Une magique mentoresse Alyona Farrow PNJ

Narcisse flanqua un petit coup de coude dans les côtes de son père en souriant, face à la réponse d'Alyona. En réalité, Narcisse avait mille et une fois parlé de sa magie avec eux. En détails, il racontait ses cours et les révisait activement avec eux. Mais Honor était la seule qui ait pleinement compris les mécanismes de la magie, peut-être même avec autant de maîtrise que l'adolescent. Claire et Oscar se sentaient parfois dépassés avec ces concepts nouveaux. Merveilleux et extraordinaires, mais nouveaux, et surtout abstraits.

Et plus particulièrement Oscar, qui tentait de rationnaliser la magie pour mieux la comprendre. En homme de science et d'études qu'il était, il voulait absolument savoir si la magie échappait à toute loi naturelle. Ou si, au contraire, on pouvait trouver un petit détail qui contredisait cette idée aussi effrayante que fascinante pour lui.

"Je vois... c'est fascinant, maintenant que tu le mentionne, cela m'évoque bien quelque chose. C'est pour cela que Narcisse tombe parfois dans les pommes en s'entraînant, j'ai bon ?
- Ca vaaaa... c'est pas grave, justement c'est bien, là t'es sûr d'avoir atteint la limite de ta réserve, héhé !"

Leurs sourires complices s'échangèrent entre deux explications d'Alyona, qui ne cessait de passionnait l'instituteur. Comme il aurait aimé pouvoir observer le monde magique, ne serait-ce qu'une fois. Et comme Narcisse aurait aimé pouvoir emmener sa famille voir son monde, au moins une fois.

Cependant, lorsqu'Alyona se mit à justifier la séparation des deux mondes, l'ambiance changea imperceptiblement. Si la jeune femme y prêtait attention, elle verrait les traits de Narcisse s'assombrir dans une pâle tristesse. Incomprise et incomplète, l'inconscient de Narcisse luttait depuis le premier jour contre cet état de fait qui le déprimait. Jamais ses parents ne pourraient faire partie pleinement de son monde, et il trouvait cela, au fond de lui, répugnant et nul.

Oscar, quant à lui, manifesta un intérêt qui se traduisit par une imperceptible lueur au fond de ses yeux. Il déposa son verre sur la table, et se redressa en ramenant les mains sur niveau de sa poitrine, prêt à expliquer son point de vue.

Et pendant ce temps, non loin de là, au milieu des grillades en cours et des séductions de Claire, Honor tendait l'oreille. Tous ses muscles s'activèrent tandis que son esprit picota. De nouveaux conflits. De brèves images apparurent, comme des flashs devant ses yeux, les souvenirs du Ministère en flamme, de l'hélicoptère abattu... Rien n'avait disparu, rien n'avait été diminué ni enterré.

C'est lorsqu'Oscar se mit à parler qu'elle réalisa qu'elle venait de torde les pinces en métal qu'elle tenait. Claire comprit alors, et se contenta de poser une main sur son épaule en silence.

"Ah oui ? Qu'en penses-tu, mon grand ?
- Bah... j'sais pas... j'trouve ça vraiment nul, l'idée que faille séparer les mondes... Genre, y'a des films ave des dragons, des gobelins, des trucs de fou furieux, j'arrive pas à croire qu'on pourrait pas accepter d'vivre avec des sorciers.
- J'ai cru comprendre que le secret de votre monde était l'une de ses plus grandes règles. Et que lorsqu'on les enfreint, les conséquences sont... immédiates ?
- Ouais..."

Narcisse avait beau baisser les yeux, son sourire ne s'effaçait. Et cela se voyait aisément : il ne regrettait rien de l'accident qui lui avait coûté sa baguette durant la fin d'un été. Son père reprit de nouveau, la voix posée, et les yeux ouverts.

"Alyona, que penses-tu de cet état de fait ? J'aime à croire que... que c'est l'ignorance, qui fait la peur. Et la peur mène à la haine, qui mène... et bien, je ne vais rien t'apprendre. N'y aurait-il donc aucun moyen de... de remédier, à cette ignorance ? D'entrer en contact, de façon contrôlée et maîtrisée, contrairement à ce qu'il s'est passé la dernière fois, évidemment. De là où je me tiens, j'ai le sentiment que les sorciers détiennent toutes les cartes en main. Et je suis persuadé qu'une cohabitation pacifique est possible ! Que les deux mondes auraient tellement à s'apprendre l'un l'autre ! Et... Enfin, pardonne-moi, je parle de ce que je ne sais pas. Qu'en penses-tu ?"

Il fallait dire que la naïveté et l'idéalisme de Narcisse ne venaient pas de nulle part. Et si Alyona observait bien ses deux interlocuteurs, elle remarquerait peut-être à quel point, en cet instant, ils se ressemblaient. Père et fils.

5A - Médiateur
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Une magique mentoresse Alyona Farrow PNJ
Moi, j'aurais bien envie de le secouer comme un prunier, Narcisse, à savoir qu'il tombe parfois dans les pommes en s'entraînant. Une réserve d'énergie, ce n'est pas fait pour s'épuiser, et agir ainsi, c'est sûrement la meilleure façon pour s'abîmer, cela pourrait avoir des conséquences, ce n'est pas bon pour lui. Il se fait plus de mal que de bien en agissant de cette manière. Merlin, il est en pleine croissance ! Mais la jeunesse nous rend tout puissant et dans son élévation enterre la raison. Cependant que puis-je faire, que puis-je dire ? Je ne suis pas de sa famille, je ne suis pas avec lui à Poudlard, alors je garde pour moi le regard sévère que j'aurais aimé lui adresser, et pince les lèvres pour éviter tout commentaire. Je ne dirai rien, je ne m'inquiéterai pas, je lui fais confiance.
Une grande inspiration et j'oublie tout (une part de moi aurait préféré ne rien savoir).

Mais la suite me met mal à l'aise, la suite me rappelle à cet événement douloureux de l'été dernier, à ma mère, à la baguette confisquée de Narcisse, et aussitôt je regrette de m'être avancée sur ce terrain, surtout en présence de toute la famille Brando. La magie se transforme sous nos paroles, elle devient hideuse et séparatrice, cassante, elle fissure, et ce qui était merveilleux chez elle est brutalement source de haine. Mon ventre se noue, ma bouche se tord, je serre ma canette entre mes doigts.

Je sentais venir la question d'Oscar à propos de ce que je pense de tout cela, parce qu'à l'évidence je ne partage pas son point de vue, même si je l'aimerais, et parce que je suis ici une sorcière née de parents sorciers, et ayant toujours vécu dans ce monde qui leur est encore obscur. Je suis le regard derrière le miroir qui ne bouge pas comme eux. Même entre nous il y a quelque chose, pas un fossé mais une différence qui me blesse, et qu'il m'est difficile d'assumer. J'aimerais pouvoir penser comme Oscar Brando, vraiment, et son idéalisme s'exprime avec une facilité déconcertante qui me permet presque d'y croire, d'imaginer qu'il a raison, que c'est possible. Sa vision, jolie et légère comme celle de Narcisse, me fait sourire et m'attire. J'ai envie d'y croire. Pourquoi ne le puis-je pas ?

Mon regard s'enfuit ; mon éducation me contraint à garder le dos droit. J'ai beau réfléchir, retourner le problème dans tous les sens, aucune voie ne me permet de parler sans risquer de blesser. La magie fissure, et ma parole en est son instrument.

« Je ne sais pas, j'ai peur que ce soit plus compliqué que ça... J'aimerais croire en la possibilité d'une cohabitation, moi aussi, mais... »

Je me réfugie un temps derrière ce silence. Si au départ je souhaitais m'avancer prudemment, désormais les idées et les pensées se bousculent dans mon crâne. Lorsque je reprends la parole, c'est pour garder le regard figé sur les fleurs que j'ai faites pousser dans le jardin des Brando. Figé, peut-être, mais la voix toute agitée, secouée, insatisfaite de ce qu'elle énonce. Se résoudre à la peine.

« Mais il y a tellement de différences entre les moldus et les sorciers ! Et si elles étaient reconnues, s'il n'y avait plus d'ignorance, est-ce qu'elles seraient pour autant acceptées ? Je veux dire... Il y a des choses qu'un sorcier peut faire, qu'un moldu ne pourra jamais faire, même à l'aide de technologie. Il suffit de penser au transplanage, ou à la métamorphose. Il y a bien des moldus qui pourraient essayer de comprendre, de reproduire, de tenter d'égaler, mais ce serait impossible. Pour moi, le problème est là : il n'y aura jamais d'égalité entre sorciers et moldus, et à partir de là... Comment vivre ensemble ? Comment se faire confiance quand on sait que les sorciers peuvent altérer la mémoire, oublietter ? Comment les moldus pourraient-ils accepter les sorciers s'ils savent qu'ils ne pourront jamais les égaler, ou se défendre contre eux ? Ils sont séparés trop nettement... Il faudrait reconnaître aux sorciers des capacités et une puissance que les moldus n'auront jamais et c'est... Enfin... »

Je soupire, reviens poser mon regard sur ma canette, et renonce à poursuivre ma phrase.

« C'est une question qui relève de l'international, mais même au sein de notre pays, dans la communauté sorcière comme dans la communauté moldue, tout le monde ne serait pas prêt pour ça. »

Ceux qui ont été blessés lors de la dernière guerre, ceux qui pourraient chercher une revanche, ceux qui ont la haine ancrée si loin qu'ils ne voient que par elle, qu'ils en ont fait un point d'éducation à transmettre. J'hérite de votre colère, de votre ressentiment, de vos murs infranchissables.

« Même chez les sorciers, certains pourraient vouloir faire du mal... certains n'accepteraient pas ! Les nés-moldus vivent déjà difficilement, on... on peut entendre des choses horribles sur eux, vouloir les tenir à l'écart alors... alors, les moldus ! »

Ma situation familiale est une aiguille piquée dans ma poitrine. Je n'arrive pas à en parler et pourtant elle s'exprime dans chaque mot trop lourd qui me tombe de la bouche.

« Cela peut s'imaginer au sein d'une famille, mais généralement, à l'échelle d'un pays, du monde... C'est... C'est... »

Je m'agite sur ma chaise, l'inconfort me poursuivant même dans ma position assise. Toujours à balbutier, incapable d'énoncer clairement, droit dans les yeux ! Quelle sacrée sorcière ! tremblante comme une feuille morte.

« Mais je... J'espère que cela évoluera, vous savez... Que vous pourrez... Que vous ne serez pas écartés de la vie de Narcisse à cause de ça... Que... Je ne sais pas... Qu'il y aura des évolutions pour les familles... »

Cette fois, mes yeux font des allers-retours pour venir effleurer les expressions des visages de Narcisse, Honor, Oscar et Claire. Tour à tour, discrètement, je m'excuse d'un regard et prends la mesure de leurs réactions.

J'ai la bouche sèche et les traits tordus.

« Désolée, je... j'ai... »

Un sourire un peu rougissant, mal à l'aise.

J'ai complètement cassé l'ambiance.

Ouh la, 300 mots juste de paroles d'Alyona, c'est rare :lol: !

#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht