Notre antre et nous
« Sinon, si vous oubliez quelque chose, je vous le rapporterai. »
Mon regard glisse vers le visage d'une Abby résignée mais non pas vaincue. Elle doit demeurer encore au moins une semaine à l'Institut, conviée au rattrapages pour deux matières secondaires qui l'empêchent de partir en même temps qu'Ondine et moi. Merlin, je n'ose imaginer ce que c'est ! Devoir rester encore, mais seule dans cette chambre, seule dans notre chambre pour la dernière semaine dans l'Institut. Car après, nous quittons toutes les trois l'école pour la fin de nos études, nous ne reviendrons que pour récupérer notre diplôme un vendredi de fin de mois, s'assurant par ce fait que ça y est, oui, c'est fini, on a la signature et même le bout de papier, la totale, le ticket pour le départ, cette fois sans retour.
Est-ce que la chambre sera fermée à clef ? Et si nous y oublions vraiment quelque chose ? Pourrons-nous revenir le chercher ? Il est inutile de se tracasser, de retourner le problème dans tous les sens pour y trouver une solution ; ce qui m'embête le plus, en réalité, ce n'est pas tant de ne plus retourner à l'Institut ou dans cette pièce qui me restera toujours essentielle, ce qui me gêne c'est ce à quoi je vais renoncer, ce sont les soirées sans mes amies, les nuits silencieuses, les regards qui ne seront plus échangés aussi facilement. C'est la mise à l'arrêt soudaine de la vie vécue ici qui me manquera, pas les lieux. Qui peut affirmer d'ailleurs que je ne les reverrai pas plus tard, si je deviens professeure ? Les murs ne changeront pas. Les relations... Si, peut-être ; sûrement.
Pourtant, je n'ai aucun doute : nous nous reverrons. Je ne sais pas si je veux y croire car cela est doux et réconfortant, si je me trompe par aveuglement, ou si j'en suis vraiment persuadée, mais je m'accroche à cette pensée comme à une certitude apaisante. Abby, Ondine et moi nous reverrons. Notre étrange trio n'en est pas à son point final avec cette sortie de scène, dans les coulisses et ailleurs se poursuivront les histoires que le public ne verra plus.
« Je n'aime pas l'idée que tu restes toute seule ici, sans nous, confié-je à l'étudiante en médicomagie en m'approchant d'elle, lui transmettant par un regard ma peine.
– Moi non plus mais je suis bien contente d'en avoir fini avec ces exam' et cette école ! »
Ondine attrape sa valise et sa cape, le visage presque réjouit. Elle porte le soulagement comme un parfum, pensant sûrement que voilà, c'est fait, adieu l'Institut et ses cours pas toujours passionnants, adieu ce monde d'étudiants stressés et bruyants mais surtout inintéressants, maintenant la vraie vie commence, dans toute son indépendance et sa splendeur, et oui peut-être que les éclats de rire laisseront des cicatrices pleines de manque, et oui ne pas partir en même temps est étrange, mais Merlin ! enfin c'est fini.
« Bon, courage Abby, mais t'en fais pas, ça va le faire ! De toute façon on se revoit vite avec le diplôme pour fêter ça. »
L'étudiante tapote l'épaule de la blonde, un sourire sur les lèvres, reconnaissant par ce petit geste d'affection une amitié qu'elle ne peut désormais plus nier, et qui parvient à mon tour à me faire sourire. C'est bien Ondine, ça ! Franche et directe, mais pas insensible sous son cœur de pierre.
Elle se tourne vers moi, le regard plus déterminé.
« Bon, Alyona, car ça y est, le « Farrow » lui s'en est allé, je dis au revoir à deux trois personnes et je t'attends à la grille ! »
Je hoche la tête, satisfaite, acceptant, la regardant passer la porte et s'enfoncer dans le couloir.
Abby a le visage défait et désolé ; je sais qu'avec elle je partage cette nostalgie déjà frappante, cette douleur du départ qui frotte le cœur et tord l'esprit. Je reconnais dans ses yeux ma propre tristesse, et je devine le découragement qui l'accompagne à l'idée de devoir rester là, seule.
Je m'avance pour la prendre dans mes bras et dépose un bisou sur sa joue.
« Ondine a raison : ça va le faire. Tu verras, dans une semaine tu en auras fini avec tout cela ! »
Je la serre contre moi, mon artiste, mon amie, mon Abby.
« Courage, je crois en toi, c'est les dernières étapes.
– Merci. Bon courage à toi aussi pour ton déménagement, me glisse-t-elle à l'oreille.
– Ça devrait bien se passer. J'ai hâte de quitter Godric's Hollow une bonne fois pour toutes ! »
Je me sépare de mon amie et attrape mes affaires.
« On se revoit bientôt ! Bisou ! »
Passer la porte, lancer un sourire, partir dans le couloir.
Traverser les allées balayées par les pas pressés et les bruits des valises.
Descendre les escaliers.
Et le nœud qui se forme dans la gorge et serre, prend aux tripes, fait presque monter les larmes, ah ! ce traitre !
Parcourir le hall d'entrée qui se fait hall de départ.
Se retourner une dernière fois pour jeter un œil, les membres tremblants qui ne réalisent pas, qui ne s'y font pas parce que tout paraît normal, tout paraît comme d'habitude, et pourtant presque facilement, évidemment, sans une seconde et un mot de plus,
sortir.
Partir.
Mon regard glisse vers le visage d'une Abby résignée mais non pas vaincue. Elle doit demeurer encore au moins une semaine à l'Institut, conviée au rattrapages pour deux matières secondaires qui l'empêchent de partir en même temps qu'Ondine et moi. Merlin, je n'ose imaginer ce que c'est ! Devoir rester encore, mais seule dans cette chambre, seule dans notre chambre pour la dernière semaine dans l'Institut. Car après, nous quittons toutes les trois l'école pour la fin de nos études, nous ne reviendrons que pour récupérer notre diplôme un vendredi de fin de mois, s'assurant par ce fait que ça y est, oui, c'est fini, on a la signature et même le bout de papier, la totale, le ticket pour le départ, cette fois sans retour.
Est-ce que la chambre sera fermée à clef ? Et si nous y oublions vraiment quelque chose ? Pourrons-nous revenir le chercher ? Il est inutile de se tracasser, de retourner le problème dans tous les sens pour y trouver une solution ; ce qui m'embête le plus, en réalité, ce n'est pas tant de ne plus retourner à l'Institut ou dans cette pièce qui me restera toujours essentielle, ce qui me gêne c'est ce à quoi je vais renoncer, ce sont les soirées sans mes amies, les nuits silencieuses, les regards qui ne seront plus échangés aussi facilement. C'est la mise à l'arrêt soudaine de la vie vécue ici qui me manquera, pas les lieux. Qui peut affirmer d'ailleurs que je ne les reverrai pas plus tard, si je deviens professeure ? Les murs ne changeront pas. Les relations... Si, peut-être ; sûrement.
Pourtant, je n'ai aucun doute : nous nous reverrons. Je ne sais pas si je veux y croire car cela est doux et réconfortant, si je me trompe par aveuglement, ou si j'en suis vraiment persuadée, mais je m'accroche à cette pensée comme à une certitude apaisante. Abby, Ondine et moi nous reverrons. Notre étrange trio n'en est pas à son point final avec cette sortie de scène, dans les coulisses et ailleurs se poursuivront les histoires que le public ne verra plus.
« Je n'aime pas l'idée que tu restes toute seule ici, sans nous, confié-je à l'étudiante en médicomagie en m'approchant d'elle, lui transmettant par un regard ma peine.
– Moi non plus mais je suis bien contente d'en avoir fini avec ces exam' et cette école ! »
Ondine attrape sa valise et sa cape, le visage presque réjouit. Elle porte le soulagement comme un parfum, pensant sûrement que voilà, c'est fait, adieu l'Institut et ses cours pas toujours passionnants, adieu ce monde d'étudiants stressés et bruyants mais surtout inintéressants, maintenant la vraie vie commence, dans toute son indépendance et sa splendeur, et oui peut-être que les éclats de rire laisseront des cicatrices pleines de manque, et oui ne pas partir en même temps est étrange, mais Merlin ! enfin c'est fini.
« Bon, courage Abby, mais t'en fais pas, ça va le faire ! De toute façon on se revoit vite avec le diplôme pour fêter ça. »
L'étudiante tapote l'épaule de la blonde, un sourire sur les lèvres, reconnaissant par ce petit geste d'affection une amitié qu'elle ne peut désormais plus nier, et qui parvient à mon tour à me faire sourire. C'est bien Ondine, ça ! Franche et directe, mais pas insensible sous son cœur de pierre.
Elle se tourne vers moi, le regard plus déterminé.
« Bon, Alyona, car ça y est, le « Farrow » lui s'en est allé, je dis au revoir à deux trois personnes et je t'attends à la grille ! »
Je hoche la tête, satisfaite, acceptant, la regardant passer la porte et s'enfoncer dans le couloir.
Abby a le visage défait et désolé ; je sais qu'avec elle je partage cette nostalgie déjà frappante, cette douleur du départ qui frotte le cœur et tord l'esprit. Je reconnais dans ses yeux ma propre tristesse, et je devine le découragement qui l'accompagne à l'idée de devoir rester là, seule.
Je m'avance pour la prendre dans mes bras et dépose un bisou sur sa joue.
« Ondine a raison : ça va le faire. Tu verras, dans une semaine tu en auras fini avec tout cela ! »
Je la serre contre moi, mon artiste, mon amie, mon Abby.
« Courage, je crois en toi, c'est les dernières étapes.
– Merci. Bon courage à toi aussi pour ton déménagement, me glisse-t-elle à l'oreille.
– Ça devrait bien se passer. J'ai hâte de quitter Godric's Hollow une bonne fois pour toutes ! »
Je me sépare de mon amie et attrape mes affaires.
« On se revoit bientôt ! Bisou ! »
Passer la porte, lancer un sourire, partir dans le couloir.
Traverser les allées balayées par les pas pressés et les bruits des valises.
Descendre les escaliers.
Et le nœud qui se forme dans la gorge et serre, prend aux tripes, fait presque monter les larmes, ah ! ce traitre !
Parcourir le hall d'entrée qui se fait hall de départ.
Se retourner une dernière fois pour jeter un œil, les membres tremblants qui ne réalisent pas, qui ne s'y font pas parce que tout paraît normal, tout paraît comme d'habitude, et pourtant presque facilement, évidemment, sans une seconde et un mot de plus,
sortir.
Partir.
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#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht