Le contour des ténèbres
Un sourcil se hausse sur mon front. Il ne m'a pas donné la réponse que j'attendais, ne m'a pas dit qu'il comprenait, qu'il allait faire des efforts pour comprendre, pour changer de point de vue. Il ne l'a pas fait et, pire, sa réponse me prouve qu'il n'a pas compris ce que je lui ai dit — pas encore, du moins. J'en ressens une certaine colère mêlée de frustration, ce qui peut se voir à mes sourcils froncés et ma mine sombre, mais son déferlement de questions naïves me pousse à lui donner une réponse tout de même, parce que malgré tout, j'ai envie de remplir son crâne vide de choses un peu plus intelligentes que les rumeurs idiotes sur lesquelles il fonde sa réflexion.
« Non mais tu t'entends, Sharp ? Selon toi il faudrait pouvoir prévenir le danger avant même qu'il n'arrive, c'est ça ? Là, tu parles d'un type que tu penses être un mage noir, mais pense un peu à tes petits camarades à l'école, là. Parmi tous les mages blancs qui t'entourent, qui sait lequel finira par faire du mal à quelqu'un, par s'en prendre à autrui ? Il y a autant de probabilité que ça arrive chez eux que chez un mage noir, alors comment on fait ? On peut pas toujours prévenir le danger. On ne va pas enfermer quelqu'un juste parce qu'il pourrait un jour, peut-être, faire du mal à quelqu'un. Tu n'écoutes pas quand je parle ! »
J'assène cette phrase un peu durement, les mâchoires bloquées et le regard tempête.
« Je t'ai dit qu'un mage noir n'était pas forcément mauvais, tu entends ? Ce n'est pas parce qu'il étudie cette magie — si tant est qu'il le fasse réellement ! — qu'il s'en prendra à quelqu'un, tu ne peux pas le condamner avant même qu'il n'agisse ! Tu laisses tes préjugés dicter ta raison, là. »
Je prends une longue inspiration par le nez pour retrouver mon calme. Sa persistance à croire que le concierge est mauvais juste parce qu'il pense que c'est un mage noir me met hors de moi. Pendant une seconde, j'ai eu envie de le secouer brutalement pour mieux faire rentrer les informations dans son tout petit crane étriqué. Mais je sais que ce n'est pas comme ça qu'on fait apprendre les choses et que je ne peux pas le condamner, lui. Pas alors qu'il se montre curieux. Buté, mais curieux. Je ne peux pas balayer ses questions d'un revers de main en arguant qu'il est trop idiot et buté pour comprendre mes questions, je n'en ai pas le droit, ce serait une insulte à moi-même. Alors je me redresse et mon regard se fait un peu moins brûlant quand je m'efforce de me concentrer sur ses autres questions.
« Si n'importe quel adulte s'en prend à toi, Sharp, tu devrais agir de la même manière, poursuis-je alors d'une voix rauque : tu en parleras à quelqu'un, n'importe qui, ta mère, tes potes, ta directrice de maison, qu'en sais-je ? Il faut en parler parce que ce ne sera pas bien. Ce n'est pas une question de magie noire ou non, tu comprends, ça ? » Merlin, non, il ne comprend pas ! « Quant à savoir comment on sait que c'est trop ? »
Un rire nerveux s'échappe de mes lèvres, discret mais bien présent. Je passe la main dans mes cheveux et secoue doucement la tête. Suis-je réellement censé expliquer à un enfant ce qui relève du bien et ce qui relève du mal ? Quel âge a-t-il, déjà ? Douze ans, treize ans ? Il devrait le savoir, non ? Justement, s'il pose la question c'est peut-être parce qu'il ne le sait pas suffisamment. J'éprouve alors une bouffée de colère envers sa famille, les professeurs de Poudlard, tous ceux que je juge coupable de ce manquement. Ce n'est pas à moi d'avoir cette conversation ! Et pourtant je suis là, dans le froid hivernal de Godric's Hollow, dans cette vieille baraque abandonnée, et il est en face de moi avec ses grands yeux curieux pleins d'attentes, de questions, d'exigences.
Je soupire profondément avant de gonfler mes poumons pour parler.
« Il y a plein de limites que les autres ne doivent pas dépasser avec toi, Sharp, dis-je à mi-voix, presque en marmonnant parce que je déteste ce rôle qu'il m'impose. Et ça vaut aussi pour les professeurs. Enfin, tu le sais, non ? » Je lui lance un regard plein d'espoir. « Je ne sais pas moi, s'il t'insulte, s'il te malmène physiquement, s'il utilise la magie sur toi hors du cadre scolaire, ce genre de choses. Ce genre de choses ne sont pas bien, » dis-je maladroitement.
Malgré moi, ma gorge se noue. J'étais déjà quasiment adulte quand Valerion a utilisé la magie sur moi. Elle m'a entravée au sommet d'une tour. Ce n'était pas un comportement normal. Ça m'a fait mal. Là, à l'intérieur, ça m'a fait mal. Ça, ce n'est pas un comportement normal. J'analyse Sharp d'un regard neuf, l'estomac noué, prenant brutalement conscience de la proximité avec cette femme dont il m'a parlé : si elle m'a fait cela alors qu'elle et moi n'étions rien, que lui a-t-elle fait à lui ? Non, songé-alors, non, moi j'étais rien pour elle, c'est pour ça qu'elle s'est permise de me traiter ainsi. Si Sharp était important, elle ne lui aura rien fait. Je suis soulagée par cette pensée.
Je me secoue pour me dégager de ces pensées encombrantes, poisseuses, qui me tordent le coeur d'une étrange façon. Comme si j'avais subi, moi aussi, subi des comportements qui dépassent la raison de la part de professeurs. Mais ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ? À part ce moment avec Valerion, jamais je n'ai subi d'autres abus.
Je me racle la gorge et m'efforce de revenir à l'instant présent. Il y a des questions qui restent encore sans réponse et je compte bien y répondre. J'enchaîne donc comme s'il n'y avait eu aucune interruption.
« Certains mages noirs peuvent faire souffrir les gens, oui, mais c'est aussi le cas de n'importe quel sorcier et même des moldus. Tout dépend de l'intention derrière les actes. Je te le répète : ce n'est pas la magie qui les rend mauvais. »
Je n'ai pas envie d'aller plus loin, pas envie de parler d'intention magique, pas envie de parler de ça alors que moi je me sers de la colère comme d'une arme, comme d'une source d'énergie sans limite. Je préfère m'arrêter là et attendre devoir venir ses questions.
« Non mais tu t'entends, Sharp ? Selon toi il faudrait pouvoir prévenir le danger avant même qu'il n'arrive, c'est ça ? Là, tu parles d'un type que tu penses être un mage noir, mais pense un peu à tes petits camarades à l'école, là. Parmi tous les mages blancs qui t'entourent, qui sait lequel finira par faire du mal à quelqu'un, par s'en prendre à autrui ? Il y a autant de probabilité que ça arrive chez eux que chez un mage noir, alors comment on fait ? On peut pas toujours prévenir le danger. On ne va pas enfermer quelqu'un juste parce qu'il pourrait un jour, peut-être, faire du mal à quelqu'un. Tu n'écoutes pas quand je parle ! »
J'assène cette phrase un peu durement, les mâchoires bloquées et le regard tempête.
« Je t'ai dit qu'un mage noir n'était pas forcément mauvais, tu entends ? Ce n'est pas parce qu'il étudie cette magie — si tant est qu'il le fasse réellement ! — qu'il s'en prendra à quelqu'un, tu ne peux pas le condamner avant même qu'il n'agisse ! Tu laisses tes préjugés dicter ta raison, là. »
Je prends une longue inspiration par le nez pour retrouver mon calme. Sa persistance à croire que le concierge est mauvais juste parce qu'il pense que c'est un mage noir me met hors de moi. Pendant une seconde, j'ai eu envie de le secouer brutalement pour mieux faire rentrer les informations dans son tout petit crane étriqué. Mais je sais que ce n'est pas comme ça qu'on fait apprendre les choses et que je ne peux pas le condamner, lui. Pas alors qu'il se montre curieux. Buté, mais curieux. Je ne peux pas balayer ses questions d'un revers de main en arguant qu'il est trop idiot et buté pour comprendre mes questions, je n'en ai pas le droit, ce serait une insulte à moi-même. Alors je me redresse et mon regard se fait un peu moins brûlant quand je m'efforce de me concentrer sur ses autres questions.
« Si n'importe quel adulte s'en prend à toi, Sharp, tu devrais agir de la même manière, poursuis-je alors d'une voix rauque : tu en parleras à quelqu'un, n'importe qui, ta mère, tes potes, ta directrice de maison, qu'en sais-je ? Il faut en parler parce que ce ne sera pas bien. Ce n'est pas une question de magie noire ou non, tu comprends, ça ? » Merlin, non, il ne comprend pas ! « Quant à savoir comment on sait que c'est trop ? »
Un rire nerveux s'échappe de mes lèvres, discret mais bien présent. Je passe la main dans mes cheveux et secoue doucement la tête. Suis-je réellement censé expliquer à un enfant ce qui relève du bien et ce qui relève du mal ? Quel âge a-t-il, déjà ? Douze ans, treize ans ? Il devrait le savoir, non ? Justement, s'il pose la question c'est peut-être parce qu'il ne le sait pas suffisamment. J'éprouve alors une bouffée de colère envers sa famille, les professeurs de Poudlard, tous ceux que je juge coupable de ce manquement. Ce n'est pas à moi d'avoir cette conversation ! Et pourtant je suis là, dans le froid hivernal de Godric's Hollow, dans cette vieille baraque abandonnée, et il est en face de moi avec ses grands yeux curieux pleins d'attentes, de questions, d'exigences.
Je soupire profondément avant de gonfler mes poumons pour parler.
« Il y a plein de limites que les autres ne doivent pas dépasser avec toi, Sharp, dis-je à mi-voix, presque en marmonnant parce que je déteste ce rôle qu'il m'impose. Et ça vaut aussi pour les professeurs. Enfin, tu le sais, non ? » Je lui lance un regard plein d'espoir. « Je ne sais pas moi, s'il t'insulte, s'il te malmène physiquement, s'il utilise la magie sur toi hors du cadre scolaire, ce genre de choses. Ce genre de choses ne sont pas bien, » dis-je maladroitement.
Malgré moi, ma gorge se noue. J'étais déjà quasiment adulte quand Valerion a utilisé la magie sur moi. Elle m'a entravée au sommet d'une tour. Ce n'était pas un comportement normal. Ça m'a fait mal. Là, à l'intérieur, ça m'a fait mal. Ça, ce n'est pas un comportement normal. J'analyse Sharp d'un regard neuf, l'estomac noué, prenant brutalement conscience de la proximité avec cette femme dont il m'a parlé : si elle m'a fait cela alors qu'elle et moi n'étions rien, que lui a-t-elle fait à lui ? Non, songé-alors, non, moi j'étais rien pour elle, c'est pour ça qu'elle s'est permise de me traiter ainsi. Si Sharp était important, elle ne lui aura rien fait. Je suis soulagée par cette pensée.
Je me secoue pour me dégager de ces pensées encombrantes, poisseuses, qui me tordent le coeur d'une étrange façon. Comme si j'avais subi, moi aussi, subi des comportements qui dépassent la raison de la part de professeurs. Mais ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ? À part ce moment avec Valerion, jamais je n'ai subi d'autres abus.
Je me racle la gorge et m'efforce de revenir à l'instant présent. Il y a des questions qui restent encore sans réponse et je compte bien y répondre. J'enchaîne donc comme s'il n'y avait eu aucune interruption.
« Certains mages noirs peuvent faire souffrir les gens, oui, mais c'est aussi le cas de n'importe quel sorcier et même des moldus. Tout dépend de l'intention derrière les actes. Je te le répète : ce n'est pas la magie qui les rend mauvais. »
Je n'ai pas envie d'aller plus loin, pas envie de parler d'intention magique, pas envie de parler de ça alors que moi je me sers de la colère comme d'une arme, comme d'une source d'énergie sans limite. Je préfère m'arrêter là et attendre devoir venir ses questions.
Le contour des ténèbres
Aelle peut être — parfois, souvent, toujours — agaçante. Elle envoie des critiques à un interlocuteur qui, pourtant, s'efforce de comprendre mais n'a pas le même rythme d'apprentissage qu'elle. Je pars d'aucune information à une tonne d'informations parce qu'elle est la seule à me les donner. Alors il faudra m'excuser si faire le tri prend du temps, si raisonner à mon âge n'a pas la même force que son raisonnement à elle. Alors si, j'écoute quand tu parles, Bristyle, c'est juste que tu me sors des pavés que tu ne me laisses pas le temps de digérer ! Et en plus, on dirait que tu veux que je les digère dans ton sens ! Ou alors c'est moi qui veux que tu me donnes des pavés qui vont dans le mien ?
Je me frotte les yeux, comme pour me forcer à redevenir sérieux, à mieux écouter, mieux suivre, mieux comprendre. Plus vite et à son rythme.
D'accord. Mage noir ne veut pas forcément dire mauvais — même si un peu quand même — et si quelqu'un s'en prend à moi, magie noire ou pas magie blanche, je le rapporterai. Sauf que je sais que je ne le ferai pas, mais je retiens l'essentiel. Jusqu'à ce qu'elle parle de limites, de choses que même des professeurs pourraient faire et qui ne sont pas bien. J'ai l'impression que l'endroit en ruine s'écroule davantage. Mon instinct me pousse à la protéger. Non, rien de ce qu'elle m'a fait n'est bien, mais rien de ce qu'elle m'a fait n'est mal non plus. Et il y a un côté vers lequel je penche plus. Mes yeux plantés dans les siens, je fais mine d'écouter, de suivre, de comprendre, alors que tout ce que je cherche à faire est de maitriser ma peur. Celle que l'on lise dans mon esprit, celle qui verra ce qu'une Valerion faisait et qui semblait si... juste. Parce que oui, sa magie, elle m'a frappé plus d'une fois. Mais n'était-ce pas une manière juste d'apprendre ? Il n'y avait rien de mal. Alors que le concierge... Oui, il ne m'a jamais rien fait. Pas de magie contre moi.
Et soudain le poids des mots s'appuie sur mes épaules. Le poids de la réalité que je chasse aussitôt. Comprendre n'est pas pour aujourd'hui.
C'est l'intention qui compte. Je reste silencieux, un temps. Quelle était son intention à Valerion ? Toutes ces fois où sa magie frappait la mienne ? Réduisait la mienne ? Activait la mienne ? Est-ce que son intention était bonne ?
— D'accord, je réponds enfin d'une voix cassante. Je relève les yeux vers elle lorsque je me rends compte qu'ils étaient restés bloqués au sol, sur ces pierres brisées. L'intention, alors. Je lui répète, je me le répète. Quoi d'autre ?
Ma voix prend une tonalité plus basse. J'ai peur de ce que je vais entendre maintenant, parce que toute la description qu'elle me fait me pousse à qualifier Valerion de mage noire. Maintenant, j'écoute et j'entends. Silencieusement. Muet tant bien dans mon regard que dans ma voix.
Je me frotte les yeux, comme pour me forcer à redevenir sérieux, à mieux écouter, mieux suivre, mieux comprendre. Plus vite et à son rythme.
D'accord. Mage noir ne veut pas forcément dire mauvais — même si un peu quand même — et si quelqu'un s'en prend à moi, magie noire ou pas magie blanche, je le rapporterai. Sauf que je sais que je ne le ferai pas, mais je retiens l'essentiel. Jusqu'à ce qu'elle parle de limites, de choses que même des professeurs pourraient faire et qui ne sont pas bien. J'ai l'impression que l'endroit en ruine s'écroule davantage. Mon instinct me pousse à la protéger. Non, rien de ce qu'elle m'a fait n'est bien, mais rien de ce qu'elle m'a fait n'est mal non plus. Et il y a un côté vers lequel je penche plus. Mes yeux plantés dans les siens, je fais mine d'écouter, de suivre, de comprendre, alors que tout ce que je cherche à faire est de maitriser ma peur. Celle que l'on lise dans mon esprit, celle qui verra ce qu'une Valerion faisait et qui semblait si... juste. Parce que oui, sa magie, elle m'a frappé plus d'une fois. Mais n'était-ce pas une manière juste d'apprendre ? Il n'y avait rien de mal. Alors que le concierge... Oui, il ne m'a jamais rien fait. Pas de magie contre moi.
Et soudain le poids des mots s'appuie sur mes épaules. Le poids de la réalité que je chasse aussitôt. Comprendre n'est pas pour aujourd'hui.
C'est l'intention qui compte. Je reste silencieux, un temps. Quelle était son intention à Valerion ? Toutes ces fois où sa magie frappait la mienne ? Réduisait la mienne ? Activait la mienne ? Est-ce que son intention était bonne ?
— D'accord, je réponds enfin d'une voix cassante. Je relève les yeux vers elle lorsque je me rends compte qu'ils étaient restés bloqués au sol, sur ces pierres brisées. L'intention, alors. Je lui répète, je me le répète. Quoi d'autre ?
Ma voix prend une tonalité plus basse. J'ai peur de ce que je vais entendre maintenant, parce que toute la description qu'elle me fait me pousse à qualifier Valerion de mage noire. Maintenant, j'écoute et j'entends. Silencieusement. Muet tant bien dans mon regard que dans ma voix.
Fiche PR - 4e année RP
Le contour des ténèbres
Je noue mes mains l'une à l'autre en observant son visage sur lequel se reflètent les flammes bleuâtres qui dansent dans le bocal que j'ai posé à terre. Elles lui donnent un air cireux, accentué par la position de sa tête penchée et par ses yeux baissés. Ainsi, il ne peut pas voir que je l'observe, alors j'en profite outrageusement. Comme si le regarder pouvait m'aider à comprendre ce à quoi il pense. Ce qui traverse ton crâne d'enfant buté. Mais force est de constater que je suis toujours aussi incapable de lire les visages des gens. Je me contente donc d'une observation impatiente, acceptant son silence seulement parce que celui-ci signifie qu'il prend le temps de réfléchir à ce que je lui ai dit.
J'espère qu'il ne me forcera pas à lui expliquer plus en détail ce qui est bien ou mal. Cette conversation me met mal à l'aise et me fait ressentir des sentiments désagréables que je ne comprends pas. J'ai l'impression qu'un regard est posé sur moi et qu'il analyse la moindre de mes pensées. Un regard qui serait bleu couleur ciel d'hiver. Un bleu glacial qui pourfend l'âme. Un bleu comme je n'en ai jamais connu. N'est-ce pas ? Je remue sur mon siège de fortune. Sur ma nuque glisse une vague de frissons douloureux. Je les mets sur le compte du froid.
Sharp revient à la vie. J'attache aussitôt mes yeux qui s'étaient détournés sur son visage. Son « d'accord » est rassurant. Je me dis : ça y est, il a vraiment écouté. Il a vraiment compris, cette fois. Et j'espère qu'il ne parlera pas de nouveau de son concierge, parce que j'en ai assez de tourner en rond. Il ne parle pas de lui. Sa question me fait tiquer. Comment ça, quoi de plus ? Les intentions, c'est déjà bien, non ? À quoi fait référence sa question ? À ce qui est mauvais ? À ce qui rend mauvais un mage noir ? A-t-il vraiment compris ce que je lui ai dit ou se contente-t-il de me répéter bêtement les choses ? J'aurais plus tendance à croire qu'il répète bêtement car il ne m'a pas donné l'occasion de croire, ces derniers temps, qu'il n'était pas qu'un enfant buté. Mais j'ai encore le souvenir dans un coin de ma tête de l'enfant qu'il était — buté, certes, mais curieux. Alors j'essaie de me persuader qu'il a vraiment compris.
« Les actes, » dis-je simplement en haussant les épaules.
Ma voix résonne dans la vieille bâtisse mais presque aussitôt une bourrasque de vent s'immisce entre les poutres défoncées, soulève mes cheveux et siffle à nos oreilles. Je lève inutilement les yeux vers le plafond avant d'en revenir à Sharp.
« L'intention et les actes, répété-je d'une voix plus haute pour me faire entendre par-dessus le vent. C'est à ça qu'on reconnait les mauvaises personnes, c'est tout. »
J'espère qu'il ne me forcera pas à lui expliquer plus en détail ce qui est bien ou mal. Cette conversation me met mal à l'aise et me fait ressentir des sentiments désagréables que je ne comprends pas. J'ai l'impression qu'un regard est posé sur moi et qu'il analyse la moindre de mes pensées. Un regard qui serait bleu couleur ciel d'hiver. Un bleu glacial qui pourfend l'âme. Un bleu comme je n'en ai jamais connu. N'est-ce pas ? Je remue sur mon siège de fortune. Sur ma nuque glisse une vague de frissons douloureux. Je les mets sur le compte du froid.
Sharp revient à la vie. J'attache aussitôt mes yeux qui s'étaient détournés sur son visage. Son « d'accord » est rassurant. Je me dis : ça y est, il a vraiment écouté. Il a vraiment compris, cette fois. Et j'espère qu'il ne parlera pas de nouveau de son concierge, parce que j'en ai assez de tourner en rond. Il ne parle pas de lui. Sa question me fait tiquer. Comment ça, quoi de plus ? Les intentions, c'est déjà bien, non ? À quoi fait référence sa question ? À ce qui est mauvais ? À ce qui rend mauvais un mage noir ? A-t-il vraiment compris ce que je lui ai dit ou se contente-t-il de me répéter bêtement les choses ? J'aurais plus tendance à croire qu'il répète bêtement car il ne m'a pas donné l'occasion de croire, ces derniers temps, qu'il n'était pas qu'un enfant buté. Mais j'ai encore le souvenir dans un coin de ma tête de l'enfant qu'il était — buté, certes, mais curieux. Alors j'essaie de me persuader qu'il a vraiment compris.
« Les actes, » dis-je simplement en haussant les épaules.
Ma voix résonne dans la vieille bâtisse mais presque aussitôt une bourrasque de vent s'immisce entre les poutres défoncées, soulève mes cheveux et siffle à nos oreilles. Je lève inutilement les yeux vers le plafond avant d'en revenir à Sharp.
« L'intention et les actes, répété-je d'une voix plus haute pour me faire entendre par-dessus le vent. C'est à ça qu'on reconnait les mauvaises personnes, c'est tout. »