Face au Grand Noir PV

« T’es bien bizarre toi. »

Je ne m’attendais certes pas à cela. J’attendais des cris, des refus, des tentatives de reprendre le contrôle, ou que sais-je encore, j’aurais même accepté qu’elle s’enfuit dans l’autre sens en m’envoyant me faire voir, ce qui aurait été justifié. Mais non. Juste cette petite phrase qui me fait froncer les sourcils et voilà que la gamine vient vers moi. Un soupir au bord des lèvres, je décide de ne pas chercher à comprendre et surtout de ne pas chercher plus loin. Quelque part, je suis rassurée qu’elle accepte aussi simplement de me suivre, qu’elle accepte l’ordre que je lui ai donné ; cela m’évite de la regarder s’enfuir comme une conne.

Je m’apprête à reprendre ma marche lorsqu’elle arrive sur moi. J’aurais repris ma marche si elle était restée à sa place, mais le geste qu’elle fait dans ma direction me fige et me soulève le coeur. Pendant quelques secondes, je suis persuadée qu’elle va me frapper ; incapable de réagir cependant, je ne peux qu’être spectatrice de ce drame. Jusqu’à ce qu’elle… *Non*, ce n’est pas possible. Souffle coupé, yeux écarquillés, coeur battant la chamade — elle a déposé un baiser sur ma joue ; en passant par son doigt, certes, mais c’est tout de même un bisous sur la joue, le bisous le plus étrange au monde, le plus dérangeant également et contre toute attente un bisous qui me fait rougir et qui me donne chaud.

Bouche bée, je la regarde s’enfuir en courant, l’air un peu idiote. Finalement, c’est arrivé : elle s’enfuyant et moi restant figée comme une conne. Mon coeur bat comme un tambour, l’idiot. Et moi, je n’arrive plus à réfléchir. Jusqu’à ce qu’un petit rire m’arrache à mes pensées. Je me tords la nuque pour regarder Zikomo, me sentant honteuse sans explication. Le rire du Mngwi achève de m’enfoncer dans le malaise.

« Arrête de rire ! » lui lancé-je d’une voix hargneuse.

Il n’y a aucune raison de rire, absolument aucune. Moi, je ne ris pas, non. Je suis en colère et complètement dépassée par la situation. Mais je sais au fond que ma colère n’est motivée que par ma honte, qu’elle n’existe pas réellement et qu’elle ne soulève pas vraiment mon coeur.

« Cette putain d’fille ! Elle est pire encore que Grewger ! »

Et ce n’est pas un compliment.

« Je l’aime bien, moi.
Ouais bah toi t’aimes tout l’monde. »

Boudeuse, je me retiens de croiser les bras sur ma poitrine. Je me sens réellement bête, actuellement. Comme si on venait de me rouler dans la farine, de me faire une mauvaise blague ou de se moquer de moi. Comme si on venait de me déposer un baiser sur la joue. Je me sens... Incapable de décider, je me mets en marche après m’être assurée que la gamine ait réellement disparue. Hors de question de croiser son chemin pour le moment, et plus jamais d’ailleurs, ou je mourrais de honte. Un bisous déposé sur un doigt puis sur ma joue… C’est vraiment la pire chose qu’il pouvait m’arriver. Avec le sentiment d’être plus enfantine encore que la gamine qui vient de me quitter, je frotte mes doigts sur ma cape puis tirant un pan de cette dernière, j’astique ma joue pour l’en débarrasser de toutes traces imaginaires de baiser. Au regard que Zikomo pose sur moi, je sens bien que lui aussi me prend pour une gamine ; je lui jette un regard noir.

« On va r’trouver Thalia, maugréé-je dans ma barbe. Au moins, elle, elle fait pas d’trucs bizarres. »

A part me proposer de m’embrasser, puis m’embrasser réellement ? Certes, elle est moins étrange. Je rougis, encore, en me rappelant la sensation de ses lèvres sur les miennes. *’chier*. Aujourd’hui est une journée pourrie. Mais malgré tous mes efforts, je n’arrive pas à regretter la rencontre que j’ai faite ce matin. Même si cette Elowen *Furie* est vraiment bizarre. J’espère seulement que je ne la recroiserais pas de sitôt. Les gamines comme elle ne m'intéressent pas, elles me dérangent et elles me mettent en colère. Le pire, c'est que ce qu'elle vient de me faire n'est même pas la raison de ma colère ; c'était trop naturel et trop enfantin pour me faire réagir. Non, c'est son petit côté innocent qui m'agace. Un petit quelque chose qui... Je ne sais pas. De toute façon, ce n'est pas comme si j'allais passer d'autres moments avec elle ; autant l'oublier.

- Fin -


Merci à toi, Plume, pour cette magnifique Danse que j'ai adoré écrire. Ta Protégée est resplandissante, je l'aime beaucoup. Contrairement à Aelle. Qui ne la déteste pas tant que cela, finalement, va savoir pourquoi.
A très bientôt.