Nos ombres que la nuit dissipera
Kristen lança un bref regard au dragon. Il se mit alors à battre des ailes, faisant voler la poussière tout autour, et s'envola dans le ciel étoilé. Ce qu'elle était belle, cette vouivre noire... On en oubliait presque qu'il avait fallu couper un homme en deux pour voir naître cette belle histoire. La directrice lâcha un long soupir. La vouivre s'emparait de la nuit comme la nuit s'emparait de Kristen.
« Et qu'est-ce que tu veux, Aelle ? En faire quelque chose. Quoi ? Sois précise. Détaille ! Les possibilités sont si nombreuses. »
Kristen avait entendu sa voix s'élever, se faire plus dure, elle s'était couverte d'une ironie plus froide que la nuit écossaise. La sorcière ne s'était jamais sentie si en colère contre Aelle Bristyle, pas même ce jour où elle l'avait renvoyée de Poudlard - car alors, c'était la directrice qui parlait. Mais ce soir... Mince alors, Kristen lui disait clairement qu'elle laissait son esprit se tourner vers la folie, vers le désir d'anéantissement, et Aelle Bristyle, une adolescente, lui rétorquait : d'accord, j'y vais !
« Mh ? Quels sont les grands projets qui mériteraient que tu sombres dans la folie ? Dis-moi. Qu'est-ce qui justifie que tu verses dans la magie noire pour exprimer ta colère, au lieu de taper dans un oreiller comme tout le monde ? Elle t'appelle, hein ? Mais qu'est-ce que tu veux ? »
Comment les choses avaient-elle pu dégénérer aussi vite ? Les pires pensées accablèrent l'esprit de Kristen : cette gamine n'en vaut pas le coup, elle ne comprend rien, elle fait semblant, mais elle n'apprend pas... Obstinée, trop têtue, irrécupérable - une perte de temps. Contre les parois de son crâne se bousculaient les photographies de Baldur et d'Owen. Alors, ne subsistèrent dans son esprit que les lèvres de l'Ombre du Brandebourg, qui formaient les mots : C'est toi qui as tort, Kristen, parce que tu as peur. Mais tout le monde n'a pas un esprit si faible que le tien.
Si prompte à céder... Si facile, sous tes grands airs.
Pauvre gamine, tu lui tends la main pour mieux la lâcher. Tu voudrais qu'elle ressente la peur que tu ressens.
Souviens-toi, Kristen.
Ta faiblesse te rend tout aussi coupable que moi.
Kristen se tourna vivement, comme si le vent lui avait parlé. Merde. C'est vrai, je perds la raison. Merde. Et si ça finissait par se voir ? Le sang de sa main coulait plus vite, formant une petite flaque sur la pierre, et une aura noire l'enveloppait à nouveau. C'est comme s'il était là...
« Et qu'est-ce que tu veux, Aelle ? En faire quelque chose. Quoi ? Sois précise. Détaille ! Les possibilités sont si nombreuses. »
Kristen avait entendu sa voix s'élever, se faire plus dure, elle s'était couverte d'une ironie plus froide que la nuit écossaise. La sorcière ne s'était jamais sentie si en colère contre Aelle Bristyle, pas même ce jour où elle l'avait renvoyée de Poudlard - car alors, c'était la directrice qui parlait. Mais ce soir... Mince alors, Kristen lui disait clairement qu'elle laissait son esprit se tourner vers la folie, vers le désir d'anéantissement, et Aelle Bristyle, une adolescente, lui rétorquait : d'accord, j'y vais !
« Mh ? Quels sont les grands projets qui mériteraient que tu sombres dans la folie ? Dis-moi. Qu'est-ce qui justifie que tu verses dans la magie noire pour exprimer ta colère, au lieu de taper dans un oreiller comme tout le monde ? Elle t'appelle, hein ? Mais qu'est-ce que tu veux ? »
Comment les choses avaient-elle pu dégénérer aussi vite ? Les pires pensées accablèrent l'esprit de Kristen : cette gamine n'en vaut pas le coup, elle ne comprend rien, elle fait semblant, mais elle n'apprend pas... Obstinée, trop têtue, irrécupérable - une perte de temps. Contre les parois de son crâne se bousculaient les photographies de Baldur et d'Owen. Alors, ne subsistèrent dans son esprit que les lèvres de l'Ombre du Brandebourg, qui formaient les mots : C'est toi qui as tort, Kristen, parce que tu as peur. Mais tout le monde n'a pas un esprit si faible que le tien.
Si prompte à céder... Si facile, sous tes grands airs.
Pauvre gamine, tu lui tends la main pour mieux la lâcher. Tu voudrais qu'elle ressente la peur que tu ressens.
Souviens-toi, Kristen.
Ta faiblesse te rend tout aussi coupable que moi.
Kristen se tourna vivement, comme si le vent lui avait parlé. Merde. C'est vrai, je perds la raison. Merde. Et si ça finissait par se voir ? Le sang de sa main coulait plus vite, formant une petite flaque sur la pierre, et une aura noire l'enveloppait à nouveau. C'est comme s'il était là...
Équipe Modératus
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken | ▶
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Nos ombres que la nuit dissipera
Mon regard était plongé quelque part dans le ciel, à suivre ce que je pensais être la vouivre, magnifique avec ses ailes sombres et son long corps. Le calme que je ressentais n’était qu’une chimère, ce n’était pas du calme, c’était de la confiance. Parler est l’une des choses les plus difficiles au monde et la plupart du temps, je trouve qu'il est si vain de mettre des mots sur des choses aussi peu concrètes que les sentiments et les émotions. Si j’ai parlé à Loewy, c’est parce que je me sentais en confiance et parce que je savais qu’elle me comprendrait — quelques mots auraient dû suffire pour qu’elle atteigne ma compréhension, c’est du moins ce que je pensais quand j’ai pris la parole. J’avais tort.
À présent, mes yeux sont braqués sur la femme et je la regarde sans la voir. Ses paroles résonnent tellement fort dans ma tête que je ne m’entends plus penser. Et mon coeur ressent si fort que j’ai l’impression qu’il prend toute la place. Une boule me noue la gorge. Elle me fait si mal — à elle seule, elle représente toute l’injustice qui m’a violemment plaqué au sol quand Loewy a pris la parole, de son ton si dur, si ironique, si plein de cette colère que je ne comprends pas. Ce n’est pas normal et ça me bousille de le reconnaître. Je lui ai parlé ! Je lui ai dit des choses simples et elle n’a pas compris ! Elle, celle en qui j’ai eu assez confiance pour croire que je pouvais tout lui dire, elle n’a rien compris. Et moi non plus, je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi elle me jette ces mots au visage, pourquoi elle me considère avec tant de mépris, tout à coup, pourquoi elle n’a pas saisi, pourquoi elle me pose ses questions alors qu’elle connaît parfaitement les réponses !
Je ne dois être qu’une gamine, pour elle, une gamine qui veut jouer à des jeux de grands. C’est ça, qu’elle croit ? Que je ne sais pas ce que c’est, que je ne rêve qu’à goûter à l’interdit, que j’exagère ce que je ressens ? Au lieu de taper dans un oreiller comme tout le monde. Et c’est elle qui me dit ça ? Ai-je imaginé ce que j’ai descellé chez elle ? Elle t'appelle, hein ? Mais qu'est-ce que tu veux ? Il y a tellement de mépris, dans ces mots, tellement de moquerie. Et moi, ça me conforte dans mon idée qu’elle ne me pense pas sincère. Et ma chute n’en est que plus brutale. Mais qu’est-ce qu’il m’a pris, bordel, de croire qu’elle pouvait tout comprendre ? Finalement, peut-être n’est-elle qu’une adulte de plus qui se conforte dans l'idée que je ne suis pas prête. Le pire dans tout cela, c’est que ce n’est pas la Directrice qui parle, mais bien la Femme. Et moi, j’avais confiance en elle.
Il s'échappe de Loewy une aura si forte et si sombre que je la ressens jusque dans mon propre sang. Toute mon intelligence me hurle de faire attention, de ne pas la pousser, de ne pas lui reprocher tout un tas de choses. Mais je me fous de ce que me dit mon intelligence. Je me fous même de ce que pense Loewy parce que moi, je suis sincère, et moi je n’ai pas envie que l’on me considère comme cette femme me considère.
Ce n’est pas une grande rage qui me bouscule, ce n’est même pas de la colère pure et dure. C’est un sentiment plus profond encore, quelque chose de moche qui me fait mal au coeur, qui fait s’incurver mes lèvres vers le bas et se serrer mes poings. Je n’ai pas envie de crier, je n’ai pas envie de frapper. J’ai seulement envie que cette femme me reconnaisse, Merlin ! Je veux qu’elle me voit telle que je suis, pas avec ses foutues œillères d’adulte ! Trop fière, voilà ce qu’elle est, trop fière pour reconnaître que je lui ressemble, trop fière pour l’accepter, peut-être, trop fière pour comprendre que je ne suis pas en train de me perdre. Parce qu’elle s’est perdue, elle, hein ? La gosse qu’elle était s’est paumée, elle a souffert, elle a fait trop d’erreurs et c’est pour cela qu’est née cette femme pleine de mépris.
Et moi, cette femme-là, je la déteste.
M’extirper de tout ce que je ressens pour prendre conscience de l’endroit dans lequel je me trouve et de la femme dégoulinante de magie noire qui me fait face est difficile. Mais quand je le fais, ma détermination n’en est que plus grande.
Je prends une grande inspiration parce que j’ai peur qu’en ouvrant la bouche ce soit un « Vous comprenez rien » enfantin qui m’échappe — ce serait pitoyable.
« Vous comprenez rien. » *Merde*. Quelle rancœur, dans cette voix ! Et c’est un odieux mensonge, c’est là tout le coeur du problème. « Enfin non, vous savez très bien ce que je veux, pourquoi vous le reconnaissez pas ? »
Désormais déliée, ma langue a envie de cracher des flammes ; à moins que ce ne soit mon coeur. Je voulais rester calme mais mon ton s’envole tout seul, grand idiot qu’il est.
« Y’a rien qui justifie ça, c’est comme ça, c’est tout ! Je le ressens, là ! » Je porte la main à mon coeur mais j’aurais aimé désigner mon corps tout entier. « Vous savez exactement ce que c’est, je le sais, alors me faites pas croire que vous comprenez pas ! »
Dans un coin de mon esprit, une alarme s’allume : c’est ta directrice, c’est ta directrice, c’est ta directrice. *Non*. Je me contrefous des titres. Et la nuit est si grande, et ce sang qui attire mon regard, et cette chose qui grouille en moi. Pourquoi ne m’a-t-elle pas tout simplement dit : je sais ce que c’est, je le ressens également ?
« Vous frappez dans un oreiller, vous, quand vous avez envie d’exploser ? Vous frappez dans un oreiller pour répondre à son appel ? Parce que oui, la… La magie noire m’appelle et arrêtez de croire que c’est seulement une passion de gamine ! »
Ma voix s’élève dans le ciel. Bordel, je dois me calmer. Arrêter de crier comme une enfant. Face à la colère, il faut toujours se positionner avec calme, avec maturité. Mais je n’y arrive pas. J’ai envie de parler, moi. Et qu’importe qu’elle soit ma foutue Directrice ? Qu’importe que je sois en train de gueuler contre la plus grande sorcière de Grande-Bretagne, une sorcière noire, et puissante, et devant laquelle j’étais béate d’admiration il y a quelques minutes ? Moi, je ne vois qu’une femme qui se fout de moi et qui fait semblant de ne rien comprendre.
« J’ai envie que ma magie soit comme moi ! dégueulé-je soudainement. J’ai envie qu’elle soit comme ce que je ressens, je veux qu’elle soit ce que je ressens ! Des Reducto, des Repulso, des Stupefix… J’en ai marre de tout ça, putain ! »
J’ai envie de me comprendre, j’ai envie de comprendre ma magie, je ne veux pas me contenter de ce que l’on m’apprend, je veux me plonger dans cette grande noirceur et la faire mienne, je n’ai pas peur des sacrifices puisque je veux faire des sacrifices, je veux pouvoir faire quelque chose de ma rage et de ma colère, je ne veux plus qu’elles me malmènent, qu’elles fassent ce qu’elles veulent de moi, j’ai envie de reprendre le contrôle, de les mater et d’en faire tout ce que je veux ! Je ne veux pas être comme tout le monde, à jouer avec ma baguette alors que je suis capable de tellement plus. Vous savez ce que c’est ! Il y a quelque chose en moi qui a besoin d’elle, je ne sais pas comment le dire autrement, je ne sais pas comment faire, je ne sais pas ce que je veux, je veux seulement que ça sorte, enfin, je ne veux pas avoir peur et pas m’empêcher d’avancer seulement à cause de cette folie avec laquelle vous me bassinez, je veux être ce que je suis !
Tant de mots se bousculent dans ma tête, tant d’envies, tant de besoins, tant d’évidences ! Tellement de choses que rien ne sort et je me retrouve bloquée avec une masse imposante dans le coeur, une masse qui m’arrache mon souffle et me laisse pantelante. Et la voilà enfin, celle que je croyais absente. La colère qui me fait trembler.
J’aimerais tellement qu’elle comprenne, cette femme !
J’aimerais tellement qu’elle sente ce qui laboure mon coeur à ce moment précis.
Alors peut-être cessera-t-elle de croire que je ne suis qu’une gosse paumée.
À présent, mes yeux sont braqués sur la femme et je la regarde sans la voir. Ses paroles résonnent tellement fort dans ma tête que je ne m’entends plus penser. Et mon coeur ressent si fort que j’ai l’impression qu’il prend toute la place. Une boule me noue la gorge. Elle me fait si mal — à elle seule, elle représente toute l’injustice qui m’a violemment plaqué au sol quand Loewy a pris la parole, de son ton si dur, si ironique, si plein de cette colère que je ne comprends pas. Ce n’est pas normal et ça me bousille de le reconnaître. Je lui ai parlé ! Je lui ai dit des choses simples et elle n’a pas compris ! Elle, celle en qui j’ai eu assez confiance pour croire que je pouvais tout lui dire, elle n’a rien compris. Et moi non plus, je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi elle me jette ces mots au visage, pourquoi elle me considère avec tant de mépris, tout à coup, pourquoi elle n’a pas saisi, pourquoi elle me pose ses questions alors qu’elle connaît parfaitement les réponses !
Je ne dois être qu’une gamine, pour elle, une gamine qui veut jouer à des jeux de grands. C’est ça, qu’elle croit ? Que je ne sais pas ce que c’est, que je ne rêve qu’à goûter à l’interdit, que j’exagère ce que je ressens ? Au lieu de taper dans un oreiller comme tout le monde. Et c’est elle qui me dit ça ? Ai-je imaginé ce que j’ai descellé chez elle ? Elle t'appelle, hein ? Mais qu'est-ce que tu veux ? Il y a tellement de mépris, dans ces mots, tellement de moquerie. Et moi, ça me conforte dans mon idée qu’elle ne me pense pas sincère. Et ma chute n’en est que plus brutale. Mais qu’est-ce qu’il m’a pris, bordel, de croire qu’elle pouvait tout comprendre ? Finalement, peut-être n’est-elle qu’une adulte de plus qui se conforte dans l'idée que je ne suis pas prête. Le pire dans tout cela, c’est que ce n’est pas la Directrice qui parle, mais bien la Femme. Et moi, j’avais confiance en elle.
Il s'échappe de Loewy une aura si forte et si sombre que je la ressens jusque dans mon propre sang. Toute mon intelligence me hurle de faire attention, de ne pas la pousser, de ne pas lui reprocher tout un tas de choses. Mais je me fous de ce que me dit mon intelligence. Je me fous même de ce que pense Loewy parce que moi, je suis sincère, et moi je n’ai pas envie que l’on me considère comme cette femme me considère.
Ce n’est pas une grande rage qui me bouscule, ce n’est même pas de la colère pure et dure. C’est un sentiment plus profond encore, quelque chose de moche qui me fait mal au coeur, qui fait s’incurver mes lèvres vers le bas et se serrer mes poings. Je n’ai pas envie de crier, je n’ai pas envie de frapper. J’ai seulement envie que cette femme me reconnaisse, Merlin ! Je veux qu’elle me voit telle que je suis, pas avec ses foutues œillères d’adulte ! Trop fière, voilà ce qu’elle est, trop fière pour reconnaître que je lui ressemble, trop fière pour l’accepter, peut-être, trop fière pour comprendre que je ne suis pas en train de me perdre. Parce qu’elle s’est perdue, elle, hein ? La gosse qu’elle était s’est paumée, elle a souffert, elle a fait trop d’erreurs et c’est pour cela qu’est née cette femme pleine de mépris.
Et moi, cette femme-là, je la déteste.
M’extirper de tout ce que je ressens pour prendre conscience de l’endroit dans lequel je me trouve et de la femme dégoulinante de magie noire qui me fait face est difficile. Mais quand je le fais, ma détermination n’en est que plus grande.
Je prends une grande inspiration parce que j’ai peur qu’en ouvrant la bouche ce soit un « Vous comprenez rien » enfantin qui m’échappe — ce serait pitoyable.
« Vous comprenez rien. » *Merde*. Quelle rancœur, dans cette voix ! Et c’est un odieux mensonge, c’est là tout le coeur du problème. « Enfin non, vous savez très bien ce que je veux, pourquoi vous le reconnaissez pas ? »
Désormais déliée, ma langue a envie de cracher des flammes ; à moins que ce ne soit mon coeur. Je voulais rester calme mais mon ton s’envole tout seul, grand idiot qu’il est.
« Y’a rien qui justifie ça, c’est comme ça, c’est tout ! Je le ressens, là ! » Je porte la main à mon coeur mais j’aurais aimé désigner mon corps tout entier. « Vous savez exactement ce que c’est, je le sais, alors me faites pas croire que vous comprenez pas ! »
Dans un coin de mon esprit, une alarme s’allume : c’est ta directrice, c’est ta directrice, c’est ta directrice. *Non*. Je me contrefous des titres. Et la nuit est si grande, et ce sang qui attire mon regard, et cette chose qui grouille en moi. Pourquoi ne m’a-t-elle pas tout simplement dit : je sais ce que c’est, je le ressens également ?
« Vous frappez dans un oreiller, vous, quand vous avez envie d’exploser ? Vous frappez dans un oreiller pour répondre à son appel ? Parce que oui, la… La magie noire m’appelle et arrêtez de croire que c’est seulement une passion de gamine ! »
Ma voix s’élève dans le ciel. Bordel, je dois me calmer. Arrêter de crier comme une enfant. Face à la colère, il faut toujours se positionner avec calme, avec maturité. Mais je n’y arrive pas. J’ai envie de parler, moi. Et qu’importe qu’elle soit ma foutue Directrice ? Qu’importe que je sois en train de gueuler contre la plus grande sorcière de Grande-Bretagne, une sorcière noire, et puissante, et devant laquelle j’étais béate d’admiration il y a quelques minutes ? Moi, je ne vois qu’une femme qui se fout de moi et qui fait semblant de ne rien comprendre.
« J’ai envie que ma magie soit comme moi ! dégueulé-je soudainement. J’ai envie qu’elle soit comme ce que je ressens, je veux qu’elle soit ce que je ressens ! Des Reducto, des Repulso, des Stupefix… J’en ai marre de tout ça, putain ! »
J’ai envie de me comprendre, j’ai envie de comprendre ma magie, je ne veux pas me contenter de ce que l’on m’apprend, je veux me plonger dans cette grande noirceur et la faire mienne, je n’ai pas peur des sacrifices puisque je veux faire des sacrifices, je veux pouvoir faire quelque chose de ma rage et de ma colère, je ne veux plus qu’elles me malmènent, qu’elles fassent ce qu’elles veulent de moi, j’ai envie de reprendre le contrôle, de les mater et d’en faire tout ce que je veux ! Je ne veux pas être comme tout le monde, à jouer avec ma baguette alors que je suis capable de tellement plus. Vous savez ce que c’est ! Il y a quelque chose en moi qui a besoin d’elle, je ne sais pas comment le dire autrement, je ne sais pas comment faire, je ne sais pas ce que je veux, je veux seulement que ça sorte, enfin, je ne veux pas avoir peur et pas m’empêcher d’avancer seulement à cause de cette folie avec laquelle vous me bassinez, je veux être ce que je suis !
Tant de mots se bousculent dans ma tête, tant d’envies, tant de besoins, tant d’évidences ! Tellement de choses que rien ne sort et je me retrouve bloquée avec une masse imposante dans le coeur, une masse qui m’arrache mon souffle et me laisse pantelante. Et la voilà enfin, celle que je croyais absente. La colère qui me fait trembler.
J’aimerais tellement qu’elle comprenne, cette femme !
J’aimerais tellement qu’elle sente ce qui laboure mon coeur à ce moment précis.
Alors peut-être cessera-t-elle de croire que je ne suis qu’une gosse paumée.
Nos ombres que la nuit dissipera
TW : propos violents, description de contenu graphique
Et la colère continuait de monter, monter, comme les bulles s'élèvent dans les airs avant d'exploser : pouf ! Est-ce que toute tentative de communication était devenue impossible ? Chaque mot d'Aelle Bristyle nourrissait la frustration de Kristen, c'était un sentiment qui lui enserrait le cœur... Mais pourquoi ? Parce que je ne veux pas qu'elle gâche sa vie, cette gamine ! Ce n'est pourtant pas compliqué à comprendre !
« Pour une fois, épargne-moi tes ressentis, par Morgane ! »
Elle ne put retenir un rire malsain, discordant, tandis qu'une grimace moqueuse déformait son visage.
« Oh, tu en as marre des Repulso... Tu veux savoir ce que je fais, quand je suis en colère ? Non, je ne frappe pas mon oreiller, je ne lance pas des Stupefix. En revanche, je peux te raconter la fois où j'ai éviscéré un homme, qu'est-ce que tu en dis ? Tu sais ce que ça veut dire, éviscérer quelqu'un ? Pardonne-moi, ce n'est pas un mot que l'on rencontre dans n'importe quelle conversation. D'abord, le sang coule, en grande quantité, je dois dire, et finalement, le corps s'effondre au sol... Ce n'est qu'après la mort que les organes finissent par lamentablement glisser par terre. »
Elle secoua la tête et dans ses yeux brillaient un éclair de démence.
« Ah oui... quelle douce façon d'exprimer sa colère ! Alors ça, ce n'est pas du Repulso ! lâcha-t-elle d'un air faussement triomphant, levant royalement sa main dégoulinante. »
Kristen était bien consciente de trop en dire, mais elle ne pouvait plus s'arrêter. Ce n'était même plus elle, qui s'adressait à l'adolescente : sa rage avait tout à fait revêtu le costume de Kristen Loewy et avait effacé le reste. Sa voix, même, était tranchante, sifflante, déformée. D'ailleurs, elle ne se comprenait tellement plus qu'elle ne savait pas si elle s'adressait bien à Aelle. Elle se sentait plutôt spectatrice d'une étrange comédie qui visait surtout à moquer sa propre existence.
« Tu veux que ta magie soit comme toi... Tu penses que tu es obscure, ténébreuse ! Mais tu ne sais rien des ténèbres, Aelle. Tu n'as pas vu devant tes yeux se lever une armée de cadavres. Tu n'as pas tout perdu. Tu es en colère, je n'en doute pas une seconde. En colère contre moi, en colère contre le monde entier ! Mais bien sûr, que tu es en colère, tu as seize ans ! Réveille-toi ! De quelle noirceur crois-tu que tu es faite, au juste ? »
Tout cela... C'est parce que toi, tu as échoué, Kristen.
Et si Kristen avait échoué, alors pourquoi Aelle n'en ferait-elle pas de même ? Le risque était pourtant bien là. Avec de telles intentions, une telle naïveté, comment pouvait-elle seulement espérer s'en sortir ? La jeune sorcière dégringolerait à toute vitesse. Kristen avait d'abord pensé que puisqu'elle ne pouvait pas empêcher cet attrait d'Aelle pour la magie noire, il valait mieux que ce soit elle qui la guide. Cela lui éviterait au moins de tomber sur un Baldur Feuerbach... Mais comment guider quelqu'un sur une voie qui nous terrifie, au fond ?
La grande directrice de Poudlard avait finalement peur de son ombre, quelle plaisanterie !
Et la colère continuait de monter, monter, comme les bulles s'élèvent dans les airs avant d'exploser : pouf ! Est-ce que toute tentative de communication était devenue impossible ? Chaque mot d'Aelle Bristyle nourrissait la frustration de Kristen, c'était un sentiment qui lui enserrait le cœur... Mais pourquoi ? Parce que je ne veux pas qu'elle gâche sa vie, cette gamine ! Ce n'est pourtant pas compliqué à comprendre !
« Pour une fois, épargne-moi tes ressentis, par Morgane ! »
Elle ne put retenir un rire malsain, discordant, tandis qu'une grimace moqueuse déformait son visage.
« Oh, tu en as marre des Repulso... Tu veux savoir ce que je fais, quand je suis en colère ? Non, je ne frappe pas mon oreiller, je ne lance pas des Stupefix. En revanche, je peux te raconter la fois où j'ai éviscéré un homme, qu'est-ce que tu en dis ? Tu sais ce que ça veut dire, éviscérer quelqu'un ? Pardonne-moi, ce n'est pas un mot que l'on rencontre dans n'importe quelle conversation. D'abord, le sang coule, en grande quantité, je dois dire, et finalement, le corps s'effondre au sol... Ce n'est qu'après la mort que les organes finissent par lamentablement glisser par terre. »
Elle secoua la tête et dans ses yeux brillaient un éclair de démence.
« Ah oui... quelle douce façon d'exprimer sa colère ! Alors ça, ce n'est pas du Repulso ! lâcha-t-elle d'un air faussement triomphant, levant royalement sa main dégoulinante. »
Kristen était bien consciente de trop en dire, mais elle ne pouvait plus s'arrêter. Ce n'était même plus elle, qui s'adressait à l'adolescente : sa rage avait tout à fait revêtu le costume de Kristen Loewy et avait effacé le reste. Sa voix, même, était tranchante, sifflante, déformée. D'ailleurs, elle ne se comprenait tellement plus qu'elle ne savait pas si elle s'adressait bien à Aelle. Elle se sentait plutôt spectatrice d'une étrange comédie qui visait surtout à moquer sa propre existence.
« Tu veux que ta magie soit comme toi... Tu penses que tu es obscure, ténébreuse ! Mais tu ne sais rien des ténèbres, Aelle. Tu n'as pas vu devant tes yeux se lever une armée de cadavres. Tu n'as pas tout perdu. Tu es en colère, je n'en doute pas une seconde. En colère contre moi, en colère contre le monde entier ! Mais bien sûr, que tu es en colère, tu as seize ans ! Réveille-toi ! De quelle noirceur crois-tu que tu es faite, au juste ? »
Tout cela... C'est parce que toi, tu as échoué, Kristen.
Et si Kristen avait échoué, alors pourquoi Aelle n'en ferait-elle pas de même ? Le risque était pourtant bien là. Avec de telles intentions, une telle naïveté, comment pouvait-elle seulement espérer s'en sortir ? La jeune sorcière dégringolerait à toute vitesse. Kristen avait d'abord pensé que puisqu'elle ne pouvait pas empêcher cet attrait d'Aelle pour la magie noire, il valait mieux que ce soit elle qui la guide. Cela lui éviterait au moins de tomber sur un Baldur Feuerbach... Mais comment guider quelqu'un sur une voie qui nous terrifie, au fond ?
La grande directrice de Poudlard avait finalement peur de son ombre, quelle plaisanterie !
Équipe Modératus
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Nos ombres que la nuit dissipera
« Pour une fois, épargne-moi tes ressentis, par Morgane ! »
C’est étonnant comme une simple phrase peut s’incruster tout au fond de notre cœur. Ils me percutent de plein fouet ces mots et anéantissent toute ma colère. Ils trouvent des échos dans ma mémoire ; de drôles de reflets : parle-nous, Aelle ; tu dois exprimer ce que tu ressens ; n’aie pas peur de parler de tes sentiments. Les vieilles paroles de ma famille se mélangent à celles de Loewy. Toute une vie à refuser l’épanchement de mes sentiments aux personnes qui m’aiment pour que finalement, lorsque je m’autorise à le faire devant cette femme, elle me le reproche ? J’avais donc raison. L’idée se grave dans ma tête. J’avais raison de tout garder pour moi, de ne pas me confier, de ne laisser exploser que la colère ; l’amour, les joies, les peines et les tristesses, seulement des ressentis dont il me faut épargner ceux qui m’entourent — et surtout cette femme. *D’accord*, songé-je et cette pensée n’est que le terrible rejeton de ma déception.
Le rire de Loewy m’attire tout entier vers lui. A ce moment-là, je sais que la suite ne va pas me plaire et je me retiens vaguement à mes poings serrés, comme si cela pouvait me préserver. J’ai peur qu’elle me malmène, qu’elle me fasse comprendre que je ne suis rien pour elle, que ce que j’ai cru être de l’intérêt pour moi n’est qu’un mirage. J’aurais préféré qu’elle me dise tout cela, parce que ce qu’elle raconte à la place me noue la gorge si fort et me trouble tant que mon regard dévale son corps pour atterrir quelque part sur le sol, peut-être dans le vain espoir que cesse de défiler dans mon esprit des images sanglantes dans lesquelles une Loewy *meurtrière*... Le mot me coupe le souffle. Et la femme parle, raconte, et sa rage m’étouffe et moi, j’ai ces images dans la tête et j’ai envie de lui dire que je ne suis pas concernée par tout ça, moi, que la plupart du temps ce n'est pas dans ce but-là que je veux utiliser cette magie qu’elle persiste à me refuser. La plupart du temps, parce que parfois j’éprouve une rage qui me donne des envies violentes envers des personnes. Parfois, parfois cette personne est Thalia. Et parfois, cette personne est Zikomo. Et encore parfois, cette personne c'est qu’une inconnue et alors et alors…
… et alors mes yeux sont mouillés de larmes que je ne comprends pas. Sans couler, elles se contentent de brouiller ma vision. Elles représentent tout mon dégoût, toute ma frustration, toute ma peur, toute mon incapacité. Parce que je me sens incapable, à ce moment précis, de me faire comprendre et de me faire entendre. Incapable parce que cette femme est bernée et que je n’ai aucune idée de comment nous en sommes arrivés là.
Merlin, cette femme a-t-elle deux foutues personnalités qu’elle s’amuse à revêtir selon son bon vouloir ? Une fois elle me dit qu’elle me soutiendra dans ma découverte de la magie noire et le lendemain, elle me dit ces horreurs, elle me reproche mes envies, elle condamne mon besoin. Dans ces mots, je me sens si pitoyable, comme si j’étais une mauvaise personne, comme si j’étais horrible de ressentir ce que je ressens.
Choquée, je le suis certainement. Paumée, également. Déçue. Je me rends compte à présent que c’était bien une sorte d’approbation que j’étais venue chercher. C’était bien une sorte d’aide. Quelle idiote, Merlin. En quelques phrases, Loewy a tout gâché et je me sens si mal. J’avais raison, il ne faut jamais donner sa confiance aux autres. Elle me l’a prouvé.
Et me le prouve encore.
« Tu penses que tu es obscure, ténébreuse ! Mais tu ne sais rien des ténèbres, Aelle. »
Si j’avais pu me boucher les oreilles, je l’aurais fait.
« Mais bien sûr, que tu es en colère, tu as seize ans ! Réveille-toi ! »
Je crois que c’est à ce moment-là que je réussi à lever les yeux pour la regarder, cette grande femme. La regarder me jeter ces mots au visage. La voir me considérer comme tous les autres me considèrent. Sans le moindre respect. Elle réduit tout ce que je viens de lui dire à ça : tu as seize ans. Tu es une gamine, Aelle. Seize ans, qu’est-ce que c’est ? Tu n’as jamais connu la véritable noirceur, tu n’as jamais vraiment ressenti d’émotions bouleversantes, tu n’as jamais souffert, tu n’as jamais hurlé à t’en étouffer. Tu n’as que seize ans, Aelle. Tu ne connais rien. Tu ne me ressembles pas, tu n’es pas pas grand chose. Ce que tu dis ressentir, des plaisanteries ! Tu te crois grande à parler de colère, tu crois que tu as déjà ressenti la Grande Rage, celle qui bouscule, mais tu n’es qu’une gamine, Aelle, tu ne peux pas comprendre ça. Tu n’as pas assez vécu.
Tu n’as pas assez vécu.
Tu as seize ans !
Réveille-toi !
Me voilà réveillée, désormais. Jamais je n’ai connu de réveil plus douloureux. J’aurais tellement de choses à lui dire, notamment pour rebondir sur sa description sanglante, parce que j’ai compris qu’elle cherchait à m’effrayer et je suis bien effrayée, mais j’essaie très fort de surmonter cette peur. Et si j’y arrive, c’est parce qu’elle vient de m’avouer qu’elle n’avait pas le moindre respect pour moi et rien d'autre n'a d'importance. Son discours veut tout dire et je vais lui donner la réponse qu'elle attend.
Les secondes s’éparpillent. Il y a quelque chose d’immense qui doit se voir actuellement dans mon regard. De la déception ? Peut-être. Peu importe. J’abandonne. Je n’ai besoin de personne, de toute façon, et surtout pas d’une femme comme elle.
Quand ma voix s’élève, c’est pour mieux trembler de toutes les émotions qui m’alourdissent le cœur. Elle ne déchire pas l’air comme celle de Loewy. Elle se contente d’être, et d’être bien enveloppée de rancœur.
Quelle noirceur ?
« La même que vous à mon âge et vous êtes trop aveugle pour le reconnaître. »
A quoi bon, de toute manière ?
Le mensonge que je vais proférer est si gros que je ne peux pas regarder la femme en face quand il sortira. Je me détourne, offrant mon regard à l’horizon.
« Je n’ai pas besoin de vous. »
Mes bras s’enroulent autour de mon ventre. Je préfère être là pour t'aider à faire les choses bien, m'a-t-elle dit la dernière fois. Ah ! quelle grande blague ! Je n'ai pas besoin d'elle. Et je lui prouverai, je lui prouverai que la peur ne m'arrêtera pas. Je lui prouverai que mon âge ne m'arrêtera pas. Je lui prouverai qu'elle ne m'arrêtera pas. Et un jour, peut-être acceptera-t-elle de voir tout ce qu'elle a manqué, chez moi. J'espère qu'elle s'en mordra les doigts et se dira : je n'aurais pas dû la mépriser.
C’est étonnant comme une simple phrase peut s’incruster tout au fond de notre cœur. Ils me percutent de plein fouet ces mots et anéantissent toute ma colère. Ils trouvent des échos dans ma mémoire ; de drôles de reflets : parle-nous, Aelle ; tu dois exprimer ce que tu ressens ; n’aie pas peur de parler de tes sentiments. Les vieilles paroles de ma famille se mélangent à celles de Loewy. Toute une vie à refuser l’épanchement de mes sentiments aux personnes qui m’aiment pour que finalement, lorsque je m’autorise à le faire devant cette femme, elle me le reproche ? J’avais donc raison. L’idée se grave dans ma tête. J’avais raison de tout garder pour moi, de ne pas me confier, de ne laisser exploser que la colère ; l’amour, les joies, les peines et les tristesses, seulement des ressentis dont il me faut épargner ceux qui m’entourent — et surtout cette femme. *D’accord*, songé-je et cette pensée n’est que le terrible rejeton de ma déception.
Le rire de Loewy m’attire tout entier vers lui. A ce moment-là, je sais que la suite ne va pas me plaire et je me retiens vaguement à mes poings serrés, comme si cela pouvait me préserver. J’ai peur qu’elle me malmène, qu’elle me fasse comprendre que je ne suis rien pour elle, que ce que j’ai cru être de l’intérêt pour moi n’est qu’un mirage. J’aurais préféré qu’elle me dise tout cela, parce que ce qu’elle raconte à la place me noue la gorge si fort et me trouble tant que mon regard dévale son corps pour atterrir quelque part sur le sol, peut-être dans le vain espoir que cesse de défiler dans mon esprit des images sanglantes dans lesquelles une Loewy *meurtrière*... Le mot me coupe le souffle. Et la femme parle, raconte, et sa rage m’étouffe et moi, j’ai ces images dans la tête et j’ai envie de lui dire que je ne suis pas concernée par tout ça, moi, que la plupart du temps ce n'est pas dans ce but-là que je veux utiliser cette magie qu’elle persiste à me refuser. La plupart du temps, parce que parfois j’éprouve une rage qui me donne des envies violentes envers des personnes. Parfois, parfois cette personne est Thalia. Et parfois, cette personne est Zikomo. Et encore parfois, cette personne c'est qu’une inconnue et alors et alors…
… et alors mes yeux sont mouillés de larmes que je ne comprends pas. Sans couler, elles se contentent de brouiller ma vision. Elles représentent tout mon dégoût, toute ma frustration, toute ma peur, toute mon incapacité. Parce que je me sens incapable, à ce moment précis, de me faire comprendre et de me faire entendre. Incapable parce que cette femme est bernée et que je n’ai aucune idée de comment nous en sommes arrivés là.
Merlin, cette femme a-t-elle deux foutues personnalités qu’elle s’amuse à revêtir selon son bon vouloir ? Une fois elle me dit qu’elle me soutiendra dans ma découverte de la magie noire et le lendemain, elle me dit ces horreurs, elle me reproche mes envies, elle condamne mon besoin. Dans ces mots, je me sens si pitoyable, comme si j’étais une mauvaise personne, comme si j’étais horrible de ressentir ce que je ressens.
Choquée, je le suis certainement. Paumée, également. Déçue. Je me rends compte à présent que c’était bien une sorte d’approbation que j’étais venue chercher. C’était bien une sorte d’aide. Quelle idiote, Merlin. En quelques phrases, Loewy a tout gâché et je me sens si mal. J’avais raison, il ne faut jamais donner sa confiance aux autres. Elle me l’a prouvé.
Et me le prouve encore.
« Tu penses que tu es obscure, ténébreuse ! Mais tu ne sais rien des ténèbres, Aelle. »
Si j’avais pu me boucher les oreilles, je l’aurais fait.
« Mais bien sûr, que tu es en colère, tu as seize ans ! Réveille-toi ! »
Je crois que c’est à ce moment-là que je réussi à lever les yeux pour la regarder, cette grande femme. La regarder me jeter ces mots au visage. La voir me considérer comme tous les autres me considèrent. Sans le moindre respect. Elle réduit tout ce que je viens de lui dire à ça : tu as seize ans. Tu es une gamine, Aelle. Seize ans, qu’est-ce que c’est ? Tu n’as jamais connu la véritable noirceur, tu n’as jamais vraiment ressenti d’émotions bouleversantes, tu n’as jamais souffert, tu n’as jamais hurlé à t’en étouffer. Tu n’as que seize ans, Aelle. Tu ne connais rien. Tu ne me ressembles pas, tu n’es pas pas grand chose. Ce que tu dis ressentir, des plaisanteries ! Tu te crois grande à parler de colère, tu crois que tu as déjà ressenti la Grande Rage, celle qui bouscule, mais tu n’es qu’une gamine, Aelle, tu ne peux pas comprendre ça. Tu n’as pas assez vécu.
Tu n’as pas assez vécu.
Tu as seize ans !
Réveille-toi !
Me voilà réveillée, désormais. Jamais je n’ai connu de réveil plus douloureux. J’aurais tellement de choses à lui dire, notamment pour rebondir sur sa description sanglante, parce que j’ai compris qu’elle cherchait à m’effrayer et je suis bien effrayée, mais j’essaie très fort de surmonter cette peur. Et si j’y arrive, c’est parce qu’elle vient de m’avouer qu’elle n’avait pas le moindre respect pour moi et rien d'autre n'a d'importance. Son discours veut tout dire et je vais lui donner la réponse qu'elle attend.
Les secondes s’éparpillent. Il y a quelque chose d’immense qui doit se voir actuellement dans mon regard. De la déception ? Peut-être. Peu importe. J’abandonne. Je n’ai besoin de personne, de toute façon, et surtout pas d’une femme comme elle.
Quand ma voix s’élève, c’est pour mieux trembler de toutes les émotions qui m’alourdissent le cœur. Elle ne déchire pas l’air comme celle de Loewy. Elle se contente d’être, et d’être bien enveloppée de rancœur.
Quelle noirceur ?
« La même que vous à mon âge et vous êtes trop aveugle pour le reconnaître. »
A quoi bon, de toute manière ?
Le mensonge que je vais proférer est si gros que je ne peux pas regarder la femme en face quand il sortira. Je me détourne, offrant mon regard à l’horizon.
« Je n’ai pas besoin de vous. »
Mes bras s’enroulent autour de mon ventre. Je préfère être là pour t'aider à faire les choses bien, m'a-t-elle dit la dernière fois. Ah ! quelle grande blague ! Je n'ai pas besoin d'elle. Et je lui prouverai, je lui prouverai que la peur ne m'arrêtera pas. Je lui prouverai que mon âge ne m'arrêtera pas. Je lui prouverai qu'elle ne m'arrêtera pas. Et un jour, peut-être acceptera-t-elle de voir tout ce qu'elle a manqué, chez moi. J'espère qu'elle s'en mordra les doigts et se dira : je n'aurais pas dû la mépriser.
Nos ombres que la nuit dissipera
Pas besoin de moi ? Est-ce que c'est ce qu'Owen a pensé aussi, quand il est parti ? Le teint de la directrice de Poudlard pâlit, sa colère se renferma en une boule compacte au fond de son cœur. Toujours si présente, mais plus dense, impénétrable, loin des effusions débordantes... Ses yeux tremblants fixaient ceux, mouillés, d'Aelle Bristyle.
« Au contraire. Tu as plus besoin de me voir comme ça que chevauchant un dragon, ou me promenant dans les couloirs en surplombant tout le reste. Ce que tu vois quand je me tiens derrière mon bureau ne vaut rien, dit-elle d'une voix étrangement redevenue calme. »
Elle pointa ses deux mains vers elle et se désigna tout entière, quand sa voix s'éleva à nouveau :
« C'est ça, Kristen Loewy ! Une femme bousillée parce qu'à seize ans, elle était comme toi : elle croyait tout savoir, elle avait de grandes idées que personne ne pouvait comprendre, de toute façon ! et elle était persuadée de n'avoir besoin de personne. Et puis elle a vu de quoi le monde était fait. Et regarde ! »
Ses bras s'écartèrent : elle se présentait sans le filtre de la directrice de Poudlard enrobée sous une couche opaque d'illusions.
« C'est ça, ce à quoi tu aspires ? »
Kristen avait vu la famille d'Aelle : elle était plutôt bien entourée, cette gamine ! Mais où était-elle, la famille de la grande Kristen Loewy ? Son père était mort sans avoir eu l'honneur de recevoir de visites de sa fille à l'hôpital, ses relations avec sa mère étaient tout juste en train de se reconstruire, très difficilement, après des années de mépris réciproque, son fils qui la détestait avait disparu, enlevé par son assassin de père biologique qui avait tué le père adoptif du gamin et sa compagne. Quelle belle histoire ! Il ne lui restait vraiment qu'Aude, mais pour combien de temps ? Kristen l'avait aussi bien bousillée que les autres, avec ses délires nécromantiques, et aujourd'hui, Aude était épuisée, privée des pouvoirs qui faisaient autrefois sa magnificence.
« J'ai détruit tout ce qui m'entourait. Tous ceux que j'aimais. Parce que je n'ai toujours été qu'une ordure égoïste plus attirée par ma propre noirceur que par tout le reste. Et j'ai commencé exactement comme toi. Si je faisais face à la Kristen de seize ans, là, tout de suite, je lui dirais la même chose. »
Elle ferma les yeux et expira un soupir moqueur, surtout envers elle-même.
« Elle serait bien sûr trop bornée pour m'écouter et foncerait dans le mur, et on appellerait cela fatalité pour se sentir un peu moins coupable ! »
Comme Kristen continuait de le faire, d'ailleurs. Parce qu'une fois dedans, on préfère penser que c'est trop tard pour tout à fait se sortir de ce bourbier... Il est plus facile de s'enliser en faisant semblant de se débattre, après tout.
« Au contraire. Tu as plus besoin de me voir comme ça que chevauchant un dragon, ou me promenant dans les couloirs en surplombant tout le reste. Ce que tu vois quand je me tiens derrière mon bureau ne vaut rien, dit-elle d'une voix étrangement redevenue calme. »
Elle pointa ses deux mains vers elle et se désigna tout entière, quand sa voix s'éleva à nouveau :
« C'est ça, Kristen Loewy ! Une femme bousillée parce qu'à seize ans, elle était comme toi : elle croyait tout savoir, elle avait de grandes idées que personne ne pouvait comprendre, de toute façon ! et elle était persuadée de n'avoir besoin de personne. Et puis elle a vu de quoi le monde était fait. Et regarde ! »
Ses bras s'écartèrent : elle se présentait sans le filtre de la directrice de Poudlard enrobée sous une couche opaque d'illusions.
« C'est ça, ce à quoi tu aspires ? »
Kristen avait vu la famille d'Aelle : elle était plutôt bien entourée, cette gamine ! Mais où était-elle, la famille de la grande Kristen Loewy ? Son père était mort sans avoir eu l'honneur de recevoir de visites de sa fille à l'hôpital, ses relations avec sa mère étaient tout juste en train de se reconstruire, très difficilement, après des années de mépris réciproque, son fils qui la détestait avait disparu, enlevé par son assassin de père biologique qui avait tué le père adoptif du gamin et sa compagne. Quelle belle histoire ! Il ne lui restait vraiment qu'Aude, mais pour combien de temps ? Kristen l'avait aussi bien bousillée que les autres, avec ses délires nécromantiques, et aujourd'hui, Aude était épuisée, privée des pouvoirs qui faisaient autrefois sa magnificence.
« J'ai détruit tout ce qui m'entourait. Tous ceux que j'aimais. Parce que je n'ai toujours été qu'une ordure égoïste plus attirée par ma propre noirceur que par tout le reste. Et j'ai commencé exactement comme toi. Si je faisais face à la Kristen de seize ans, là, tout de suite, je lui dirais la même chose. »
Elle ferma les yeux et expira un soupir moqueur, surtout envers elle-même.
« Elle serait bien sûr trop bornée pour m'écouter et foncerait dans le mur, et on appellerait cela fatalité pour se sentir un peu moins coupable ! »
Comme Kristen continuait de le faire, d'ailleurs. Parce qu'une fois dedans, on préfère penser que c'est trop tard pour tout à fait se sortir de ce bourbier... Il est plus facile de s'enliser en faisant semblant de se débattre, après tout.
Équipe Modératus
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken | ▶
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Nos ombres que la nuit dissipera
J’aimerais qu’elle se taise. Je n’ai pas envie de l’entendre, je n’ai pas envie de l’écouter. Même si le ton est plus calme, même si son regard me perfore. J’aimerais rentrer, maintenant, retrouver ma vie et mon quotidien, oublier qu’un jour j’ai été idiote au point de croire que Loewy était ce que j’espérais. Mes sourcils se froncent, mon air se fait buté. Je m’en fous de ce que vous dites, je ne vous écoute pas. C’est faux, je l’écoute malgré moi, et je la regarde aussi, et je la vois telle qu’elle se décrit. Bousillée. Ordure. Maltraitée par le monde. Egoïste. Obstinée. Moralisatrice. A chacune de ses phrases, la vision que j’ai d’elle s’approfondie d’une nouvelle couche, me forçant à réellement la voir, à la connaître. Et ça me frustre parce qu’elle a raison. Je n’ai pas envie qu’elle me mente ou me cache la vérité, je n’ai pas envie qu’elle se cache derrière son statut de directrice. J’ai envie qu’elle me montre le vrai visage de la magie noire. Elle l’a fait, cette nuit, mais tout le reste m’a tellement déçu que je ne parviens pas à m’en réjouir.
Ses paroles me touchent plus que je ne le voudrais. Elles me renvoient à mes propres peurs, à toutes ces choses que je me fais un devoir d’oublier la plupart du temps, quand je fais semblant que je n’ai pas peur de ce que je peux devenir, quand je me persuade que c’est de toute manière bien plus intéressant de me concentrer sur ce que je pourrais être. Je savais déjà qu’elle avait fait du mal à des personnes qu’elle aimait, elle me l’a dit et déjà à l’époque ces paroles m’avaient effrayé — une raison pour laquelle, quand je suis lucide, je tends à croire qu’il vaut mieux se débarrasser de ces êtres aimés.
Ai-je tort quand je me persuade que ni Zikomo ni Thalia ne me manqueraient si je pouvais atteindre tout le savoir que je désire ? Suis-je dans le mensonge quand je me dis que je n’ai pas besoin d’eux, puisque de toute manière les sentiments et les émotions qu’ils m’inspirent me font plus mal que le reste ? Et suis-je dans le mal quand toutes ces choses que je ressens me donnent plus envie encore de me plonger dans tout ça ? Cela fait longtemps maintenant que je sais que si je ressemble d’une certaine manière à Kristen Loewy, je reste différente dans ma façon de voir le monde et de me laisser manipuler par lui. Moi je ne deviendrai jamais comme elle, jamais je ne serai bousillée, jamais je ne deviendrai une ordure. J’ai seize ans, comme elle le dit si bien, j’ai une vie plus longue que jamais pour ne pas faire les mêmes erreurs qu’elle. Qu’elle me croit déjà capable de sombrer de la même façon qu’elle me fait mal ; elle n’a pas confiance, elle m’a mise dans une case et elle refuse de m’y déloger. Elle est égoïste de penser que je suis incapable de choisir ma propre destinée. Comme tous les Autres, elle ne sait pas que moi, personne ne peut m’emprisonner ni me forcer à quoi que ce soit.
Je n’arrive pas à saisir pourquoi mon futur l’intéresse tant. Qu’est-ce qu’elle en à foutre d’une gamine comme moi ? Qu’elle me laisse donc ! Je ne veux pas que l’on me tienne la main. Oui, je suis effrayée par le gouffre qui s’ouvre parfois en moi et oui, je suis effrayée à l’idée de me faire dévorer par cette sombre magie. Je suis autant effrayée qu’attirée par tout cela. Oui, je crois que j’aimerais que l’on m’accompagne. Pas que l’on me tienne la main, que l’on me dirige, que l’on m’impose. Mais que l’on m’accompagne.
Avoir un océan de connaissances, en la personne de Loewy, à portée de main et disponible qui plus est (croyais-je), me fait envie. J’aimerais lui parler de mes recherches et de mes centres d’intérêt, lui parler de ce que je veux faire, de ce que je veux essayer, qu’elle me partage ses expériences. Avoir l’impression, pour une petite fois dans ma vie, que je ne suis pas une espèce de monstre bancal que toute la société regarde avec des yeux blâmeurs. Parce que c’est ce qui arrivera, je le sais. Maman me lance de tels regards quand j’évoque cette magie et Narym fronce les sourcils d’un air soucieux et Zakary pince les lèvres et Aodren grimace et Natanaël me regarde comme une bête curieuse ! Et Zikomo, Zikomo, lui, ne dit rien mais sans doute doit-il penser la même chose qu’eux. Je me sens si différente. Il n’y a que Loewy pour ne pas avoir réagit ainsi avec moi. Elle essaie de me faire peur et de me manipuler parce qu’elle croit que je vais devenir comme elle, à tort, mais elle m’accepte. Je le pensais, il y a quelques minutes. Désormais, j’ai juste l’impression qu’elle veut me façonner parce que lorsqu’elle me regarde, ce n’est pas moi qu’elle voit mais elle — c'est si évident, tout à coup.
« Je suis pas vous, vous voulez pas le comprendre ! éructé-je entre mes dents serrés. Vous êtes tellement persuadée que j’vais faire les mêmes erreurs que vous, mais ça-n’arrivera-pas. »
A vrai dire, je ne sais pas si ça arrivera ou non mais cela n’a aucune importance. A force d’être bloquée dans la peur de ce qui pourrait arriver, on avance pas. On se contente de stagner. Je pensais qu’une femme telle que Kristen Loewy savait ce genre de choses.
« Si vous persistez à me mettre des barrières, alors non, j’ai pas besoin de vous et vous pourrez pas m’empêcher de faire ce que j’ai envie de faire. Et ce que j’ai envie de faire, c’est pas être comme vous, surtout pas comme vous ! »
Cette dernière phrase, plus crachée que prononcée, me met si mal à l’aise que je détourne brièvement le regard. C’est exactement ce que je pourrais dire à Maman quand elle prend toute la place : je ne serais jamais comme toi !
Je prends une inspiration tremblante et me frotte le coin des yeux du plat de la main. Je ne sais pas très bien pourquoi j’insiste. Je pense qu’il me reste quelques graines d’espoir, là, bien cachées sous une montagne de rancoeur et de colère.
« Vous savez faire que ça des reproches ? Vous me reprochez d’être une gamine, de pas savoir ce que je fais, de pas connaître la vraie noirceur, de prendre le même chemin que vous, d’être bornée et incapable de comprendre tout ça… Si vous saviez un peu plus discuter vous sauriez que j’suis rien de tout ça. »
J’ai envie de lui reprocher tellement de choses ! Peu importe les conséquences. Mon coeur me brûle et ma langue se délie.
« Vous écoutez pas et bloquez sur des trucs complètement cons ! C’est quoi votre soucis ? Vous voulez me faire peur ? Ça marchera pas parce que c’est justement pour ça que je veux continuer ! J’en ai marre d’avoir peur, je veux pas que la peur décide pour moi et à chaque fois qu’elle se présentera, je l’enverrai s’faire foutre ! Alors arrêtez ! »
Et puisque toutes les grandes vérités doivent être énoncées :
« Vous m’énervez ! »
Cette dernière phrase me fait rougir. J'ai envie de dire à Aelle : et c'est comme ça que tu veux l'impressionner ?
Ses paroles me touchent plus que je ne le voudrais. Elles me renvoient à mes propres peurs, à toutes ces choses que je me fais un devoir d’oublier la plupart du temps, quand je fais semblant que je n’ai pas peur de ce que je peux devenir, quand je me persuade que c’est de toute manière bien plus intéressant de me concentrer sur ce que je pourrais être. Je savais déjà qu’elle avait fait du mal à des personnes qu’elle aimait, elle me l’a dit et déjà à l’époque ces paroles m’avaient effrayé — une raison pour laquelle, quand je suis lucide, je tends à croire qu’il vaut mieux se débarrasser de ces êtres aimés.
Ai-je tort quand je me persuade que ni Zikomo ni Thalia ne me manqueraient si je pouvais atteindre tout le savoir que je désire ? Suis-je dans le mensonge quand je me dis que je n’ai pas besoin d’eux, puisque de toute manière les sentiments et les émotions qu’ils m’inspirent me font plus mal que le reste ? Et suis-je dans le mal quand toutes ces choses que je ressens me donnent plus envie encore de me plonger dans tout ça ? Cela fait longtemps maintenant que je sais que si je ressemble d’une certaine manière à Kristen Loewy, je reste différente dans ma façon de voir le monde et de me laisser manipuler par lui. Moi je ne deviendrai jamais comme elle, jamais je ne serai bousillée, jamais je ne deviendrai une ordure. J’ai seize ans, comme elle le dit si bien, j’ai une vie plus longue que jamais pour ne pas faire les mêmes erreurs qu’elle. Qu’elle me croit déjà capable de sombrer de la même façon qu’elle me fait mal ; elle n’a pas confiance, elle m’a mise dans une case et elle refuse de m’y déloger. Elle est égoïste de penser que je suis incapable de choisir ma propre destinée. Comme tous les Autres, elle ne sait pas que moi, personne ne peut m’emprisonner ni me forcer à quoi que ce soit.
Je n’arrive pas à saisir pourquoi mon futur l’intéresse tant. Qu’est-ce qu’elle en à foutre d’une gamine comme moi ? Qu’elle me laisse donc ! Je ne veux pas que l’on me tienne la main. Oui, je suis effrayée par le gouffre qui s’ouvre parfois en moi et oui, je suis effrayée à l’idée de me faire dévorer par cette sombre magie. Je suis autant effrayée qu’attirée par tout cela. Oui, je crois que j’aimerais que l’on m’accompagne. Pas que l’on me tienne la main, que l’on me dirige, que l’on m’impose. Mais que l’on m’accompagne.
Avoir un océan de connaissances, en la personne de Loewy, à portée de main et disponible qui plus est (croyais-je), me fait envie. J’aimerais lui parler de mes recherches et de mes centres d’intérêt, lui parler de ce que je veux faire, de ce que je veux essayer, qu’elle me partage ses expériences. Avoir l’impression, pour une petite fois dans ma vie, que je ne suis pas une espèce de monstre bancal que toute la société regarde avec des yeux blâmeurs. Parce que c’est ce qui arrivera, je le sais. Maman me lance de tels regards quand j’évoque cette magie et Narym fronce les sourcils d’un air soucieux et Zakary pince les lèvres et Aodren grimace et Natanaël me regarde comme une bête curieuse ! Et Zikomo, Zikomo, lui, ne dit rien mais sans doute doit-il penser la même chose qu’eux. Je me sens si différente. Il n’y a que Loewy pour ne pas avoir réagit ainsi avec moi. Elle essaie de me faire peur et de me manipuler parce qu’elle croit que je vais devenir comme elle, à tort, mais elle m’accepte. Je le pensais, il y a quelques minutes. Désormais, j’ai juste l’impression qu’elle veut me façonner parce que lorsqu’elle me regarde, ce n’est pas moi qu’elle voit mais elle — c'est si évident, tout à coup.
« Je suis pas vous, vous voulez pas le comprendre ! éructé-je entre mes dents serrés. Vous êtes tellement persuadée que j’vais faire les mêmes erreurs que vous, mais ça-n’arrivera-pas. »
A vrai dire, je ne sais pas si ça arrivera ou non mais cela n’a aucune importance. A force d’être bloquée dans la peur de ce qui pourrait arriver, on avance pas. On se contente de stagner. Je pensais qu’une femme telle que Kristen Loewy savait ce genre de choses.
« Si vous persistez à me mettre des barrières, alors non, j’ai pas besoin de vous et vous pourrez pas m’empêcher de faire ce que j’ai envie de faire. Et ce que j’ai envie de faire, c’est pas être comme vous, surtout pas comme vous ! »
Cette dernière phrase, plus crachée que prononcée, me met si mal à l’aise que je détourne brièvement le regard. C’est exactement ce que je pourrais dire à Maman quand elle prend toute la place : je ne serais jamais comme toi !
Je prends une inspiration tremblante et me frotte le coin des yeux du plat de la main. Je ne sais pas très bien pourquoi j’insiste. Je pense qu’il me reste quelques graines d’espoir, là, bien cachées sous une montagne de rancoeur et de colère.
« Vous savez faire que ça des reproches ? Vous me reprochez d’être une gamine, de pas savoir ce que je fais, de pas connaître la vraie noirceur, de prendre le même chemin que vous, d’être bornée et incapable de comprendre tout ça… Si vous saviez un peu plus discuter vous sauriez que j’suis rien de tout ça. »
J’ai envie de lui reprocher tellement de choses ! Peu importe les conséquences. Mon coeur me brûle et ma langue se délie.
« Vous écoutez pas et bloquez sur des trucs complètement cons ! C’est quoi votre soucis ? Vous voulez me faire peur ? Ça marchera pas parce que c’est justement pour ça que je veux continuer ! J’en ai marre d’avoir peur, je veux pas que la peur décide pour moi et à chaque fois qu’elle se présentera, je l’enverrai s’faire foutre ! Alors arrêtez ! »
Et puisque toutes les grandes vérités doivent être énoncées :
« Vous m’énervez ! »
Cette dernière phrase me fait rougir. J'ai envie de dire à Aelle : et c'est comme ça que tu veux l'impressionner ?
Nos ombres que la nuit dissipera
Outch. J'ai eu mal pour ma pauvre Kristen.
C'était peine perdue, alors ? Le pauvre petit cœur de la sorcière noire se tordait dans tous les sens, rongé par les vers du remords et de l'échec. La boule de colère au fond d'elle-même s'était enveloppée d'un voile de tristesse immense, et ce n'est désormais plus que cela que l'on pouvait lire sur son visage. Sa tête tambourinait contre les parois de son crâne et l'image d'Aelle se confondait avec celle d'Owen. Fusillée du regard par l'adolescente, elle se prit en même temps, en pleine figure la rancœur de son fils. Le bleu des yeux de Kristen s'était vidé, ne laissant plus apparaître qu'un regard dénué de vie.
Voilà, c'est bien ça : je ne sais pas faire.
Et Aelle, qui enverrait la peur se faire mettre. Oui, certes. C'est ce qu'on pense d'abord, quand, à seize ans, on se croit encore invincible. Vaincre sa peur de l'eau, d'accord, on peut essayer. Si on n'y arrive pas, on peut encore éviter les étendues d'eau. Vaincre sa peur du noir, pourquoi pas : au pire, il se suffit de toujours se tenir dans la lumière. Si on ne parvient pas à vaincre sa peur de la foule, on peut toujours s'isoler. Mais vaincre la peur de soi ? On ne peut pas s'éviter.
La main de Kristen ne coulait plus : son corps ne répondait plus, il ne restait en elle qu'une certaine apathie impropre à toute manifestation magique. Serait-elle seulement capable de transplaner sans se désartibuler ou prendre le risque de faire perdre un bras à Aelle ? Ah, ce serait bien conclure la nuit !
« D'accord, murmura-t-elle, la voix aussi vidée que les yeux. »
Elle leva le regard vers le ciel et essaya d'imaginer sa profondeur : jusqu'où pourrait-on s'envoler ? À quoi ça ressemble, l'infini ? La vouivre traversa le ciel, libre. Et être un dragon, c'est comment, finalement ? Un vrai dragon comme Cháofēng, pas un faux dragon plein de fêlures.
« Je te souhaite de ne jamais m'entendre dire que je t'avais mise en garde, Aelle. »
Elle baissa la tête, aux prises avec son propre ridicule. Elle était fatiguée d'essayer et de n'être bonne à rien, avec Aelle, avec Owen. Faire de son mieux conduisait au pire, apparemment.
« Cela me serait insupportable. Je ne veux pas... »
Je ne veux pas qu'il t'arrive du mal, comprends-moi, s'il te plaît.
C'était peine perdue, alors ? Le pauvre petit cœur de la sorcière noire se tordait dans tous les sens, rongé par les vers du remords et de l'échec. La boule de colère au fond d'elle-même s'était enveloppée d'un voile de tristesse immense, et ce n'est désormais plus que cela que l'on pouvait lire sur son visage. Sa tête tambourinait contre les parois de son crâne et l'image d'Aelle se confondait avec celle d'Owen. Fusillée du regard par l'adolescente, elle se prit en même temps, en pleine figure la rancœur de son fils. Le bleu des yeux de Kristen s'était vidé, ne laissant plus apparaître qu'un regard dénué de vie.
Voilà, c'est bien ça : je ne sais pas faire.
Et Aelle, qui enverrait la peur se faire mettre. Oui, certes. C'est ce qu'on pense d'abord, quand, à seize ans, on se croit encore invincible. Vaincre sa peur de l'eau, d'accord, on peut essayer. Si on n'y arrive pas, on peut encore éviter les étendues d'eau. Vaincre sa peur du noir, pourquoi pas : au pire, il se suffit de toujours se tenir dans la lumière. Si on ne parvient pas à vaincre sa peur de la foule, on peut toujours s'isoler. Mais vaincre la peur de soi ? On ne peut pas s'éviter.
La main de Kristen ne coulait plus : son corps ne répondait plus, il ne restait en elle qu'une certaine apathie impropre à toute manifestation magique. Serait-elle seulement capable de transplaner sans se désartibuler ou prendre le risque de faire perdre un bras à Aelle ? Ah, ce serait bien conclure la nuit !
« D'accord, murmura-t-elle, la voix aussi vidée que les yeux. »
Elle leva le regard vers le ciel et essaya d'imaginer sa profondeur : jusqu'où pourrait-on s'envoler ? À quoi ça ressemble, l'infini ? La vouivre traversa le ciel, libre. Et être un dragon, c'est comment, finalement ? Un vrai dragon comme Cháofēng, pas un faux dragon plein de fêlures.
« Je te souhaite de ne jamais m'entendre dire que je t'avais mise en garde, Aelle. »
Elle baissa la tête, aux prises avec son propre ridicule. Elle était fatiguée d'essayer et de n'être bonne à rien, avec Aelle, avec Owen. Faire de son mieux conduisait au pire, apparemment.
« Cela me serait insupportable. Je ne veux pas... »
Je ne veux pas qu'il t'arrive du mal, comprends-moi, s'il te plaît.
Équipe Modératus
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken | ▶
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Nos ombres que la nuit dissipera
Je m’attendais à une explosion de colère. Après tout, ne viens-je pas d’avouer à la grande Kristen Loewy qu’elle m’énervait ? Ne viens-je pas de lui faire la morale, de jurer devant elle et de crier ? Tout cela n’a pas grande importance pour moi, mais je pensais que ça en aurait pour elle. J’espérais, je crois, qu’elle crie et qu’elle hurle, alors j’aurais pu hurler moi aussi, et tout laisser sortir, j’ai tant de choses qui grouillent encore dans mon corps. Mais elle ne crie pas. Sa colère ne prend pas de formidables proportions. Avant même que son « d’accord » ne me confirme cet étrange apaisement, je le devine sur son visage. Je ne sais pas si ce sont ses yeux, ou sa bouche, ou ses traits, mais le fait est qu’en regardant cette face, je comprends qu’il se passe quelque chose à l’intérieur. Ça me bouscule.
J’entends de nouveau le vent qui joue avec la cime des arbres et le lointain murmure des ailes de Cháofēng qui brassent l’air. Je suis désœuvrée, maintenant que je ne peux plus crier. Que me reste-t-il, désormais ? Elle est d’accord. D’accord pour quoi ? Pour arrêter de me critiquer ? de me confondre avec son propre fantôme d’adolescente ? de vouloir m’enfermer dans ses peurs et ses recommandations ? Est-ce cela, l’approbation que je suis venue chercher, sans même savoir que c’est ce que je voulais ? Un « d’accord » de la Directrice de Poudlard, d’accord tu peux faire tout ce que tu veux, Aelle. Mais à quoi cela m’avance-t-il, finalement ? Je ne sais même plus pourquoi j’avais tant besoin qu’elle me le donne son fichu accord. Ou peut-être n'est-ce pas seulement une approbation que je suis venue chercher.
Il y a une telle ombre sur le visage de la femme. Elle me parait tout à fait différente. Elle me fait presque peur. Plus peur encore que la *meurtrière*. Comme si dans son abandon soudain, parce que c'en est un, elle faisait preuve de fragilité. C'est effrayant, non, de reconnaître qu'une femme que l'on croit invincible est capable d'être fragile. Moi, ça m'effraie un peu, mais je n'ose lui accorder mon pardon. Il serait si simple de m'apaiser, maintenant, et de dire : « allez, on arrête de crier et on fait la paix ? ». Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Je fonctionne pas comme ça. Et je sens que s'installe dans mon coeur un sentiment bien laid : la méfiance. La même qui m'éloigne de Thalia. La même qui m'éloigne de Zikomo. Ah ! ce que la méfiance peut-être douloureuse. Elle me noue la gorge.
Loewy m’offre une ultime parole. Sa phrase reste en suspens. *Quoi ?*, me demandé-je avec lassitude. Que ne veut-elle pas ? Que j'emprunte cette voix ? Que je fasse les mêmes erreurs qu'elle ? Que je devienne une ordure, moi aussi ? Quoi ? Je n'arrive pas à comprendre et c'est en train de me faire mal. La frustration me fait mal. Mon incompréhension me fait mal. Savoir que cette femme ne veut pas m'accompagner me fait mal. Comprendre que sa promesse de la dernière fois, que j'ai descellé dans son discours, n'était que du vent me fait mal. Mais j'aurais dû m'y attendre. N'est-ce pas elle qui m'a dit, un jour : « les actes comptent bien plus que les mots » ? Alors toutes ses paroles ne sont-elles que des mensonges ? Dois-je remettre en question tout ce qu'elle me dit ? Depuis quand je ne le fais plus, de toute manière ? Je n'ai jamais fait confiance aux Autres. J'ai toujours douté de leurs paroles parce que, contrairement à moi, ils ne font que des promesses en l'air. Ils parlent pour ne rien dire et se fichent bien de ce qu'espère l'autre. Mais de toute façon, elle n'est plus une Autre depuis longtemps, hein ? Elle a dépassé ce stade. Je me suis bien faite avoir.
Mon observation silencieuse et mes questionnements me semblent avoir duré des heures. Je prends la parole sans trop y penser, mon regard perdu accroché à Loewy. Heureusement qu’existent encore des traces de ma rancœur, dans ma voix, sinon j’aurais eu l’air bien pitoyable :
« Vous ne voulez pas quoi ? »
Ma phrase balancée dans le monde, ma bouche ne se referme pas. Je prends une inspiration, pour lui demander si... S'il n'y a ne serait-ce qu'une chance pour que... Mais à quoi bon ? Je ferme la bouche. Mon regard blessé retombe vers le sol. Je connais déjà la réponse. Il est inutile que je lui demande : vous allez m'accompagner durant ma découverte, alors ? Cesse de te ridiculiser, Aelle. *J'ai pas besoin d'elle*. Et l'expérience m'a appris qu'à force de me le répéter, je finirai par y croire vraiment.
J’entends de nouveau le vent qui joue avec la cime des arbres et le lointain murmure des ailes de Cháofēng qui brassent l’air. Je suis désœuvrée, maintenant que je ne peux plus crier. Que me reste-t-il, désormais ? Elle est d’accord. D’accord pour quoi ? Pour arrêter de me critiquer ? de me confondre avec son propre fantôme d’adolescente ? de vouloir m’enfermer dans ses peurs et ses recommandations ? Est-ce cela, l’approbation que je suis venue chercher, sans même savoir que c’est ce que je voulais ? Un « d’accord » de la Directrice de Poudlard, d’accord tu peux faire tout ce que tu veux, Aelle. Mais à quoi cela m’avance-t-il, finalement ? Je ne sais même plus pourquoi j’avais tant besoin qu’elle me le donne son fichu accord. Ou peut-être n'est-ce pas seulement une approbation que je suis venue chercher.
Il y a une telle ombre sur le visage de la femme. Elle me parait tout à fait différente. Elle me fait presque peur. Plus peur encore que la *meurtrière*. Comme si dans son abandon soudain, parce que c'en est un, elle faisait preuve de fragilité. C'est effrayant, non, de reconnaître qu'une femme que l'on croit invincible est capable d'être fragile. Moi, ça m'effraie un peu, mais je n'ose lui accorder mon pardon. Il serait si simple de m'apaiser, maintenant, et de dire : « allez, on arrête de crier et on fait la paix ? ». Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Je fonctionne pas comme ça. Et je sens que s'installe dans mon coeur un sentiment bien laid : la méfiance. La même qui m'éloigne de Thalia. La même qui m'éloigne de Zikomo. Ah ! ce que la méfiance peut-être douloureuse. Elle me noue la gorge.
Loewy m’offre une ultime parole. Sa phrase reste en suspens. *Quoi ?*, me demandé-je avec lassitude. Que ne veut-elle pas ? Que j'emprunte cette voix ? Que je fasse les mêmes erreurs qu'elle ? Que je devienne une ordure, moi aussi ? Quoi ? Je n'arrive pas à comprendre et c'est en train de me faire mal. La frustration me fait mal. Mon incompréhension me fait mal. Savoir que cette femme ne veut pas m'accompagner me fait mal. Comprendre que sa promesse de la dernière fois, que j'ai descellé dans son discours, n'était que du vent me fait mal. Mais j'aurais dû m'y attendre. N'est-ce pas elle qui m'a dit, un jour : « les actes comptent bien plus que les mots » ? Alors toutes ses paroles ne sont-elles que des mensonges ? Dois-je remettre en question tout ce qu'elle me dit ? Depuis quand je ne le fais plus, de toute manière ? Je n'ai jamais fait confiance aux Autres. J'ai toujours douté de leurs paroles parce que, contrairement à moi, ils ne font que des promesses en l'air. Ils parlent pour ne rien dire et se fichent bien de ce qu'espère l'autre. Mais de toute façon, elle n'est plus une Autre depuis longtemps, hein ? Elle a dépassé ce stade. Je me suis bien faite avoir.
Mon observation silencieuse et mes questionnements me semblent avoir duré des heures. Je prends la parole sans trop y penser, mon regard perdu accroché à Loewy. Heureusement qu’existent encore des traces de ma rancœur, dans ma voix, sinon j’aurais eu l’air bien pitoyable :
« Vous ne voulez pas quoi ? »
Ma phrase balancée dans le monde, ma bouche ne se referme pas. Je prends une inspiration, pour lui demander si... S'il n'y a ne serait-ce qu'une chance pour que... Mais à quoi bon ? Je ferme la bouche. Mon regard blessé retombe vers le sol. Je connais déjà la réponse. Il est inutile que je lui demande : vous allez m'accompagner durant ma découverte, alors ? Cesse de te ridiculiser, Aelle. *J'ai pas besoin d'elle*. Et l'expérience m'a appris qu'à force de me le répéter, je finirai par y croire vraiment.
Nos ombres que la nuit dissipera
Kristen Loewy posa ses yeux tristement vides sur l'adolescente.
« Je ne veux pas qu'il t'arrive du mal. Je ne veux pas que tu sois malheureuse. Je ne veux pas que tu aies des regrets, des remords, je ne veux pas que tu souffres. »
Elle secoua la tête. Elle se faisait de la peine : apparaître comme ça, aux yeux d'une élève ! C'était si peu digne ! Mais Aelle n'était plus seulement une élève. Elle ne l'était plus depuis bien longtemps, à vrai dire : elle était... Elle était tant de choses à la fois, les énumérer serait une tentative bien vaine, et toutes les virgules du monde ne suffiraient pas à qualifier correctement ce qu'Aelle représentait pour Kristen. Et à l'inverse, Kristen n'était pas que celle que l'on voyait le plus souvent : cette terrible directrice de Poudlard, froide et intransigeante.
Kristen était aussi une femme pleine d'erreurs, de culpabilité, de violence, de haine, de peurs, et... d'amour ? Ceux qui se hissaient jusque dans son monde - ils étaient rares - ne pouvaient la plupart du temps qu'à peine effleurer cet amour, mais il était bien là, quelque part sous ce millefeuille d'obscurité. Aude le savait. C'était d'ailleurs pour cela qu'elle l'aimait. Aude savait que Kristen n'était pas qu'une personne néfaste, pleine de défauts tous plus dérangeants les uns que les autres. Entre l'égoïsme, le mépris et la rage, il y avait un amour tout aussi brûlant que le reste. Elle ne savait pas bien aimer, elle ne l'assumait d'ailleurs pas tout à fait, le plus souvent, mais elle aimait malgré tout - et c'était déjà ça. Et pour les élus, elle ne faisait pas semblant. Son amour, comme le reste, se cachait aux confins de la déraison.
Et maintenant, quoi ? Aelle allait-elle encore la rejeter ? Lui dire qu'elle n'avait pas besoin d'elle, pas besoin d'être protégée, qu'elle savait très bien ce qu'elle faisait ? Est-ce qu'on pouvait penser un seul instant que, peut-être, Kristen avait besoin qu'Aelle ait besoin d'elle ? Mais ce n'était pas quelque chose que l'on pouvait dire, ça ! C'était si peu digne.
« Je ne veux pas qu'il t'arrive du mal. Je ne veux pas que tu sois malheureuse. Je ne veux pas que tu aies des regrets, des remords, je ne veux pas que tu souffres. »
Elle secoua la tête. Elle se faisait de la peine : apparaître comme ça, aux yeux d'une élève ! C'était si peu digne ! Mais Aelle n'était plus seulement une élève. Elle ne l'était plus depuis bien longtemps, à vrai dire : elle était... Elle était tant de choses à la fois, les énumérer serait une tentative bien vaine, et toutes les virgules du monde ne suffiraient pas à qualifier correctement ce qu'Aelle représentait pour Kristen. Et à l'inverse, Kristen n'était pas que celle que l'on voyait le plus souvent : cette terrible directrice de Poudlard, froide et intransigeante.
Kristen était aussi une femme pleine d'erreurs, de culpabilité, de violence, de haine, de peurs, et... d'amour ? Ceux qui se hissaient jusque dans son monde - ils étaient rares - ne pouvaient la plupart du temps qu'à peine effleurer cet amour, mais il était bien là, quelque part sous ce millefeuille d'obscurité. Aude le savait. C'était d'ailleurs pour cela qu'elle l'aimait. Aude savait que Kristen n'était pas qu'une personne néfaste, pleine de défauts tous plus dérangeants les uns que les autres. Entre l'égoïsme, le mépris et la rage, il y avait un amour tout aussi brûlant que le reste. Elle ne savait pas bien aimer, elle ne l'assumait d'ailleurs pas tout à fait, le plus souvent, mais elle aimait malgré tout - et c'était déjà ça. Et pour les élus, elle ne faisait pas semblant. Son amour, comme le reste, se cachait aux confins de la déraison.
Et maintenant, quoi ? Aelle allait-elle encore la rejeter ? Lui dire qu'elle n'avait pas besoin d'elle, pas besoin d'être protégée, qu'elle savait très bien ce qu'elle faisait ? Est-ce qu'on pouvait penser un seul instant que, peut-être, Kristen avait besoin qu'Aelle ait besoin d'elle ? Mais ce n'était pas quelque chose que l'on pouvait dire, ça ! C'était si peu digne.
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Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken | ▶
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Nos ombres que la nuit dissipera
Je ressens aux paroles de Loewy une intense chaleur qui gonfle mon cœur. C’est énorme et réconfortant ; il pourrait exploser, ce cœur !
Puis s’effrite mon équilibre.
Pardon ? Qu’il m’arrive du mal… Que je sois malheureuse… Que je souffre… Je comprends tous ces mots mais je ne leur trouve aucune sincérité. C’est impossible qu’ils en aient, n’est-ce pas ? Parce que s’ils en avaient, ce serait bien trop effrayant. En une phrase, Loewy donne à la conversation une couleur déconcertante. Il n’est plus question de magie noire, de colère et de rage ; disparue la laideur de nos cris ; anéantis la grande Recherche et ce champs de bataille sur lequel se confrontaient nos points de vues dissonants. Je suis violemment arrachée à tout ça pour être jetée sans autre forme de procès dans le grand bain des sentiments. Parce que si les mots de Loewy sont sincères, c’est en plein dans cet océan-là que nous sommes, moi et elle. Et ça me fait flipper. Elle n’a pas le droit. Ces mots sous-entendent tellement de choses ! Ils sous-entendent qu’elle s’inquiète pour moi et si elle s’inquiète pour moi, cela ne veut-il pas dire quelque part qu’elle tient… *Non*. Non, non, non. Je refuse de le penser, je refuse de le croire et bordel ! je refuse de l’espérer.
Je freine des quatre fers, je fais taire toutes mes pensées et je m’enfuis très loin. Très très loin. Dans un endroit où tout est beaucoup plus simple. Un endroit dans lequel la seule chose qui importe, c’est le concret. Les choses de la vie, quoi, ces choses qui nous passionnent, que l’on décrypte, que l’on analyse. Le savoir, la magie, les bouquins, les énigmes même, les jeux pourquoi pas ! Tout, absolument tout sauf l’immense horreur que me présente Loewy.
Moi, je préfère me plonger dans la méfiance. Tout à coup, elle est plus rassurante. Et alors je lui en veux, à la femme. Elle a tort, me dis-je, elle ment. De toute façon, elle m’a déjà menti, je ne peux pas avoir confiance en ses paroles. Ce qu’elle dit, c’est seulement qu’elle s’inquiète pour son élève, comme elle s’inquiète pour ces quatre idiots qui vont se faire propulser dans le Dominion, comme elle s’inquiète pour tous les autres cons du château, comme elle s’inquiète pour… Pour tout le monde. Hein ? Elle, cette grande femme ! Elle, cette directrice ! Elle, cette sorcière, qui chevauche un dragon habillé de noirceur, qui éviscère à ses heures perdues, qui me considère comme une moins que rien !
Je ne sais pas à quel moment exactement il grimpe sur mon visage. Un sourire tout ce qu’il y a de plus laid. Il ne montre pas une quelconque joie, pas du tout. C’est un sourire nerveux et dès que je prends conscience de sa présence, je le fais disparaître et je me fais aussi disparaître en me déplaçant sur le plateau de pierre. Juste un peu, pour ne plus avoir Loewy sous les yeux. Il est plus facile de penser en regardant le paysage et la nuit noire. Cela me permet de prendre un peu de distance, de retrouver contenance et de regarder d’un œil différent l’imposante peur qui s’ouvre dans mon cœur. De la peur, de l’espoir, de la connerie. Je choisis de ne pas regarder ; cela vaut mieux.
Mais qu’est-ce qui cloche, chez moi ?
Je suis tordue.
Et qu’est-ce qui cloche, chez elle ?
Cela lui serait insupportable qu’il m’arrive du mal, que je sois malheureuse, que j’ai des regrets, des remords, que je souffre ? Mais qui est-elle pour dire de telles choses ? Pour vouloir me faire croire à tout ça ? Et moi, je devrais dire « d’accord ! », c’est ça ? Accepter sans un mot alors que tout cela n’a aucun sens ? Kristen Loewy ne supporterait pas qu’il m’arrive du mal ! Je devrais me le répéter, à chaque fois, la phrase perd un peu plus de son sens. On dirait une grande blague, une grosse plaisanterie. Je lui en veux de me balancer ça sans explication. Je voudrais qu’elle me prouve de bout en bout ce qu’elle veut dire exactement, et pourquoi, et comment, et pourquoi, surtout. Mais je n’oublie pas : les actes comptent plus que les mots.
Je me retourne vers la femme. J’ai l’impression de ne pas la reconnaître. Actuellement, je ressens exactement la même chose que lorsque Zik me dit : « Tu sais que je t’aimerai toujours ? » et qu’une heure plus tard il se barre comme un traite avec cet abruti de Serpentaire, me prouvant bien, ainsi, que ses mots ne sont que du vent. Je me sens comme cela face à Loewy. Lourde d’un besoin énorme de lui gueuler : « Prouvez-le moi, alors ! Prouvez ce que vous dites. Montrez-moi que vous vous inquiétez, montrez-moi vraiment que ça vous importe que je ne sois pas malheureuse parce que pour le moment, moi, je ne vous crois pas. »
Je suis tordue.
La directrice de Poudlard.
Qu’une femme.
Une simple femme.
Un peu déjantée, qui se qualifie elle-même d’ordure, qui me reproche des choses et qui dit tu as seize ! Réveille-toi !
Et je veux des preuves ?
Certes.
« C’est que des mots, ça. »
Ma voix brise à peine l’étrange calme qui s’est déposé sur le plateau. Je dresse le menton, vrille mon regard dans celui de Loewy. Mes yeux se plissent, comme si cela pouvait me permettre de mieux comprendre la réponse qu'elle me donnera. Surtout pour l'analyser toute entière face à mon défi. Parce que c'en est un, j'en ai conscience. Les paroles de cette femme ont toujours eu un goût spécial, pour moi. Quelles discussions intéressantes nous avons eu ! Mais au-delà de cela... Au delà de cela, ses mots sont un grand bordel. Elle dit et se contredit, elle promet et brise ses promesses. Comment faire confiance, dans ces conditions ?
Mon cœur bat comme un fou. Je suis pitoyable.
Puis s’effrite mon équilibre.
Pardon ? Qu’il m’arrive du mal… Que je sois malheureuse… Que je souffre… Je comprends tous ces mots mais je ne leur trouve aucune sincérité. C’est impossible qu’ils en aient, n’est-ce pas ? Parce que s’ils en avaient, ce serait bien trop effrayant. En une phrase, Loewy donne à la conversation une couleur déconcertante. Il n’est plus question de magie noire, de colère et de rage ; disparue la laideur de nos cris ; anéantis la grande Recherche et ce champs de bataille sur lequel se confrontaient nos points de vues dissonants. Je suis violemment arrachée à tout ça pour être jetée sans autre forme de procès dans le grand bain des sentiments. Parce que si les mots de Loewy sont sincères, c’est en plein dans cet océan-là que nous sommes, moi et elle. Et ça me fait flipper. Elle n’a pas le droit. Ces mots sous-entendent tellement de choses ! Ils sous-entendent qu’elle s’inquiète pour moi et si elle s’inquiète pour moi, cela ne veut-il pas dire quelque part qu’elle tient… *Non*. Non, non, non. Je refuse de le penser, je refuse de le croire et bordel ! je refuse de l’espérer.
Je freine des quatre fers, je fais taire toutes mes pensées et je m’enfuis très loin. Très très loin. Dans un endroit où tout est beaucoup plus simple. Un endroit dans lequel la seule chose qui importe, c’est le concret. Les choses de la vie, quoi, ces choses qui nous passionnent, que l’on décrypte, que l’on analyse. Le savoir, la magie, les bouquins, les énigmes même, les jeux pourquoi pas ! Tout, absolument tout sauf l’immense horreur que me présente Loewy.
Moi, je préfère me plonger dans la méfiance. Tout à coup, elle est plus rassurante. Et alors je lui en veux, à la femme. Elle a tort, me dis-je, elle ment. De toute façon, elle m’a déjà menti, je ne peux pas avoir confiance en ses paroles. Ce qu’elle dit, c’est seulement qu’elle s’inquiète pour son élève, comme elle s’inquiète pour ces quatre idiots qui vont se faire propulser dans le Dominion, comme elle s’inquiète pour tous les autres cons du château, comme elle s’inquiète pour… Pour tout le monde. Hein ? Elle, cette grande femme ! Elle, cette directrice ! Elle, cette sorcière, qui chevauche un dragon habillé de noirceur, qui éviscère à ses heures perdues, qui me considère comme une moins que rien !
Je ne sais pas à quel moment exactement il grimpe sur mon visage. Un sourire tout ce qu’il y a de plus laid. Il ne montre pas une quelconque joie, pas du tout. C’est un sourire nerveux et dès que je prends conscience de sa présence, je le fais disparaître et je me fais aussi disparaître en me déplaçant sur le plateau de pierre. Juste un peu, pour ne plus avoir Loewy sous les yeux. Il est plus facile de penser en regardant le paysage et la nuit noire. Cela me permet de prendre un peu de distance, de retrouver contenance et de regarder d’un œil différent l’imposante peur qui s’ouvre dans mon cœur. De la peur, de l’espoir, de la connerie. Je choisis de ne pas regarder ; cela vaut mieux.
Mais qu’est-ce qui cloche, chez moi ?
Je suis tordue.
Et qu’est-ce qui cloche, chez elle ?
Cela lui serait insupportable qu’il m’arrive du mal, que je sois malheureuse, que j’ai des regrets, des remords, que je souffre ? Mais qui est-elle pour dire de telles choses ? Pour vouloir me faire croire à tout ça ? Et moi, je devrais dire « d’accord ! », c’est ça ? Accepter sans un mot alors que tout cela n’a aucun sens ? Kristen Loewy ne supporterait pas qu’il m’arrive du mal ! Je devrais me le répéter, à chaque fois, la phrase perd un peu plus de son sens. On dirait une grande blague, une grosse plaisanterie. Je lui en veux de me balancer ça sans explication. Je voudrais qu’elle me prouve de bout en bout ce qu’elle veut dire exactement, et pourquoi, et comment, et pourquoi, surtout. Mais je n’oublie pas : les actes comptent plus que les mots.
Je me retourne vers la femme. J’ai l’impression de ne pas la reconnaître. Actuellement, je ressens exactement la même chose que lorsque Zik me dit : « Tu sais que je t’aimerai toujours ? » et qu’une heure plus tard il se barre comme un traite avec cet abruti de Serpentaire, me prouvant bien, ainsi, que ses mots ne sont que du vent. Je me sens comme cela face à Loewy. Lourde d’un besoin énorme de lui gueuler : « Prouvez-le moi, alors ! Prouvez ce que vous dites. Montrez-moi que vous vous inquiétez, montrez-moi vraiment que ça vous importe que je ne sois pas malheureuse parce que pour le moment, moi, je ne vous crois pas. »
Je suis tordue.
La directrice de Poudlard.
Qu’une femme.
Une simple femme.
Un peu déjantée, qui se qualifie elle-même d’ordure, qui me reproche des choses et qui dit tu as seize ! Réveille-toi !
Et je veux des preuves ?
Certes.
« C’est que des mots, ça. »
Ma voix brise à peine l’étrange calme qui s’est déposé sur le plateau. Je dresse le menton, vrille mon regard dans celui de Loewy. Mes yeux se plissent, comme si cela pouvait me permettre de mieux comprendre la réponse qu'elle me donnera. Surtout pour l'analyser toute entière face à mon défi. Parce que c'en est un, j'en ai conscience. Les paroles de cette femme ont toujours eu un goût spécial, pour moi. Quelles discussions intéressantes nous avons eu ! Mais au-delà de cela... Au delà de cela, ses mots sont un grand bordel. Elle dit et se contredit, elle promet et brise ses promesses. Comment faire confiance, dans ces conditions ?
Mon cœur bat comme un fou. Je suis pitoyable.