Enthalpie
C’est trop dur. Marcher jusqu’à son appartement sera au-dessus de ses forces. Pourtant, il la soutient et sa canne l’aide mais le sable est encore la sous-couche. A ce rythme-là, il leur faudrait une heure, juste pour retrouver Abercorn Park. Masquer la claudication, masquer la fatigue, taire la douleur… Circéia ne pourra pas. Il lui reste une seule option. Téméraire, inconsciente même, elle s’arrête, le regarde et prend sa main. Elle la serre fortement. Au plus corsé de la tempête, rien ne les trahira, en tout cas les moldus n’y verront que du feu.
- Accrochez-vous bien Hjúki.
Et ils transplanent. Contre toutes les recommandations des soignants, des sorciers prudents ayant placé ce genre de magie en tête de leur liste noire, les deux jeunes gens sont pris dans le tourbillon classique de cette magie puissante. La réussite est assurée, ses pouvoirs sont intacts. Et elle le veut. Oui, elle veut réussir et se retrouver dans la ruelle attenante à son appartement. L’atteindre ne sera pas difficile. Et déjà ils y sont. Mais durant le trajet, de l’eau a jailli, sans doute la neige a-t-elle fondu au contact du sort. Quelques gouttes sont salées et il se pourrait que Hjúki s’en rende compte. Tout comme il ne peut ignorer la couleur verte du brouillard les entourant. Surtout… l’odeur. Le système de récupération du liquide, qui permet à Circéia d’avoir en permanence une épuration du bas de son corps, a volé en éclats. Et souillé son vêtement. Au moment de se « poser » sur le sol, une flaque verte colore la neige, comme si le manteau dégoulinait d’un sang en putréfaction.
- Nous y sommes….
Elle a mal, c’est évident. Sa voix est étouffée mais d’une manière non pas réservée… elle est essoufflée. Serrant plus que jamais la main de Hjúki, Circéia a choisi de se saborder. A l’humiliation de l’évanouissement sur le chemin du retour, elle a préféré le risque de dégâts bien plus graves, juste différés dans le temps. Mais c’est un mauvais calcul, elle ne pourra pas monter les marches seule. Et s’il venait à refuser ? Un nouveau calvaire s’annoncerait. Capituler est une chose qu’elle déteste. Souvent elle a poussé son adversaire à devoir mener le combat jusqu’au Mat, pour avoir le plaisir dérisoire de lui faire perdre un temps précieux. Cette fois, elle doit admettre qu’elle ne peut en arriver là.
- Les marches...
Fière, digne malgré l’impuissance. Trouver une façon de ne pas accabler ses jambes. Car s’il y jetait un œil, Hjúki Anastase serait effrayé. Elle n’a pas encore compris. Les rejets se poursuivront, comme chaque seconde. Et on pourra la suivre à la trace. On ne traite pas le mal en en faisant disparaître les immondices. Elle devra réparer au mieux, d’ici à ce que de vrais soignants l’auscultent. Car… outre la rupture des digues protectrices, des lésions internes ont peut-être été provoquées. Et cela, aucun des deux sorciers présents à cette heure dans une ruelle écossaise ne saurait l’établir.
- J’aimerais disposer d’une autre façon de vous inviter chez moi…
L’autodérision prend au ventre. Et l’infime sourire recouvre les coulures sur ses joues. Mouillées de neige et larmes des jambes, elles camouflent ses yeux. Sans tarder, ils rougiront. Le rendre esclave de son état constitue pour Circéia une violence insupportable. Mais elle n’a pas le choix. Lui imposer cela alors qu’ils ne sont rien l’un pour l’autre s’oppose à tous les principes de son âme. Prisonnière de son état, elle tente d’improviser la suite d’une excuse. Ne trouve rien, pas le moindre argument. Alors elle se ferme, tel un monolithe, dans une attitude minérale. Circéia perd-elle pied au pire moment ? Un nouveau combat se met en place, la lutte entre le renoncement et le courage. Elle doit lutter avec force, prendre sur elle. Si elle a pleuré durant le transplanage, concentrée sur la main qu’elle ne voulait à aucun prix lâcher, ce n’est pas pour tout perdre devant la dernière marche. Se battre. Personne ne lui a présenté la vie comme une chose facile. Une force dont elle ne soupçonne pas la puissance lui dicte de combattre. Non, ses yeux ne seront pas rougis, pas aujourd’hui, et pas ainsi. L’heure a passé mais...
- Aimez-vous le thé russe ?
La flamme, réapparue dans ses yeux noirs, de nouveau brillants. Il faut qu’il accepte. Il le faut à tout prix. Parce que c’est lui. Circéia se consume, un peu partout le brasier grésille en elle. Mais le foyer est très localisé. Et s’il venait à partir, c’est bien plus haut qu’elle serait terrassée. Il se passe quelque chose de plus grand qu’un désagrément dans les jambes.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
- Accrochez-vous bien Hjúki.
Et ils transplanent. Contre toutes les recommandations des soignants, des sorciers prudents ayant placé ce genre de magie en tête de leur liste noire, les deux jeunes gens sont pris dans le tourbillon classique de cette magie puissante. La réussite est assurée, ses pouvoirs sont intacts. Et elle le veut. Oui, elle veut réussir et se retrouver dans la ruelle attenante à son appartement. L’atteindre ne sera pas difficile. Et déjà ils y sont. Mais durant le trajet, de l’eau a jailli, sans doute la neige a-t-elle fondu au contact du sort. Quelques gouttes sont salées et il se pourrait que Hjúki s’en rende compte. Tout comme il ne peut ignorer la couleur verte du brouillard les entourant. Surtout… l’odeur. Le système de récupération du liquide, qui permet à Circéia d’avoir en permanence une épuration du bas de son corps, a volé en éclats. Et souillé son vêtement. Au moment de se « poser » sur le sol, une flaque verte colore la neige, comme si le manteau dégoulinait d’un sang en putréfaction.
- Nous y sommes….
Elle a mal, c’est évident. Sa voix est étouffée mais d’une manière non pas réservée… elle est essoufflée. Serrant plus que jamais la main de Hjúki, Circéia a choisi de se saborder. A l’humiliation de l’évanouissement sur le chemin du retour, elle a préféré le risque de dégâts bien plus graves, juste différés dans le temps. Mais c’est un mauvais calcul, elle ne pourra pas monter les marches seule. Et s’il venait à refuser ? Un nouveau calvaire s’annoncerait. Capituler est une chose qu’elle déteste. Souvent elle a poussé son adversaire à devoir mener le combat jusqu’au Mat, pour avoir le plaisir dérisoire de lui faire perdre un temps précieux. Cette fois, elle doit admettre qu’elle ne peut en arriver là.
- Les marches...
Fière, digne malgré l’impuissance. Trouver une façon de ne pas accabler ses jambes. Car s’il y jetait un œil, Hjúki Anastase serait effrayé. Elle n’a pas encore compris. Les rejets se poursuivront, comme chaque seconde. Et on pourra la suivre à la trace. On ne traite pas le mal en en faisant disparaître les immondices. Elle devra réparer au mieux, d’ici à ce que de vrais soignants l’auscultent. Car… outre la rupture des digues protectrices, des lésions internes ont peut-être été provoquées. Et cela, aucun des deux sorciers présents à cette heure dans une ruelle écossaise ne saurait l’établir.
- J’aimerais disposer d’une autre façon de vous inviter chez moi…
L’autodérision prend au ventre. Et l’infime sourire recouvre les coulures sur ses joues. Mouillées de neige et larmes des jambes, elles camouflent ses yeux. Sans tarder, ils rougiront. Le rendre esclave de son état constitue pour Circéia une violence insupportable. Mais elle n’a pas le choix. Lui imposer cela alors qu’ils ne sont rien l’un pour l’autre s’oppose à tous les principes de son âme. Prisonnière de son état, elle tente d’improviser la suite d’une excuse. Ne trouve rien, pas le moindre argument. Alors elle se ferme, tel un monolithe, dans une attitude minérale. Circéia perd-elle pied au pire moment ? Un nouveau combat se met en place, la lutte entre le renoncement et le courage. Elle doit lutter avec force, prendre sur elle. Si elle a pleuré durant le transplanage, concentrée sur la main qu’elle ne voulait à aucun prix lâcher, ce n’est pas pour tout perdre devant la dernière marche. Se battre. Personne ne lui a présenté la vie comme une chose facile. Une force dont elle ne soupçonne pas la puissance lui dicte de combattre. Non, ses yeux ne seront pas rougis, pas aujourd’hui, et pas ainsi. L’heure a passé mais...
- Aimez-vous le thé russe ?
La flamme, réapparue dans ses yeux noirs, de nouveau brillants. Il faut qu’il accepte. Il le faut à tout prix. Parce que c’est lui. Circéia se consume, un peu partout le brasier grésille en elle. Mais le foyer est très localisé. Et s’il venait à partir, c’est bien plus haut qu’elle serait terrassée. Il se passe quelque chose de plus grand qu’un désagrément dans les jambes.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Enthalpie
Prenons le large. Sans doute le commentaire mental qu’un quelconque observateur lointain aurait en tête s’il voyait ces deux Silhouettes sur la plage, se tenant l’une à l’autre, prêtes à se lancer en un commun élan. Par une fulgurance toutefois imprévisible. D’une force ascendante la plus petite main de Circéia s’est saisie de celle de l’adolescent. Elle la tient, l’agrippe d’une fermeté telle qu’il n’a de la peine à comprendre que le but n’est pas le contact. Une nécessité. Qu’est-ce que cela pourrait-il présager ? L’avertissement ne parvient que brumeux dans sa conscience qui se trouve déjà aspirée avec son corps dans le tourbillon, par une énergie qui n’est pas la sienne. Balloté par un vortex qui n’a rien du sien habituel. Son rapport à la magie est tel qu’il lui est impossible de ne pas remarquer la différence. Fulgurance. L’impression très vite s’estompe, et la Bulle de l’enchanteresse en laquelle le jeune homme avait été entouré dans la nécessité du voyage-éclair a déjà éclaté. S’il est exigé du transplaneur une droiture pour ne point dévier, le passager peut divaguer à sa guise ; et de ses bribes s’arracherait l’intuition d’une *farouche indépendance*.
Même à l’heure où elle aurait besoin d’être soutenue, elle œuvrera seule, si tant est qu’elle s’en imagine capable. La raison la plus vraisemblable qui expliquerait cette explosion de sa propre magie sans ne rien demander de Hjúki. La sensation de crash sensoriel post-transplanage l’envahit, et il lui faut patienter un moment pour que tout se régule et se restaure. Engourdissement persistant à la main dont il réalise alors l’origine en constatant les doigts de la jeune femme qui ont continué à l’entourer, même une fois l’acte terminé. Ses Perles-de-Nótt balaient rapidement le lieu où elle les a fait atterrir. Reconnaissant qu’il n’aurait été en mesure de visualiser cette ruelle exactement, il réalise toutefois à quel point Circéia peut aller loin pour ne pas être redevable. En se refusant à un soutien, il lui coûtera d’en avoir désormais un besoin impérieux, puisque même au travers de son agrippement il perçoit son affaiblissement. Froncement de sourcils en constatant le dégoulinement verdâtre au sol. Elle sait. Il sait. Il n’est pas question de faire gonfler l’atmosphère de cette désagréable épaisseur qu’est la gêne, voire la honte. Un absurde parallèle le traverse…sa santé doit faire face aux affres que la plupart n’expérimente qu’au crépuscule, tout comme son Opa. Le monde fonctionne-t-il aussi en structure annulaire ? L’Étoile du Levant est aussi celle du Couchant.
À s’être dépassée, elle se trouve à payer par le soutien pour les ultimes pas. L’adolescent contemple les marches, pensif. Comment dépasser cet obstacle ? Il risquerait de la casser de l’intérieur en la manipulant imprudemment de sa magie. Qu’il porte en peau poisseuse lorsque ses émotions sont trop brouillonnes, trop emportées, ou dans quelque excès. Or, il lui est assez clair que la jeune femme ne fait pas planer en lui un calme olympien. Porté. Évidemment, cela s’inscrit dans la logique de leur danse, et ce semble être exactement le rôle qui s’impose, qui lui incombe. S’il en a la force. Puiser en leurs sources. Ils se sont donc rapprochés au centre de la scène pour un porté. Sa Noirceur est définitivement coulante. Brillante, aussi. *…thé russe ?* La proposition le traverse, secondairement à sa contemplation concentrée de l’enchanteresse. Cela n’empêche pas une petite partie de son esprit d’amalgamer des pensées périphériques. *Un thé russe en Écosse…* Mélange bien singulier. En toute cohérence cependant avec cette combinaison que représente Circéia Serguéïeva. C’est là une invitation à parler sa langue. Oui, il souhaite l’apprendre. Avant de parler, il glisse avec douceur un doigt contre sa joue pour en recueillir un trait d’humidité qui y a affleuré, il n’est pas en mesure de tout résorber mais tente au moins pour cet infime fragment.
« J’en suis étranger, mais je vous fais confiance. Pour découvrir. »
Il présente alors ses épaules pour la tenir aussi fermement que possible et la porter outre le dernier obstacle érigé contre eux à une nouvelle chaleur.
Même à l’heure où elle aurait besoin d’être soutenue, elle œuvrera seule, si tant est qu’elle s’en imagine capable. La raison la plus vraisemblable qui expliquerait cette explosion de sa propre magie sans ne rien demander de Hjúki. La sensation de crash sensoriel post-transplanage l’envahit, et il lui faut patienter un moment pour que tout se régule et se restaure. Engourdissement persistant à la main dont il réalise alors l’origine en constatant les doigts de la jeune femme qui ont continué à l’entourer, même une fois l’acte terminé. Ses Perles-de-Nótt balaient rapidement le lieu où elle les a fait atterrir. Reconnaissant qu’il n’aurait été en mesure de visualiser cette ruelle exactement, il réalise toutefois à quel point Circéia peut aller loin pour ne pas être redevable. En se refusant à un soutien, il lui coûtera d’en avoir désormais un besoin impérieux, puisque même au travers de son agrippement il perçoit son affaiblissement. Froncement de sourcils en constatant le dégoulinement verdâtre au sol. Elle sait. Il sait. Il n’est pas question de faire gonfler l’atmosphère de cette désagréable épaisseur qu’est la gêne, voire la honte. Un absurde parallèle le traverse…sa santé doit faire face aux affres que la plupart n’expérimente qu’au crépuscule, tout comme son Opa. Le monde fonctionne-t-il aussi en structure annulaire ? L’Étoile du Levant est aussi celle du Couchant.
À s’être dépassée, elle se trouve à payer par le soutien pour les ultimes pas. L’adolescent contemple les marches, pensif. Comment dépasser cet obstacle ? Il risquerait de la casser de l’intérieur en la manipulant imprudemment de sa magie. Qu’il porte en peau poisseuse lorsque ses émotions sont trop brouillonnes, trop emportées, ou dans quelque excès. Or, il lui est assez clair que la jeune femme ne fait pas planer en lui un calme olympien. Porté. Évidemment, cela s’inscrit dans la logique de leur danse, et ce semble être exactement le rôle qui s’impose, qui lui incombe. S’il en a la force. Puiser en leurs sources. Ils se sont donc rapprochés au centre de la scène pour un porté. Sa Noirceur est définitivement coulante. Brillante, aussi. *…thé russe ?* La proposition le traverse, secondairement à sa contemplation concentrée de l’enchanteresse. Cela n’empêche pas une petite partie de son esprit d’amalgamer des pensées périphériques. *Un thé russe en Écosse…* Mélange bien singulier. En toute cohérence cependant avec cette combinaison que représente Circéia Serguéïeva. C’est là une invitation à parler sa langue. Oui, il souhaite l’apprendre. Avant de parler, il glisse avec douceur un doigt contre sa joue pour en recueillir un trait d’humidité qui y a affleuré, il n’est pas en mesure de tout résorber mais tente au moins pour cet infime fragment.
« J’en suis étranger, mais je vous fais confiance. Pour découvrir. »
Il présente alors ses épaules pour la tenir aussi fermement que possible et la porter outre le dernier obstacle érigé contre eux à une nouvelle chaleur.
Brûlantes eaux.
Enthalpie
Elle devrait avoir honte. Combien d’heures se sont écoulées depuis leur rencontre ? Et combien de temps a-t-elle mené la danse, décidant pour lui, imposant ses choix. Cela ne lui ressemble pas pourtant, dans le monde elle a toujours fait en sorte d’y faire attention. Mais on oublie un peu vite qu’elle est une solitaire invétérée, habituée à ses pensées, ses parchemins. Elle n’a finalement jamais croisé la nécessité de voir les autres sous ce prisme-là. Depuis quelques minutes, enfin, Circéia a terminé sa course contre elle-même, le cygne a baissé pavillon, sans trop savoir la couleur de sa robe.
Pour comprendre l’effet sur elle de s’offrir au porteur, il faut accepter plusieurs choses ; l’étudiante a laissé des hommes parcourir sa surface. Mais aucun de ces gens ne valait une mornille à ses yeux. Dans cette ruelle pour la première fois elle se donne. Oh, me direz-vous, être dans les bras d’un garçon, c’est pécore, rien qu’un blessé brancardé. Mais pour elle c’est bien plus. Et il faut faire en sorte de ne pas renverser le fragile équilibre qui sera nécessaire. Car si l’assemblage n’est pas solide, ils tomberont à la première occasion. C’est donc autre chose qu’un simple amoncellement. Elle lui fait confiance et pose entre ses bras un vase fragilisé. Ses mouvements sont lents, elle l’enlace, certes le geste est décidé. Mais pour solidifier, pas dans le petit but de s’accrocher à lui. Elle n’est pas une sangsue. Il est vrai qu’ainsi, au plus près, les gyroscopes intimes s’affolent vite. Deux enfants aimantés, sont-ils si différents ? Il est toujours envisageable que Hjúki ait cédé à la politesse. Refuser aurait été odieux. Si les deux sont chargés de la même manière, alors les aimants se repousseront tôt ou tard. Rien n’est garanti.
Elle n’apprécie que moyennement sa position. Avoir dû profiter de son état la gêne. Mais si la douleur intense est le prix à payer, il lui semble presque modéré. Le garçon produit sur son coeur un effet perturbant, et Circéia déteste sentir qu’elle entre en dépendance. Il est souvent facile de toucher un collègue, bien des métiers rendent la chose nécessaire ; on guide la main de l’apprenti, on saisit le corps de l’étoile. Les acteurs vont bien plus loin. Mais la justice tient à distance. Etre tripatouillée par les médicomages est une sensation nouvelle. Il lui a fallu digérer. Hjúki n’est pas un simple soignant, une histoire balbutiante les rapproche. Il est presque trop tôt. Elle ne va pas s’en plaindre mais refuse d’en profiter.
Les marches se succèdent, ballottée gentiment, elle fait en sorte de ne jamais provoquer le déséquilibre. L’effort sera long, il faut l’aider. C’est un chemin à deux, et non pas parallèle. Penser à lui, l’accompagner, imaginer l’effort, les muscles tendus, écouter l’autre corps, s’adapter. Ici, dans ce présent intense, elle doit se rapprocher. Et clairement, ça l’arrange. Car l’étudiante respire l’odeur de l’autre. Les vêtements de Hjúki laissent émerger l’effluve. Les yeux fermés, elle imagine ce corps, aux muscles incertains, tendus et prêts à rompre mais qui ne cèdent rien, conscients de leur devoir. Protéger. Ils n’auraient pas pu utiliser la magie, trop de moldus dans cet immeuble. Mais elle opère quand même, en sous main, du côté de la femme en tout cas. L’océan a suivi les oiseaux de passage, il frappe les côtes, fragilise les dunes. Circéia disparaît en lui. Sa tête ne bouge plus, bien calée dans ce creux de l’épaule dont nous rêvons tous, ce lieu refuge, un havre. Elle le rêve.
Encore un palier, à mille mètres, sous les eaux, on entend notre coeur, paraît-il. Ce qu’elle perçoit est autre, l’unisson, effort en lui, émoi en elle. Le rythme endiablé, univoque. Qui peut bien résister à ces manifestations naturelles ? Cette fois, ses jambes n’existent plus, et si le mal émis demeure non négligeable, il est tellement moins fort que le bonheur reçu. Que cet escalier ne s’arrête jamais. Son visage se détend, Circéia renforce la proximité, la position n’est pas très agréable, qu’importe. Elle est contre lui et ne craint pas ce dont tant d’hommes débordent. Pas lui.
Une première fois elle pousse un petit gémissement, dont il ne saura dire s’il est le résultat des jambes ou le fruit d’autre chose. Elle-même ne sait pas bien, un élément de l’étirement, une impulsion respiratoire... Une impulsion. Devrait-elle s’enquérir de son état ? Le risque de lui couper le souffle l’en empêche. Mais elle l’admire. Il est fort, et précautionneux, précis, de ses mains qu’elle perçoit aux chevilles, éloignées mais bien enracinées. Et s’il est malhabile, il n’en montre rien, rien dont elle puisse s’alarmer. Un quadrille, au moins.
La répétition de cette promiscuité, de plus en plus tolérée, créé des points de soudure. Le souffle de l’effort lui parvient, elle le respire. Et n’hésite plus. Poussée par un instinct dont elle ignore précisément l’origine elle dépose ses lèvres dans le cou du garçon. Circéia ne s’approprie pas un territoire, elle lui parle d’une façon plus subtile. Et ce langage universel, que l’on apprend dans la douceur ou la violence, elle s’y essaye tant bien que mal, sans doute mal. Mais, n’ayant jamais vu ses parents s’étreindre du quotidien, elle invente. Bien ou mal, cette fois, l’immeuble entier prend feu, des poumons au cerveau, les lèvres incendiées peinent à se décoller d’une surface sans défauts. Et s‘il trébuchait par sa faute ?
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Pour comprendre l’effet sur elle de s’offrir au porteur, il faut accepter plusieurs choses ; l’étudiante a laissé des hommes parcourir sa surface. Mais aucun de ces gens ne valait une mornille à ses yeux. Dans cette ruelle pour la première fois elle se donne. Oh, me direz-vous, être dans les bras d’un garçon, c’est pécore, rien qu’un blessé brancardé. Mais pour elle c’est bien plus. Et il faut faire en sorte de ne pas renverser le fragile équilibre qui sera nécessaire. Car si l’assemblage n’est pas solide, ils tomberont à la première occasion. C’est donc autre chose qu’un simple amoncellement. Elle lui fait confiance et pose entre ses bras un vase fragilisé. Ses mouvements sont lents, elle l’enlace, certes le geste est décidé. Mais pour solidifier, pas dans le petit but de s’accrocher à lui. Elle n’est pas une sangsue. Il est vrai qu’ainsi, au plus près, les gyroscopes intimes s’affolent vite. Deux enfants aimantés, sont-ils si différents ? Il est toujours envisageable que Hjúki ait cédé à la politesse. Refuser aurait été odieux. Si les deux sont chargés de la même manière, alors les aimants se repousseront tôt ou tard. Rien n’est garanti.
Elle n’apprécie que moyennement sa position. Avoir dû profiter de son état la gêne. Mais si la douleur intense est le prix à payer, il lui semble presque modéré. Le garçon produit sur son coeur un effet perturbant, et Circéia déteste sentir qu’elle entre en dépendance. Il est souvent facile de toucher un collègue, bien des métiers rendent la chose nécessaire ; on guide la main de l’apprenti, on saisit le corps de l’étoile. Les acteurs vont bien plus loin. Mais la justice tient à distance. Etre tripatouillée par les médicomages est une sensation nouvelle. Il lui a fallu digérer. Hjúki n’est pas un simple soignant, une histoire balbutiante les rapproche. Il est presque trop tôt. Elle ne va pas s’en plaindre mais refuse d’en profiter.
Les marches se succèdent, ballottée gentiment, elle fait en sorte de ne jamais provoquer le déséquilibre. L’effort sera long, il faut l’aider. C’est un chemin à deux, et non pas parallèle. Penser à lui, l’accompagner, imaginer l’effort, les muscles tendus, écouter l’autre corps, s’adapter. Ici, dans ce présent intense, elle doit se rapprocher. Et clairement, ça l’arrange. Car l’étudiante respire l’odeur de l’autre. Les vêtements de Hjúki laissent émerger l’effluve. Les yeux fermés, elle imagine ce corps, aux muscles incertains, tendus et prêts à rompre mais qui ne cèdent rien, conscients de leur devoir. Protéger. Ils n’auraient pas pu utiliser la magie, trop de moldus dans cet immeuble. Mais elle opère quand même, en sous main, du côté de la femme en tout cas. L’océan a suivi les oiseaux de passage, il frappe les côtes, fragilise les dunes. Circéia disparaît en lui. Sa tête ne bouge plus, bien calée dans ce creux de l’épaule dont nous rêvons tous, ce lieu refuge, un havre. Elle le rêve.
Encore un palier, à mille mètres, sous les eaux, on entend notre coeur, paraît-il. Ce qu’elle perçoit est autre, l’unisson, effort en lui, émoi en elle. Le rythme endiablé, univoque. Qui peut bien résister à ces manifestations naturelles ? Cette fois, ses jambes n’existent plus, et si le mal émis demeure non négligeable, il est tellement moins fort que le bonheur reçu. Que cet escalier ne s’arrête jamais. Son visage se détend, Circéia renforce la proximité, la position n’est pas très agréable, qu’importe. Elle est contre lui et ne craint pas ce dont tant d’hommes débordent. Pas lui.
Une première fois elle pousse un petit gémissement, dont il ne saura dire s’il est le résultat des jambes ou le fruit d’autre chose. Elle-même ne sait pas bien, un élément de l’étirement, une impulsion respiratoire... Une impulsion. Devrait-elle s’enquérir de son état ? Le risque de lui couper le souffle l’en empêche. Mais elle l’admire. Il est fort, et précautionneux, précis, de ses mains qu’elle perçoit aux chevilles, éloignées mais bien enracinées. Et s’il est malhabile, il n’en montre rien, rien dont elle puisse s’alarmer. Un quadrille, au moins.
La répétition de cette promiscuité, de plus en plus tolérée, créé des points de soudure. Le souffle de l’effort lui parvient, elle le respire. Et n’hésite plus. Poussée par un instinct dont elle ignore précisément l’origine elle dépose ses lèvres dans le cou du garçon. Circéia ne s’approprie pas un territoire, elle lui parle d’une façon plus subtile. Et ce langage universel, que l’on apprend dans la douceur ou la violence, elle s’y essaye tant bien que mal, sans doute mal. Mais, n’ayant jamais vu ses parents s’étreindre du quotidien, elle invente. Bien ou mal, cette fois, l’immeuble entier prend feu, des poumons au cerveau, les lèvres incendiées peinent à se décoller d’une surface sans défauts. Et s‘il trébuchait par sa faute ?
Reducio
ARRESTO MOMENTUM : pour les besoins d’écriture, ce qui précède est sa manière de voir la suite, disons au moins ce passage des escaliers. Je ne veux pas priver la personne incarnant Hjúki de la possibilité de les gravir selon ses yeux. Ces mots sont-ils nécessaires ? A mes yeux ils sont plus qu’une simple élégance. Je prends soin de toi comme tu le fais pour moi.
Dernière modification par Circéia Alekhina le 3 févr. 2021, 07:21, modifié 1 fois.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
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Enthalpie
Nécessité. C’est bien la nécessité qui liera leurs corps, n’est-ce pas ? Dans le prolongement de celle qui avait poussée Circéia à attraper sa main pour le conduire jusqu’au presque seuil de sa demeure. Nécessité presque galante, pour autant qu’il connaisse ce concept. Jamais Hjúki n’avait été initié à ces valeurs par son Opa. En effet, son Beschützer avait tenté de l’éveiller autant que possible aux Mondes, de les lui enseigner, de lui en montrer la richesse ; mais qui songerait à apprendre à une jeune personne sous quelles limites il lui est possible de se faire le soutien physique d’autrui, sans transgresser ni délaisser ? Fermeté du marbre, il cherche à devenir l’humble socle du Diamant, qui cède et s’emboîte selon l’imbrication proposée. Entourés. Pour ne pas choir, il leur faudra se faire confiance, réajuster selon les balancements, en permanence. Les mouvements infimes, subtils sont néanmoins essentiels à l’accomplissement de la progression. Leurs surfaces s’adaptent, essaient de se percevoir au mieux. Lorsque les muscles sont fortement sollicités, qu’ils se mettent à tirailler, la proprioception en prend parfois un coup, si bien que l’adolescent perd lentement la conscience précise de leur enlacement mutuel. Penche-t-il ? Ses membres s’affaiblissent-ils ? De dangereux glissements s’annoncent-ils ? Verrouille. Ni tremblements ni désaxement ne lui sont permis alors qu’il a pris la responsabilité du maintien de l’enchanteresse.
Une chaleur étrange se propage autour de l’épaule de Hjúki, qui en réalise le flux et reflux générés par la sombre chevelure qui orne la tête de Circéia, presque caressants. Comment distinguer l’emballement de l’effort de celui de l’incontrôlé Élan ? Outre son Cœur, c’en semblent être toutes les extensions périphériques qui se meuvent. Battements jusqu’au bout des doigts. Pulsations des tempes. Son corps entier s’agite en ressac. Le jeune homme cherche en vain dans le kaléidoscope de ses souvenirs des images auxquelles se raccrocher, qui lui rappellent l’état dans lequel il se trouve afin de l’appréhender. Là encore, son inexpérience totale dans la situation lui impose une attitude de découverte. Alors qu’une vibration d’une nature difficilement identifiable franchit la gorge de la jeune femme, une vague soucieuse le traverse. L’aurait-il heurtée ? De quoi manquerait-il ? Souplesse ? Fluidité de gestes ? Délicatesse du mouvement ? Poursuivre toutefois, car dans l’échauffement de la peine les possibilités sont encore à portée tandis que l’arrêt provoquerait un engourdissement trop malaisé à dénouer.
Simultanément occupé de préoccupations inquiètes d’esprit et de préoccupations physiques, l’état de fait se suspend par un enchaînement inédit de leurs peaux. Chatouille. Brûlure. Caresse. Effleurement. Pression. Absorption. Fonte. Fusion. Il n’est à choisir de mot qui saurait épouser parfaitement les ondulations, les vagues, les hérissements parcourant sa peau nue touchée par cette texture si singulière des lèvres, qui provoque de toutes autres sensations au peau-à-peau. Sont-ce les lèvres ou la peau qui s’affolent le plus par l’impulsion des capteurs sensoriels qui s’y dissimulent ? Deux contre une. Réajustement permanent, pour ne s’écrouler. Ne cherchant aucunement à rompre le contact qu’il goûte de son avidité des Sens, Hjúki penche et tourne subrepticement la tête de quelques degrés à peine. Leurs cheveux alors si proches seraient tout à fait enclins à s’exciter d’électricité statique. Plus que susceptibles d’être chargés, prêts à transmettre un courant passant de l’autre à soi. Quelle en sera la direction ? Imprévisibilité. Audace donc tandis qu’il remarque l’imminente fin de la volée, leur arrivée au terme. Infime pivotement par lequel les pommettes se croisent, par lequel enfin l’adolescent appose sa joue contre la sienne, précédant l’avancement d’un discret tressaillement du derme devant le choc pressenti. La toile de leurs Couleurs de teints se combine alors dans sa même dissimulation. Ses Perles-de-Nótt closes tressautent toutefois derrière les paupières alors que l’adolescent se laisse envahir des sensations de Mêlement. Chuchotis, en un souffle léger, pour éviter que la vibration de ses cordes vocales n’agresse les lèvres de Circéia posées sur son cou.
« Nous parvenons au faîte. »
Lorsqu’ils seront prêts à se délier, il pourra la déposer avec douceur au sommet. Il n’est plus à craindre. Les perpétuelles approches, les perpétuels éloignements font indéniablement partie d’un cycle naturel entre eux.
Une chaleur étrange se propage autour de l’épaule de Hjúki, qui en réalise le flux et reflux générés par la sombre chevelure qui orne la tête de Circéia, presque caressants. Comment distinguer l’emballement de l’effort de celui de l’incontrôlé Élan ? Outre son Cœur, c’en semblent être toutes les extensions périphériques qui se meuvent. Battements jusqu’au bout des doigts. Pulsations des tempes. Son corps entier s’agite en ressac. Le jeune homme cherche en vain dans le kaléidoscope de ses souvenirs des images auxquelles se raccrocher, qui lui rappellent l’état dans lequel il se trouve afin de l’appréhender. Là encore, son inexpérience totale dans la situation lui impose une attitude de découverte. Alors qu’une vibration d’une nature difficilement identifiable franchit la gorge de la jeune femme, une vague soucieuse le traverse. L’aurait-il heurtée ? De quoi manquerait-il ? Souplesse ? Fluidité de gestes ? Délicatesse du mouvement ? Poursuivre toutefois, car dans l’échauffement de la peine les possibilités sont encore à portée tandis que l’arrêt provoquerait un engourdissement trop malaisé à dénouer.
Simultanément occupé de préoccupations inquiètes d’esprit et de préoccupations physiques, l’état de fait se suspend par un enchaînement inédit de leurs peaux. Chatouille. Brûlure. Caresse. Effleurement. Pression. Absorption. Fonte. Fusion. Il n’est à choisir de mot qui saurait épouser parfaitement les ondulations, les vagues, les hérissements parcourant sa peau nue touchée par cette texture si singulière des lèvres, qui provoque de toutes autres sensations au peau-à-peau. Sont-ce les lèvres ou la peau qui s’affolent le plus par l’impulsion des capteurs sensoriels qui s’y dissimulent ? Deux contre une. Réajustement permanent, pour ne s’écrouler. Ne cherchant aucunement à rompre le contact qu’il goûte de son avidité des Sens, Hjúki penche et tourne subrepticement la tête de quelques degrés à peine. Leurs cheveux alors si proches seraient tout à fait enclins à s’exciter d’électricité statique. Plus que susceptibles d’être chargés, prêts à transmettre un courant passant de l’autre à soi. Quelle en sera la direction ? Imprévisibilité. Audace donc tandis qu’il remarque l’imminente fin de la volée, leur arrivée au terme. Infime pivotement par lequel les pommettes se croisent, par lequel enfin l’adolescent appose sa joue contre la sienne, précédant l’avancement d’un discret tressaillement du derme devant le choc pressenti. La toile de leurs Couleurs de teints se combine alors dans sa même dissimulation. Ses Perles-de-Nótt closes tressautent toutefois derrière les paupières alors que l’adolescent se laisse envahir des sensations de Mêlement. Chuchotis, en un souffle léger, pour éviter que la vibration de ses cordes vocales n’agresse les lèvres de Circéia posées sur son cou.
« Nous parvenons au faîte. »
Lorsqu’ils seront prêts à se délier, il pourra la déposer avec douceur au sommet. Il n’est plus à craindre. Les perpétuelles approches, les perpétuels éloignements font indéniablement partie d’un cycle naturel entre eux.
Ivresse
Ascensionnelle
Ascensionnelle
Enthalpie
Il faut tant d’années pour comprendre. A-t-elle seulement idée, avec ses dix-neuf ans ? Circéia prétend être forte, dure au mal, raide comme la justice. Mais si l’on observe bien, elle est tendre comme un agneau, naïve et proie facile car sûre d’elle-même. Ils sont arrivés, et spontanément, alors que Hjúki le lui dit, elle entame la sortie de cet enlacement. Rien en elle n’en a vraiment envie, la sorcière poursuivrait volontiers l’ascension... Une fois posée, il a été si doux, elle le regarde, indéfiniment. Les jambes appellent, et les remettre en état va s’imposer comme la prochaine urgence. Mais elle doit agir, avant. Que faire ? Lui sauter au cou ? Cela n’a-t-il pas déjà été fait ? Plaisanter ? Saurait-elle trouver les mots ?
Il est une autre solution, alternative impossible. Epuisée, alors qu’elle a savouré chaque seconde depuis Abercorn Park. Les êtres pleurent face à la douleur, la peine. Une norme résultant de ces corps livrés avec soupapes. Chacun a ses réglages, uniques, déterminés par nos expériences cumulées, nos écueils et surtout nos faiblesses. La solution facile de l’actrice est de jouer l’existence en feignant le torrent. Pleurer, pleurer pour émouvoir, plier le monde à ses propres desseins. Jamais, hors de question. Je ne m’abaisserai pas. Mais avant de vivre, on suit certains principes, déterminés par la petite enfance, notre bagage. Ensuite, on traverse la vie. Qui nous impose ses propres trajectoires. Elle le sent, monter en elle. Lui a fait tout l’effort. Et elle presque rien. Il faut tenir, ne pas céder, trouver la joie dans ses yeux bleu de nuit. Mais là encore, face à une beauté qui la bouleverse, elle ne trouve qu’une raison de plus de se laisser aller. Là est sa première fois, elle qui n’en a pas eu. Le réservoir déborde, chaque ruisseau de la vallée a déversé les pluies, contribuant au trop-plein. Prétentieuse, elle a cru pouvoir contraindre le destin à suivre ses préceptes. On tombe d’autant plus haut que l’on est montée haut. Ainsi, irrémédiablement, l’abandon annoncé prend la forme des vagues. Se frotter contre lui serait possible, partir en quête d’une caresse entière, de tout son corps. Début de quelque chose. Mais rien, absolument rien en elle ne le permet, aux frontières du possible nous buttons sur nos incapacités. Le serpent, apprivoisé sans le savoir encore, déjà soumis à ses infirmités, celles du coeur. Elle voudrait s’en sortir qu’elle ne le pourrait pas. La vie l’a prise au piège. Il est trop tard.
A-t-on le droit de s’approprier l’autre en aussi peu de temps ? Cette fois, elle sombre dans ses bras, visage contre visage, sur la pointe des pieds. Toutes ses défenses ont volé en éclats, c’était donc ça, la passion qu’éprouve Anna, cette incapacité à creuser le sillon programmé ? Il sera forcément déçu, les hommes détestent les femmes jouant les éplorées. C’est sûr, il partira, et ne reviendra pas. Entrera-t-il seulement ? Elle l’inonde entre temps de ses pleurs ridicules, au bord du pitoyable. Monsieur d’Arby le lui avait bien dit, elle n’aurait pas la force d’affronter seule sa convalescence. Le monde s’effondre.
- Hjúki, pardonnez-moi…
Et la pluie redouble. Cats and dogs. Répéter, répéter encore, croire qu’on vit autre chose. On vous le disait, elle ne pense qu’à elle. Impression lamentable. A moins que… Si lui comprend que c’est trop d’émotion, que même les gens solides ne peuvent y résister. Ce ne sont pas ses jambes qui la déstabilisent. Juste la peur que tout s’arrête. La douleur est trop vive. Mais elle n’est pas douleur. Il est un mot pour ça. Un seul. Le plus puissant de tous. L’instinct lui dicte de ne surtout pas y penser. Encore moins prononcer le début d’alphabet. Acidité, corrosion, dilution de son âme au profit d’autre chose. Si elle le pouvait, elle se retiendrait. Mais il faut dire adieu, accepter la défaite.
- Vous voulez vraiment partager un thé avec moi ?
Son regard évolue à mesure qu’elle s’entend. Une partie d’elle ne peut y croire, qu’on s’intéresse « vraiment » à elle. Non seulement prendre un thé mais le partager. Le voilà, le deuxième gémissement, démontrant qu’elle est au plus intense. Elle ne croît pas en elle, a besoin qu’il le dise. C’est une énorme erreur car il est des moments où il faut agir, non plus dire. Lui connaît maintenant les efforts qui l’attendent. Elle l’a éprouvé, qui sait ce qu’il dira ? Circéia, maladroite, a tendu le bâton.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Il est une autre solution, alternative impossible. Epuisée, alors qu’elle a savouré chaque seconde depuis Abercorn Park. Les êtres pleurent face à la douleur, la peine. Une norme résultant de ces corps livrés avec soupapes. Chacun a ses réglages, uniques, déterminés par nos expériences cumulées, nos écueils et surtout nos faiblesses. La solution facile de l’actrice est de jouer l’existence en feignant le torrent. Pleurer, pleurer pour émouvoir, plier le monde à ses propres desseins. Jamais, hors de question. Je ne m’abaisserai pas. Mais avant de vivre, on suit certains principes, déterminés par la petite enfance, notre bagage. Ensuite, on traverse la vie. Qui nous impose ses propres trajectoires. Elle le sent, monter en elle. Lui a fait tout l’effort. Et elle presque rien. Il faut tenir, ne pas céder, trouver la joie dans ses yeux bleu de nuit. Mais là encore, face à une beauté qui la bouleverse, elle ne trouve qu’une raison de plus de se laisser aller. Là est sa première fois, elle qui n’en a pas eu. Le réservoir déborde, chaque ruisseau de la vallée a déversé les pluies, contribuant au trop-plein. Prétentieuse, elle a cru pouvoir contraindre le destin à suivre ses préceptes. On tombe d’autant plus haut que l’on est montée haut. Ainsi, irrémédiablement, l’abandon annoncé prend la forme des vagues. Se frotter contre lui serait possible, partir en quête d’une caresse entière, de tout son corps. Début de quelque chose. Mais rien, absolument rien en elle ne le permet, aux frontières du possible nous buttons sur nos incapacités. Le serpent, apprivoisé sans le savoir encore, déjà soumis à ses infirmités, celles du coeur. Elle voudrait s’en sortir qu’elle ne le pourrait pas. La vie l’a prise au piège. Il est trop tard.
A-t-on le droit de s’approprier l’autre en aussi peu de temps ? Cette fois, elle sombre dans ses bras, visage contre visage, sur la pointe des pieds. Toutes ses défenses ont volé en éclats, c’était donc ça, la passion qu’éprouve Anna, cette incapacité à creuser le sillon programmé ? Il sera forcément déçu, les hommes détestent les femmes jouant les éplorées. C’est sûr, il partira, et ne reviendra pas. Entrera-t-il seulement ? Elle l’inonde entre temps de ses pleurs ridicules, au bord du pitoyable. Monsieur d’Arby le lui avait bien dit, elle n’aurait pas la force d’affronter seule sa convalescence. Le monde s’effondre.
- Hjúki, pardonnez-moi…
Et la pluie redouble. Cats and dogs. Répéter, répéter encore, croire qu’on vit autre chose. On vous le disait, elle ne pense qu’à elle. Impression lamentable. A moins que… Si lui comprend que c’est trop d’émotion, que même les gens solides ne peuvent y résister. Ce ne sont pas ses jambes qui la déstabilisent. Juste la peur que tout s’arrête. La douleur est trop vive. Mais elle n’est pas douleur. Il est un mot pour ça. Un seul. Le plus puissant de tous. L’instinct lui dicte de ne surtout pas y penser. Encore moins prononcer le début d’alphabet. Acidité, corrosion, dilution de son âme au profit d’autre chose. Si elle le pouvait, elle se retiendrait. Mais il faut dire adieu, accepter la défaite.
- Vous voulez vraiment partager un thé avec moi ?
Son regard évolue à mesure qu’elle s’entend. Une partie d’elle ne peut y croire, qu’on s’intéresse « vraiment » à elle. Non seulement prendre un thé mais le partager. Le voilà, le deuxième gémissement, démontrant qu’elle est au plus intense. Elle ne croît pas en elle, a besoin qu’il le dise. C’est une énorme erreur car il est des moments où il faut agir, non plus dire. Lui connaît maintenant les efforts qui l’attendent. Elle l’a éprouvé, qui sait ce qu’il dira ? Circéia, maladroite, a tendu le bâton.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
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Enthalpie
Désenlacés, mais aux Perles de sombres nuances aussitôt croisées. Ils ont atterri en souplesse à la même hauteur, à bon port, depuis cette plage à la fois si proche et si lointaine. Circéia étant toutefois pleinement dans son territoire, Hjúki ne se permet pas encore de geste initiateur. Il ne ressent plus la même appréhension en contemplant ces Noirceurs d’Encre par rapport à… il y a si peu et tant. Temps s’est amusé à galoper, à ramper, tantôt rectiligne, tantôt en courbe depuis le moment où ils se sont rendu compte de leurs respectives Silhouettes. Pourtant, l’adolescent ne prétendrait pas pouvoir lire avec certitude, avec exactitude l’éclat, les éclats qui les traversent. Brillance toujours croissante, telle la Lune qui course pour pleinement resplendir, avant de dissiper. C’est pourquoi, lorsque les premières Gouttes franchissent la digue, il comprend, et il sait qu’il s’agit là du déclenchement d’un cycle qui lui est familier. Eau salée, comme tirée d’une ressource sauvage, certes vaste mais limitée. Quelques soient les vents qui ont agité ses eaux au point de faire lever la Vague si haut et si fort, le jeune homme a conscience qu’elle aura besoin de se ressourcer, pour ne pas finir tarie. Car un puits à sec représente comme un Cœur aride une bien vive écorchure. *Sa source.* À lui revient le rôle d’être sa source, de l’empêcher de se désemplir entièrement.
Il reçoit donc avec douceur la jeune femme entre ses bras alors qu’elle le trempe de ses flots internes, de la Vague qui la hante. Quelle est-elle ? Il la suppose sans peine complexe et longuement retenue. Hjúki n’est pour sa part pas tourmenté de Vagues, car tout en percevant bien l’intensité mouvant Circéia, il se trouve à sa manière en un lieu familier. Celui de l’échange des eaux en absorption, en rétention, en approvisionnement. Il mesure la chance par laquelle, grâce à Opa surtout, il baigne dans un Monde aqueux, vivant. Où tous les visages maritimes s’épanouissent, où toutes les Couleurs frappent sa surface. L’adolescent est capable de reconnaître ces mouvements en leurs insinuations, leurs échappements. Où s’échappe la Vague de Circéia ? Devrait-il la laisser s’évaporer, se disperser, ou tenter de la recueillir ? Il les absorbe, car ces eaux doivent être converties. En même temps, Hjúki lui permet en se blottissant contre lui de recueillir autant de sa chaleur qu’il lui est nécessaire, dans l’attente du calme qui secondera cet incontrôlable tumulte.
Outre sa chaleur, quelle langue pourrait-il lui parler ? Si une communication fluide, en implicites tous perceptibles, en laconisme riche s’est développé dans sa puissante relation d’Enkel à Opa, il ne connaît pas encore les termes exacts qui caresseraient ce Cœur de Diamant russe. Son esprit n’a pas le temps d’initier des élaborations, car se trouve interrompu par la voix liquide de Circéia. Elle s’excuse. Pourquoi s’excuse-t-elle d’être vivante ? D’être mue de ses eaux, de ses remous ? Pourquoi s’excuserait-elle d’exister ? Ses Noirceurs ont suivi un mécanisme naturel consécutif au débordement. Elle a en même temps imprégné Hjúki de son Encre-de-Larmes, et de l’Encre se tirent les lettres ; ou celles en paroles.
« Vous ne pouviez lutter indéfiniment contre la Vague. Elle était vous, pourquoi donc vous annihileriez-vous ? »
La surface encore écumeuse, marquée des relents de l’agitation semble toutefois lentement s’aplanir, permettant à son enchanteresse de reformuler la demande qui les a déjà menés à ce sommet. Pourquoi se serait-il ravisé ? Si d’autres seraient repoussés des larmes ; Circéia vient en réalité de prouver à Hjúki à quel point elle était vivante, réelle, tangible. Elle a osé, devant lui. Être. Être, jusque dans ses tempêtes, jusqu’à l’élévation inarrêtable de la Vague. Existante. Illusion balayée. Rêve estompé. Plus belle encore que les beautés seulement rassurantes ou contrôlées. Il ne la décide pas. Il n’a aucun pouvoir sur elle. Car elle est, et c’est bien là une vérité exaltante. Naturellement, il ne repousse pas l’invitation.
« Si vous voulez toujours m’y initier. De plus, vous avez besoin de renourrir vos eaux. »
Il reçoit donc avec douceur la jeune femme entre ses bras alors qu’elle le trempe de ses flots internes, de la Vague qui la hante. Quelle est-elle ? Il la suppose sans peine complexe et longuement retenue. Hjúki n’est pour sa part pas tourmenté de Vagues, car tout en percevant bien l’intensité mouvant Circéia, il se trouve à sa manière en un lieu familier. Celui de l’échange des eaux en absorption, en rétention, en approvisionnement. Il mesure la chance par laquelle, grâce à Opa surtout, il baigne dans un Monde aqueux, vivant. Où tous les visages maritimes s’épanouissent, où toutes les Couleurs frappent sa surface. L’adolescent est capable de reconnaître ces mouvements en leurs insinuations, leurs échappements. Où s’échappe la Vague de Circéia ? Devrait-il la laisser s’évaporer, se disperser, ou tenter de la recueillir ? Il les absorbe, car ces eaux doivent être converties. En même temps, Hjúki lui permet en se blottissant contre lui de recueillir autant de sa chaleur qu’il lui est nécessaire, dans l’attente du calme qui secondera cet incontrôlable tumulte.
Outre sa chaleur, quelle langue pourrait-il lui parler ? Si une communication fluide, en implicites tous perceptibles, en laconisme riche s’est développé dans sa puissante relation d’Enkel à Opa, il ne connaît pas encore les termes exacts qui caresseraient ce Cœur de Diamant russe. Son esprit n’a pas le temps d’initier des élaborations, car se trouve interrompu par la voix liquide de Circéia. Elle s’excuse. Pourquoi s’excuse-t-elle d’être vivante ? D’être mue de ses eaux, de ses remous ? Pourquoi s’excuserait-elle d’exister ? Ses Noirceurs ont suivi un mécanisme naturel consécutif au débordement. Elle a en même temps imprégné Hjúki de son Encre-de-Larmes, et de l’Encre se tirent les lettres ; ou celles en paroles.
« Vous ne pouviez lutter indéfiniment contre la Vague. Elle était vous, pourquoi donc vous annihileriez-vous ? »
La surface encore écumeuse, marquée des relents de l’agitation semble toutefois lentement s’aplanir, permettant à son enchanteresse de reformuler la demande qui les a déjà menés à ce sommet. Pourquoi se serait-il ravisé ? Si d’autres seraient repoussés des larmes ; Circéia vient en réalité de prouver à Hjúki à quel point elle était vivante, réelle, tangible. Elle a osé, devant lui. Être. Être, jusque dans ses tempêtes, jusqu’à l’élévation inarrêtable de la Vague. Existante. Illusion balayée. Rêve estompé. Plus belle encore que les beautés seulement rassurantes ou contrôlées. Il ne la décide pas. Il n’a aucun pouvoir sur elle. Car elle est, et c’est bien là une vérité exaltante. Naturellement, il ne repousse pas l’invitation.
« Si vous voulez toujours m’y initier. De plus, vous avez besoin de renourrir vos eaux. »
Renflouements
Enthalpie
Elle pourrait donc y croire ! Médusée, Circéia ne parvient pas à se réveiller ni même bouger. Face à lui, incapable de répondre, elle espère se calmer, juste y parvenir. Il l’écoute, la comprend et l’estime. Dans sa liste inconsciente des qualités humaines, il se place bien haut. Elle doit agir, inventer... n’importe quoi, décider. C’est donc cela, rester plantée comme une idiote ? Elle refuse et se lance.
Prendre sa main, en laissant la paume libre, la guider vers son visage, poser ce morceau de Hjúki sur une joue, la tenir, maintenir, oublier qu’elle est sale, l’idée pas même interrompue par une contingence sanitaire. Et fermer les yeux, fermer les yeux pour ne pas voir comment il la regarde. Ainsi survivre à la noyade, la joue devient poumon.
Il n’y a rien à dire, après quelques instants Circiéa se retourne, ouvre la porte, laissant sortir le chat, satisfait de quitter sa cage. Stoppé par le verdâtre, il la contourne. Intrigué, bien vite il se frotte contre une jambe du garçon. C’est bon signe. Il miaule, donnant l’ordre d’entrer à tout ce petit monde. Adopté à l’unanimité. Sa main, qu’elle a gardée en elle, est attirée vers l’intérieur, et le corps avec. L’appartement est petit, forcément une autre pièce puisque dans celle-ci on ne voit pas de lit. Un évier, sous une fenêtre noire, il fait nuit. Deux chaises, une seule table, couverte de livres, dont un ouvert, posé sur un parchemin. Des coussins à terre contre le mur, étrange canapé, élégant mais pratique ? Une bibliothèque d’où rien ne dépasse, un regard attentif verrait la magie extensive. Et un jeu d’échecs, du plus simple appareil, la pendule est au centre, un jeu de type régence. Miaulement, bruit de croquettes posées informulément. Propreté sans défauts, même le chat ne laisse rien déborder de sa caisse qu’on devine à droite, là où une porte close mène aux terrains intimes. Une fois allumées, les bougies donnent à voir quelques décors mouvants, des images de l’hiver, une forêt recouverte. Un petit écureuil traverse la vallée. Tamias Sibiricus. L’image est fausse, en hiver, il dort. Pas celui-là. Ses yeux sont noirs. Ils vous percent, limpides, imprévisibles aussi. Il s’en va, aucune trace. Plus tard il reviendra, démontrant par le cycle que c’est un assemblage. D’ici là, il observe, valide votre présence. Trois animaux, habitués à vivre ensemble, trois êtres accueillent Hjúki, chacun à sa manière.
D’abord elle ne fait rien, juste laver ses mains, ne pas davantage répandre l’infection. L’étudiante, l’instant d’après, ouvre la porte intime, fait venir une serviette et la pose sur la table. La tentation existe de l’aider à nettoyer les traces. Mais elle n’y pense pas vraiment, ce désir-là est barré par le devoir. Préserver les contacts, fuir la prématurité. Le laisser se laver de sa propre façon. Seul le chat le verra. Car elle doit se soigner, et même si c’est rapide, elle ne peut lui montrer ses abominations. Malgré les salissures, son visage est souriant. Le calme est revenu, pour un peu elle en plaisanterait. Pas encore, elle a faim, réfléchit en femme de maison, les goûts, les contenus des placards, le parfum, chasser l’odeur. Un livre. Oui, un livre, offrir de la lecture, même si elle compte bien ne pas passer des heures dans la salle de bain. Idéalement, elle l’aurait proposée, après tout l’homme aussi a le droit de l’user, de l’utiliser. La politesse aurait même imposé qu’il y passe avant elle. Mais...les preuves du carnage y trônent en permanence, impossible de les soustraire à sa vue. Elle espère seulement qu’il n’y verra pas maladresse. Un livre, vite, quelque chose… une idée… Pouchkine… Non, le livre est en russe, de la très belle poésie… mais…. Tennyson. Oui, ce sera bien. Volant depuis le bas rayon, il vient à elle, puis à la table. Posé, il pourra être lu, s’il s’impatiente de patienter.
Pendant tout ce temps, elle a dû réapprendre à marcher sans boiter. Sa canne, élégance de l’infirme, la porte presqu’en silence. Tac, tac, tac… Chez elle, reposée, elle peut mieux s’épanouir. Mais on sent la retenue des gens qui vous reçoivent pour la première fois. Peur de déplaire, peur de mal faire.
- Pour vous… Je dois vous laisser quelques instants…je reviens vite...
Elle a déjà filé, sans même désigner les présents sur la table. Circéia, déréglée.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
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Prendre sa main, en laissant la paume libre, la guider vers son visage, poser ce morceau de Hjúki sur une joue, la tenir, maintenir, oublier qu’elle est sale, l’idée pas même interrompue par une contingence sanitaire. Et fermer les yeux, fermer les yeux pour ne pas voir comment il la regarde. Ainsi survivre à la noyade, la joue devient poumon.
Il n’y a rien à dire, après quelques instants Circiéa se retourne, ouvre la porte, laissant sortir le chat, satisfait de quitter sa cage. Stoppé par le verdâtre, il la contourne. Intrigué, bien vite il se frotte contre une jambe du garçon. C’est bon signe. Il miaule, donnant l’ordre d’entrer à tout ce petit monde. Adopté à l’unanimité. Sa main, qu’elle a gardée en elle, est attirée vers l’intérieur, et le corps avec. L’appartement est petit, forcément une autre pièce puisque dans celle-ci on ne voit pas de lit. Un évier, sous une fenêtre noire, il fait nuit. Deux chaises, une seule table, couverte de livres, dont un ouvert, posé sur un parchemin. Des coussins à terre contre le mur, étrange canapé, élégant mais pratique ? Une bibliothèque d’où rien ne dépasse, un regard attentif verrait la magie extensive. Et un jeu d’échecs, du plus simple appareil, la pendule est au centre, un jeu de type régence. Miaulement, bruit de croquettes posées informulément. Propreté sans défauts, même le chat ne laisse rien déborder de sa caisse qu’on devine à droite, là où une porte close mène aux terrains intimes. Une fois allumées, les bougies donnent à voir quelques décors mouvants, des images de l’hiver, une forêt recouverte. Un petit écureuil traverse la vallée. Tamias Sibiricus. L’image est fausse, en hiver, il dort. Pas celui-là. Ses yeux sont noirs. Ils vous percent, limpides, imprévisibles aussi. Il s’en va, aucune trace. Plus tard il reviendra, démontrant par le cycle que c’est un assemblage. D’ici là, il observe, valide votre présence. Trois animaux, habitués à vivre ensemble, trois êtres accueillent Hjúki, chacun à sa manière.
D’abord elle ne fait rien, juste laver ses mains, ne pas davantage répandre l’infection. L’étudiante, l’instant d’après, ouvre la porte intime, fait venir une serviette et la pose sur la table. La tentation existe de l’aider à nettoyer les traces. Mais elle n’y pense pas vraiment, ce désir-là est barré par le devoir. Préserver les contacts, fuir la prématurité. Le laisser se laver de sa propre façon. Seul le chat le verra. Car elle doit se soigner, et même si c’est rapide, elle ne peut lui montrer ses abominations. Malgré les salissures, son visage est souriant. Le calme est revenu, pour un peu elle en plaisanterait. Pas encore, elle a faim, réfléchit en femme de maison, les goûts, les contenus des placards, le parfum, chasser l’odeur. Un livre. Oui, un livre, offrir de la lecture, même si elle compte bien ne pas passer des heures dans la salle de bain. Idéalement, elle l’aurait proposée, après tout l’homme aussi a le droit de l’user, de l’utiliser. La politesse aurait même imposé qu’il y passe avant elle. Mais...les preuves du carnage y trônent en permanence, impossible de les soustraire à sa vue. Elle espère seulement qu’il n’y verra pas maladresse. Un livre, vite, quelque chose… une idée… Pouchkine… Non, le livre est en russe, de la très belle poésie… mais…. Tennyson. Oui, ce sera bien. Volant depuis le bas rayon, il vient à elle, puis à la table. Posé, il pourra être lu, s’il s’impatiente de patienter.
Pendant tout ce temps, elle a dû réapprendre à marcher sans boiter. Sa canne, élégance de l’infirme, la porte presqu’en silence. Tac, tac, tac… Chez elle, reposée, elle peut mieux s’épanouir. Mais on sent la retenue des gens qui vous reçoivent pour la première fois. Peur de déplaire, peur de mal faire.
- Pour vous… Je dois vous laisser quelques instants…je reviens vite...
Elle a déjà filé, sans même désigner les présents sur la table. Circéia, déréglée.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Enthalpie
Elle lui échappe. Un recoin en lui a perçu cette échappée, mais n’a pas aussitôt dégainé de résistance. C’est ainsi que Hjúki est conduit à contempler sa main s’élever, mue par une impulsion née en Circéia. Bien sûr, l’intérieur est beaucoup plus sensible que le dessus. Il absorbe alors les pulsatiles picotements qui agitent leurs surfaces, leurs mutuelles émanations. Douceur immense du clapotis des eaux qui s’y rencontrent. Moment suspendu des Encres car elle a dissimulé la sienne de ses paupières. Ancré toutefois des infimes frémissements en remous tactiles qu’ils se transmettent l’un l’autre. Entraîné ensuite, toujours par la main, alors que la jeune femme se résout à ouvrir la porte, fermant par-là celle de l’instant passé. Une nouvelle pièce, de nouvelles règles, une nouvelle atmosphère. Évidemment ses Sens sont tout autrement assaillis qu’en extérieur, la chaleur apporte une sorte de lourdeur qui agresse son corps arraché à un autre environnement.
Il en a les jambes gourdes, comme enserrées d’une singulière pression. À moins que…oh. C’est un chat qui l’a approché au plus près. Les animaux domestiques ou même sauvages ne s’embarrassent pas des conventions humaines, comme s’il leur suffisait de vouloir pour agir. Pour toucher. C’est… non, il ne peut pas le leur envier. Dilemme humain d’où foisonnent les plus belles pensées, les plus beaux élans dans toutes leurs contradictions, les plus belles Fresques. Ses Perles-de-Nótt embrassent rapidement la pièce. Riche, chargée. Il ne saurait faire un catalogue de tous ces éléments qui se sont encastrés dans la complexe composition d’intérieur. Complexité qui s’étale : Circéia, en outre de dissimuler une richesse en elle, l’a sorti hors d’elle via ces agencements qui s’offrent à la vue de l’adolescent.
L’urgence des ablutions pousse la jeune femme à s’éclipser, laissant derrière elle deux objets explicitement posés à son intention, ceux dont il est permis officiellement toute manipulation. Hochant distraitement la tête pour faire comprendre qu’il a capté ces mouvements, Hjúki lui permet disparaître à ses intimes occupations. L’évier, d’abord, avant de songer à entrer en contact avec le moindre élément. En réglant l’eau au plus froid, comme il est de coutume à la saison hivernale, il secoue tout de même ses doigts les premières secondes durant lesquelles l’écart thermique lui est heurtant. Puis il entreprend de tracer les sillons nettoyants nécessaires pour permettre à son derme de retrouver son satin. Les tournant dans tous les directions, il observe ses mains. Seraient-elles changées, après avoir été vectrices de tant et tant ? Fourmillantes, mais d’aspect peu remarquable. Comment ses capteurs surexploités, surchargés tiennent-il le coup ? Il aime cette surpuissance. Saisissant la serviette à pleines mains, il la laisse boire le surplus. *Flagrance ?* Penchant la tête, il approche son nez et la hume. En arrivant chez quelqu'un, l’on comprend d’une certaine façon les origines de sa complexe flagrance, l’on est assailli des notes qui la construisent. De ses capteurs olfactifs il boit ce fragment, ce petit bout de l’enchanteresse. L’air en est aussi chargé. Laissera-t-il aussi son passage d’effluve derrière soi ?
S'approchant de la couverture de l’ouvrage choisi pour lui qui avait magiquement été déposé sur la table, il y presque-touche du bout de ses extrémités avant de se raviser. Pourquoi ce pan ? Pourquoi se contenter d’une parcelle du tout ? Il préfère goûter l’espace dans lequel il s’autorise à déambuler. La bibliothèque l’attire la première, puisqu’en a été puisé le livre. Ses premières déambulations oculaires l’amènent à constater le plurilinguisme en ces nombreuses références que supportent ces rayonnages. De quoi tirailler la nuque, lorsque les éditeurs des différents pays se font la guerre quant au sens des côtes. Certains titres se lisent de bas en haut, la tête virant à gauche, d’autres de haut en bas, la tête virant à droite, d’autres encore non sur la longueur mais sur la largeur permettent d’éviter ces incessants tournoiements. Étourdissant.
Se remettant de la contemplation de cette vertigineuse bibliothèque, Hjúki se tourne vers le plateau d’échecs. *Jouait-elle ?* Il tente de se réimaginer leurs échanges en intégrant cette facette tacticienne en Circéia. Il observe l’alignement de ces pièces. Chacun son rôle. Il réalise qu’une seule femme domine le plateau, la reine. *Une Joueuse n’est pas un joueur.* Cette fois, sans trop d’hésitation car poussé par un inexplicable magnétisme sa main approche d’une pièce colorée. Qu’elle soit Noire, qu’elle soit Rouge… Reine de Couleur. Il en caresse les contours de la pulpe de ses doigts pour en percevoir les détails sculptés. Sentir, seulement.
Il en a les jambes gourdes, comme enserrées d’une singulière pression. À moins que…oh. C’est un chat qui l’a approché au plus près. Les animaux domestiques ou même sauvages ne s’embarrassent pas des conventions humaines, comme s’il leur suffisait de vouloir pour agir. Pour toucher. C’est… non, il ne peut pas le leur envier. Dilemme humain d’où foisonnent les plus belles pensées, les plus beaux élans dans toutes leurs contradictions, les plus belles Fresques. Ses Perles-de-Nótt embrassent rapidement la pièce. Riche, chargée. Il ne saurait faire un catalogue de tous ces éléments qui se sont encastrés dans la complexe composition d’intérieur. Complexité qui s’étale : Circéia, en outre de dissimuler une richesse en elle, l’a sorti hors d’elle via ces agencements qui s’offrent à la vue de l’adolescent.
L’urgence des ablutions pousse la jeune femme à s’éclipser, laissant derrière elle deux objets explicitement posés à son intention, ceux dont il est permis officiellement toute manipulation. Hochant distraitement la tête pour faire comprendre qu’il a capté ces mouvements, Hjúki lui permet disparaître à ses intimes occupations. L’évier, d’abord, avant de songer à entrer en contact avec le moindre élément. En réglant l’eau au plus froid, comme il est de coutume à la saison hivernale, il secoue tout de même ses doigts les premières secondes durant lesquelles l’écart thermique lui est heurtant. Puis il entreprend de tracer les sillons nettoyants nécessaires pour permettre à son derme de retrouver son satin. Les tournant dans tous les directions, il observe ses mains. Seraient-elles changées, après avoir été vectrices de tant et tant ? Fourmillantes, mais d’aspect peu remarquable. Comment ses capteurs surexploités, surchargés tiennent-il le coup ? Il aime cette surpuissance. Saisissant la serviette à pleines mains, il la laisse boire le surplus. *Flagrance ?* Penchant la tête, il approche son nez et la hume. En arrivant chez quelqu'un, l’on comprend d’une certaine façon les origines de sa complexe flagrance, l’on est assailli des notes qui la construisent. De ses capteurs olfactifs il boit ce fragment, ce petit bout de l’enchanteresse. L’air en est aussi chargé. Laissera-t-il aussi son passage d’effluve derrière soi ?
S'approchant de la couverture de l’ouvrage choisi pour lui qui avait magiquement été déposé sur la table, il y presque-touche du bout de ses extrémités avant de se raviser. Pourquoi ce pan ? Pourquoi se contenter d’une parcelle du tout ? Il préfère goûter l’espace dans lequel il s’autorise à déambuler. La bibliothèque l’attire la première, puisqu’en a été puisé le livre. Ses premières déambulations oculaires l’amènent à constater le plurilinguisme en ces nombreuses références que supportent ces rayonnages. De quoi tirailler la nuque, lorsque les éditeurs des différents pays se font la guerre quant au sens des côtes. Certains titres se lisent de bas en haut, la tête virant à gauche, d’autres de haut en bas, la tête virant à droite, d’autres encore non sur la longueur mais sur la largeur permettent d’éviter ces incessants tournoiements. Étourdissant.
Se remettant de la contemplation de cette vertigineuse bibliothèque, Hjúki se tourne vers le plateau d’échecs. *Jouait-elle ?* Il tente de se réimaginer leurs échanges en intégrant cette facette tacticienne en Circéia. Il observe l’alignement de ces pièces. Chacun son rôle. Il réalise qu’une seule femme domine le plateau, la reine. *Une Joueuse n’est pas un joueur.* Cette fois, sans trop d’hésitation car poussé par un inexplicable magnétisme sa main approche d’une pièce colorée. Qu’elle soit Noire, qu’elle soit Rouge… Reine de Couleur. Il en caresse les contours de la pulpe de ses doigts pour en percevoir les détails sculptés. Sentir, seulement.
Enthalpie
Seule dans la salle de bains, entourée des reliquats de six jours de ponction, elle ne panique pas inutilement. Se déshabiller, sans attendre, accéder aux systèmes d’accroche de ses poches, reliées à des drains-DREON qui entrent en elles et la délestent de ce jus infâme. Tout enlever, par des sorts appris pour la circonstance. Au pire si un jour elle n’a plus d’emploi pourra-t-elle devenir infirmière… Agir vite.
Mais il est là, dans l’autre pièce, et elle regrette de le laisser ainsi, dans une ambiance nauséabonde. Du moins le croit-elle car ses efforts pour évacuer les miasmes olfactifs payent. Son chez elle ne sent pas mauvais. Les fragrances de jasmin ont depuis longtemps gagné le bras de fer avec le dégradé de venin. Sauf dans sa tête. Elle pense handicap, respire handicap, sent son handicap. Et ne voit que lui, s’empêchant de vivre. C’est pour cela qu’elle va agir déraisonnablement, envoyant en un petit sort toute cette machinerie aux oubliettes magiques. Les soignants lui feront comprendre demain le prix de son errement, c’est son choix... Tellement facile quand on y pense… Elle a enfin une salle de bains digne de ce nom. Achever le nettoyage, tout remettre en ordre, que le lieu soit présentable. Et elle… se coiffe, juste un peu, des cheveux en bataille, rangés. Pas de maquillage ni parfum, seulement le jasmin léger contre le venin. Pas sur elle. Extrême brièveté, l’instant d’avant la chute d’une jarre, quête d’un moment dilaté, qui ne dure pas plus d’une infusion de thé.
Jamais elle ne sera belle, cela n’interdit pas de se faire belle. Rémission. Alors elle se sent vivre, la plus grande importance, habits propres, la même tenue sinon ce serait trop. Son vert fétiche, italien, russe, la taïga, reflet sur un fond d’azurite. Son dernier regard dans le miroir l’encourage. Elle a ses chances et les jouera à mort. Sans calcul, en gouttant la saveur de chaque instant avec lui, Hjúki Anastase. En sortant, elle laisse la porte ouverte. Derrière sa chambre, close. Et à droite, il attend. Tac, tac… avançant discrètement, elle ne peut le surprendre. Ce bruit qu’elle traîne comme une casserole est sa marque de fabrique, il faut s’y faire. Arrivant à ses côtés, elle le trouve contemplant le jeu de Dieda. Un vieux jeu qu’elle n’apprécie pas vraiment d’utiliser mais elle le conserve pour sa charge symbolique.
- C’était le jeu de mon grand-père, j’ai appris sur ce plateau.
Le ton est doux, après tout Hjúki est à moins d’un mètre. Ces mots prononcés tout bas ne constituent que l’une de ses approches. A quoi pense-t-il en caressant un fou ? Le noir des blancs. Il ne dit pas grand-chose, en fait, le plus souvent elle ne comprend pas bien. C’est beau, c’est mystérieux. Intelligent aussi, ingrédient agréable. Il est une pierre runique, entrelacs nébuleux. Souvent les liens se déterminent ainsi, son attirance pour lui n’est d’abord pas physique. Sa délicatesse, Circéia l’apprécie. Mais il est autre chose et ce mystère-là taraude un esprit droit, cartésien mais ouvert au vacillement.
Elle a passé son bras gauche entre corps et coude de Hjúki. Et se rapproche de lui, lentement, très lentement. Faim de retrouver la promiscuité de l’escalier. Sans paravent cette fois. Tête contre le bras, à côté de lui, toute proche… Ne pas souffler sur la bougie, donner la fraîcheur.
- Les pièces étaient lourdes, je n’utilisais pas la Reine au début.
Elle sourit, repensant à ces parties endiablées, Dieda faisant exprès de perdre une tour, de laisser des béances en défense. Et sa façon de poser la pièce, quand il feignait l’attaque. Pas de nostalgie, demain importe toujours plus qu’hier, elle le sait. Mais un plaisir de retrouver sa vie, le bonheur de partager un peu d’elle.
- … J’ai nettoyé la salle de bains, vous pouvez y aller si vous voulez…
Des mots chantés, ton suggérant le bénéfice. Elle sait, la serviette a été utilisée. Mais Circéia déteste passer pour malpolie. Il aurait dû y aller en premier.
- Je peux préparer le thé pendant ce temps !?!
Quoiqu’il fasse, elle sera dans le calme des eaux d’altitude, ces lacs de haute montagne que personne ne visite, purs, transparents.
Un courant sous-marin traverse l’océan, brassant les composants d’un univers noir d’encre. Dans cette obscurité, rien ne transpire des mécanismes en marche. Cette magie-là transcende les natures. Enthalpie. Et Circéia, comme tous les êtres du cosmos, est frappée ce jour-là par ce qui n’a qu’un nom. A ses côtés, le sentiment devient bon. Mais c’est un embryon.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Mais il est là, dans l’autre pièce, et elle regrette de le laisser ainsi, dans une ambiance nauséabonde. Du moins le croit-elle car ses efforts pour évacuer les miasmes olfactifs payent. Son chez elle ne sent pas mauvais. Les fragrances de jasmin ont depuis longtemps gagné le bras de fer avec le dégradé de venin. Sauf dans sa tête. Elle pense handicap, respire handicap, sent son handicap. Et ne voit que lui, s’empêchant de vivre. C’est pour cela qu’elle va agir déraisonnablement, envoyant en un petit sort toute cette machinerie aux oubliettes magiques. Les soignants lui feront comprendre demain le prix de son errement, c’est son choix... Tellement facile quand on y pense… Elle a enfin une salle de bains digne de ce nom. Achever le nettoyage, tout remettre en ordre, que le lieu soit présentable. Et elle… se coiffe, juste un peu, des cheveux en bataille, rangés. Pas de maquillage ni parfum, seulement le jasmin léger contre le venin. Pas sur elle. Extrême brièveté, l’instant d’avant la chute d’une jarre, quête d’un moment dilaté, qui ne dure pas plus d’une infusion de thé.
Jamais elle ne sera belle, cela n’interdit pas de se faire belle. Rémission. Alors elle se sent vivre, la plus grande importance, habits propres, la même tenue sinon ce serait trop. Son vert fétiche, italien, russe, la taïga, reflet sur un fond d’azurite. Son dernier regard dans le miroir l’encourage. Elle a ses chances et les jouera à mort. Sans calcul, en gouttant la saveur de chaque instant avec lui, Hjúki Anastase. En sortant, elle laisse la porte ouverte. Derrière sa chambre, close. Et à droite, il attend. Tac, tac… avançant discrètement, elle ne peut le surprendre. Ce bruit qu’elle traîne comme une casserole est sa marque de fabrique, il faut s’y faire. Arrivant à ses côtés, elle le trouve contemplant le jeu de Dieda. Un vieux jeu qu’elle n’apprécie pas vraiment d’utiliser mais elle le conserve pour sa charge symbolique.
- C’était le jeu de mon grand-père, j’ai appris sur ce plateau.
Le ton est doux, après tout Hjúki est à moins d’un mètre. Ces mots prononcés tout bas ne constituent que l’une de ses approches. A quoi pense-t-il en caressant un fou ? Le noir des blancs. Il ne dit pas grand-chose, en fait, le plus souvent elle ne comprend pas bien. C’est beau, c’est mystérieux. Intelligent aussi, ingrédient agréable. Il est une pierre runique, entrelacs nébuleux. Souvent les liens se déterminent ainsi, son attirance pour lui n’est d’abord pas physique. Sa délicatesse, Circéia l’apprécie. Mais il est autre chose et ce mystère-là taraude un esprit droit, cartésien mais ouvert au vacillement.
Elle a passé son bras gauche entre corps et coude de Hjúki. Et se rapproche de lui, lentement, très lentement. Faim de retrouver la promiscuité de l’escalier. Sans paravent cette fois. Tête contre le bras, à côté de lui, toute proche… Ne pas souffler sur la bougie, donner la fraîcheur.
- Les pièces étaient lourdes, je n’utilisais pas la Reine au début.
Elle sourit, repensant à ces parties endiablées, Dieda faisant exprès de perdre une tour, de laisser des béances en défense. Et sa façon de poser la pièce, quand il feignait l’attaque. Pas de nostalgie, demain importe toujours plus qu’hier, elle le sait. Mais un plaisir de retrouver sa vie, le bonheur de partager un peu d’elle.
- … J’ai nettoyé la salle de bains, vous pouvez y aller si vous voulez…
Des mots chantés, ton suggérant le bénéfice. Elle sait, la serviette a été utilisée. Mais Circéia déteste passer pour malpolie. Il aurait dû y aller en premier.
- Je peux préparer le thé pendant ce temps !?!
Quoiqu’il fasse, elle sera dans le calme des eaux d’altitude, ces lacs de haute montagne que personne ne visite, purs, transparents.
Un courant sous-marin traverse l’océan, brassant les composants d’un univers noir d’encre. Dans cette obscurité, rien ne transpire des mécanismes en marche. Cette magie-là transcende les natures. Enthalpie. Et Circéia, comme tous les êtres du cosmos, est frappée ce jour-là par ce qui n’a qu’un nom. A ses côtés, le sentiment devient bon. Mais c’est un embryon.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Enthalpie
Équilibrée, symétrique. Couronnée de minuscules piquants rappelant un anneau d’épines, non point comme celle tortueuse et brimante dont les railleurs affublèrent le Christ, mais tel le barrage de la délicate rose qui a autant besoin d’être défendue qu’elle est en mesure d’attaquer. Des vibrations portées par le sol ébranlé de nouveaux pas remontent le long de son corps tressaillant, l’informant du retour de l’enchanteresse. Quelque douces notes lui parviennent. En une phrase elle est parvenue à modeler une image floue, balbutiante mais bien présente d’une Circéia enfant. Qu’il est étrange de l’imaginer à un tout autre âge de son évolution, baignée d’une insouciance propre aux tous premiers trottinements en l’existence. Plus jeune encore, plus petite encore. Commençait-elle déjà à être celle que Hjúki voyait ?
Approche encore pour atteindre une proximité de contact. Il résiste de moins en moins, semblant la considérer de moins en moins comme étrangère, permettant des appuis desquels, par une autre personne, il chercherait à se soustraire. L’adolescent porte un peu plus attention au poids de cette Reine de Couleur à l’écoute de la dernière confidence dont lui fait part la jeune femme. Cette fois, ce sont les contours d’une toute petite main en suspension au-dessus de ce plateau qui se dessinent, prête à fondre sur un membre choisi de cette cour bien rangée, décidant de qui devra s’élancer.
L’enfant dans un partage, dans une complicité avec son grand-père. Image belle, singulière, familière. Hjúki ne peut s’empêcher de resonger à l’état faiblissant de son Opa qui présentait en apparence encore tant de vigueur à l’heure de ses plus jeunes années. De robuste Protecteur il est devenu Arbre qui, en dépit de l’épaisseur de ses cernes annuels, commence à plier sous la puissance des rafales qui le tourmentent. Les soins permettraient quelque incertaine prolongation, allongement. Les parents qui présentent habituellement un écart générationnel moins marqué peuvent alors se faire les guides les plus pérennes de l’enfant. Pourtant, il n’a que faire de ces parents-de-papier, il veut Opa, le plus longtemps possible. Dans le délicat travail de funambule qu’est l’accompagnement d’un enfant, chaque initiative comporte l’immense potentialité de l’erreur. En y réfléchissant à présent, il préfère pardonner les petites défaillances de son grand-père au monumental manquement originel de la part de ses géniteurs qui n’ont même pas osé prendre le risque de se tromper devant lui. Il s'arrache alors à ses inquiétudes qu’il veut dormantes pour le moment.
« Opa ? Je veux dire… comment appelle-t-on un grand-père russe ? »
Ses vagues connaissances d’échecs ramènent à son esprit un esprit plus russe que britannique, d’où sa supposition. Ils sont deux jeunes adultes de la même génération, mais alors que les hommes ont la possibilité d’avoir des enfants à tout âge, leurs aïeuls pourraient provenir d’ères différentes. Certains écarts peuvent atteindre la durée d’un siècle, dès lors n’est envisageable qu’un vague frôlement dans les premières années de l’Enkel, voire aucun. En retravaillant la mélodie de Circéia, un élément lui indique que le sien n’existe sans doute plus exactement au présent.
« C’était, avez-vous dit. Vous le conservez car il...n’est plus ? »
Maladroit. Terriblement maladroit. Surtout de la part d’un adolescent qui n’est toujours pas prêt à affronter cette perte. Que gardera-t-il de son Opa, si ou quand… Non, il préfère ne pas y penser. Il vivra. Il le doit. Pour des années, et des années. Autant durant lesquelles il aura encore besoin de lui. Hjúki a encore tant et tant à apprendre de lui. Il sourit légèrement des dernières propositions de Circéia. Presque Pro… Non, il n’a qu’un seul Beschützer, irremplaçable. Sans être connaisseur en préparation de thé russe, il se doute que pourrait s’y cacher une belle chorégraphie.
« Je découvrirai avec plaisir les rouages de la préparation du thé. »
La chaleur environnante commençant à lui peser, écartant subtilement ses bras, il fait glisser sur ses épaules son vêtement supérieur pour le laisser de côté. Les manches retroussées de sa chemise dénudent ses clairs avant-bras. Folie hivernale mais la sensation de la peau contre la couche d’un tissu bien plus ample lui est si agréable. Son bracelet capturant de rares Sphères brillantes n’est plus invisible, mais il ne s’en inquiète pas tant, il y a bien plus incongru que les ornements dont un adolescent peut parer son poignet.
Approche encore pour atteindre une proximité de contact. Il résiste de moins en moins, semblant la considérer de moins en moins comme étrangère, permettant des appuis desquels, par une autre personne, il chercherait à se soustraire. L’adolescent porte un peu plus attention au poids de cette Reine de Couleur à l’écoute de la dernière confidence dont lui fait part la jeune femme. Cette fois, ce sont les contours d’une toute petite main en suspension au-dessus de ce plateau qui se dessinent, prête à fondre sur un membre choisi de cette cour bien rangée, décidant de qui devra s’élancer.
L’enfant dans un partage, dans une complicité avec son grand-père. Image belle, singulière, familière. Hjúki ne peut s’empêcher de resonger à l’état faiblissant de son Opa qui présentait en apparence encore tant de vigueur à l’heure de ses plus jeunes années. De robuste Protecteur il est devenu Arbre qui, en dépit de l’épaisseur de ses cernes annuels, commence à plier sous la puissance des rafales qui le tourmentent. Les soins permettraient quelque incertaine prolongation, allongement. Les parents qui présentent habituellement un écart générationnel moins marqué peuvent alors se faire les guides les plus pérennes de l’enfant. Pourtant, il n’a que faire de ces parents-de-papier, il veut Opa, le plus longtemps possible. Dans le délicat travail de funambule qu’est l’accompagnement d’un enfant, chaque initiative comporte l’immense potentialité de l’erreur. En y réfléchissant à présent, il préfère pardonner les petites défaillances de son grand-père au monumental manquement originel de la part de ses géniteurs qui n’ont même pas osé prendre le risque de se tromper devant lui. Il s'arrache alors à ses inquiétudes qu’il veut dormantes pour le moment.
« Opa ? Je veux dire… comment appelle-t-on un grand-père russe ? »
Ses vagues connaissances d’échecs ramènent à son esprit un esprit plus russe que britannique, d’où sa supposition. Ils sont deux jeunes adultes de la même génération, mais alors que les hommes ont la possibilité d’avoir des enfants à tout âge, leurs aïeuls pourraient provenir d’ères différentes. Certains écarts peuvent atteindre la durée d’un siècle, dès lors n’est envisageable qu’un vague frôlement dans les premières années de l’Enkel, voire aucun. En retravaillant la mélodie de Circéia, un élément lui indique que le sien n’existe sans doute plus exactement au présent.
« C’était, avez-vous dit. Vous le conservez car il...n’est plus ? »
Maladroit. Terriblement maladroit. Surtout de la part d’un adolescent qui n’est toujours pas prêt à affronter cette perte. Que gardera-t-il de son Opa, si ou quand… Non, il préfère ne pas y penser. Il vivra. Il le doit. Pour des années, et des années. Autant durant lesquelles il aura encore besoin de lui. Hjúki a encore tant et tant à apprendre de lui. Il sourit légèrement des dernières propositions de Circéia. Presque Pro… Non, il n’a qu’un seul Beschützer, irremplaçable. Sans être connaisseur en préparation de thé russe, il se doute que pourrait s’y cacher une belle chorégraphie.
« Je découvrirai avec plaisir les rouages de la préparation du thé. »
La chaleur environnante commençant à lui peser, écartant subtilement ses bras, il fait glisser sur ses épaules son vêtement supérieur pour le laisser de côté. Les manches retroussées de sa chemise dénudent ses clairs avant-bras. Folie hivernale mais la sensation de la peau contre la couche d’un tissu bien plus ample lui est si agréable. Son bracelet capturant de rares Sphères brillantes n’est plus invisible, mais il ne s’en inquiète pas tant, il y a bien plus incongru que les ornements dont un adolescent peut parer son poignet.