Demain loin de toi
Je ne sais pas exactement ce à quoi je m'attendais lorsque je me détache d'elle. À rien. À tout. Surtout à ce qu'elle apaise, je ne sais comment, la grande douleur qui grandit dans ma poitrine. J'aimerais qu'elle me dise qu'elle ne cessera jamais de penser à moi, qu'elle ne pourra pas m'oublier, que chaque minute de son temps me sera accordée. J'aimerais qu'elle me soit entièrement dédiée, entièrement, tout le temps, pour toujours. J'aimerais que tout cela soit acquis, que je n'ai plus à m'inquiéter, à me poser des questions, à sombrer dans des abîmes douloureux qui me forcent à me remettre en question. Je souhaite tout cela avec une fièvre brûlante ; ce ne sont pas des envies mais des besoins. Il me la faut là, maintenant, tout de suite, sinon je ne pourrais plus jamais respirer. Je le sens dans mes poumons ce souffle qui s'étire et qui s'éparpille, je la sens dans mon coeur cette crainte qui me bousille et surtout je la sens partout dans ma tête, Elowen, Elowen, Elowen.
Elle se détache de mes lèvres ; j'en souffre. Mon front se plisse, ma gorge se noue, j'ouvre la bouche, prête à supplier ou exiger, à tout donner pour qu'elle me promette que... Qu'elle... Je ne sais pas exactement ce qu'il me faut.
De toute façon, elle m'anéantit d'un geste. D'une parole.
Je cille, perdue. *Hein ?*. Quoi ? Je fais bien les bis... Soudainement, elle redevient celle qu'elle a toujours été. Tout revient à sa place. Je m'apaise. Plus de silence, elle ne m'interdit plus ses effusions, au contraire. Elle me balance ses envies, ses espoirs et peu à peu grignote mes peurs qui commençaient à bien trop se voir. Je les lui laisse avec plaisir, les lui abandonne, je les lui fourre dans les bras pour ne plus jamais les regarder en face. Mon coeur s'élève, mon front se déplisse et même un vague sourire vient étirer mes lèvres. Je me sens mieux. Tout va bien. Inutile de s'inquiéter. Elowen est toujours Elowen. Elle va m'écrire, souvent dit-elle, nous trouverons une date pour nous voir, parce qu'elle a envie de me voir, et elle est même intéressée par ce qu'il se passe à la maison alors que c'est un sujet qui n'intéresse personne, moi la première.
Je me dégonfle comme un ballon. Mes épaules s'affaissent, mes tensions disparaissent et je hoche la tête de bas en haut : oui, oui, je suis complètement d'accord avec toi, nous allons faire tout cela et nous allons le faire ensemble. Désormais, je sais qu'elle pensera à moi et qu'elle ne m'oubliera pas, que le fait que je sois loin ne va pas tout gâcher. Je ne le sais pas comme une évidence. Pas comme une certitude. Mais à cet instant T je réussis à m'en persuader et c'est tout ce qui compte. Je m'en persuade parce que j'ai envie d'y croire.
« Euh... »
Je bafouille, totalement perdue par son changement de comportement. Je me demande si ce sera toujours aussi simple de l'apaiser, même quand je ne sais pas ce qui lui prend. Il me suffira peut-être de revenir vers elle, de lui exposer mes attentes et de l'embrasser. Cela me rassure de savoir que j'aurai toujours une solution pour surpasser sa colère et ses méchantes humeurs — cela lui arrive de temps en temps.
« Tu es vraiment... » sûre que tu es d'accord ? Suis-je complètement folle de lui poser cette question ? N'est-ce pas la meilleure façon de lui rappeler qu'il y a un autre chemin, une autre fin possible à cette discussion ? Hors de question qu'elle change de discours. « Enfin, non, je veux dire que... On se voit cet été, donc. Et oui, je t'écrirai souvent. Même s'il n'y a pas grand chose à raconter chez moi. Et... Et j'attendrai tes nouvelles. » Comprendre : tu me manqueras. « On s'écrira, » répété-je ; comprendre : s'il-te-plait, fais-le.
Mon coeur rate un battement et puis encore un autre. Je me trouve ridicule, je me sais ridicule. C'est une chose qui n'est décidément pas destinée à changer avec Elowen. Elle parvient souvent à m'ôter tous les mots de la bouche.
Sa dernière effusion suffit à balayer mes craintes mais aussi à m'épuiser. Je la laisse m'approcher, j'entoure ses épaules de mes bras, dépose mes lèvres sur les siennes et la serre un instant avant de la laisser s'en aller loin de moi. Je reste immobile quelques secondes après son départ, épuisée par la folie de mes émotions. Je me sens trop. C'est pour cela que je déteste ressentir.
Lorsqu'Elowen a totalement disparu, je fais demi-tour et reviens vers ma famille. Évidemment, ils me regardent comme si j'avais réalisé une prouesse ou quelque merveille. Non, réalisé-je soudainement, j'ai seulement embrassé, et ce pour la première fois de ma vie, une personne devant eux. Je suis incapable de ne pas en rougir et lorsque j'arrive c'est le regard froncé au maximum et les lèvres pincées pour ne pas que m'échappe une réplique destinée à détruire dans l'œuf leurs moqueries. Qui ne viennent d'ailleurs pas, à mon plus grand soulagement. Je capte néanmoins le regard de papa sur Zakary et comprend qu'il leur a fait la leçon avant que j'arrive. « Pas un mot ! a-t-il dû dire. Cela ne nous concerne pas ». Enfin, il est bien gentil papa mais il est le premier à se sentir concerné par tout ce qu'il se passe dans la vie de ses enfants.
Bien que déjà lasse des questions qui me tomberont bientôt dessus, je me tourne une dernière fois pour sonder la foule. Je ne me détourne qu'après avoir capté au loin l'éclat d'une chevelure rousse que j'associe, peut-être à tort, à une Elowen qui me manque déjà bien trop pour que ce soit raisonnable.
Cesse donc d'être intrépide et tout cela durera pour toujours.
Il n'y a rien qui va entre ces deux-là mais cela ne m'empêche pas de les aimer et même de les aimer ensemble.
Plaisir partagé, vivement la prochaine, peu importe ce qu'il se passe !
Elle se détache de mes lèvres ; j'en souffre. Mon front se plisse, ma gorge se noue, j'ouvre la bouche, prête à supplier ou exiger, à tout donner pour qu'elle me promette que... Qu'elle... Je ne sais pas exactement ce qu'il me faut.
De toute façon, elle m'anéantit d'un geste. D'une parole.
Je cille, perdue. *Hein ?*. Quoi ? Je fais bien les bis... Soudainement, elle redevient celle qu'elle a toujours été. Tout revient à sa place. Je m'apaise. Plus de silence, elle ne m'interdit plus ses effusions, au contraire. Elle me balance ses envies, ses espoirs et peu à peu grignote mes peurs qui commençaient à bien trop se voir. Je les lui laisse avec plaisir, les lui abandonne, je les lui fourre dans les bras pour ne plus jamais les regarder en face. Mon coeur s'élève, mon front se déplisse et même un vague sourire vient étirer mes lèvres. Je me sens mieux. Tout va bien. Inutile de s'inquiéter. Elowen est toujours Elowen. Elle va m'écrire, souvent dit-elle, nous trouverons une date pour nous voir, parce qu'elle a envie de me voir, et elle est même intéressée par ce qu'il se passe à la maison alors que c'est un sujet qui n'intéresse personne, moi la première.
Je me dégonfle comme un ballon. Mes épaules s'affaissent, mes tensions disparaissent et je hoche la tête de bas en haut : oui, oui, je suis complètement d'accord avec toi, nous allons faire tout cela et nous allons le faire ensemble. Désormais, je sais qu'elle pensera à moi et qu'elle ne m'oubliera pas, que le fait que je sois loin ne va pas tout gâcher. Je ne le sais pas comme une évidence. Pas comme une certitude. Mais à cet instant T je réussis à m'en persuader et c'est tout ce qui compte. Je m'en persuade parce que j'ai envie d'y croire.
« Euh... »
Je bafouille, totalement perdue par son changement de comportement. Je me demande si ce sera toujours aussi simple de l'apaiser, même quand je ne sais pas ce qui lui prend. Il me suffira peut-être de revenir vers elle, de lui exposer mes attentes et de l'embrasser. Cela me rassure de savoir que j'aurai toujours une solution pour surpasser sa colère et ses méchantes humeurs — cela lui arrive de temps en temps.
« Tu es vraiment... » sûre que tu es d'accord ? Suis-je complètement folle de lui poser cette question ? N'est-ce pas la meilleure façon de lui rappeler qu'il y a un autre chemin, une autre fin possible à cette discussion ? Hors de question qu'elle change de discours. « Enfin, non, je veux dire que... On se voit cet été, donc. Et oui, je t'écrirai souvent. Même s'il n'y a pas grand chose à raconter chez moi. Et... Et j'attendrai tes nouvelles. » Comprendre : tu me manqueras. « On s'écrira, » répété-je ; comprendre : s'il-te-plait, fais-le.
Mon coeur rate un battement et puis encore un autre. Je me trouve ridicule, je me sais ridicule. C'est une chose qui n'est décidément pas destinée à changer avec Elowen. Elle parvient souvent à m'ôter tous les mots de la bouche.
Sa dernière effusion suffit à balayer mes craintes mais aussi à m'épuiser. Je la laisse m'approcher, j'entoure ses épaules de mes bras, dépose mes lèvres sur les siennes et la serre un instant avant de la laisser s'en aller loin de moi. Je reste immobile quelques secondes après son départ, épuisée par la folie de mes émotions. Je me sens trop. C'est pour cela que je déteste ressentir.
Lorsqu'Elowen a totalement disparu, je fais demi-tour et reviens vers ma famille. Évidemment, ils me regardent comme si j'avais réalisé une prouesse ou quelque merveille. Non, réalisé-je soudainement, j'ai seulement embrassé, et ce pour la première fois de ma vie, une personne devant eux. Je suis incapable de ne pas en rougir et lorsque j'arrive c'est le regard froncé au maximum et les lèvres pincées pour ne pas que m'échappe une réplique destinée à détruire dans l'œuf leurs moqueries. Qui ne viennent d'ailleurs pas, à mon plus grand soulagement. Je capte néanmoins le regard de papa sur Zakary et comprend qu'il leur a fait la leçon avant que j'arrive. « Pas un mot ! a-t-il dû dire. Cela ne nous concerne pas ». Enfin, il est bien gentil papa mais il est le premier à se sentir concerné par tout ce qu'il se passe dans la vie de ses enfants.
Bien que déjà lasse des questions qui me tomberont bientôt dessus, je me tourne une dernière fois pour sonder la foule. Je ne me détourne qu'après avoir capté au loin l'éclat d'une chevelure rousse que j'associe, peut-être à tort, à une Elowen qui me manque déjà bien trop pour que ce soit raisonnable.
— Fin —
Cesse donc d'être intrépide et tout cela durera pour toujours.
Il n'y a rien qui va entre ces deux-là mais cela ne m'empêche pas de les aimer et même de les aimer ensemble.
Plaisir partagé, vivement la prochaine, peu importe ce qu'il se passe !