Fife, Écosse Tu es un crétin, Fleurdelys PV

Cela me rassure qu'il s'éloigne à son tour. Je le suis de mon regard noir, les traits encore tendus et les sourcils froncés par une rancœur qui mettra longtemps à disparaître. Je lève les yeux quand il attrape ses affaires. Évidemment que ça caille, nous sommes certainement en Écosse et tu viens de plonger dans l'eau — à cette saison c'est idiot en plus d'être totalement inconscient. Isolée au bord de la falaise, les bras le long du corps, le regard que je pose sur lui est dépité. Il secoue son pull et remet ses vêtements sur sa peau mouillée. Je remarque chaque goutte qui tombe de ses cheveux et ce simple détail m'agace tellement que j'ai envie d'envoyer Gabryel de nouveau valdinguer dans l'eau. N'a-t-il pas une putain de baguette magique ? Ne peut-il pas se sécher, tout simplement ? Non, il préfère remettre ses vêtements sur sa peau mouillée, si ça ce n'est pas la preuve de son incommensurable bêtise. Je pourrais le sécher rapidement mais je préfère qu'il s'enfonce dans son idiotie. C'est une bien pâle vengeance comparé à tout ce que je pourrais lui faire.

Mes yeux croisent à peine les siens que je me détourne pour regarder vers le loch tandis qu'il m'explique comment il a pu échapper au puissant jet que je lui ai envoyé dessus. Mes mâchoires se serrent. Mes entrailles se nouent désagréablement tout au fond de moi ; ça ne devrait pas, après tout c'est passé, il n'a rien, tout va bien, je ne sais pas pourquoi je ressens ça. Je le laisse m'expliquer la cavité, le passage qu'on peut difficilement trouver, le temps passé ici avec ses parents — ont-ils remarqué notre départ ? Il donne toujours énormément de détails pour au final ne pas dire grand chose. Je suis bien forcée de reconnaître que je préfère qu'il soit comme ça, naturel, qu'à moitié mort dans son lit.

Ce constat alourdit mon cœur. Le venin de ma rancœur s'écoule librement dans mes veines. Si je n'étais jamais venue, serait-il resté une éternité sous ses draps, m'aurait-il laissé sans jamais chercher à me revoir ? C'est donc tout ce que je suis pour lui ? Si je ne viens pas le voir, il ne vient pas non plus ? Il suffit que je ne réponde pas à quelques hiboux pour que tout se termine, c'est ça ? Les mots qu'il a prononcés dans la chambre flottent encore dans ma tête mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que c'est faux, tout ça. Peut-être que lui il y croit mais c'est bel et bien faux ces conneries de « il n'y a pas eu une journée où tu n’as pas existé quelque part en moi », de grosses conneries. Si ça avait été vrai, il n'aurait pas abandonné comme il l'a fait. Je suis persuadée que si je n'avais jamais fait l'effort de venir jusqu'à lui, il ne serait jamais revenue à moi et ça me fait tellement mal que l'émotion explose dans ma gorge, je suis tentée de me casser purement et simplement de le planter là.

Puisqu'il s'adresse directement à moi, je me tourne vers lui, la bouche déchirée par une moue douloureuse. Une loutre ? C'est tellement idiot que j'expulse un ricanement par le nez. Je me fiche totalement de l'endroit où il a vu une loutre et même si la loutre était encore là je m'en ficherai aussi. Si tout allait bien, si c'était normal entre nous, j'aurais dit oui juste pour l'entendre déblatérer pendant de longues minutes sur cette fichue loutre et tout ce qu'il sait à leur propos.

Gabryel a au moins le mérite de m'étonner suffisamment pour que j'en oublie pendant deux secondes que j'ai envie de l'étriper puis de le ramener à la vie pour l'étriper de nouveau. Mes yeux tombent sur ses jambes nues. Il a oublié d'enfiler son pantalon ? Je remonte jusqu'à son visage mortellement sérieux. Un lourd soupir s'écoule de mes lèvres.

« Accio ! » ordonné-je brusquement.

Le pantalon vole dans mes mains. Je m'approche du garçon qui n'est plus un garçon, suffisamment près pour pouvoir lui balancer son vêtement entre les mains.

« Tu oublies beaucoup de choses, Fleurdelys, » sifflé-je entre mes dents.

Mes yeux dégringolent le long de son corps. Je note les auréoles d'eau sur son pull, les gouttes qui coulent encore le long de ses joues et de ses cheveux, ses jambes pales et toutes mouillées, ses chaussettes détrempées. Un nouveau soupir agacé m'échappe.

« Comme par exemple que tu es un putain de sorcier, » articulé-je avec colère en braquant mon regard dans le sien.

Un coup de baguette, un seul, accompagné d'une formule marmonnée et Gabryel se retrouve sec de la tête aux pieds. Je ne sais même pas pourquoi j'ai fait ça, j'aurais dû le laisser se cailler sur place comme le derniers des cons. Je rengaine ma baguette avec colère et détourne mon visage colérique vers l'horizon, tant pour le laisser se rhabiller que pour m'ôter de la vue sa présence décevante.

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Gabryel récupéra finalement son pantalon que la magie d’Aelle venait de lui envoyer entre les mains. Il l’enfila correctement cette fois-ci. Ses cheveux encore humides retombaient sur son front, et quelques gouttes glissaient encore le long de sa nuque, malgré le sortilège qui l’avait séché quelques instants plus tôt. Le jeune homme releva les yeux vers Aelle. Elle regardait ailleurs, tournée vers les montagnes et le loch immense. Ses bras étaient tendus par cette colère qui ne la quittait jamais vraiment.

Un léger sourire apparut sur le visage du Gryffondor. Ce n’était pas son sourire lumineux et maladroit qu’elle connaissait si bien, mais un autre, plus discret. C’était le sourire d’un garçon qui venait d’avoir une idée. Sans rien dire, Gabryel passa rapidement une main dans ses cheveux, puis se dirigea lentement vers l’escarpement rocheux derrière eux. À un endroit, la falaise cachait un étroit passage presque invisible, dissimulé derrière une épaisse couche de mousse sombre.

Le sorcier s’arrêta devant l’ouverture étroite. Ici, le son du vent s’engouffrant dans la montagne était différent. Il posa une main contre la roche, comme on cherche les battements de son cœur, avant de tourner légèrement la tête vers Aelle. Ses yeux bleus retrouvèrent les siens avec cette familiarité pudique qu’il avait toujours eue avec elle.

- Suis-moi… J’voudrais te mmmontrer quelque chose.

Sans attendre davantage, un sourire malicieux toujours dessiné sur le bord des lèvres, le jeune Écossais se glissa dans la faille dissimulée au cœur de la falaise.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

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La rage brûle mes pensées. Je me répète en boucle qu'il aurait pu ne pas me laisser mais qu'il a choisi de le faire. Il a choisi de ne pas venir me chercher, il a choisi de me laisser galérer jusqu'à ce que je revienne à lui. Et moi, je suis cette fille idiote qui est venue jusqu'à chez lui pour le sortir de son putain de lit. Sans moi, il y serait resté et ne m'aurait plus jamais contacté parce qu'il se fiche de ne plus me parler, il se fiche de ne plus me voir. Elles me font mal ces pensées, elles me brûlent le corps tout entier. Je ne parviens pas à m'en détacher et je n'en ai de toute manière pas la moindre envie. Gabryel n'a pas exprimé le moindre regret par rapport à ça. Il ne l'a pas fait, n'est-ce pas ? Dans tous les cas, c'est tout comme : s'il l'avait fait de la bonne façon je ne serai pas aussi en colère. Donc il ne l'a pas fait. Il ne fait rien comme il faut, tout va de travers, et c'est bien la preuve que c'est une bêtise d'être ici, une bêtise de vouloir continuer de le voir, une bêtise de m'être attachée un jour lointain, quand on était encore à Poudlard, une bêtise de croire que ce lien a la moindre foutu importance.

Je tourne vivement la tête vers lui quand je le sens s'éloigner. Il marche si librement, si légèrement que j'ai l'impression que nous vivons dans deux mondes différents. Lui, dans son petit monde dans lequel il peut me sortir des discours incroyables mais par contre il ne peut pas transplaner pour venir me chercher ; moi, dans un monde de colère, un monde noir et poisseux dans lequel je m'enfonce, qui me déchire la gorge et le cœur. Je le suis pourtant du regard et quand il se tourne vers moi, son petit monde percute le mien sans jamais réussir à le rejoindre.

Une phrase puis il disparaît par une interstice dans la roche que je n'avais pas aperçu avant ça. Je reste seule sur la falaise, les cheveux secoués par la brise glaciale et salée. En contrebas, le loch murmure dans sa propre langue.

Soudain, une frustration féroce explose dans ma poitrine. Quelque chose d'énorme qui froisse les traits de mon visage et remplit mes yeux de larmes. Je plaque aussitôt mes mains sur mes paupières, le souffle court. Il n'écoute rien ! Il ne comprend rien ! Il n'écoute que ses propres envies, il ne suit que ses propres pensées ! J'aimerais faire exploser la montagne dans laquelle il vient de disparaître, faire exploser la roche, l'ensevelir sous des tonnes de caillasses. J'imagine son corps écrasé par la roche, le sang qui suinte, les membres brisés, ses yeux écarquillés de douleur. Je me rends compte avec une demi-seconde de retard que j'ai levé ma baguette magique et que mes doigts sont crispés dessus. J'ai tellement envie de lancer un sortilège explosif sur la paroi de la montagne que ça m'étouffe, ça remplit toute ma tête, ça brouille ma vision, ça prend toute la place.

Puis le son de mon propre reniflement m'arrache à mes envies sombres. C'est moi, qui renifle. Mes yeux sont bordés de larmes. C'est tellement idiot, tout ça. Je baisse ma baguette et je m'essuie le visage d'un revers de manche.

« Espèce de gros troll, » je siffle entre mes dents serrées.

Je frotte mon visage jusqu'à ce que mes larmes disparaissent puis j'expire longuement jusqu'à ce que le poids dans mon corps se fasse moins douloureux. Puis j'inspire par le nez et là, lorsque je n'ai plus l'impression que je vais hurler à m'en arracher les cordes vocales, lorsque j'ai retrouvé le contrôle de mes pensées, de mes membres et surtout de mes yeux, je me tourne vers le loch et je lève ma baguette magique. J'aspire tout ce que Gabryel m'inspire, toute la déception, toute la frustration, toute la haine, toute mon envie de lui faire physiquement mal, de le voir souffrir, tous mes regrets de ne pas avoir réussi à le noyer tout à l'heure et je pousse sur ma magie... Une boule lumineuse apparaît devant moi. Noire avec des teintes ci-et-là dont je n'arrive toujours pas à déterminer la couleur. Je sais que je n'arriverai pas à la maintenir longtemps car je n'ai pas le contrôle que Kristen en avait, quand elle était encore la directrice de Poudlard. Donc d'un geste de la baguette, j'envoie la boule de magie pure de l'autre côté du loch où elle percute un arbre. Le bruit aurait formidable si j'étais plus proche. Là, c'est un grand craquement qui retentit lorsque le tronc se brise en deux et que son sommet s'écrase sur le sol en brisant ses branches au passage.

Ne reste ensuite que le silence et le son de mon propre cœur qui bat très fort dans ma poitrine. J'observe les spectacle de l'arbre brisé sans ne rien ressentir de plus. L'épuisement qui vient toujours après cet acte de magie formidable affaisse mes épaules. Mais je me sens mieux. Je ne ressens plus cette pression derrière mes yeux et cette envie d'arracher la tête de Gabryel. Je me sens même un peu vide. C'est une impression normale après ce que je viens de faire, je le sais pour l'avoir vécu plusieurs fois.

Je n'attends pas que mon cœur se calme avant de me mettre en route. J'ai l'âme en feu mais au moins me sens-je plus apaisée. J'essuie une dernière fois mon visage sur mon avant-bras puis je rejoins lentement l'interstice dans la roche. Un chemin se dévoile à moi, un chemin escarpé qui semble avoir été creusé dans la roche. Je m'y glisse et avance prudemment, déjà agacée à l'idée que Gabryel n'ait rien de plus intéressant à me montrer qu'un joli paysage dont je me fous éperdument. Il n'est même pas revenu sur ses pas pour voir si je le suivais. J'aurais dû me barrer. Ouais, j'aurais dû le planter là.

J'avance encore et encore. Au bout du chemin, une lumière. Les yeux plissés, j'essaie d'y voir quelque chose. J'avance jusqu'à retrouver Gabryel.

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Gabryel progressa dans le passage étroit sans se retourner. Aelle râlerait, il en était certain, mais elle le suivrait, il en était tout aussi persuadé. L’Écossais connaissait chaque aspérité de la roche, chaque virage et chaque racine de cet étroit chemin de pierres. Cela faisait longtemps qu’il venait ici. Il avait découvert cet endroit par hasard au cours d’un déjeuner au bord du lac avec ses parents. Ce n’était qu’un simple trou dans la montagne, mais si l’on s’aventurait tout au bout, il débouchait sur une vaste alcôve cachée au cœur de la roche.

Un mince puits de lumière protégé des intempéries traversait une fissure dans le plafond, plusieurs mètres plus haut. Le filet du jour tombait au centre de la grotte. Quelques plantes y avaient trouvé leur chemin au fil des saisons. Des racines couraient le long de la voûte pour faire comme des rideaux naturels. Ça sentait la pierre froide, le bois et la mousse.

Gabryel s’arrêta un instant pour observer les lieux. Il voulait que tout soit parfait. Le jeune homme y avait installé quelques coussins de Fife, et d’épaisses couvertures. Il avait bricolé des étagères de bois fixées directement dans la roche, sur lesquelles étaient posés des chroniques d’aventures, des romans historiques, des manuels de botanique ou sur les créatures magiques. Il avait laissé ici certains livres qu’il savait susceptibles de « lui » plaire. Beaucoup d’ouvrages provenaient aussi de ses années à Poudlard. Il restait de la place pour y installer des grimoires, ou autres.

Un peu partout s’entassaient des dizaines d’objets qu’il avait trouvés au fil du temps. Le Gryffon adorait les galets polis par les vagues, les pierres aux formes étranges, et les morceaux de bois flotté noueux dont les formes lui avaient plu. Tout cela ne représentait que des babioles sans valeur pour la plupart des gens, mais pas pour lui. Sur les parois, le sorcier avait accroché quelques-uns de ses dessins : Les Highlands, le lac, les collines du domaine Fleurdelys. On pouvait y deviner des forêts et des animaux. Ces esquisses provenaient des paysages qu’il avait observés puis croqués au fil des années, lorsqu’il avait eu besoin de s’occuper les mains.

Le garçon s’avança lentement jusqu’à la table installée au fond. Il l’avait lui-même sciée, façonné le plateau et arrondi les angles, poncé puis poli les aspérités, avant d’y fixer de solides troncs pour les pieds. Ses doigts effleurèrent le bois. À l’endroit où il l’avait installée, la lumière tombait directement sur la table quand le soleil était haut dans le ciel. C’était parfait pour lire ou pour étudier. Il aimait y dessiner, ou simplement y rester assis pour écouter le vent ou la pluie tomber. Une banquette de mousse et un fauteuil apportaient une sensation de cocon douillet. Un léger sourire passa sur son visage.

Un bruit résonna alors dans le passage derrière lui. Gabryel releva légèrement la tête. Une légère nervosité fit vibrer son torse. Il ignorait encore ce qu’Aelle penserait de cet endroit. Elle était la première personne à qui il en montrerait l’existence. Mais lorsqu’il avait imaginé ce lieu, il ne s’y voyait jamais seul.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

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J'ai l'impression que jamais je n'arriverai à m'extirper de cette roche. J'avance pourtant, inlassablement, je me rapproche de la lumière que j'aperçois au bout du chemin. Mais malgré mon impatience et l'impression que la roche va m'écraser, je me sens ralentir, ralentir encore pour retarder le moment où j'arriverai. Car lorsque je débarquerai là où Gabryel veut que je sois, c'est à dire un énième endroit complètement étonnant qu'il désire me faire découvrir, il se remettra à parler. Il parlera, sortira des conneries plus grosses que lui et moi, je serai obligée de lui jeter ce regard. Celui qui dit : tu m'emmerdes, Gabryel Fleurdelys. Tu m'emmerdes quand tu chasses les papillons ou quand ton visage s'éclaire parce que tu vois un brin d'herbe plus vert qu'un autre. Tu m'emmerdes quand tu éclates de rire et que c'est comme si c'était mon bide qui éclatait, parce que ton rire a toujours eu ce pouvoir sur moi. Tu m'emmerdes quand tu me regardes et que l'on croirait que tes yeux débordent de lumière et de vie. Tu m'emmerdes quand tu me dis des mots que personne d'autre dirait. Tu m'emmerdes, d'accord ? Quand tu es ce garçon qui oublie toutes les mauvaises choses, qui ne se rend pas compte que je lui en veux sincèrement, qui s'en fiche bien d'ailleurs. T'as pas la rancune tenace, Gabryel, je le sais, c'est pour ça que t'es là, c'est pour ça que je suis là, sinon tu te serais tiré depuis longtemps. Mais tu m'emmerdes quand tu files comme ça et que tu me forces à te suivre. Tu dis "je veux te montrer quelque chose" et tu te barres sans me laisser le temps de te dire que je ne veux pas la voir, ta chose, je ne veux pas le voir ton endroit, je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas, putain, tu le comprends ça ? Mais je veux quoi, alors ? Parce que si tu me proposes de rentrer, de partir, là, je te tue. Je te jure que je te tue. Je ne veux pas nager, je ne veux pas regarder les montagnes et le paysage avec toi, je ne veux pas non plus découvrir tes lieux secrets, je ne veux pas discuter avec toi dans ta chambre ou écouter tes discours, je ne veux même pas que tu te taises et je ne veux pas que tu parles non plus ! Pourquoi est-ce que tu n'arrives pas à faire juste ce qu'il faut, hein ? Pourquoi tu n'y arrives pas ?

La lumière s'approche inlassablement, jusqu'à ce que je la franchisse et que j'arrive de l'autre côté. Le monde se fiche bien que ça déborde dans ma tête et dans mon cœur. Tout le monde se fiche de mes pensées. D'ailleurs, cette grotte aussi s'en fiche.

Je m'arrête sur le seuil et je lève la tête pour regarder aussi haut que je le peux. Après mon avancée au milieu de la roche, cette lumière naturelle qui coule du plafond m'éblouit. Je plisse les yeux. Malgré moi, je ne peux que m'étonner de ce que je vois. La grotte, les racines qui tombent du plafond humide, les étagères, les coussins, l'effort évident qu'il a fait pour installer toutes ces affaires dans cette grotte à l'écart de tout. Ce lieu m'attire aussitôt. Un repaire loin des regards, que personne ne peut trouver, un lieu dans lequel personne ne peut me regarder, propice à l'étude, à la recherche, à la compréhension de la magie et de ce qui la compose.

J'aurais bien aimé rester de marbre parce que je sais qu'il regarde. Gabryel. Il va regarder ma réaction. Alors très vite, j'affiche un visage froid qui n'exprime rien. Ou plutôt, qui exprime toute la colère et l'agacement qu'il m'inspire. Je le vois, là-bas, planté dans un coin, qui attend comme un bienheureux que j'exprime mon plaisir de découvrir cet endroit. Qu'attend-il ? « Ouah, quelle splendeur cet endroit ! » ? Ou alors aimerait-il que je complimente la décoration, les meubles qu'il a amenés ici je ne sais comment ? Voudrait-il que je fasse un commentaire sur ce bouquin que je reconnais même d'ici, même de loin, car j'en ai potassé des livres de recherche sur les sortilèges. C'est ça qu'il attend de moi ? Et bien, Gabryel, va bien te faire f—

« Ouais, je m'entends dire en laissant courir mes yeux sur le petit espace avec son banc de mousse naturel. Et donc ? »

Ma voix résonne sous la voute rocheuse. Je la laisse faire quelques secondes puis je tourne la tête pour lancer mon regard froid à l'assaut de Gabryel.

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Les yeux du sorcier parcoururent la grotte, les étagères, les dessins, les livres, et les pierres. Il passa une main dans ses cheveux encore humides, et se gratta le bout du nez avant de hausser légèrement les épaules, avec un naturel déconcertant.

- Rien.

Sa voix résonna doucement contre les parois rocheuses.

- J’voulais juste te le montrer.

Son regard se posa sur le rayon de lumière qui glissait depuis l’ouverture.

- J’l’ai trouvé il y a un petit moment, mais j’ai commencé à l’aménager y a pas si longtemps que ça.

Cela faisait quelques semaines, tout au plus, juste avant la soirée au Pitiponk, et qu’il ne soit plus en état physiquement de venir ici. Il ne savait plus vraiment. Le temps passait différemment lorsqu’il bricolait quelque chose de ses mains, sans magie.

- Depuis que je n’ai plus le Petit Chalet, je crois.

Un doux sourire se posa sur son visage. Ils y avaient passé tellement de temps ensemble. Son regard bifurqua ensuite vers les deux fauteuils installés près de la table. Son joyeux rictus s’effaça presque aussitôt.

- J’avais envie d’avoir un endroit à moi.

Il secoua légèrement la tête.

- Enfin…

Il hésita une seconde, puis deux, puis cinq, comme à chaque fois que les mots lui résistaient. La pudeur revenait toujours trop vite chez lui.

- Pas seulement à mmmoi.

Il baissa la tête un court instant, avant de la relever, et de plonger directement ses pupilles dans celles d’Aelle, sans chemin détourné, comme la lumière fait fi du moindre obstacle pour s’y frayer une route.

- J’me suis dit que si un jour t’avais envie d’être tranquille… De lire, de travailler, de réfléchir…

Il haussa une nouvelle fois les épaules, comme si tout cela allait de soi, comme si ce n’était pas grand-chose.

- Ou simplement de disparaître quelques heures. Bah… Tu pourrais venir ici.

Le garçon se dirigea à nouveau vers le bureau, pour passer ses doigts sur le bois.

- J’l’ai appelé Le Creux. Comme ça. Parce que ça ressemblait à un ccccreux dans la montagne.

Et voilà venu « le Creux »…

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

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Je ne détache pas mon regard de lui. Quand il ouvre la bouche, je n'arrête pas de le regarder. Quand il explique. Quand il bégaie. Je le regarde, le visage de marbre, et je me dis que c'est exactement ce que j'imaginais qu'il dirait. Il me montre son nouvel endroit. Il doit certainement ressentir de la fierté. Il voulait me le montrer à moi. Sans doute espérait-il que cela me calme. Que je me dise « c'est à moi qu'il a voulu montrer cet endroit ! ». Que ça me fasse un coup au coeur comme à l'époque. Que je me sente privilégiée, à part. Que ça me fasse plaisir, que ma colère s'enfonce à l'intérieur de moi jusqu'à disparaître. Il l'attendait, hein ?

Quand son regard se détache de moi, le mien le fait aussi. Pour le principe, je ne regarde pas dans la même direction que lui. Je préfère balader mes yeux sur les parois, m'imprégner de l'ambiance qui lui ressemble tant : le confort au milieu d'un endroit naturel. Il a aménagé sans dénaturer le lieu. C'est tellement lui. Pendant une seconde, je m'imagine tout réduire en cendre. Me déchainer, tout casser, des Reducto à tout va, une danse au milieu de sa caverne, le bras qui se lève et qui s'abaisse. Cela me ferait-il du bien ? Serais-je soulagée après ça ? Est-ce que j'arrêterai de lui en vouloir ? Je lui en veux tellement fort, Merlin. Je ne sais plus exactement pourquoi ni d'où vient cette colère. Je sais seulement qu'elle enfonce ses racines si profondément en moi que je n'arrive plus à m'en débarrasser. Ça me coupe le souffle. Ça me serre les poumons. Ça me dévore de l'intérieur. Je ne lui en ai jamais voulu autant. Au point d'avoir envie de lui faire mal. Il aurait dû se noyer, tout à l'heure. Mon coeur frappe un grand coup contre ma cage thoracique. Je frémis, cligne des paupières, ramène mes yeux sur lui. Sa silhouette se détache dans la semi-obscurité de la caverne. Je l'imagine se noyer. Je me vois regarder sans ne rien faire. Je ferme brièvement les yeux et détourne le regard.

Un endroit pas seulement à lui, qu'il dit.

Il y pensait, du fin fond de son lit ? Quand il attendait paisiblement que je disparaisse de sa vie, pensait-il à cet endroit ? Quand il regardait le temps passer sans chercher à venir me chercher, à me forcer à l'affronter, quand il regardait le temps s'enfuir sans souffrir de mon absence, passif jusqu'au bout des ongles, y pensait-il ? Mes lèvres se retroussent sur mes dents. Je suis obligée de respirer longuement par le nez pour résister à l'ordre que me donne mon corps : hurle. Crie. Détruit. J'expire, les yeux fixés sur la fissure au plafond. Pendant ce temps-là, Gabryel dit plein de belles choses. Oh, ça il en a en stock, des belles choses ! Il en a plein, des belles choses ! Autant de belles choses que de beaux mots, hein Gabryel ?

Mes yeux me piquent. Je ne sais même pas pourquoi. Je bloque mon souffle et me détourne pour m'enfoncer dans la caverne. J'approche des étagères pour éviter de me concentrer sur ce cœur qui bat trop fort.

C'est un creux dans la montagne, Gabryel. Tu le vois, non, que c'est un creux ? C'est le nom le plus idiot du monde. Mais pas autant que "Le Petit Chalet". Ton petit monde est fait de noms idiots, Gabryel. Le Creux. Le Petit Chalet. Arya. Je serre les mâchoires. Pendant un moment, je ne dis rien. Puis je tourne les yeux dans sa direction. Je le regarde caresser le plateau en bois du bout des doigts.

« Pourquoi j'aurais envie de disparaître dans un endroit où tu peux me retrouver ? » je demande alors dans un souffle, le ton dangereusement calme.

À l'intérieur de moi s'élève le monstre salé de la peine. Pourquoi n'a-t-il pas la réponse, cette fois-ci ? Pourquoi n'a-t-il pas les mots pour calmer ma colère ? Pourquoi ne sait-il pas quoi faire ? Il a toujours su quoi faire. Est-ce que c'est le signe que ça va s'arrêter, tout ça ? De toute façon, à quoi bon ? La prochaine fois, tout recommencera pareil. Il fuira, m'évitera, abandonnera à la première difficulté. Ma vie n'est faite que de cela, hein ? Je suis entourée de lâches. Personne n'est à la hauteur. Je le sais pourtant. Pourquoi est-ce que je persiste ?

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🍃🎵

Aux derniers mots d’Aelle, les doigts de Gabryel cessèrent de caresser le bois du bureau. Il resta immobile plusieurs secondes, le regard posé sur la pile de livres. D’un geste simple, le garçon se saisit de sa baguette, rangée une fois encore dans la poche arrière de son pantalon, et la déposa sur la table, pour ne conserver que sa caracasse d’idiot.

Puis, très lentement, il releva les yeux vers Aelle. Il n’y avait plus de sourire, ni de lumière malicieuse, mais seulement une immense fatigue. Et il y avait quelque chose d’autre, tapi derrière ses iris, une lucidité douloureuse.

- C’est ça alors…

Sa voix était presque cassée.

- Tu croyais que j’avais abandonné.

Il ne détourna pas les yeux et resta face à elle.

- Que j’avais arrêté de me battre.

Se battre. Combien de fois avait-il eu l’impression de le faire ? Et combien de fois avait-elle eu l’impression du contraire ? Sa gorge se serra.

- Je savais que tu ne vvvvoulais pas me voir. Alors, j’ai respecté. Comme toujours. Et je t’ai écrit. Et j’ai attendu un jour, puis deux, et encore une semaine. Et encore…

L’Écossais amorça un demi-pas en direction de l’Irlandaise, et s’immobilisa de nouveau.

- Chaque matin, je me disais que j’allais recevoir quelque chose, n’importe quoi, une lettre, une insulte ou une menace.

Il passa ses doigts nerveusement dans ses cheveux.

- Même un « va te faire foutre » m’aurait suffi.

Sa mâchoire se resserra.

- Je ne méritais même plus un « va te faire foutre » de ta part.

Il baissa les yeux un court instant, avant de la fixer à nouveau. Ses doigts se crispèrent.

- Alors tu as raison, j’ai eu tort. J’aurais dû venir quand mmmême, même si tu m’avais envoyé promener, si tu m’avais claqué la porte au nez, et détesté.

Le regard du jeune homme ne quitta plus celui d’Aelle.

- J’aurais dû venir.

Le Gryffondor hésita sur son second demi-pas, pour en entreprendre un autre.

- C’est ce que je fais toujours, hein ? Apaiser ta colère.

Le ton se voulut plus direct.

- On sait qu’elle n’est pas tournée contre moi.

Il acheva son second élan vers elle.

- Elle n’a jamais été contre moi. Je le sais.

Il approcha encore, puis s’arrêta.

- Elle est contre l’autre… Toujours l’autre.

L’Écossais ne savait pas qui était « l’Autre », qui l’avait abandonnée. Il n’avait jamais posé de questions. Mais il connaissait la rancœur, le désespoir, le manque, la colère et la solitude. Dès le premier jour, il savait.

- Alors dis-la, ta colère, puisque tu es venue…

Il pencha la tête, les yeux embués de larmes et de supplications, les mains tremblantes.

- Dis-la ! Aelle ! DIS-LA !

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
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Ma respiration s'emballe et soulève mes épaules. Je serre les lèvres pour ne pas déverser toute ma colère sur Gabryel. Je le surveille du coin des yeux, prête à le repousser franchement s'il s'approche de moi ou s'il recommence à dire des bêtises plus grosses que lui. J'ai un monstre de peine coincé à l'intérieur de moi et je ne sais pas quoi en faire. Tout me met hors de moi. Qu'il récupère sa baguette dans la poche arrière de son pantalon me met hors de moi, qu'il l'abandonne derrière lui me met hors de moi, sa tête me met hors de moi, son regard me met hors de moi. Ses yeux bleus reposent sur moi. Je me tends de la tête au pied et lui rends un regard aussi sombre que possible, la respiration bloquée au fond de la gorge.

Il a cet air-là. Celui qui arrête d'être bêtement heureux, quand il cesse de sourire et de s'émerveiller d'un rien. Alors je me dis : enfin. Enfin tu es un peu sérieux, Gabryel. Pourtant quand il parle, mes poings se serrent, mon visage se durcit, je voudrais lui hurler de la fermer. Si je ne le fais pas, c'est parce que je reçois un coup d'une grande violence dans la poitrine : c'est mon cœur qui frappe comme un bélier. « Tu croyais que je t'avais abandonnée ». C'est ce que j'entends, c'est ce que je comprends. Mon cœur s'emballe, je cligne des yeux, j'ai du mal à soutenir son regard mais lui ne se détourne pas et je ne parviens pas à le faire pour m'éloigner de lui. Je suis figée sur place par une émotion plus grande qu'une montagne. Je le laisse parler.

« J'ai respecté » dit-il pour dire je ne me suis pas battu. Tout le reste n'est qu'une description de la situation que je connais déjà et chaque mot affirme la colère que je ressens déjà. Alors il savait. Il savait qu'il aurait dû venir, il le dit lui même, il dit qu'il a tort et qu'il aurait dû venir. Pas pour apaiser ma colère, comme il le dit, mais parce que la simple idée que je puisse être en colère contre lui aurait dû le tirer hors de son lit. Il parle et plus il parle, plus mes poings se serrent, plus mon visage se glace. Tout ce qu'il dit n'aide pas. Je me fiche de ses excuses. Ca n'apaise pas la grande colère que je ressens, ça n'apaise pas ma rancœur, ça ne fait rien, tout est toujours bloqué à l'intérieur de moi et je n'ai qu'une envie, c'est de le planter là, de me casser et de ne plus jamais le revoir puisqu'il ne mérite rien, il ne mérite rien de moi, il ne—

« On sait qu'elle n'est pas tournée contre moi. »

L'insolence de cette phrase manque de m'arracher le cœur et fait éclater au creux de ma poitrine une colère si vive qu'elle me coupe le souffle. Un éclat de rage passe sur mon visage, mes bras sont secoués de spasmes ; je resserre les doigts sur ma baguette. Pas contre lui ?! Pas contre lui ? Il ose me dire ça après tout ce qu'il vient d'avouer savoir ? Il se permet d'effacer ma colère, de l'ignorer encore ? L'injustice de la situation est si grande que mes yeux me piquent, je commence déjà à visualiser le sortilège qui enverra son corps s'éclater contre la paroi.

Puis...

« Elle est contre l’autre… Toujours l’autre. »

Ça me percute violemment.
Je fais un pas en arrière, mes yeux s'écarquillent et la peine déchire mon voile de colère. Comment... Comment peut-il savoir... Comment a-t-il pu deviner que... Non, je ne sais pas, je ne veux pas comprendre, je ne veux pas comprendre ce qu'il dit, ce n'est pas vrai, il n'y a pas d'autre, absolument pas, c'est...

Je recule encore quand Gabryel crie soudainement, je sursaute bêtement. Mes yeux se remplissent de larmes et je ne peux rien faire l'éviter.
L'autre, c'est Kristen. Mais ce n'est pas contre elle que je suis en colère... Elle est là, elle est encore là, on s'est vues jeudi et c'était bien, oui c'était très bien. Maintenant que l'événement de septembre s'est éloigné, qu'on a oublie l'incommensurable bêtise que j'ai faite, tout va bien. On a ri, on a mangé, bu et fumé, on a beaucoup parlé comme toujours, on s'est un peu disputée comme toujours mais tout allait bien. C'est pas... Je n'ai pas de colère contre elle, ce n'est pas vrai, il dit n'importe quoi.

DIS-LA ! hurle-t-il mais je n'ai rien à dire.
Pourtant, je la sens qui monte, cette colère. Malgré mes poings serrés, malgré ma respiration précipitée, ma bouche plissée pour ne rien laisser sortir, malgré tous les efforts que je fais pour me calmer, je sens qu'elle monte et tout à coup, elle explose.

J'avance vers lui pour le repousser brusquement en arrière d'un coup sur le buste, lui et ses yeux plein de larmes, lui et sa colère, lui qui croit comprendre mais qui ne comprend rien car personne ne peut comprendre, absolument personne, personne.

« Tu m'as laissée ! » j'ahane difficilement, la voix cassée par mon souffle étriqué. Je le pousse encore. « Parce que ça t'est bien égal que j'sois là ou non ! Tu profites de ta petite vie tranquille, c'est plus facile quand je suis pas là, hein, pas d'effort à faire. T'as passé les dernières semaines au fond de ton lit et t'en avais rien à... »

Ma voix résonne dans la caverne. Je n'ai même pas conscience de crier. Plantée devant Gabryel, le regard flamboyant de colère, tout ce qui compte c'est que maintenant que j'ai commencé à parler, je ne peux plus m'arrêter.

« T'en as rien à foutre ! j'articule d'une voix étouffée, les mâchoires serrées à m'en éclater les dents pour contrôler les tremblements qui me traversent. T'as envoyé des putains de lettres et... »

La peine me frappe sans prévenir. Je m'interromps dans un hoquet dont j'aurais honte plus tard. Une lettre. Il m'a envoyé une lettre. Un rire traverse tout à coup mes lèvres. L'instant d'après, j'ai avalé les mètres qui nous séparait encore pour l'attraper par le col. J'approche tout près du sien mon visage livide de colère.

« Une putain de lettre ! je feule en resserrant ma prise. C'est tout ce que je vaux, c'est tout ce que je mérite, t'envoie une lettre puis tu disparais et... »

Ma voix se brise. Je le lâche tout à coup et me recule de plusieurs pas. Je n'aperçois que les contours de sa silhouette à travers le brouillard de mes larmes. Je m'entends respirer très fort. Je m'entends hoqueter. Kristen hante toutes mes pensées. Pourquoi elle est là ? Pourquoi est-ce que c'est à sa lettre que je pense ? Pourquoi est-ce que je tremble comme ça ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi. Ca vrombit à l'intérieur de moi. Tellement fort. Je tremble de la tête au pied. La présence de Gabryel n'arrange rien, je ne veux pas qu'il soit là, surtout pas, il ne devrait pas être là. J'ai juste envie que ça s'arrête, que ça s'apaise, juste envie de réussir à respirer normalement, d'arrêter de trembler, d'arrêter de ressentir cette peine énorme qui creuse des gouffres à l'intérieur de moi. Parfois, j'ai l'impression que ça ne s'arrêtera jamais, que ça n'aura jamais de fin, que je suis empoisonnée, qu'elle m'a empoisonnée, ça se répand même dans les autres pans de ma vie, même ici avec Gabryel, même ici alors qu'elle n'a rien à faire là. Il faut que ça s'arrête. Maintenant.

Je me retourne subitement et la douleur éclate dans mon poing. Je cligne des yeux. La paroi de la caverne me fait face. Mes doigts serrés tremblent quand je les ramène contre moi. Je viens de frapper dans le mur et je ne sais même pas pourquoi. Je me retourne vers Gabryel.

« T'approche... T'approche pas, » je murmure, soudainement vidée de mes forces.

Il ne doit pas s'approcher. Je prends appui contre la paroi. Mon cœur bat à vive allure, comme s'il voulait sortir de mon corps. Je ferme les yeux pour essayer de lutter montre mes jambes qui tremblent.

Fife, Écosse Tu es un crétin, Fleurdelys PV
Il regardait Aelle trembler contre la paroi rocheuse, et il ne savait plus quoi faire de toute sa douleur. Alors, il la regardait. Il la voyait lutter pour rester debout, tenter de respirer douloureusement. Au même rythme, la cage thoracique du garçon semblait se comprimer un peu plus. À chaque souffle avorté, il comprenait pourquoi sa colère avait été si immense, pourquoi elle avait eu envie de le frapper, de le pousser, de le noyer. Ce n’était pas de la haine, c’était de la souffrance. Une souffrance si profonde qu’elle débordait maintenant de partout. La voir ainsi lui faisait mille fois plus mal que tous les cris qu’elle avait pu lui lancer.

Lorsqu’elle frappa la pierre, quelque chose se brisa en lui. Aelle était blessée, dans tous les sens du terme, et elle ne savait plus où décharger sa peine. Une partie de cette peine portait le nom de Fleurdelys. Les doigts du sorcier se crispèrent le long de son corps, et ses yeux s’embuèrent davantage. Il restait là, à la regarder, incapable de détourner son regard de son visage.

Puis il fit un pas prudent, silencieux comme pour s’approcher d’un animal blessé. Aelle lui avait demandé de ne pas le faire, il le savait, mais toutes les parcelles de son corps se refusaient à la laisser ainsi. Il refusait de la regarder se briser. Il entreprit alors un second pas, tout aussi précautionneux que le premier. Il ne la lâchait pas du regard. Ses larmes ne coulaient plus, mais ses yeux brillaient comme deux petites lucioles. À l’intérieur de lui, il ne cherchait plus à avoir raison, ni à se faire pardonner. Il voulait seulement être près d’elle.

Sa voix était un souffle.

- Je suis là, Aelle. Je suis désolé… Je suis tellement ddddésolé.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR