Libre Et toi, tu ferais quoi ?

Je me sens disparaître quand ils parlent des grenouilles et de ce qui est bien à faire ou non. Ce n'est pas exactement que je disparais : je suis encore là, je sens le cuir de la couverture du livre sous mes doigts, le sol sous mes pieds, je sens l'odeur de la librairie et les coups de mon cœur affolé dans ma poitrine. Je suis là mais pas pour eux. Mes yeux se détournent vers les rayonnages. J'accroche des titres, j'imagine des choses, comme si un coup de vent avait soufflé et avait éparpillé mon attention.

La seule chose qui me ramène à l'instant présent, c'est un prénom. Celui de la fille. J'atterris brutalement et mes rêves s'enfuient. Un sourire comme une virgule maladroite étire mes lèvres. Elle est drôle, ça se confirme. Je ne peux pas retenir le rire léger et silencieux qui traverse mon visage alors même que je baisse la tête pour tenter de le cacher. Je jette un rapide coup d’œil à l'homme, qui est encore là et qui nous écoute, et qui l'a vue se présenter et qui ne se présente pas en retour car ce n'est pas à lui qu'elle a dit son prénom. Je tarde sûrement trop à tendre la main pour me présenter à mon tour : dès lors qu'il se met à parler, ne me passe même pas par l'esprit l'idée de l'interrompre pour le faire. Je reste sagement à ma place et je l'écoute.

Il parle bien. Ce n'est pas tant ça que j'admire que le fait qu'il parle bien alors que nous sommes des enfants. Parfois, les adultes emploient des mots simples pour nous parler mais lui, il est comme monsieur Montgomery. Mon précepteur n'utilise jamais de mots simples pour me parler. Parfois, je lui dis que je ne comprends pas. Il réplique toujours que c'est comme ça que j'apprendrai, en me confrontant à des choses que je ne comprends pas. Après, il me demande quels mots je n'ai pas compris. S'il est dans un bon jour, il me les explique et me demande de les utiliser dans d'autres phrases. S'il est dans un mauvais jour, je dois faire mes recherches moi-même dans le lourd dictionnaire qui repose toujours sur ma table d'étude.

Je l'aime bien, cet homme. Je le regarde un peu plus franchement. Peut-être trop. Il va croire que je le fixe, alors je me détourne vers la fille et j'annonce comme si le monsieur n'avait pas parlé entre temps :

« Enchanté. Derek Hangoover. »

Naturellement, je lui tends la main puis après, je la tends à l'homme.

« Derek Hangoover, » je répète même s'il l'avait entendu la première fois — il faut toujours dire son nom quand on tend la main pour la première fois à quelqu'un.

Je les regarde tous les deux droit dans les yeux car c'est comme ça qu'on sert la main des gens.



Si les deux serrent la main de Derek — s'ils le font pas, il se décomposera tellement qu'il ne pourra pas parler et que cette suite ne comptera pas :

Maintenant que c'est fait, donner une réponse à l'homme. Il le faut bien, non ? Je ne sais toujours pas s'il a critiqué mon choix de livre ou s'il a simplement fait une réflexion. Alors je dis la première chose qui me vient, car chaque seconde qui passe me donne l'impression que j'échoue.

« Dans mon livre, il y a aussi de faux dragons. Comme un qui crache de l'eau brûlante à la place du feu, j'explique maladroitement, mon regard passant de l'un à l'autre. Peut-être que... »

Peut-être que les moldus et les sorciers inventent des choses pareilles sans le savoir ? Je referme la bouche avant d'avoir terminé de dire cette absurdité honteuse. Les moldus et les sorciers, faire la même chose ? C'est tellement idiot ce que j'ai failli dire que je me décompose. Les sorciers ne font rien de semblable aux moldus, c'est pourtant bien connu ! Si Mère était là et si elle m'avait entendu dire ça, elle m'aurait sévèrement grondé pour avoir osé dire une chose pareille devant témoins. Et à la maison, elle m'aurait secoué et m'aurait enfermé dans ma chambre avec une punition. J'ai tellement honte que je n'arrive pas à terminer ma phrase qui reste en suspend entre nous trois.

Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard

Libre Et toi, tu ferais quoi ?
Je regardai la main que Derek me tendait avant de la serrer aussitôt avec un sourire. Ah bah voilà, maintenant je savais enfin comment il s'appelait ! Il était vraiment super sérieux quand même, même pour dire son prénom il avait l'air sérieux. Moi à côté, je lui étais rentrée dedans avant même de penser à me présenter, donc forcément ça faisait un peu moins classe.

Par contre, quand il parla d'un dragon qui crachait de l'eau brûlante à la place du feu, là, il récupéra toute mon attention. En vrai j'avais jamais pensé à un dragon qui pouvait cracher autre chose que du feu, mais maintenant j'avais plein d'idées qui me venaient. Un qui crachait de la glace, un autre de la fumée ou même... Bon, fallait que j'arrête sinon j'allais y passer l'après-midi.

Derek reprit la parole, sauf qu'il s'arrêta en plein milieu de sa phrase. Je le fixai quelques secondes en attendant la suite, mais vu sa tête elle avait pas l'air de vouloir sortir. Je fronçai un peu les sourcils avant de regarder l'homme puis de revenir vers lui. Moi je voyais pas trop ce qu'il y avait de bizarre là-dedans. Si les Moldus pouvaient inventer autant de dragons différents que l'homme le disait, ils avaient bien dû tomber juste au moins une fois par hasard.

" Enchantée Derek ! Et ton dragon qui crache de l'eau brûlante, ça c'est trop bien ! Enfin faut pas être devant quand il crache quoi, sinon tu finis sûrement cuit quand même. Mais... peut-être que quoi ? Tu voulais dire que les Moldus et les sorciers peuvent inventer les mêmes trucs ? Parce que ça serait drôle en vrai. Ils connaissent pas les vrais dragons mais ils pourraient quand même en inventer un qui ressemble à celui d'un livre sorcier sans le savoir. "


Je haussai les épaules avant que mon regard parte vers les étagères derrière Derek et que je me rappelle enfin pourquoi j'étais venue ici à la base.
Ah oui...Mon livre.
Ça faisait je savais même pas combien de temps que j'étais dans cette librairie et j'avais toujours rien choisi. Si je continuais comme ça j'allais vraiment finir par ressortir les mains vides alors qu'il y avait des livres partout autour de moi.

" Bon, moi faut vraiment que j'aille trouver mon livre sinon je vais encore rester ici trois heures. Salut Derek ! Et désolée de t'être rentrée dedans ! Au revoir monsieur ! Et merci pour le livre avec les dragons, je vais essayer de le trouver ! "

Je leur fis un signe de la main avant de partir dans le rayon d'à côté un peu trop vite, puis je ralentis presque aussitôt en me rappelant que foncer dans quelqu'un une deuxième fois aurait été franchement débile.
Je mis encore un bon moment avant de réussir à choisir quelque chose parce qu'évidemment, dès que j'en trouvais un qui avait l'air bien, j'en voyais un autre juste à côté qui avait l'air encore mieux. Je finis quand même par me décider, coinçai mon livre sous mon bras et quittai la librairie.
Et cette fois, sans rentrer dans personne.

525 mots merci pour ce RP ^^

2A RP (promo50)#691414 Andreas Ma best
«Les bonnes idées changent le monde. Les mauvaises écrivent les légendes.»

Libre Et toi, tu ferais quoi ?
Le paraître si protocolaire et soigné de l’enfant remue un sentiment de malaise chez l’adulte. C’est tôt, si outragement tôt pour enfermer un enfant dans ces codes. L’autre gamine s’est présentée bien plus librement, presque chaotiquement, mais d’une façon qui n’inquiète pas Hjúki sur la rigidité de son instruction. Le petit tend d’abord la main à sa paire, ce qui donne quelques secondes à l’adulte pour percuter en entendant une première fois son nom. Hangoover ? l’impression de reconnaître quelque chose de vaguement familier dans ses traits ne vient pas de nulle part. Il peine néanmoins à croire que ce soit… son fils ? Petit frère ? Du moins, le bibliothécaire serait fort étonné d’apprendre que l’employé du Pitiponk façonne son gamin ainsi. Il n’est pas seulement rigide ou timide, mais… comme formaté pour se plier à des règles qui n’intéressent que des familles désuètes. Pour se démarquer. Se ridiculiser aux yeux de Hjúki qui voit en la mise en avant du statut une honte, pas une fierté. L’irlandais ne compte pas briser son élan, ce n’est pas le moment pour remettre en question les fils qui poussent ce garçon à se présenter de la sorte. Il se saisit donc avec douceur de cette toute petite main et répond en se demander fort s’il ne va pas le regretter. La plupart des gens oublient un nom donné une seule fois, mais parfois… on se rend compte avoir fait une offrande bien trop précieuse. « Hjúki Anastase. »

L’esprit de cet enfant n’est pas complètement contenu, et le mage se ravit de l’entendre décrire un dragon imaginaire qui l’a intéressé. Cela le fait d’autant plus sourire que cette caractéristique correspond exactement à l’une des espèces recensées dans le manuel de dragons de Harold. Malheureusement, il ne vient pas au bout de sa théorie sur l’univers de son feu d’ivoire. La fille aime bien le concept de ce dragon, et ne croit pas si bien dire quand elle imagine les imaginaires moldus et sorciers peuvent se croiser. « L’ébouillantueur. C’est le nom d’un dragon marin qui stocke de l’eau bouillante avec sa gueule dans l’histoire moldue que je conseillais. » Sheryl semble se souvenir qu’elle recherchait un livre en particulier et annonce son départ aussi impromptu que son arrivée. Hjúki lui fait au revoir, toujours aussi… gêné d’être appelé ‘monsieur’. Ça fait de lui quelque de plus vieux et différent de l’image qu’il a de soi-même. Le nom du petit garçon continue de résonner dans sa tête. À la base, c’est le nom de celui qui leur a permis, à lui et Ali, d’orner la fresque du Pitiponk. L’enfant lui ressemble tout en ayant une attitude qui n’a pas l’air de concorder avec son aîné. Il ne parvient pas à taire les interrogations soulevées, si bien qu’il finit par l’exprimer. « Tu es apparenté à Christopher Hangoover ? »

Libre Et toi, tu ferais quoi ?
Quelque chose se dénoue en moi quand ils me serrent la main. Les choses reviennent à la place. Je garde précieusement le nom de l'homme dans mon esprit, car on m'a appris que le savoir sur les gens valait toutes les faiblesses du monde. Je sais être plein de faiblesses. Mais j'ai une bonne mémoire. Hjúki Anastase. J'aime son prénom. Et j'aime son nom, même si je ne sais pas le situer dans le paysage des bonnes familles sorcières britanniques. Hjúki. C'est un prénom d'un héros incompris. Le genre qui pourrait chevaucher un dragon qui crache de l'eau bouillante, non ?

J'y pense en me focalisant sur la fille qui parle toujours aussi vite, qui me perd dans le fracas de ses mots. Je remarque au bout de plusieurs secondes que je me tords les doigts. Je me force à arrêter. Les bras le long du corps. Les yeux dans ceux de la personne qui parle. Et on perd pas le fil, histoire d'être capable de donner une réponse intelligente. Toujours paraître intelligent. Ne pas faire honte à Père et Mère. Être un bon fils. Un bon Hangoover.

Je grimace un sourire pré-fabriqué quand elle me demande ce que j'ai voulu dire, sous-entendant qu'elle trouve ça bizarre que je n'ai pas terminé ma phrase. Quel idiot, mais quel idiot ! Je hoche la tête : oui, voilà, oui, je voulais dire ça, tout à fait. Faire genre de rien pendant que j'invente dans mon esprit une réponse qui ira bien, qui fera tout comme il faut, même si ça m'angoisse de sentir sur moi, sur nous le regard de Monsieur Anastase. Pourtant, il en dit des choses intéressantes. J'ai du mal à retenir l'étincelle passionnée qui s'allume dans mes yeux quand il me donne le nom d'un dragon et qu'il dit qu'il existe réellement dans le livre dont il parlait. Mon cœur se serre d'une envie presque douloureuse. Pourrais-je me procurer ce livre ?

Elle part aussi vite qu'elle est arrivée. Comme ça, elle part aussi vite qu'elle est arrivée. J'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche.

« Je te souhaite une bonne fin de jour... »

La fin de ma phrase se perd dans ma propre bouche et de toute façon, elle est déjà partie. Je me demande si je l'ai fait fuir. J'aspire ma lèvre en la suivant du regard, avant de me rappeler que je ne suis pas seul. Je ramène mes yeux sur Monsieur Anastase. Je n'arrive pas à oublier l'ébouillanteur. Est-ce que je peux lui donner des précisions ? Le risque n'est-il pas trop grand ? Si mes parents apprennent que je me suis intéressé publiquement à un livre de moldu, je risque cher. Je les décevrai encore. Je ne veux pas les décevoir. Et puis en plus, qui sait si...

Christopher Hangoover ?!

Mon visage se défait. Mon cœur s'envole dans ma poitrine. Christopher Hangoover ? Oncle Christie ? Mon oncle Christie ? Pourquoi est-ce qu'il connait mon oncle Christie ? Ce n'est pas bien, pas bien du tout. Souvent, on connait mon Père. C'est un puissant duelliste et même qu'il travaille au Consilium ! Ou alors on connait ma grand-mère Lillian, connue dans l'entreprise du parfum, ou alors ma tante, ou alors... D'autres gens. Pas Oncle Christie. Oncle Christie est décevant. C'est Père qui le dit. Moi, je l'aime bien. Je ne le vois pas souvent mais je l'aime bien, même s'il ne faut pas que je le dise devant Père.

« Oui, Monsieur Anastase, le lâche d'une petite voix, le regard incertain. Il s'agit de mon oncle. »

Mon cœur bat à vive allure dans ma poitrine, comme s'il voulait s'échapper. Je jette un regard nerveux vers la porte vitrée qui donne sur la rue avant de ramener mes yeux sur mon interlocuteur. Je ne sais pas si j'ai le droit de dire que je lui suis apparenté. Mais en même temps, c'est la vérité. Je ne vais pas mentir, non ? C'est mal de mentir.

Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard