se tient près de lui. Elle s'est contentée d'un simple geste pour lui dire de reculer avant de prendre sa place, comme s'il n'était qu'un fichu chien à qui on ordonne des choses. Son ego s'est violemment débattu et si elle n'avait pas pris la parole pour s'adresser à Clinton, il se serait sûrement montré vulgaire.
Clinton montre des signes de vie, ce qui soulage Christopher qui n'avait pas envie d'annoncer une mauvaise nouvelle à son abruti de frère et en subir les conséquences. Il ne crie pas, ne hurle pas, même si sa voix est loin de celle qu'il a en d'autres circonstances, calme et maîtrisée. Au lieu d'en être attristé, Christopher est surtout soulagé qu'Alice soit là et qu'elle gère maintenant la suite, c'est à dire toutes les larmes et les demandes incohérentes de l'enfant, à savoir de rester chez lui. Il reste quand même près de la porte et quand Clinton annonce qu'il ne peut pas sortir, il lève les yeux ciel car c'était évident qu'une telle chose allait arriver.
« Il a poussé les meubles devant la porte pour pas que je rentre, » murmure-t-il à Alice dans une grimace.
Puis il s'approche à son tour de la porte tout en attrapant sa baguette magique qu'il a difficilement coincée dans l'une des poches si étroites des vêtements de Thomas.
« Recule-toi, Clint, on va déplacer les meub...
— Non ! »
Le cri le surprend tant qu'il ouvre la bouche mais qu'aucun son n'en sort. Ses yeux font de nouveau la navette vers Alice. Pourquoi hurle-t-il encore alors qu'il semblait prêt à sortir ?!
« Pas toi ! crie de nouveau Clinton dont la voix semble à ça de se briser. Juste elle ! »
Christopher baisse sa main armée, dépité. De l'autre côté de la porte, Clinton a une main plaquée sur la bouche. Il essaie de lutter contre les sanglots, horrifié d'avoir encore une fois hurlé sur un adulte. À Alice, Christopher lance ce regard qui veut dire : vous voyez, je vous l'avez bien dit. Un soupir glisse sur ses lèvres. Puis sans prévenir, il murmure un sortilège qui déverrouille la porte. Il ne va pas non plus attendre mille ans que tous les astres soient alignés pour pouvoir ouvrir cette fichue de porte, ça a assez duré.
Dernière modification par Christopher Hangoover le 24 juil. 2026, 11:13, modifié 1 fois.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Alice n’avait jamais fugué.
Malgré une mère autoritaire et brutale.
Malgré un frère méchant et joueur.
Malgré un père aveugle et placide.
Alice n’avait jamais tenté, ni même songé à quitter son domicile. L’aurait-elle fait si elle avait eu un lieu de repli ? Si oncle Magnus avait fait partie de sa vie lorsqu’elle était enfant, aurait-elle envisagé de le rejoindre lui ?
Elle aurait aimé être certaine qu’elle aurait pu se rebeller et s’enfuir comme Clinton. Mais qu’aurait fait une enfant de quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ans, perdue dans les landes irlandaises ?
La voix de Clinton émergea de derrière la porte. Alice sentit un soulagement la prendre. Son poing retomba le long de sa cuisse. Il avait parlé, oui… mais avait pleuré, également. Alice entendait la voix teintée de sanglot. Elle entendait la politesse soudaine. Elle entendait la douleur d’un enfant qui songeait à la politesse avant sa propre peine.
Elle s’écarta d’un pas pour ne point faire obstacle de son corps lorsque la porte s’ouvrirait.
Elle s’arrêta. La porte ne s’ouvrirait pas. Alice comprit pourquoi. Clinton s’était barricadée. Christopher lui confirma. Alice n’était pas sûre de tout comprendre, mais une chose était certaine : Clinton s’opposait farouchement à l’idée d’être ramené chez lui, et Christopher avait dû l’inquiéter à ce sujet.
Naturellement, une œillade déplaisante partie en direction de Christopher, bien vite suspendue par le cri de Clinton, et tout ce qui suivi.
La brutalité.
La peur.
La douleur.
Alice resta silencieuse quelques secondes, ses méninges s’agitant pour analyser la situation.
Clinton avait fugué. Il avait quitté Godric’s Hollow pour rejoindre Londres. Pour trouver Christopher. Pourquoi lui ? Il était inenvisageable de penser que Christopher puisse être proches de Derek et Clinton, n’est-ce pas ?
Alors pourquoi ?
Un enfant qui fugue irait naturellement chez une personne de confiance, comme un adulte, comme n’importe qui.
Oh.
Eh bien, oui.
Christopher était la passerelle entre Alice et Clinton. Le garçon le savait.
Alice serra les dents. Elle s’avança à nouveau, jusqu’à venir poser sa main contre la porte.
« Juste moi, je te le promets ».
Sa main glissa jusqu’à la poignée de porte. Alice ouvrit et, comme attendit, la porte s’ouvrit à peine avant d’être bloquée par des meubles. Elle poussa un peu. Un peu plus fort. Rien ne bougeait, et Alice devait se rendre à l’évidence : sa condition physique et la fatigue accumulée au cours des derniers mois ne lui permettraient pas de faire preuve d’efficacité. Un soupir lui échappa. « Soit… »
Sans un mot supplémentaire, Alice se déplaça pour pouvoir passer un œil dans l’interstice, en quête de la forme du petit Hangoover.
Lorsqu’elle le vit, Alice comprit la nécessité de ne plus faire dans la dentelle.
« Clinton, tu vas aller te mettre sous le lit de Christopher, s’il te plait. Eloigne toi au maximum de la porte. Je vais veiller à faire attention, mais il me faut l’assurance que tu ne seras en danger si tant est que tout ne se passe pas comme prévu. Alors… préviens moi lorsque tu seras en sécurité. D’accord ? »
Alice s’éloigna ensuite de la porte. Elle n’accorda aucun regard, aucune attention à Christopher car, déjà, sa main partait chercher sa baguette.
Elle s’éloigna d’un pas, et attendit le signal.
Pendant ce temps, ne surtout pas faire attention à Christopher. Se concentrer sur sa magie. Visualiser son sort. Contraindre raisonnablement sa magie.
Alice le savait.
Elle n’était pas la plus douée lorsqu’il était question d’agir sous la colère. Et c’était ce qu’elle était.
Un petit garçon avait fugué pour s’éloigner de sa famille, et avait finit par se barricader dans la chambre de celui qu’il avait hélas cru être un sauveur. Comment ne point être en colère face à une telle injustice ?
Lorsqu’enfin Clinton annonça être en sécurité, Alice brandit sa baguette.
« Repulso ! »
La magie éclata contre la porte qui s’ouvrit à la volée, emportant avec elle tout les meubles agglutinés devant dans un fracas assourdissant. La baguette s’abaissa. Bien. C’était tout à fait ce qu’Alice espérait accomplir.
Alice pénétra prudemment dans la chambre à laquelle elle n’adressa aucun regard. Sa priorité se trouvait sous le lit, devant lequel elle s’accroupit, ses genoux repliés sur sa gauche. Elle tendit une main vers lui.
« Je suis là. Tu n’as plus rien à craindre. »
Nous avons littéralement sauvé les meubles.
1-3 : La porte pousse les meubles
4-5 : La porte se brise contre les meubles qui sont repoussés
5- 6 : La porte se brise contre les meubles qui restent en place
Malgré une mère autoritaire et brutale.
Malgré un frère méchant et joueur.
Malgré un père aveugle et placide.
Alice n’avait jamais tenté, ni même songé à quitter son domicile. L’aurait-elle fait si elle avait eu un lieu de repli ? Si oncle Magnus avait fait partie de sa vie lorsqu’elle était enfant, aurait-elle envisagé de le rejoindre lui ?
Elle aurait aimé être certaine qu’elle aurait pu se rebeller et s’enfuir comme Clinton. Mais qu’aurait fait une enfant de quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ans, perdue dans les landes irlandaises ?
La voix de Clinton émergea de derrière la porte. Alice sentit un soulagement la prendre. Son poing retomba le long de sa cuisse. Il avait parlé, oui… mais avait pleuré, également. Alice entendait la voix teintée de sanglot. Elle entendait la politesse soudaine. Elle entendait la douleur d’un enfant qui songeait à la politesse avant sa propre peine.
Elle s’écarta d’un pas pour ne point faire obstacle de son corps lorsque la porte s’ouvrirait.
Elle s’arrêta. La porte ne s’ouvrirait pas. Alice comprit pourquoi. Clinton s’était barricadée. Christopher lui confirma. Alice n’était pas sûre de tout comprendre, mais une chose était certaine : Clinton s’opposait farouchement à l’idée d’être ramené chez lui, et Christopher avait dû l’inquiéter à ce sujet.
Naturellement, une œillade déplaisante partie en direction de Christopher, bien vite suspendue par le cri de Clinton, et tout ce qui suivi.
La brutalité.
La peur.
La douleur.
Alice resta silencieuse quelques secondes, ses méninges s’agitant pour analyser la situation.
Clinton avait fugué. Il avait quitté Godric’s Hollow pour rejoindre Londres. Pour trouver Christopher. Pourquoi lui ? Il était inenvisageable de penser que Christopher puisse être proches de Derek et Clinton, n’est-ce pas ?
Alors pourquoi ?
Un enfant qui fugue irait naturellement chez une personne de confiance, comme un adulte, comme n’importe qui.
Oh.
Eh bien, oui.
Christopher était la passerelle entre Alice et Clinton. Le garçon le savait.
Alice serra les dents. Elle s’avança à nouveau, jusqu’à venir poser sa main contre la porte.
« Juste moi, je te le promets ».
Sa main glissa jusqu’à la poignée de porte. Alice ouvrit et, comme attendit, la porte s’ouvrit à peine avant d’être bloquée par des meubles. Elle poussa un peu. Un peu plus fort. Rien ne bougeait, et Alice devait se rendre à l’évidence : sa condition physique et la fatigue accumulée au cours des derniers mois ne lui permettraient pas de faire preuve d’efficacité. Un soupir lui échappa. « Soit… »
Sans un mot supplémentaire, Alice se déplaça pour pouvoir passer un œil dans l’interstice, en quête de la forme du petit Hangoover.
Lorsqu’elle le vit, Alice comprit la nécessité de ne plus faire dans la dentelle.
« Clinton, tu vas aller te mettre sous le lit de Christopher, s’il te plait. Eloigne toi au maximum de la porte. Je vais veiller à faire attention, mais il me faut l’assurance que tu ne seras en danger si tant est que tout ne se passe pas comme prévu. Alors… préviens moi lorsque tu seras en sécurité. D’accord ? »
Alice s’éloigna ensuite de la porte. Elle n’accorda aucun regard, aucune attention à Christopher car, déjà, sa main partait chercher sa baguette.
Elle s’éloigna d’un pas, et attendit le signal.
Pendant ce temps, ne surtout pas faire attention à Christopher. Se concentrer sur sa magie. Visualiser son sort. Contraindre raisonnablement sa magie.
Alice le savait.
Elle n’était pas la plus douée lorsqu’il était question d’agir sous la colère. Et c’était ce qu’elle était.
Un petit garçon avait fugué pour s’éloigner de sa famille, et avait finit par se barricader dans la chambre de celui qu’il avait hélas cru être un sauveur. Comment ne point être en colère face à une telle injustice ?
Lorsqu’enfin Clinton annonça être en sécurité, Alice brandit sa baguette.
« Repulso ! »
La magie éclata contre la porte qui s’ouvrit à la volée, emportant avec elle tout les meubles agglutinés devant dans un fracas assourdissant. La baguette s’abaissa. Bien. C’était tout à fait ce qu’Alice espérait accomplir.
Alice pénétra prudemment dans la chambre à laquelle elle n’adressa aucun regard. Sa priorité se trouvait sous le lit, devant lequel elle s’accroupit, ses genoux repliés sur sa gauche. Elle tendit une main vers lui.
« Je suis là. Tu n’as plus rien à craindre. »
Nous avons littéralement sauvé les meubles.
1-3 : La porte pousse les meubles
4-5 : La porte se brise contre les meubles qui sont repoussés
5- 6 : La porte se brise contre les meubles qui restent en place
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Certaines ombres naissent trop tôt
Lorsqu'Alice se déplace devant la porte pour jeter un œil par l'interstice, Christopher fait de même. Derrière elle, dressé sur la pointe des pieds, il essaie d'y voir quelque chose sans être vu car il est persuadé que Clinton hurlera de nouveau s'il entend sa voix — ce qui, au fond, le blesse. La voix de son neveux tourne encore dans sa tête : « Tu vas me frapper comme papa ! ». Christopher sait déjà que cette phrase le hantera durant très longtemps.
Bien sûr, il n'y voit absolument rien et il s'empresse de se déplacer lorsqu'Alice recule. Sa main s'agite le long de ses hanches. Il frappe à un rythme rapide sa baguette sur sa cuisse, retenant difficilement son impatience. Il déteste ne rien pouvoir faire, il déteste rester là à attendre que quelque chose arrive. Mais il ne peut rien faire d'autre car le moindre mot de sa part lui vaudra des cris dramatiques de Clinton ou des regards noirs d'Alice — il a bien vu la façon dont elle l'a regardé et il aurait voulu lui répliquer méchamment qu'elle ne sait rien de toute cette histoire, alors qu'elle peut bien ravaler son jugement. Christopher a des mots bloqués dans la gorge et aucun droit de les laisser sortir. Ils sont pourtant chez lui, c'est son appartement ! Mais non, il doit se taire et attendre. Alors, les lèvres pincées et le regard impatient, sa main s'agitant toujours au bout de son bras, il attend.
La façon dont Alice s'adresse à son neveux remue quelque chose au fond de lui, tout au fond. Il lui jette un regard en coin. Elle avait l'air tellement en colère tout à l'heure et il est presque sûr qu'elle l'est encore. Pourtant, là, elle a la voix calme de quelqu'un qui cherche à rassurer et qui y parvient. Elle parle lentement, articule bien, explique bien les choses. D'ailleurs... Se cacher sous son lit ? Christopher prend une inspiration et ouvre la bouche, parce que tout de même, lui demander de se cacher sous son lit... Déjà, il n'est pas sûr qu'il n'a rien de compromettant là-dessous, d'une part. D'autre part, qu'est-ce qu'elle compte faire ? Car si elle pense pouvoir faire exploser ses meubles, il va vite l'en empêcher. Vraiment ? Christopher fronce les sourcils et ses lèvres miment un : « vous foutez quoi ? ». Mais Alice ne le regarde pas et n'accorde aucune attention à lui. Les mots se forment dans la bouche de Christopher, il les pense très fort... Mais il ne les prononce pas. Parce qu'il n'y a pas d'autres solutions. Clinton est coincé de l'autre côté et il n'a pas envie de le voir. Il ne peut pas transplaner pour aller le chercher ou bouger les meubles, il ne peut rien faire d'autre que d'accepter qu'Alice abîmes ses meubles.
Ses poumons se dégonflent subitement et ses épaules s'affaissent. Christopher abandonne l'idée d'empêcher Alice de faire ce qu'elle a prévu de faire.
« Faites gaffe, quand même. Et ne cassez pas ma porte, » ajoute-t-il précipitamment dans un chuchotement.
Mais elle l'ignore, elle ne le regarde pas, ne lui parle pas, ce qui donne à Christopher que personne ne l'entend. Il a douloureusement conscience que ni Alice ni Clinton n'a envie d'avoir à faire à lui et pour la première fois depuis très longtemps, et peut-être même la première fois chez lui, il a la sensation de ne pas être à sa place. Il s'éloigne d'un nouveau pas et glisse ses mains dans ses poches pour s'empêcher de gigoter comme il en a pourtant envie. Ce n'est même pas confortable : les poches de Thomas sont beaucoup trop serrées, cet homme est trop fin et ses vêtements parfaitement inconfortables pour Christopher qui a l'impression d'étouffer dedans. Mais ce n'est peut-être pas tant les vêtements qui lui donnent cette sensation.

CLINTON HANGOOVER
Son cœur frappe contre sa cage thoracique, ses émotions font bourdonner ses oreilles. Clinton se laisse tomber sur ses genoux et rampe sous le lit. Il a aperçu Mademoiselle Sangblanc par l'interstice de la porte. Il a vu ses cheveux blancs et rien d'autre. Derek lui a écrit : « elle a des cheveux de la même couleur que ceux des vieilles personnes mais chez elle c'est trop beau ». Clinton n'y croyait qu'à moitié mais il avait raison : elle les a tout blanc. Il a à peine eu le temps de les voir avant qu'elle lui donne ses instructions.
Il ne cherche pas à comprendre : il obéit car on doit toujours obéir aux adultes. Alors il rampe sous le lit. C'est tout obscur, là-dessous, et remplit de boites en tout genre. Pourtant, contrairement à ce que Clinton craignait, il n'y a pas de poussière. Pas la moindre poussière. Cela le rassure un peu et il rampe jusqu'à pouvoir se tasser dans le coin le plus éloigné de la porte. Il attend d'être allongé de tout son long et d'avoir les mains bien à plat sur le parquet avant d'ouvrir la bouche.
« C'est bon ! » crie-t-il d'une voix fluette en espérant que Mademoiselle Alice l'entende de là où il se trouve.
Pendant quelques secondes, un long silence lui répond. Il n'entend que les battements de son cœur dans ses oreilles. Sa propre respiration lui semble trop bruyante. Il déglutit plusieurs fois pour faire disparaître la boule qu'il a encore dans la gorge.
Un bruit formidable retentit tout à coup dans la chambre, si fort qu'il prend toute la place. Clinton sursaute et se recroqueville sous le lit, les yeux fermés à s'en arracher les paupières. Son cœur cogne douloureusement. La peur le gagne soudain. Il a été idiot de faire confiance aussi rapidement : c'est sûrement Oncle Christopher qui va venir le chercher. Il va faire comme Père, le tirer par le bras pour le forcer à sortir, il va le pousser vers la porte et tant pis s'il se cogne contre un meuble ou s'il trébuche. Il va lui dire on rentre, maintenant ! et si Clinton a le malheur d'ouvrir la bouche il va lever la main et tu vas t'en prendre une ! Obéis !
Un bruit de pas sur le parquet de la chambre. Le cœur de Clinton cogne dans ses tempes. Il n'ose pas ouvrir les yeux. Il essaie de se calmer car il sait que c'est encore pire quand il montre qu'il a peur. Je n'ai pas peur, je n'ai pas peur, je n'ai pas peur. Il n'ose pas faire le moindre geste. Jusqu'au moment où il sent une présence non loin de lui, au-dessus du lit. Quelqu'un est là, tout près. Je vais d'abord m'excuser, songe Clint, puis après je dis plus rien. Je le regarde dans les yeux, je dis pardon puis je dis plus rien. Mais ce n'est pas une voix d'homme qui s'adresse à lui.
Il ouvre les yeux.
C'est Mademoiselle Sangblanc.
Clinton bat des paupières. Il aperçoit ses bottes, le tissu de sa robe, ses genoux repliés et ses longs cheveux blancs qui tombent en belles boucles. Et il voit sa main, tendue vers lui. Il la regarde sans ne rien faire, se force à se rappeler ce qu'elle vient de dire. « Je suis là. Tu n'as plus rien à craindre ». La douceur dans sa voix. Derek lui a dit qu'elle était gentille et qu'elle lui souriait toujours, qu'elle ne le grondait jamais même quand il faisait des erreurs, qu'elle était toujours douce et jamais méchante. Alors après un moment d'hésitation, Clinton glisse sa main dans la sienne.
Elle l'aide à sortir de sous le lit. Durant tout le processus, Clinton ne lève pas les yeux, ne fait rien pour croiser son regard. Par contre, il observe dès qu'il le peut autour de lui et le soulagement qu'il ressent de voir la pièce vide est si puissant que ses jambes tremblent. Il prend le temps de lisser son pantalon et sa veste, les joues en feu. Elle est juste devant lui, elle est grande. Il sent son odeur. C'est son odeur, hein ? Le cœur de Clinton bat à toute allure. Il a vu l'état des meubles. C'est elle qui a fait ça ? Impressionné, il finit par ne plus se retenir et jette un regard intimidé à Mademoiselle Sangblanc.
Là, son éducation se rappelle à lui. Il se redresse et se force à relever le menton pour la regarder droit dans les yeux. Sa beauté le frappe comme un coup de tonnerre. Il écarquille les yeux, son souffle se coupe. L'émotion grossit d'un seul coup dans sa gorge. Seule les habitudes bien ancrées en lui lui permettent de garder possession de ses moyens.
« Bonsoir Mademoiselle Sangblanc, » articule-t-il d'une voix cassée d'avoir trop pleuré et crié, une voix qu'il s'efforce de garder neutre.
Comme on le lui a appris, il penche la tête en avant. Peut-être devrait-il s'incliner plus profondément ? Il n'en sait rien et craint, tout à coup, de faire une erreur.
« Je... Je m'appelle Clinton Hangoover. Je... »
Incapable de soutenir son regard, l'enfant baisse les yeux sur ses chaussures. Il est mortifié. Qu'est-ce qu'il a fait ? Mais qu'est-ce qui lui a pris de faire tout ce qu'il a fait ?!
« Je tiens à m'excuser de vous avoir forcé à vous déplacer, Mademoiselle Sangblanc, » dit-il dans un souffle, la gorge serrée.
Bien sûr, il n'y voit absolument rien et il s'empresse de se déplacer lorsqu'Alice recule. Sa main s'agite le long de ses hanches. Il frappe à un rythme rapide sa baguette sur sa cuisse, retenant difficilement son impatience. Il déteste ne rien pouvoir faire, il déteste rester là à attendre que quelque chose arrive. Mais il ne peut rien faire d'autre car le moindre mot de sa part lui vaudra des cris dramatiques de Clinton ou des regards noirs d'Alice — il a bien vu la façon dont elle l'a regardé et il aurait voulu lui répliquer méchamment qu'elle ne sait rien de toute cette histoire, alors qu'elle peut bien ravaler son jugement. Christopher a des mots bloqués dans la gorge et aucun droit de les laisser sortir. Ils sont pourtant chez lui, c'est son appartement ! Mais non, il doit se taire et attendre. Alors, les lèvres pincées et le regard impatient, sa main s'agitant toujours au bout de son bras, il attend.
La façon dont Alice s'adresse à son neveux remue quelque chose au fond de lui, tout au fond. Il lui jette un regard en coin. Elle avait l'air tellement en colère tout à l'heure et il est presque sûr qu'elle l'est encore. Pourtant, là, elle a la voix calme de quelqu'un qui cherche à rassurer et qui y parvient. Elle parle lentement, articule bien, explique bien les choses. D'ailleurs... Se cacher sous son lit ? Christopher prend une inspiration et ouvre la bouche, parce que tout de même, lui demander de se cacher sous son lit... Déjà, il n'est pas sûr qu'il n'a rien de compromettant là-dessous, d'une part. D'autre part, qu'est-ce qu'elle compte faire ? Car si elle pense pouvoir faire exploser ses meubles, il va vite l'en empêcher. Vraiment ? Christopher fronce les sourcils et ses lèvres miment un : « vous foutez quoi ? ». Mais Alice ne le regarde pas et n'accorde aucune attention à lui. Les mots se forment dans la bouche de Christopher, il les pense très fort... Mais il ne les prononce pas. Parce qu'il n'y a pas d'autres solutions. Clinton est coincé de l'autre côté et il n'a pas envie de le voir. Il ne peut pas transplaner pour aller le chercher ou bouger les meubles, il ne peut rien faire d'autre que d'accepter qu'Alice abîmes ses meubles.
Ses poumons se dégonflent subitement et ses épaules s'affaissent. Christopher abandonne l'idée d'empêcher Alice de faire ce qu'elle a prévu de faire.
« Faites gaffe, quand même. Et ne cassez pas ma porte, » ajoute-t-il précipitamment dans un chuchotement.
Mais elle l'ignore, elle ne le regarde pas, ne lui parle pas, ce qui donne à Christopher que personne ne l'entend. Il a douloureusement conscience que ni Alice ni Clinton n'a envie d'avoir à faire à lui et pour la première fois depuis très longtemps, et peut-être même la première fois chez lui, il a la sensation de ne pas être à sa place. Il s'éloigne d'un nouveau pas et glisse ses mains dans ses poches pour s'empêcher de gigoter comme il en a pourtant envie. Ce n'est même pas confortable : les poches de Thomas sont beaucoup trop serrées, cet homme est trop fin et ses vêtements parfaitement inconfortables pour Christopher qui a l'impression d'étouffer dedans. Mais ce n'est peut-être pas tant les vêtements qui lui donnent cette sensation.

CLINTON HANGOOVER
12 ansSon cœur frappe contre sa cage thoracique, ses émotions font bourdonner ses oreilles. Clinton se laisse tomber sur ses genoux et rampe sous le lit. Il a aperçu Mademoiselle Sangblanc par l'interstice de la porte. Il a vu ses cheveux blancs et rien d'autre. Derek lui a écrit : « elle a des cheveux de la même couleur que ceux des vieilles personnes mais chez elle c'est trop beau ». Clinton n'y croyait qu'à moitié mais il avait raison : elle les a tout blanc. Il a à peine eu le temps de les voir avant qu'elle lui donne ses instructions.
Il ne cherche pas à comprendre : il obéit car on doit toujours obéir aux adultes. Alors il rampe sous le lit. C'est tout obscur, là-dessous, et remplit de boites en tout genre. Pourtant, contrairement à ce que Clinton craignait, il n'y a pas de poussière. Pas la moindre poussière. Cela le rassure un peu et il rampe jusqu'à pouvoir se tasser dans le coin le plus éloigné de la porte. Il attend d'être allongé de tout son long et d'avoir les mains bien à plat sur le parquet avant d'ouvrir la bouche.
« C'est bon ! » crie-t-il d'une voix fluette en espérant que Mademoiselle Alice l'entende de là où il se trouve.
Pendant quelques secondes, un long silence lui répond. Il n'entend que les battements de son cœur dans ses oreilles. Sa propre respiration lui semble trop bruyante. Il déglutit plusieurs fois pour faire disparaître la boule qu'il a encore dans la gorge.
Un bruit formidable retentit tout à coup dans la chambre, si fort qu'il prend toute la place. Clinton sursaute et se recroqueville sous le lit, les yeux fermés à s'en arracher les paupières. Son cœur cogne douloureusement. La peur le gagne soudain. Il a été idiot de faire confiance aussi rapidement : c'est sûrement Oncle Christopher qui va venir le chercher. Il va faire comme Père, le tirer par le bras pour le forcer à sortir, il va le pousser vers la porte et tant pis s'il se cogne contre un meuble ou s'il trébuche. Il va lui dire on rentre, maintenant ! et si Clinton a le malheur d'ouvrir la bouche il va lever la main et tu vas t'en prendre une ! Obéis !
Un bruit de pas sur le parquet de la chambre. Le cœur de Clinton cogne dans ses tempes. Il n'ose pas ouvrir les yeux. Il essaie de se calmer car il sait que c'est encore pire quand il montre qu'il a peur. Je n'ai pas peur, je n'ai pas peur, je n'ai pas peur. Il n'ose pas faire le moindre geste. Jusqu'au moment où il sent une présence non loin de lui, au-dessus du lit. Quelqu'un est là, tout près. Je vais d'abord m'excuser, songe Clint, puis après je dis plus rien. Je le regarde dans les yeux, je dis pardon puis je dis plus rien. Mais ce n'est pas une voix d'homme qui s'adresse à lui.
Il ouvre les yeux.
C'est Mademoiselle Sangblanc.
Clinton bat des paupières. Il aperçoit ses bottes, le tissu de sa robe, ses genoux repliés et ses longs cheveux blancs qui tombent en belles boucles. Et il voit sa main, tendue vers lui. Il la regarde sans ne rien faire, se force à se rappeler ce qu'elle vient de dire. « Je suis là. Tu n'as plus rien à craindre ». La douceur dans sa voix. Derek lui a dit qu'elle était gentille et qu'elle lui souriait toujours, qu'elle ne le grondait jamais même quand il faisait des erreurs, qu'elle était toujours douce et jamais méchante. Alors après un moment d'hésitation, Clinton glisse sa main dans la sienne.
Elle l'aide à sortir de sous le lit. Durant tout le processus, Clinton ne lève pas les yeux, ne fait rien pour croiser son regard. Par contre, il observe dès qu'il le peut autour de lui et le soulagement qu'il ressent de voir la pièce vide est si puissant que ses jambes tremblent. Il prend le temps de lisser son pantalon et sa veste, les joues en feu. Elle est juste devant lui, elle est grande. Il sent son odeur. C'est son odeur, hein ? Le cœur de Clinton bat à toute allure. Il a vu l'état des meubles. C'est elle qui a fait ça ? Impressionné, il finit par ne plus se retenir et jette un regard intimidé à Mademoiselle Sangblanc.
Là, son éducation se rappelle à lui. Il se redresse et se force à relever le menton pour la regarder droit dans les yeux. Sa beauté le frappe comme un coup de tonnerre. Il écarquille les yeux, son souffle se coupe. L'émotion grossit d'un seul coup dans sa gorge. Seule les habitudes bien ancrées en lui lui permettent de garder possession de ses moyens.
« Bonsoir Mademoiselle Sangblanc, » articule-t-il d'une voix cassée d'avoir trop pleuré et crié, une voix qu'il s'efforce de garder neutre.
Comme on le lui a appris, il penche la tête en avant. Peut-être devrait-il s'incliner plus profondément ? Il n'en sait rien et craint, tout à coup, de faire une erreur.
« Je... Je m'appelle Clinton Hangoover. Je... »
Incapable de soutenir son regard, l'enfant baisse les yeux sur ses chaussures. Il est mortifié. Qu'est-ce qu'il a fait ? Mais qu'est-ce qui lui a pris de faire tout ce qu'il a fait ?!
« Je tiens à m'excuser de vous avoir forcé à vous déplacer, Mademoiselle Sangblanc, » dit-il dans un souffle, la gorge serrée.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
La main de Clinton trouva la sienne. Alice se sentit une nouvelle fois soulagée. Sans un mot, ses doigts tenant les siens, elle aida le jeune garçon à s’extirper du lit. Le voilà devant elle. Alice l’observa sans un mot. Ses yeux vadrouillant sur la chambre. Ses jambes traversées d’imperceptibles petites secousses. Ses mains lissant ses vêtements. Ses joues rougies par les émotions. Alice voyait tout de suite.
Alice sentait tout de lui.
La terreur.
La honte.
Peut-être le soulagement.
Pendant un temps, Clinton ne fut plus Clinton, mais une petite Alice. Se cacher sous les lits, voilà qui était dans ses habitudes. Elle connaissait autrefois l’odeur particulière de chaque sommier, ainsi que le son de chaque coup de talon sur les parquets différents, ou bien l’écho de la voix de sa mère dans chaque chambre.
Un battement de cil plus tard, Clinton redevint Clinton.
Le garçon était bien un Hangoover. Alice se plu à voir un peu de Derek dans ces traits ci. Un peu de Donovan, également.
Naturellement, comme invitée par la politesse et l’éducation dont faisait preuve Clinton, Alice replaça ses mains devant elle, jointes sur son ventre. La voix brisée dont il usait pour s’adresser donnait à ses obligeances une vilaine teinte : l’habitude. Un garçon fugue, se barricade dans une chambre, pleure, et se présente malgré tout comme ce qu’on attend de lui.
Ce fut sans doute cette image qui bouleversa le plus Alice.
Lorsque mère l’arrachait de sous le lit en l’attrapant par les cheveux, Alice aussi éprouvait la nécessité maladive de vite lisser sa robe ou de s’assurer que ses petites chaussures n’étaient point abîmées par le frottement du bois sur le vernis. Elle aussi présentait ses excuses d’une voix tremblante. Mais elle, elle suppliait également pour que Mère cesse de…
Alice inspira.
Qu’importe.
Ses longs doigts se déplièrent pour venir chercher les épaules de Clinton. Elle se pencha un peu en avant, pour que le garçon puisse voir son visage, dépouillé de colère ou d’agacement. Elle voulait qu’il voit que la bouche d’Alice souriait doucement, que son regard n’était que compassion.
Elle n’était pas la brutalité de Donovan, ni la passivité de Victoria, ni l’inaction de Christopher.
« Il n’y a rien à excuser », dit-elle doucement.
Hélas, mille fois hélas, Alice se surprit à ressentir le besoin d’observer le visage de Clinton sous toutes ses coutures. Elle ne voulait pas avoir a chercher un éventuelle gonflement dû à une gifle.
« Est-ce que tu veux boire quelque chose ? Ou bien peut-être mangé ? Je suis certaine que Christopher doit avoir des bonbons cachés quelque part. Ce serait bien son genre, n'est-ce pas ? »
Alice tourna finalement son visage vers Christopher. Du bout des lèvres, le regard calme, elle articula : « please ».
Il n'était plus question de se perdre en colère.
Alice sentait tout de lui.
La terreur.
La honte.
Peut-être le soulagement.
Pendant un temps, Clinton ne fut plus Clinton, mais une petite Alice. Se cacher sous les lits, voilà qui était dans ses habitudes. Elle connaissait autrefois l’odeur particulière de chaque sommier, ainsi que le son de chaque coup de talon sur les parquets différents, ou bien l’écho de la voix de sa mère dans chaque chambre.
Un battement de cil plus tard, Clinton redevint Clinton.
Le garçon était bien un Hangoover. Alice se plu à voir un peu de Derek dans ces traits ci. Un peu de Donovan, également.
Naturellement, comme invitée par la politesse et l’éducation dont faisait preuve Clinton, Alice replaça ses mains devant elle, jointes sur son ventre. La voix brisée dont il usait pour s’adresser donnait à ses obligeances une vilaine teinte : l’habitude. Un garçon fugue, se barricade dans une chambre, pleure, et se présente malgré tout comme ce qu’on attend de lui.
Ce fut sans doute cette image qui bouleversa le plus Alice.
Lorsque mère l’arrachait de sous le lit en l’attrapant par les cheveux, Alice aussi éprouvait la nécessité maladive de vite lisser sa robe ou de s’assurer que ses petites chaussures n’étaient point abîmées par le frottement du bois sur le vernis. Elle aussi présentait ses excuses d’une voix tremblante. Mais elle, elle suppliait également pour que Mère cesse de…
Alice inspira.
Qu’importe.
Ses longs doigts se déplièrent pour venir chercher les épaules de Clinton. Elle se pencha un peu en avant, pour que le garçon puisse voir son visage, dépouillé de colère ou d’agacement. Elle voulait qu’il voit que la bouche d’Alice souriait doucement, que son regard n’était que compassion.
Elle n’était pas la brutalité de Donovan, ni la passivité de Victoria, ni l’inaction de Christopher.
« Il n’y a rien à excuser », dit-elle doucement.
Hélas, mille fois hélas, Alice se surprit à ressentir le besoin d’observer le visage de Clinton sous toutes ses coutures. Elle ne voulait pas avoir a chercher un éventuelle gonflement dû à une gifle.
« Est-ce que tu veux boire quelque chose ? Ou bien peut-être mangé ? Je suis certaine que Christopher doit avoir des bonbons cachés quelque part. Ce serait bien son genre, n'est-ce pas ? »
Alice tourna finalement son visage vers Christopher. Du bout des lèvres, le regard calme, elle articula : « please ».
Il n'était plus question de se perdre en colère.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Certaines ombres naissent trop tôt

CLINTON HANGOOVER
12 ansClinton se crispe lorsque Mademoiselle Alice l'attrape. Il rentre la tête dans les épaules, par réflexe. Mais elle se contente de se pencher vers lui. Il est obligé de croiser son regard. Son visage remplit tout son horizon. Sa crainte se mue en soulagement. Pas de sourcils froncés, pas de plis colériques au coin de la bouche. D'ailleurs, ses doigts ne l’agrippent même pas douloureusement, au contraire. Ils sont doux et chauds sur son épaule. Mademoiselle Alice lui dit quelque chose qu'on ne lui a jamais dit avant et qu'il n'est pas sûr de comprendre : il n'y a rien à excuser. Mais il a fugué, il s'est imposé chez Oncle Christopher et il l'a aussi forcée elle à venir jusqu'ici. Il y a tout à excuser et même plutôt deux fois qu'une ! Mais elle le dit avec une telle détermination que Clinton ne peut que croire qu'elle dit la vérité.
L'émotion remonte le long de sa gorge et reste bloquée là. Ses sinus le piquent. Mais il ne peut pas pleurer, surtout pas. Et surtout pas devant une femme, même s'il ne sait pas trop pourquoi ce serait encore moins bien que devant quelqu'un d'autre. Clinton se fait violence pour ne pas craquer. Il respire par le nez, il reste concentré sur le visage de Mademoiselle Alice, sur la jolie courbe de son nez, sur la cascade étonnante de ses cheveux blancs, sur la sensation de ses doigts qui sont chauds sur ses épaules. Il peut y arriver, il va y arriver. Tout à fait persuadé qu'il ne doit surtout pas craquer ni montrer la moindre émotion, Clinton en oublie qu'il est venu jusqu'ici pour le contraire, pour trouver quelqu'un qui pourrait l'écouter et devant qui il pourrait pleurer de tout son saoul sans avoir pour seule réponse la brûlure d'une main sur la joue.
Parce qu'il doit répondre par politesse, Clinton hoche la tête, même s'il pense qu'il aurait tout à se faire excuser. Mais il ne peut pas s'empêcher d'écarquiller les yeux quand elle lui propose à boire ou à manger. Il ne sait pas exactement à quoi il s'attendait mais pas à ça. La bouffée de soulagement qu'il ressent aurait pu être agréable, si seulement elle n'avait pas été entravée par l'angoisse qui l'envahit lorsque Mademoiselle Alice prononce le prénom de son oncle.
Il se tourne aussitôt vers la porte, lui aussi, le regard craintif. Son cœur s'emballe furieusement quand il aperçoit la tête d'Oncle Christopher qui dépasse. D'un pas, Clinton se rapproche de Mademoiselle Alice, son épaule contre son buste. Il n'a pas envie de le voir, surtout pas ! Il lui a dit qu'il allait le ramener à la maison, il n'allait même pas le laisser rentrer chez lui ! Une colère froide comme une lame s'enfonce dans son cœur. Son regard s'obscurcit. Pas un instant il se détourne de son oncle qui...
...hésite à intervenir. C'est la curiosité qui l'a poussé à passer une tête. Il a entendu son neveu se présenter comme le lui a appris ses parents. Le gosse a toujours été d'une extrême politesse. C'est en partie à cause de ça que Christopher le trouve chiant à mourir. Mais c'est vrai que son cœur s'est serré lorsqu'il s'est excusé d'avoir dérangé Alice. Il ne l'a pas dérangée, il a simplement demandé son aide. Il ne devrait même pas s'excuser de ça. Où sont passées ses larmes, où sont passés ses cris ? Il parait désormais aussi aseptisé qu'il l'est habituellement et Christopher n'est pas sûr d'apprécier.
Il a bien lu la demande silencieuse d'Alice sur ses lèvres. S'il vous plait. Mais il voit très bien également le regard que lui lance l'enfant. Il n'a ne lui a jamais vu cet air-là. Cet air colérique dirigé vers lui. Parfois, Clinton n'est pas content car Christopher lui a fait une mauvaise blague destinée à emmerder son père, mais il n'a jamais eu ce regard-là, partagé entre colère et méfiance. Et ça lui fait mal. Ça lui fait tellement mal qu'il ne songe même pas à refuser.
« Ouais, dit-il d'une voix grave. J'ai ça. J'ai des... » D'un geste, il désigne quelque chose qui pourrait être n'importe quoi. « Des bonbons. Dans la cuisine. Je vais... Euh... Bah je vais chercher ça. »
C'est bien la seule chose qu'il peut faire, n'est-ce pas ? Après un dernier regard à Alice, Christopher se détourne en évitant soigneusement de regarder Clinton. Il file dans la cuisine. Il ne voit plus ni les sacs de nourriture abandonnés dans un coin ni les boites en carton souillés. Il ne voit rien. Il se hisse sur la pointe des pieds pour ouvrir un placard en hauteur et farfouille dedans jusqu'à trouver un sac en papier craft dans lequel se trouve sa dernière commande de chez un confiseur sorcier. Parfois le soir, il s'affale sur son canapé avec la musique à fond et pioche dedans sans pouvoir s'arrêter. Il mange encore et encore jusqu'à ce que la fatigue l'en empêche.
Christopher jette un œil dans le sac : heureusement, il en reste assez pour que ça ne fasse pas misérable. Rattrapé par une éducation qu'il oublie la plupart du temps mais dont il se rappelle quand il a besoin de s'occuper, comme ce soir, il attrape une assiette creuse et y verse les sucreries. Il pose l'assiette sur le bar et les arrange pour que le rendu visuel soit meilleur. Son regard souvent se tourne vers la porte de la chambre dans laquelle il n'ose pas retourner. Peut-être vont-ils revenir dans le salon ? Une part de lui aimerait qu'ils restent dans la chambre. Seuls, rien que tous les deux. Il n'a pas envie de faire face à la colère de Clinton. À vrai dire, il a juste hâte que le garçon parte. Christopher n'aime pas ce que lui fait ressentir la présence du garçon chez lui ce soir.
Quand son oncle disparaît, Clinton garde un moment ses yeux fixés dans la direction où il est parti. Il a parfaitement conscience de sa proximité avec Alice mais il n'arrive pas à s'éloigner. Ses jambes tremblent. Il est épuisé. Tant dans son corps que dans sa tête. Et puis il y a ce tremblement intérieur. Celui qui s'est éveillé à la vue d'Oncle Christopher et qu'il n'arrive plus à contrôler.
Ça commence d'abord par ses mains puis ça remonte le long de ses bras jusqu'à ses épaules. Là, il sent qu'il n'y arrivera pas. Il ne va pas arriver à faire semblant. Il n'arrivera pas à être un homme, à ne pas faire honte à sa famille. Il est épuisé, il n'en peut plus, rien ne va, rien ne va depuis qu'il est rentré dans le Poudlard Express avec le poids de la dernière mauvaise note qu'il a eue dans son sac, depuis qu'il a aperçu ses parents sur le quai, depuis que son père a claqué la porte de la maison derrière lui, de ce claquement qui veut dire : je ne suis pas content.
Le visage de Clinton se crispe, puis se tord. Sa respiration s'amenuise. Il lève la tête pour croiser le regard de Mademoiselle Sangblanc. Quand il ouvre la bouche, il sent déjà les larmes mouiller ses yeux.
« Empêchez-le de me ramener à la maison, s'il vous plait, » la supplie-t-il dans un gémissement.
La honte explose dans sa poitrine comme une vilaine bombe. C'est violent et douloureux. Ça bousille tout. Clinton veut se jeter contre Mademoiselle Alice, il aimerait qu'elle le prenne dans ses bras parce qu'il n'est qu'un sale bébé et qu'il devrait avoir honte de pleurer ! Clinton ne bouge pas. Le dos droit, les mains sagement rangés le long du corps et les yeux débordants de larmes brûlantes. Mais il ne peut rien contre les hoquets qui secouent ses épaules à cause des pleurs qu'il s'efforce tant bien que mal de retenir.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Tout l’air emprisonné dans ses poumons s’échappa d’un coup lorsque Clinton se pressa contre elle. Il ne s’agissait pas d’une étreinte.
C’était un appel à la protection.
Le bras d’Alice se leva. Il se verrouilla derrière les épaules du garçon. Sa main accrocha le biceps de Clinton. En un geste comme en cent, Alice affirmait une volonté, une seule : je ne t’abandonnerai pas.
Alice n’eut nullement besoin de se retourner pour comprendre ce qui avait éveillé la prudence soudaine du garçon. Elle avait compris, car elle aussi avait eu, autrefois, ce genre de désir. Elle aussi avait cherché une promesse dans la chaleur d’un bras. Un bouclier qui jamais ne le fut.
Alice n’était pas son père. Elle n’était pas soumise à quelques amours aveugles. Son cœur à elle était solide, et jamais ô grand jamais il ne se laisserait contraindre par des absurdités pareilles.
Alors, même si il ne s’agissait que d’un oncle curieux de voir où en était l’insupportable histoire de la prise d’otage de sa chambre, Alice se ferait égide.
Le menton droit, l’œil glissé sur sa gauche pour garder en vue un mouvement de Christopher, elle écouta l’homme accepter de ramener des sucreries. Lorsque les pas s’éloignèrent enfin, Alice détendit ses épaules. Et, enfin, son regard retomba sur le jeune garçon. Clinton observait encore l’encadrement de la porte. Elle inspira doucement. Il tremblait. Il tremblait, par Circée.
Que n’aurait-elle pas donné pour être une ombre. Elle se serait faufilée sous la porte de la demeure Hangoover. Elle aurait glissé sur les marches qui la mènerait à la chambre de Donovan et Victoria. Et elle aurait étranglé le père. Elle aurait laissé la mère passive observer. Ses tentacules d’encre auraient serré, serré encore la gorge de Donovan, jusqu’à ce qu’elle engloutisse son dernier souffle de vie.
Mais Alice n’était pas une ombre. Elle n’était qu’un préceptrice qui connaissait le poids des bravades. Un mot, un seul, et Alice pourrait perdre le jeune Derek… et, dorénavant, Clinton.
Alice inspira encore. Force et dignité. Clinton avait besoin d’une égide. Pas d’un cerbère.
Clinton leva enfin les yeux vers elle. Brillants. Emplis de ce qu’on lui avait appris à ne point verser. Des émotions. Des faiblesses, n’est-ce pas ? Des choses à dissimuler, à garder en soi, à faire taire en toutes circonstances. Une honte. Une disgrâce. Une opprobre.
La supplique arracha les dernières barrières d’Alice, érigées pour tenir face à l’assaut d’un cœur malmené.
Sa gorge se serra. Le gémissement résonna dans tout ses os. Il vibra dans chaque partie de son corps, jusqu’à finir sa course dans sa poitrine. Jamais Alice ne baissa les yeux. Elle devait contempler ce que le monde s’emploierait à détruire et qu’elle ne pouvait pas protéger aujourd’hui. Elle devait assister, impuissante, à l’étalage pitoyable d’un jeune héritier qui recevrait sans nul doute une violente correction pour oser faire montre d’une faiblesse non assumée.
Elle devait, Circée.
Elle devait.
Ne pas laisser la colère se mêler à la peine. Surtout pas. Ce mariage ne donnerait rien de bon sinon des violences qu’Alice n’assumerait point le lendemain. Elle devait tenir, se faire égide, pas épée. Mais l’acier se façonnait pourtant sous ses ongles pâles. La violence. Toujours elle. Impropre à une femme de son rang, dirait tante Élise. Une faiblesse. Une chose à dissimuler, à garder en soi, à faire taire en toutes circonstances. Une honte. Une disgrâce. Une opprobre.
« Personne ne te ramènera chez toi tant que tu ne l’auras pas décidé. Je te le promets. »
Une honte. Une disgrâce. Une opprobre.
Lentement, pour la deuxième fois de la soirée, Alice s’accroupit devant Clinton. Sa main coula le long de sa nuque, puis vint ourler son visage. Son pouce glissa sur sa joue, là où aurait dû pleuvoir des larmes qu’il n’aurait jamais dû retenir.
« Si Christopher m’a fait venir, c’est pour t’aider », poursuivit-elle doucement. « Si il avait voulu te ramener à la maison, ce n’est pas moi qu’il serait parti chercher. D’accord ? » Son pouce s’encra dans sa pommette qu’elle lissa avec la même douceur qu’elle aurait aimé recevoir à son âge. Un sourire tremblant secoua ses lèvres. Elle les plissa, les roula, puis les dégaina à nouveau. « Tu n’as rien à craindre. Personne ne te condamnera pour quoi que ce soit tant que je serai là. Je te donne ma parole. »
Tu peux pleurer, aurait-elle aimé dire. Tu peux hurler. Tu peux maudire les dieux de t’avoir donné pareille famille. Nous pouvons même le faire ensemble.
Mais Alice ne dit pas ses mots là.
Alice se contentait de lui dire que ni elle ni Christopher ne lui diraient qu’il est mal de ressentir tout cela, car eux aussi connaissaient le poids des émotions prisonnières.
Elles détruisent lentement, jusqu'à faire d'eux des pantins de chair et de rancœurs.
C’était un appel à la protection.
Le bras d’Alice se leva. Il se verrouilla derrière les épaules du garçon. Sa main accrocha le biceps de Clinton. En un geste comme en cent, Alice affirmait une volonté, une seule : je ne t’abandonnerai pas.
Alice n’eut nullement besoin de se retourner pour comprendre ce qui avait éveillé la prudence soudaine du garçon. Elle avait compris, car elle aussi avait eu, autrefois, ce genre de désir. Elle aussi avait cherché une promesse dans la chaleur d’un bras. Un bouclier qui jamais ne le fut.
Alice n’était pas son père. Elle n’était pas soumise à quelques amours aveugles. Son cœur à elle était solide, et jamais ô grand jamais il ne se laisserait contraindre par des absurdités pareilles.
Alors, même si il ne s’agissait que d’un oncle curieux de voir où en était l’insupportable histoire de la prise d’otage de sa chambre, Alice se ferait égide.
Le menton droit, l’œil glissé sur sa gauche pour garder en vue un mouvement de Christopher, elle écouta l’homme accepter de ramener des sucreries. Lorsque les pas s’éloignèrent enfin, Alice détendit ses épaules. Et, enfin, son regard retomba sur le jeune garçon. Clinton observait encore l’encadrement de la porte. Elle inspira doucement. Il tremblait. Il tremblait, par Circée.
Que n’aurait-elle pas donné pour être une ombre. Elle se serait faufilée sous la porte de la demeure Hangoover. Elle aurait glissé sur les marches qui la mènerait à la chambre de Donovan et Victoria. Et elle aurait étranglé le père. Elle aurait laissé la mère passive observer. Ses tentacules d’encre auraient serré, serré encore la gorge de Donovan, jusqu’à ce qu’elle engloutisse son dernier souffle de vie.
Mais Alice n’était pas une ombre. Elle n’était qu’un préceptrice qui connaissait le poids des bravades. Un mot, un seul, et Alice pourrait perdre le jeune Derek… et, dorénavant, Clinton.
Alice inspira encore. Force et dignité. Clinton avait besoin d’une égide. Pas d’un cerbère.
Clinton leva enfin les yeux vers elle. Brillants. Emplis de ce qu’on lui avait appris à ne point verser. Des émotions. Des faiblesses, n’est-ce pas ? Des choses à dissimuler, à garder en soi, à faire taire en toutes circonstances. Une honte. Une disgrâce. Une opprobre.
La supplique arracha les dernières barrières d’Alice, érigées pour tenir face à l’assaut d’un cœur malmené.
Sa gorge se serra. Le gémissement résonna dans tout ses os. Il vibra dans chaque partie de son corps, jusqu’à finir sa course dans sa poitrine. Jamais Alice ne baissa les yeux. Elle devait contempler ce que le monde s’emploierait à détruire et qu’elle ne pouvait pas protéger aujourd’hui. Elle devait assister, impuissante, à l’étalage pitoyable d’un jeune héritier qui recevrait sans nul doute une violente correction pour oser faire montre d’une faiblesse non assumée.
Elle devait, Circée.
Elle devait.
Ne pas laisser la colère se mêler à la peine. Surtout pas. Ce mariage ne donnerait rien de bon sinon des violences qu’Alice n’assumerait point le lendemain. Elle devait tenir, se faire égide, pas épée. Mais l’acier se façonnait pourtant sous ses ongles pâles. La violence. Toujours elle. Impropre à une femme de son rang, dirait tante Élise. Une faiblesse. Une chose à dissimuler, à garder en soi, à faire taire en toutes circonstances. Une honte. Une disgrâce. Une opprobre.
« Personne ne te ramènera chez toi tant que tu ne l’auras pas décidé. Je te le promets. »
Une honte. Une disgrâce. Une opprobre.
Lentement, pour la deuxième fois de la soirée, Alice s’accroupit devant Clinton. Sa main coula le long de sa nuque, puis vint ourler son visage. Son pouce glissa sur sa joue, là où aurait dû pleuvoir des larmes qu’il n’aurait jamais dû retenir.
« Si Christopher m’a fait venir, c’est pour t’aider », poursuivit-elle doucement. « Si il avait voulu te ramener à la maison, ce n’est pas moi qu’il serait parti chercher. D’accord ? » Son pouce s’encra dans sa pommette qu’elle lissa avec la même douceur qu’elle aurait aimé recevoir à son âge. Un sourire tremblant secoua ses lèvres. Elle les plissa, les roula, puis les dégaina à nouveau. « Tu n’as rien à craindre. Personne ne te condamnera pour quoi que ce soit tant que je serai là. Je te donne ma parole. »
Tu peux pleurer, aurait-elle aimé dire. Tu peux hurler. Tu peux maudire les dieux de t’avoir donné pareille famille. Nous pouvons même le faire ensemble.
Mais Alice ne dit pas ses mots là.
Alice se contentait de lui dire que ni elle ni Christopher ne lui diraient qu’il est mal de ressentir tout cela, car eux aussi connaissaient le poids des émotions prisonnières.
Elles détruisent lentement, jusqu'à faire d'eux des pantins de chair et de rancœurs.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050