26 mai 2026, 11:26
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
Elle attrape ma main et je me laisse faire même si j'ai le cœur qui bat à cent à l'heure. J'ai chaud, tout à coup, et mon sang monte jusqu'à mes joues. Elle a les mains douces, Jude. Elle a les gestes tendre. Ce matin, mère m'a aussi attrapé par le poignet comme elle le fait, mais ses gestes étaient secs et violents, elle m'a fait mal à l'épaule quand elle m'a redressé vivement en tirant sur mon bras pour me forcer à me lever. Elle trouvait que je mettais trop de temps pour déjeuner. Je n'ai pas eu le temps de terminer mon bol. Elle m'a poussé en direction des escaliers pour que je me dépêche. Jude, elle est beaucoup plus douce que mère et ça me fait tout bizarre au fond du ventre. En acceptant silencieusement (je crois que c'est ce que j'ai fait même si je le réalise seulement), je ne pensais pas qu'elle me toucherait, même si j'aurais dû le savoir. Je devrais peut-être être gêné. Père dit toujours que la proximité physique c'est pour les couples et que cela n'a rien à faire dans les espaces publics. Il gronde Anna quand elle s'appuie contre moi ou demande un câlin. Mais elle ne l'a plus fait depuis très longtemps car à huit ans, Annabelle a déjà compris qu'on ne faisait pas ce genre de choses en famille. Je devrais donc être gêné que Jude m'attrape et me touche comme ça, de sentir sa chaleur sur mes doigts, mais en fait je crois que je pourrais pleurer si elle me lâchait maintenant. Genre, vraiment.

Je déglutis péniblement en me forçant à lever les yeux vers elle. Elle pense vraiment que je vais être trop beau avec les ongles peints ? Mon cœur me tombe tout au fond du ventre quand elle dit que je suis déjà beau. Et il fait un salto hyper douloureux quand elle parle de mes yeux. Là, j'ouvre la bouche bêtement, comme je n'ai pourtant pas le droit de le faire. Je la referme aussitôt, mais mon regard parle pour moi : ai-je vraiment entendu ça ? Mes yeux seraient beaux ? J'aimerais me tourner vers un miroir maintenant, vérifier ses dires, observer mes yeux et chercher pour quelle raison elle les trouvent beaux. Grand-mère Sienna a dit un jour en me regardant que j'avais les yeux trop bridés. Elle a fait un claquement de langue et a dit quelque chose comme : « il faudra encore plusieurs générations avant d'effacer ça ». En disant ça, elle m'a désigné du menton mais elle a aussi désigné Annabelle et Donovan qui étaient à coté de moi. Parfois en me regardant dans le miroir, je tire sur mes paupières pour agrandir mes yeux. Je n'ai jamais pensé, pas un seul instant de toute ma vie, que je pourrais avoir de beaux yeux. Car c'est impossible.

Jude dit que j'ai de beaux yeux, que je suis beau. C'est la première fois qu'on me dit une chose pareille. La première fois. J'ai du mal à supporter les tremblements de mon cœur. Je ne sais pas si elle a raison ou si elle a tort mais je sais que j'ai envie d'entendre ce genre de choses à nouveau. Mes doigts sont chauds et moites à cause de ça. Jude les pose pourtant sur sa cuisse et moi je me dis : j'ai la main sur la cuisse d'une fille qui m'a dit que j'étais beau. C'est ce qui m'empêche de secouer la tête pour dire que non, on m'a jamais dit que j'avais de beaux yeux. Ce qui m'en empêche, aussi, c'est Jude qui poursuit sans savoir que son aveu a l'effet d'un tsunami sur moi. Ce n'est pas tant que j'ai besoin qu'on me complimente. Je veux dire... Mon reflet ne m'a jamais posé de souci. Mais on ne m'a jamais dit que j'étais beau. Je ne savais même pas que c'était quelque chose qui pouvait se dire.

Ma réponse tarde à venir. J'ai le cœur qui frappe dans ma gorge et je suis bien trop conscient du contact des doigts de Jude sur mon poignet. Mes yeux sont braqués sur ma main étendue sur sa cuisse parce que je n'ose pas les lever vers elle, je n'arrive pas à mettre de mots sur ce que je ressens, c'est à peine si je parviens à réaliser que ça me fait un plaisir fou, tout ce qui se passe. C'est avec peine que je me souviens du vernis, juste parce que Jude m'a demandé quelle couleur je voulais. Ce vernis que je désire alors que ce n'est pas quelque chose qui se fait. Les doigts de Jude sur mon poignet me font tourner la tête.

« C'est... Sûrement pas du... Je... »

Et apparemment, ils dérèglent ma langue qui ne sait plus parler. Je déglutis encore une fois et jette un regard rapide vers Lloyd, qui n'a pas l'air d'apprécier tout ça. Parce que je suis un garçon et que je vais avoir du vernis ? Je devrais récupérer ma main, rire et m'éloigner. Mais je n'en ai pas du tout, du tout envie.

« Noir, c'est bien, » réussis-je finalement à dire dans un filet de voix.

Parce que jaune jurera particulièrement avec mon uniforme et aussi parce que c'est couleur Poufsouffle. J'ose imaginer à quoi pourrait ressembler mes mains avec les ongles noir et ce que je vois me plait. Pour la première fois depuis je me suis levé, mes lèvres s'étirent dans un discret sourire. Et enfin, j'ai le courage de lever les yeux vers le visage de Jude que je trouve diablement belle aussi mais je n'aurais jamais le courage de lui dire — je ne pouvais pas savoir à cette époque là que vingt-trois ans plus tard je la serrerai désespéramment dans mes bras après avoir pleuré contre elle et que ce sera devenu une habitude de lui dire tout ce que je pense de sa beauté.

« Noir, ça ira bien avec mes beaux yeux ! » répliqué-je soudainement, le visage levé vers elle, d'une voix bien plus affirmée.

Au coin de mes lèvres persiste un sourire discret qui a déjà cette teinte-là qui le caractérisera plus tard, celle d'une insolence et d'une arrogance parfaitement assumée et surtout totalement fabriquée.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

2 juin 2026, 21:33
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
Non mais zut à la fin ! C’est mon copain ! C’est mon copain à moi, et elle va le rendre tout vilain ! Les garçons, ça met pas de vernis, c’est pas pour rien ! Je sais pas pourquoi, mais c’est comme ça et puis c’est tout ! Enfin, sauf quand t’es une rockstar. Là t’as le droit, parce que ça fait partie de ton personnage. Mais là, on va à Poudlard ! Et à Poudlard, les autres, ils mettent pas de vernis ! Pourquoi elle veut qu’il mette du vernis ? Pourquoi elle veut être méchante avec lui ?
Han ! Ce qu’elle lui dit ! Ma main vient cacher ma bouche - parce que maman elle dit que je peux gober les mouches. Elle lui a dit qu’il était beau ! Elle lui a dit qu’il avait des jolis yeux ! Ça, c’est de la drague ! Jude, elle drague Christopher ! J’ai reconnu, hein ! Quand tu dis à un garçon qu’il est beau et qu’il a de jolis yeux, c’est de la drague ! Pourquoi elle fait ça ? C’est mon copain ! A moi ! On drague pas les copains de son petit frère ! En plus, Jude, elle préfère les filles. Je le sais, parce que Maman, elle a déjà dit à Jude des trucs là-dessus. Je sais plus trop quoi, mais c’était une histoire de hibou et tout. Et puis moi, j’ai déjà vu Jude avec une fille ! Mais je pensais que c’était une copine, comme Christopher c’est mon copain. Mais en fait, ben c’était pas sa copine “amie”, mais sa copine “petite amie”. Maman, elle est pas contente avec cette histoire. Eh ! Attends mais oui ! Oui c’est pour ça que Jude, elle a pas pu venir avec nous au festival, je crois ! C’est ça ? Je sais plus.

Han ! Mais… elle a mis sa main sur sa cuisse ! J’ai vu ! J’ai trop vu ! Christopher, il a pas l’air à l’aise ! Je le sais parce qu’il regarde sa main comme si c’était pas du tout sa place. C’est parce que c’est pas du tout sa place ! Mais Jude, elle sourit, elle sourit encore et c’est pas pour se moquer de Christopher. Sinon, je serai pas content. Juré ! J’aime pas quand on se moque de mes copains. Ça arrive pas souvent, hein ! Mais quand ça arrive, moi, ben je défends mes copains. Après, je sais pas trop si je peux défendre Christopher contre Jude. Elle est gentille, Jude, mais pas tout le temps. Si je commence à lui dire qu’elle a pas le droit de faire un truc, c’est sûr qu’elle va me le faire payer.

Ok donc vraiment, Christopher, il va mettre du vernis… je sais pas ce que je dois faire. Mes genoux s’agitent tout seul. Je piétine. Je sais pas quoi faire de mes mains… Si je bouge, si je parle, Jude elle va être méchante ! Et j’ai pas envie qu’elle soit méchante avec moi devant Christopher ! Après, il va croire que je suis nul et que je sais pas me défendre face à une fille ! Mais c’est pas une fille, Jude ! Elle tape comme un garçon !

Jude sourit à Christopher. Je vois son regard qui saute de son petit nez à ses sourcils puis à ses lèvres. Elle lève ses yeux sur lui. « Ouais, je crois aussi que ça t’irait super bien. »

Elle attrape son pot de vernis et commence à le secouer. Et là, là ! Enfin, après l’avoir ouvert, elle lui attrape un premier doigt, et elle commence à lui peindre l’ongle ! Mais non ! Non ! Tout le monde va se moquer de lui ! Faut que je fasse quelque chose !

« Calme toi, tu veux ? » me lance Jude. Sa voix m’arrête sur place. Je regarde mes mains posées sur mes genoux : j’étais en train de grattouiller mon pantalon. Maman, elle en a marre, parce que j’abîme la toile. Et parfois, je me retourne les ongles. Mais c’est rare, alors ça va. Ça fait super mal de retourner un ongle !

« C’est juste du vernis », elle continue sans me regarder. « Et si quelqu’un lui fait une remarque, je lui pète le nez ». Toute chipie, elle lève ses yeux sur Christopher. « Alors dis moi si Donovan te dit quelque chose. C’est pas que j’ai besoin d’une raison, mais ça passera mieux devant les préfets si j’en ai une. »

761 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Présence fortement réduite jusqu'à mi juillet

10 juin 2026, 15:17
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
C'est ainsi qu'à douze ans, je découvre que le sourire de Jude River est la plus belle chose du monde. Je la regarde béatement, tout heureux que ce soit moi qu'elle regarde et personne d'autre, que ce soit ce sourire qu'elle m'offre et aucun autre, que ce soit ces mots qu'elle prononce et pas d'autres. J'affiche un sourire que je ne sais pas être "de circonstance". Ce sourire ni trop grand ni trop petit que l'on apprend aux petits garçons de bonne famille à faire, parce que ce n'est pas poli de sourire comme un benêt ou de montrer ses dents. Mais à l'intérieur de mon cœur, c'est la fête. Personne n'a jamais pu changer ce que je ressentais dans mon cœur. On ne peut pas le faire sourire moins grand, on ne peut pas lui imposer une façon de se tenir. Un cœur, ça ressent, c'est tout. Et dans le mien, il se passe toujours beaucoup de choses mais moi seul est au courant. C'est un endroit qui m'appartient et jamais personne ne pourra me voler ça. Je l'ai compris il y a très longtemps.

Je baisse de nouveau les yeux sur ma main parce qu'elle me regarde d'une façon qui fait palpiter mon cœur et avec laquelle je ne suis pas familier. Plus tard, j'apprendrai que ça s'appelle de la tendresse et c'est Jude qui m'apprendra la définition de ce mot. Pour le moment, je me contente de mordiller l'intérieur de ma joue pendant qu'elle attrape l'un de mes doigts. Curieux, je regarde le pinceaux s'aplatir sur mon ongle et laisser sur son passage une jolie trace noire. Un plaisir tout neuf s'épand dans ma poitrine. J'aime ce que je vois, j'aime voir mon ongle décoré de cette façon et...

Je lève subitement les yeux vers Lloyd, surpris par l'intervention de Jude. Juste avant qu'il s'arrête, je vois ses doigts s'agiter sur son pantalon et remarque tous les mouvements parasites qui l'envahissent parfois quand on reste trop longtemps à un endroit même si je comprends jamais pourquoi. Je cligne des yeux : j'appréhende la suite sans trop savoir pourquoi. Quand Jude affirme que « c'est juste du vernis », je comprends ce qui se passe devant moi. Lloyd aime vraiment pas ça, hein ? Parce que c'est pour les garçons, parce que ce n'est pas quelque chose qui se fait ? Pourquoi il écoute ce genre de choses ? Pourquoi il y accorde de l'attention ?

Je ramène mes yeux sur Jude. Elle voudrait vraiment me défendre face à Donovan ? Je ne peux pas m'empêcher de sourire. J'ai bien compris qu'elle ne l'aimait pas. J'adore qu'on déteste Donovan. Il me tanne à longueur de temps avec tous ses amis et me répète suffisamment qu'aucun d'eux ne m'apprécient parce que je suis « la bouse de dragon de la famille ». Alors quand j'entends les autres élèves de ma promo' dire qu'ils l'aiment pas parce qu'il les bouscule dans les couloirs, ça me fait plaisir. Et puis Jude... Jude me défendrait face à lui et face aux autres et ça, ça me plait.

« Je peux t'en donner plusieurs des raisons ! je lance, fier comme un paon. Je peux même en inventer pour que tu lui pètes le nez ! »

Je baisse de nouveau les yeux sont mon bel ongle peint. Mon cœur se serre, même si je n'en montre rien. Presque aussitôt, je repousse ma peine pour brandir ma motivation :

« Si quelqu'un me fait une remarque, je lui pèterai aussi le nez aussi, j'affirme, sans plus aucune trace de sa fierté mal placée. Enfin... » Je grimace doucement. « J'ai jamais pété le nez de personne, j'avoue en me grattant le nez, mais j'apprendrai. »

Je lève les yeux vers Lloyd, assis en face de nous. Je n'aimerais pas avoir à lui casser le nez à lui. Lloyd, il est saoulant parfois mais on s'éclate toujours avec lui. Et puis il fait de la bonne musique avec sa guitare. Il joue toujours quand je lui demande. Et il m'apprend des trucs moldus que je ne connais pas, comme ce coup-là de la crête sur les cheveux. En fait, je n'ai pas envie de casser le nez qui que ce soit. C'est plutôt un truc de Donovan, ça, même qu'il agit toujours en secret pour pas qu'on sache que c'est lui qui frappe : ça ferait mauvais genre. Je ne veux pas être comme lui.

« Pourquoi t'aimes pas ? je lance tout à coup à Lloyd en levant mon menton avec effronterie. C'est que du vernis, c'est vrai. Pourquoi je pourrais pas en avoir même si je suis un garçon ? Mes par... Mes vieux aussi pensent ça, je suis sûr. Et t'sais quoi ? Bah penser la même chose qu'eux, ça craint. »

Moi aussi, je crains. Je pense comme eux, tout au fond de moi. C'est vrai, non ? Je sais que le vernis c'est pour les filles mais je sais aussi que je veux faire toutes les choses que Père et Mère détesteraient. Est-ce que ça fait de moi quelqu'un de mieux que Lloyd ? Je ne crois pas. Mais au moins, moi, j'arrive à faire fi de ça pour faire quand même ce que je désire. Je crois que ça, juste ça, c'est plus louable que sa façon à lui de penser.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER