Ces braises que l'on étouffe
Même si je m’attendais à une réaction de ce genre, raison pour laquelle je voulais fuir et laisser Aelle derrière moi, ces mots me blessèrent terriblement. Les vrais fous n’ont pas conscience de leur folie. Ils se sentent parfaitement normaux et ne ressentent pas la douleur lancinante et solitaire de la différence. Moi, je savais pertinemment que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Et pourtant, je passais pour une véritable dingue aux yeux d’Aelle, qui ne se gênait pas pour me le faire comprendre. Tu demandes quel est mon souci ? Alors, par où commencer… J’ai perdu la mémoire, je ne sais pas qui je suis, je découvre (ou redécouvre) un monde magique qui me paraît totalement fou, je sens une présence dans mon corps et dans ma tête qui semble jouer le double-jeu de me protéger et me mettre dans la merde, je viens de perdre toute une partie de mon visage et je me retrouve paumée dans une forêt avec une fille à qui je croyais pouvoir faire confiance mais qui s’avère totalement odieuse. Mais quel est mon souci ? Quelle foutue bonne question !
Je regarde cette sorcière qui se tient face à moi, me barrant le passage, et j’hésite. À cet instant, je suis encore partagée entre plusieurs sentiments qui se percutent dans tout mon corps. D’abord, je trouve cette fille profondément débile. Comment peut-elle faire preuve de si peu d’empathie qu’après lui avoir partagé tout ce que je peux sans détour, en étant la plus claire possible malgré le peu d’informations dont je dispose moi-même, elle ne puisse toujours ne pas comprendre quel est « mon souci » ? Et puis, je me sens fichtrement triste. Il me semble qu'il serait si facile, pour un humain normalement constitué, de dire : « je ne sais pas ce qui t'arrive mais je comprends ce que tu ressens, ça va aller, les choses vont s'arranger ». Pour l'instant, je n'aurais besoin que de cela. Pourquoi ne puis-je pas l'entendre ? Et quand elle me demande qui je suis, c’est la frustration qui monte un peu plus, parce que je ne peux pas répondre à une question aussi simple et qu'elle est censée le savoir. Si elle m'avait écoutée, vraiment écoutée, elle le saurait. Ce qui domine et englobe tout cela, c’est une colère encore plus rugissante que quelques minutes auparavant. Un choix s’offre à moi : abandonner, la dépasser sans rien dire, car cette fille n’est pas en mesure de comprendre (et je doute qu’elle fasse vraiment les efforts nécessaires pour y parvenir). Ou bien, laisser éclater ma rage, lui mettre le nez dans son pipi, d’une certaine façon. Il me suffit d’une demi-seconde pour prendre une décision.
« Tu n’écoutes pas ce qu’on te dit et ensuite tu prétends ne pas comprendre ? Ouvre tes oreilles, Aelle, et ta tête aussi, ça finira peut-être par te monter au cerveau. Qui je suis ? Je n’en ai pas la moindre idée et je comptais sur toi pour me le dire. C’est quoi mon souci ? Eh bien, je ne sais pas qui je suis. Voilà ! La boucle est bouclée ! »
Je soupire longuement avant de reprendre :
« Tu veux des réponses mais tu ne te donnes même pas la peine de chercher. Tu crois que c’est en hurlant, en t’enfuyant dans la forêt et en maudissant des cailloux que tu trouveras des réponses ? Il existe probablement un million de différences entre toi et moi. J’en ajoute une à ce lot : moi, quand je veux vraiment savoir quelque chose, je prends la peine de chercher, je me mets en danger, je prends des risques. Tu crois qu’il m’a suffi de pousser une porte pour me retrouver dans ce bar, alors que j’ignorais tout de la magie il y a encore quelques mois ? J’ai trimé pour en arriver là, parce que je veux comprendre qui je suis. Quand je t’ai vue, j’ai pensé que j’avais enfin accompli quelque chose. Que je pourrais connaître mon vrai prénom, au moins. Eh bien, je me suis lourdement trompée, tant pis pour moi, j'irai voir ailleurs ! J'ai du mal à comprendre ta suffisance, ton attitude tellement supérieure et méprisante, alors que tu fuis et enrages à la première énigme qui se présente. Moi, j’ai le courage de chercher et la force de trouver, alors je finirai par résoudre ce puzzle. Et je sais que ça n’arrivera pas en te hurlant « je suis qui ? » à la face. »
Je voudrais trouver d’autres choses à dire, ne pas m’arrêter de parler. J’ai trop peur que mon silence invite ma voix intérieure à me troubler un peu plus.
« Si tu veux savoir qui je suis, il va falloir m'aider à le découvrir. Je doute que tu aies suffisamment de volonté, d'empathie et de courage pour ça. Retourne donc au confort solitaire de tes bouquins et laisse-moi remuer la boue pour trouver mes réponses. Avec ou sans toi, j'y arriverai. »
Je m’avance pour contourner Aelle et j’espère que ce sont là des adieux : je ne suis pas sûre de vouloir me coltiner une sorcière lâche et colérique sur le chemin de la vérité. À ma grande surprise, les pensées vocales qui s'amusent à me faire douter restent silencieuses. Je ressens même une once de fierté. Si je dois me faire arracher la deuxième joue, au moins serai-je restée digne.
Je regarde cette sorcière qui se tient face à moi, me barrant le passage, et j’hésite. À cet instant, je suis encore partagée entre plusieurs sentiments qui se percutent dans tout mon corps. D’abord, je trouve cette fille profondément débile. Comment peut-elle faire preuve de si peu d’empathie qu’après lui avoir partagé tout ce que je peux sans détour, en étant la plus claire possible malgré le peu d’informations dont je dispose moi-même, elle ne puisse toujours ne pas comprendre quel est « mon souci » ? Et puis, je me sens fichtrement triste. Il me semble qu'il serait si facile, pour un humain normalement constitué, de dire : « je ne sais pas ce qui t'arrive mais je comprends ce que tu ressens, ça va aller, les choses vont s'arranger ». Pour l'instant, je n'aurais besoin que de cela. Pourquoi ne puis-je pas l'entendre ? Et quand elle me demande qui je suis, c’est la frustration qui monte un peu plus, parce que je ne peux pas répondre à une question aussi simple et qu'elle est censée le savoir. Si elle m'avait écoutée, vraiment écoutée, elle le saurait. Ce qui domine et englobe tout cela, c’est une colère encore plus rugissante que quelques minutes auparavant. Un choix s’offre à moi : abandonner, la dépasser sans rien dire, car cette fille n’est pas en mesure de comprendre (et je doute qu’elle fasse vraiment les efforts nécessaires pour y parvenir). Ou bien, laisser éclater ma rage, lui mettre le nez dans son pipi, d’une certaine façon. Il me suffit d’une demi-seconde pour prendre une décision.
« Tu n’écoutes pas ce qu’on te dit et ensuite tu prétends ne pas comprendre ? Ouvre tes oreilles, Aelle, et ta tête aussi, ça finira peut-être par te monter au cerveau. Qui je suis ? Je n’en ai pas la moindre idée et je comptais sur toi pour me le dire. C’est quoi mon souci ? Eh bien, je ne sais pas qui je suis. Voilà ! La boucle est bouclée ! »
Je soupire longuement avant de reprendre :
« Tu veux des réponses mais tu ne te donnes même pas la peine de chercher. Tu crois que c’est en hurlant, en t’enfuyant dans la forêt et en maudissant des cailloux que tu trouveras des réponses ? Il existe probablement un million de différences entre toi et moi. J’en ajoute une à ce lot : moi, quand je veux vraiment savoir quelque chose, je prends la peine de chercher, je me mets en danger, je prends des risques. Tu crois qu’il m’a suffi de pousser une porte pour me retrouver dans ce bar, alors que j’ignorais tout de la magie il y a encore quelques mois ? J’ai trimé pour en arriver là, parce que je veux comprendre qui je suis. Quand je t’ai vue, j’ai pensé que j’avais enfin accompli quelque chose. Que je pourrais connaître mon vrai prénom, au moins. Eh bien, je me suis lourdement trompée, tant pis pour moi, j'irai voir ailleurs ! J'ai du mal à comprendre ta suffisance, ton attitude tellement supérieure et méprisante, alors que tu fuis et enrages à la première énigme qui se présente. Moi, j’ai le courage de chercher et la force de trouver, alors je finirai par résoudre ce puzzle. Et je sais que ça n’arrivera pas en te hurlant « je suis qui ? » à la face. »
Je voudrais trouver d’autres choses à dire, ne pas m’arrêter de parler. J’ai trop peur que mon silence invite ma voix intérieure à me troubler un peu plus.
« Si tu veux savoir qui je suis, il va falloir m'aider à le découvrir. Je doute que tu aies suffisamment de volonté, d'empathie et de courage pour ça. Retourne donc au confort solitaire de tes bouquins et laisse-moi remuer la boue pour trouver mes réponses. Avec ou sans toi, j'y arriverai. »
Je m’avance pour contourner Aelle et j’espère que ce sont là des adieux : je ne suis pas sûre de vouloir me coltiner une sorcière lâche et colérique sur le chemin de la vérité. À ma grande surprise, les pensées vocales qui s'amusent à me faire douter restent silencieuses. Je ressens même une once de fierté. Si je dois me faire arracher la deuxième joue, au moins serai-je restée digne.
Ces braises que l'on étouffe
Je pensais qu'elle allait répondre simplement, me donner son prénom et m'avouer que je ne sais qui lui avait demandé je ne sais quoi, la mettant sur mon chemin. J'étais naïvement persuadée que ça allait se passer comme cela, alors lorsqu'au lieu d'un simple nom ce sont des phrases colériques qui s'échappent de sa petite bouche de fille perdue, je me décompose. Au fur et à mesure qu'elle parle, mon corps se tend, mes musclent se crispent ; la colère me recouvre comme un costume fait sur mesure. Le sentiment monte, monte avec une familiarité agréable, effaçant la petite pensée honteuse qui murmure : « elle a raison, elle m'a déjà dit ne rien savoir ». Je connais la colère, je connais les poings qui se serrent, les mâchoires qui se crispent, le souffle qui s'accélère, le sang qui bouillonne. Je connais. Mais je ne m'attendais pas à ce que ce que cette chose accompagne la colère et prenne le pas sur elle, beaucoup plus discrète, mais pas moins puissante. D'abord qu'une impression. Une sensation, un malaise, une gêne. Elle parle comme si elle me connaissait. Elle parle comme si elle savait. Et me blesse comme si elle avait le pouvoir de me faire mal.
La douleur s'immisce par des failles invisibles et s'enfonce profondément à l'intérieur de mon corps. Tu fuis et enrage à la première énigme qui se présente. Lorsqu'elle prononce ces mots, mon souffle se bloque dans ma gorge et plus le moindre filet d'air ne veut descendre jusqu'à mes poumons. La suite de son discours s'éteint dans le brouillard de mon esprit ; j'entends sa voix, mais elle est brouillée par un bourdonnement qui prend de plus en plus de place. Je ne sais pas pourquoi tout à coup ma gorge se noue, ni pourquoi mes yeux se mettent à me brûler. Une colère gigantesque bout dans les creux de mon corps, mais c'est derrière mes yeux que l'injustice se terre.
Je m'y vois de nouveau, dans ces lieux que je ne connais pas. Je m'y vois comme si j'y étais, mon propre corps secoué par les sanglots, mes bras qui soulèvent un tabouret au-dessus de ma tête et qui le balancent contre le mur du bunker, ma bouche qui hurle un charabia incompréhensible, la certitude que j'ai atteint le point de non retour, celui où on ne peut pas haïr plus fort, on ne peut pas souffrir davantage, on ne peut pleurer plus de larmes. Je me vois encore les jours suivants, dans ce bunker que je ne connais pas, la solitude comme la lame d'un poignard entre mes cotes, l'impression que tout pourrait s'arrêter maintenant parce que je suis certaine que le monde entier a cessé de tourner autour de moi. La peine, la douleur, la haine. Je les vois, je les ressens, je sais qu'elles sont là, elles sont sincères. Je n'ai aucune idée de ce qui les crée mais elles sont là, je ne sais pas pourquoi je trouve les mots de cette fille si injustes, mais je suis persuadée qu'ils le sont. Parce que je m'y vois de nouveau, là-bas, sur cette île battue par les vents. Oui, je m'y vois des jours durant à chercher une trace de... À chercher quelque chose. Quoi ? J'ai cherché, j'ai cherché ! Je le sais ! Je le sais encore malgré les souvenirs oubliés ! J'ai cherché durant des mois, des années ! Énigme après énigme, j'ai cherché ! Je cherche encore aujourd'hui, quand je lutte contre les flashs incompréhensibles qui remontent, quand je me réveille suite à un cauchemar particulièrement éprouvant après m'être déchirée la gorge en hurlant dans mon sommeil, je cherche à chaque fois que je ressens ce vide à l'intérieur de moi, ce manque qui vient de je ne sais où, cette tristesse qui n'a pas de nom, qui n'a pas d'origine, qui n'a aucune explication, mais qui est bien là. Elle l'est, je le jure !
Le sentiment que je ressens est inexplicable, inexprimable. Il est là, il est motivé par quelque chose de réel, de sincère, et pourtant je suis incapable de mettre le doigt dessus. Je n'arrive pas, les mots sont coincés dans mon corps, dans ma gorge nouée, dans ma mémoire trouée. Je ne sais pas pourquoi j'ai mal, mais tout cela est tellement injuste que je pourrais... Je pourrais...
Elle s'éloigne de moi après m'avoir balancé au visage ces mots qui me font mal sans aucune raison. Je regarde son dos s'éloigner. Ses paroles ont creusé à l'intérieur de moi et se sont immiscées dans des failles jusqu'alors inexplorées. Je ne sais pas comment elle a réussi à m'atteindre. Mais elle l'a fait. Je prends conscience que je suis à bout de souffle, que ma vision du monde se réduit. Des points noirs parsèment mon champ de vision. J'inspire par à-coups, difficilement, pliée en deux. Et son corps qui s'éloigne, son dos qui me nargue.
Mes doigts se resserrent sur ma baguette magique. Je baisse les yeux sur elle, la vois à travers le filtre de mes larmes. Mon coeur tonne avec colère dans mes oreilles. Respirer, ne pas oublier de respirer. L'instant d'après ma baguette est brandie devant moi, sur ce dos qui s'éloigne. Bras tendu, baguette qui le termine. Mes lèvres sont déjà entrouvertes dans une grimace haineuse, mon corps connait le chemin, je visualise déjà sa colonne vertébrale s'effriter sous mon Reducto, ses jambes qui se brisent sous elle, son hurlement étouffé par la douleur qui explose, qui prend le contrôle.
Brusquement j'avale une goulée d'air, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés. Je tremble de la tête au pied et je n'ai pas la moindre idée, pas la moindre foutue idée de ce que je ressens et de ce qui me met dans cet état-là. Mais je sais que si je continue comme ça, je vais péter un câble. Je vais lui faire mal, vraiment mal. J'en crève d'envie. Sans même savoir pourquoi ses paroles m'ont fait réagir de la sorte. C'est ça, qui me force à agir. Je ne sais pas et ça me fait tellement peur.
Réprimant un sanglot, je ferme les yeux à m'en arracher les paupières et je transplane. Le craquement résonne dans la forêt mais j'ai déjà disparu. La magie me recrache à quelques centaines de mètres de là. Je tombe par terre, le visage dans la poussière. Les gardiens du portail font un geste pour s'approcher, mais je suis déjà debout quand ils arrivent avec leur mine soucieuse. Je déglutis péniblement pour ne pas rendre le contenu de mon estomac sur leur chaussure.
« Là-bas, dis-je d'une voix très rauque en désignant un chemin qui s'éloigne entre les arbres. Y'a une fille qui... Elle a besoin d'être amenée à la... L'hôpital. La Nouvelle Sainte... Il faut aller... » Je recule parce que l'un des gardiens veut poser une main sur mon épaule. Je trébuche sur le chemin caillouteux. « Une fille, par là-bas. Elle... Sainte-Mangouste..., » répété-je dans un murmure avant de disparaître une nouvelle fois.
Cette fois-ci, j'ai l'impression que la magie me digère et m'ingère avant de me vomir sur un sol très dur. Je me roule en boule dans la terre, un cri au bord des lèvres : une douleur comme une détonation explose dans ma jambe. Je sais sans même avoir besoin de regarder que je me suis faite désartibuler. C'est le cadet de mes soucis parce que lorsque je reconnais la silhouette silencieuse des grands pins autour de moi et que j'ai la preuve que je suis de retour sur notre Plateau, j'éclate en sanglots, plus seule que jamais.
La douleur s'immisce par des failles invisibles et s'enfonce profondément à l'intérieur de mon corps. Tu fuis et enrage à la première énigme qui se présente. Lorsqu'elle prononce ces mots, mon souffle se bloque dans ma gorge et plus le moindre filet d'air ne veut descendre jusqu'à mes poumons. La suite de son discours s'éteint dans le brouillard de mon esprit ; j'entends sa voix, mais elle est brouillée par un bourdonnement qui prend de plus en plus de place. Je ne sais pas pourquoi tout à coup ma gorge se noue, ni pourquoi mes yeux se mettent à me brûler. Une colère gigantesque bout dans les creux de mon corps, mais c'est derrière mes yeux que l'injustice se terre.
Je m'y vois de nouveau, dans ces lieux que je ne connais pas. Je m'y vois comme si j'y étais, mon propre corps secoué par les sanglots, mes bras qui soulèvent un tabouret au-dessus de ma tête et qui le balancent contre le mur du bunker, ma bouche qui hurle un charabia incompréhensible, la certitude que j'ai atteint le point de non retour, celui où on ne peut pas haïr plus fort, on ne peut pas souffrir davantage, on ne peut pleurer plus de larmes. Je me vois encore les jours suivants, dans ce bunker que je ne connais pas, la solitude comme la lame d'un poignard entre mes cotes, l'impression que tout pourrait s'arrêter maintenant parce que je suis certaine que le monde entier a cessé de tourner autour de moi. La peine, la douleur, la haine. Je les vois, je les ressens, je sais qu'elles sont là, elles sont sincères. Je n'ai aucune idée de ce qui les crée mais elles sont là, je ne sais pas pourquoi je trouve les mots de cette fille si injustes, mais je suis persuadée qu'ils le sont. Parce que je m'y vois de nouveau, là-bas, sur cette île battue par les vents. Oui, je m'y vois des jours durant à chercher une trace de... À chercher quelque chose. Quoi ? J'ai cherché, j'ai cherché ! Je le sais ! Je le sais encore malgré les souvenirs oubliés ! J'ai cherché durant des mois, des années ! Énigme après énigme, j'ai cherché ! Je cherche encore aujourd'hui, quand je lutte contre les flashs incompréhensibles qui remontent, quand je me réveille suite à un cauchemar particulièrement éprouvant après m'être déchirée la gorge en hurlant dans mon sommeil, je cherche à chaque fois que je ressens ce vide à l'intérieur de moi, ce manque qui vient de je ne sais où, cette tristesse qui n'a pas de nom, qui n'a pas d'origine, qui n'a aucune explication, mais qui est bien là. Elle l'est, je le jure !
Le sentiment que je ressens est inexplicable, inexprimable. Il est là, il est motivé par quelque chose de réel, de sincère, et pourtant je suis incapable de mettre le doigt dessus. Je n'arrive pas, les mots sont coincés dans mon corps, dans ma gorge nouée, dans ma mémoire trouée. Je ne sais pas pourquoi j'ai mal, mais tout cela est tellement injuste que je pourrais... Je pourrais...
Elle s'éloigne de moi après m'avoir balancé au visage ces mots qui me font mal sans aucune raison. Je regarde son dos s'éloigner. Ses paroles ont creusé à l'intérieur de moi et se sont immiscées dans des failles jusqu'alors inexplorées. Je ne sais pas comment elle a réussi à m'atteindre. Mais elle l'a fait. Je prends conscience que je suis à bout de souffle, que ma vision du monde se réduit. Des points noirs parsèment mon champ de vision. J'inspire par à-coups, difficilement, pliée en deux. Et son corps qui s'éloigne, son dos qui me nargue.
Mes doigts se resserrent sur ma baguette magique. Je baisse les yeux sur elle, la vois à travers le filtre de mes larmes. Mon coeur tonne avec colère dans mes oreilles. Respirer, ne pas oublier de respirer. L'instant d'après ma baguette est brandie devant moi, sur ce dos qui s'éloigne. Bras tendu, baguette qui le termine. Mes lèvres sont déjà entrouvertes dans une grimace haineuse, mon corps connait le chemin, je visualise déjà sa colonne vertébrale s'effriter sous mon Reducto, ses jambes qui se brisent sous elle, son hurlement étouffé par la douleur qui explose, qui prend le contrôle.
Brusquement j'avale une goulée d'air, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés. Je tremble de la tête au pied et je n'ai pas la moindre idée, pas la moindre foutue idée de ce que je ressens et de ce qui me met dans cet état-là. Mais je sais que si je continue comme ça, je vais péter un câble. Je vais lui faire mal, vraiment mal. J'en crève d'envie. Sans même savoir pourquoi ses paroles m'ont fait réagir de la sorte. C'est ça, qui me force à agir. Je ne sais pas et ça me fait tellement peur.
Réprimant un sanglot, je ferme les yeux à m'en arracher les paupières et je transplane. Le craquement résonne dans la forêt mais j'ai déjà disparu. La magie me recrache à quelques centaines de mètres de là. Je tombe par terre, le visage dans la poussière. Les gardiens du portail font un geste pour s'approcher, mais je suis déjà debout quand ils arrivent avec leur mine soucieuse. Je déglutis péniblement pour ne pas rendre le contenu de mon estomac sur leur chaussure.
« Là-bas, dis-je d'une voix très rauque en désignant un chemin qui s'éloigne entre les arbres. Y'a une fille qui... Elle a besoin d'être amenée à la... L'hôpital. La Nouvelle Sainte... Il faut aller... » Je recule parce que l'un des gardiens veut poser une main sur mon épaule. Je trébuche sur le chemin caillouteux. « Une fille, par là-bas. Elle... Sainte-Mangouste..., » répété-je dans un murmure avant de disparaître une nouvelle fois.
Cette fois-ci, j'ai l'impression que la magie me digère et m'ingère avant de me vomir sur un sol très dur. Je me roule en boule dans la terre, un cri au bord des lèvres : une douleur comme une détonation explose dans ma jambe. Je sais sans même avoir besoin de regarder que je me suis faite désartibuler. C'est le cadet de mes soucis parce que lorsque je reconnais la silhouette silencieuse des grands pins autour de moi et que j'ai la preuve que je suis de retour sur notre Plateau, j'éclate en sanglots, plus seule que jamais.
Ces braises que l'on étouffe
J’ignore tout de la guerre qui se joue dans mon dos. Tout ce que je peux constater, en continuant à avancer, c’est qu’Aelle ne répond pas. Elle ne cherche pas à me rattraper, me frapper, me cracher sa rage au visage en flots débridés de paroles haineuses. Alors, je suis satisfaite. Fière de moi. J’ai dit ce que j’avais à dire, je n’ai pas fait attention aux conséquences et je me sens étrangement confiante. J’imagine, un peu naïvement, que j’ai frappé suffisamment fort pour qu’elle se remette en question. Puis, je crois entendre un souffle saccadé, assez semblable à celui qui m’a fait sombrer dans la panique quelques minutes plus tôt, dans la rue des sorciers à la sortie de l’auberge. Je prends moi-même une profonde inspiration et je décide de l’ignorer. Ce doit être le vent dans les arbres. Je continue mon chemin ; toujours tout droit et j’arriverai à l’hôpital, c’est certain. Et puis, les souffles s’éteignent dans un craquement brusque. Sûrement une branche. Je tends l’oreille. Je n’entends plus qu’un léger bruissement. Je m’arrête un instant, incertaine. Je crois qu’elle… Je me retourne très lentement, faisant semblant de ne pas vouloir regarder. Elle a disparu.
Je reste figée, contemplant l’obscurité silencieuse de la forêt. Je me surprends à la chercher du regard, derrière un arbre, ou un autre. Mais les longs troncs sombres sont les seules silhouettes qui m’accompagnent. Je me sens étrangement désolée et je suis certaine que dans une autre vie, dans l’étrange rêve où nous nous connaissions, nos rencontres avaient tendance à mal se terminer. Peut-être était-ce pour cela que j’avais tant besoin de lui présenter mes excuses. Ce sentiment fugace s’évapore aussi vite qu’il m’est apparu. Je me retourne brusquement et je hausse les épaules avant de ramasser un bâton qui me semble assez solide. S’il y avait des bêtes sauvages dans cette forêt, je n’aurais plus de magicienne pour les éliminer, alors autant avancer armée d’une espèce de gourdin.
Je n’ai pas peur. Désormais, je ne peux compter que sur moi-même et c’est très bien comme ça. Tout est calme. Reposant. Je n’ai plus à me soucier d’elle. La voix dans ma tête n’a rien à redire. Elle ne me reproche rien. Je crois qu’elle est résignée : elle savait que cette fin était inéluctable. J’avance blessée, épuisée, mais en paix. Je ferai soigner ma joue et je continuerai à chercher qui je suis et qui j’ai été. En attendant, je serai celle qui s’interroge, qui n’arrête pas de fouiller, qui court après les réponses malgré les échecs, malgré les dangers et la douleur des sentiments. Je n’abandonnerai pas. Je serai tout ce qu’Aelle n’est pas. Juste pour lui prouver, le jour où nos chemins se recroiseront, qu’elle n’a aucune raison de me prendre de haut ; car je fais ce que je dis. Ce que je veux, je l’obtiens, peu importe le prix à payer. Si je voulais un château, je l’aurais ; si je voulais tout connaître de la magie, j’apprendrais tout ce qui est écrit et je chercherai à apprendre tout ce qu’on ignore encore ; si je voulais la vie éternelle, je n'aurais qu’à trouver le moyen d’y parvenir.
Je ne connais pas mon prénom, mais c’est ce que je suis. Celle qui enjambe les obstacles.
Je serre mon gourdin dans mon poing, fantasmant sur une baguette magique. Une fois soignée, il faudra que je m’en procure une. Cela m’aidera à poursuivre mon chemin dans le monde des sorciers. Peut-être me découvrirais-je de nouvelles capacités, la magie pourrait me revenir en mémoire lorsque je la pratiquerai, et même faire renaître d’autres souvenirs.
J’avance, déterminée, quand deux hommes viennent à ma rencontre. Je les vois pointer leurs doigts vers moi et dire : « ce doit être elle ! ». Je remonte mon gourdin face à moi, prête à frapper. Ces hommes n’ont pas l’air d’être des médecins, il leur manque un genre de blouse blanche pour uniforme. Mes poils se hérissent. Lorsqu’une femme seule et blessée croise deux hommes dans une forêt obscure, elle ne se sent pas spécialement en sécurité. En s’approchant, les hommes montrent leurs paumes en signe de paix et se présentent comme les gardiens de l’Académie.
« Quelle Académie ? Où est l’hôpital ? »
Ils m’informent du nom complet de l’Académie, l’AESM, Académie d’Enchantements, de Sortilèges et de Métamorphose. Je me promets de retenir cette information, cela pourrait être utile. Ensuite, ils me demandent mon nom. Méfiante, je leur donne mon prénom d’emprunt, Yshre. Ils échangent un regard, l’air de dire que ça ne ressemble pas à quelque chose qui existe, pas même un nom gallois, mais ne s’en formalisent pas davantage. Avec les sorciers, après tout, on ne sait jamais. Les gardiens ne peuvent pas me faire entrer dans l’Académie et ont été informés de mon état par une étudiante. Ils vont me faire transporter à l’hôpital des sorciers. Elle les a prévenus, alors. Et elle étudie dans cette Académie. Pourquoi m’a-t-elle amenée ici ? Avant cela, ils ont besoin de savoir ce qu’il s’est passé. Je pourrais leur dire qu’Aelle m’a mutilée. Ce serait une juste vengeance. Au lieu de ça, je déclare :
« On s’est fait attaquer par une énorme… "créature". Avec deux rangées de dents pointues et des griffes grosses comme des sabres. Elle a essayé de me soigner, mais franchement, c’est loin d’être sa spécialité. »
Les gardiens baissent les yeux sur mon gourdin, l’air interrogateur.
« J’ai perdu ma baguette dans l’affaire. »
Nouveau haussement d’épaules : si je ne restais pas là, ce ne serait pas leur responsabilité. Techniquement, rien ne les obligeait à mener l'enquête, du moment que personne de louche n'entrait dans l'Académie. Les médecins de "La Nouvelle Sainte Mangouste" seraient bien assez compétents pour me soigner. En revanche, il faudrait mettre la main sur cette étrange créature qui menaçait la sécurité des élèves…
Ah, ils risquaient de la chercher bien plus longtemps que je ne chercherai mes souvenirs.
@Aelle Bristyle à suivre
Merci encore pour ce RP !
Je reste figée, contemplant l’obscurité silencieuse de la forêt. Je me surprends à la chercher du regard, derrière un arbre, ou un autre. Mais les longs troncs sombres sont les seules silhouettes qui m’accompagnent. Je me sens étrangement désolée et je suis certaine que dans une autre vie, dans l’étrange rêve où nous nous connaissions, nos rencontres avaient tendance à mal se terminer. Peut-être était-ce pour cela que j’avais tant besoin de lui présenter mes excuses. Ce sentiment fugace s’évapore aussi vite qu’il m’est apparu. Je me retourne brusquement et je hausse les épaules avant de ramasser un bâton qui me semble assez solide. S’il y avait des bêtes sauvages dans cette forêt, je n’aurais plus de magicienne pour les éliminer, alors autant avancer armée d’une espèce de gourdin.
Je n’ai pas peur. Désormais, je ne peux compter que sur moi-même et c’est très bien comme ça. Tout est calme. Reposant. Je n’ai plus à me soucier d’elle. La voix dans ma tête n’a rien à redire. Elle ne me reproche rien. Je crois qu’elle est résignée : elle savait que cette fin était inéluctable. J’avance blessée, épuisée, mais en paix. Je ferai soigner ma joue et je continuerai à chercher qui je suis et qui j’ai été. En attendant, je serai celle qui s’interroge, qui n’arrête pas de fouiller, qui court après les réponses malgré les échecs, malgré les dangers et la douleur des sentiments. Je n’abandonnerai pas. Je serai tout ce qu’Aelle n’est pas. Juste pour lui prouver, le jour où nos chemins se recroiseront, qu’elle n’a aucune raison de me prendre de haut ; car je fais ce que je dis. Ce que je veux, je l’obtiens, peu importe le prix à payer. Si je voulais un château, je l’aurais ; si je voulais tout connaître de la magie, j’apprendrais tout ce qui est écrit et je chercherai à apprendre tout ce qu’on ignore encore ; si je voulais la vie éternelle, je n'aurais qu’à trouver le moyen d’y parvenir.
Je ne connais pas mon prénom, mais c’est ce que je suis. Celle qui enjambe les obstacles.
Je serre mon gourdin dans mon poing, fantasmant sur une baguette magique. Une fois soignée, il faudra que je m’en procure une. Cela m’aidera à poursuivre mon chemin dans le monde des sorciers. Peut-être me découvrirais-je de nouvelles capacités, la magie pourrait me revenir en mémoire lorsque je la pratiquerai, et même faire renaître d’autres souvenirs.
J’avance, déterminée, quand deux hommes viennent à ma rencontre. Je les vois pointer leurs doigts vers moi et dire : « ce doit être elle ! ». Je remonte mon gourdin face à moi, prête à frapper. Ces hommes n’ont pas l’air d’être des médecins, il leur manque un genre de blouse blanche pour uniforme. Mes poils se hérissent. Lorsqu’une femme seule et blessée croise deux hommes dans une forêt obscure, elle ne se sent pas spécialement en sécurité. En s’approchant, les hommes montrent leurs paumes en signe de paix et se présentent comme les gardiens de l’Académie.
« Quelle Académie ? Où est l’hôpital ? »
Ils m’informent du nom complet de l’Académie, l’AESM, Académie d’Enchantements, de Sortilèges et de Métamorphose. Je me promets de retenir cette information, cela pourrait être utile. Ensuite, ils me demandent mon nom. Méfiante, je leur donne mon prénom d’emprunt, Yshre. Ils échangent un regard, l’air de dire que ça ne ressemble pas à quelque chose qui existe, pas même un nom gallois, mais ne s’en formalisent pas davantage. Avec les sorciers, après tout, on ne sait jamais. Les gardiens ne peuvent pas me faire entrer dans l’Académie et ont été informés de mon état par une étudiante. Ils vont me faire transporter à l’hôpital des sorciers. Elle les a prévenus, alors. Et elle étudie dans cette Académie. Pourquoi m’a-t-elle amenée ici ? Avant cela, ils ont besoin de savoir ce qu’il s’est passé. Je pourrais leur dire qu’Aelle m’a mutilée. Ce serait une juste vengeance. Au lieu de ça, je déclare :
« On s’est fait attaquer par une énorme… "créature". Avec deux rangées de dents pointues et des griffes grosses comme des sabres. Elle a essayé de me soigner, mais franchement, c’est loin d’être sa spécialité. »
Les gardiens baissent les yeux sur mon gourdin, l’air interrogateur.
« J’ai perdu ma baguette dans l’affaire. »
Nouveau haussement d’épaules : si je ne restais pas là, ce ne serait pas leur responsabilité. Techniquement, rien ne les obligeait à mener l'enquête, du moment que personne de louche n'entrait dans l'Académie. Les médecins de "La Nouvelle Sainte Mangouste" seraient bien assez compétents pour me soigner. En revanche, il faudrait mettre la main sur cette étrange créature qui menaçait la sécurité des élèves…
Ah, ils risquaient de la chercher bien plus longtemps que je ne chercherai mes souvenirs.
- FIN -
@Aelle Bristyle à suivre