Pour une poignée de caillasse
Elle recule d'un pas. Victoire ! éructe intérieurement Christopher qui ne peut pas retenir le frisson de joie que ce mouvement lui procure. Il a réussi, elle a reculé, cela lui donne l'impression qu'il a gagné la manche, même s'il ne sait pas de quel jeu il s'agit exactement. Il sait seulement qu'il peut comptabiliser une victoire de plus et que cela est beaucoup trop bon pour qu'il s'en lasse. Et n'est-ce pas la surprise qu'il voit se dessiner sur ses traits, ou quelque chose du même goût ? Peu importe ce dont il s'agit, Christopher s'en délecte. La réaction de la Sangblanc et son regard qu'il sent glisser sur sa peau tatouée le réconfortent d'avoir dû séparer les différents éléments de sa tenue. Cela valait le coup ! Évidemment il ne croit pas une seule seconde en son « absolument splendide », car en même temps qu'elle prononce ce faux compliment ses lèvres se plissent de dégoût. Cependant, loin d'être vexé, Christopher se rattache à ses yeux qui regardent sa peau et cela le rassure : les yeux ne sauraient mentir. Il se persuade qu'elle apprécie sincèrement ce qu'elle voit, même si elle a voulu lui faire croire le contraire avec toute son ironie provocante.
Sa chemise en main, il se redresse imperceptiblement. Maintenant qu'elle s'est reculée, plus besoin de faire mine qu'il va la coller. Il n'a pas plus envie qu'elle du moindre contact, la seule chose qui pourrait le motiver à la forcer à reculer encore ce serait le retour de cette grimace de dégoût qui continue de le questionner — rares sont les personnes qui grimacent de la sorte devant lui, ce qui est tout à fait compréhensible, parce qu'il se sait agréable à regarder. Il faut toujours que les femmes comme elle fassent croire qu'elles font tout différemment des autres, alors qu'au fond elles sont toutes les mêmes. C'est justement ce point qui déplaît tant à Christopher : cette sorte d'identité commune que les petites bourgeoises semblent obligées de...
Hard-rock.
Quoi ? Christopher tique. Sa tête se penche sur le côté. Est-ce que les mots hard et rock viennent vraiment de sortir de cette jolie bouche insupportablement bien dessinée ? Il n'est pas idiot et buté au point de croire qu'une femme comme elle ne peut pas connaître autre chose que la musique de salon ou les groupes recommandés et écoutés par les bien-pensants, évidemment, mais cela reste tout de même étonnant qu'elle ait pu reconnaître à la fois que son tatouage venait de la couverture d'un album et le genre de l'artiste dont il a cité le nom. Cela fait beaucoup trop de détails pour qu'il persiste dans son déni, malheureusement. Et puis elle a dit qu'elle appréciait certains groupes de rock sorciers. Elle l'a dit. Pas sur ce ton insupportable qu'elle a depuis le début de la conversation, celui qui donne envie à Christopher d'ôter sa chemise et de s'avancer vers elle pour le plaisir de la voir reculer.
Tandis que le regard de la dame glisse le long de son bras, Christopher, lui, observe son visage sans cacher sa perplexité. Il sent au plus profond de lui que le regard qu'il pose sur elle commence à changer. C'est subtil, mais c'est bien là. À portée de main. Et ça ne lui plait pas, mais alors pas du tout. D'autant plus quand l'autre porte sur son visage un sourire aussi provocateur. Il l'est, n'est-ce pas ? Sinon, il ne se sentirait pas aussi froissé dans son ego.
« Oui, » répond-il prudemment. Ses yeux se plissent sous la méfiance — de quoi est-il méfiant ? lui même l'ignore. « Du hard-rock. »
Il le répète en insistant bien sur les mots, comme pour vérifier qu'elle est bien consciente de ce qu'elle a dit. Du hard-rock. Les guitares qui s'enflamment, la batterie qui explosent les tympans, les voix qui hurlent et qui font vibrer chaque nerf du corps, la puissance de la musique, son énergie illimitée, du hard-rock quoi ! Bien loin du genre de musique que l'on écoute dans les bonnes familles sorcières. Il regrette de ne pas avoir un gramophone à disposition. S'il avait pu, il aurait choisi la musique la plus violente du répertoire de Unikorn et aurait monté le son aussi fort que possible. Aurait-elle appuyé ses mains sur ses précieuses oreilles pour se protéger du bruit ? S'ils s'étaient rencontré au Pitiponk, il aurait réquisitionné le système musique du pub et aurait fait exploser les tympans de tous les clients, il serait monté sur la table la plus proche pour mimer l'un des solo mémorables de Royal West. Elle ne s'en serait jamais remise. Au lieu de ça, il fait le malin dans un village isolé d'Angleterre en débardeur.
« C'est parce que vous avez bon goût qu'il vous arrive d'écouter ce genre de groupe sorcier ? demande-t-il d'une voix narquoise pour la provoquer. Ou n'est-ce qu'une tentative pour attirer la désapprobation de vos propres parents ? »
Son sourire en coin lui permet de cacher son étonnement et, surtout, de garder la face. Alors il s'en donne à cœur joie ; sourire, mise en avant de ses tatouages en se passant la main dans la nuque, regard fixe pour qu'elle ne loupe rien de son air narquois. Mais au fond de sa petite tête, il sent se mettre en marche une remise en question qu'il n'a pas demandé et contre laquelle il lutte de toutes ses forces. Il se connait suffisamment pour savoir qu'il est à ça d'abandonner pour exprimer sans aucune retenue son plaisir d'être tombé sur une potentielle fan de hard-rock et de Unikorn. Si elle n'avait pas été une Sangblanc, une bourgeoise coincée, si elle n'avait pas eu cet insupportable sourire suffisant, si elle ne dressait pas le menton de cette manière orgueilleuse, si ses gestes n'étaient pas aussi affectés, aussi précieux, sans doute aurait-il déjà perdu sourire narquois et attitude bravache pour les remplacer par une voix aiguë passionnée et survolée, et une logorrhée inarrêtable.
Sa chemise en main, il se redresse imperceptiblement. Maintenant qu'elle s'est reculée, plus besoin de faire mine qu'il va la coller. Il n'a pas plus envie qu'elle du moindre contact, la seule chose qui pourrait le motiver à la forcer à reculer encore ce serait le retour de cette grimace de dégoût qui continue de le questionner — rares sont les personnes qui grimacent de la sorte devant lui, ce qui est tout à fait compréhensible, parce qu'il se sait agréable à regarder. Il faut toujours que les femmes comme elle fassent croire qu'elles font tout différemment des autres, alors qu'au fond elles sont toutes les mêmes. C'est justement ce point qui déplaît tant à Christopher : cette sorte d'identité commune que les petites bourgeoises semblent obligées de...
Hard-rock.
Quoi ? Christopher tique. Sa tête se penche sur le côté. Est-ce que les mots hard et rock viennent vraiment de sortir de cette jolie bouche insupportablement bien dessinée ? Il n'est pas idiot et buté au point de croire qu'une femme comme elle ne peut pas connaître autre chose que la musique de salon ou les groupes recommandés et écoutés par les bien-pensants, évidemment, mais cela reste tout de même étonnant qu'elle ait pu reconnaître à la fois que son tatouage venait de la couverture d'un album et le genre de l'artiste dont il a cité le nom. Cela fait beaucoup trop de détails pour qu'il persiste dans son déni, malheureusement. Et puis elle a dit qu'elle appréciait certains groupes de rock sorciers. Elle l'a dit. Pas sur ce ton insupportable qu'elle a depuis le début de la conversation, celui qui donne envie à Christopher d'ôter sa chemise et de s'avancer vers elle pour le plaisir de la voir reculer.
Tandis que le regard de la dame glisse le long de son bras, Christopher, lui, observe son visage sans cacher sa perplexité. Il sent au plus profond de lui que le regard qu'il pose sur elle commence à changer. C'est subtil, mais c'est bien là. À portée de main. Et ça ne lui plait pas, mais alors pas du tout. D'autant plus quand l'autre porte sur son visage un sourire aussi provocateur. Il l'est, n'est-ce pas ? Sinon, il ne se sentirait pas aussi froissé dans son ego.
« Oui, » répond-il prudemment. Ses yeux se plissent sous la méfiance — de quoi est-il méfiant ? lui même l'ignore. « Du hard-rock. »
Il le répète en insistant bien sur les mots, comme pour vérifier qu'elle est bien consciente de ce qu'elle a dit. Du hard-rock. Les guitares qui s'enflamment, la batterie qui explosent les tympans, les voix qui hurlent et qui font vibrer chaque nerf du corps, la puissance de la musique, son énergie illimitée, du hard-rock quoi ! Bien loin du genre de musique que l'on écoute dans les bonnes familles sorcières. Il regrette de ne pas avoir un gramophone à disposition. S'il avait pu, il aurait choisi la musique la plus violente du répertoire de Unikorn et aurait monté le son aussi fort que possible. Aurait-elle appuyé ses mains sur ses précieuses oreilles pour se protéger du bruit ? S'ils s'étaient rencontré au Pitiponk, il aurait réquisitionné le système musique du pub et aurait fait exploser les tympans de tous les clients, il serait monté sur la table la plus proche pour mimer l'un des solo mémorables de Royal West. Elle ne s'en serait jamais remise. Au lieu de ça, il fait le malin dans un village isolé d'Angleterre en débardeur.
« C'est parce que vous avez bon goût qu'il vous arrive d'écouter ce genre de groupe sorcier ? demande-t-il d'une voix narquoise pour la provoquer. Ou n'est-ce qu'une tentative pour attirer la désapprobation de vos propres parents ? »
Son sourire en coin lui permet de cacher son étonnement et, surtout, de garder la face. Alors il s'en donne à cœur joie ; sourire, mise en avant de ses tatouages en se passant la main dans la nuque, regard fixe pour qu'elle ne loupe rien de son air narquois. Mais au fond de sa petite tête, il sent se mettre en marche une remise en question qu'il n'a pas demandé et contre laquelle il lutte de toutes ses forces. Il se connait suffisamment pour savoir qu'il est à ça d'abandonner pour exprimer sans aucune retenue son plaisir d'être tombé sur une potentielle fan de hard-rock et de Unikorn. Si elle n'avait pas été une Sangblanc, une bourgeoise coincée, si elle n'avait pas eu cet insupportable sourire suffisant, si elle ne dressait pas le menton de cette manière orgueilleuse, si ses gestes n'étaient pas aussi affectés, aussi précieux, sans doute aurait-il déjà perdu sourire narquois et attitude bravache pour les remplacer par une voix aiguë passionnée et survolée, et une logorrhée inarrêtable.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
Alice ignorait pour quelle raison, mais la réaction de l’homme à sa tentative de créer un ponts -enfin, une planche branlante au dessus d’un gouffre- entre eux la fit grincer des dents. Alors quoi ? Alice aurait-elle dû se cantonner à la musique de salon ? Aux chants d’opéra ? Qu’il s’étrangle avec sa moue perplexe !
Alice n’avait nullement besoin de justifier son affection pour la musique. Elle reposait sur une grande curiosité, sur une étude approfondie des émotions que provoque l’art chez autrui. Rien ni personne ne lui dirait ce qu’elle devait écouter ou apprécier, ce qui pourrait la placer dans la catégorie des brebis galeuses.
Ah, ce qu’elle pouvait haïr ce regard qu’il lui jetait en répondant à sa question ! Alice lui tendait une main, et lui, en débardeur et en cuir, osait cracher dessus ? Qu’avait-il espéré d’elle ? Qu’elle soit incapable de nommer un style musical ? Qu’elle n’ai pas la moindre culture artistique ? Voilà donc l’avis qu’il se faisait d’Alice ?
La française planta ses ongles dans la paume de ses mains croisées. Il n’aurait pas son indignation. Il n’aurait que son maintien droit, sa poitrine bombée, son menton légèrement dressé. Et son sourire pour dire sans mot “je ne vois absolument pas ce qui vous étonne”.
Mensonge.
Bien sûr qu’Alice savait.
Elle s’était heurtée à ce même regard plus d’une fois lorsqu’elle avait demandé par plusieurs fois d’assister à certains concerts en France. Que lui répondait-on ? “Mais enfin, Alice, tout de même”. Voilà. Aucun argument ne lui était donné, puisqu’il n’en existait pas.
Alors lui ? Avec son débardeur et son cuir ? Si il n’avait pas non plus d’argument, qu’il aille au diable.
Qu’il y aille, même si il en avait.
Alice sourit pour affirmer un peu plus fort ses propres mensonges… jusqu’à ce qu’il cherche encore une fois à la pousser dans ses retranchements.
Un tic nerveux tira son sourire sur la gauche, muant son sourire en une grimace dont Unikorn aurait sans doute pu s’inspirer pour leur prochain album.
Voilà. Il cherchait à donner un sens à ses goûts musicaux. Il aurait pu continuer à garder cela pour lui, à n’exprimer son opinion que par le biais d’un regard… mais non. Hangoover avait sans aucun doute ajouter la franchise à sa panoplie du parfait petit mouton noir, entre le cuir et le gel à outrance.
La désapprobation de ses parents…
Concernant sa mère, il lui avait suffit de venir au monde pour l’obtenir.
Père ? Oh, pauvre petit rebuts de la société… Il lui faudrait bien plus que du hard rock pour que Dorian Sangblanc cesse de contempler sa fille comme si il s’agissait de la plus belle chose au monde.
Mais de tout cela, il n’en savait rien ? Bien sûr que non. Il répondait à l’attaque d’Alice par une contre-attaque. Quel manque d’inventivité.
Alice sentit ses dents grincer. Voilà qu’elle découvrait sa mâchoire fortement serrée. Songer à Mère n’était jamais une bonne idée. Il l’avait forcé à le faire. Lui. Il devait se trouver malin. Bien sûr. Regardez ce sourire en coin, toujours là, méprisant et méprisable.
Alice allait finir par lui arracher avec ses ongles.
Elle s’avança d’un ample pas. Un rire bref, sec comme un éclat de verre brisé claqua dans l’air comme une gifle, sans la moindre trace de joie. Ce n’était là qu’une tentative de réponse, une volonté de reprendre le contrôle de son propre coeur ébranlé par tant et tant d’agacement.
Les voilà désormais de nouveau bien trop proche. Mais qu’importe. Alice ne se laisserait pas insultée, ni placée dans la même catégorie que ce grossier personnage. Elle en avait assez de se sentir comme une souris entre les pattes d’un fléreur.
« J’aime à penser qu’il s’agit de bon goût, oui » glissa t-elle. Ses bras se délièrent avec la souplesse d’une lionne qui s’étire, savourant déjà l’instant où elle enfoncerait ses griffes. Du bout de son index, Alice effleura un tracé d’encre, son regard planté dans le sien. Elle se laverait les mains plus tard.
« Avez-vous un réel problème avec les jeunes dames comme moi, Chris, ou bien agissez-vous ainsi pour vous complaire dans votre histoire du fils de bonne famille rebelle et marginal ? Cela manque un peu d’originalité, si vous voulez mon avis. »
Son sourire se fit plus chatoyant, trop doux pour ne pas être cruel.
« Allons… faîtes un effort pour ne pas être prévisible. Là… vous n’êtes qu’un énième cliché en cuir. »
Et soudain, Alice ouvrit de grands yeux, singeant à merveille l’illumination soudaine, comme si une révélation transcendante venait de lui tomber du ciel. Elle leva même sa main libre à sa tempe.
« Oh, mais peut-être attendez vous des conseils ? Après tout, moi, Alice Sangblanc, jeune héritière qui ose écouter du hard-rock et autre aberrations musicales, je suis de toutes évidences une experte en la matière ! »
La comédie passer, Alice laissa son regard récupérer son étincelle agacée.
Elle lui en voulait de l’avoir forcé à songer à sa mère. Elle aurait aimé qu’il accepte qu’elle puisse avoir les mêmes goûts que lui.
Comme si il s’agissait d’un privilège auquel elle ne pouvait pas prétendre.
Personne, et certainement pas lui, n’avait à lui dire ce qu’elle devait aimer ou non.
Alice n’avait nullement besoin de justifier son affection pour la musique. Elle reposait sur une grande curiosité, sur une étude approfondie des émotions que provoque l’art chez autrui. Rien ni personne ne lui dirait ce qu’elle devait écouter ou apprécier, ce qui pourrait la placer dans la catégorie des brebis galeuses.
Ah, ce qu’elle pouvait haïr ce regard qu’il lui jetait en répondant à sa question ! Alice lui tendait une main, et lui, en débardeur et en cuir, osait cracher dessus ? Qu’avait-il espéré d’elle ? Qu’elle soit incapable de nommer un style musical ? Qu’elle n’ai pas la moindre culture artistique ? Voilà donc l’avis qu’il se faisait d’Alice ?
La française planta ses ongles dans la paume de ses mains croisées. Il n’aurait pas son indignation. Il n’aurait que son maintien droit, sa poitrine bombée, son menton légèrement dressé. Et son sourire pour dire sans mot “je ne vois absolument pas ce qui vous étonne”.
Mensonge.
Bien sûr qu’Alice savait.
Elle s’était heurtée à ce même regard plus d’une fois lorsqu’elle avait demandé par plusieurs fois d’assister à certains concerts en France. Que lui répondait-on ? “Mais enfin, Alice, tout de même”. Voilà. Aucun argument ne lui était donné, puisqu’il n’en existait pas.
Alors lui ? Avec son débardeur et son cuir ? Si il n’avait pas non plus d’argument, qu’il aille au diable.
Qu’il y aille, même si il en avait.
Alice sourit pour affirmer un peu plus fort ses propres mensonges… jusqu’à ce qu’il cherche encore une fois à la pousser dans ses retranchements.
Un tic nerveux tira son sourire sur la gauche, muant son sourire en une grimace dont Unikorn aurait sans doute pu s’inspirer pour leur prochain album.
Voilà. Il cherchait à donner un sens à ses goûts musicaux. Il aurait pu continuer à garder cela pour lui, à n’exprimer son opinion que par le biais d’un regard… mais non. Hangoover avait sans aucun doute ajouter la franchise à sa panoplie du parfait petit mouton noir, entre le cuir et le gel à outrance.
La désapprobation de ses parents…
Concernant sa mère, il lui avait suffit de venir au monde pour l’obtenir.
Père ? Oh, pauvre petit rebuts de la société… Il lui faudrait bien plus que du hard rock pour que Dorian Sangblanc cesse de contempler sa fille comme si il s’agissait de la plus belle chose au monde.
Mais de tout cela, il n’en savait rien ? Bien sûr que non. Il répondait à l’attaque d’Alice par une contre-attaque. Quel manque d’inventivité.
Alice sentit ses dents grincer. Voilà qu’elle découvrait sa mâchoire fortement serrée. Songer à Mère n’était jamais une bonne idée. Il l’avait forcé à le faire. Lui. Il devait se trouver malin. Bien sûr. Regardez ce sourire en coin, toujours là, méprisant et méprisable.
Alice allait finir par lui arracher avec ses ongles.
Elle s’avança d’un ample pas. Un rire bref, sec comme un éclat de verre brisé claqua dans l’air comme une gifle, sans la moindre trace de joie. Ce n’était là qu’une tentative de réponse, une volonté de reprendre le contrôle de son propre coeur ébranlé par tant et tant d’agacement.
Les voilà désormais de nouveau bien trop proche. Mais qu’importe. Alice ne se laisserait pas insultée, ni placée dans la même catégorie que ce grossier personnage. Elle en avait assez de se sentir comme une souris entre les pattes d’un fléreur.
« J’aime à penser qu’il s’agit de bon goût, oui » glissa t-elle. Ses bras se délièrent avec la souplesse d’une lionne qui s’étire, savourant déjà l’instant où elle enfoncerait ses griffes. Du bout de son index, Alice effleura un tracé d’encre, son regard planté dans le sien. Elle se laverait les mains plus tard.
« Avez-vous un réel problème avec les jeunes dames comme moi, Chris, ou bien agissez-vous ainsi pour vous complaire dans votre histoire du fils de bonne famille rebelle et marginal ? Cela manque un peu d’originalité, si vous voulez mon avis. »
Son sourire se fit plus chatoyant, trop doux pour ne pas être cruel.
« Allons… faîtes un effort pour ne pas être prévisible. Là… vous n’êtes qu’un énième cliché en cuir. »
Et soudain, Alice ouvrit de grands yeux, singeant à merveille l’illumination soudaine, comme si une révélation transcendante venait de lui tomber du ciel. Elle leva même sa main libre à sa tempe.
« Oh, mais peut-être attendez vous des conseils ? Après tout, moi, Alice Sangblanc, jeune héritière qui ose écouter du hard-rock et autre aberrations musicales, je suis de toutes évidences une experte en la matière ! »
La comédie passer, Alice laissa son regard récupérer son étincelle agacée.
Elle lui en voulait de l’avoir forcé à songer à sa mère. Elle aurait aimé qu’il accepte qu’elle puisse avoir les mêmes goûts que lui.
Comme si il s’agissait d’un privilège auquel elle ne pouvait pas prétendre.
Personne, et certainement pas lui, n’avait à lui dire ce qu’elle devait aimer ou non.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Pour une poignée de caillasse
Un pas la rapproche de lui. Christopher éloigne légèrement la tête pour éviter de loucher tandis qu'il s'abreuve de cette magnifique grimace qui a l'espace d'un instant froissé son visage aux expressions si bien maitrisées. Voir ses mâchoires se crisper en réponse à ses remarques insolentes est le meilleur présent qu'elle aurait pu lui faire, c'est en partie pour ça que Christopher campe sur ses jambes sans faire mine de s'éloigner. Et aussi parce qu'il est trop habitué à jouer avec l'espace personnel des gens pour les intimider, les gêner ou les faire réagir physiquement pour être dérangé de cette nouvelle proximité. Sangblanc n'en a peut-être pas encore conscience mais le fait qu'ils soient aussi proches lui donne des armes pour la faire rougir de gêne — il s'en donnera à cœur joie si elle l'y pousse.
Les voici donc, séparés de quelques centimètres seulement, Christopher à peine plus grand qu'Alice ; elle et sa tulle, lui et son cuir, leur regard colérique vissé l'un à l'autre. Une moue sur les lèvres, Christopher se prépare à ce qui viendra : personne n'approche d'un pas aussi grand sans être remonté. Et pour être remontée, elle est remontée pour en venir à brandir son doigt comme une arme et le poser sur la peau de son bras. La caresse, aussi soudaine que choquante, fait frissonner Christopher qui sent les frissons remonter jusque dans sa nuque. Loin d'être insensible au geste, mais beaucoup trop maître de lui-même pour le montrer, il affiche ce qu'elle a affiché un instant plus tôt : une grimace dégoûtée accompagné d'un regard outré qu'il accentue pour qu'elle n'en manque rien. Inconsciemment, Christopher bande les muscles pour s'empêcher de reculer. Peut-être pas insensible, mais horrifié de ne le pas l'être, justement. Il ne veut rien d'elle et de son insupportable air de bourgeoise !
Bientôt, le jeu est remplacé par quelque chose de beaucoup plus sincère et de bien moins agréable. De fait, elle le titille exactement là où il n'aime pas l'être en évoquant son statut de fils de bonne famille rebelle et marginal. Les narines écartées, Christopher inspire profondément pour se donner la force de supporter tout le poison qui s'échappe de la bouche de la femme. Quand elle mime la surprise, cette vision lui est si insupportable qu'il sent son regard devenir mauvais. Ah qu'elles l'énervent, les femmes, quand elles prennent ce ton !
Il n'est plus question d'essayer de gagner la partie, de l'humilier ou de dire des choses intelligentes. Christopher a, et de loin, dépassé ça — et il l'a dépassé au moment même où elle a osé le qualifier de « énième cliché en cuir ». Alors tout enrobé de sa colère immature et avec en tête l'envie viscérale de lui faire faire une crise digne des enfants les plus capricieux qui la ridiculiserait, Christopher réplique et il n'a aucune idée de ce qu'il va dire avant de le dire.
« J'ai bien un problème avec les jeunes dames comme vous, oui, Alice, » riposte-t-il en se servant de ce prénom qu'elle lui a appris comme d'une arme tranchante.
Il s'approche, lui aussi, pour ponctuer sa phrase. Appeler distance ce qui les sépare désormais serait ridicule, pour ne pas dire inutile. S'il prend l'envie à Alice de poser encore une fois son doigt sur sa peau, elle aurait tout le loisir de le faire, désormais.
« Si je suis un cliché, je voudrais bien savoir ce que vous êtes, vous, articule-t-il en haussant les sourcils et en se penchant légèrement en arrière pour mieux faire peser sur elle son regard lourd de jugement. Avec votre tulle, votre dentelle et votre combinaison de vol que votre famille a payé. Vous êtes le plus gros cliché de nous deux ! » s'amuse-t-il en avec un ricanement savamment contrôlé pour être insupportable.
Il en connait, des filles comme elle, oh oui ! Il en a fréquenté toute son enfance. Des héritières, comme elles s'appellent pour celles qui pètent beaucoup plus haut que leurs propres fesses. Des filles au paraître plus que parfait aujourd'hui devenues épouses de fils de bonne famille, pour la plupart. Des mégères qui n'ont rien de mieux à faire que de juger leur prochain et que de s'inquiéter de la nappe qu'elles mettront pour le prochain dîner mondain, rien de mieux à faire que de commander la future robe qui les mettra le plus en valeur. Christopher les détestait déjà quand il avait huit ans et qu'il glissait du poil à gratter dans leur nuque et il les exècre davantage maintenant qu'il en a trente-trois et qu'il essaie de les faire sortir de leurs gonds encrassés par l'éducation.
« Oui, vous connaissez le mot hard-rock et êtes capable de reconnaître la pochette d'un album de Unikorn, ouah ! se moque-t-il en levant les deux mains autour de sa tête avant de rajouter perfidement : C'est sûrement pour mieux faire la maligne auprès des inconnus que vous rencontrez dans la rue. Et en cela vous ne valez pas mieux que vos consœurs qui, je vous le confirme, sont aussi insupportables que vous. »
Ses consœurs, Christopher les exècre, mais elle ? Pendant une seconde ou deux, allez peut-être dix secondes, il a sincèrement cru qu'il y avait quelque chose d'autre sous son masque de fille de bonne famille. Il l'a cru quand elle a sorti sa combinaison de vol et aussi quand elle a reconnu l'album sur son tatouage ; il l'a cru et l'a espéré, car Christopher aime rencontrer des personnes intéressantes et partager ses passions rend n'importe qui intéressant à ses yeux. Il le croit toujours, d'ailleurs, au fond il est toujours curieux. Mais si tout à l'heure il était à ça de revisiter son point de vue, maintenant il en est loin. Ce n'est pas tant parce qu'elle l'a vexé en l'appelant cliché en cuir, mais c'est surtout que... Non, c'est ça : elle l'a vexé. Et puis elle a grimacé en le regardant et a osé le toucher comme s'il était un meuble couvert de poussière. Il n'aurait pas été étonné qu'elle regarde son doigt après l'avoir passé sur sa peau et qu'elle grimace de dégoût comme si elle y voyait dessus un dépôt de poussière.
Les voici donc, séparés de quelques centimètres seulement, Christopher à peine plus grand qu'Alice ; elle et sa tulle, lui et son cuir, leur regard colérique vissé l'un à l'autre. Une moue sur les lèvres, Christopher se prépare à ce qui viendra : personne n'approche d'un pas aussi grand sans être remonté. Et pour être remontée, elle est remontée pour en venir à brandir son doigt comme une arme et le poser sur la peau de son bras. La caresse, aussi soudaine que choquante, fait frissonner Christopher qui sent les frissons remonter jusque dans sa nuque. Loin d'être insensible au geste, mais beaucoup trop maître de lui-même pour le montrer, il affiche ce qu'elle a affiché un instant plus tôt : une grimace dégoûtée accompagné d'un regard outré qu'il accentue pour qu'elle n'en manque rien. Inconsciemment, Christopher bande les muscles pour s'empêcher de reculer. Peut-être pas insensible, mais horrifié de ne le pas l'être, justement. Il ne veut rien d'elle et de son insupportable air de bourgeoise !
Bientôt, le jeu est remplacé par quelque chose de beaucoup plus sincère et de bien moins agréable. De fait, elle le titille exactement là où il n'aime pas l'être en évoquant son statut de fils de bonne famille rebelle et marginal. Les narines écartées, Christopher inspire profondément pour se donner la force de supporter tout le poison qui s'échappe de la bouche de la femme. Quand elle mime la surprise, cette vision lui est si insupportable qu'il sent son regard devenir mauvais. Ah qu'elles l'énervent, les femmes, quand elles prennent ce ton !
Il n'est plus question d'essayer de gagner la partie, de l'humilier ou de dire des choses intelligentes. Christopher a, et de loin, dépassé ça — et il l'a dépassé au moment même où elle a osé le qualifier de « énième cliché en cuir ». Alors tout enrobé de sa colère immature et avec en tête l'envie viscérale de lui faire faire une crise digne des enfants les plus capricieux qui la ridiculiserait, Christopher réplique et il n'a aucune idée de ce qu'il va dire avant de le dire.
« J'ai bien un problème avec les jeunes dames comme vous, oui, Alice, » riposte-t-il en se servant de ce prénom qu'elle lui a appris comme d'une arme tranchante.
Il s'approche, lui aussi, pour ponctuer sa phrase. Appeler distance ce qui les sépare désormais serait ridicule, pour ne pas dire inutile. S'il prend l'envie à Alice de poser encore une fois son doigt sur sa peau, elle aurait tout le loisir de le faire, désormais.
« Si je suis un cliché, je voudrais bien savoir ce que vous êtes, vous, articule-t-il en haussant les sourcils et en se penchant légèrement en arrière pour mieux faire peser sur elle son regard lourd de jugement. Avec votre tulle, votre dentelle et votre combinaison de vol que votre famille a payé. Vous êtes le plus gros cliché de nous deux ! » s'amuse-t-il en avec un ricanement savamment contrôlé pour être insupportable.
Il en connait, des filles comme elle, oh oui ! Il en a fréquenté toute son enfance. Des héritières, comme elles s'appellent pour celles qui pètent beaucoup plus haut que leurs propres fesses. Des filles au paraître plus que parfait aujourd'hui devenues épouses de fils de bonne famille, pour la plupart. Des mégères qui n'ont rien de mieux à faire que de juger leur prochain et que de s'inquiéter de la nappe qu'elles mettront pour le prochain dîner mondain, rien de mieux à faire que de commander la future robe qui les mettra le plus en valeur. Christopher les détestait déjà quand il avait huit ans et qu'il glissait du poil à gratter dans leur nuque et il les exècre davantage maintenant qu'il en a trente-trois et qu'il essaie de les faire sortir de leurs gonds encrassés par l'éducation.
« Oui, vous connaissez le mot hard-rock et êtes capable de reconnaître la pochette d'un album de Unikorn, ouah ! se moque-t-il en levant les deux mains autour de sa tête avant de rajouter perfidement : C'est sûrement pour mieux faire la maligne auprès des inconnus que vous rencontrez dans la rue. Et en cela vous ne valez pas mieux que vos consœurs qui, je vous le confirme, sont aussi insupportables que vous. »
Ses consœurs, Christopher les exècre, mais elle ? Pendant une seconde ou deux, allez peut-être dix secondes, il a sincèrement cru qu'il y avait quelque chose d'autre sous son masque de fille de bonne famille. Il l'a cru quand elle a sorti sa combinaison de vol et aussi quand elle a reconnu l'album sur son tatouage ; il l'a cru et l'a espéré, car Christopher aime rencontrer des personnes intéressantes et partager ses passions rend n'importe qui intéressant à ses yeux. Il le croit toujours, d'ailleurs, au fond il est toujours curieux. Mais si tout à l'heure il était à ça de revisiter son point de vue, maintenant il en est loin. Ce n'est pas tant parce qu'elle l'a vexé en l'appelant cliché en cuir, mais c'est surtout que... Non, c'est ça : elle l'a vexé. Et puis elle a grimacé en le regardant et a osé le toucher comme s'il était un meuble couvert de poussière. Il n'aurait pas été étonné qu'elle regarde son doigt après l'avoir passé sur sa peau et qu'elle grimace de dégoût comme si elle y voyait dessus un dépôt de poussière.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
Son cœur battait un rythme qu’Alice haïssait. Chaque pulsation lui martelait la même vérité : tu vas craquer. Tu vas craquer. Tu vas craquer.
Hangoover l’ébranlait d’une cruelle façon. La grande majorité du Monde aurait finit par se lasser de ce petit jeu, et aurait fuit sous couvert de lassitude. Mais pas lui. Lui était un molosse avec un os. Il continuerait de le mastiquer jusqu’à ce qu’il cède.
Mais Alice n’était pas un os friable. Elle ne céderait pas… pas plus que lui. Alice le voyait dans ses yeux, dans les expressions de son visage, dans sa posture, dans son souffle qui se mêlait au sien, dans les frissons sur son bras sous la caresse venimeuse et la moue dégoûtée qu’il osa singé.
Il ne lâcherait rien.
Rien.
Le jeu avait prit fin, n’est-ce pas ? Le sourire narquois de Christopher était tombé, et pourtant, Alice n’en tirait aucune satisfaction. Aucune fierté.
Car le regard de l’homme avait gagné en colère. La colère n’était pas un sentiment feint, jamais. Elle était honnête.
Alice avait-elle été trop loin ? Absolument pas. Il avait mérité sa cruauté. Il avait commencé. Il avait tendu le bâton pour qu’Alice lui fracasse sur l’échine.
Qu’il ne s’étonne pas.
La première réplique tomba, et le regard d’Alice ne vacilla pas, pas même lorsqu’il utilisa son prénom. Elle lui avait donné volontairement, puisqu’il devait sans aucun doute l’avoir en sa possession.
Il s’approcha, avalant les derniers centimètres qui les séparait encore. Alice ne recula pas, conservant son regard dans le sien. Néanmoins, elle fit tomber ses bras le long de son corps. Non pas pour se saisir de sa baguette si il venait à franchir une limite, mais parce qu’elle savait qu’il n’avait pas terminé.
La deuxième réplique fut agressive, mais pas assez pour ébranler Alice. Son regard ne cillait pas, toujours enfoncé dans celui de Hangoover, méprisant ce qu’elle était, l’image qu’elle renvoyait.
Il ricanait, comme si Alice devait se sentir vexée. De quoi, au juste ? D’être une bonne fille de bonne famille ? Une héritière porteuse du sang de glorieux ancêtres ? La dernière née d’une lignée éternelle ? Etait-ce avec cela qu’il voulait la poignarder ? Avec sa fierté et son honneur ?
Alice était fière. Fière d’être ce qu’elle était. Fière de faire la fierté de sa famille, de porter haut les valeurs de sa lignée. Qu’il tente d’utiliser cela pour l’atteindre était une bêtise qu’il ne se pardonnerait pas si elle choisissait de la retourner contre lui.
La troisième réplique souffla Alice qui sentit son cœur rater un battement avant de se contracter. Ses lèvres s’entrouvrirent pour lâcher une expiration qu’aurait pu lui arracher un coup de poing dans le ventre. Et son regard… Alice le savait, cette fois il avait vacillé.
L’agacement qui brillait tantôt dans ses yeux d’argent avait laissé place à l’ignoble douleur d’une jeune fille qui savait qu’elle ne serait toujours remise en question. Que malgré toute son honnêteté, elle ne serait jamais vu comme étant elle-même.
Aurait-elle dû se justifier ? Aurait-il cru une autre femme moins bien habillée et moins bien éduquée ?
Non, ce n’était pas dans cela que résidait la douleur soudaine d’Alice.
Elle était dans le refus catégorique de Hangoover d’envisager qu’elle puisse partager les mêmes goûts que lui. Alice l’avait vu dans son regard, plus tôt. Dans sa moue dubitative. L’agressivité d’Alice l’avait forcé à cracher la vérité : il ne tolérait pas qu’une jeune fille comme elle puisse aimer ce que lui aimait.
Ce n’était pas juste.
Il n’avait pas le droit de remettre en question ce qu’elle était. Il n’avait pas le droit de décréter qu’elle pourrait mentir sur ce qui lui procurait du bonheur.
Le temps d’un instant qui lui paru bien trop long pour être raisonnable, Alice se vit heurter son nez d’un violent coup de tête. Sa magie fourmillait dans ses doigts, jusque dans ses ongles. Comme bien trop de fois. Comme a chaque fois qu’elle était incapable de taire ses émotions.
Ce n’était pas juste. Pas juste du tout. Il n’avait pas le droit de la regarder ainsi, de voir en elle une usurpatrice. Il pouvait l’insulter de petite fille trop gâtée, d’héritière présomptueuse, de misérable sorcière imbue d’elle même, mais il n’avait pas le droit de la traiter de menteuse. Alice ne mentait pas. Alice ne mentait jamais. Elle cachait la vérité, mais ne mentait jamais.
Et lui, cet inconnu qui avait osé utiliser son prénom comme une lame, prétendait la connaître ?
Son regard s’arracha au sien pour se planter sur la droite. Ses dents étaient serrées. Ses sourcils froncés. Ses poings crispés le long de ses hanches. Son enchantement vacillait autant que son contrôle.
Ce n’était pas juste.
Il aurait dû voir en elle une jeune fille intéressante. Il aurait dû lui présenter ses excuses et parler avec elle de Unikorn. S’étonner avec honnêteté des goûts d’Alice. Il aurait dû.
Alice restait muette. Elle ne trouvait rien à répondre. Elle n’avait plus de venin à lui jeter au visage. Plus de bouclier à lever. Il l’avait poignardé avec tout ce qu’elle lui avait tendu.
Elle sentait son souffle chaud contre sa joue, comme un rappel brutal qu’il avait remporté la guerre qu’il s’était livré pour une broutille. Pour un pantalon en cuir qu’il méritait de porter, finalement. Comme elle méritait d’écouter du hard rock.
Ce n’était pas juste.
Ses dents grincèrent les unes contre les autres alors qu’elle consenti à relever les yeux sur lui. Rien. Elle n’avait rien à rétorquer. Elle était outrée, scandalisée, furieuse, mais surtout vexée de ne pas être assez bien pour cet homme qui ne méritait rien d’elle.
Elle aurait voulu remplir ce silence d’un éclat de rire cruel, d’un sarcasme acéré, de n’importe quel venin. Mais rien.
Ses yeux, eux, parlaient. Des éclairs d’argent, tranchants, mais tremblant ‘une rage sourde. Ses narines frémissaient, son souffle heurté effleurait encore celui de Hangoover. Leurs ombres se confondaient sur le sol. Elle y voyait sa main trembler, non de peur mai d’un trop plein qu’elle ne contiendrait bientôt plus.
Alors elle s’écarta brutalement de l’homme. Ses doigts vinrent se perdre dans ses boucles blanches pour les tirer en arrière. Ce n’était pas beau, ce n’était pas Alice. Mais cela lui évitait de faire un geste qu’elle regretterait.
Quelle humiliation. Alice était forte. Alice était digne. Elle n’était point ce volcan bouillonnant. Elle était maîtrise.
Elle inspira longuement, sa tête basculée en arrière pour laisser le vent marin caresser sa gorge exposée. Mais dans sa poitrine, le coeur continuait de cogner, comme pour lui rappeler qu’elle avait été à deux doigts de lui casser le nez d’un coup de tête vengeur.
Alice rabaissa lentement le menton, ses yeux retrouvant Hangoover. Un éclat glacé y brillait, encore vibrant de colère. Force et dignité, Alice.
« Convenons alors que nous sommes deux clichés. A la différence que moi, je ne vois pas en cela une insulte. Je suis reconnaissante envers ma famille qui a toujours tout sacrifié pour me permettre d’être ce que je suis aujourd’hui. Et ce que je suis aujourd’hui, j’en suis fière. J’en suis extrêmement fière. Pouvez-vous en dire autant ? »
Avec trop de précipitation, Alice avala la distance qu’elle avait creusé entre eux pour se placer à nouveau devant lui, et ouvrit à nouveau la bouche pour poursuivre avec une agressivité qu’elle ne se pardonnerait pas une fois seule :
« Qu’est-ce qui me dit que vous n’avez pas spécialement choisi ce groupe comme symbole pour votre rébellion, hm ? Le logo de Dirty Colette n’était-il pas assez agressif ? La voix du chanteur de Soft Kitty, pas assez violente ? Je vous en prie, Christopher ! Prouvez-moi que vous, vous détenez le monopole d’Unikorn ! Faîtes, et je vous promets de vous offrir les services d'un couturier pour répondre à toutes vos exigences de paon en cuir ! »
Hangoover l’ébranlait d’une cruelle façon. La grande majorité du Monde aurait finit par se lasser de ce petit jeu, et aurait fuit sous couvert de lassitude. Mais pas lui. Lui était un molosse avec un os. Il continuerait de le mastiquer jusqu’à ce qu’il cède.
Mais Alice n’était pas un os friable. Elle ne céderait pas… pas plus que lui. Alice le voyait dans ses yeux, dans les expressions de son visage, dans sa posture, dans son souffle qui se mêlait au sien, dans les frissons sur son bras sous la caresse venimeuse et la moue dégoûtée qu’il osa singé.
Il ne lâcherait rien.
Rien.
Le jeu avait prit fin, n’est-ce pas ? Le sourire narquois de Christopher était tombé, et pourtant, Alice n’en tirait aucune satisfaction. Aucune fierté.
Car le regard de l’homme avait gagné en colère. La colère n’était pas un sentiment feint, jamais. Elle était honnête.
Alice avait-elle été trop loin ? Absolument pas. Il avait mérité sa cruauté. Il avait commencé. Il avait tendu le bâton pour qu’Alice lui fracasse sur l’échine.
Qu’il ne s’étonne pas.
La première réplique tomba, et le regard d’Alice ne vacilla pas, pas même lorsqu’il utilisa son prénom. Elle lui avait donné volontairement, puisqu’il devait sans aucun doute l’avoir en sa possession.
Il s’approcha, avalant les derniers centimètres qui les séparait encore. Alice ne recula pas, conservant son regard dans le sien. Néanmoins, elle fit tomber ses bras le long de son corps. Non pas pour se saisir de sa baguette si il venait à franchir une limite, mais parce qu’elle savait qu’il n’avait pas terminé.
La deuxième réplique fut agressive, mais pas assez pour ébranler Alice. Son regard ne cillait pas, toujours enfoncé dans celui de Hangoover, méprisant ce qu’elle était, l’image qu’elle renvoyait.
Il ricanait, comme si Alice devait se sentir vexée. De quoi, au juste ? D’être une bonne fille de bonne famille ? Une héritière porteuse du sang de glorieux ancêtres ? La dernière née d’une lignée éternelle ? Etait-ce avec cela qu’il voulait la poignarder ? Avec sa fierté et son honneur ?
Alice était fière. Fière d’être ce qu’elle était. Fière de faire la fierté de sa famille, de porter haut les valeurs de sa lignée. Qu’il tente d’utiliser cela pour l’atteindre était une bêtise qu’il ne se pardonnerait pas si elle choisissait de la retourner contre lui.
La troisième réplique souffla Alice qui sentit son cœur rater un battement avant de se contracter. Ses lèvres s’entrouvrirent pour lâcher une expiration qu’aurait pu lui arracher un coup de poing dans le ventre. Et son regard… Alice le savait, cette fois il avait vacillé.
L’agacement qui brillait tantôt dans ses yeux d’argent avait laissé place à l’ignoble douleur d’une jeune fille qui savait qu’elle ne serait toujours remise en question. Que malgré toute son honnêteté, elle ne serait jamais vu comme étant elle-même.
Aurait-elle dû se justifier ? Aurait-il cru une autre femme moins bien habillée et moins bien éduquée ?
Non, ce n’était pas dans cela que résidait la douleur soudaine d’Alice.
Elle était dans le refus catégorique de Hangoover d’envisager qu’elle puisse partager les mêmes goûts que lui. Alice l’avait vu dans son regard, plus tôt. Dans sa moue dubitative. L’agressivité d’Alice l’avait forcé à cracher la vérité : il ne tolérait pas qu’une jeune fille comme elle puisse aimer ce que lui aimait.
Ce n’était pas juste.
Il n’avait pas le droit de remettre en question ce qu’elle était. Il n’avait pas le droit de décréter qu’elle pourrait mentir sur ce qui lui procurait du bonheur.
Le temps d’un instant qui lui paru bien trop long pour être raisonnable, Alice se vit heurter son nez d’un violent coup de tête. Sa magie fourmillait dans ses doigts, jusque dans ses ongles. Comme bien trop de fois. Comme a chaque fois qu’elle était incapable de taire ses émotions.
Ce n’était pas juste. Pas juste du tout. Il n’avait pas le droit de la regarder ainsi, de voir en elle une usurpatrice. Il pouvait l’insulter de petite fille trop gâtée, d’héritière présomptueuse, de misérable sorcière imbue d’elle même, mais il n’avait pas le droit de la traiter de menteuse. Alice ne mentait pas. Alice ne mentait jamais. Elle cachait la vérité, mais ne mentait jamais.
Et lui, cet inconnu qui avait osé utiliser son prénom comme une lame, prétendait la connaître ?
Son regard s’arracha au sien pour se planter sur la droite. Ses dents étaient serrées. Ses sourcils froncés. Ses poings crispés le long de ses hanches. Son enchantement vacillait autant que son contrôle.
Ce n’était pas juste.
Il aurait dû voir en elle une jeune fille intéressante. Il aurait dû lui présenter ses excuses et parler avec elle de Unikorn. S’étonner avec honnêteté des goûts d’Alice. Il aurait dû.
Alice restait muette. Elle ne trouvait rien à répondre. Elle n’avait plus de venin à lui jeter au visage. Plus de bouclier à lever. Il l’avait poignardé avec tout ce qu’elle lui avait tendu.
Elle sentait son souffle chaud contre sa joue, comme un rappel brutal qu’il avait remporté la guerre qu’il s’était livré pour une broutille. Pour un pantalon en cuir qu’il méritait de porter, finalement. Comme elle méritait d’écouter du hard rock.
Ce n’était pas juste.
Ses dents grincèrent les unes contre les autres alors qu’elle consenti à relever les yeux sur lui. Rien. Elle n’avait rien à rétorquer. Elle était outrée, scandalisée, furieuse, mais surtout vexée de ne pas être assez bien pour cet homme qui ne méritait rien d’elle.
Elle aurait voulu remplir ce silence d’un éclat de rire cruel, d’un sarcasme acéré, de n’importe quel venin. Mais rien.
Ses yeux, eux, parlaient. Des éclairs d’argent, tranchants, mais tremblant ‘une rage sourde. Ses narines frémissaient, son souffle heurté effleurait encore celui de Hangoover. Leurs ombres se confondaient sur le sol. Elle y voyait sa main trembler, non de peur mai d’un trop plein qu’elle ne contiendrait bientôt plus.
Alors elle s’écarta brutalement de l’homme. Ses doigts vinrent se perdre dans ses boucles blanches pour les tirer en arrière. Ce n’était pas beau, ce n’était pas Alice. Mais cela lui évitait de faire un geste qu’elle regretterait.
Quelle humiliation. Alice était forte. Alice était digne. Elle n’était point ce volcan bouillonnant. Elle était maîtrise.
Elle inspira longuement, sa tête basculée en arrière pour laisser le vent marin caresser sa gorge exposée. Mais dans sa poitrine, le coeur continuait de cogner, comme pour lui rappeler qu’elle avait été à deux doigts de lui casser le nez d’un coup de tête vengeur.
Alice rabaissa lentement le menton, ses yeux retrouvant Hangoover. Un éclat glacé y brillait, encore vibrant de colère. Force et dignité, Alice.
« Convenons alors que nous sommes deux clichés. A la différence que moi, je ne vois pas en cela une insulte. Je suis reconnaissante envers ma famille qui a toujours tout sacrifié pour me permettre d’être ce que je suis aujourd’hui. Et ce que je suis aujourd’hui, j’en suis fière. J’en suis extrêmement fière. Pouvez-vous en dire autant ? »
Avec trop de précipitation, Alice avala la distance qu’elle avait creusé entre eux pour se placer à nouveau devant lui, et ouvrit à nouveau la bouche pour poursuivre avec une agressivité qu’elle ne se pardonnerait pas une fois seule :
« Qu’est-ce qui me dit que vous n’avez pas spécialement choisi ce groupe comme symbole pour votre rébellion, hm ? Le logo de Dirty Colette n’était-il pas assez agressif ? La voix du chanteur de Soft Kitty, pas assez violente ? Je vous en prie, Christopher ! Prouvez-moi que vous, vous détenez le monopole d’Unikorn ! Faîtes, et je vous promets de vous offrir les services d'un couturier pour répondre à toutes vos exigences de paon en cuir ! »
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Pour une poignée de caillasse
De l'extérieur, on pourrait les croire à deux doigts de se sauter dessus. L'un face à l'autre, séparés seulement de quelques centimètres, les épaules crispées par la colère, les visages sculptés dans le marbre de la colère, les souffles qui se mélangent tant ils ont avalé la distance pour pouvoir jeter leurs mots fulminants à l'autre. Christopher sent toute la tension dans son corps, née simplement de son orgueil blessé et de sa fierté lacérée. Il a conscience de l'origine de sa colère, cela ne l'empêche pas d'avoir les yeux brillants de rage, les mâchoires tellement crispées que ses muscles ressortent, les veines de son cou saillants désagréablement. Il pourrait aisément se contrôler, d'ailleurs, mais il ne le fait pas. Peut-être parce qu'il a une véritable réponse en face et pas seulement des yeux gorgés de larme ou un visage froissé par l'injustice. Cette femme-là exprime une véritable colère et pour la première fois depuis qu'il lui fait face, Christopher se demande s'il ne l'a pas poussée un peu trop loin dans ses retranchements.
Il est capable de mettre le doigt sur le moment même où elle flanche. Cela se voit dans ses yeux et dans le souffle qu'elle expire soudainement et qui vient caresser les lèvres de Christopher. Puis ses mâchoires se serrent également et les yeux de l'homme se mettent à glisser sur sa peau pour ne rien manquer du spectacle qu'elle lui offre. S'il avait été moins remonté, il aurait sourit devant cette victoire. Il se contente de regarder et d'écouter son cœur qui frappe contre ses cotes ; la joie de voir l'effet de ses mots sur la femme se mêle à ses muscles crispés. Drôle de cocktail qui rend Christopher fébrile.
Il l'aurait manqué s'il ne la regardait pas avec autant d'attention. Un frémissement sur sa joue, comme un glissement de terrain, le terrain étant sa peau. Ses yeux obsidienne se braquent aussitôt dans cette direction. L'espace d'une seconde, il lui semble voir quelque chose de blanchâtre, comme une vieille cicatrice et peut-être bien... Un clignement de paupière, l'image disparaît, Christopher remonte aussitôt vers les yeux tempétueux de la dame avec l'impression d'avoir rêvé. Et... Voilà, songe-t-il en l'observant d'un regard avide. Elle se recule. Oh, qu'il est bon de voir ça ! Ses doigts dans ses cheveux, ce souffle qu'elle cherche... C'est gagné, se dit Christopher qui se redresse inconsciemment. Il l'a mise hors d'elle, voilà.
Cela apaise le plus gros de sa colère. Comme s'il avait atteint son objectif. Il sait qu'elle n'en a pas fini avec lui et qu'elle se montrera certainement encore plus piquante qu'auparavant, mais il a l'impression qu'elle pourrait dire n'importe quoi : désormais, plus rien ne saurait l'atteindre.
Évidemment, une seconde plus tard il déchante. Oh ce n'est pas l'évocation de sa famille, ce n'est pas non plus le fait qu'elle s'approche de nouveau tout près de lui, ça non. C'est le reste. Le reste qui renvoie le jus dans ses veines ; celui de la colère, comme s'il se prenait une porte en pleine tête tant c'est violent ces coups de colère qu'elle lui inspire, dignes de ses plus grandes crises adolescentes.
« Oh mais je suis fier de ce que je suis, réussit-il à dire à travers ses mâchoires serrées. De ce que je suis, pas de ce que ma famille a fait de moi. »
Pas besoin de rajouter contrairement à vous, elle comprendra très bien où il veut en venir. Son regard saute d'une pupille grise à l'autre, incapable de se fixer sur l'une d'elles car son esprit bouillant l'empêche de se calmer, tout comme son orgueil blessé. Paon en cuir. Est-il donc ridicule dans son magnifique pantalon ? Non, les reflets ne savent pas mentir et le sien lui a renvoyé l'image d'un homme tout à fait bien formé, tout à l'heure. Cette insupportable Alice ne lui fera pas remettre en question sa propre appréciation de son fessier, ça non. Personne n'a réussi jusqu'ici, elle n'y parviendra pas non plus. C'est seulement qu'elle est incapable d'apprécier la beauté à sa juste valeur, voilà tout. Elle aurait sans doute préféré qu'il porte un costume trois pièces et qu'il s'étouffe dans sa cravate. Une bonne fille comme elle, ça méprise le cuir tant qu'il n'est pas sur une combinaison de vol hors de prix. Bien évidemment.
La respiration passe laborieusement à travers ses narines dilatées. Il est obligé de contrôler son débit pour ne pas souffler comme un bœuf tant il est remonté, bien que sa victoire de tout à l'heure l'ait fait un peu redescendre. Il a tout de même conscience que la femme se trouve (de nouveau) à quelques centimètres de lui et quelque chose comme la décence l'empêche de lui souffler au visage. Et pourquoi, d'ailleurs ? songe-t-il avec aigreur, conscient que ce n'est là que les restes de son éducation. Pourquoi s'en empêcher ? Christopher expire soudainement et tant pis si elle se prend son haleine de tabac froid et de chewing-gum dans le visage.
« Et pourquoi je prouverai quoi que ce soit à une femme qui cite les seuls groupes de Rock qu'elle connait pour faire croire qu'elle maîtrise le sujet, mh ? » lance-t-il en approchant son visage du sien dans une mimique à la fois très immature et provocante.
Inconsciemment, ses yeux glissent de nouveau vers la joue camouflée mais il ne remarque rien d'autre qu'une peau diaphane d'apparence parfaite. Peut-être ne s'agissait-il que d'un gros bouton sous un sortilège camoufleur, finalement. Presque aussitôt, il reprend la parole, parce qu'en fait il a tout à fait l'intention de lui prouver qu'il est un vrai fan d'Unikorn et qu'il n'a pas choisi un groupe de hard-rock au hasard comme simple acte de rébellion. C'est insulter toute une partie de sa vie que de dire ça ! C'est bafouer son amour de la musique, c'est le piétiner !
« J'irai à tous leurs concerts en Grande-Bretagne si ce n'était qu'un signe de rébellion ? Je me serais tatoué leur premier album sur la peau ? »
Comme preuve, il lève une nouvelle fois son bras nu pour le positionner juste à côté de leur deux visages. Ainsi, elle aura une vue de choix sur le visage grimaçant. La voix de Christopher prend des nuances outrées et, de ce fait, elle commence à partir dans les aiguës.
« Ce que vous prenez pour une rébellion, ça s'appelle la passion, ma petite dame, quelque chose que vous ne connaissez apparemment pas. »
Il garde pour lui l'existence des autographes de chaque membre du groupe qu'il a affiché dans ses toilettes, les nombreux tee-shirt et capes de leurs concerts qu'il a dans son armoire, ne dira rien sur le poster qu'il a mis sous cadre, qu'il avait déjà dans sa chambre d'adolescent et qu'il a affiché dans son bureau du Pitiponk. Il tait les heures d'écoute en boucle de chacun de leur album, frisant l'obsession à écouter encore et encore la même chose. Il tait les séances de karaoké seul dans son salon, à hurler à plein poumons les paroles.
Il lève un doigt colérique pour le pointer sur Alice Sangblanc.
« Je pourrais vous citer chacune de leur musique, l'année de leur sortie, leurs paroles et vous expliquer leur signification. Mais vous savez quoi ? Vous ne le méritez pas. » Christopher hoche la tête comme s'il était tout à fait d'accord avec lui-même et lance un regard goguenard à Alice. « Et votre couturier, gardez-le pour vous. Je suis fier également d'être ce que vous appelez un "paon en cuir", mime-t-il mal en prenant une voix féminine, ou un "énième cliché en cuir". Je n'ai besoin de personne pour m'offrir toutes les pièces en cuir que je désire et surtout pas besoin de vous. »
Il est capable de mettre le doigt sur le moment même où elle flanche. Cela se voit dans ses yeux et dans le souffle qu'elle expire soudainement et qui vient caresser les lèvres de Christopher. Puis ses mâchoires se serrent également et les yeux de l'homme se mettent à glisser sur sa peau pour ne rien manquer du spectacle qu'elle lui offre. S'il avait été moins remonté, il aurait sourit devant cette victoire. Il se contente de regarder et d'écouter son cœur qui frappe contre ses cotes ; la joie de voir l'effet de ses mots sur la femme se mêle à ses muscles crispés. Drôle de cocktail qui rend Christopher fébrile.
Il l'aurait manqué s'il ne la regardait pas avec autant d'attention. Un frémissement sur sa joue, comme un glissement de terrain, le terrain étant sa peau. Ses yeux obsidienne se braquent aussitôt dans cette direction. L'espace d'une seconde, il lui semble voir quelque chose de blanchâtre, comme une vieille cicatrice et peut-être bien... Un clignement de paupière, l'image disparaît, Christopher remonte aussitôt vers les yeux tempétueux de la dame avec l'impression d'avoir rêvé. Et... Voilà, songe-t-il en l'observant d'un regard avide. Elle se recule. Oh, qu'il est bon de voir ça ! Ses doigts dans ses cheveux, ce souffle qu'elle cherche... C'est gagné, se dit Christopher qui se redresse inconsciemment. Il l'a mise hors d'elle, voilà.
Cela apaise le plus gros de sa colère. Comme s'il avait atteint son objectif. Il sait qu'elle n'en a pas fini avec lui et qu'elle se montrera certainement encore plus piquante qu'auparavant, mais il a l'impression qu'elle pourrait dire n'importe quoi : désormais, plus rien ne saurait l'atteindre.
Évidemment, une seconde plus tard il déchante. Oh ce n'est pas l'évocation de sa famille, ce n'est pas non plus le fait qu'elle s'approche de nouveau tout près de lui, ça non. C'est le reste. Le reste qui renvoie le jus dans ses veines ; celui de la colère, comme s'il se prenait une porte en pleine tête tant c'est violent ces coups de colère qu'elle lui inspire, dignes de ses plus grandes crises adolescentes.
« Oh mais je suis fier de ce que je suis, réussit-il à dire à travers ses mâchoires serrées. De ce que je suis, pas de ce que ma famille a fait de moi. »
Pas besoin de rajouter contrairement à vous, elle comprendra très bien où il veut en venir. Son regard saute d'une pupille grise à l'autre, incapable de se fixer sur l'une d'elles car son esprit bouillant l'empêche de se calmer, tout comme son orgueil blessé. Paon en cuir. Est-il donc ridicule dans son magnifique pantalon ? Non, les reflets ne savent pas mentir et le sien lui a renvoyé l'image d'un homme tout à fait bien formé, tout à l'heure. Cette insupportable Alice ne lui fera pas remettre en question sa propre appréciation de son fessier, ça non. Personne n'a réussi jusqu'ici, elle n'y parviendra pas non plus. C'est seulement qu'elle est incapable d'apprécier la beauté à sa juste valeur, voilà tout. Elle aurait sans doute préféré qu'il porte un costume trois pièces et qu'il s'étouffe dans sa cravate. Une bonne fille comme elle, ça méprise le cuir tant qu'il n'est pas sur une combinaison de vol hors de prix. Bien évidemment.
La respiration passe laborieusement à travers ses narines dilatées. Il est obligé de contrôler son débit pour ne pas souffler comme un bœuf tant il est remonté, bien que sa victoire de tout à l'heure l'ait fait un peu redescendre. Il a tout de même conscience que la femme se trouve (de nouveau) à quelques centimètres de lui et quelque chose comme la décence l'empêche de lui souffler au visage. Et pourquoi, d'ailleurs ? songe-t-il avec aigreur, conscient que ce n'est là que les restes de son éducation. Pourquoi s'en empêcher ? Christopher expire soudainement et tant pis si elle se prend son haleine de tabac froid et de chewing-gum dans le visage.
« Et pourquoi je prouverai quoi que ce soit à une femme qui cite les seuls groupes de Rock qu'elle connait pour faire croire qu'elle maîtrise le sujet, mh ? » lance-t-il en approchant son visage du sien dans une mimique à la fois très immature et provocante.
Inconsciemment, ses yeux glissent de nouveau vers la joue camouflée mais il ne remarque rien d'autre qu'une peau diaphane d'apparence parfaite. Peut-être ne s'agissait-il que d'un gros bouton sous un sortilège camoufleur, finalement. Presque aussitôt, il reprend la parole, parce qu'en fait il a tout à fait l'intention de lui prouver qu'il est un vrai fan d'Unikorn et qu'il n'a pas choisi un groupe de hard-rock au hasard comme simple acte de rébellion. C'est insulter toute une partie de sa vie que de dire ça ! C'est bafouer son amour de la musique, c'est le piétiner !
« J'irai à tous leurs concerts en Grande-Bretagne si ce n'était qu'un signe de rébellion ? Je me serais tatoué leur premier album sur la peau ? »
Comme preuve, il lève une nouvelle fois son bras nu pour le positionner juste à côté de leur deux visages. Ainsi, elle aura une vue de choix sur le visage grimaçant. La voix de Christopher prend des nuances outrées et, de ce fait, elle commence à partir dans les aiguës.
« Ce que vous prenez pour une rébellion, ça s'appelle la passion, ma petite dame, quelque chose que vous ne connaissez apparemment pas. »
Il garde pour lui l'existence des autographes de chaque membre du groupe qu'il a affiché dans ses toilettes, les nombreux tee-shirt et capes de leurs concerts qu'il a dans son armoire, ne dira rien sur le poster qu'il a mis sous cadre, qu'il avait déjà dans sa chambre d'adolescent et qu'il a affiché dans son bureau du Pitiponk. Il tait les heures d'écoute en boucle de chacun de leur album, frisant l'obsession à écouter encore et encore la même chose. Il tait les séances de karaoké seul dans son salon, à hurler à plein poumons les paroles.
Il lève un doigt colérique pour le pointer sur Alice Sangblanc.
« Je pourrais vous citer chacune de leur musique, l'année de leur sortie, leurs paroles et vous expliquer leur signification. Mais vous savez quoi ? Vous ne le méritez pas. » Christopher hoche la tête comme s'il était tout à fait d'accord avec lui-même et lance un regard goguenard à Alice. « Et votre couturier, gardez-le pour vous. Je suis fier également d'être ce que vous appelez un "paon en cuir", mime-t-il mal en prenant une voix féminine, ou un "énième cliché en cuir". Je n'ai besoin de personne pour m'offrir toutes les pièces en cuir que je désire et surtout pas besoin de vous. »
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
La honte n’était pas un sentiment qu’Alice avait l’habitude de ressentir. La colère, celle ci oui, bien trop souvent. Elle ne savait jamais qu’en faire, et s’assurait toujours de la muer en mépris cinglant pour ne pas la voir se métamorphoser en tempête. Elle rétorquait toujours, cherchant à trouver l’accalmie dans le regard vexé ou blessé de son adversaire.
C’est ce qu’elle avait essayé de faire avec Hangoover. Ses yeux noirs auraient dû se voiler de douleur. Il aurait dû rendre les armes, apaiser Alice, apaiser le feu qui brûlait en elle.
Il y parvient, mais de la plus cruelle des manières.
Il l’humiliait. Avec une facilité qui étouffa les flammes d’Alice.
Le pire dans tout cela, fut que jamais elle ne baissa les yeux.
Lorsqu’il approcha son visage du sien pour lui cracher son haleine au visage autant que son mépris, elle resta droite. Elle avait citer les seuls groupes de rock sorcier qu’elle connaissait, mais pas pour laisser penser qu’elle maîtrisait quoi que ce soit. Car elle ne maîtrisait rien. Absolument rien. Ni son souffle heurté mêlé au sien qui lui paraissait une brûlure, ni le tremblements de ses doigts contre ses hanches, pas même la rigidité de sa nuque qui ne pliait pas, ni ses lèvres serrées qui ne trouveraient rien à rétorquer.
Il l’humiliait… et elle ne pouvait rien faire d’autre qu’encaisser.
Encaisser ? Alice… tu n’encaisses rien du tout. Tu subis.
Elle ne broncha pas en voyant son regard glisser sur sa joue là où, elle le savait, il avait vu sa cicatrice. Elle s’était dévoilée, n’est-ce pas ? Bien sûr. Alice avait perdu le contrôle, sa concentration. Elle l’avait senti dans le bout de ses ongles, là où sa magie se terrait à chaque fois qu’Alice n’était plus capable d’être en maîtrise.
L’humiliation poursuivit. Hangoover lui jetait au visage toutes les preuves, celles qu’elle n’aurait pas du demander. Quelle bêtise. Bien sûr qu’il ne simulait pas son amour pour ce groupe ! Alice le savait ! Elle le savait ! Bien sûr qu’elle le savait ! Idiote qui perd ses moyens et contre-attaque avec bêtise !
Elle méritait cette humiliation. Elle méritait toute la violence qu’il lui assena. Elle méritait ce bras qu’il lui exposait encore. Elle méritait sa colère, son mépris, sa douleur d’avoir vu une pauvre petite imbécile tenter de le blesser.
Elle méritait le doigt qu’il pointa sur elle.
Mais ces mots ? Ces mots là ? Non. Ceux là, personne ne devait les recevoir.
Elle ne méritait pas d’entendre cela.
Alice baissa les yeux, son regard tombant sur les bottines de Hangoover, en opposition à ses jolis souliers en cuir glacé. Dans leurs ombres, elle le voyait lui, drapé de colère, de mépris et de fierté… et elle, ses mains tremblantes. Elle, la ridicule poupée figée dans sa belle robe.
La colère battait toujours, mais elle n’avait plus de forme, plus de lame, plus de poison. Seulement un tumulte qui noyait son coeur.
« Je… »
Elle n’avait rien à répliquer, et son corps, dans sa grande mansuétude, lui évita l’humiliation de nouvelles paroles vides de sens en étouffant ses mots dans sa gorge.
Alice serra les dents, les yeux bas, le sang battant à ses temps.
L’humiliation était un sentiment que jamais une Sangblanc ne devrait ressentir. Une Sangblanc ne devait rien ressentir. Rien. Ainsi devait-être les choses. Une Sangblanc reste droite et ne courbe jamais l’échine. Elle n’a pas besoin de hurler pour faire choir les autres. Elle fédère les autres d’un regard. Elle…
Il fallait répondre, il fallait répliquer. Trouver quelque chose. Vite. Quelque chose. Ne pas rester là, offerte à son regard et à ses mots ! Il fallait à tout prix réagir, ne pas ployer, jamais ployer.
Sa gorge l’étranglait, comme si la main de ses ancêtres était là, avortant chaque nouvelle arme qu’elle tendrait à Hangoover pour la poignarder.
Alice resta figée. Ses lèvres s’entrouvrirent, mais aucun mot n’en sortit. Pas une réplique, pas un sarcasme, pas même une ironie pour lui renvoyer sa cruauté au visage.
Elle ne trouva rien.
Et ce rien pesait plus lourd que toutes les insultes de l’homme.
Son regard regard se perdit un instant, troublé. Il n’avait pas seulement brisé son masque : il venait d’exposer le vide derrière.
Si elle n’était pas capable de répondre aujourd’hui, à lui, à cet homme qui n’avait ni couronne ni trône, comment pourrait-elle demain se dresser face à un gouvernement ? Comment prétendre porter un peuple si elle n’était pas même capable de tenir son rang devant un insolent en cuir.
Ses doigts tremblaient encore, mais ce tremblement n’était plus de la colère cette fois. C’était la peur. La peur de ne pas être à la hauteur.
Finalement, le Conseil n’a pas besoin de lever la main pour t’écraser… il leur suffit d’un sourire narquois, d’un mot bien placé, et tu t’effondres. Elle est belle, la révolutionnaire.
Alice recula d’un pas, son menton se dressant un peu. Plus pour le regarder. Pour regarder ailleurs. Elle enfonça ses lunettes sur ses yeux du bout de son index tremblant. Un instant, Alice eut l’impression que ses Ancêtres, ses glorieux Ancêtres l’entouraient. Ils étaient là, toujours, bien sûr. Mais cette fois, Alice avait senti leur poids sur ses épaules. Comme si Alice ne méritait pas de se tenir debout face à lui, face à celui qui l’avait mise à terre.
Elle ne serait jamais assez. Pas assez forte, pas assez maligne, pas assez, jamais assez.
Alice se revoyait quelques jours plus tôt, pleurant face à son gâteau d’anniversaire, écrasée par un fardeau qu’elle avait elle même jeté sur ses épaules.
Elle n’y arriverait pas. Elle ne pourrait pas. Il lui avait montré à quel point elle ne serait jamais assez.
Dans les yeux de ce passant, elle n’était rien de moins qu’une petite idiote qui ne méritait pas d’avoir les mêmes passions que lui. Lui, en débardeur dans la rue, en cuir en été, ne l’estimait pas assez bien pour partager quelque chose avec lui.
Vous ne le méritez pas.
Je n’ai pas besoin de vous.
Alice recula d’un autre pas. Elle déglutit. Ses doigts se perdirent dans ses boucles blanches. Ses ongles agrippèrent son crâne sans se blesser.
C’est pitoyable, Alice. Vraiment pitoyable. Elle est belle, la femme qui se prend pour une impératrice. Le Conseil a encore de beaux jours devant lui.
C’est ce qu’elle avait essayé de faire avec Hangoover. Ses yeux noirs auraient dû se voiler de douleur. Il aurait dû rendre les armes, apaiser Alice, apaiser le feu qui brûlait en elle.
Il y parvient, mais de la plus cruelle des manières.
Il l’humiliait. Avec une facilité qui étouffa les flammes d’Alice.
Le pire dans tout cela, fut que jamais elle ne baissa les yeux.
Lorsqu’il approcha son visage du sien pour lui cracher son haleine au visage autant que son mépris, elle resta droite. Elle avait citer les seuls groupes de rock sorcier qu’elle connaissait, mais pas pour laisser penser qu’elle maîtrisait quoi que ce soit. Car elle ne maîtrisait rien. Absolument rien. Ni son souffle heurté mêlé au sien qui lui paraissait une brûlure, ni le tremblements de ses doigts contre ses hanches, pas même la rigidité de sa nuque qui ne pliait pas, ni ses lèvres serrées qui ne trouveraient rien à rétorquer.
Il l’humiliait… et elle ne pouvait rien faire d’autre qu’encaisser.
Encaisser ? Alice… tu n’encaisses rien du tout. Tu subis.
Elle ne broncha pas en voyant son regard glisser sur sa joue là où, elle le savait, il avait vu sa cicatrice. Elle s’était dévoilée, n’est-ce pas ? Bien sûr. Alice avait perdu le contrôle, sa concentration. Elle l’avait senti dans le bout de ses ongles, là où sa magie se terrait à chaque fois qu’Alice n’était plus capable d’être en maîtrise.
L’humiliation poursuivit. Hangoover lui jetait au visage toutes les preuves, celles qu’elle n’aurait pas du demander. Quelle bêtise. Bien sûr qu’il ne simulait pas son amour pour ce groupe ! Alice le savait ! Elle le savait ! Bien sûr qu’elle le savait ! Idiote qui perd ses moyens et contre-attaque avec bêtise !
Elle méritait cette humiliation. Elle méritait toute la violence qu’il lui assena. Elle méritait ce bras qu’il lui exposait encore. Elle méritait sa colère, son mépris, sa douleur d’avoir vu une pauvre petite imbécile tenter de le blesser.
Elle méritait le doigt qu’il pointa sur elle.
Mais ces mots ? Ces mots là ? Non. Ceux là, personne ne devait les recevoir.
Elle ne méritait pas d’entendre cela.
Alice baissa les yeux, son regard tombant sur les bottines de Hangoover, en opposition à ses jolis souliers en cuir glacé. Dans leurs ombres, elle le voyait lui, drapé de colère, de mépris et de fierté… et elle, ses mains tremblantes. Elle, la ridicule poupée figée dans sa belle robe.
La colère battait toujours, mais elle n’avait plus de forme, plus de lame, plus de poison. Seulement un tumulte qui noyait son coeur.
« Je… »
Elle n’avait rien à répliquer, et son corps, dans sa grande mansuétude, lui évita l’humiliation de nouvelles paroles vides de sens en étouffant ses mots dans sa gorge.
Alice serra les dents, les yeux bas, le sang battant à ses temps.
L’humiliation était un sentiment que jamais une Sangblanc ne devrait ressentir. Une Sangblanc ne devait rien ressentir. Rien. Ainsi devait-être les choses. Une Sangblanc reste droite et ne courbe jamais l’échine. Elle n’a pas besoin de hurler pour faire choir les autres. Elle fédère les autres d’un regard. Elle…
Il fallait répondre, il fallait répliquer. Trouver quelque chose. Vite. Quelque chose. Ne pas rester là, offerte à son regard et à ses mots ! Il fallait à tout prix réagir, ne pas ployer, jamais ployer.
Sa gorge l’étranglait, comme si la main de ses ancêtres était là, avortant chaque nouvelle arme qu’elle tendrait à Hangoover pour la poignarder.
Alice resta figée. Ses lèvres s’entrouvrirent, mais aucun mot n’en sortit. Pas une réplique, pas un sarcasme, pas même une ironie pour lui renvoyer sa cruauté au visage.
Elle ne trouva rien.
Et ce rien pesait plus lourd que toutes les insultes de l’homme.
Son regard regard se perdit un instant, troublé. Il n’avait pas seulement brisé son masque : il venait d’exposer le vide derrière.
Si elle n’était pas capable de répondre aujourd’hui, à lui, à cet homme qui n’avait ni couronne ni trône, comment pourrait-elle demain se dresser face à un gouvernement ? Comment prétendre porter un peuple si elle n’était pas même capable de tenir son rang devant un insolent en cuir.
Ses doigts tremblaient encore, mais ce tremblement n’était plus de la colère cette fois. C’était la peur. La peur de ne pas être à la hauteur.
Finalement, le Conseil n’a pas besoin de lever la main pour t’écraser… il leur suffit d’un sourire narquois, d’un mot bien placé, et tu t’effondres. Elle est belle, la révolutionnaire.
Alice recula d’un pas, son menton se dressant un peu. Plus pour le regarder. Pour regarder ailleurs. Elle enfonça ses lunettes sur ses yeux du bout de son index tremblant. Un instant, Alice eut l’impression que ses Ancêtres, ses glorieux Ancêtres l’entouraient. Ils étaient là, toujours, bien sûr. Mais cette fois, Alice avait senti leur poids sur ses épaules. Comme si Alice ne méritait pas de se tenir debout face à lui, face à celui qui l’avait mise à terre.
Elle ne serait jamais assez. Pas assez forte, pas assez maligne, pas assez, jamais assez.
Alice se revoyait quelques jours plus tôt, pleurant face à son gâteau d’anniversaire, écrasée par un fardeau qu’elle avait elle même jeté sur ses épaules.
Elle n’y arriverait pas. Elle ne pourrait pas. Il lui avait montré à quel point elle ne serait jamais assez.
Dans les yeux de ce passant, elle n’était rien de moins qu’une petite idiote qui ne méritait pas d’avoir les mêmes passions que lui. Lui, en débardeur dans la rue, en cuir en été, ne l’estimait pas assez bien pour partager quelque chose avec lui.
Vous ne le méritez pas.
Je n’ai pas besoin de vous.
Alice recula d’un autre pas. Elle déglutit. Ses doigts se perdirent dans ses boucles blanches. Ses ongles agrippèrent son crâne sans se blesser.
C’est pitoyable, Alice. Vraiment pitoyable. Elle est belle, la femme qui se prend pour une impératrice. Le Conseil a encore de beaux jours devant lui.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Pour une poignée de caillasse
D'abord le sentiment de victoire écrasant, celui qui rend son sang brûlant dans ses veines, qui fait palpiter son cœur, qui étire un sourire narquois sur ses lèvres, qui fait respirer un petit peu plus vite parce que ses émotions l'étouffent ; la belle victoire, la victoire intense, la victoire passionnée, celle qui rend puissant, celle qui rend immense, celle qui fait se dire : je l'ai eue, elle ne pourra rien d'autre contre moi. C'est ce que ressent Christopher lorsque le silence commence à s'étirer à un point où il ne peut que songer à l'hypothèse qu'elle n'ait plus rien à lui dire. Et dans un combat comme celui qu'ils sont en train de mener, le silence n'est pas une arme. Il est une perte, il est une fin : celui qui ne réplique pas suffisamment vite, celui qui ne blesse pas, qui ne prend pas le dessus est celui qui est destiné à se taire à jamais, humilié, vaincu. Aussi Christopher sent-il les prémisses de la victoire résonner dans son corps et faire vibrer son âme : il est absolument certain, quand elle ouvre la bouche sans pourtant émettre davantage de son que celui de ce triste « Je... », qu'il a gagné la joute verbale.
Acceptant le silence comme il l'a fait quand elle avait les yeux baissés vers leurs pieds, Christopher parait gagner un ou deux centimètres au moment où Sangblanc recule pour lui rendre son espace — pour signifier sa capitulation. Parce que c'est cela, n'est-ce pas ? Si encore elle avait reculé en lui assénant une nouvelle phrase qui aurait froissé sa fierté, Christopher ne l'aurait pas pris comme un signe de reddition, mais là elle recule sans un mot. Cela veut tout dire. Bientôt, elle ricanera un peu et sortira une réplique vide de sens, comme elles le font toutes pour garder la face. Et là, il pourra lui porter le dernier coup, celui qui la fera fuir pour retrouver les jupons de sa chère petite famille. Il attend que ça arrive, il attend qu'elle ait terminé de passer sa colère dans ses mâchoires crispées, qu'elle ait fini de cacher sa honte derrière ses lunettes en verres fumés pour qu'elle lui donne l'arme de mettre fin à tout cela.
Il attend sans que cela vienne.
Un nouveau pas l'éloigne de lui et les yeux de Christopher sont attirés par ses doigts qu'elle passe dans sa chevelure qui doit la rendre si fière. Le geste le dérange et le met mal à l'aise sans qu'il en comprenne la raison. Tout à coup, presque brusquement, sa victoire prend un goût acre qu'elle n'avait pas une seconde plus tôt. Au lieu de voir la honte de la jeune fille, il remarque son visage figé. Au lieu de se réjouir de ses mâchoires crispées par la colère, il voit ses doigts agrippés à son crâne en un geste intime qui, il le sait, elle n'aurait pas dû faire devant lui car elle a été éduquée à ne rien laisser paraître.
Alors pour la toute première fois, Christopher se demande s'il se pourrait qu'il l'ait réellement blessée. Pas seulement pour la faire sortir de ses gonds, pour lui faire voir la réalité en face, pour la faire redescendre comme il fait avec tous les fils et filles de bonne famille imbus d'eux-mêmes qu'il rencontre, mais vraiment blessée, le genre de douleur qui peut agripper un cœur et le malmener des jours durant. Si Christopher se pose cette question, c'est parce que les fils et filles de bonne famille imbus d'eux-mêmes qu'il fréquente ne sont jamais réellement blessés. Après une discussion avec lui leur orgueil est abimé, leur fierté froissée, mais profondément blessés ? Encore faudrait-il être capable de ressentir réellement quelque chose, quelque chose de sincère et qui nous appartient totalement, pour l'être. Et l'idée que celle-ci puisse l'être le ramène bien malgré lui aux pensées qu'il a eues quand elle a reconnu la pochette d'album d'Unikorn sur son tatouage ou quand elle a parlé avec une si grande maîtrise de couturier et de haute-couture, des pensées qui lui font se dire : peut-être que... Peut-être qu'elle n'est pas aussi emmerdante et coincée qu'elle a l'air, peut-être cache-t-elle quelque chose d'autre que du vide sous cet insupportable masque que portent tous ces bourgeois qui ont un veracrasse à la place du cerveau et qu'elle porte également, peut-être apprécie-t-elle vraiment le Rock, peut-être, peut-être, peut-être... Mais les peut-être sont comme tout le reste, ils ont besoin qu'on leur accorde de l'intérêt pour grandir. Seulement, Chris n'est pas prêt à revisiter le regard qu'il pose sur Alice Sangblanc. Du moins, pas pour l'instant.
« Vous quoi ? » lance-t-il alors sur le ton qui est le sien depuis plusieurs minutes, à savoir un ton cassant et provocateur.
Elle aurait dû répliquer quelque chose, ne serait-ce qu'une phrase vide de sens qui l'aurait fait ricaner et qui aurait pu le libérer de cette joute verbale sur cette simple conclusion : « vous êtes vraiment comme toutes les autres ». Il aurait alors pu partir et poursuivre sa journée. À la place, elle lui offre ce silence qui le fait réfléchir et c'est comme si elle ne respectait pas sa part du contrat. Christopher est frustré qu'elle ne le fasse pas. Qu'elle agisse comme si tout était vrai. Comme si ce n'était pas qu'un simple jeu, tout cela, le jeu du Christopher-insulte-ceux-de-son-cercle-et-se-croit-mieux-que-les-autres.
« C'est à vous, là ! poursuit-il, mais au lieu d'étirer le sourire narquois qu'il avait envie d'afficher, il se contente de sourcils froncés par la consternation. Allez, balancez-moi quelque chose, puis je ferai la même chose, c'est bien ce qu'on était en train de faire, non ? »
Il écarte les bras dans un mouvement purement provocateur, comme pour la pousser à le frapper. Sa chemise pend au bout de sa main gauche. Elle sera froissée quand il voudra la remettre, c'est un détail qui préoccupe sincèrement Christopher en arrière-plan de son esprit.
Acceptant le silence comme il l'a fait quand elle avait les yeux baissés vers leurs pieds, Christopher parait gagner un ou deux centimètres au moment où Sangblanc recule pour lui rendre son espace — pour signifier sa capitulation. Parce que c'est cela, n'est-ce pas ? Si encore elle avait reculé en lui assénant une nouvelle phrase qui aurait froissé sa fierté, Christopher ne l'aurait pas pris comme un signe de reddition, mais là elle recule sans un mot. Cela veut tout dire. Bientôt, elle ricanera un peu et sortira une réplique vide de sens, comme elles le font toutes pour garder la face. Et là, il pourra lui porter le dernier coup, celui qui la fera fuir pour retrouver les jupons de sa chère petite famille. Il attend que ça arrive, il attend qu'elle ait terminé de passer sa colère dans ses mâchoires crispées, qu'elle ait fini de cacher sa honte derrière ses lunettes en verres fumés pour qu'elle lui donne l'arme de mettre fin à tout cela.
Il attend sans que cela vienne.
Un nouveau pas l'éloigne de lui et les yeux de Christopher sont attirés par ses doigts qu'elle passe dans sa chevelure qui doit la rendre si fière. Le geste le dérange et le met mal à l'aise sans qu'il en comprenne la raison. Tout à coup, presque brusquement, sa victoire prend un goût acre qu'elle n'avait pas une seconde plus tôt. Au lieu de voir la honte de la jeune fille, il remarque son visage figé. Au lieu de se réjouir de ses mâchoires crispées par la colère, il voit ses doigts agrippés à son crâne en un geste intime qui, il le sait, elle n'aurait pas dû faire devant lui car elle a été éduquée à ne rien laisser paraître.
Alors pour la toute première fois, Christopher se demande s'il se pourrait qu'il l'ait réellement blessée. Pas seulement pour la faire sortir de ses gonds, pour lui faire voir la réalité en face, pour la faire redescendre comme il fait avec tous les fils et filles de bonne famille imbus d'eux-mêmes qu'il rencontre, mais vraiment blessée, le genre de douleur qui peut agripper un cœur et le malmener des jours durant. Si Christopher se pose cette question, c'est parce que les fils et filles de bonne famille imbus d'eux-mêmes qu'il fréquente ne sont jamais réellement blessés. Après une discussion avec lui leur orgueil est abimé, leur fierté froissée, mais profondément blessés ? Encore faudrait-il être capable de ressentir réellement quelque chose, quelque chose de sincère et qui nous appartient totalement, pour l'être. Et l'idée que celle-ci puisse l'être le ramène bien malgré lui aux pensées qu'il a eues quand elle a reconnu la pochette d'album d'Unikorn sur son tatouage ou quand elle a parlé avec une si grande maîtrise de couturier et de haute-couture, des pensées qui lui font se dire : peut-être que... Peut-être qu'elle n'est pas aussi emmerdante et coincée qu'elle a l'air, peut-être cache-t-elle quelque chose d'autre que du vide sous cet insupportable masque que portent tous ces bourgeois qui ont un veracrasse à la place du cerveau et qu'elle porte également, peut-être apprécie-t-elle vraiment le Rock, peut-être, peut-être, peut-être... Mais les peut-être sont comme tout le reste, ils ont besoin qu'on leur accorde de l'intérêt pour grandir. Seulement, Chris n'est pas prêt à revisiter le regard qu'il pose sur Alice Sangblanc. Du moins, pas pour l'instant.
« Vous quoi ? » lance-t-il alors sur le ton qui est le sien depuis plusieurs minutes, à savoir un ton cassant et provocateur.
Elle aurait dû répliquer quelque chose, ne serait-ce qu'une phrase vide de sens qui l'aurait fait ricaner et qui aurait pu le libérer de cette joute verbale sur cette simple conclusion : « vous êtes vraiment comme toutes les autres ». Il aurait alors pu partir et poursuivre sa journée. À la place, elle lui offre ce silence qui le fait réfléchir et c'est comme si elle ne respectait pas sa part du contrat. Christopher est frustré qu'elle ne le fasse pas. Qu'elle agisse comme si tout était vrai. Comme si ce n'était pas qu'un simple jeu, tout cela, le jeu du Christopher-insulte-ceux-de-son-cercle-et-se-croit-mieux-que-les-autres.
« C'est à vous, là ! poursuit-il, mais au lieu d'étirer le sourire narquois qu'il avait envie d'afficher, il se contente de sourcils froncés par la consternation. Allez, balancez-moi quelque chose, puis je ferai la même chose, c'est bien ce qu'on était en train de faire, non ? »
Il écarte les bras dans un mouvement purement provocateur, comme pour la pousser à le frapper. Sa chemise pend au bout de sa main gauche. Elle sera froissée quand il voudra la remettre, c'est un détail qui préoccupe sincèrement Christopher en arrière-plan de son esprit.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
Contre-attaquer, il fallait contre-attaquer ! Taire ce cœur affolé, ce sang battant à ses tempes ! Éteindre ce regard mortifié ! Contre-attaquer, il fallait…
Sa mâchoire se serrait et se desserrait, ses dents se heurtaient les unes contre les autres comme si elles cherchaient à mordre quelque chose pour finalement repousser cette violente volonté. Elle les sentait s’acharner, les échos rebondissaient dans son crâne et se heurtaient à son doigt.
Cela n’allait pas.
Alice ressentait trop son corps sans parvenir à écouter son esprit. Ce n’était pas elle. Elle ne devait pas laisser les mots d’un homme l’atteindre. Elle ne devait pas. Il ne fallait pas.
C’était pitoyable. Pitoyable. Elle était pitoyable. Ce ne sont que des mots ! Les vilainies d’un homme blessé dans son orgueil ! Et les hommes peuvent être mauvais lorsqu’on s’attaque à leur précieuse fierté. Alice le savait. Lui ? Il avait réagir exactement comme il devait réagir. Comme un homme. C’était une réaction attendue ! Alors pourquoi tout cela ? Pourquoi se sentait-elle vexée et humiliée pour une réponse attendue ? C’était de qu’elle était venu chercher. Elle avait provoqué cette situation. Elle avait gagné !
Gagné ? Mais qu’avait-elle gagné ? Tout ceci n’était qu’un jeu sans improvisation, tout était écrit à l’avance : un homme vexé devient un homme méchant. Lui etait suffisamment bien éduqué pour la blesser avec des mots, comme elle avant. Tout était naturel. Tout était normal.
Mais si tout était prévisible, pourquoi avait-elle perdu pied ? Pourquoi avait-elle écouter ses … inquiétudes ? Il n’était rien. Il n’était personne.
Il n’était finalement qu’un inconnu qui la détestait. Un inconnu qui se rapprochait d’elle, néanmoins. Par son goût pour la haute couture et pour la musique. Il avait décidé de la haïr parce qu’elle était elle. La gentille jeune femme bien née et bien éduquée, polie, respectueuse, qui devait se contenter d’écouter de la musique de salon dans sa jolie robe de tulle et de dentelle.
Son esprit revenait doucement, peut-être après s’être assuré que ses insécurités étaient retourné se cacher dans les ombres de ses ambitions trop lourdes pour de si jeunes épaules.
Il avait été appelé à nouveau par la voix de l’homme de cuir et d’encre, l’irrévérencieux incapable de comprendre qu’il avait été trop loin. Ce n’était qu’un homme. Rien qu’un homme.
Il voulait une réponse ? Il ne l’aurait pas. Parce que si elle venait à répondre, Alice ne le ferait pas avec ses lèvres. Quand bien même l’esprit était de retour, il n’en demeurait pas moins fébrile et soumis à un corps sur la défensive.
Elle quoi ? Voulait-il entendre ? Elle avait honte de perdre pied face à un inconnu. Elle exécrait d’avoir senti son corps se comprimer dans sa poitrine en le voyant repousser tout ce qui aurait pu les rapprocher. Elle était écœurée à l’idée d’être trop faible pour tenir tête à qui que ce soit. Était-ce qu’il voulait entendre ? Qu’elle etait désemparée de savoir que qui que ce soit puisse la haïr pour ce qu’elle devait être devant eux ?
Alice pourrait écarter ses côtes et lui montrer son cœur battant au rythme de la musique qu’il douterait encore de sa sincérité. Il avait décidé qu’elle ne serait pas assez bien pour ses goûts à lui.
Es-tu seulement assez bien pour quoi que ce soit ?
Il continuait, comme si leur échange lui manquait. C’était le cas. Les mots avaient été choisis avec soin. Alors voila ? Depuis le début, tout n’était qu’un jeu ? L’image du fléreur et de sa souris lui revenait en tête. Il voulait la voir se débattre et le mordre encore, pour lui renvoyer un nouveau coup de patte à laquelle elle répondrait encore jusqu’à l’épuisement.
Il ne souriait plus comme tantôt. Peut-être réalisait-il que le jeu avait été trop loin. Ils s’étaient blessé. Alors qu’il lui présente ses excuses pour avoir remis en question sa sincérité ! Qu’il la supplie pour son pardon, et peut-être daignerait-elle lui offrir !
Mais non, cela n’arriverait pas, car ce fléreur n’était qu’un chaton encore incapable de comprendre que ses griffes pouvaient trancher, mais s’étonnait tout de même de voir sa souris gémir.
Alice lui jeta un regard de bête acculée prête à mordre. Il étendait les bras, offrait son corps tant à ses mots qu’à ses poings. Oh, oui, ses poings auraient aimer heurter son foie, comme Père lui avait montrer un jour dans une vaine tentative de lui apprendre à frapper. La douleur lui aurait fait courber le dos, et elle n’aurait eu qu’à lui expédier son genou dans le nez. Il aurait cessé de la regarder avec consternation.
Lentement, ses doigts quittèrent son crâne. Ils coulèrent le long de son corps pour regagner ses hanches. Ils ne tremblaient plus.
Plus pour le moment, tout du moins.
« Alors c’est cela ? » jeta Alice, sa voix basse, encore gorgée par tout ce qui l’avait ébranlée. « Vous avez accouru pour repousser les attentions de votre ami parce qu’à vos yeux, je représentais une distraction à votre hauteur ? J’espère que vous vous êtes bien amusé. »
C’était vide.
Mais c’était tout ce que sa gorge autorisa a formuler : la sincère désolation de n’avoir été qu’une animation pour un inconnu qui aurait pu lui trouver un intérêt si elle n’avait pas porté sa jolie robe de tulle et de dentelle.
Sa mâchoire se serrait et se desserrait, ses dents se heurtaient les unes contre les autres comme si elles cherchaient à mordre quelque chose pour finalement repousser cette violente volonté. Elle les sentait s’acharner, les échos rebondissaient dans son crâne et se heurtaient à son doigt.
Cela n’allait pas.
Alice ressentait trop son corps sans parvenir à écouter son esprit. Ce n’était pas elle. Elle ne devait pas laisser les mots d’un homme l’atteindre. Elle ne devait pas. Il ne fallait pas.
C’était pitoyable. Pitoyable. Elle était pitoyable. Ce ne sont que des mots ! Les vilainies d’un homme blessé dans son orgueil ! Et les hommes peuvent être mauvais lorsqu’on s’attaque à leur précieuse fierté. Alice le savait. Lui ? Il avait réagir exactement comme il devait réagir. Comme un homme. C’était une réaction attendue ! Alors pourquoi tout cela ? Pourquoi se sentait-elle vexée et humiliée pour une réponse attendue ? C’était de qu’elle était venu chercher. Elle avait provoqué cette situation. Elle avait gagné !
Gagné ? Mais qu’avait-elle gagné ? Tout ceci n’était qu’un jeu sans improvisation, tout était écrit à l’avance : un homme vexé devient un homme méchant. Lui etait suffisamment bien éduqué pour la blesser avec des mots, comme elle avant. Tout était naturel. Tout était normal.
Mais si tout était prévisible, pourquoi avait-elle perdu pied ? Pourquoi avait-elle écouter ses … inquiétudes ? Il n’était rien. Il n’était personne.
Il n’était finalement qu’un inconnu qui la détestait. Un inconnu qui se rapprochait d’elle, néanmoins. Par son goût pour la haute couture et pour la musique. Il avait décidé de la haïr parce qu’elle était elle. La gentille jeune femme bien née et bien éduquée, polie, respectueuse, qui devait se contenter d’écouter de la musique de salon dans sa jolie robe de tulle et de dentelle.
Son esprit revenait doucement, peut-être après s’être assuré que ses insécurités étaient retourné se cacher dans les ombres de ses ambitions trop lourdes pour de si jeunes épaules.
Il avait été appelé à nouveau par la voix de l’homme de cuir et d’encre, l’irrévérencieux incapable de comprendre qu’il avait été trop loin. Ce n’était qu’un homme. Rien qu’un homme.
Il voulait une réponse ? Il ne l’aurait pas. Parce que si elle venait à répondre, Alice ne le ferait pas avec ses lèvres. Quand bien même l’esprit était de retour, il n’en demeurait pas moins fébrile et soumis à un corps sur la défensive.
Elle quoi ? Voulait-il entendre ? Elle avait honte de perdre pied face à un inconnu. Elle exécrait d’avoir senti son corps se comprimer dans sa poitrine en le voyant repousser tout ce qui aurait pu les rapprocher. Elle était écœurée à l’idée d’être trop faible pour tenir tête à qui que ce soit. Était-ce qu’il voulait entendre ? Qu’elle etait désemparée de savoir que qui que ce soit puisse la haïr pour ce qu’elle devait être devant eux ?
Alice pourrait écarter ses côtes et lui montrer son cœur battant au rythme de la musique qu’il douterait encore de sa sincérité. Il avait décidé qu’elle ne serait pas assez bien pour ses goûts à lui.
Es-tu seulement assez bien pour quoi que ce soit ?
Il continuait, comme si leur échange lui manquait. C’était le cas. Les mots avaient été choisis avec soin. Alors voila ? Depuis le début, tout n’était qu’un jeu ? L’image du fléreur et de sa souris lui revenait en tête. Il voulait la voir se débattre et le mordre encore, pour lui renvoyer un nouveau coup de patte à laquelle elle répondrait encore jusqu’à l’épuisement.
Il ne souriait plus comme tantôt. Peut-être réalisait-il que le jeu avait été trop loin. Ils s’étaient blessé. Alors qu’il lui présente ses excuses pour avoir remis en question sa sincérité ! Qu’il la supplie pour son pardon, et peut-être daignerait-elle lui offrir !
Mais non, cela n’arriverait pas, car ce fléreur n’était qu’un chaton encore incapable de comprendre que ses griffes pouvaient trancher, mais s’étonnait tout de même de voir sa souris gémir.
Alice lui jeta un regard de bête acculée prête à mordre. Il étendait les bras, offrait son corps tant à ses mots qu’à ses poings. Oh, oui, ses poings auraient aimer heurter son foie, comme Père lui avait montrer un jour dans une vaine tentative de lui apprendre à frapper. La douleur lui aurait fait courber le dos, et elle n’aurait eu qu’à lui expédier son genou dans le nez. Il aurait cessé de la regarder avec consternation.
Lentement, ses doigts quittèrent son crâne. Ils coulèrent le long de son corps pour regagner ses hanches. Ils ne tremblaient plus.
Plus pour le moment, tout du moins.
« Alors c’est cela ? » jeta Alice, sa voix basse, encore gorgée par tout ce qui l’avait ébranlée. « Vous avez accouru pour repousser les attentions de votre ami parce qu’à vos yeux, je représentais une distraction à votre hauteur ? J’espère que vous vous êtes bien amusé. »
C’était vide.
Mais c’était tout ce que sa gorge autorisa a formuler : la sincère désolation de n’avoir été qu’une animation pour un inconnu qui aurait pu lui trouver un intérêt si elle n’avait pas porté sa jolie robe de tulle et de dentelle.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Pour une poignée de caillasse
Je n'ai pas les mots ? C'est du grand Christopher, voilà tout.
Rien ne va dans le spectacle qu'elle donne à voir. Ses cheveux dérangés par les doigts collés à son crâne, ce silence qui s'étire et qui est palpable entre eux, ce regard qu'elle lui lance de son petit coin du monde bien éloigné du sien maintenant qu'elle a mis de la distance entre eux. Que veut dire ce regard ? Ces billes grises qui semblent bouillir de trop de choses pour qu'on puisse y mettre des mots dessus. Christopher s'est perdu quelque part au milieu de la joute, il ne sait plus très bien ce qui l'a fait réagir comme cela. Il voit seulement le résultat, ce regard brûlant, cette distance, ce visage qui exprime quelque chose de colérique. Blessée, blessée d'une façon qu'il ne comprend pas, qu'il n'est pas bien sûr de vouloir comprendre car cela le ramènerait à toutes ces choses qu'il n'est plus prêt à accepter depuis qu'elle a lacéré son ego. Ils se regardent de loin, lui les bras écartés, elle avec sa main sur son crâne.
Quand elle se met à bouger, qu'elle récupère son bras pour retrouver une position plus acceptable et qu'elle semble en même temps reprendre une légère contenance, Christopher baisse également les bras, se trouvant bête de rester offert comme il l'était alors qu'elle ne lui a pas sauté dessus. Peut-être aurait-il préféré. Une petite crise de princesse qui tape du pied. Il l'a blessée, il le voit, il le sait désormais, et la victoire a un goût rance dans sa bouche parce que tout cela est bien trop sérieux, tout à coup.
Elle reprend la parole ; Christopher se retient à grande peine de lever les yeux au ciel et de pousser un cri frustré. Et elle persiste dans son abandon du jeu ! Avec son sérieux, son air de gamine blessée ! Allez, son comportement n'était-il donc pas suffisant pour la faire sortir de ses gonds, pour la faire reprendre la partie ? Frustré, Christopher fait la moue, son regard noir posé sur le visage pâle de la jeune femme. C'est tout ? songe-t-il. Une voix basse et gorgée d'émotions, une petite phrase pale destinée à... Et à quoi, d'ailleurs ? À le faire culpabiliser ? À le forcer à se justifier ? Attend-elle de lui la vérité, qu'il dise qu'il voulait seulement se sortir lui-même d'un mauvais pas, qu'il est tombé sur elle et que la discussion s'est naturellement déroulée jusqu'à ce qu'ils tombent dans ce méchant jeu sans même qu'il l'ait désiré au préalable ? Non ? Alors quoi, pourquoi cette voix, pourquoi ce ton ? Christopher serre les mâchoires. Finalement, peut-être souhaite-t-elle seulement être réconfortée, qu'il s'excuse d'avoir froissé sa chère petite fierté, qu'il fasse amende honorable pour avoir osé déranger les émotions de madame Alice Sangblanc. C'est ça, qu'elle veut ? C'est sa façon à elle de faire une crise de princesse ? Cela ne convient pas du tout à Christopher.
« C'est tout ? lui lance-t-il au visage en la désignant d'un geste dédaigneux du menton. Et où est le reste, hein ? Vous allez pas taper du pied, exiger des excuses, sortir les grands noms de votre famille pour que je me sente le devoir de me faire pardonner quoi qu'il en coûte ? »
Il devrait arrêter. Maintenant. Parce qu'il le sent venir, ce sentiment. Cette immaturité qui le prend souvent face aux gens de son espèce. De son espèce à elle. Celle qui le rend bête, qui le fait agir comme un gamin, tout cela juste pour énerver, juste pour qu'ils le détestent et pour qu'il se sent ainsi encore plus différent qu'eux. Mais aussi, elle fait tout pour le pousser à ça ! Il la sent qui monte, qui monte et... Trop tard.
Et le voilà qui se met à taper du pied devant elle. Bam ! un coup de botte dans la poussière ! Les bras qui se lèvent puis s'abaissent rapidement, comme pour dire :
« C'est tellement pas juste ! geint Christopher en prenant une voix désagréablement aiguë en tapant une nouvelle fois du pied. Christopher foutu Hangoover et son jeu minable qui me manque de respect ! J'en parlerai à mon père ! »
Il lève un doigt vengeur, pointé vers le ciel, dans un mouvement dramatique bien trop naturel chez lui.
« J'en parlerai à mon frère ! J'en parlerai à plus grand que moi pour qu'il me venge ! »
S'approchant de Sangblanc, Christopher lui jette un regard goguenard avant de taper une nouvelle fois du pied comme un enfant mécontent. Il mime la colère, fronce les sourcils, croise les bras sur son torse, fait la moue.
« J'exige des excuses ! » réclame-t-il, toujours sur le même ton, dans sa très mauvaise imitation d'une jeune fille de bonne famille en colère.
Sa voix porte entre les deux rangées de petites maisons qui les entourent, dans cette ruelle qui court jusqu'à l'océan, mais il ne s'en préoccupe pas. Il n'a jamais été dérangé par le ridicule et d'ailleurs, c'est rare qu'il se trouve lui-même ridicule.
« C'est pas comme ça que vous devriez agir si vous êtes vraiment blessée ? insiste Christopher en redevenant lui-même. Si vous croyez vraiment que je ne suis venu que pour m'amuser de vous, vous ne devriez pas me faire la plus belle crise du monde ? Une distraction... »
Un ricanement intempestif sort de la bouche de Christopher qui a finalement abandonné son rôle de petite fille capricieuse. Il secoue la tête, ses lèvres toujours tordues dans cette moue affligée.
« Moi je me distraie en chantant à tue-tête sur I'm a uniquorn ou en dénichant des pièces aussi uniques que celles-ci, rétorque-t-il en désignant de ses deux index son pantalon. Pas en blessant des jeunes filles bien nées. »
Rien ne va dans le spectacle qu'elle donne à voir. Ses cheveux dérangés par les doigts collés à son crâne, ce silence qui s'étire et qui est palpable entre eux, ce regard qu'elle lui lance de son petit coin du monde bien éloigné du sien maintenant qu'elle a mis de la distance entre eux. Que veut dire ce regard ? Ces billes grises qui semblent bouillir de trop de choses pour qu'on puisse y mettre des mots dessus. Christopher s'est perdu quelque part au milieu de la joute, il ne sait plus très bien ce qui l'a fait réagir comme cela. Il voit seulement le résultat, ce regard brûlant, cette distance, ce visage qui exprime quelque chose de colérique. Blessée, blessée d'une façon qu'il ne comprend pas, qu'il n'est pas bien sûr de vouloir comprendre car cela le ramènerait à toutes ces choses qu'il n'est plus prêt à accepter depuis qu'elle a lacéré son ego. Ils se regardent de loin, lui les bras écartés, elle avec sa main sur son crâne.
Quand elle se met à bouger, qu'elle récupère son bras pour retrouver une position plus acceptable et qu'elle semble en même temps reprendre une légère contenance, Christopher baisse également les bras, se trouvant bête de rester offert comme il l'était alors qu'elle ne lui a pas sauté dessus. Peut-être aurait-il préféré. Une petite crise de princesse qui tape du pied. Il l'a blessée, il le voit, il le sait désormais, et la victoire a un goût rance dans sa bouche parce que tout cela est bien trop sérieux, tout à coup.
Elle reprend la parole ; Christopher se retient à grande peine de lever les yeux au ciel et de pousser un cri frustré. Et elle persiste dans son abandon du jeu ! Avec son sérieux, son air de gamine blessée ! Allez, son comportement n'était-il donc pas suffisant pour la faire sortir de ses gonds, pour la faire reprendre la partie ? Frustré, Christopher fait la moue, son regard noir posé sur le visage pâle de la jeune femme. C'est tout ? songe-t-il. Une voix basse et gorgée d'émotions, une petite phrase pale destinée à... Et à quoi, d'ailleurs ? À le faire culpabiliser ? À le forcer à se justifier ? Attend-elle de lui la vérité, qu'il dise qu'il voulait seulement se sortir lui-même d'un mauvais pas, qu'il est tombé sur elle et que la discussion s'est naturellement déroulée jusqu'à ce qu'ils tombent dans ce méchant jeu sans même qu'il l'ait désiré au préalable ? Non ? Alors quoi, pourquoi cette voix, pourquoi ce ton ? Christopher serre les mâchoires. Finalement, peut-être souhaite-t-elle seulement être réconfortée, qu'il s'excuse d'avoir froissé sa chère petite fierté, qu'il fasse amende honorable pour avoir osé déranger les émotions de madame Alice Sangblanc. C'est ça, qu'elle veut ? C'est sa façon à elle de faire une crise de princesse ? Cela ne convient pas du tout à Christopher.
« C'est tout ? lui lance-t-il au visage en la désignant d'un geste dédaigneux du menton. Et où est le reste, hein ? Vous allez pas taper du pied, exiger des excuses, sortir les grands noms de votre famille pour que je me sente le devoir de me faire pardonner quoi qu'il en coûte ? »
Il devrait arrêter. Maintenant. Parce qu'il le sent venir, ce sentiment. Cette immaturité qui le prend souvent face aux gens de son espèce. De son espèce à elle. Celle qui le rend bête, qui le fait agir comme un gamin, tout cela juste pour énerver, juste pour qu'ils le détestent et pour qu'il se sent ainsi encore plus différent qu'eux. Mais aussi, elle fait tout pour le pousser à ça ! Il la sent qui monte, qui monte et... Trop tard.
Et le voilà qui se met à taper du pied devant elle. Bam ! un coup de botte dans la poussière ! Les bras qui se lèvent puis s'abaissent rapidement, comme pour dire :
« C'est tellement pas juste ! geint Christopher en prenant une voix désagréablement aiguë en tapant une nouvelle fois du pied. Christopher foutu Hangoover et son jeu minable qui me manque de respect ! J'en parlerai à mon père ! »
Il lève un doigt vengeur, pointé vers le ciel, dans un mouvement dramatique bien trop naturel chez lui.
« J'en parlerai à mon frère ! J'en parlerai à plus grand que moi pour qu'il me venge ! »
S'approchant de Sangblanc, Christopher lui jette un regard goguenard avant de taper une nouvelle fois du pied comme un enfant mécontent. Il mime la colère, fronce les sourcils, croise les bras sur son torse, fait la moue.
« J'exige des excuses ! » réclame-t-il, toujours sur le même ton, dans sa très mauvaise imitation d'une jeune fille de bonne famille en colère.
Sa voix porte entre les deux rangées de petites maisons qui les entourent, dans cette ruelle qui court jusqu'à l'océan, mais il ne s'en préoccupe pas. Il n'a jamais été dérangé par le ridicule et d'ailleurs, c'est rare qu'il se trouve lui-même ridicule.
« C'est pas comme ça que vous devriez agir si vous êtes vraiment blessée ? insiste Christopher en redevenant lui-même. Si vous croyez vraiment que je ne suis venu que pour m'amuser de vous, vous ne devriez pas me faire la plus belle crise du monde ? Une distraction... »
Un ricanement intempestif sort de la bouche de Christopher qui a finalement abandonné son rôle de petite fille capricieuse. Il secoue la tête, ses lèvres toujours tordues dans cette moue affligée.
« Moi je me distraie en chantant à tue-tête sur I'm a uniquorn ou en dénichant des pièces aussi uniques que celles-ci, rétorque-t-il en désignant de ses deux index son pantalon. Pas en blessant des jeunes filles bien nées. »
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Pour une poignée de caillasse
La journée n’aurait pas dû pouvoir se résumer en un seul mot : pitoyable. Tout cela à cause de lui et son pantalon de cuir Edgard Komba. Un misérable passant aux amis tout aussi misérables. Il avait vu en elle un moyen de se divertir, s’était cassé les dents sur l’armure solide d’une dame habituée et avait finit par se venger avec la cruauté des hommes qui abîment tout ce qu’ils ne peuvent briser.
Alice aurait pu le haïr. C’était si simple, et il lui avait donné suffisamment de matière à exploiter pour qu’elle dresser un autel à son effigie, le maudire, puis le faire brûler.
Mais elle n’y arrivait pas. Elle n’en avait pas même la force. Cet homme, il n’était rien. Il ne valait pas sa haine. Il ne valait pas l’énergie qu’elle pourrait mettre à l’insulter dans ses songes. Il n’était qu’un visage de plus qu’elle oublierait de retour chez Daniel.
Ce qu’elle n’oublierait pas, en revanche, c’était la froideur de son regard, le tranchant de ses mots, et le sentiment désagréable qu’il avait renforcer en elle : celui de ne pas être assez.
Il reprit la parole, jetant un coup de menton dans sa direction, comme elle avait pu le faire tant et tant de fois. Il exigeait un caprice.
Il exigeait qu’Alice Sangblanc, descendantes des premiers Allobroges, dernière née de la branche principale, fondatrice et cheffe de la branche secondaire irlandaise, celle qui portait dans ses veines l’incommensurable trésor hérité par ses glorieux ancêtres depuis plus de générations qu’il ne pouvait compter… fasse un caprice.
Ses sourcils se froncèrent d’incompréhension. Taper du pied ? Elle n’était pas un hippogriffe. Exiger des excuses ? Il lui présenterait lui même. Sortir les grands noms de sa famille ? Elle n’avait nullement besoin de s’abriter derrière le nom de Thomas, Père ou sa mère pour le menacer.
Par Circée, voyait-il réellement en elle une petite fille capricieuse ? Ne pouvait-il pas se mettre d’accord avec lui même ? Était-elle une pauvrette usant de la musique comme d’un accessoire, une dame en tulle tout juste bonne à rire autour d’une tasse de thé ou bien une vilaine petite fille s’époumonant à chaque contrariété ?
Mais qu’il aille au Diable !
Alice n’était rien de tout cela !
La plus capricieuse, ici, c’était lui !
Elle sursauta lorsqu’il tapa du pied. Son regard passa de sa bottine à son visage, a nouveau plongé dans l’incapacité de comprendre à quel nouveau jeu il avait décidé de jouer.
Alice comprit, petit à petit, en observant cet homme -sans doute dans les âges de Thomas- se lancer dans une pitoyable représentation… parodique. D’elle même.
Elle papillonna des yeux, figée en le regardant faire, à s’agiter, à s’articuler, à geindre. Il était bon à cela. Très bon. Ce n’était pas Alice, qu’il singeait. C’était finalement lui, incarnant un personnage qu’il aurait pu devenir, n’est-ce pas ? Si il n’avait pas choisi d’être… ce qu’il était
Alice le laissa s’approcher pour poursuivre son jeu. Le regard qu’il lui lança la fit sourire malgré elle. Ce fut comme une pause dans sa représentation, comme un clin d’oeil de l’acteur au public. Elle l’observa frapper le sol, froncer les sourcils, faire la moue, et singer encore la bécasse capricieuse des cercles qu’elle fréquentait.
Et, enfin, il laissa retomber le masque. L’interlude était terminé.
Donc… c’était bien cela. Christopher avait attendu d’elle un caprice. Alice ne faisait pas de caprice. Jamais.
Si elle désirait quelque chose, en général elle l’obtenait. Et si c’était impossible ? Elle allait le chercher elle même, quoi qu’il en coûte.
Mais des caprices ? Grands Anciens ! Certes pas ! Du moins, pas ce genre là.
Grand-Père avait vu un caprice dans son refus de se plier à un mariage arrangé. Alors, ce jeu ? Ce jeu là ? Ah ! Christopher Hangoover ne la connaissait pas.
Pas du tout.
Alice le laissa finir, ses grands yeux gris braqués sur lui. Elle consenti à baisser les yeux sur son cuir lorsqu’il le désigna, mais retrouva bientôt le chemin de son visage.
La jeune fille se sentit sourire. Sincèrement. Pas pour se moquer, ni pour parer ses lèvres d’un bijou qu’il ne méritait pas.
Alice repensait à son petit coup de théâtre. Dans un souffle, un rire naquit sur le bord de ses lèvres rosées. Elle baissa la tête le temps de retirer ses lunettes de soleil. Elle plia les branches contre sa poitrine en levant à nouveau le visage vers Christopher.
« Et moi je ne fais pas de caprice, monsieur Hangoover ». Elle tapota le torse de Christopher du bout de ses lunettes pliées. « Vous, en revanche… vous le faîtes très bien. C’est à se demander qui devrait porter des robes en tulle, ici. »
Alice lui sourit, sincèrement. Comme pour ne pas formuler un "d’accord, je veux bien te pardonner, on peut recommencer à jouer".
Alice aurait pu le haïr. C’était si simple, et il lui avait donné suffisamment de matière à exploiter pour qu’elle dresser un autel à son effigie, le maudire, puis le faire brûler.
Mais elle n’y arrivait pas. Elle n’en avait pas même la force. Cet homme, il n’était rien. Il ne valait pas sa haine. Il ne valait pas l’énergie qu’elle pourrait mettre à l’insulter dans ses songes. Il n’était qu’un visage de plus qu’elle oublierait de retour chez Daniel.
Ce qu’elle n’oublierait pas, en revanche, c’était la froideur de son regard, le tranchant de ses mots, et le sentiment désagréable qu’il avait renforcer en elle : celui de ne pas être assez.
Il reprit la parole, jetant un coup de menton dans sa direction, comme elle avait pu le faire tant et tant de fois. Il exigeait un caprice.
Il exigeait qu’Alice Sangblanc, descendantes des premiers Allobroges, dernière née de la branche principale, fondatrice et cheffe de la branche secondaire irlandaise, celle qui portait dans ses veines l’incommensurable trésor hérité par ses glorieux ancêtres depuis plus de générations qu’il ne pouvait compter… fasse un caprice.
Ses sourcils se froncèrent d’incompréhension. Taper du pied ? Elle n’était pas un hippogriffe. Exiger des excuses ? Il lui présenterait lui même. Sortir les grands noms de sa famille ? Elle n’avait nullement besoin de s’abriter derrière le nom de Thomas, Père ou sa mère pour le menacer.
Par Circée, voyait-il réellement en elle une petite fille capricieuse ? Ne pouvait-il pas se mettre d’accord avec lui même ? Était-elle une pauvrette usant de la musique comme d’un accessoire, une dame en tulle tout juste bonne à rire autour d’une tasse de thé ou bien une vilaine petite fille s’époumonant à chaque contrariété ?
Mais qu’il aille au Diable !
Alice n’était rien de tout cela !
La plus capricieuse, ici, c’était lui !
Elle sursauta lorsqu’il tapa du pied. Son regard passa de sa bottine à son visage, a nouveau plongé dans l’incapacité de comprendre à quel nouveau jeu il avait décidé de jouer.
Alice comprit, petit à petit, en observant cet homme -sans doute dans les âges de Thomas- se lancer dans une pitoyable représentation… parodique. D’elle même.
Elle papillonna des yeux, figée en le regardant faire, à s’agiter, à s’articuler, à geindre. Il était bon à cela. Très bon. Ce n’était pas Alice, qu’il singeait. C’était finalement lui, incarnant un personnage qu’il aurait pu devenir, n’est-ce pas ? Si il n’avait pas choisi d’être… ce qu’il était
Alice le laissa s’approcher pour poursuivre son jeu. Le regard qu’il lui lança la fit sourire malgré elle. Ce fut comme une pause dans sa représentation, comme un clin d’oeil de l’acteur au public. Elle l’observa frapper le sol, froncer les sourcils, faire la moue, et singer encore la bécasse capricieuse des cercles qu’elle fréquentait.
Et, enfin, il laissa retomber le masque. L’interlude était terminé.
Donc… c’était bien cela. Christopher avait attendu d’elle un caprice. Alice ne faisait pas de caprice. Jamais.
Si elle désirait quelque chose, en général elle l’obtenait. Et si c’était impossible ? Elle allait le chercher elle même, quoi qu’il en coûte.
Mais des caprices ? Grands Anciens ! Certes pas ! Du moins, pas ce genre là.
Grand-Père avait vu un caprice dans son refus de se plier à un mariage arrangé. Alors, ce jeu ? Ce jeu là ? Ah ! Christopher Hangoover ne la connaissait pas.
Pas du tout.
Alice le laissa finir, ses grands yeux gris braqués sur lui. Elle consenti à baisser les yeux sur son cuir lorsqu’il le désigna, mais retrouva bientôt le chemin de son visage.
La jeune fille se sentit sourire. Sincèrement. Pas pour se moquer, ni pour parer ses lèvres d’un bijou qu’il ne méritait pas.
Alice repensait à son petit coup de théâtre. Dans un souffle, un rire naquit sur le bord de ses lèvres rosées. Elle baissa la tête le temps de retirer ses lunettes de soleil. Elle plia les branches contre sa poitrine en levant à nouveau le visage vers Christopher.
« Et moi je ne fais pas de caprice, monsieur Hangoover ». Elle tapota le torse de Christopher du bout de ses lunettes pliées. « Vous, en revanche… vous le faîtes très bien. C’est à se demander qui devrait porter des robes en tulle, ici. »
Alice lui sourit, sincèrement. Comme pour ne pas formuler un "d’accord, je veux bien te pardonner, on peut recommencer à jouer".
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050