Comme un pitiponk dans un salon de thé PV PNJ

À des miles de remarquer le trouble qui a voilé le regard de celle qui a été sa camarade à Poudlard, Aelle hoche la tête. Se rend-elle compte que ses gestes sont emprunts de froideur ? Que ce simple geste du menton est si sévère, qu'il ne l'aurait pas été davantage si elle avait pincé les lèvres et croisé les bras sur sa poitrine ? Fasciné, Oswald en perd le temps de quelques secondes le cours de la conversation, trop occupé qu'il est à l'observer comme une bête curieuse.

Lui, il a bien compris. Il a bien senti le froid que son intervention a jeté sur la table et il a aussitôt fait le lien avec les tensions qui existent au cœur de la communauté magique depuis de nombreuses années maintenant : lui-même a un rapport plutôt complexe avec le Conseil et ne porte pas dans son cœur leur façon de penser arriériste, alors lorsqu'Alyona a répondu de façon si peu élaborée à sa logorrhée idiote et inconsciente sur les cours concernant le Secret Magique, Oswald a compris.

Il s'en veut terriblement, terriblement d'avoir parlé sans réfléchir, comme il le fait souvent. Il aurait dû se douter qu'évoquer de près ou de loin le Conseil avec une personne qu'il ne connait pas n'était pas une bonne idée ; qui sait ce qu'elle a vécu durant ces noires années ? Qui sait ce qu'elle pense du gouvernement ? Ses dents s'enfoncent dans sa lèvre inférieure et il se passe la main dans le cou dans un geste nerveux, mais rien ne suffit pour dénouer l'enchevêtrement complexe de la culpabilité qui s'en emmêlé dans son esprit.

Puis Aelle reprend la parole et Oswald est si choqué par les mots qui sortent de sa bouche qu'il en reste bouche bée, toute humeur désagréable oubliée.

« Si tu décides effectivement d'étudier sur les flux magiques pour ton mémoire, je veux le lire. »

Pardon ?

Choqué, Oswald ouvre de grands yeux. Mais qui êtes-vous ? songe-t-il en regardant Aelle, son profil sérieux qui ne frémit pas, ses lèvres qui ne s'étirent pas. Elle n'a pas l'air d'être en train de se moquer. S'intéresse-t-elle réellement au mémoire d'Alyona ? C'est tellement loin de tout ce qu'elle est, cette proposition qu'elle fait, tellement éloigné de son attitude jusqu'ici, qu'Oswald en perd tous ses mots.

Sentant son regard sur elle, Aelle lui lance un regard oblique. Comme si elle le questionnait de son regard noir comme l'ébène. Oswald prend une inspiration pour la titiller, mais elle le devance en se retournant vers son ancienne camarade.

« Quoi ? fait-elle. Ce serait si dérangeant ? Si tu veux pas, tu dis non, c'est tout. »

Elle se renfrogne aussitôt, les yeux baissé sur son verre. Oswald comprend qu'elle s'est méprise sur son regard, mais il n'a aucune intention de la corriger : sa proposition manquait légèrement de politesse pour lui et si grâce à ce qu'elle vient de répliquer Alyona se sent le droit de refuser, c'est tout bénef' pour elle.

Je sais pas pourquoi j'ai écrit du point de vue d'Oswald ahah, c'est sorti tout seul !

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Puisque je regarde Bristyle et son visage d'hiver, j'aperçois difficilement Oswald, à mes côtés, qui pourtant s'agite, sensible à la gêne qui a coulé de mon corps. Aurais-je été apaisée d'apercevoir qu'elle a provoqué le malaise sur ses traits, et qu'une forme de culpabilité peut se deviner dans sa grimace ? C'est difficile à dire. Mes yeux sont trop loin de son visage. Mais peut-être que cela m'aurait davantage embarrassée. Heureusement, alors, que toute mon attention est tournée vers Aelle.

Malgré cela, rien ne me prépare à la surprise qui me saisit aux mots de mon ancienne camarade. Je crains presque, au début, de les avoir mal entendus. Aelle Bristyle veut lire mon mémoire ? Aelle Bristyle s'intéresse à mon travail, qui ne tourne pourtant même pas autour des sortilèges ? Aelle Brisyle ! La même Aelle qui se foutait bien de ce que je pouvais dire ou penser il y a de cela quelques mois, lorsque nous nous sommes croisées pour la dernière fois à Poudlard ? Mais que lui est-il arrivé entre temps ? Cette fois, mes yeux se tournent doucement vers Oswald, qui exprime son étonnement de manière bien plus évidente que moi. Mais si même lui est surpris, comment ne pas l'être ?

J'essaye de ne pas perdre de mon assurance. Peut-être qu'Aelle se sentirait blessée si je montre que son discours me laisse interdite. Et peut-être qu'alors, elle changerait d'avis. Je ne sais pas si je souhaite qu'elle change d'avis. Sa demande m'apparaît tellement inhabituelle ! Je ne peux pas la repousser comme si elle était banale. Et quand bien même, de toute manière elle ne me pose pas de problème.

« Non non, ça ne me dérange pas », réponds-je promptement.

Cependant, je ne peux pas nier que cela ajoute momentanément une petite pression sur mes épaules. Mais pourquoi ? Parce que je ne veux pas qu'Aelle me juge décevante après lecture de mon mémoire ? Comme si son opinion comptait ! (murmure mon ego, encore blessé par notre dernière entrevue) Elle peut le lire, ou non d'ailleurs, et quoi qu'elle en pensera, cela ne m'empêchera pas d'être fière de moi.

Je me redresse et gomme les derniers traits étonnés qui s'étaient installés sur mon visage.

« Je pourrai te l'envoyer par hibou quand je l'aurai terminé, si tu veux. Il me faudra juste une adresse. » J'hésite avant d'ajouter, avec un haussement d'épaules : « Ou je pourrai te donner une copie en main propre. »

Je jette un dernier coup d'oeil à Oswald avant d'avaler une gorgée de ma boisson pour faire définitivement passer ma surprise.

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Quand elle a dit flux magiques, mon cœur a explosé. Évidemment, qu'il l'a fait, après tous ces désagréables courriers échangés avec Delphillia et les questions qu'elle a forcé à naître dans mon esprit. Si je peux mettre la main sur le travail de Farrow, je le ferai, qu'importe que cela étonne Johnson qui est incapable de cacher sa surprise, et qu'importe aussi si ça déstabilise l'ancienne Serdaigle. Je lance un long regard froid à cette dernière, persuadée qu'elle refusera ce que je lui demande. Mon corps s'est déjà tendu à l'idée de se recevoir ce non tant attendu.

Pourtant, c'est tout autre chose qui sort de sa bouche. Moi, je ne peux empêcher un sourcil de s'élever sur mon front, parce que je ne croyais pas qu'elle accepterait et que lorsqu'elle le fait effectivement, je doute encore de sa sincérité. Après tout, elle ne me doit rien. Si elle me demandait de lire mon propre mémoire de fin d'année, je lui dirais certainement non, à moins qu'elle ait une excellente raison de le vouloir.

La suite de son discours, cependant, me convainc bel et bien qu'elle est sincère. Mes épaules se relâchent légèrement. Mon adresse ? Me le remettre en main propre ? Ce sont des questions qui me paraissent si frivoles. Oui, non, je n'en sais rien. Je m'en fiche comme de mon premier chaudron. Je me persuade que si elle a rajouté cette seconde proposition après coup, celle de me le donner en main propre, c'est parce que c'est ce qu'elle désire, parce qu'elle ne veut pas que je puisse garder son travail ou pire, me l'approprier. Qui sait ce qui peut se passer dans son esprit ? À sa place, je ne confierai jamais un tel travail à n'importe qui et surtout je ne laisserai pas cette personne seule avec mes recherches — ce n'est peut-être qu'un mémoire, mais ça reste sérieux, ça reste de la recherche.

Je hausse vaguement les épaules en tirant mon verre à moi.

« En main propre, ok. Tu me diras quand, où. Bref, tout ce qui faut. »

J'avale une longue gorgée de ma boisson. Cela signifiera nous revoir quelque part. Passer un moment ensemble. Elle me donnera ses conditions pour que je lise son mémoire, peut-être préférera-t-elle que je le lise en sa présence, pour pas que je m'enfuie avec. Qui sait ? Peu importe, j'ai passé sept ans avec elle, sept ans à nous côtoyer sans parler, ne sommes-nous pas passer maîtresses dans l'art d'être avec l'autre sans réellement l'être ?

« Le monde me tombe sur la tête ! » s'exclama alors Johnson.

Il a un joli sourire sur les lèvres. Son regard navigue de Farrow à moi, puis de moi à Farrow.

« Pourquoi tu dis ça ? répliqué-je d'une voix dure.
Pour rien ! C'est juste que je trouve ça beau, cette... Transaction ?
C'est pas une transaction, puisque je vais rien donner en r... »

Attendez un instant.
Mes yeux noirs se plissent quand j'accommode sur Alyona Farrow.

« Tu vas vouloir un truc en échange ? je lui lance.
Hein ? s'horrifie Johnson. Mais j'ai pas dit... Non, mais c'est pas du tout ce que je voulais dire ! Merlin, pourquoi tu penses toujours au pire ? »

Il se prend la tête entre les mains, je le vois lancer un regard d'excuse à Farrow. Pourquoi ce regard ? C'est vrai, quoi ! Il a soulevé un point auquel je n'avais pas pensé. Va-t-elle exiger quelque chose de moi en retour ? Je préfère le savoir maintenant que dans plusieurs mois !

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En main propre. C'est ce qu'elle a dit, non ? Elle préfère que je le lui donne en main propre. Donc, que je la revois. Aelle Bristyle ! Moi qui ne pensais même pas qu'on se recroiserait assez pour se parler après Poudlard. Nous n'avons jamais été proches. Toujours camarades, distantes, étrangères, capables de s'entendre pour les travaux de groupe et de se retrouver le lendemain dans les couloirs sans même se saluer. Le genre de relation qui n'existe qu'à peine, et qu'on oublie en premier quand on cesse de partager les mêmes lieux. On ne se connaît pas. N'est-ce pas ce qu'elle m'avait dit, Bristyle ? Et voilà qu'aujourd'hui elle souhaite non seulement lire mon mémoire, mais aussi me revoir pour que je le lui prête ! Mais pourquoi, par Merlin ?

L'étonnement, incapable de sortir d'entre mes lèvres, semble parvenir à s'échapper de celles d'Oswald. Je suis tentée de lui sourire, c'est comme s'il m'arrachait les mots de la bouche. Son exclamation aurait pu être la mienne. Peut-être que je devrai le remercier, plus tard, d'avoir su dire ce que je taisais.

Mais plus tard, alors. Car à cet instant, je suis retenue comme un papillon dans la cage de verre de ma surprise par toutes ces phrases que les deux étudiants échangent. Une transaction ? Belle ? Et quelque chose en échange ? Merlin ! Elle me demande si je veux lui demander quelque chose en échange de mon mémoire ? C'est cela ? Je la reconnais bien là, aussi bizarre que cela puisse paraître. Elle m'a longtemps parue étrange, voire étrangère, ce soir, et il suffit que ses yeux noirs se plissent et me transpercent pour que je la reconnaisse.

Cette fois, le saisissement éclabousse mon visage. Je perds les rênes de ma retenue. Mes sourcils se haussent, ma bouche s'entr'ouvre, ma parole se libère.

« Un truc en échange ? » répété-je bêtement.

Je pourrais me montrer exigeante ? Je pourrais dire « je veux » ? À Aelle Bristyle ? Et quoi ? Si je pose des conditions, elle acceptera ? Si je lui demande quelque chose, elle le fera ? Elle se plierait à mes contraintes ? La même Poufsouffle qui a insulté l'élève de Zhuangyán qui l'avait choisie ? Elle ferait ça ? Sa curiosité va jusque-là ? Pour lire mon mémoire ? Vraiment ? Par Circé, Oswald a raison : le monde nous tombe sur la tête ! Quant à moi, je crois définitivement que je ne comprendrai jamais mon ancienne camarade. C'est un fait que je ne peux plus nier. Peu importe le temps et les paroles échangées, elle est et me restera complètement étrangère.

Je me reprends doucement, après avoir cligné des yeux, m'éveillant.

« Par la barbe de Merlin, non, je ne veux rien en échange ! Ce n'est pas une transaction, c'est... » Je cherche mes mots, encore tout abasourdie. « C'est juste normal. »

Je secoue la tête.
Dire que j'aurais pu lui demander quelque chose. J'aurais pu exiger. Quoi ? Je ne sais pas. Aurait-elle accepté ?

« Je t'enverrai un hibou alors, pour qu'on voit ensemble plus tard. »

Je hausse les épaules. Je ne sais même plus quoi ajouter. Tout ça me semble être complètement lunaire. Moi qui pensais ne rester que quelques minutes avec Aelle et Oswald.

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Quand elle répète bêtement ma question, mes sourcils se dressent sur mon front ; oui, c'est ce que je viens de dire, réponds ! J'aurais pu comprendre que la surprise qui parcourt ses traits signifiait qu'elle n'avait pas pensé une seule seconde à me demander quelque chose en échange, mais je suis tellement sûre qu'elle le fera que ce n'est pas ce à quoi je pense. Je reste tendue, le visage fermé, persuadée qu'elle exigera trop de moi, ce qui voudra dire que je refuserai, tout simplement, de lire son mémoire — je ne suis pas prête à tout donner pour un mémoire dont je ne suis même pas sûre de la qualité ! Mais non, elle s'éveille, reprend la parole, elle dit non et je sens mes muscles se détendre. Non, elle ne veut rien en échange. C'est juste « normal », selon elle, affirmation que je trouve idiote car non, ce n'est pas normal. Si un jour elle se fait piquer son travail, ce sera de sa faute. Heureusement que je n'ai aucune mauvaise intention.

Soulagée, je me laisse aller en arrière et appuie mon dos contre le dossier du banc. Mes doigts viennent aussitôt entourer mon verre et j'avale une longue gorgée d'alcool qui me brûle l’œsophage.

« Très bien, alors, dis-je d'une voix satisfaite en hochant la tête, comme pour confirmer le marché que nous venons de passer qui n'est surtout pas une transaction. J'attendrai ton hibou. »

Puis je bois une nouvelle gorgée en détournant les yeux vers le reste de la pièce à l'envers. Je cligne des paupières ; j'avais oublié que je n'étais plus sur le sol, mais sur le mur. On finit par s'y habituer, finalement.

Je sens le regard de Johnson posé sur moi. Il me regarde puis il la regarde elle, puis il me regarde encore et la regarde elle. Au moment où j'allais m'en agacer, il arrête son petit jeu. Je l'observe s'étaler sur la table, appuyé sur son coude, ses yeux tournés vers Farrow.

« Bon et alors, maintenant que cette histoire est réglée... » Il m'accorde une œillade amusée à laquelle je ne réagis pas. « Vous vous êtes rencontrées à Poudlard, c'est ça ? Tu étais à Poufsouffle, toi aussi, Alyona ?
"Toi aussi" ? Comment tu sais que j'étais à Poufsouffle ? » interviens-je soudainement.

Je ne lui ai jamais parlé de mes années à Poudlard. Johnson se décompose, je crois même le voir rougir.

« C'est juste que... » Il hausse les épaules. « On me l'a dit, quoi. »

Je me renfrogne, agacée à l'idée que l'on ait pu parler de moi, car je suis certaine que c'était en des termes peu élogieux. Non pas que ça m'importe, mais l'idée que des gens se fassent une opinion de moi alors même qu'ils ne savent rien de moi et qu'ils ne pourront jamais me comprendre me déplait.

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Ainsi, Aelle Bristyle et moi serons amenées à nous revoir. Sans Oswald, cette fois-ci, je le crains. Puisqu'elle ne l'a pas présenté comme un ami, cela m'étonnerait qu'elle lui propose de l'accompagner quelque part. C'est dommage, car l'étudiant est d'une compagnie agréable et apaisante. Mais peut-être nous recroiserons-nous tout de même un jour ? Qui sait ce dont l'avenir est fait ? Il lui arrive d'être si surprenant ! Ce soir le démontre bien.

Mes épaules se détendent et un léger soupir m'échappe. Je me sens presque fatiguée, après tout ce qu'il vient de se passer, et auquel j'étais loin de m'attendre. J'ai l'impression d'avoir traversé des vallées entières d'étonnements et de rebondissements, du moment où j'ai aperçu Aelle sur le mur de cette grande salle à ce rendez-vous complètement inattendu pour que je lui donne mon mémoire, pas encore rédigé, à lire. Que peut-il encore arriver ? Que vais-je apprendre de nouveau ? Est-ce l'alcool qui embrume complètement mes perceptions, et me laisse toute soufflée de surprise de cette manière ? Merlin, quelle étrange manière de fêter la fin de mes premiers examens !

Heureusement qu'Oswald est là pour ramener autour de cette table de nouvelles interrogations plus légères, qui me font sourire par les souvenirs qu'elles traînent avec elle. Poudlard ! Et Bristyle dans son uniforme jaune, une couleur qui n'a jamais vraiment été la sienne. Aurait-elle pu être la mienne ? Parfois, je me surprends à penser que oui, mais le bleu reste une teinte à laquelle je me suis attachée, après toutes ces années à la porter fièrement.

« J'étais à Serdaigle, révélé-je, non sans une pointe de contentement dans la voix. mais c'est bien à Poudlard que nous nous sommes rencontrées. Nous étions de la même promo. Nous avons partagé des cours et quelques examens pendant nos études. »

Et c'est à peu près tout. Qu'ajouter ? Y a-t-il des moments partagés avec Aelle qui m'ont marquée ? Peut-être les premiers cours de transplanage, quand nous avons dû transplaner ensemble, puis cette fois où nous nous sommes retrouvés dans le jardin de Miss Priddy. Et mon ASPIC pratique de botanique, aussi, qui reste un événement chargé d'importance à mes yeux. Pour le reste, nous avons vécu bien des choses sans être ensemble, des choses dont parfois j'aimerais ne pas me souvenir. Était-elle là, lors de ce fameux bal d'Halloween ? Je ne me remémore plus ces détails. Et avec Daï, ou l'urne noire ? Sûrement. Tout le monde était là.

Je hausse les épaules. « Et c'est à peu près tout. » Que dire d'autre, oui ? Nous ne nous connaissons pas vraiment. « Et toi, tu étais à Poufsouffle ? » demandé-je, autant par curiosité que par politesse.

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Les yeux plissés et baissés sur mon verre à moitié vide, j'en suis encore à me questionner sur qui a bien pu raconter à Johnson que j'étais à Poufsouffle quand Farrow prend la peine de lui répondre. Je ne l'écoute que d'une oreille ; après tout, il n'y a pas grand chose à dire et elle se contente de raconter la vérité. Pourquoi Johnson a-t-il ressenti le besoin de parler de moi avec d'autres ? Ou sont-ce ces autres qui ont parlé de moi ? Je ressens un profond agacement en remarquant que je n'arrive pas détourner mes pensées de ce sujet de moindre importance.

J'avale une gorgée de ma boisson en essayant de me concentrer sur ce que se racontent les deux autres. Farrow a dit tout ce qu'il y avait à dire et je surprends sur moi le regard gêné de Johnson, comme s'il avait deviné que ma relation avec Farrow était à peu près à l'image de toutes mes autres relations : nous ne sommes que des connaissances forcées de passer du temps ensemble, à une certaine époque. C'est le cas également avec les gens que je fréquente à l'Académie, lui compris : il s'installe à ma table à la bibliothèque alors je le fréquente ; Rockfield est ma colocataire alors, bien malgré moi, je la fréquente : Glawbig me loue son hibou alors je le fréquente, nous discutons parfois dans les couloirs, voilà tout. Rares sont les gens qui deviennent plus que cela. Plus que de vagues connaissances. Et c'est très bien comme cela.

« Je vois ! s'exclame Johnson qui serait même capable de sourire si on l'insultait. Vous êtes camarades, quoi. »

Je lui jette un regard fatigué en coin, l'air de dire : bravo, t'as trouvé ça tout seul ?

« Moi aussi j'étais à Serdaigle ! » Il parait gagner quelques centimètres à ces simples mots. Je lève les yeux au ciel. Ce n'est pas si c'était exceptionnel d'avoir été à Serdaigle. « À quelques années près, on se serait connus, poursuit-il d'une voix amusée. Quand j'étais en septième année, tu étais... Enfin, vous étiez en... » Il réfléchit un instant, compte sur ses doigts. « Troisième année ! »

Je grimace légèrement lorsque mon cœur rate un battement. La troisième année, celle de mon retour à Poudlard. Je suis certaine que le Oswald Johnson d'alors, futur diplômé de Poudlard, connaissait mon prénom et mon nom. À cette période, tout le monde le connaissait. Les exclues de Poudlard n'ont jamais couru les rues, après tout.

« Mais pas sûr qu'un grand type qui ensorcelait des origamis pour faire passer ses messages d'un dortoir à l'autre ait intéressé une enfant de treize ans, » conclut Johnson en souriant à Farrow, une main passée de façon négligente sur le dossier de sa chaise.

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Camarades, oui. Il n'y a rien au-delà de ce mot, et je crois qu'il n'y aura jamais quelque chose, sauf si le hasard s'en mêle. Mais je crois qu'il s'y emmêlerait surtout, car ni Aelle ni moi ne semblons souhaiter développer davantage qu'une camaraderie distante. Et encore, le mot « développer » ne convient déjà pas tout à fait pour cela. Distante, par contre... C'est sûrement en cela que la demande de Bristyle me surprend, elle va à l'encontre de cet accord tacite que nous paraissons avoir depuis de longues années. L'ancienne Jaune fait preuve d'intérêt. Qui aurait pu parier là-dessus ?

J'enroule mes doigts autour de mon verre, qui se vide trop vite à mon goût, pour me concentrer sur les paroles qu'Oswald dessine de ses lèvres. Alors comme ça, il a passé des après-midis entières en haut de cette vieille tour, lui aussi ? Serdaigle ! Merlin comme ma maison me manque. Nous avons certainement dû nous y croiser. Est-ce que je me souviens de lui ? C'est difficile à dire. Quand je plonge dans le passé, tout m'apparaît rapidement flou, comme si ma vision, avec le temps, s'était dégradée. Et c'est plus encore valable avec les visages, qui m'ont toujours été difficiles à reconnaître. Pourtant, pour Oswald, je pense que c'est plutôt ce qu'il dégage dont je pourrai me souvenir. Il porte avec lui une telle sympathie qu'elle ne peut être que marquante. Plus j'y réfléchis, plus j'y pense, plus j'ai l'impression de me remémorer des bribes, de faire revenir au présent des odeurs, des images lointaines... Mais, ah ! ce n'est pas simple. Je crains d'inventer ce que je cherche.

Mes yeux se plissent doucement tandis que mon sourire s'étire. La main de l'étudiant sur le dossier de ma chaise détourne à peine mon regard et mes pensées.

« Cela commence à faire longtemps ! Je dois dire que cela ne m'évoque pas rien, mais j'ai peur d'inventer quelque chose à force de le chercher. Et puis, j'ai une mauvaise mémoire des visages. »

Je hausse doucement les épaules, déçue par l'absence de souvenirs précis. « En tout cas oui, c'est sûr que nous avons déjà dû nous y croiser. Toi ou tes origamis. »

Mes premières années à Poudlard... Merlin, j'ai l'impression qu'elles appartiennent à une autre vie ! Comme le temps passe vite. Est-ce lui, d'ailleurs, qui m'entraîne de nouveau vers Aelle ? Il faut dire que sa présence n'allait pas tarder à m'échapper. Elle est bien silencieuse, avec sa mine renfrognée. Néanmoins, c'est vers elle que je finis par tourner mon regard, et c'est à elle que j'adresse quelques autres mots, mue par une étrange désinvolture.

« C'est bizarre, tout de même, que tu te sois retrouvée à Poufsouffle. Tu aurais fait une bonne Serdaigle, aussi. »

Est-ce que nous aurions été plus proche ? J'en doute. Est-ce que mon intervention est une question, ou quelque chose qui s'en rapproche ? J'en doute aussi. Est-elle utile ? Je suis certaine que non. C'est sûrement la fatigue qui libère ma parole. Je ne suis pas sûre que ce soit pour le mieux.

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Pendant qu'ils parlent, mon regard ne quitte pas le contenu de mon verre. Je n'ai rien à dire et je ne suis franchement pas intéressée par cette nouvelle conversation proposée. Contrairement à Johnson qui sourit aisément et qui hoche la tête à chaque parole de Farrow, ajoutant ci-et-là des « pas grave si tu te souviens pas, on avait un large écart d'années ! » et autres « puis je me souviens pas moi non plus ! » toujours en étirant les lèvres ou en hochant la tête, en agitant les mains. Celles-ci ne tiennent jamais en place, comme si elles devaient toujours être occupées. J'ai remarqué ça quand on travaille à la bibliothèque. Parfois, c'est agaçant.

Je m'attendais plus ou moins que l'on se tourne vers moi pour me questionner, mais je pensais que ce serait plutôt par politesse, une question banale. Je n'étais pas prête à recevoir d'Alyona Farrow les mots qu'elle m'envoie. « Tu aurais fait une bonne Serdaigle, aussi. ». Je lève aussitôt les yeux vers elle, le corps lourd, le regard fixe. J'ouvre la bouche, afin de la refermer sans n'avoir rien dit.

Une partie de moi se demande si elle vient de m'insulter (bizarre d'avoir atterrie à Poufsouffle ? Parce que je suis pas niaise et pétrie de gentillesse ?). Cette remarque touche quelque chose de si profondément ancré en moi que je n'y pense pas la plupart du temps : des années et des années à me recevoir des réflexions de mes camarades de Maison qui, eux-aussi, s'étonnaient des couleurs jaune et noir de mon uniforme et remettaient en doute mon appartenance à Poufsouffle. Les remarques chuchotées sur mon passage ou celles balancées en plein visage, surtout lors de ma troisième année. Alors la remarque de Farrow, oui, se faufile tout au fond de moi et vient toquer sur mes propres doutes, tellement enfuis que je n'ai pas conscience d'eux.

Plus fort que cette remarque qui chatouille une partie inconsciente de moi, c'est le compliment que j'imagine dans la seconde partie de sa phrase qui, elle, remue une autre partie de moi, bien moins inconsciente, celle-ci : mon regret de n'avoir jamais connu la studieuse tour des Serdaigle. Et Farrow pense que j'aurais été une bonne Serdaigle ? Évidemment qu'elle pense cela, mon talent et mon sérieux ne sont pas des secrets, mais jamais je n'aurais pensé entendre ça dans sa bouche à elle.

Je ne sais pas comment réagir à cet aveu soudain qui, je le comprends avec une temps de retard, me fait plaisir. Je ne sais toujours pas si je dois me vexer de son insulte ou m'enorgueillir du compliment. Alors j'attrape vivement mon verre et bois une longue rasade qui fait descendre le seuil du liquide sous la moitié.

« Je pense aussi, dis-je finalement sans réussir à la regarder fixement. Après tout, j'ai plus de points communs avec vous qu'avec les Poufsouffle. »

C'est un fait, une vérité et je l'ai acceptée depuis bien longtemps, lorsque j'ai compris que ma Maison n'importait pas, que la seule chose qui avait de l'importance, c'était ce que j'apprenais. Je suis persuadée que si j'avais été dans une autre Maison, j'aurais été exactement semblable à celle que je suis aujourd'hui.

« Mais ça n'a aucune importance, poursuis-je d'une voix neutre en haussant les épaules. Ça ne change rien, Serdaigle ou Poufsouffle.
Les Maisons ont un impact sur ce qu'on devient ! réagit vivement Johnson, apparemment déconcerté par mon affirmation. Poufsouffle ou Serdaigle, c'est pas pareil. Les Maisons nous aident à approfondir certains de nos traits de caractère, même si on en a pas conscience ! »

C'est une façon de penser vraiment idiote. Je grimace légèrement avant de cacher mon visage derrière mon verre et de noyer les mauvaises pensées associées à ma troisième année dans une gorgée de boisson fraîche.

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C'est étrange comme des mots qui peuvent être légers pour certains sont lourds pour d'autres. Je ne m'attendais pas, en levant un regard observateur vers Bristyle, à la voir ouvrir et refermer la bouche, comme si quelque chose dans mes paroles l'avait secoué. Pourtant, aucune grande main ne m'a paru sortir de mes phrases. Alors quoi ? L'ai-je surprise ? Il ne m'a cependant pas semblé dire quelque chose d'étonnant. Qui peut affirmer que le profil d'Aelle correspond davantage à celui d'une Poufsouffle qu'à celui d'une Serdaigle ? À part le Choixpeau, vraiment, je n'en sais rien. Apprendre et réussir semblent lui être bien plus précieux que partager et faire preuve de patience. Ne le lui a-t-on jamais dit auparavant ?

Tout en attendant sa réponse, je l'observe, d'un de ces regards que la fatigue commence à voiler. Même Oswald se fond quelque peu dans le paysage et disparaît dans l'énorme masse bruyante et encombrante d'étudiants qui s'appuie sur mes sens. Ma vision devient floue autour d'Aelle. J'essaie de remonter le temps, de reconstituer des images de ma toute première journée à Poudlard, de la répartition. Le visage de ma camarade m'avait-il marqué dans la foule ? S'était-il détaché, même lorsque le Choixpeau l'encadrait ? Elle a dû passer sous l'œil de ce couvre-chef bien avant moi, je devais être occupée par mes propres sentiments. Je ne me souviens plus de ces détails. C'était un jour riche, qui a laissé des traces. Mais elle, a-t-elle été surprise, à ce moment, lorsqu'on l'a envoyée chez les Jaune ?
Je cligne des yeux. Peut-être, sûrement. À quoi bon revenir en arrière ? Bristyle a beau m'emmener inévitablement dans le passé, ce n'est pas une raison pour m'y enliser.

Son « vous » me réveille et me secoue. Des points communs avec nous ? Elle désigne probablement les Serdaigle de manière générale avec ce pronom, mais l'idée d'un vous pointé sur Oswald et moi me traverse en y laissant quelques plumes. Cependant, c'est improbable. Ce serait confesser que nous ne sommes peut-être pas si désagréables ; donc, ce n'est sûrement pas ce que Bristyle a souhaité dire.

Je me redresse, de manière à me concentrer et à me ressaisir. Dans cette opposition entre les deux étudiants en sortilèges, je sais de quel côté me placer.

« Je suis d'accord avec Oswald. Cela change les gens que tu côtoies donc cela t'impacte un minimum. »

Aurais-je été différente à Poufsouffle ? Aurais-je été plus altruiste, plus tournée vers les autres ? Si je regarde Bristyle, l'envie me vient de conclure que non. Et pourtant... Me serai-je lancée dans d'autres études ? C'est impossible à dire.

À nous observer, tous les trois, qui plus est dans ce lieu, je suis traversée d'une pensée qui me fait sourire et que je partage aussitôt, sûrement parce que mon verre s'est vidé, que le temps est passé, et qu'il ne me reste plus rien que ce qui navigue dans mon crâne à partager.

« Enfin, c'est vrai qu'on dirait que cela n'a pas changé grand-chose pour toi puisque ce soir tu te retrouves tout de même à table avec deux anciens Serdaigle. »

Je lève le visage pour sourire à Bristyle. Je ne m'attends pas à la voir sourire en retour, je crois avoir rarement vu ses lèvres s'étirer. Si elle répondait à mon sourire par un autre sourire, ce serait sans aucun doute une première.

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