26 févr. 2025, 15:31
Mascarade PV
Légèrement penchée vers l'arrière pour mieux l'observer, c'est un long et intense regard que je fais peser sur lui dans l'espoir de parvenir à une compréhension. Malheureusement, rien ne vient et le silence s'étire tandis que je détaille le jeune homme qui vient de m'offrir un comportement que je n'ai pas compris et qui ne correspond pas à ce que j'ai cru saisir de lui les précédentes minutes. S'il ne me croyait pas en train de le condamner, pourquoi a-t-il dit ce qu'il a dit plus tôt ? Et s'il a tout à fait conscience que nous avons seulement des points de vue divergents sans pour autant juger l'autre, pourquoi toujours m'offrir son avis contraire comme s'il essayait de s'en défendre ?

Dans un ultime clignement de paupière, je prends la décision que la fatigue m'étire trop bien les pensées pour que je prenne la peine de décortiquer ainsi les comportements d'un garçon qui n'est, après tout, qu'un voisin de chaise d'une longue soirée fatigante et rien de plus. Je hausse vaguement les épaules.

« Et bien, tant mieux, dis-je en réponse à sa dernière phrase, en me réinstallant plus confortablement sur ma chaise, non sans m'avachir un peu plus au passage. J'ai toujours trouvé insupportables les gens incapables de tenir un débat et se sentant visés à chaque opinion contraire que je soutiens. »

Je prononce cette phrase tout en étant consciente de ne pas avoir entièrement cru à son affirmation. De fait, je pense encore qu'il a cru que je lui faisais des reproches et ce que je viens de dire s'adresse peut-être un peu à lui, à l'image de lui que j'ai, c'est à dire un sorcier qui croit que je lui fais des reproches parce que j'ai un opinion contraire au sien. Mais cela dit, je lui laisse le bénéfice du doute, on ne sait jamais.

J'avale la dernière gorgée qui restait au fond de mon verre. Avec un sursaut de motivation soudain, j'engloutis un petit-four de plus et, brandissant ma baguette magique tout en gardant un œil sur les quelques autres gourmandises qui flottent à côté de mon visage, je fais léviter mon verre vide jusqu'à la table la plus proche. Tout à l'heure, j'en prendrai un autre. Pour le moment, j'ai une conscience suffisamment accrue de la fatigue qui fait un étau autour de mon crâne et de ma voix qui devient de plus en plus difficile à contrôler.

26 févr. 2025, 16:57
Mascarade PV
Quand les mots s’effacent, l’encre reste, et il s’acharne de repousser aux confins de son esprit les remembrances prêtes à affleurer de celle qui a bousillé son cœur en se concentrant sur la voix de la louve. Son regard s’arrête un instant sur la surface miroitante du liquide qu’il est loin d’avoir terminé, et où le papillon l’observe. Elle a l’air de parler d’expérience. Le passif de Hjúki dans la science des échanges est particulièrement maigre, elle doit mieux savoir que lui comment les gens se comportent face à l’altérité. En plus de vivre très peu entouré, tous les sorciers n’expriment pas des avis discutables, il n’a pas débattu à foison.

« J’imagine que vous ne tenez pas rarement des opinions contraires ? »

C’est, de quelque manière, plus confortable, pour le jeune mage de l’entendre tracer des contours si différents des siens. Bien sûr, en démontrant un rapport aux limites qu’il n’a encore jamais constaté en personne, elle éveille quelque curiosité. Tant que ce contraste ne le charme ni le séduit, il n’a pas grand-chose à craindre, il peut rester maître de soi. C’est presque étonnant qu’elle conclue que c’est la confrontation à l’opposition qui heurterait les gens. Il n’en a pas vécu en nombre, mais l’inverse lui paraît autrement plus marquant.

« C’est la confrontation avec le reflet le plus cru de soi qui devrait déstabiliser, pas la découverte de l’altérité. »

27 févr. 2025, 10:24
Mascarade PV
« J'ai des opinons contraires quand l'occasion se présente, affirmé-je d'une voix un peu cassante en haussant les épaules. J'suis pas du genre à faire exprès de m'opposer aux autres, tout comme je suis pas de ceux qui font comme s'ils étaient toujours d'accord. J'ai mes opinons, peu importe qui j'ai en face de moi. »

Je secoue doucement la tête, les sourcils légèrement froncés. Sur la piste de danse, la chanson se termine. Je crains que mes deux compagnons n'essaient de me retrouver, mais je les vois qui s'éloignent vers le coin opposé à celui où je me trouve, peut-être dans l'idée d'aller se déshydrate. Bientôt, je les perds dans la foule qui se disperse et j'en reviens à mon interlocuteur d'un soir.

« Pourquoi est-ce que quelque chose qui nous ressemble devrait nous déstabiliser ? » questionné-je d'une voix anormalement traînante.

Je dois me forcer pour rester concentrée sur lui. J'ai l'impression que mes pensées veulent s'échapper par mes yeux pour foutre le camp je ne sais où.

« Bon cela dit, poursuis-je, assez peu consciente que c'est l'alcool qui me rend bavarde et non pas une envie soudaine ou un quelconque besoin de partager mon avis avec un inconnu, ça peut déstabiliser de voir qu'il en existe d'autres comme nous. »

Moi, cela me déstabiliserais ; la plupart du temps, je déplore qu'il en existe si peu comme moi.

« Mais pour la plupart des gens, c'est plus réjouissant que déstabilisant et ils sont plus dégenrés... Euh, dérangés par c'qui s'oppose à eux que par c'qui leur ressemble. »

27 févr. 2025, 16:01
Mascarade PV
Sa réponse créé deux profils, qu’elle doit définir d’après des personnes qu’elle a vues se comporter ainsi. Pour la seconde option, sans exprimer son assentiment, il est déjà arrivé Hjúki de renoncer à un commentaire ou une réaction pour gagner du temps, et éviter la montée de tension. Il n’a pas le goût des frictions, et parfois éviter la véhémence et laisser couler est effectivement plus simple, surtout si l’interlocuteur ne lui importe pas plus que cela. C’est n’est qu’auprès des proches que cela vaut la peine de ne rien dissimuler et d’aller jusqu’au bout des dissensions, car autrement elles veilleraient sans disparaître. Il réfléchit à sa question, qui implique que l’idée d’être saisie face son reflet ne lui parle pas. Cela lui évoque le miroir du conte d’Andersen. La Reine des Neiges est sans doute l’un de ses récits les plus riches et fouillis à la fois, avec ses fleurs diseuses d’histoire et ses pirates. Mais surtout, le miroir dont la propriété serait d’effacer toute beauté et d’exacerber tout ce qui était mauvais. Selon la légende, il se serait brisé et quelques morceaux aussi volatils que des grains de sable se seraient fichés dans l’œil d’humains se mettant à voir les choses sous leur jour le plus horrible.

« Ça dépend de ce que les gens acceptent de voir. Si c’est un miroir de vertu, ça peut les flatter ; mais si leurs défauts ou leurs vices en deviennent saillants une fois vus de face, ça a quoi de déranger… Bien sûr, certains préféreront détester, voire mépriser ce reflet, plutôt que de s’y reconnaître. »

28 févr. 2025, 11:09
Mascarade PV
« Bien sûr, soufflé-je à mi-voix, qui donc voudrait r'connaître que c'qu'il déteste si fort est en fait ce qu'il est au fond de lui ? »

Ces paroles sont un drôle d'écho. Soudainement, alors que les premières notes de la prochaine danse commencent à résonner sous la bulle magique, un froid étrange se déploie à l'intérieur de moi. C'est le mot détester qui l'a créé et qui m'a brutalement rappelé que la haine était un sentiment que je connaissais et que les reflets désagréables m'étaient également familiers. Je le sais comme on sait parfois les choses sans réellement les savoirs, comme ces pensées qui se pointent à l'orée de notre esprit, que l'on voit parfaitement bien mais que l'on choisit d'ignorer. Le trou dans mon cœur se rouvre doucement. Je me redresse, me plaquant de nouveau contre le dossier de ma chaise inconfortable — cigarette, violence ou alcool ? Qu'est-ce qui colmaterait le mieux ce trou-là ?

« Question rhétorique, lancé-je d'une voix un peu brusque à mon camarade d'un soir, de peur qu'il se mette à répondre à cette question de façon sincère, comme il semble être capable de le faire si j'en crois notre échange jusqu'ici. Pourquoi avoir fait l'choix d'un papillon ? »

Je désigne du menton le masque qui lui ceint le visage. Je me raccroche à ma voix pâteuse pour calmer mon cœur récalcitrant. Les notes s'élèvent dans la pièce, les corps se remettent à danser. Je me concentre sur les tournoiements et essaie de me rappeler le calme étrange que j'ai ressenti dans les bras d'Aliosus Nerrah, quand il décidait d'où j'allais et quel pas serait le prochain.

28 févr. 2025, 13:14
Mascarade PV
En quelques mots, elle trahit une compréhension plus fine qu’il ne l’aurait présagé. On aimerait bien se persuader que ce que l’on déteste de tout cœur correspond à ce qui ne nous ressemble en rien alors que cela transcrit parfois d’un voix trop forte un susurrement familier. Hjúki est soulagé que, par sa formulation, elle n’invite pas à l’intrusion. S’il avait été interrogé, il n’aurait de toute façon pas partagé plus intimement son expérience des reflets, et ce n’est pas la direction choisie par la louve. Quand elle dévie sur le masque, le jeune adulte prend quelques secondes à comprendre l’enchaînement. Spontanément, il a associé l’incision de la question rhétorique à une mise en garde sur celle posée à la suite, mais le temps de bloquer sur l’étrangeté de prévenir qu’aucune réponse n’est attendue, il finit par faire le lien avec le ‘qui donc’, qu’elle ne veut pas l’entendre essayer de nommer. Sorti de cet imbroglio mental, il en conclut qu’elle l’appelle peut-être réellement à dévoiler les raisons de son choix. À croire que la sobriété ne garantit pas toujours son acuité.

« Le papillon renaît par la métamorphose, bien que sa seconde vie puisse être bien plus… éphémère que celle du phœnix. Ses ailes peuvent s’orner de motifs variés : diaprés, mordorés, irisés, chatoyants, scintillants, uniques. Il est vrai qu’il ne figure pas un cycle infini, votre idée de louve s’en approche peut-être un peu plus. »

28 févr. 2025, 14:18
Mascarade PV
Il tombe dans le panneau, songé-je en portant mon regard aussi loin que possible au milieu des danseurs. Ou peut-être fait-il semblant, mais dans tous les cas j'ai exactement ce que je désire : la conversation dévie, et mes pensées suivent tant bien que mal le mouvement. Cela me convient pour le moment. Cela fait longtemps que je n'ai plus la prétention d'espérer pouvoir correctement tordre le cou à mes désagréables songeries ; depuis l'été dernier, en fait.

Sans le regarder, j'écoute. Son explication me parait bancale, mais puisque je ne m'attendais pas à trouver une réelle raison à son choix, pensant plutôt qu'il allait me dire que le papillon représentait quelque chose de spécial pour lui ou quelque chose dans ce goût-là, je ne songe pas à porter un quelconque jugement. La métamorphose, donc. Et les motifs sur ses ailes. Pourquoi pas.

« J'vois. Pas évident d'faire le rapport. »

Je ne m'étonne pas qu'il fasse référence au masque que je me suis moi-même choisi, même si je n'ai pas eu l'esprit suffisamment clair pour le voir venir, ce qui me semble naïf maintenant qu'il en a parlé. Je trouve amusant qu'il parle de louve plutôt que d'un loup. Ce qu'il ne sait pas, c'est que même si j'avais été homme, le masque porté aurait été celui d'une louve.

« Mon choix n'a rien à voir avec un cycle infini quelconque, » commenté-je sans voir le rapport entre un loup et l'infini — en même temps je n'y connais rien à la signification des animaux et je ne me suis jamais risquée et n'aurais jamais envie de me risquer à chercher celle du loup.

En même temps que je prononce ces mots, je me fais la réflexion que ce n'est pas si vrai que cela. Certes, mon choix n'a rien à voir avec ça puisqu'il a été dicté par une étouffante nostalgie, mais celle qui m'a inspirée ce masque-là a quelque chose d'infini. Dans ma mémoire, dans ma vie. Ne m'en débarrasserais-je donc jamais ? Et les carnets de sa jeunesse que j'ai parcourus démontrent une telle obsession de la mort que je ne doute pas que pour Kristen Loewy l'infini ait eu un goût particulier.

« C'n'est qu'un masque de louve, » conclus-je dans un haussement d'épaules, mon regard repartant en quête des danseurs.

28 févr. 2025, 15:24
Mascarade PV
Portant la renaissance dans son nom, le papillon doit être quelque part son emblème, l’image l’incarnant, au même titre qu’il soupçonne Phœbe de ne pas s’être parée de plumes de cygne uniquement en hommage à la transformation du canard d’Andersen, mais parce cette créature fait partie d’elle. Il est quasi sûr que s’il avait voulu venir, Anaël aurait porté les traits d’un serpent, surtout que 2049 coïncide précisément avec l’année du reptile dans le calendrier chinois en cycles de douze ans définis par les révolutions de l’astre argenté – il se souvient encore avoir rencontré son cousin à l’occasion d’une fête de la Lune, il y a de cela quelques automnes. Se dire relié au thème de la soirée par la chrysalide n’est qu’un prétexte, il est plus simple de présenter ce lien que de confesser qu’il est papillon, quoiqu’elle aurait compris par là. Le papillon n’est pas uniquement rassurant sous la forme du nuage de battements qu’il est rarement parvenu à extirper de son être, la possibilité du renouveau qu’il porte et lui affirme lui est vitale. Influencé dans son interprétation par la connexion naturelle faite entre les cycles et la lycanthropie, la contradiction apportée par la sorcière l’étonne légèrement, sans le troubler.

« Il m’évoquait la résurgence inéluctable et mensuelle de la forme lupine d’une louve-garou. À tort donc. » En ne développant, il suppose que la louve est sans doute une partie d’elle à sa façon, d’une façon qu’elle tait autant que Hjúki se ne se raconte pas Papillon.

28 févr. 2025, 15:47
Mascarade PV
Loup-garou. Y aurais-je songé si j'avais eu les idées plus claires ? Je n'en suis pas certaine. Le loup auquel je relis mon masque n'a absolument rien à voir avec les loups-garous. Ce n'est qu'un simple loup (une louve puisque sa créatrice est... était... ? est une femme) qui n'a jamais eu et n'aura jamais l'ambition d'avoir une forme humaine.

À me souvenir de son Patronus, je ne peux que me rappeler de la figurine qui a été le début d'une descente en enfer dont je suis encore en train de subir les conséquences, un an et demi plus tard. Je l'ai cachée sur le plateau, dans le coffre qui contient des trésors inestimables. La figure qu'elle m'a laissée est-elle un trésor ? Un mélange de loup et de vouivre, une preuve irréfutable qu'Elle a été, un jour. Qu'elle a existé, et pas seulement dans les esprits de plusieurs générations de collégiens qui l'ont connue en temps que directrice.

Je pousse un soupir profond, écrasée de tristesse, comme à chaque fois que je pense à elle. Maintenant, mes pensées ne sont plus légères et filantes comme des nuages, mais elles sont si lourdes qu'elles m'entraînent vers des abysses insoupçonnées. Merlin, je déteste ça.

« À tort, ouais, acquiescé-je en me renfrognant et en regrettant les minutes passées où tout semblait plus léger. Un loup, mais pas d'garou. »

Rythmés par la musique, les danseurs s'élancent et s'enlacent. J'accroche de mon regard une danseuse à la flamboyante robe rouge et décide de ne pas la lâcher des yeux, dans l'espoir que cela m'empêche de sombrer trop profondément.

Même moi j'ai du mal à suivre la balançoire de ses émotions, là !

28 févr. 2025, 17:12
Mascarade PV
Pour la première fois, il perçoit un changement dans son attitude. Loin de savoir lire avec finesse les comportements, cette variation a quelque chose de familier. Jusqu’alors, la sorcière lui avait paru ancrer ses réactions dans le présent, une distinction inconsciemment sentie avec lui mais qu’un revirement rend plus nette. Hjúki s’y connaît, en invocation et tissage des souvenirs. Trop, pour avoir l’intégralité de ses pensées dans l’instant qu’il vit. Le jeune mage ne l’aurait pas forcément conceptualisé, qu’elle paraissait bien plus dans l’actuel moment que lui. Néanmoins, à la façon dont elle répond, il entend presque le passé. Comme si penser le loup l’arrachait du présent, comme si la présence de la louve avait quelque chose de plus lointain que d’être sur son visage. Elle en parle comme si, contrairement à sa première pensée, elle ne faisait pas qu’un avec son masque, qu’il portait une présence absente. C’est du moins ainsi qu’il s’explique que la sorcière ne lui fait plus l’effet de le garder dans le moment. Cette révélation est particulièrement surprenante. Si ce qu’il croit comprendre est juste… porter les traits d’un ou d’une cavalière qui ne viendra pas ? Il n’est pas l’abri de faire encore une interprétation hâtive, aussi erronée que celle du loup-garou. Après tout, même Phœbe, dont il savait qu’elle visitait le bal pour retrouver l’introuvable, ne se serait blessée au point de porter l’évocation d’un espoir impossible à combler.

« Juste une louve, alors. Vous seriez en état de valser ? Que les mouvements prennent le pas sur les mots. »

Il est le premier à être choqué par sa proposition, mais pris par l’étrange envie de la ramener au présent, ses lèvres ont agi avant sa pensée.