L’amie qui s’ignore A.B

Et je te le répète : j’adore ce RP. Voir ces deux énergumènes se confronter, c’est divin !

Le rire d’Aelle et ses jolies moues d’étonnement n’avaient pas échappées à Alice. Elle en souriait, enchantée à l’idée d’avoir provoquer l’amusement de la Poufsouffle.
Mais, curieusement, Alice ne voyait pas cela comme une victoire. C’était pourtant un sentiment merveilleux qu’elle ressentait au quotidien, celui d’obtenir, d’arracher quelque chose de rare et de précieux à une tierce personne. Le regard empli de fierté d’un professeur, le rictus d’inconfort d’un élève ridiculisé par une performance d’Alice, les mâchoires contractées d’un Damiano prit à son propre jeu…
Mais le rire d’Aelle n’était pas une victoire. Non. C’était un trésor, rien qu’à elle.

Alice rit à son tour lorsque Aelle déclina sa tentative de demande en mariage, puis elle prit un air faussement offusqué, sa main se portant sur son cœur touché. Aelle était mariée à la magie. Cela, Alice s’en doutait depuis longtemps. Tout chez Aelle Bristyle exhalait la Magie. Elle l’aimait, elle la chérissait comme une mère, une amie, une sœur, une épouse. Alice ignorait le statut de sang d’Aelle. Il ne s’agissait pas d’une Sang-Pur, cela n’aurait pas échappé à Alice. Une Née-Moldue ? Improbable, Aelle était trop douée avec sa baguette. Une Sang-Mêlé, peut-être. Une Née-Sorcière… sans l’ombre d’un doute.

Alice observait les gestes d’Aelle, ses doigts l’invitant à prendre s’installer avec elle. Rester avec Aelle. Voilà une idée séduisante. Alice se laisserait presque tentée.
Son regard d’argent balaya la bibliothèque pendant quelques secondes, un temps nécessaire à ses réflexions. Rester avec Aelle. Parler avec elle. Voir l’effet de ses réponses changer les traits de son visage. Alice devrait accepter, n’est-ce pas ? Aliosus ne lui en voudrait sans doute pas. Et quand bien même il lui reprocherait, Alice lui ferait oublier son absence.
Mais… était-ce correct ? Si Alice avait décidé de participer à l’échange AMICO, si elle avait choisi Poudlard, c’était pour Aliosus. Rien que pour lui. Pour s’assurer qu’elle n’avait pas oublié les traits de son visage, ni la chaleur de ses doigts sur sa peau. Ce n’était en aucun cas pour les autres, et certainement pas pour Aelle.

Lentement, Alice se redressa. Elle lissa le tissu de sa robe, avant de se tourner vers Aelle. Ses lèvres s’ouvrirent, prête à prononcer un refus. Mais Alice s’abstînt.
Par son invitation, Aelle manifestait son envie de voir Alice rester avec elle. Par sa précision temporel, Aelle lui murmurait en silence une proposition alléchante.
Nous avons des choses à nous dire, une soif à étancher.
Je ne te demanderai pas de sacrifier un œil pour boire à ma source, comme tu ne le feras point à mon égard.
Nos eaux se heurteront et se confronteront, mais nous n’éprouverons aucune ire à l’égard de l’autre.
Car tu as conscience que mes vérités ne seront pas toujours les tiennes.
Car tu sais que je ne chercherai pas à t’en convaincre.


Avec délicatesse, Alice tira la chaise et s’y installa. Elle inclina ses genoux sur le côté, réajusta ses boucles sur ses épaules, et planta son regard dans celui d’Aelle.

« J’ai tout un tas de choses de prévu »», répondit enfin Alice. Elle reposa son coude sur la table et déposa son menton dans le creux de sa main. « Des camarades à revoir, des professeurs à saluer, un cousin à choyer, une école à honorer par mon simple éclat… »» Un sourire espiègle ourla ses lèvres pâles. « Mais cela attendra. »

Puisse son tant aimé Aliosus lui pardonner.

Ne t’excuses pas, je l’ai été suffisamment avant toi !
J’ignore comment Alice aurait réagit si Aelle avait répondu positivement à son jeu. Ça aurait pu être très drôle.

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

L’amie qui s’ignore A.B
Elle va refuser. Je le devine au moment même où elle se redresse, toute propre sur elle avec sa robe bien lissée et son visage polit. Elle va refuser parce qu'elle a certainement tout un tas de choses prévues à son emploi du temps que je n'en fais pas partie. Je n'en ai jamais fait partie, tout comme elle n'a jamais fait partie du mien : nos rencontres ont toujours été créées par le hasard. Dans un couloir, devant un stand de dons de vêtements, dans une bibliothèque... Nous n'organisons pas nos retrouvailles, nous ne cherchons même pas à nous retrouver. La vie nous met sur le chemin l'une de l'autre et ce qui doit arriver arrive, voilà tout. Je ne devrais pas être déçue qu'elle s'en aille. Alors comme je ne le dois pas, je me persuade que je ne le suis pas. Je me redresse, me tricote un air un peu froid, un peu distant qui n'a plus rien à voir avec la moue amusée que j'ai eu lorsqu'elle a feint être blessée par mon refus d'épouser un membre de sa famille. Je me prépare pour l'instant où elle rejettera mon offre, moment qui sera gênant tant pour elle que pour moi. Je balayerais l'air de la main en haussant les épaules, je dirais : « Qu'importe, j'ai tant à faire », avec un sourire de circonstance, et je tirerais un parchemin à moi pour poursuivre mes études et oublier tout cela.

Puis les doigts fin et gracieux d'Alice Sangblanc s'enroulent autour du dossier de la chaise. Je la regarde bien en face, le visage fermé et exempt d'émotions, comme si mon coeur n'était pas en train de cogner contre ma cage thoracique. Je remarque la grâce avec laquelle elle s'assied, la façon dont elle arrange ses boucles blanches sur ses épaules, et quand elle plante son regard dans le mien, je le soutiens sans ne rien exprimer de la surprise qui me pourfend le corps de la voir s'installer auprès de moi malgré tout. Malgré tout le reste. Malgré son emploi du temps et tout le reste. Elle a décidé de rester avec moi.

Quand j'ouvre la bouche, ce n'est pas pour commenter ses paroles saupoudrées de son humour justement dosé ou pour lui faire part de mon étonnement de la voir rester, certainement pas. Je dresse un peu le menton, comme j'ai vu une autre femme, à l'éclat beaucoup plus sombre que la fille qui me fait face, le faire des dizaines de fois, et j'affirme :

« Il faudra bien que ça attende, oui. »

Et par cette seule affirmation, j'oublie mes doutes précédents et la déception qui les accompagnait. Je laisse place au reste, à ce moment qui n'appartient qu'à nous. Cette ambiance hors du temps, ces regards qui se frôlent, cette discussion pour laquelle je n'ai pas les codes, qui ne suit aucune règle, mais qui me fait oublier que j'ai des recherches à faire et une correspondante qui attend après moi. Pendant une heure, mon horizon se cantonne à cela : à Alice Sangblanc et aux mots qui sortent de sa bouche, à cette grâce dont j'aimerais la voir être libérée mais que j'aime observer parce qu'elle s'oppose à tout ce que je connais et à cet esprit retors qui se cache derrière un visage qui contrôle si bien ses expressions.

Il y a quelque de grisant dans le fait d'être là alors que ce n'était ni prévu, ni voulu. Quelque chose de grisant d'être avec elle et d'en éprouver un sentiment de joie et de puissance mêlées. Je me persuade que ce sentiment me vient seulement de son acceptation de s'asseoir à ma demande... Mais au fond de moi, je sais qu'il n'est explicable que par le fait que cette fille m'a paru inatteignable pendant des années mais qu'aujourd'hui elle est là, à ma portée, et que cela suffit pour me faire éprouver une chose qui ne m'est pas familière et que le commun des mortels appelle bonheur.

Je crois que c'est ce que l'on appelle une fin. Enfin, le commun des mortels l'appelle comme cela. Moi je préfère dire que c'est le début de plein de belles choses.
Tu sais tout le bien que je pense de toi et de nos écrits, mais je vais me répéter car c'est agréable : écrire avec toi c'est être portée par les mots et sourire durant toute la durée de l'écriture — bref, quelque chose dont on a pas envie de se passer.