1 janv. 2024, 14:05
Madame Miller
Les deux mains de Madame Miller enserrent une tasse fumante, qu'elle porte à ses lèvres pour souffler sur le liquide chaud et, de temps à autre, le goûter du bout des lèvres pour en jauger la température. Elle écoute, c'est ce que tout son visage dit : les coins de sa bouche frémissent pour marquer l'amusement, ses sourcils se froncent légèrement pour témoigner de l'inquiétude et sa tête acquiesce avec force sur la dernière phrase.

La divinatrice ne répond rien, elle se contente de pousser la tasse qu'elle vient de servir à Madame Reid un peu plus près d'elle pour l'inciter à en boire. Le thé, c'est une boisson qui détend, dit-elle souvent à qui veut bien l'entendre. Surtout après une séance de divination comme celle-ci, c'est important de prendre un moment pour souffler avant de repartir pour le voyage de retour.

***

Le sourire qui maquillait le trouble sur le visage d'Adaline n'est même plus là pour faire illusion. Elle regarde ses pieds en tentant de masquer non seulement son trouble mais tout son visage. Mais elle finit par secouer la tête.

« C'est rien. »

Elle dit tout bas, sans lui couper la parole.

Leurs yeux reviennent alors l'un à l'autre et il se passe quelque chose de tout à fait étrange pour Adaline. Une sensation qu'elle gardera pour elle, un sentiment dont elle ne parlera pas avant plusieurs mois, un moment qu'elle enfermera dans un coin de sa tête pour ne pas la laisser sortir. Elle voit Cinead Reid, en face d'elle, ses yeux dans les siens, et elle se demande pourquoi ça doit s'arrêter.

La brune ne peut dissimuler un sourire, ce genre de sourire que l'on ne peut empêcher de naître, ce genre de sourire qui donne l'air bête, ce genre de sourire qu'il faut mieux dissimuler derrière une mèche de cheveux ou une main habile, mais c'est aussi ce genre de sourire qui fait tomber amoureux.

« J'aimerais bien voir Drystone Walls. »

Ajoute-t-elle, à voix basse, si bien qu'elle n'est pas certaine que Cinead ait entendu.

Brusquement, la porte de la maison s'ouvre et découvre les deux adolescents sur le perron. Madame Reid et Madame Miller se tiennent l'une à côté de l'autre, chacune arborant un sourire un peu différent. C'est l'heure de partir, annonce Madame Reid.

Tous les quatre entrent dans la maison pour se placer devant la cheminée, le grand âtre qui peut très bien accueillir deux adultes debout, les pieds dans la suie que le bois génère lorsque la cheminée n'est pas utilisée comme un moyen de transport. Les hôtes regardent les invités se servir de la poudre verdâtre avant de prononcer bien fort le nom de leur destination. Drystone Walls. Ils disparaissent chacun leur tour dans une volute de fumée verte impressionnante.

Pendant plusieurs jours, Madame Miller pensera à cette séance de divination et reverra les mains de ce garçon et le mauvaise présage planer au dessus de sa tête. Adaline, quant à elle, fera tout son possible pour se noyer dans ses études et oublier le trouble qu'elle a ressenti.

Fin.

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