La Maladie d'Amour

La vie a décidé pour toi, hein ? Je souris à peine. Ça veut rien dire. Soit c’est toi qui a foiré soit ce sont les autres qui t’ont aidé à le faire. La vie, mon pote, on pourra se mentir et dire qu’on a juste pas de chance mais c’est pas vrai. On provoque les choses qui nous arrivent. On s’autodétruit tous naturellement. Je sais pas pourquoi on fait ça.
Ou alors je me lance dans une analyse de vie alors que j’ai gâché la mienne, et en fait Sulien n’a rien provoqué du toute ce qui ferait de moi le gland originel. Comme d’hab.

J’inspire. Des paroles en l’air, hein… t’as prédit mon avenir, Sulien. De bout en bout. T’avais juste. Sur tout. Minimise pas. Prends ce que je te donne et réponds moi avec la même insolence qu’avant. Tu te souviens ? Tu te souviens de la façon dont tu me parlais ? De comment je partais au quart de tour ? Regarde nous. Toi et moi contre un mur, séparé par Rahima. Toi dans un corps qui te ressemble pas. Moi dans un corps qui me ressemble pas. Tout les deux coincés dans une conversation qui ne nous ressemblent pas.
Je le regarde. Mes yeux courent et dégringolent le long de sa carcasse. Ils se figent arrivé à tes hanches que je vois pas, mais dont je devine la courbe, l’étroitesse du bassin.
Accroche toi aux détails. Ecoute pas ce qu’il dit. S’il te plaît, n’écoute pas ce qu’il te te balance.
Je serre les dents. Ses mots me percutent fort. Tellement fort que je m’en mord les lèvres. Tu souris, Sulien. Mais c’est pas drôle. Tu le sais. Je t’ai souhaité de crever tout seul. Une réponse de sale gosse qui se savait bien entouré, mais qui était jaloux, d’une certaine manière. Mais c’est de bonne guerre, hein ? Je t’ai balancé mes souvenirs, tu me me balances les miens. Eh, t’as vu comme on se souvient bien de ce moment-là ? Quasi vingt ans plus tard.
Mais nan. J’éprouve aucun plaisir à voir que tu crèves tout seul. Parce que même toi tu mérites pas ça. Personne mérite ça. Même si t’étais vraiment une sale pourriture… je crois que c’est pire que de souhaiter la mort à quelqu’un, tout court.

Sa petite réplique de fin me fait souffler un rire grave. Je hoche la tête avec lenteur. « Ouais… deux pauvres mecs qui se retrouvent autour du même Soleil… c’est… n’importe quoi… »

Je jette un regard vers la porte.

« Tant que tu l’as elle, tu crèveras pas seul ». Ça m’échappe, mais je vais rien pour retenir le reste. « Et… j’suis désolé de t’avoir dit ça. C’était… vraiment débile. Et méchant. J’suis… vraiment désolé… »

Je renifle. Je souffle. Je ferme les yeux. Ça va vraiment pas. J’ai tout le temps envie de chialer en ce moment. Mais j’ai rien qui sort.
Je crois que même avoir envie de chialer, j’ai pas envie.

502 mots

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La Maladie d'Amour
Un Soleil. C'est drôle, on lui a presque donné le même surnom. Soleil... Rayon de soleil... J'ai l'impression que mon appellation fait plus petit mais je sais que je l'appelle comme ça pour une raison. Tous mes amis sont des rayons de soleil et ensemble ils font un soleil gigantesque rempli de chaleur et de joie. Seulement Salvadora a un surnom en plus qui a du sens pour nous. C'est mon trésor mais non d'une manière romantique, non, du tout, c'est parce qu'on était ce butin marqué sur une carte qu'on cherchait l'un et l'autre. Un ami pour la vie. Eh ouais, tant que j'ai mes rayons de soleil —et ma famille c'est important—, je ne crèverai pas seul

Il s'excuse pour ses mots. Wow, okay, je m'attendais pas à ça. Il y a beaucoup de choses qui se passent d'un coup et ça va peut-être trop vite. C'est quoi qui fait ça ? Le fait qu'on soit tous les deux perdu ou c'est autre chose ? L'atmosphère entre nous a changé d'un coup. Je ressens plus l'animosité dans l'air, ce besoin de sortir ses griffes et de préparer les crocs. C'est l'effet Rahima, c'est ça ? Elle a tellement de bonne humeur qui émane d'elle que tout le monde se pardonne l'un et l'autre ? Et... Je devrais faire la même chose, non ? Je veux dire, je suis conscient que j'étais un vrai connard adolescent et que j'ai fait des sales crasses aux gens. Je me suis jamais vraiment remis en question pour Lloyd parce que... C'est mon ennemi. C'était ?

"Hm... Désolé pour ta guitare... Je ne connaissais pas la valeur des choses gamin... Un vrai bourge quoi.", je ris légèrement. Avoir tout ce que l'on veut ça ne rend pas humble et compréhensif, c'est plutôt le contraire. C'est peut-être ça grandir. C'est comprendre qu'on n'est pas tout-puissant et qu'on a été con parfois. J'ai encore du mal à dire pardon, en général je fuis mais là, c'est venu tout seul.

Je tourne le regard vers lui. Il a l'air de vivre dans les orages. "Et si... On parlait de chose plus... joyeuse ? J'ai l'impression de tuer ton moral."

363 mots

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La Maladie d'Amour
TW : profond mal-être

Sulien est désolé. Pour Dolly I. Pas pour les prédictions qu’il m’a faites. Pour Dolly I. Ma guitare. Celle avec qui j’ai appris à gratter. Celle que tout un petit groupe de rock m’avait dédicacé. Ma jolie Dolly qui se désaccordait tout le temps. Qu’il fallait que remboite un coup sur deux. Ce que j’ai jamais eu de plus précieux au monde. Et que j’ai éclaté sur la tête de Sulien.
Elle aurait pu être réparée, hein ? Elle aurait pu. Mais… j’accordais tellement d’importance à ces dédicaces qui se sont effacés après le coup du seau… J’ai jeté ma meilleure amie comme si elle valait plus rien. Comme si c’était que ça qui comptait. Des signatures. Les mêmes que je distribue autour de moi comme si j’étais une célébrité notoire. Tu vois ? Je gâche tout pour des rêves. Je brise tout autour de moi pour des rêves.
Et lui, Sulien… s’excuse pour ma guitare. Pas parce que …
Parce qu’il avait raison.

J’suis qu’un minable.
J’suis qu’un pauvre mec qui fait pitié à un cadavre ambulant qui a réussi sa vie.
J’suis qu’un raté.
Un homme transit d’amour qui peut pas aimer la femme qu’il aime.
Un fils qui fait pleurer ses parents.
Un frère qui a sacrifié la vie de sa sœur
Un papa qui n’a plus son …

Je vois flou.
Nan.
Je vois des larmes.
Des larmes qui s’accumulent dans mes yeux.
Des choses plus joyeuses ? Comme quoi, hein ? Comme quoi ?

« Comme… quoi…? »

Je renifle. Je déglutis. Je bats des cils.

« Y’a quoi de joyeux, en fait… rien. Y’a rien de joyeux. Y’a juste… »

Reprends toi en main. Reprends toi en main. Allez. Chiale pas, gros demeuré. Des trucs joyeux, on te demande juste de parler de truc joyeux. Tu sais faire, hein ? Gros bouffon. Ouais. Un vrai clown. Un clown triste. T'sais ? Comme le tableau chez Mamó. Mais tu fais rire personne, toi. Tu fais même pas peur. Même lui il a plus de panache que toi. Vas y. Sors un truc joyeux. Une blague.

« J'ai... »

Rien. T'as rien. Rien à raconter. Rien à dire. T'as rien du tout. T'es le pire clown qu'on ai jamais vu. Vas y ! Cogne le, alors. Il te fait miroiter sa réussite et se la joue modeste, en plus. Eh, peut-être que son rire, c'était pour se foutre de ta tronche ? T'en dis quoi ? Allez, dis un truc joyeux.

Je souris. Ça vacille. Je tiens le coup.

« Rahima, elle... elle avait l'air d'aller... »

J't'en prie, parle du beau temps, tan que t'y es ! Un truc joyeux. C'est tout ce qu'on te demande.
Un. Truc. Joyeux.

453 mots

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La Maladie d'Amour
Oh par Merlin, je crois j'ai dit quelque chose que je ne devais pas. Eh bah, je n'ai pas besoin d'insulter les autres pour les faire chialer. Je ressemble tellement à un spectre que je fais peur à en pleurer ? Je ne sais pas si je dois le prendre mal. Non mais voilà, je passe mon temps seul et maintenant je dis mal les choses et ça passe mal, très mal même.

Il a la voix qui tremble quand il essaye de parler et ses yeux sont remplis d'eau. Par Circée, pourquoi tu me fais ça Lloyd ? Comment je te console si toute ma vie j'ai fait que l'inverse ? Je ne sais pas si t'as besoin que je te mette une claque pour te réveiller ou si je dois te border dans ton lit en te lisant ton histoire du soir. Woaaah, non, pas si loin quand même. Je n'irai pas jusqu'à là pour un gars que je haïssais il y a même pas quelques minutes. Avec personne en fait, à part mon neveu — il est tout petit encore donc normal. Pfou, voilà, quand quelqu'un avec qui je ne suis pas totalement à l'aise commence à pleurer, je panique. C'est pour ça que je préfère parler de chose futile. Pour pas que ça se termine comme ça. Personne ne va pleurer sur la météo du jour... Enfin je crois.

"Il y a rien de joyeux". J'ai l'impression de m'entendre moi il y a quelques années et de ce que je me souviens, ce n'était pas une période facile du tout. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans sa vie pour qu'il se retrouve comme ça mais pour être honnête, j'ai un pincement au cœur. Elle faisait quoi Sasa quand je pleurais à chaudes larmes comme ça ? Et Dario il me disait quoi ? Ils étaient réalistes, très réalistes. Tu vas avoir du mal à t'en sortir mon petit mais un jour t'auras toute la force du monde pour le faire et ça sera une libération. Ouais, je m'en souviens bien et ça résonne encore. Ses mots avec les câlins de Sasa et tout les petits plats qu'elle me faisait. Je ne pourrais pas dire s'il y a des gens qui sont là pour lui parce que ça se trouve, il ne voit rien, comme moi avant. Ou il a l'impression d'être un poids lourd pour tout le monde. Pffou, tu veux bien arrêter d'être comme moi ?

Je laisse le mur et je m'approche de lui pour me placer bien devant. "Boup !", je m'exclame en lui tapotant le nez. "Hey, il est passé où le Lloyd qui chantait avec toutes la force de ses poumons en mars ?", et qui a tapé dans l'œil de ma meilleure amie, mais j'omets ce détail. Je sais qu'elle l'a eu son vinyle. "Ou le Lloyd qui n'en manquait pas une pour se venger de mes coups ?", ça me saoule de le voir comme ça. Je ne veux pas d'un ennemi en carton moi. "Écoute, je ne sais pas ce qui se passe dans ta vie pour que tu me sortes qu'il n'y a que Rahima qui te rend joyeux mais, il n'y a pas qu'elle, c'est pas vrai. Je ne dis pas que t'es un menteur, juste, que tu fais l'aveugle. Je sais que c'est dur quand on pense être un boulet qui ne sait rien faire à part tirer les autres vers le bas mais t'es pas ça. Donc, réapprends à sourire pour toi. Le fait pas pour les autres, ça ne marche pas, je sais parce que je l'ai fait et j'ai juste rechuté comme un énorme boulu. Ouais, non, oublis, c'est pas grave de rechuter tant qu'on essaye de toujours de remonter. Et euh...", wow, j'en ai dit des choses là, ça m'impressionne.

"'Fin, fait des trucs, sort marcher un coup, dans ta rue ou à 10 mille kilomètres de chez toi, tant que tu t'occupes... T'as encore la chance de ressentir les choses donc fais-le."

675 mots

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La Maladie d'Amour
TW : profond mal être - paroles sombres


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Tu vas pas chialer. Pourquoi tu chialerais, hein ? Tu veux pleurer pour quelque chose ? Ben vas y : pleure pour tout ceux à qui t’a gâché la vie. On commence par Jude, on enchaîne sur Chris, on passe par Papa et Maman et ensuite ? Eh, on dit Sulien ? T’en dis quoi ? Il se souvient des mots que tu lui as jeté. Même si t’es un gros débile, tu sais que les mots ont de l’importance. Tu sais les traces qu’ils laissent. Ce sont des couteaux. Et lui, Willows ? Oh, il le sait. Il le sait. Mais lui, il a l’intelligence en plus. L’argent. La réussite. Et Rahima. Peut-être même une meuf ou un mec qu’il va retrouver ce soir. Malgré les coups de couteaux.

Je sursaute quand son doigt heurte mon doigt dans un… “boup”. Mes yeux remontent sur lui, grands ouverts, comme ceux d’un lapin prit dans les phares.
Il… il est passé où le Lloyd qui…? Attends, quoi ? Je bats des cils. Je cherche à m’accrocher aux mots. Il est où, ce Lloyd ? Toi aussi, comme Jude, tu cherches le Lloyd d’avant Miya ?
Pourquoi vous vous acharnez à vouloir le revoir, hein ? Il est mort, ce Lloyd. Il est mort dans la chambre dans laquelle il a grandit chez ses parents. Il est plus là. Vous pouvez pas le faire revenir. Pourquoi vous comprenez pas ça ? Il ne reste que son souvenir pour rappeler à celui d’aujourd’hui tout ce qu’il n’a jamais eu.
Je serre les dents. J’écoute. J’écoute. J’essaye. Tu sais rien, tu sais rien du tout. Personne sait rien. Rahima sait rien. Chris ne sait rien. Jude ne sait rien. Papa, maman, Alma, personne ne sait rien. Mais toi, tu sais des trucs, hein ? C’est ce que tu dis ? Tu sais ce que c’est de toucher le fond ? D’être de trop, tout le temps, même pour soi ? Tu sais ce que ça fait, toi ? Mes yeux fouillent les tiens, les larmes ne m’offrent que deux cristaux clairs et bleutés. Je m’y accroche. A ce moment précis, j’ai l’impression que si je m’en sépare, je me noies encore. Tu sais ce que c’est de se noyer, Willows ? Tu sais ? Toucher le fond, je connais. Il a un avantage, c’est qu’il s’arrête, il a une fin. Mais là, je vois pas de fond. Je me noies. J’arrive pas à rester à la surface. Rahima, elle m’aide, elle s’en rend même pas compte. C’est mon radeau, mais j’ai peur de la faire couler comme j’ai fait couler Jude. Tu sais ce que ça fait de se noyer et d’avoir peur d’emporter d’autres gens avec toi ? Remonter pour les autres, remonter pour soi, c’est quoi la différence, au final ? Que ce soit pour moi ou pour les autres, c’est quoi, la différence, hein ? On se noie quand même au final.
J’inspire, et je me sens hocher la tête. Pourquoi tu hoches la tête ? T’as compris un truc ? T’as rien compris. T’entends que ton coeur qui bat trop fort. Tu sens que ta gorge qui te fait mal. Mais, ouais, tu ressens. Wow, il parle bien, hein ? Ressentir. Ressentir fort jusqu’à ne plus rien ressentir. Et ça recommencera, encore et encore.

Allez. Faut que je m’accroche. Je bats des cils. J’inspire, longuement. Je ferme les yeux. Je fais pitié. Mais je préfère faire pitié quand je suis tout seul. Ça m’évite de me taper la honte devant un mec qui n’aurait jamais dû me voir comme ça. Mais… si je m’effondre tout seul, j’ai pas de mots qui essayent de m’aider. Je sais pas ce que je préfère. Me ronger l’âme au fond de mon lit ou me taper la honte devant un mec qui me déteste ? J’en sais rien. J’en sais rien du tout.

J’appuie mon crâne contre le mur dans mon dos en levant les yeux en l’air. Je déglutis. Je souffle.

« J’suis… désolé. C’est… pas trop la forme en ce moment. » Je baisse les yeux sur lui. Ce mec qui m’a “boup” le nez comme si j’étais un gros clébard ou un gosse qui chiale. Les deux, hein ? « Mais… t’inquiète. Rahima subit pas. J’te jure, je… ça va. »
Mes yeux s’accrochent aux siens. Ils glissent jusqu’à ce tatouage qui habite sa tempe gauche. Je penche la tête. C’est une rune, ça. Jude a la même dans la gueule de loup qui se promène sur son bras. Droit, le sien.
Il a de beaux tatouages.

767 mots

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La Maladie d'Amour
Un jour, on m'a raconté l'histoire d'une guerre moldu violente et meurtrière, je crois la Première Guerre mondiale. On m'a raconté que pendant un jour, les deux camps c'était mis d'accord pour arrêter les combats, le temps de fêter Noël et que certains l'avaient fêté avec l'ennemi. Je n'ai jamais voulu y croire petit parce que, comment est-ce qu'on peut faire la paix avec l'ennemi ? Comment est-ce qu'on peut parler cordialement avec ceux qui veulent nous tuer tous les autres jours de l'année ? Mais je comprends maintenant. Déjà, la guerre c'est nul et personne aime la faire à part ceux qui sont au chaud et qui dirigent. Puis, haïr c'est épuisant. Je ne saurais pas dire pourquoi on déteste les autres ou pourquoi on leur fait du mal mais j'ai juste accepté qu'on y trouvait un bonheur malsain. Sauf que là, moi, je suis prêt à baisser les armes le temps d'un jour. À quoi ça servirait de l'enfoncer encore plus bas si je risque de plus pouvoir le moquer légèrement tous les autres jours de l'année ? C'est con mais, ça me ferait bizarre de plus l'avoir dans ma vie.

Il essaye de tenir le coup devant moi en ravalant ses larmes. Il s'excuse en plus. Il ne devrait pas. Ça doit être humain de s'excuser parce qu'on pleure. Non, ce sont les autres qui nous apprennent que c'est mal alors que non. Il me dit que "c'est pas la forme" mais que "ça va". Non, ça va pas du tout Lloyd, tu t'effrites devant moi à chaque fois que je prends la parole et pas parce que je dis des choses atroces. Je ne sais pas exactement ce qui se passe dans ta tête mais je sais que ce n'est pas joli du tout. Et moi là, je ne sais pas quoi faire de plus. Aller Sulien, pense à ce que ta famille faisais pour toi, ce que t'arrivais à voir.

"Je... Tu-", bordel Sulien fais un truc au lieu de faire le poteau de support émotionnel très peu efficace. "T'as pas à t'excuser, franchement, si t'as tout un ouragan qui va déborder, laisse-le déborder. Ça fait du bien de pleurer un coup et je ne te jugerai pas, promis. Je baisse les armes aujourd'hui.", je ne le quitte pas des yeux, je veux être sûr de le tenir ici et pas dans sa tête. " Et Rahima elle tiendra le coup, elle est forte même malade."

410 mots

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La Maladie d'Amour
Je sais pas ce que veut dire cette rune. Si j’avais écouté en cours, je saurai. Ça veut peut-être dire un truc qui en dit long sur lui. Ça doit faire mal de se faire tatouer à la tempe, alors ça doit être important. C’est visible, en plus. Enfin, peut-être pas tout le temps avec les mèches noires ondulées qui encadrent son visage. T’es tellement maigre, Willows. Si je te pousse suffisamment fort, tu te briserais, hein ?
Je sais pas pourquoi je pense à ça.
J’ai pas envie de le pousser.
Je crois que c’est pire que ça.
J’ai pas envie qu’il bouge.
Je veux pas être tout seul.
Je veux pas continuer à réfléchir en boucle.
Je veux pas je veux pas je veux pas.

Alors je m’accroche à ses lèvres qui me sortent que j’ai pas besoin de m’excuser, que je peux pleurer, qu’il me jugera pas, que Rahima est forte. Je regarde sa bouche cracher tout ça, cracher tout ce que je sais déjà. J’ai le droit de pleurer mais j’y arrive pas, tu vois ? M’excuser, ça, j’arrive pas à pas le faire, parce que, tu comprends… j’ai pas assez demandé pardon quand je le fallait, je crois que mon corps veut rattraper le temps perdu.

T’as le visage tellement fin. T’as la peau tellement pâle. Si t’étais pas aussi fin, quelles formes auraient tes épaules ? Là, j’ai l’impression qu’une veste trop lourde jetée sur elles pourraient te faire t’effondrer. Et si ma main s’enroulait autour de ta gorge, je pourrais la fermer jusqu’à ce que mes doigts se touchent derrière ta nuque ?
Eh, Willows. Tu vois quoi dans mes yeux que tu fixes, dis-moi ? Tu vois quoi ? Tu vois le chien du fond de l’Allée ou tu vois le gosse à qui il faut dire qu’il peut chialer, que c’est pas grave, que c’est la vie ? Hein ? Tu vois quoi ? Parce que dans le reflet des tiens, je vois rien. Je vois que toi. Tu comprends ? J’arrive même pas à me voir dans tes yeux. On en est là. Tu prends toute la place. Tout prend de la place. J’existe même plus dans les reflets, t’imagine ?

« J’arrive même pas à chialer », je souffle dans un rire crasse. « Même ça, j’y arrive pas… » Je remonte ma main entre nous. « Eh… t’veux pas me lire mon avenir…? C’est un peu plus… joyeux, j’crois. »

Je souris, un peu. Parce que je me sens vraiment pitoyable... mais j'ai pas envie qu'il parte, tu vois ?
Je veux pas rester tout seul avec moi-même.

441 mots

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La Maladie d'Amour
Il a les yeux noisette, ça change de mon quotidien. Presque toutes les personnes que je connais ont les yeux clairs. Pas aussi clair que les miens — maman me dit toujours qu'on dirait des boules de cristal — mais jamais noisette comme ça. C'est censé être anodin mais j'ai toujours trouvé ça beau parce que ça reflète l'autre plus facilement. Là, je sais qu'il a toute son attention sur moi. Bref, je ne sais pas pourquoi j'ai commencé à faire une fixette sur la couleur de ses yeux, c'est juste des iris noisette, pas besoin d'en faire tout un poème non plus.

Il rit mais ce n'est pas drôle ce qu'il dit. Mais je n'ai même pas le temps de dire quoi que ce soit qu'il me montre sa main pour que je la lise. Wow. Hey, monsieur, j'ai craché les défauts de ton pote dans sa belle face et maintenant tu veux que je lise ta main ? La divination ce n'est pas souvent joyeux en plus.

"Je...", je n'ai pas envie de l'enfoncer si ce n'est pas correct. Cependant, quand on me tend une main comme ça, j'ai du mal à me retenir de la lire. C'est inscrit dans mes habitudes de lire les mains des autres quand on m'en donne l'occasion, c'est automatique à chaque serrage de main. Donc, je ne refuse pas, je fonce en remontant mes manches. "Ok, mais ne me crache pas dessus si ce n'est pas fameux.", je dis avant de poser mes mains autour de la sienne. "Chaud et sec... Une personnalité créative et impulsive... T'es droitier ?", c'est important, ça veut dire que c'est comment il s'est adapté. Je regarde un peu mieux sa main. Les ongles rongés, signe de stress, et deux inscriptions tatouées. "Les tatouages sur tes doigts c'est pour ?", je suis curieux de savoir si c'est juste sur un coup de tête ou s'il y a vraiment quelque chose derrière.

Je passe mon index sur les lignes de sa main et je les lis à voix haute. "Ligne de cœur droite qui dépasse la ligne de tête donc une personnalité romantique qui se laisse guider par ses émotions... Une ligne de tête inclinée vers le bas, esprit créatif, et assez bien séparé de la ligne vie donc impulsif... Constitution qui pourrait mieux se porter mais ça va, le corps tient bien... Et une ligne de chance bien définie qui s'arrête à la ligne de cœur, ce qui veut dire que t'es ambitieux mais que tes émotions t'empêche de les poursuivre comme il faut...", je m'arrête pour retourner à son regard. "Ça va ? Ou tu veux l'intégrale ?", je ris un peu. Ce n'est pas très long mais en général, c'est là où se trouvent les choses qui font mal.

464 mots

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La Maladie d'Amour
Dans ma famille, on a jamais cru en la divination. Maman nous a toujours rabâché que les choses arrivent parce que Dieu en a décidé ainsi. J’ai jamais cru en Lui. Pas plus qu’en la divination, en fait. Les boules de cristal, les cartes, la lecture dans les mains, la mancie truc… Je crois qu’on creuse nous même notre tombe, qu’on écrit tout seul notre épitaphe. On est l’instrument de notre propre ruine. Mais ça en rassure certains d’imaginer comment ça se passera plus tard, ou que tout arrive parce que Dieu l’a décidé. Des conneries. Les choses se passent à cause des choix qu’on prend. Et à cause de ceux que prennent les autres.

Je hoche lentement la tête. Nan, je te cracherai pas dessus. Qu’est-ce que tu pourrais trouver de pire que ce que je sais déjà ? Ma ligne de vie, c’est la ligne du gros schlag, t’inquiète, je le sais déjà.
Ses doigts s’enroulent autour de ma main. Le contraste est violent, hein ? Ma grosse paluche entre ses longs doigts pâles. Ça fait bizarre. Presque aussi bizarre que ça petite remarque. Chaud et sec ? Tu parles de ma main ou du truc qui bat dans ma poitrine ? Enfin, qui bat. Il fait ce qu’il peut. Quoi que. Je le sens battre fort. La tachycardie, hein. Je fais pas de crise, là, pourtant. Mais je le sens battre fort. Méga fort. Tu l’entends ou il n’y a que moi ?

« Euh, ouais, droitier. »

Il est concentré, hein. Sullien Willows tient ma main, et il est concentré dessus. Je regarde la façon dont il la regarde, la manière dont ses pupilles passent d’un détail à un autre. Ils sont clairs, tes yeux. J’ai jamais vu ça.
Mes tatouages. Il s’intéresse à mes tatouages. Je les regarde, moi aussi. “HTLM” sur l’annulaire droit. “Sorry not Sorry” sur le majeur droit. Famille d’un côté. Carrière de l’autre. Ma vie tourne qu’autour de ça.

« Harmony, Tess, Lyam, Maxence », j’énumère en le regardant “travailler”. « Mes quatre cousins. Et l’autre c’est… euh… la chanson avec laquelle j’ai… décollé… »

Décollé ? Décollé ? Frère : t’as grimpé une marche et demi. Tu parles de quoi, en fait ? Décollé !

Son doigt qui glisse dans ma paume m’arrache à mes pensées. J’ai la chair de poule. Comme quand une jolie femme fait courir ses griffes dans ma nuque, ou quand des lèvres effleurent mon cou, tu vois ? Sauf que là, c’est Sulien.
Sulien qui me lit. Moi.
Et j’écoute.
J’écoute comme j’ai jamais écouté.
J’écoute Sulien Willows m’apprendre ce que je suis.
Mais.. T’es quoi comme espèce de sorcier ? Je le regarde, lui, pas son doigt qui me lit. J’ai le coeur qui bat la chamade, les lèvres entrouvertes. Il continue à parler. Je continue à écouter. J’écoute Sulien Willows me lire. Moi. C’est pas normal. Il y a un truc pas normal. Il peut pas voir tout ça dans ma main, juste avec son doigt. C’est… c’est juste pas normal. Nan. Il y a autre chose. Il se fout de moi. Il improvise. Mais il improvise bien. C’est juste un doigt dans une main. Un doigt chaud qui glisse sur ma peau et qui me balance des trucs que même ma mère comprend pas.
Des émotions.
Des émotions qui coincent, hein ? Des émotions qui explosent, que je contrôle pas, qui gâchent tout. Une main de con. J’ai une main de débile.

Je bats des cils. Wow.
Je regarde Sulien. C’est pas fini ? Genre il y a d’autres choses ?

« C’est… méga impressionnant. Je… ouais , ouais, ouais. Pfoua.. C’est… » Ma main libre saute à mon visage pour le frotter. Je ris moi aussi. Un peu. C’est nerveux. « C’est un truc de fou… je… t’es doué. T’es genre… » Il a les yeux vraiment clairs. «… vraiment… doué. »

651 mots

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