Exécration amicale
Cette réflexion, cette discussion, elle l'avait déjà eu avec Rafael ou avec Tamara, quand la question d'accepter ou non ce poste s'était posée. N'y avait-il pas du aussi une part de jalousie ? Avec le départ de Rafael pour "mieux" n'avait elle pas voulu elle-même se prouver qu'elle pouvait être plus qu'une simple enseignante ? Peut-être. Qu'importe dans le fond. Le résultat était le même et tout allait bien pour le moment, pourquoi regretter un chemin qui l'enchentait ? La réaction de son ancienne élève la surprit néanmoins et Sarah garda à nouveau le silence un court instant alors qu'elle tentait d'analyser les paroles de la jeune fille.
" Si ce qu'on fait nous plaît et que notre situation nous convient, est ce grave que d'autres aspects aient moins de place ? Le tout est de savoir mettre des limites pour ne pas perdre ce à quoi on tient et veiller à ne pas les franchir. Du moins, pas trop souvent. "
C'était une question intéressante dans le fond. Elle avait commencé fort à sa nomination et avait pris un peu de recul en fin d'année scolaire pour justement ne pas se perdre et le regretter.
" Ce n'est pas forcément évident mais, je crois qu'il est important d'essayer de le faire. J'ai missionné certains de mes proches pour m'ouvrir les yeux si je dépasse les bornes. Mais, la passion comme vous dites peut être servie aussi en étant sous-directrice. Je suis là aujourd'hui pour mon plus grand plaisir et j'ai pu rencontrer des sorciers passionnants et oeuvrer à plantation d'un arbre monde par exemple en mai dernier. Ce n'est pas rien et pour le coup, c'était vraiment passionnant, l'étude des sols, des flux,... Tant de domaines que nous maîtrisons mal ici. Je suis certaine que la cérémonie de Beltaine vous aurait intéressée. J'ai beau avoir vécu un peu en Australie, les démonstrations magiques des membres de Walmamba sont toujours... surprenantes... envoûtantes. "
Un petit sourire apparut sur son visage qui se fit songeur alors qu'elle replongeait dans la cour de métamorphose en ce premier mai. Tout était si... magique.
" Si ce qu'on fait nous plaît et que notre situation nous convient, est ce grave que d'autres aspects aient moins de place ? Le tout est de savoir mettre des limites pour ne pas perdre ce à quoi on tient et veiller à ne pas les franchir. Du moins, pas trop souvent. "
C'était une question intéressante dans le fond. Elle avait commencé fort à sa nomination et avait pris un peu de recul en fin d'année scolaire pour justement ne pas se perdre et le regretter.
" Ce n'est pas forcément évident mais, je crois qu'il est important d'essayer de le faire. J'ai missionné certains de mes proches pour m'ouvrir les yeux si je dépasse les bornes. Mais, la passion comme vous dites peut être servie aussi en étant sous-directrice. Je suis là aujourd'hui pour mon plus grand plaisir et j'ai pu rencontrer des sorciers passionnants et oeuvrer à plantation d'un arbre monde par exemple en mai dernier. Ce n'est pas rien et pour le coup, c'était vraiment passionnant, l'étude des sols, des flux,... Tant de domaines que nous maîtrisons mal ici. Je suis certaine que la cérémonie de Beltaine vous aurait intéressée. J'ai beau avoir vécu un peu en Australie, les démonstrations magiques des membres de Walmamba sont toujours... surprenantes... envoûtantes. "
Un petit sourire apparut sur son visage qui se fit songeur alors qu'elle replongeait dans la cour de métamorphose en ce premier mai. Tout était si... magique.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
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Exécration amicale
Non, ce n'est pas grave si votre passion pour la magie et la découverte prend moins de place, songé-je en mon fort intérieur. Pour vous, ce n'est pas grave. Et pour ce qui est de moi... Cela n'a guère d'importance. Je détourne le regard, encore une fois, et la laisse me raconter sa vision des choses. Même si j'ai envie de répliquer que je ne parle pas de cette passion-là, que je ne fais pas référence à la passion dans son sens global, mais évidemment à celle que nous partageons elle et moi, je n'en fais rien, je pince les lèvres et je garde le silence.
Mes yeux baissés ne se lèvent de nouveau que lorsqu'elle fait référence à des événements dont j'ai déjà entendu parler par plusieurs personnes différentes, mais aucune aussi bien informée que la sous-directrice de l'école de Poudlard. Si le moment avait été différent, j'aurais aimé la questionner sur l'arbre-monde, croiser les informations qu'elle m'aurait données avec celles que m'a confiées Delphillia, puis Brando. Cela m'aurait intéressé. Mais ce n'est pas le moment. Tout s'entrecroise dans ma tête et je me rends compte qu'une nouvelle fois, elle n'a pas apporté les réponses que je désirais. Si j'étais capable d'analyser un temps soit peu mes comportements, j'aurais compris que je ne peux pas avoir les réponses souhaités si je ne pose pas les bonnes questions ; mais je n'ai jamais su m'analyser, alors je me contente d'être frustrée et de croire que cette frustration est à l'origine de Sarah Priddy et non pas de moi.
« J'aurais voulu assister à ça, oui, » confirmé-je sur un ton très bas, du bout des lèvres, sans pouvoir croiser son regard. Je prends une inspiration pour me donner du courage. Dans mon esprit, je me vois me lever et insister pour qu'elle me donne les réponses que je veux. « Ça m'aurait rappelé l'année 44, quand Poudlard a été transformé en une île. Vous étiez pas encore là, vous, mais c'était incroyable. Une incroyable démonstration de magie. »
Je fronce les sourcils pour essayer de me rappeler ce qu'avait fait Walmamba. Tout cela est si vieux, comme si le souvenir était passé par le filtre de dizaine et dizaine d'années, alors qu'il ne s'est déroulé que cinq ans, depuis. Une éternité, me semble-t-il. J'ai beau avoir assisté à un événement historique dont on parle aujourd'hui dans les livres d'histoire, mes souvenirs à moi se mélangent, s'entrelacent. Reste surtout un puissant sentiment de peur et de puissance mélangés, d'exaltation et de terreur pure. Les événements de cette époque sont d'une noirceur effarante, dans mon esprit. J'étais alors si jeune.
« Walmamba... Sa d-directrice... » Je déglutis péniblement car j'ai toujours du mal à prononcer ce mot. « Robinson. Je ne me rappelle plus de son prénom. Elle jouait de la flute, vous savez... » Je mime le mouvement, réfléchis un instant, puis dis : « C'était une flute traversière. Et bien elle a joué et sa fabuleuse magie s'est enclenchée. C'était... Ahurissant de voir les eaux du lac gonfler pour... Pour s'engouffrer dans les tranchées crées par Issa Sidiki, » terminé-je dans un souffle, les épaules tombantes, la voix nouée par l'émotion.
Soudainement, je me souviens que le vieil homme est mort, que j'ai fait son deuil alors que j'étais à Uagadou et que je ne compte plus le nombre de personnes auxquelles j'aimerais encore parler mais qui ne sont plus là. Je fronce les sourcils très fort pour éloigner ces émotions douloureuses et me redresse subitement pour faire mine que rien de tout cela ne me perturbe.
« Je suis sûre aussi que ça vous aurez intéressée. »
Je ne dis rien à propos du reste, alors les mots et les pensées restent coincés dans ma tête et prennent beaucoup trop de place. Le reste, c'est mon appréhension et ma colère. Ma crainte de voir Priddy devenir une simple sous-directrice, inaccessible pour moi qui ne suis pas grand chose et qui ne partage avec elle que notre passion pour les grandes choses de la magie ; ma colère, parce que j'ai l'impression qu'il n'y a que moi qui accorde de l'intérêt à ce point commun et que j'en fais le reproche silencieux à Priddy. Pourtant, son attitude me confirme une chose que je sais depuis bien longtemps : je dois arrêter de croire que quoi que ce soit me rapproche de ces femmes que j'apprécie. Rien ne me rapproche d'elles, rien ne nous lie, je ne dois rien attendre, rien espérer. L'espoir n'entraîne que la déception et la tristesse. J'en sais quelque chose. J'ai trop espéré de Kristen. Voyez où j'en suis aujourd'hui. Pitoyable.
Au cas où, l'aventure de l'événement dont parle Aelle : Les treize royaumes (j'ai mis un TROP long moment à retrouver cette aventure ahah, je préfère me garder le lien quelque part).
Mes yeux baissés ne se lèvent de nouveau que lorsqu'elle fait référence à des événements dont j'ai déjà entendu parler par plusieurs personnes différentes, mais aucune aussi bien informée que la sous-directrice de l'école de Poudlard. Si le moment avait été différent, j'aurais aimé la questionner sur l'arbre-monde, croiser les informations qu'elle m'aurait données avec celles que m'a confiées Delphillia, puis Brando. Cela m'aurait intéressé. Mais ce n'est pas le moment. Tout s'entrecroise dans ma tête et je me rends compte qu'une nouvelle fois, elle n'a pas apporté les réponses que je désirais. Si j'étais capable d'analyser un temps soit peu mes comportements, j'aurais compris que je ne peux pas avoir les réponses souhaités si je ne pose pas les bonnes questions ; mais je n'ai jamais su m'analyser, alors je me contente d'être frustrée et de croire que cette frustration est à l'origine de Sarah Priddy et non pas de moi.
« J'aurais voulu assister à ça, oui, » confirmé-je sur un ton très bas, du bout des lèvres, sans pouvoir croiser son regard. Je prends une inspiration pour me donner du courage. Dans mon esprit, je me vois me lever et insister pour qu'elle me donne les réponses que je veux. « Ça m'aurait rappelé l'année 44, quand Poudlard a été transformé en une île. Vous étiez pas encore là, vous, mais c'était incroyable. Une incroyable démonstration de magie. »
Je fronce les sourcils pour essayer de me rappeler ce qu'avait fait Walmamba. Tout cela est si vieux, comme si le souvenir était passé par le filtre de dizaine et dizaine d'années, alors qu'il ne s'est déroulé que cinq ans, depuis. Une éternité, me semble-t-il. J'ai beau avoir assisté à un événement historique dont on parle aujourd'hui dans les livres d'histoire, mes souvenirs à moi se mélangent, s'entrelacent. Reste surtout un puissant sentiment de peur et de puissance mélangés, d'exaltation et de terreur pure. Les événements de cette époque sont d'une noirceur effarante, dans mon esprit. J'étais alors si jeune.
« Walmamba... Sa d-directrice... » Je déglutis péniblement car j'ai toujours du mal à prononcer ce mot. « Robinson. Je ne me rappelle plus de son prénom. Elle jouait de la flute, vous savez... » Je mime le mouvement, réfléchis un instant, puis dis : « C'était une flute traversière. Et bien elle a joué et sa fabuleuse magie s'est enclenchée. C'était... Ahurissant de voir les eaux du lac gonfler pour... Pour s'engouffrer dans les tranchées crées par Issa Sidiki, » terminé-je dans un souffle, les épaules tombantes, la voix nouée par l'émotion.
Soudainement, je me souviens que le vieil homme est mort, que j'ai fait son deuil alors que j'étais à Uagadou et que je ne compte plus le nombre de personnes auxquelles j'aimerais encore parler mais qui ne sont plus là. Je fronce les sourcils très fort pour éloigner ces émotions douloureuses et me redresse subitement pour faire mine que rien de tout cela ne me perturbe.
« Je suis sûre aussi que ça vous aurez intéressée. »
Je ne dis rien à propos du reste, alors les mots et les pensées restent coincés dans ma tête et prennent beaucoup trop de place. Le reste, c'est mon appréhension et ma colère. Ma crainte de voir Priddy devenir une simple sous-directrice, inaccessible pour moi qui ne suis pas grand chose et qui ne partage avec elle que notre passion pour les grandes choses de la magie ; ma colère, parce que j'ai l'impression qu'il n'y a que moi qui accorde de l'intérêt à ce point commun et que j'en fais le reproche silencieux à Priddy. Pourtant, son attitude me confirme une chose que je sais depuis bien longtemps : je dois arrêter de croire que quoi que ce soit me rapproche de ces femmes que j'apprécie. Rien ne me rapproche d'elles, rien ne nous lie, je ne dois rien attendre, rien espérer. L'espoir n'entraîne que la déception et la tristesse. J'en sais quelque chose. J'ai trop espéré de Kristen. Voyez où j'en suis aujourd'hui. Pitoyable.
Au cas où, l'aventure de l'événement dont parle Aelle : Les treize royaumes (j'ai mis un TROP long moment à retrouver cette aventure ahah, je préfère me garder le lien quelque part).
Exécration amicale
Perdue dans ses souvenirs, ranimant dans sa mémoire ce moment si heureux, cette fusion des voix sous le soleil de mai qui emplissait la cour parée de fanions à cette occasion d'un espoir si grand, Sarah ne perçut pas immédiatement le malaise de son interlocutrice. Ce n'est que quand cette dernière prit la parole que la Galloise entendit une fragilité assez surprenante dans la voix de l'anglaise. Elle posa un instant un regard inquiet sur son ancienne élève qui semblait bien moins grande qu'un peu plus tôt alors que le doute semblait la dévorer. Sarah ne fit cependant pas de commentaire, se contentant d'écouter les souvenirs de la plus jeune et d'imaginer mentalement ce que ces enfants avaient pu ressentir à cet instant.
" Ça devait être aussi fascinant que terrifiant. "
Ils avaient du agir vite, très vite, pour tenter de sauver leurs vies alors qu'ils n'étaient tous que des gamins. C'était folie d'imaginer qu'on puisse faire subi de telles choses à des enfants pour... pour quoi ? Le pouvoir probablement. Le savoir peut-être. Aujourd'hui, on découvrait les dégâts causés par cet acte magique si puissant, si soudain, si violent. Les déséquilibres et leurs conséquences. On avait paré au plus urgent et sacrifié les autres créatures pour sauver les sorciers. Elle n'aurait pas hésiter à faire de même à l'époque mais, avoir le luxe de regarder la situation avec du recul, donnait à réfléchir.
" Je pense qu'avoir assisté à tout ça... Ça doit être un souvenir puissant et inoubliable mais, je ne suis pas sûre qu'y prendre part ait été un moment aussi joyeux qu'on pourrait le penser. Vous avez du voir et vivre des choses terribles durant vos années à Poudlard je me trompe ? Ce n'était pas des années calmes pour les élèves. "
Est ce que c'était ce qui l'avait poussé à se forger une carapace ? Une façon bien à elle de se protéger de ce monde hostile qui l'entourait ? Peut-être...
" Ça devait être aussi fascinant que terrifiant. "
Ils avaient du agir vite, très vite, pour tenter de sauver leurs vies alors qu'ils n'étaient tous que des gamins. C'était folie d'imaginer qu'on puisse faire subi de telles choses à des enfants pour... pour quoi ? Le pouvoir probablement. Le savoir peut-être. Aujourd'hui, on découvrait les dégâts causés par cet acte magique si puissant, si soudain, si violent. Les déséquilibres et leurs conséquences. On avait paré au plus urgent et sacrifié les autres créatures pour sauver les sorciers. Elle n'aurait pas hésiter à faire de même à l'époque mais, avoir le luxe de regarder la situation avec du recul, donnait à réfléchir.
" Je pense qu'avoir assisté à tout ça... Ça doit être un souvenir puissant et inoubliable mais, je ne suis pas sûre qu'y prendre part ait été un moment aussi joyeux qu'on pourrait le penser. Vous avez du voir et vivre des choses terribles durant vos années à Poudlard je me trompe ? Ce n'était pas des années calmes pour les élèves. "
Est ce que c'était ce qui l'avait poussé à se forger une carapace ? Une façon bien à elle de se protéger de ce monde hostile qui l'entourait ? Peut-être...
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
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Exécration amicale
Je parviens à relever la tête pour lui jeter un regard trouble. Est-ce ainsi que je considère mes années à Poudlard ? Comme une période où j'ai vu défiler des "choses terribles" ? Je pensais qu'elle rebondirait sur le côté merveilleux de la magie, je n'avais pas imaginé qu'elle puisse me poser cette question-là, insister sur le fait que j'ai vécu, moi mais aussi tous les autres présents durant ces années, des choses difficiles. Le fait qu'elle en parle me force à me questionner, d'où le doute dans mon regard : ai-je réellement vécu des choses difficiles ? Je me souviens des moments de peur, la peur abyssale quand j'étais protégée par la magie ancestrale du château alors que le reste de ma famille était dehors, lorsque j'étais à l'abri quand Erza Nyakane était en fuite ; l'horreur dans la grande salle ce jour funeste ou Dai Hong Dao est morte ; l'angoisse sourde cette fois où j'ai traversé une arche magique pour me retrouver au Japon, venant en aide à Erza sans même le vouloir... Mais de ce dernier événement, personne n'est au courant. Il y a tant de moment que je pourrais citer, mais tout se mélange dans ma tête, aucun souvenir n'est réellement vivace. Mais, comme si mon corps se souvenait mieux que ma tête, mon estomac se noue à m'en faire mal.
Je fronce légèrement les sourcils. Ai-je réellement souffert ? La logique me dit que oui. C'est logique d'avoir souffert d'un coup d'état, de la perte de la stabilité de son pays, d'un changement brutal de gouvernement. C'est logique d'avoir souffert de la terreur qui a régné quelques mois lorsque le secret magique s'est effondré. Logique d'avoir été hantée par la mort quand quelqu'un a perdu la vie dans le réfectoire où je venais manger trois fois par jour, d'avoir eu des cauchemars suite aux attaques, aux guerres. Logique. Et pourtant j'ai beau fouiller mon esprit, savoir que la douleur est là, quelque part, je ne parviens pas à me la remémorer physiquement, ce qui me pousse à me questionner sur sa réelle existence. Comparé à ce que je subis aujourd'hui, mon passé ne me semble pas si douloureux et effrayant que ça. Que sont ces traumatismes de jeunesse alors qu'aujourd'hui je passe mes journées dans le miasme de mes pensées ? J'ai l'impression d'être vieille, alors que mon adolescence n'était qu'hier. Cela me semble si loin. Que sont mes douleurs d'hier, face à un aujourd'hui où le soleil ne semble plus vouloir se lever, où l'avenir m'effraie tant, où mon passé me hante avec une telle ardeur ?
Je hausse machinalement les épaules, comme seule peut le faire une enfant ignorante de son propre vécu — mais ça, je n'en ai pas conscience.
« Ça parait plus effrayant maintenant, quand on en parle alors que tout s'est arrangé, mais au final c'était pas si... » Je baisse les yeux sur mes mains qui jouent encore avec la pastille. « C'était juste des moments impressionnants, poursuis-je d'une voix faussement calme. Pas joyeux, c'est certain, mais voir cette magie à l’œuvre c'était vraiment une expérience incroyable. Sans tous ces événements, il y a des choses que je n'aurais jamais vues. »
Cela, je m'en rappelle. La magie, l'arbre qui a grandi, la terre qui s'est ouverte pour laisser ensuite passer l'eau, la foule rassemblée dans le parc, les puissants directeurs des écoles de magie ; je ne sais pas où elle se trouvait dans cette foule, à cette époque, je ne la cherchais pas du regard. Je me souviens de ça un peu mieux que du reste, que de la peur. C'est ainsi que je veux que soit Poudlard : une période magique d'apprentissage et de découverte ; le reste ne compte pas. N'est-ce pas ?
Et puis soudain, les yeux plongés dans le bleu hypnotisant de la pastille, je réalise que mes années à Poudlard n'ont jamais été et ne seront jamais des souvenirs heureux. Pour un bon millier de raisons. Je ne peux pas me mentir à ce propos. Mes épaules s'affaissent de nouveau.
« Non, articulé-je avec un sourire tordu en relevant les yeux sur Sarah Priddy, étonnée moi-même de lui faire cet aveu : ce n'était pas des années calmes. » Puis j'ajoute dans un filet de voix : « Mais tout me paraissait plus simple alors. »
Je fronce légèrement les sourcils. Ai-je réellement souffert ? La logique me dit que oui. C'est logique d'avoir souffert d'un coup d'état, de la perte de la stabilité de son pays, d'un changement brutal de gouvernement. C'est logique d'avoir souffert de la terreur qui a régné quelques mois lorsque le secret magique s'est effondré. Logique d'avoir été hantée par la mort quand quelqu'un a perdu la vie dans le réfectoire où je venais manger trois fois par jour, d'avoir eu des cauchemars suite aux attaques, aux guerres. Logique. Et pourtant j'ai beau fouiller mon esprit, savoir que la douleur est là, quelque part, je ne parviens pas à me la remémorer physiquement, ce qui me pousse à me questionner sur sa réelle existence. Comparé à ce que je subis aujourd'hui, mon passé ne me semble pas si douloureux et effrayant que ça. Que sont ces traumatismes de jeunesse alors qu'aujourd'hui je passe mes journées dans le miasme de mes pensées ? J'ai l'impression d'être vieille, alors que mon adolescence n'était qu'hier. Cela me semble si loin. Que sont mes douleurs d'hier, face à un aujourd'hui où le soleil ne semble plus vouloir se lever, où l'avenir m'effraie tant, où mon passé me hante avec une telle ardeur ?
Je hausse machinalement les épaules, comme seule peut le faire une enfant ignorante de son propre vécu — mais ça, je n'en ai pas conscience.
« Ça parait plus effrayant maintenant, quand on en parle alors que tout s'est arrangé, mais au final c'était pas si... » Je baisse les yeux sur mes mains qui jouent encore avec la pastille. « C'était juste des moments impressionnants, poursuis-je d'une voix faussement calme. Pas joyeux, c'est certain, mais voir cette magie à l’œuvre c'était vraiment une expérience incroyable. Sans tous ces événements, il y a des choses que je n'aurais jamais vues. »
Cela, je m'en rappelle. La magie, l'arbre qui a grandi, la terre qui s'est ouverte pour laisser ensuite passer l'eau, la foule rassemblée dans le parc, les puissants directeurs des écoles de magie ; je ne sais pas où elle se trouvait dans cette foule, à cette époque, je ne la cherchais pas du regard. Je me souviens de ça un peu mieux que du reste, que de la peur. C'est ainsi que je veux que soit Poudlard : une période magique d'apprentissage et de découverte ; le reste ne compte pas. N'est-ce pas ?
Et puis soudain, les yeux plongés dans le bleu hypnotisant de la pastille, je réalise que mes années à Poudlard n'ont jamais été et ne seront jamais des souvenirs heureux. Pour un bon millier de raisons. Je ne peux pas me mentir à ce propos. Mes épaules s'affaissent de nouveau.
« Non, articulé-je avec un sourire tordu en relevant les yeux sur Sarah Priddy, étonnée moi-même de lui faire cet aveu : ce n'était pas des années calmes. » Puis j'ajoute dans un filet de voix : « Mais tout me paraissait plus simple alors. »
Exécration amicale
Impressionnants. Voilà là façon dont la jeune fille avait vu les choses du haut de son adolescence. D'autres avaient sûrement été terrifiés même si, il fallait bien l'admettre, voir des magies puissantes à l'œuvre avait un côté rassurant quand les forces étaient du bon côté. " Je vois ce que vous voulez dire. lâcha t'elle aux premières explications avant de laisser apparaitre un petit sourire contrit sur son visage. Ah, pour ça aussi je pense que je vois. On a beau détester les limites qui nous bloquent à Poudlard ou au sein de nos familles, les barrières qu'on nous impose et nous agace, les voir disparaître n'est pas toujours une chose simple à gérer car s'impose alors le poids des décisions et plus personne n'est là pour nous regarder de travers ou éclater de rire devant nos bêtises. Être seule face aux différents chemins qui s'ouvrent et face à ses envies et ses doutes n'est pas forcément un moment agréable, même s'il donne parfois un sentiment de liberté infini. Mais, ce n'est jamais simple, ni à votre âge ni plus tard. Simplement, plus tard, on a peut-être appris à relativiser ou à nous connaître davantage. Je ne sais pas... C'est peut-être aussi une forme de résignation... On apprend à accepter les barrières invisibles là où on les pensait inexistantes. "
Sarah fit une pause, réfléchissant à son elle d'avant et à son elle d'aujourd'hui, aux choix et aux non choix qu'elle prenait chaque jour. Elle avait changé même si elle restait elle-même. Secouant la tête elle se mit soudain à rire de bon cœur.
" Cela dit, je vous inflige un discours de vieille sorcière nostalgique et aigrie, c'est effrayant. Ne vous sentez pas obligés de rester m'écouter tous les deux si je vous agace. Vous avez sûrement mieux à faire aujourd'hui. Un sourire apparut sur ses lèvres et son regard se posa sur les deux visiteurs. Mais je serai toujours ravie de vous voir en tout cas, sachez le. Pour en apprendre plus sur vos recherches, vos futures découvertes car je ne doute pas que vous en ferez, ou simplement pour prendre de vos nouvelles. "
Sarah fit une pause, réfléchissant à son elle d'avant et à son elle d'aujourd'hui, aux choix et aux non choix qu'elle prenait chaque jour. Elle avait changé même si elle restait elle-même. Secouant la tête elle se mit soudain à rire de bon cœur.
" Cela dit, je vous inflige un discours de vieille sorcière nostalgique et aigrie, c'est effrayant. Ne vous sentez pas obligés de rester m'écouter tous les deux si je vous agace. Vous avez sûrement mieux à faire aujourd'hui. Un sourire apparut sur ses lèvres et son regard se posa sur les deux visiteurs. Mais je serai toujours ravie de vous voir en tout cas, sachez le. Pour en apprendre plus sur vos recherches, vos futures découvertes car je ne doute pas que vous en ferez, ou simplement pour prendre de vos nouvelles. "
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
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Exécration amicale
Je frémis d'entendre Priddy parler de barrière et de limite ; cela fait longtemps que ce ne sont plus des mots neutres pour moi et je n'ai aucune envie, là pour le moment, de me rappeler à quoi ils sont liés. J'essaie de me concentrer sur ce qu'elle dit, étonnée qu'elle soit toujours si prompte à me donner de son temps pour me répondre sans être avare de mots ou de conseils. Mais quand elle parle des différents chemins qui s'offrent à nous à l'aube de l'âge adulte, je ne peux empêcher un rictus de se dessiner sur mon visage. Mon problème à moi, c'est justement que je n'ai plus de chemin qui s'offre à moi, aucune possibilité, aucune visibilité sur l'avenir ; aucune envie d'avenir, en fait. Mais ça, je ne le lui dirai pas, parce que j'ai encore envie qu'elle croit que je suis toujours celle que j'étais lorsque j'étais à Poudlard, que je brûle toujours d'ambition et que je n'ai pas perdu mes objectifs de vu.
Son rire remue quelque chose en moi. Lorsqu'il se met à résonner, j'ouvre de grands yeux et me redresse sur mon tabouret, plus droite que je ne l'ai été ces dernières minutes. Me tordant la nuque pour mieux la voir, j'analyse furieusement son visage qui me semble beau sous ce rire soudain — l'ai-je déjà vu rire ainsi ? peut-être, durant les cours — dans l'espoir de comprendre si elle se moque de moi ou si c'est seulement son discours qui la fait rire. Un puissant soulagement fait se relâcher mes épaules quand je comprends enfin qu'elle ne se moquait pas de moi, mais plutôt d'elle-même.
Le regard qu'elle pose sur moi après avoir ri de son discours de vieille sorcière nostalgie et aigrie agite un endroit de mon coeur que je pensais mort. C'est effrayant, le pouvoir d'un regard. C'est effarant, la force d'un « je serai toujours ravie de vous voir ». Et terrifiant de réaliser que, peut-être mais ce n'est pas encore tout à fait certain, ce n'est pas seulement mon avenir qui l'intéresse, ni même le contenu de mes recherches, mais bel et bien moi. Mais ça me parait si gros d'imaginer que cela puisse être vrai, qu'elle puisse réellement apprécier recevoir des nouvelles banales de moi, que je préfère croire que je suis en train de me fourvoyer.
« Vous savez, répliqué-je doucement pour m'éviter de penser, je m'y connais en discours de vieux nostalgique et aigri... Zikomo est beaucoup plus vieux que vous ne le serez jamais et il aime beaucoup parler du passé et me faire tout un tas de conseils qui passent souvent pour des discours de vieux Mngwi aigri.
— Je t'entends ! »
Zikomo sort le bout de son museau de ma cape pour mieux me mitrailler d'un regard que je sais plus amusé que réellement outré. Je l'ignore pour mieux regarder Sarah Priddy.
« Alors je peux vous assurer qu'à côté, vous n'avez rien de vieux ou d'aigrie.
— Elle a raison, s'amuse Zikomo après avoir gentiment mordillé mon oreille et m'avoir arraché un « aïe » exagéré. Mais n'arrêtez pas pour autant vos discours. Quelque chose me dit qu'ils ont un impact. »
Je n'aurais jamais pensé à trouver son discours moralisateur si elle n'avait rien dit. Quoi qu'il en soit, ce qu'elle a dit ne me plait pas énormément. Moi, je n'aime pas imaginer qu'un jour je puisse voir des barrières invisibles là où je n'en voyais pas avant. Je ne veux pas commencer à me mettre mes propres barrières, ni même à accepter celles que l'on voudrait vouloir me mettre. Penser à toutes ces choses ne fait que me rappeler à quel point je me sens vide ces derniers temps. Cela me force à me questionner sur mon avenir qui n'existe pas : serais-je aussi triste dans un an, deux ans... Ou pire, quand j'aurais l'âge de Priddy ? Je suis persuadée que oui, alors je préfère enfermer ces pensées quelque part et ne plus les regarder en face.
Son rire remue quelque chose en moi. Lorsqu'il se met à résonner, j'ouvre de grands yeux et me redresse sur mon tabouret, plus droite que je ne l'ai été ces dernières minutes. Me tordant la nuque pour mieux la voir, j'analyse furieusement son visage qui me semble beau sous ce rire soudain — l'ai-je déjà vu rire ainsi ? peut-être, durant les cours — dans l'espoir de comprendre si elle se moque de moi ou si c'est seulement son discours qui la fait rire. Un puissant soulagement fait se relâcher mes épaules quand je comprends enfin qu'elle ne se moquait pas de moi, mais plutôt d'elle-même.
Le regard qu'elle pose sur moi après avoir ri de son discours de vieille sorcière nostalgie et aigrie agite un endroit de mon coeur que je pensais mort. C'est effrayant, le pouvoir d'un regard. C'est effarant, la force d'un « je serai toujours ravie de vous voir ». Et terrifiant de réaliser que, peut-être mais ce n'est pas encore tout à fait certain, ce n'est pas seulement mon avenir qui l'intéresse, ni même le contenu de mes recherches, mais bel et bien moi. Mais ça me parait si gros d'imaginer que cela puisse être vrai, qu'elle puisse réellement apprécier recevoir des nouvelles banales de moi, que je préfère croire que je suis en train de me fourvoyer.
« Vous savez, répliqué-je doucement pour m'éviter de penser, je m'y connais en discours de vieux nostalgique et aigri... Zikomo est beaucoup plus vieux que vous ne le serez jamais et il aime beaucoup parler du passé et me faire tout un tas de conseils qui passent souvent pour des discours de vieux Mngwi aigri.
— Je t'entends ! »
Zikomo sort le bout de son museau de ma cape pour mieux me mitrailler d'un regard que je sais plus amusé que réellement outré. Je l'ignore pour mieux regarder Sarah Priddy.
« Alors je peux vous assurer qu'à côté, vous n'avez rien de vieux ou d'aigrie.
— Elle a raison, s'amuse Zikomo après avoir gentiment mordillé mon oreille et m'avoir arraché un « aïe » exagéré. Mais n'arrêtez pas pour autant vos discours. Quelque chose me dit qu'ils ont un impact. »
Je n'aurais jamais pensé à trouver son discours moralisateur si elle n'avait rien dit. Quoi qu'il en soit, ce qu'elle a dit ne me plait pas énormément. Moi, je n'aime pas imaginer qu'un jour je puisse voir des barrières invisibles là où je n'en voyais pas avant. Je ne veux pas commencer à me mettre mes propres barrières, ni même à accepter celles que l'on voudrait vouloir me mettre. Penser à toutes ces choses ne fait que me rappeler à quel point je me sens vide ces derniers temps. Cela me force à me questionner sur mon avenir qui n'existe pas : serais-je aussi triste dans un an, deux ans... Ou pire, quand j'aurais l'âge de Priddy ? Je suis persuadée que oui, alors je préfère enfermer ces pensées quelque part et ne plus les regarder en face.
Exécration amicale
Rassurée de voir que ses compagnons du jour n'étaient pas particulièrement fatigués de l'écouter, elle se remit à rire en entendant les deux amis se chamailler gentiment à coup de mots acérés et de petits crocs.
" Il est vrai que je ne connais pas votre histoire Zikomo. Je serais curieuse de l'entendre un de ces jours. Je crois que votre duo a toujours intrigué dans la salle commune de Poufsouffle, Aelle Bristyle et son mystérieux renard d'encre. Quand vous êtes vous trouvés tous les deux ? "
Si Sarah papotait avec plaisir, elle avait remarqué que, depuis quelques instants, un homme testait les différentes pastilles accrochées sur le stand en discutant avec son épouse. Sentant leur regard, Sarah dut se détourner à contre cœur et laisser l'ancienne Poufsouffle pour répondre aux questions qu'on lui posait, expliquant néanmoins avec plaisir aux visiteurs le fonctionnement des pastilles, leurs avantages et leurs limites, la raison initiale de leur création pour aider à l'apprentissage des langues... D'autres questions suivirent, parfois identiques, avec l'arrivée de nouveaux badauds et Sarah finit par glisser un regard vers l'arrière du stand.
" Je crois que la pause méridienne est terminée, je vais avoir du mal à discuter avec vous avant un bon moment. Gardez la pastille pour la tester si vous voulez et n'hésitez pas à repasser dans l'été, vous savez où me trouver ! "
Enfin, la jeune femme connaissait aussi son adresse à Pré-au-Lard dans le fond si vraiment elle avait voulu revoir sa vieille professeure, elle l'aurait sans doute déjà fait mais, il faisait bon se bercer d'illusions.
" Il est vrai que je ne connais pas votre histoire Zikomo. Je serais curieuse de l'entendre un de ces jours. Je crois que votre duo a toujours intrigué dans la salle commune de Poufsouffle, Aelle Bristyle et son mystérieux renard d'encre. Quand vous êtes vous trouvés tous les deux ? "
Si Sarah papotait avec plaisir, elle avait remarqué que, depuis quelques instants, un homme testait les différentes pastilles accrochées sur le stand en discutant avec son épouse. Sentant leur regard, Sarah dut se détourner à contre cœur et laisser l'ancienne Poufsouffle pour répondre aux questions qu'on lui posait, expliquant néanmoins avec plaisir aux visiteurs le fonctionnement des pastilles, leurs avantages et leurs limites, la raison initiale de leur création pour aider à l'apprentissage des langues... D'autres questions suivirent, parfois identiques, avec l'arrivée de nouveaux badauds et Sarah finit par glisser un regard vers l'arrière du stand.
" Je crois que la pause méridienne est terminée, je vais avoir du mal à discuter avec vous avant un bon moment. Gardez la pastille pour la tester si vous voulez et n'hésitez pas à repasser dans l'été, vous savez où me trouver ! "
Enfin, la jeune femme connaissait aussi son adresse à Pré-au-Lard dans le fond si vraiment elle avait voulu revoir sa vieille professeure, elle l'aurait sans doute déjà fait mais, il faisait bon se bercer d'illusions.
Je crois que c'est la fin de mon côté. Au plaisir de réécrire avec toi.
#343663 -------- absence du 24 au 28 juin
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
... ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page.
Exécration amicale
J'échange un bref regard avec Zikomo. Cela fait longtemps que nous nous sommes mis d'accord, lui et moi : sa vie ne doit pas être ébruitée au grand public, quand bien même ce grand public serait mon ancienne professeure de Sortilèges. La guerre est finie depuis quelques années à Uagadou, les cohortes ont retrouvé une certaine forme de paix et je ne pense pas que mon cher compagnon bleu attire autant les convoitises qu'à l'époque des Ramdami et de leur règne de terreur. Malgré tout... La prudence reste de mise. Jamais je n'irai crier sur les toits, qu'importe le toit, que Zikomo est la mémoire d'Uagadou. J'ai fait la promesse de garder son secret lorsque j'avais quatorze ans et je tiendrai cette promesse autant de temps qu'il le faudra.
La question de Priddy n'appelle pas une réponse aussi dangereuse que l'identité de Zikomo. Elle demande cependant d'évoquer certains sujets, voire certains noms, que ne devraient pas l'être. Je n'ai de toute manière pas tellement envie de parler de ce qui me lie à Erza Nyakane. C'est là aussi un secret, mais pas un secret dangereux, pas un secret imposé : c'est un secret que je me suis créé toute seule, car j'ai envie de protéger cette relation qui m'est chère des regards extérieurs.
Je sens mon cœur se creuser étrangement, d'évoquer dans mon esprit Erza ; je visualise son regard doux, son sourire amusé, la beauté de ses traits, sa façon de s'assoir près de moi sur la terrasse des dortoirs, à Uagadou ; sa proximité, ses paroles, sa voix. Tant de détails qui me hantent. Subitement, Erza me manque terriblement et j'aimerais être là-bas, à l'autre bout du monde, oublier tout ce qui pèse sur mon cœur, tout ce qui rend vivants mes cauchemars, pour être avec elle, dans son école qui ne pourra pas me rappeler Poudlard. Avec une directrice qui ne pourra jamais me rappeler ma directrice.
Puis je lève les yeux sur le visage Priddy sur lequel persiste les traces de son rire. À elle, je veux bien raconter des choses. Pourquoi elle ? Je ne sais pas. Peut-être parce que c'est elle, tout simplement. Et puis j'aime sa façon de dire "Quand vous êtes-vous trouvés tous les deux ?" Comme si elle savait que Zikomo et moi, c'était bien plus qu'une simple et banale rencontre.
« J'avais quatorze ans quand je l'ai... trouvé.
— Et moi je serais incapable de donner mon âge exact, s'amuse Zikomo.
— Menteur. » Mon regard noir s'adoucit quand le doré du Mngwi s'y enfonce. « À vrai dire, poursuis-je en relevant les yeux vers Priddy, il s'est imposé à moi, littéralement. Une amie commune a cru bon de me confier la... »
Mes mots meurent naturellement sur mes lèvres lorsque je suis la direction que prennent les yeux de la femme : là, derrière le comptoir, se trouve un client qui attend d'être reçu ou conseillé. Je coince ma lèvre entre mes dents, déçue car j'ai déjà deviné ce qui allait se passer. Et effectivement, le congé m'est donné. Naturellement (mais pas sans déception), je me lève et replace le tabouret là où il était avant mon arrivée d'un coup de baguette magique. Puisqu'elle m'en fait présent, je glisse la pastille dans ma poche en même temps que j'y cache ma main. Puis je me grime un sourire maladroit sur les lèvres, et glisse à la femme avant qu'elle ne soit totalement alpaguée par son client :
« Je vous remercie. Pour la discussion. »
Et d'avoir fait taire mon cœur le temps d'un instant.
« Et la pastille. Je repasser... »
Mes mots meurent : le client attend. Je recule, adresse un dernier salut à la femme. Avant de quitter son stand, je la cherche du regard une dernière fois, j'observe le sourire qu'elle adresse au client, puis je fais demi-tour et m'éloigne entre les stands, Zikomo camouflé dans les replis de ma cape.
Je ne m'engage jamais sans être certaine de pouvoir respecter mon engagement. Même si je n'ai pas terminé ma phrase, je repasserai sur son stand. Je viendrai la voir, j'attendrai ses sourires, ses questions, je resterai vague, je partirai rapidement. Je n'évoquerai pas ma rencontre avec Zikomo, considérant que ce n'est ni l'endroit, ni le lieu. Mais je me convaincrai que si elle est vraiment intéressée par le sujet, par ce sujet qui ne concerne en rien la magie, le savoir, les connaissances, qui n'est seulement qu'une anecdote de ma vie à moi, si elle est vraiment intéressée par ce moi alors elle cherchera à me revoir. Sans laisser le hasard décider quand ; sans attendre que je vienne lui rendre visite sur un stand, dans une foire bourrée de monde. Le fera-t-elle seulement ?
C'était vraiment un grand plaisir ! En espérant qu'elles se contactent réellement, un jour.
La question de Priddy n'appelle pas une réponse aussi dangereuse que l'identité de Zikomo. Elle demande cependant d'évoquer certains sujets, voire certains noms, que ne devraient pas l'être. Je n'ai de toute manière pas tellement envie de parler de ce qui me lie à Erza Nyakane. C'est là aussi un secret, mais pas un secret dangereux, pas un secret imposé : c'est un secret que je me suis créé toute seule, car j'ai envie de protéger cette relation qui m'est chère des regards extérieurs.
Je sens mon cœur se creuser étrangement, d'évoquer dans mon esprit Erza ; je visualise son regard doux, son sourire amusé, la beauté de ses traits, sa façon de s'assoir près de moi sur la terrasse des dortoirs, à Uagadou ; sa proximité, ses paroles, sa voix. Tant de détails qui me hantent. Subitement, Erza me manque terriblement et j'aimerais être là-bas, à l'autre bout du monde, oublier tout ce qui pèse sur mon cœur, tout ce qui rend vivants mes cauchemars, pour être avec elle, dans son école qui ne pourra pas me rappeler Poudlard. Avec une directrice qui ne pourra jamais me rappeler ma directrice.
Puis je lève les yeux sur le visage Priddy sur lequel persiste les traces de son rire. À elle, je veux bien raconter des choses. Pourquoi elle ? Je ne sais pas. Peut-être parce que c'est elle, tout simplement. Et puis j'aime sa façon de dire "Quand vous êtes-vous trouvés tous les deux ?" Comme si elle savait que Zikomo et moi, c'était bien plus qu'une simple et banale rencontre.
« J'avais quatorze ans quand je l'ai... trouvé.
— Et moi je serais incapable de donner mon âge exact, s'amuse Zikomo.
— Menteur. » Mon regard noir s'adoucit quand le doré du Mngwi s'y enfonce. « À vrai dire, poursuis-je en relevant les yeux vers Priddy, il s'est imposé à moi, littéralement. Une amie commune a cru bon de me confier la... »
Mes mots meurent naturellement sur mes lèvres lorsque je suis la direction que prennent les yeux de la femme : là, derrière le comptoir, se trouve un client qui attend d'être reçu ou conseillé. Je coince ma lèvre entre mes dents, déçue car j'ai déjà deviné ce qui allait se passer. Et effectivement, le congé m'est donné. Naturellement (mais pas sans déception), je me lève et replace le tabouret là où il était avant mon arrivée d'un coup de baguette magique. Puisqu'elle m'en fait présent, je glisse la pastille dans ma poche en même temps que j'y cache ma main. Puis je me grime un sourire maladroit sur les lèvres, et glisse à la femme avant qu'elle ne soit totalement alpaguée par son client :
« Je vous remercie. Pour la discussion. »
Et d'avoir fait taire mon cœur le temps d'un instant.
« Et la pastille. Je repasser... »
Mes mots meurent : le client attend. Je recule, adresse un dernier salut à la femme. Avant de quitter son stand, je la cherche du regard une dernière fois, j'observe le sourire qu'elle adresse au client, puis je fais demi-tour et m'éloigne entre les stands, Zikomo camouflé dans les replis de ma cape.
Je ne m'engage jamais sans être certaine de pouvoir respecter mon engagement. Même si je n'ai pas terminé ma phrase, je repasserai sur son stand. Je viendrai la voir, j'attendrai ses sourires, ses questions, je resterai vague, je partirai rapidement. Je n'évoquerai pas ma rencontre avec Zikomo, considérant que ce n'est ni l'endroit, ni le lieu. Mais je me convaincrai que si elle est vraiment intéressée par le sujet, par ce sujet qui ne concerne en rien la magie, le savoir, les connaissances, qui n'est seulement qu'une anecdote de ma vie à moi, si elle est vraiment intéressée par ce moi alors elle cherchera à me revoir. Sans laisser le hasard décider quand ; sans attendre que je vienne lui rendre visite sur un stand, dans une foire bourrée de monde. Le fera-t-elle seulement ?
— Fin —
C'était vraiment un grand plaisir ! En espérant qu'elles se contactent réellement, un jour.