Été 48 Portree Ecosse

Arrêtée dans son élan par ma question peut-être indiscrète, elle se retourne vers moi pour me répondre par une question. La surprise est plus grande que celle de voir le couloir noir m’accueillir. Je connais son niveau en magie, je connais son caractère, mais l’imaginer noircir ces murs, les siens.. Cela me donne un coup dans l’estomac et je vois soudain ma colère bien moins obscure en visualisant la sienne. Encore une fois, je ne relève pas, je tente de digérer l’information, de comprendre ce qu’il a pu se passer pour qu’elle en vienne à commettre un tel acte. Je la regarde s’approcher, m’instruire sur les habitants du tableau, et j’alterne entre son visage et son histoire pointée de son index. Il y a un an en arrière, j’aurais pris peur, aurais couru jusqu’à la porte d’entrée et n’aurais plus jamais mis les pieds ici. Aujourd’hui, la colère de cette date que je ne connais pas encore m’attire. Je vois des ressemblances et mon admiration grandit.

Son géniteur. Quel drôle de choix de mot pour désigner son père. Je fronce les sourcils et me demande maintenant si sa relation est identique à la mienne, si lorsque je me suis confié, en mars, elle a fait des ponts entre mon histoire et la sienne. Si son père vivait ici, c’est qu’il n’était pas un moldu, et m’interroge alors sur ce qu’il pouvait bien reprocher à sa fille. Est-il encore en vie ? Sont-ils encore en contact ? Je fixe à nouveau le tableau et le couloir et me demande si c’est ce qui m’attend : un lieu noirci par la colère, alimenté par la relation d’un parent clairement mauvais.

Son histoire de mariage me surprend encore, et ses mains qui sont exhibées fièrement sans bague devant moi me font sourire. Je tente de me remémorer les débats qu’il y avait eus à Poudlard, sur les sangs purs, les affiches, les remarques, mais bien trop occupé à régler mes problèmes, je n’en avais eu que faire. Est-ce que toutes les familles de sangs purs cherchent encore à agir ainsi ?

Valerion se retourne et je retiens à nouveau mes questions en me pinçant les lèvres. Comme depuis le début, je suis son mouvement, vais là où elle m’emmène, sous mes pas toujours prudents. J’ai beau être avec quelqu’un en qui j’ai confiance, mon rythme n’est pas le plus assuré. Puis, alors qu’elle pousse la large porte, je découvre avec elle la pièce qui nous accueille. Je déglutis en découvrant que l’état de chaque lieu s’empire. Ce n’est pas tant les dégâts qui m’effraient, mais la violence des conséquences de sa magie à laquelle j’assiste. La pièce ne donne aucunement l’envie de s’y attarder, et pourtant, mes jambes s’y engouffrent, comme attirées par ce que je pourrais moi aussi imiter si j’en avais les capacités. Sa violence m’attire. Les draps, le matelas, les rideaux et les carreaux ont subi une colère et connaissent désormais l’humiliation de ne même pas être réparés, et d’être observés par leur auteure. Je ne relève pas la pointe d’humour de ma professeure, me retourne vers elle et fixe ses yeux bleus d’un air sérieux. Impossible de me retenir plus longtemps.

— Pourquoi avoir fait ça, Miss ?, demandé-je d’un ton sec. Il n’y a aucun jugement derrière mes mots, mais une soif de connaissance qui grandit. Envahi par les émotions, les souvenirs, le fait de comprendre ce qu’elle a pu ressentir m’emplit de confiance.

Fiche PR - 4e année RP

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Sixtine était restée sur le pas de la porte lorsque Lukas était entré dans la pièce. La professeure le laissait faire, il pouvoir voir ce qu'il avait envie de voir, fouiller ce qu'il avait envie de fouiller, cette pièce ne représentait plus rien pour la directrice de maison. Rien d'autre que le lieu ou elle s'était parfois retrouvée enfermée pendant des jours. Si la plupart des chambres d'enfant représentaient aux yeux de tous un lieu de sérénité et de paix, ce n'était pas le cas de la cinquantenaire.
Lukas était revenu, il s'était tourné face à elle et lui posa une question, encore.

- Je pense que la chambre parle pour moi, j'étais en colère et j'avais besoin d'exprimer ma colère. Vous ne trouverez rien d'intéressant ici si ce n'est de vieux ouvrages sur la magie et ses origines. Si vous le permettez, je souhaite me rendre dans une pièce qui m'a toujours été interdite.

Sixtine fit demi-tour en laissant derrière elle son ancienne chambre d'adolescente. Elle repassa dans le couloir, en profita pour brûler définitivement le tableau de son père et elle. Puis, elle arriva au niveau du deuxième escalier. Face à elle, deux portes. L'une était plutôt sombre et usée alors que l'autre, la blanche, semblait neuve et, à l'épreuve du temps. L'adulte se dirigea vers la porte blanche. Posant sa main sur la petite poignée ronde de la porte, elle chercha Lukas du regard.

- Il s'agit de la chambre à coucher de ma mère. Je... Je ne sais absolument pas ce qu'il y a derrière cette porte.

Elle n'en avait pas dit plus et pourtant, elle pensait à tellement de choses. Aurait-elle le courage de l'ouvrir ? Pourquoi ne l'avait elle pas fait tout de suite après la mort de son père ? Et si, elle était déçue ? Si la pièce n'était qu'une salle vide.

Arrivée inRP le 28 octobre 2046 -Départ le 14 décembre 2048
Arrivée à l'AESM à la rentrée 2049/2050.

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J'écoute soigneusement chaque mot qu'elle emploie et retiens ses deux utilisations du mot colère. Cette émotion qui m'anime tant fait écho à la sienne. Depuis peu, je vois la magie comme le réceptacle de mes tensions, et je prends peu à peu conscience des maléfices qui en seraient une extension. Voir que celle qui se tient devant la pièce est elle aussi passée par là me donne soudainement envie de me surpasser. Me surpasser pour voir ce ma colère peut faire, voir si cela soulage et comment on se sent lorsqu’on a tout envoyé en l’air.

Elle attire mon attention avec la mention d’une nouvelle pièce de ce labyrinthe qu’elle me fait découvrir. L’interdiction. Lancer ce mot à un enfant qui n’a presque jamais connu l’interdiction intrigue. Je la suis sans aucune hésitation, je suis ses pas, son allure, je l’observe dans son environnement, toujours assoiffé de connaître tout ce qu’elle souhaite me montrer. Je suis aveuglément celle qui règne dans ces lieux obscurs. Je dois toutefois m’arrêter lorsqu’elle dégaine sa baguette pour mettre feu à la photo que je venais de découvrir d’elle. Un petit mouvement de recul et un regard d’admiration plus tard, je me rapproche des cendres de papier qui dégoulinent le long du mur. Sans comprendre pourquoi, mon index gauche, curieux, vient se poser sous les petits papiers volants et en réceptionner des petits morceaux sur ma peau. Je marque la colère de Sixtine Valerion, ses souvenirs et sa puissance à travers un papier brûlé qui réchauffe ma peau.

Sentant le regard de ma professeure sur moi, je relève la tête aussitôt, lâche la cendre collée à mon index en le secouant rapidement et accoure pour la rattraper et revenir à sa hauteur. J’observe les portes, sa main déjà posée sur la poignée et son regard lorsqu’elle me partage qu’une autre chambre nous attend derrière. Une chambre dont elle n’a jamais eu connaissance. Je fronce les sourcils pour lui montrer mon incompréhension, sans ne rien dire. Je ne comprends pas pourquoi est-ce qu’elle fait cela maintenant, avec moi à côté, mais quelque chose en moi me pousse à vouloir ouvrir la porte à sa place. Je fixe sa main, me retiens d’y poser la mienne et reviens à ses yeux bleus perçants.

— Je vous suis, lancé-je d’un ton affirmé. Aucune envie de reculer, aucune envie de l’interroger sur les raisons de son ignorance, aucune envie de l’en empêcher. Si sa main est déjà posée, c’est qu’elle veut avancer. Et ma curiosité accompagnée de toute cette stimulation et cette adrénaline me pousse à rester à chacune des portes qu’elle voudra ouvrir.

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La main de Sixtine était toujours posée sur la poignée même si ses yeux étaient plongés dans ceux de son élève en y cherchant un peu de réconfort. Elle avait envie de découvrir ce que cachait cette pièce, envie de connaître un secret bien trop longtemps gardé. La Sixtine, enfant n'avait jamais désobéi à son paternel ayant trop peur des représailles. La Sixtine, adolescente avait fui le domaine le plus souvent possible et enfin, la Sixtine adulte avait fait son possible pour ne jamais revenir ici. La Sixtine, cinquantenaire était donc la première à désobéir à cet ordre trop souvent répété.

Une fraction de seconde plus tard, la porte s'ouvrît et la professeure ne regarda pas tout de suite le contenu de la pièce. Elle détourna les yeux, inspira et expira longuement avant d'avancer et d'observer. Ses yeux se posèrent d'abord sur le lit à baldaquin poussiéreux, mais parfaitement fait. Puis sur la coiffeuse qui ornait la pièce avec encore toutes les affaires de sa défunte mère : sa brosse à cheveux, son maquillage, son miroir de poche, ses bijoux... Le regard de la brune bifurqua sur sa droite et sa main se porta immédiatement jusqu'à sa bouche pour étouffer un cri. Là, sous ses yeux, elle faisait face au tableau de sa mère. Une femme brune avec de grands yeux noisette souriant à la femme faite de chair et d'os face à elle. Ce sourire qui semblait si naturel pour elle. Sixtine n'avait eu aucun mal à reconnaître sa mère, mais est ce que la personne dans le tableau allait reconnaître celle qui n'était plus une enfant ?

- Bonjour, bienvenue.

Les yeux vides du portrait en disant long. Elle n'avait pas conscience que son enfant était face à elle et, comment aurait-elle pu en avoir conscience ? Cette femme, morte si jeune en donnant naissance à son enfant n'avait de toute façon pas eu le temps de développer ses capacités magiques.

- Je suis... Sixtine Valerion.

- Bonjour, bienvenue. Avait répété le tableau sur le même ton que précédemment prouvant à Sixtine qu'elle ne pouvait rien en tirer.

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Je ne sais pas d’où me vient le courage qui me permet d’entrer dans une pièce inconnue. J’ai l’impression de revivre mon examen de sortilèges, sans baguette. Ma main gauche a enfin pris le réflexe de tapoter la poche où j’aurais pu la ranger, et je ressens enfin le manque de ne pas l’avoir avec moi. Cette fois, mon courage me vient du fait que je suis accompagné. Je me sens invincible. Je me dis que quoi qu’il se passe dans cette pièce, elle me protègera.

Lorsque Valerion fait ses premiers pas dans la pièce, je dois pencher la tête sur les côtés pour apercevoir en même temps qu’elle ce qu’elle découvre. Des affaires de femme. Rien de bien dangereux. Je me détends aussitôt. Des objets recouverts de poussière qui doivent être là depuis… Depuis combien d’années n’a-t-on pas mis les pieds ici ?

Alerté par le mouvement de ma professeure et par un petit cri étouffé, je me retourne aussitôt pour l’observer, suivre son regard et remarquer à mon tour un portrait attaché au mur. Pas besoin d’avoir fait l’AESM pour remarquer les ressemblances entre les deux femmes et faire le lien entre elles. Je me penche discrètement en avant pour observer ses traits. Pas de regard bleu perçant pour l’habitante du tableau qui nous accueille de manière neutre. Un bonjour est lancé et font arquer mes sourcils de dédain. Je trouve ce tableau bien inutile et observe automatiquement la réaction de celle qui se trouve à mes côtés. Celle-ci se présente, et je ne tourne même plus la tête vers le tableau. Je l’observe, elle. Je suis à l’affût de la moindre de ses réactions. J’entends en fond que la voix répète son discours et me demande si c’est de la déception que je vais lire sur son visage. J’attends. J’attends de savoir si elle va réitérer l’expérience, tenter une autre approche et tourne enfin la tête vers le portrait. Son sosie presque parfait ne sait que répéter la même phrase et cela m’agace. Je veux qu’elle offre à ma professeure ce qu’elle attend.

Je la décortique du regard, j’ai une centaine de questions qui me traversent l’esprit, mais je doute que le moment soit le mieux choisi. Je me retiens de m’adresser à la réplique de la mère de Valerion, mais quelque chose en moi m’ordonne de la faire réagir. Je me fiche pas mal de cette personne que je ne connais pas, mais en observant Sixtine, je sens qu’elle attend que sa mère réagisse. Ainsi, je l’attends aussi. Je prends une grande inspiration et décide de tenter une approche différente de la sienne.

— Vous voulez qu’on la brûle, elle aussi ?, demandé-je sérieusement en faisant référence à la photo précédemment brûlée dans le couloir. Je ne sais pas pourquoi je m’inclue dans cette proposition, puisque je n’ai clairement pas les capacités de le faire. J’attends que le tableau réagisse, qu’il s’offusque peut-être, qu’il prenne peur, qu’il énonce tout sauf une énième salutation. Si la menace ne fonctionne pas, je me prépare, pour Valerion, à la mettre à exécution.

On a un pyromane un peu fou dans la pièce, prêt à tout pour satisfaire sa prof x)

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Le regard de la professeure était toujours perdu sur le tableau représentant sa mère et ne cessant de répéter les mêmes mots. La question de l'enfant resta en suspens durant de longues secondes avant que la cinquantenaire ne réagisse. Elle détourna le regard du tableau en prenant soin de ne pas croiser celui de son élève craignant de ne pas résister aux larmes montantes. Son corps s'était mû jusqu'au lit où elle prit place, en bout.

- J'avais espéré... J'aurais aimé qu'elle puisse me parler, m'exprimer ce qu'elle a ressenti pour moi. Elle marqua un temps de pause et tapota la place à côté d'elle pour demander à Lukas de s'y installer. Votre mère vous aime, j'ai bien vu le regard qu'elle a porté sur vous et c'est un regard que je n'ai jamais connu et que je ne connaîtrais jamais. J'aurais aimé pouvoir vous regarder de la même façon et vous avoir de manière exclusive, mais vous n'êtes que mon élève et je ne suis que votre professeure. Bien que, vous ne serez jamais un simple élève à mes yeux.

Lentement, elle récupéra sa baguette, prit le temps de l'observer sous tous les angles avant de se relever, d'attraper la main de l'enfant et de prendre la direction de la sortie. Elle n'était pas contre l'hypothèse de tout brûler, mais elle avait besoin d'un temps de réflexion et pour ça, il fallait qu'elle quitte cette pièce.

- Allons donc visiter le rez-de-chaussée ou le sous-sol, vous voulez bien ?

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A chaque nouveau comportement de Valerion, je note mentalement la cause, le regard qu'elle m'adresse et les mots qu'elle m'envoie. Il n'y a pas de colère, pas de remarque piquante, pas de menton relevé, mais un regard qui me fuit et un corps qui se déplace jusqu'au lit pour s'y asseoir. Plus de mouvement. La grande professeure ne tourne pas le dos à cet échec, mais s'assied et se confie. Je l'écoute silencieusement et un pincement au cœur me fait grimacer lorsqu'elle mentionne ses attentes : des sentiments qui ne viendront jamais. La comparaison est facile, j'entends mon père et ses mots, je vois ses regards qui n'expriment plus rien. Perdu dans mes pensées, je ne manque pourtant aucun regard de Valerion, aucun changement de tonalité ni le geste qu'elle fait pour m'inviter à prendre place à ses cotés. Je m'exécute sans penser à l'état du lit et à ce qu'il pourrait laisser comme traces sur mon pantalon, et plonge mes yeux dans les siens lorsqu'elle nous ramène à l'événement d'il y a quelques heures.

J'ai beau comprendre tous les mots qu'elle m'adresse, le sens m'échappe. Je fronce les sourcils, me concentre davantage et me les répète en boucle. Un léger sourire attendri se décroche de mon visage inquiet lorsqu'elle mentionne l'amour de ma mère, mais je reviens vite à mon inquiétude lorsqu'elle me partage cette absence. Je prends alors conscience de sa vie, de son passé, de tout ce que je ne connais pas d'elle en dehors de Poudlard et ordonne à mon cerveau de penser plus vite, pour comprendre plus vite. Mes sourcils se froncent davantage à son souhait de me regarder de la même façon. Je ne saisis pas et cette exclusivité non plus. Qu'est-ce que je ne lui donne pas et qu'est-ce qu'elle attend de moi ? J'ai l'habitude de ses phrases codées, mais celles-ci m'échappent. Mon sourire revient lorsque j'entends la place que j'ai pour elle. Ses mots apaisent ma réflexion et je la laisse de côté lorsque sa main vient saisir la mienne pour une fois de plus, sortir de cette énième pièce.

A chaque pièce visitée se trouve un souvenir confessé. A chaque début d'histoire, la suite vient dans le lieu suivant. Alors pour connaître la suite, je suis et hoche la tête à sa demande. Je me redresse avec elle, observe sa main dans la mienne et relève la tête, pendant que mes pieds quittent la chambre.

- Vous n'avez pas d'enfant, Miss ?, osé-je demander pendant que la traduction de ses mots font enfin effet.

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Lorsque la question parvint jusqu'aux oreilles de Sixtine, elle s'arrêta net. Pourquoi n'avait il pas simplement deviné l'évidence ? Pour autant, la professeure ne lui en voulait pas, elle comprenait sa curiosité et comprenait également les questions qu'ils pouvaient se poser. Elle ne voulait pas répondre à son élève par un simple "non". Elle avait le sentiment qu'elle lui devait un peu plus et qu'il méritait un peu plus.

Alors qu'elle avait entamé sa descente dans les escaliers, elle prit place sur une marche et invita Sharp à en faire autant avant de commencer à lui conter une histoire qu'il n'aurait pu deviner.
Elle ne se lança pas tout de suite dans le récit de cette histoire, voulant prendre le temps de choisir ses mots.

- Il y a bien longtemps, j'ai porté la vie mais, je n'ai pas réussi à donner la vie. Elle laissa le temps à Lukas de prendre connaissance de cette information et de l'analyser. Elle n'était pas certaine qu'un enfant de son âge puisse comprendre mais, elle avait estimé que lui, en était capable. C'est peut être mieux ainsi, je n'aurais sûrement pas fait une bonne mère.

Toujours assise sur les marches, Sixtine avait saisi sa baguette et avait commencé à lancer quelques sorts sur les bouteilles au sol se trouvant à l'étage inférieur. Elle brisa chaque bouteille puis répara l'ensemble des bouteilles avant de recommencer une nouvelle fois.

- Vous avez votre baguette Sharp ?

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Je suis, sans me faire attendre, celle qui me guide dans ce manoir aux histoires obscures. Étrangement, je ne m’effraie pas, j’observe et mémorise toutes les informations jetées à la volées. Je lâche sa main pour descendre les escaliers et place l’autre sur le mur, comme pour m’en imprégner. Je replace tout événement sur la frise chronologique de ma professeure et y cherche un élément clé. Un élément qui donnera un sens à tout ce qu’elle est aujourd’hui, et peut-être également à ma vie aux pièces manquantes. Ma main frôle le mur à la peinture défraîchie et passe par dessus les quelques tâches et coups subis. Je m’interroge sur ceux provoqués par la main de Valerion, je voudrais connaître l’histoire et comprendre.

Je reviens aux marches lorsque je sens que celle qui m’accompagne s’arrête pour s’asseoir. Pas d’explications, pas de mots, juste un regard qui me fait comprendre que notre prochaine étape est ici et maintenant, sur les marches. Je l’imite et m’assieds alors à mon tour, à ses côtés, levant la tête vers son regard bleu qui me domine d’encore quelques centimètres.

Sa réponse à ma question met quelques minutes à venir et je déglutis à la seconde où l’information tombe. Le lien avec ma question ne met pas longtemps à se faire. Je pince mes lèvres en signe de compassion et attends patiemment la suite qui semble coincée au bout des siennes. Lorsqu’elle vient enfin, ce sont mes mots qui mettent du temps à venir. Assommé par la remarque, par son peu de confiance en elle qui ne lui ressemble pas, je laisse ma bouche entrouverte quelques secondes, et me retrouve intrigué par sa baguette qui se met en action. Les sortilèges de destruction s’enchaînent sur des bouteilles, envoyés par une femme incarnant cette force. Je réfrène mon sourire d’assister à ce spectacle, tant ses paroles confiées plus tôt me reviennent en tête. Pourquoi pense-t-elle qu’elle n’aurait pas fait une bonne mère ? Alors qu’elle surpasse déjà tout ce que mon père est incapable de me donner ? En quatre mois, elle m’a donné plus d’attention et d’encouragements que celui qui a voulu me mettre au monde. Ou l’a-t-il vraiment voulu ? J’observe la main de Valerion agrippée à sa baguette et reviens à son regard. Comment exprime-t-on à une professeure tout le bienfait qu’elle procure et l’erreur immense qu’elle commet en pensant qu’elle n’aurait pas été une bonne mère ? En exprimant rien.

Mon oreille est attirée par les morceaux de verre qui se recollent et ma surprise revient. Je lui envoie un regard interrogateur, je ne comprends pas l’utilité de réparer ces bouteilles. Pourquoi ne pas les laisser brisées ? Pourquoi faut-il les réparer pour les briser une nouvelle fois ? Sa question appelle à ce que je me joigne à son spectacle. Je sais que je n’ai pas besoin de tapoter ma poche pour vérifier, ma baguette n’est pas là. Elle trône sur le haut de mon bureau, me narguant chaque jour de ne pas pouvoir l’utiliser. Honteux d’avoir l’impression de manquer à mon devoir, je baisse la tête.

… Non. Elle est sur mon bureau, confessé-je à celle que je déteste décevoir. Je relève la tête vers elle et ose une question. J’aurais eu le droit de l’utiliser avec vous ?

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Le droit d'utiliser la magie. Voilà un détail que la professeure avait oublié. Évidemment qu'il n'avait pas l'autorisation d'utiliser sa baguette en dehors de l'école de sorcellerie. Il s'agissait d'une règle complètement absurde selon Sixtine. Elle avait toujours pensé que priver un sorcier de sa magie pendant deux mois était une erreur, une entrave à la réussite. Aujourd'hui encore, son avis n'avait pas changé. À sa réponse, elle laissa échapper un soupir.

- Vous voyez ces bouteilles-là, elles se brisent puis se reconstruisent. Elles sont finalement à notre image. Elle marqua un temps de pause avant de les briser de nouveau puis de les réparer, encore. Vous avez remarqué que, plus je brise les bouteilles, plus elles sont fragiles et prennent du temps à se reconstruire ? Puis, elle délaissa les bouteilles de verre pour se concentrer sur sa baguette, faisant glisser son index sur le bois travaillé avant de tendre celle-ci à son élève. Brisez une bouteille puis, réparez la. La professeure n'avait aucun doute sur la capacité de Lukas à briser l'un des récipients en revanche, elle savait que l'étape de la réparation serait plus fastidieuse. Elle lui laissa le temps nécessaire pour exécuter la tâche qu'elle venait de lui donner lui, elle récupéra sa baguette directement dans les mains de son élève puis la rangea dans son étui avant de prendre la main de Lukas et d'entrelacer ses doigts aux siens. Vous avez vu comme il est simple de briser quelque chose et comme il est difficile de réparer ce qui a été brisé ? N'oubliez jamais que nous sommes à l'image de ces bouteilles en verre.

Elle relâcha la main de son élève lorsqu'elle aperçut les premiers rayons du soleil à travers les carreaux du manoir. Il était temps pour elle de ramener l'enfant Sharp chez lui, de le redonner à sa famille et il était également pour la professeure d'avoir une discussion avec la matriarche.

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