05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées

Les regards se croisaient sans délier la moindre langue. L’heure était aux calculs, non aux intentions de grande envergure. Tête baissée, Constance attendait sa sentence. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque Isabel Almeida rompit le silence pour l’interroger.

« Nous ne pratiquons pas la magie noire, répondit sobrement Constance, les yeux virés vers ses pieds. »

Le silence était tel qu’une bonne partie des personnes en présence entendirent ses propos sans pour autant réussir à leur accorder de sens.

Blottit contre sa mère, Sybille Luneau observait Kristen et Constance à tour de rôle. La panique était immense dans ses beaux yeux bleus. Si grande que son bras fin et blanc tremblait sous le poids de l’hésitation. Céder à la haine et la faire éclater contre Constance ou bien se fier au professeur Loewy pour qui elle avait le plus grand respect ? Ne sachant quel côté choisir, elle hasarda un coup d’oeil vers sa mère, se demandant ce qu’elle aurait choisi à sa place. Les yeux épuisés d’Aude lui apportèrent une réponse évidente. Emue aux larmes, Sybille désarma. Elle essuya ses larmes d’un revers de manche et leva un regard foudroyant sur Constance et ses deux acolytes.

« J’espère que vous savez ce que vous faites, dit Sybille, les dents serrés quand Constance s’arrêta devant elle. »

Constance acquiesça, incapable de soutenir le regard de cette pauvre enfant à qui elle avait causé tant de peine.

Il y eut un silence entre Aude et Constance Luneau. Un silence qui ne se brisa que lorsque cette dernière se tourna vers ses soeurs.

« Je lui dois d’ê… »

« Inutile de parler. Tu es l’aînée, l’interrompit Sinistra. Nous t’avons toujours suivi, nous te suivrons cette fois encore. »

Un sourire éclaira le visage de Constance. Lentement, chacun de ses gestes se fit plus harmonieux que le précédent. Elle sortit sa baguette magique et se mit à dessiner des formes étranges dans l’air. A leur tour, Sinistra et Métope l’imitèrent. Des fils argentés se matérialisèrent là où leurs baguettes passaient. Chaque fil avait sa vie propre, se tordant, s’entortillant, autour des autres. C’était de la très belle magie. Le genre de magie qui vous faisait baisser votre garde en réalisant que son auteur n’avait que de bonnes intentions en tête.

Quand les quatre capes argentées furent tissées, les soeurs en enfilèrent une chacune. La dernière, Constance la glissa elle-même autour d’Aude en la prenant délicatement par les épaules.

« Puisse ton coeur trouver la force de me pardonner tout le mal que je t’ai fait, déclara Constance, les yeux brillant de larmes. Sache que tu as été mon seul réconfort tout au long de ces années d’emprisonnement. »

Aude trouva à peine la force de poser sa main sur le bras de Constance, mais quand se fut chose faite, les larmes de Constance coulèrent sur ses joues blanches cependant qu’elle souriait comme jamais on l’avait vu sourire.

« J’ai vécu de trop nombreuses vies, dit-elle. J’aspire à autre chose désormais. Que ce temps te soit profitable ma belle enfant. »

Là-dessus, Mérope et Sinistra posèrent leur baguette sur les épaules de leur soeur tandis que cette dernière pointait la sienne sur le front d’Aude. Se produisit alors quelque chose d’inimaginable, une magie si ancienne que personne dans l’assistance n’en avait seulement entendu parler. Alors que les visages des soeurs se creusaient de vieillesse, celui d’Aude gagnait la beauté de la jeunesse. A mesure que les silhouettes des soeurs s’asséchaient et rapetissaient, celle d’Aude gagnait en chair et en vitalité. Quand le processus prit fin et que les capes argentées partirent en fumée, Constance, Mérope et Sinistra n’étaient plus plus que trois petites grand-mères au dos courbé mais aux yeux vifs et plein de sagesse. Aude quant à elle était devenue la femme digne de ses illusions. Débarrassée de la maladie, elle se dressa sur ses jambes fuselées. Grande et élancée, elle arborait de longs et brillants cheveux blonds qui tombaient en cascade dans son dos bien droit. Ses grands yeux bleus, dotés d’une infinie douceur, sourirent en premier à sa fille qui se précipita dans ses bras. L’étreinte de la mère et de la fille provoqua l’émoi dans les rangs de Beauxbâtons.

Lorsque Sybille s’écarta finalement de sa mère, cette dernière fit un pas vers Constance et, saisissant ses mains frêles et ridées entre les siennes douces et fines, se pencha en avant pour l’embrasser sur le front.

« Je ne pouvais pas te reprocher de désirer la liberté, alors je n’ai rien à te pardonner, ma si chère amie, lui dit-elle en souriant. Rien. »

Constance lui rendit son sourire.

« Sois heureuse désormais, mon enfant, dit-elle d’une voix abimée par l’âge. Sache que tout ceci n’aurait pas été possible sans l’admirable concours de grandes dames… »

Les soeurs s’écartèrent lentement, ouvrant les mètres qui séparaient Aude Luneau de Kristen et Isabel.

Quelques pas plus loin, Marie était émue aux larmes. Certes, elle avait conscience de ne pas détenir la part d’ombres de cette histoire mais voir sa directrice si belle et lumineuse après l’avoir découverte si dévastée et fragile gonflait son coeur d’espoir et de joie.

« Professeur, déclara la voix de Jonas à côté d’elle. »

Marie tourna la tête à temps pour le voir se diriger à pas de loup vers son directeur.

« Professeur, vous souvenez-vous de notre devise ? »

Evgeniy releva la tête et regarda son champion d’un air ahuri.

« Professeur, s’il vous plait, quelle est notre devise ? demanda Jonas en élevant la voix. »

Tous les élèves de Durmstrang répondirent en choeur :

« SERVIR OU PERIR ! »

Evgeniy sembla secouer par la puissance du chœur. Il lança des regards alertes autour de lui avant de bredouiller quelques mots.

« S-servir ou pé-périr. »

« Servir ou périr, répéta Jonas pour lui-même. Mais depuis quand servez-vous vos seuls intérêts, professeur ? »

La question eu l’effet d’une bombe. Les élèves de Durmstrang échangèrent des regards interrogateurs et le visage d’Evgeniy vira au blanc pâle. Il essuya fébrilement la sueur de son front.

« Mes intérêts ? »

« Pardonnez-moi professeur. Ma question n’était pas claire, je le reconnais, dit Jonas en s’arrêtant à une distance de six mètres de son directeur, le regard froid. Depuis quand avez-vous vendu votre âme aux sbires de Grindelwald ? Depuis quand le tourne-casaque-Kowalczyk s’est résolu à trahir son pays ? »

Les sourcils froncés, Stepan Kirsanov se décala dans le dos de son directeur pour mieux sonder le regard de son frère.

« Je… »

Evgeniy regardait autour de lui comme s’il cherchait une corde à laquelle se raccrocher.

« Indigne, souffla Jonas, une pointe de déception dans la voix. »

« Ce que j’ai fait, commença Evgeniy. Je l’ai fait pour D… »

Jonas avait levé la main.

« Silence, vieil homme. »

Evgeniy déglutit.

« Vous avez fait en sorte que le criminel de guerre Stanislav Stoyanov entre dans le Dominion par l’entrée de Durmstrang afin qu’il vous rapporte la Baguette de Sureau, que vous saviez aux mains de la championne de Beauxbâtons depuis la deuxième tâche du tournoi. En échange de quoi, vous vous arrangiez pour faire entrer Arseni Stoyanov dans le Dominion. Piéger son propre élève… »

Jonas cracha au sol.

« Servir ou périr… nombre de mes camarades ici présent n’ont plus de parents, depuis qu’ils sont morts en défendant notre patrie contre la meute de chiens enragés de Grindelwald dont ce Stanislav Stoyanov fait partie… vous insultez leur mémoire… vous insultez votre patrie… vous êtes indigne de votre rang… indigne de Durmstrang. Si je n’avais pas perdu ma baguette dans cet endroit maudit, vous seriez déjà mort à l’heure qu’il est… »

Un éclair traversa le regard d’Evgeniy mais une foule de baguettes se tourna vers lui dans un concerto de bruissements de capes, l’obligeant à baisser sa garde.

« Professeur Loewy, m’autorisez-vous à utiliser l’un des hiboux de votre école pour informer mon gouvernement de la situation ? Il nous faudra lui trouver une cel… »

La foule s’agita dans le dos de Jonas. Avant qu’il n’ait eu le temps de comprendre que Evgeniy essayait de prendre ses jambes à son cou, une pluie de sortilèges d’entrave en provenance de ses camarades s’abattit sur le pauvre directeur déchu qui s’étala de tout son long sur le sol, immobile. Le mal était vaincu.

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Ambre et Meilla avaient misé sur le fait qu'Elina était effectivement sortie du dominion. L'édifice était en train de s'écrouler et il leur était impossible de dégager cette entrée. Bien que la septième année n'aimait pas beaucoup le fait d'être incertaine quant à la présence ou non de son amie dans cet endroit, elle prononça la devise de Poudlard en même temps qu'Ambre et une sortie se matérialisa comme quelques minutes auparavant.

La jeune fille plissa les yeux, le temps de se réhabituer à la luminosité et chercha des yeux Elina sans plus se soucier du lourd silence présent dans la salle. Elle la vit un peu plus loin, près des travées, mais n'eut pas le temps de s'en approcher avant qu'une succession d'événements ne se produise. Un loup, que Meilla n'avait pas vu jusque là, disparut après l'intervention d'une des directrices de Beauxbâtons.
*Il venait d'où ce loup?!* Prenant alors le temps d'observer les personnes présentes, la Serdaigle put voir que tout le monde était revenu du dominion, les professeurs, les champions et les autres adultes. Le ministre semblait mal en point et elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui lui était réellement arrivé. Elle ne savait que ce que son amie lui avait décrit après avoir pu "voler" grâce à la chevalière. Mais elle avait conscience qu'elle n'en saurait probablement jamais plus.

L'autre directrice de Beauxbâtons, celle qui avait enlevé les champions, parla d'une part de serment à accomplir et s'avança dans la salle avant que des baguettes ne se pointe en sa direction. A ce moment-là, Meilla sentit Ambre attraper un bout de sa cape, sûrement inconsciemment. Elle posa alors sa main sur son bras espérant ainsi la rassurer. Si elles avaient réussi à survivre seules dans le dominion, tout se passerait bien ici. En fait, la jeune fille aurait aimé lui dire cela, mais elle ne voulait pas briser le silence et ne s'en sentait de toute manière pas capable.

Meilla ne leva pas sa baguette vers Constance. L'ambiance était lourde. Tout le monde jaugeait tout le monde, tout le monde réfléchissait, tout le monde cherchait à savoir qui disait la vérité et qui mentait. Mais personne ne pouvait être sûr de rien ne sachant pas à qui il pouvait faire confiance. Ce n'était pas facile, mais la septième année savait qu'il était nécessaire de ne pas porter de jugements trop hâtifs, les apparences étaient trompeuses, et beaucoup de personnes n'avaient pas joué franc-jeu. De plus, si misses Loewy et Almeida avaient ramené cette femme et si elle ne pointaient pas leurs baguettes, c'était qu'on pouvait lui faire confiance. Enfin, en tout cas, la préfète faisait confiance en leur jugement et préférait attendre d'avoir plus d'explications avant de faire quoi que ce soit.

La suite des événements lui donna raison puisque miss Loewy expliqua que bien que Constance semblait l'ennemie public numéro un, il fallait analyser la situation avant de faire quoi que ce soit. En réponse à une question de miss Almeida, tout le monde put entendre très clairement ces quelques mots prononcés :


« Nous ne pratiquons pas la magie noire. »

La préfète ne savait pas à quelle question cette femme répondait, mais elle semblait sincère. D'autres personnes durent trouver de l'honnêteté dans son regard puisque les baguettes furent abaissées. S'ensuivit une scène encore plus étrange que les précédentes, constituée d'une très belle magie, une magie que Meilla qualifia dans sa tête de puissante mais pure. Elle n'avait jamais vu cela de sa vie et avait conscience qu'elle n'était pas prête de revoir une telle chose de sitôt. L'émerveillement présent dans ses yeux n'était absolument pas feint et si elle avait été plus jeune, elle aurait sûrement lâché un "Wahou" tellement elle trouvait cela beau.

La magie opéra et Aude retrouva sa jeunesse, tandis que Constance et ses acolytes vieillirent. Aude était belle. Elle dégageait une aura et une puissance incroyables contrastant de loin avec son apparence faible de l'année. Les trois petites grands-mères n'avaient que cette apparence de grand-mère. De leur regard transparaissaient une lueur de vivacité et de sagesse qui intrigua grandement la Serdaigle. Elle aurait bien aimé pouvoir leur parler pour en savoir plus sur leur histoire, elle sentait qu'il y avait un secret mythique derrière tout cela, mais elle était incapable de bouger, toujours figée.

Mais personne n'eut le temps de s'attarder sur cette transformation et sur l'étreinte des deux française puisqu'une autre scène, cette-fois ci entre le directeur et le champion de Durmstrang, se produisit. Jonas avait l'air d'accuser son aîné d'être un traître et explicita certaines choses qui s'était produites dans le dominion. La scène qu'Ambre lui avait décrite grâce à la bague entre le ministre et un autre homme semblait prendre tout son sens. Cela expliquait aussi l'état d'Arseni Stoyanov. Depuis qu'elle était revenue ici, Meilla avait vu que cet homme avait le regard fuyant et ne semblait pas être à l'aise. Elle avait mis cela sous le coup de ce qui s'était produit, sur l'apparition de Constance, mais tout ce que Jonas avait dit semblait concorder avec les quelques éléments qu'elle avait en sa possession. Bien qu'elle ne comprenne pas ce qui liait certaines choses, elle était certaine que cet homme avait mis la vie de nombreuses personnes en danger et en particulier celle d'Elina. Quand il essaya de s'enfuir, la jeune fille aurait fait partie des personnes l'en empêchant si elle n'avait pas eu aussi peur de toucher quelqu'un d'autre en étant aussi loin et si elle n'avait pas été toujours aussi incapable de bouger.

~En voyage autour du monde et en couple avec la fille la plus extraordinaire du monde ~
Attention, apparition de carottes hallucinogènes dans le secteur des ornithorynques.
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Après avoir prononcé la devise de Poudlard, comme la première fois, le dragon miniature s’envola et se posa sur un mur, faisant apparaître une porte. Suivies de leurs deux professeurs et de la femme qui les accompagnait, les deux élèves franchirent la porte et se retrouvèrent dans les Travées.

En découvrant le spectacle qui s’offrait devant leurs yeux, Ambre se demanda si elle n’avait pas été mieux dans le Dominion, bien que ce dernier s’effondrait, plutôt que là où elle se trouvait maintenant. Un loup se dressait face aux élèves et aux professeurs, et la Poufsouffle se doutait bien qu’il n’y en avait pas eu qu’un seul. Avant même de pouvoir bouger, de lever sa baguette ou même de rejoindre les autres élèves pour tenter quelque chose, un sortilège fusa et toucha la créature, qui s’évapora d’un coup. La rouquine se retourna rapidement et aperçut Aude Luneau, toujours en piteux état, baguette levée, source du sort qui venait de toucher le dernier loup. Un sourire triste apparut sur le visage de la troisième année. Tout semblait terminé, mais pour en être sûre il fallait qu’elle retrouve Elina dans toute cette foule.

Elle fût coupée par la voix de Constance Luneau, s’adressant à la directrice de Poudlard et faisant référence à un serment. D’un coup, des dizaines de baguettes pointaient vers cette dernière. Ne sachant pas quoi faire, Ambre se rapprocha un peu plus de Meilla et l’attrapa inconsciemment par un bout de cape. Elle sentit la septième année poser sa main sur son bras, répondant ainsi à son geste, ce qui ne fit que faire resserrer sa prise à la troisième année. La directrice de Poudlard, ainsi que leur sous-directrice, se trouvant à proximité de la directrice de Beauxbâtons, prit la parole, ou plutôt, prit la défense de cette dernière. Du haut de ses treize ans, Ambre ne comprenait pas exactement tout, à part le fait que finalement Constance Luneau n’était pas si méchante que ça. En parcourant la salle du regard, elle put apercevoir le ministre de la magie, Arseni Stoyanov, qui était vraiment en piteux état. Elle aperçut également Elina, et les deux autres champions. Un frisson la parcourut tandis qu’une larme coulait sur sa joue, ils étaient sains et saufs.


« Nous ne pratiquons pas la magie noire. »

Quelques instants plus tard, Constance Luneau se trouvait face à Aude, suivit des deux autres femmes, qui étaient apparemment ses sœurs, en train de pratiquer une magie qui, effectivement, n’avait rien à voir avec la magie noire, ou du moins qui n’avait rien à voir avec la représentation qu’Ambre se faisait de la magie noire. Après quelques manipulations magiques, une sorte de transfert se fit entre Aude Luneau et les trois sœurs, comme si elles lui apportaient la jeunesse et elle leur apportait la vieillesse. Au bout de quelques secondes, Aude Luneau n’avait plus rien à voir avec la veille femme malade et faible qu’elle était. S’ensuivit une étreinte avec Sybille Luneau, sa fille donc.

Malheureusement les retrouvailles entre mère et fille furent rapidement coupée par l’intervention de Jonas Kirsanov qui interpella le directeur de Durmstrang, qui semblait complètement perdu à en croire son air ahuri. Ambre avait l’impression que les rôles s’étaient échangés. Kowalczyk n’avait plus rien à voir avec le fier directeur de l’institut de Durmstrang, face à son élève bien déterminé à montrer à tous les vraies intentions du directeur nordique. Il semblait faible.


« Professeur, s’il vous plait, quelle est notre devise ? »

Un nouveau frisson parcourut la troisième année lorsque tous les élèves de Durmstrang répondirent d’une seule voix. Mais ce n’était pas le même frisson qu’auparavant. Elle lâcha la cape de la Serdaigle. Elle n’avait plus peur, ou du moins presque plus peur. Elle avait l’impression de se sentir plus en sécurité, en voyant la scène qui se déroulait devant elle. Jonas, dans son rôle de juge, peint un nouveau portrait du directeur de Durmstrang, le présentant comme un traire, traitre à son institut, traitre à sa patrie. De nombreuses baguettes pointèrent dans sa direction, l’empêchant de faire le moindre mouvement. Enfin, théoriquement. Malgré la menace, il essaya tout de même de s’enfuir, se prenant en retour des dizaines de sortilèges. Il s’écroula sur le sol.
Ne sachant que faire, Ambre tira à nouveau sur la cape de Meilla, sans détourner le regard du directeur de Durmstrang. Sans savoir si son amie l’écoutait, elle demanda :


« Tu crois qu’il est mort ? »

La situation dans laquelle ils se trouvaient avait probablement de quoi hébéter plus d’un. Tout s’était passé très vite, la rouquine se doutait bien qu’elle n’était sûrement pas la seule à ne pas avoir tout compris. Etaient-ils en sécurité maintenant ? Qu’allait-il se passer ? La Poufsouffle se mit à fixer la directrice de Poudlard, dans l’espoir que cette dernière annonce que tout était fini.

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Kristen ne put dire un mot, ne put esquisser un geste, ne put même exprimer le moindre sentiment sur son visage durant toute la durée de l’opération. Elle avait fixé Sybille durant de longues secondes, avait fait vriller son regard de la jeune élève à la directrice de Beauxbâtons, était restée un peu ébahie. Puis, elle avait été absorbée par la magie de Constance. Elle avait imprimé dans son esprit chaque geste, observant le tout avec une admiration certaine, mais également une grande curiosité que l’on pourrait presque qualifier de scientifique. Cette magie, c’était comme un transfert d’énergie vitale ou de jeunesse, c’était comme si les sœurs sacrifiaient de nombreuses années qui leur restait à vivre pour les offrir à Aude. La directrice de Poudlard voyait cette transformation, mais faisait mine de ne pas s’y attarder plus que cela. Elle avait l’impression, par son regard, d’interrompre quelque chose de trop grand pour elle, quelque chose qu’elle n’était pas tout à fait digne de voir. Pourtant, Kristen était intriguée par ce que dégageait Aude à présent. Son sentiment était partagé. D’un côté, elle trouvait Aude réellement belle, lumineuse, comme enfin libérée, elle aussi, de chaînes que l’on ne pouvait voir avant, et était ravie pour elle. De l’autre, Kristen éprouvait cette drôle de sensation que l’on peut éprouver après avoir accomplit une grande chose, ou après avoir réglé l’affaire qui était pour nous la plus importante jusque là : et après ? Maintenant que la directrice de l'Académie française semblait si forte, à quoi Kristen pourrait-elle bien lui servir, elle qui se sentait si sombre par rapport à Aude, dont la renaissance avait sublimé chaque angle de son être ? Auparavant, Aude était comme une pierre très précieuse mais très fragile, dont il fallait prendre le plus grand soin, mais maintenant, elle pourrait sans doute se débrouiller seule, et n’aurait certainement pas besoin de Kristen, dont la magie était si rebutante et misérable face à celle de Constance.

C’est cela, c’est ce sentiment de vide qui submerge celui dont le but a été atteint, mais qui, à bien y réfléchir, n’y est pas pour grand-chose.

Kristen en fut troublée. Elle tourna la tête, et sauta sur l’occasion de penser à autre chose que le champion de Durmstrang offrait à tout le monde. Elle observa l’échange entre Jonas Kirsanov et son directeur avec une réelle attention. Préparant sa baguette, au cas où les choses tourneraient mal, elle fut surprise de la tournure que prirent les événements. Certaines baguettes qui avaient été pointées sur Constance et ses sœurs quelques secondes auparavant se dressaient maintenant vers le directeur Kowalczyk, si bien que lorsque ce gros bonhomme essaya lamentablement de s’enfuir, il fut bloqué par de nombreux maléfices d’entrave.

La directrice de Poudlard lança un regard à Arseni, espérant que la révélation de la traîtrise d’Evgeniy ne le ferait pas sombrer. Ses lèvres se pincèrent et elle se tourna Kowalczyk. Observant cet homme misérable étalé au sol durant quelques secondes, elle le jugea sévèrement. Trahir un être cher pour servir ses propres intérêts était pour elle quelque chose de sincèrement répugnant. Elle relâcha dans un souffle un petit rire ironique, puis, elle vissa son regard dans celui de l’étonnant champion de Durmstrang. Ce garçon avait eu beau révéler un certain potentiel durant les deux premières tâches du tournoi, il était évident que c’était à cet instant précis qu’il avait pris le plus de valeur aux yeux de tous. Alors qu’elle sentait peser sur elle le regard de plusieurs élèves, qui attendaient qu’elle réponde à Jonas, Kristen, faisant un geste désinvolte avec sa main en se retournant à nouveau vers le Ministre, comme si cette affaire ne valait même pas la peine que l’on s’attarde dessus outre mesure, lâcha :


« Prenez autant de hiboux qu’il vous faudra pour que le message soit transmis au plus vite. La vue de cet individu m’est insupportable. »

Équipe Modératus | UTC+8 à partir du 07/08
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Les loups noirs avaient finit par céder à la pression que leur imposait les élèves des trois écoles. De manière inattendue ce fut Aude Luneau qui fit disparaître la dernière bête, prouvant du même coup à Elina qu'elle était allée un peu vite en besogne en la pensant hors de combat. La Poufsouffle cru un instant voir triple quand les trois sœurs sortirent du Dominion en compagnie de l'ensemble du corps professoral de Poudlard. Sans compter que l'une des sosies d'Aude Luneau était accompagnée... d'Ambre et Meilla ? Que faisaient-elles toutes les deux dans le Dominion ? Elina allait avoir beaucoup de questions à poser avant de comprendre tous ce qu'il s'était passé pendant cette épreuve. Si elle y parvenait un jour. La Poufsouffle ressentit un profond soulagement en constatant que le ministre de la magie avait survécu à son affrontement avec son frère. Bien qu'il n'en soit pas sorti indemne. D'ailleurs, puisqu'il était question de Stanislav Stoyanov... La quatrième année tourna son regard vers Evgeniy Kowalczyk alors que l'attention de chacun se tournait vers Constance Luneau qui n'avait pu faire un pas sans qu'un nombre dissuasif de baguettes se lèvent pour la tenir en respect.

Elina n'accorda que peut d'attention aux paroles qui s'échangèrent alors et à la défense que présenta miss Loewy, trop occupée à observer la réaction du directeur de Durmstrang à la réapparition d'Arseni Stoyanov. Son teint devenu blafard confirmait du même coup les révélations du Dominion que la Poufsouffle n'était pas certaine de pouvoir prendre comme argent comptant jusque là. Néanmoins, ce qui se déroula par la suite la détourna du traître ; les trois jumelles avaient sorti leurs baguette. La beauté de la magie des trois sorcière était émouvante aux larmes, a plus forte raison peut-être parce qu'elle succédait à celle si sombre qui avait donné vie aux créatures ayant attaqué les travées. A ce qui suivit, Elina ne pu d'ailleurs empêcher une goutte d'eau salée de rouler sur sa joue. Goutte qui fut rapidement effacée d'un revers de manche dès que sa propriétaire la remarqua. Jamais la Poufsouffle n'avait imaginé qu'une magie aussi belle puisse exister et elle en restait sans voix, la gorge nouée.

Le retour à la réalité fut brutal quand Jonas s'adressa à son directeur. La devise scandée par les Durmstrang sembla fait vibrer l'air comme elle fit trembler Evgeniy Kowalczyk. L'accusation de Jonas provoqua un certain tumulte dans les rangs des bulgares et Elina se demanda depuis combien de temps il savait. Avait-il compris dès qu'il avait vu Stanislav Stoyanov dans le Dominion ? Elle n'aurait probablement pas l'occasion de le lui demander. Peut-être était-ce finalement une bonne chose que la baguette de Jonas soit restée quelque part sous les décombres du Dominion en compagnie de celle d'Elina. Traître ou non, il était toujours trop tôt pour devenir un meurtrier. La tentative de fuite du directeur de Durmstrang déjouée par ses propres élèves mis un point final a ce dernier affrontement. Tout du moins la Poufsouffle espérait grandement que cela soit le dernier. Elle pouvait sentir la fatigue nerveuse accumulée dans le Dominion et tout au long de l'année s'insinuer en elle. Elle resta immobile partagée entre l'allégresse des Beauxbâtons, la désillusion des Durmstrang et le soulagement des Poudlardiens, craignant de s'effondrer sur le champ si elle tentait de faire un pas. Elle laissa sont regard errer sans but réel, passant de visages connus en visages sur lesquelles elle peinait à mettre un nom. Jusqu'à présent, la caresse machinale de ses doigts le long des nervures familières de sa baguette lui avait toujours été d'un profond réconfort. Réconfort auquel elle ne pouvait plus avoir recours à présent et elle n'aspirait plus qu'a retrouver un calme, même relatif, qui lui permettrait de mettre un peu d'ordre dans les derniers événements.

26 ans inRP ~ Benjamine de la Pédagogie, Championne du Tournoi des Trois Sorciers, Rôtisseuse de Sang-Pur (BBQEAF), coeur du KEN et Briseuse de Rêves. La fille du FEU! Elinasorus-Rex
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Les apparences étaient parfois trompeuses. Aude avait beau en connaître tout un rayon sur ce phénomène, elle trouvait encore le moyen de s'en étonner. Les profils n'étaient jamais les mêmes, sans doute parce que la nécessité différait d'un individu à un autre. Qu'est-ce qui avait bien pu pousser Evgeniy Kowalczyk à vendre son âme au diable pour la seule possession de la Baguette de Sureau ? Le pouvoir ? Non, Aude n'y croyait pas. Le pouvoir n'intéressait que ceux qui baignait dedans. Kowalczyk n'était pas un homme de pouvoir. C'était un homme du peuple à qui tout ou presque avait sourit. Le prestige ? Non plus. La lumière n'éveillait aucun désir chez les enfants de Durmstrang. Alors quoi ? Trahir ne pouvait se résumer à un simple plaisir. Il y avait toujours un élément viscéral caché derrière une trahison ; quelque chose de profondément enraciner dans le passé du fautif. Une chose si nauséabonde que son seul souvenir vous retournait la tête pour de bon. Aude observait la silhouette du vieil homme en se demandant s'il mourrait en emportant avec lui ce secret. Elle ne put s'empêcher de frissonner en imaginant les sévisses qui lui seraient infligés à Nurmengard.

Détournant son regard de ce triste destin, elle regarda le champion de Durmstrang quitter les lieux puis elle reporta très vite son attention sur Kristen et Isabel vers qui elle se dirigea, talonnée de près par Constance, Mérope et Sinistra. Son coeur se mit à battre plus vite à mesure qu'elle approchait de cette amie si durement acquise. Qui aurait prédit un tel destin à leur rencontre en les voyant se mesurer du regard le jour de l'arrivée des délégations ? Aude sourit à ce souvenir avant d'étreindre Isabel, puis Kristen, dont la réaction physique la fit rire. Un rire cristallin dénué de moquerie. Aude s'écarta de son homologue et ne put empêcher ses larmes de couler. Elle se sentait tout d'un coup vidée, épuisée, par tout ce qu'elle avait pu vivre au cours de cette année exceptionnelle ; reconnaissante aussi, mais totalement désarmée par le moyen de l'exprimer comme il convenait de le faire à ses sauveuses. Elle se sentait idiote et en même temps soulagée. Un trop plein d'émotions qu'elle ne réussissait par à maîtriser malgré l'expérience qui était la sienne en la matière.


« Du fond du coeur, je vous dis merci. Merci à vous Isabel et merci à vous Kristen. Sans vous, je n'aurais probablement pas passer la nuit... »

L'évocation de cette hypothèse lui noua le ventre. Elle plaça sa main libre devant sa bouche et se mit à respirer lentement pour se contrôler.

« Je ne vous oublierais pas, dit-elle à l'intention d'Isabel après avoir essuyé ses larmes d'un revers de manche. Et je ne pourrais jamais vous rendre tout ce que vous m'avez offert, ajouta-t-elle pour Kristen. Vous êtes la seule amie que j'ai jamais eue. Et quelle amie... oui quelle amie. »

Les mots lui étaient sortis naturellement. Ses pommettes prirent un peu de couleur, mais cela ne la rendit que plus belle.

Constance profita du silence pour se porter aux côtés d'Aude, vers qui elle n'eut d'autre choix que lever la tête pour admirer l'expression bienveillante de son visage. Contente d'elle-même, elle fit craquer son cou pour regarder Isabel Almeida, puis Kristen Loewy sur qui elle s'attarda longuement. Ayant par ce regard insistant réussi à capter son attention, la vieille femme s'approcha d'elle et prit sa main qui n'était pas vouée à la magie noire entre les siennes. Constance la caressa doucement, comme si elle cherchait à lire à travers le grain de sa peau. Elle adressa un grand sourire à cette grande dame et se courba jusqu'à ce que son front touche le dos de sa main. Dans bon nombre de cultures, ce geste était le plus haut signe de respect qu'on pouvait réserver à une personne. Constance était persuadée que Kristen Loewy le comprendrait. Elle se redressa difficilement, recula, et leva de nouveau les yeux vers Aude qui lui souriait.


« Je suppose qu'il est inutile de vous proposer de repartir avec nous ma chère Constance ? demanda Aude. »

« Rien n'est inutile, mon enfant, répondit Constance en lui souriant comme seuls le savent les vieilles personnes. Mais nous aspirons à revoir notre Irlande natale et à nous y installer durablement. »

« Je comprends. »

« Mais tu n'es plus seule désormais. Dans ce sens, je crois qu'il te reste encore quelque chose à dire au professeur Loewy. Nous nous reverrons plus tard. »

Sur ces mots, la vieille femme lui céda un petit clin d'oeil avant d'entrainer ses sœurs vers la carcasse immobile du gros Kowalczyk pour l'examiner. Aude la regarda s'éloigner avec un pincement au coeur. Pincement qui se transforma très vite en élan lorsqu'elle se tourna vers Kristen.

« J'aimerais, si vous l'acceptez, pouvoir correspondre avec vous aussi longtemps que vous me le permettrez. Nous avons, je le crois, beaucoup à partager. J'aimerais également établir un lien durable entre nos écoles. Sceller un lien d'amitié qui nous survivra à travers le temps en gage de cette reconnaissance profonde que je vous devrais à jamais. Je ne sais encore comment nous pourrions traduire cela par des faits concrets, mais aux vues des circonstances, et malgré toute la fierté que j'éprouve à l'égard de ma championne, j'aimerais faire de mademoiselle Montmort la grande gagnante de cette édition du Tournoi des Trois Sorciers. »

« Oui, elle le mérite amplement, rétorqua Marie Duval en adressant un grand sourire et un clin d'oeil à Elina. »

« Je suis d'accord, ajouta la voix monotone de Jonas Kirsanov qui, contre toute attente, était revenu sur ses pas pour écouter. Il adressa un hochement de tête à l'intention d'Elina. Félicitation et merci. »

Jonas Kirsanov tourna le dos à l'assistance et s'en alla, laissant les rangs de Poudlard exploser de joie.

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Aude devait se douter du prix de sa vie. Elle devait s’en douter, oui, forcément, mais n’en frissonnait pas, ne semblait pas éprouver autre chose que de la reconnaissance. Pourtant, du sang avait coulé quand Kristen avait enfoncé son couteau affûté dans la chair du Sphinx, quand il avait pénétré la couche molle de la peau et quand il s’était heurté aux os craquants de sa nuque. Du sang avait taché les sombres manches de la sorcière, du sang avait coulé le long de son bras, s’introduisant sournoisement entre le tissu et l’épiderme. Du sang s’était répandu lentement sur le sol du Dominion, formant une flaque pourpre qui s’étendait inexorablement, et qui se reflétait dans les yeux de Kristen comme un effroyable tsunami d’horreur. Et tout cela, Aude ne semblait pas s’en soucier, car en cet instant, elle savourait la vie et dansait sur les morts.

Pourquoi n’avait-t-elle pas de dégoût ? Elle qui s’effarouchait de l’utilisation d’un sortilège de magie noire sur une Manticore ne devait-elle point être plus regardante en ce qui concernait les meurtres, même s’ils pouvaient servir son intérêt ? Puis, les flammes se mirent à ensevelir le cerveau de la directrice. Aude tuant son amant, froidement. Non, cela ne devait pas lui poser de problème, après tout… Kristen, en son for intérieur, ressentait de grands élans vers Aude, sans oser pour autant laisser s’exprimer le tumulte qui bousculait son cœur et son esprit, car même si Aude ne semblait rien en voir, Kristen se sentait bien trop souillée pour avoir le droit d’imaginer se tenir à ses côtés, comme une véritable amie.

Alors qu’elle résistait aux dilemmes de sa conscience parfois bien faite, Kristen sentit qu’Aude s’était approchée, et avant qu’elle n’ait eu le temps de se mettre d’accord avec elle-même, elle sentit l’étreinte de la directrice de Beauxbâtons. Son corps, alors, se raidit, ses muscles semblèrent se contracter d’un coup, comme si cette pétrification avait été causée par le simple toucher d’un être aux pouvoirs supérieurs sur une créature damnée. La réaction physique de Kristen dût être bien évidente, car Aude se permit de s’en amuser poliment. Alors, il se produisit un événement qui restera dans les mémoires : Aude Luneau se mit à pleurer. Son émotion débordait de son corps par les trous de ses yeux, et l’on ressentait que c’étaient bien des jolies larmes, des larmes de soulagement, des larmes qui voulaient dire « ça y est, c’est fini. »

Kristen prit conscience de la vanité de ses questionnements lorsqu’Aude les remercia, Isabel et elle-même. La directrice de Poudlard s’imagina effectivement ce que son immobilisme quant à la situation d’Aude aurait pu causer, elle s’imagina Aude ne passant pas la nuit. Elle aurait expiré un dernier souffle, et serait partie, tout simplement, et le monde aurait cessé de tourner, tout simplement. La fin du monde aurait été rapide, logique, soumise à un principe de causalité implacable. Mais ce n’était pas arrivé, Aude vivait encore, elle vivrait encore cette nuit et le lendemain, et le monde tournerait encore.

Tout frémissait dans la tête de Kristen Loewy, mais ne se traduisait par aucune expression sur son visage. Si l’on avait dû jouer à deviner ce qu’elle pensait en cet instant, n’importe qui aurait pu se dire qu’elle devait bien penser à ce qu’elle allait manger le soir venu. Elle écoutait les jolies paroles d’Aude, ses mots formidables qui lui étaient adressés, et ne semblait pas tout à fait prendre conscience de tout le bien qu’elle lui avait fait. Pouvait-elle vraiment, elle, Kristen, être à l’origine de tous ces sentiments positifs ? Ce qu’elle avait fait ce soir, elle l’avait fait naturellement, sans espérer un seul instant recevoir des compliments et de la reconnaissance. Elle l’avait fait parce qu’il le fallait, parce que dans l’ordre naturel des choses de son propre monde, Aude vivait. Elle avait pour cela tué quelqu’un, et avait même pensé être blâmée. Elle avait pensé que peut-être Aude aurait préféré mourir que de savoir que sa vie avait été achetée par le meurtre de quelqu’un d’autre. Kristen avait presque cru agir de façon égoïste, ne prenant pas en compte la culpabilité qu’Aude pourrait ressentir.

Mais de culpabilité il n’y avait trace, alors Kristen restait plantée là, attendant peut-être un jugement fatal qui ne venait pas. Elle avait tout simplement suivi le chemin tracé par la logique de son univers, Aude en était ravie, Aude était vivante et Aude était belle. Kristen la fixait d’un air presque absent, cherchant mentalement où pouvait bien être le piège. Tout ne pouvait pas si bien se finir, il fallait forcément que le destin lui tombe dessus comme le ciel et détruise ce beau tableau.

Il y eut ensuite un mouvement et le poids d’un regard. Kristen parvint difficilement à détourner les yeux de la directrice de Beauxbâtons pour les fixer sur Constance. Celle-ci s’approcha alors, comme si ce regard avait été quelque autorisation, et prit la main d’une Kristen intriguée par le geste. Constance caressa cette main, celle qui n’avait pas été abîmée par les risques d’une magie facile. Kristen laissa faire, baissant des yeux doux sur la vieille dame qui lui adressa un sourire. De si près, la directrice de Poudlard fut comme frappée à retardement par le changement d’apparence de Constance-Maëva, mais eut la politesse de ne pas l’exprimer par un changement dans les traits de son visage. Finalement, la sorcière centenaire se baissa jusqu’à poser son front sur la main de Kristen, dont les yeux étaient toujours empreints de douceur et d’étonnement. Si elle ne se fourvoyait pas, Kristen crut voir dans ce geste une marque de respect. La directrice inclina donc la tête, la remerciant de ce fait pour son geste et lui rendant son sentiment.

S’ensuivit une discussion entre celles qui un jour se firent passer pour des sœurs de sang, et qui resteraient à jamais des sœurs de cœur. Cette discussion, Kristen ne l’écouta que très vaguement, jusqu’au moment où l’on s’adressa de nouveau à elle. Elle releva la tête vers Aude, qui parlait sur le ton de ceux qui ont une faveur à demander.

A mesure que la directrice de Beauxbâtons exposait sa demande, Kristen se demandait pourquoi elle employait ce ton. En vérité, Kristen, qui n’attendait déjà pas le moindre remerciement, se vit encore plus étonnée lorsqu’Aude lui demanda de lui accorder correspondance. C’était là quelque chose qu’elle n’aurait pas imaginé demander, elle ne l'aurait jamais osé, ne souhaitant guère imposer le moindre contact néfaste à cette fabuleuse sorcière. Kristen hochait la tête au rythme des paroles de son homologue, ne mesurant pas encore tout à fait la chance qui lui était offerte. Lorsqu’il s’agit de construire un lien durable entre Poudlard et Beauxbâtons, un sourire discret parut sur son visage, et elle se dit qu’en tant que directrice de l’école, elle aurait au moins réussi à faire quelque chose de bien, même si elle n’était pas tout à fait d’accord sur les raisons de cette entente entre les écoles de magie. Kristen était en effet encore persuadée qu’Aude n’avait à lui devoir aucune espèce de reconnaissance.

Enfin, Marie Duval et Jonas Kirsanov appuyèrent l’idée de la directrice de Beauxbâtons qui consistait à désigner Elina Montmort, championne de Poudlard, comme vainqueur du tournoi des trois sorciers. Kristen se tourna alors vers sa championne, ce qui lui donna une bonne occasion d’éluder le reste des paroles d’Aude pour le moment. Fallait-il vraiment un gagnant ? Ce n’était pas que Kristen ne souhaitait pas voir Poudlard couronné de succès – en vérité, elle n’en avait cure, mais ne pouvait pas non plus dire qu’elle voulait empêcher que cela n’arrive - mais elle estimait justement qu’au vu des circonstances, un champion ne pouvait être élevé au-dessus des autres, et que c’était bien le fait des trois jeunes sorciers réunis qui avait été une raison de leur succès. De toute façon, Kristen n’avait jamais aimé le principe de ce tournoi… Pourtant, elle se résigna, presque touchée par les interventions de Marie Duval et Jonas Kirsanov en faveur de la championne de Poudlard. C’était apparemment déjà entendu, et les élèves de Poudlard laissaient le feu de la victoire remplacer dans leurs humeurs le gel de la peur.


« J’imagine que je ne puis que me plier aux effets d’un noble geste, dit-elle à l’adresse d’Aude Luneau et de sa championne, alors que Jonas Kirsanov s’en allait déjà. »

Kristen baissa vaguement ses yeux bleus, adressa un regard lointain à Marie Duval, et s’accrocha finalement de nouveau aux iris lumineux d’Aude. Elle inspira longuement et haussa le menton, prenant un air fier et trop formel.

« Je serais très honorée de pouvoir établir avec vous une correspondance. De même, ce projet de joindre par des liens particuliers Poudlard et Beauxbâtons me procurerait un grand plaisir, et je serais ravie de construire avec vous un tel avenir pour nos deux écoles. »

Ces mots qui sonnaient faux, trop professionnels et distants, presque récités, se mariaient parfaitement bien avec l’attitude directoriale que Kristen avait prise. Cette attitude, c’était comme un petit cocon protecteur, une barrière nécessaire pour s’empêcher toute implication dangereuse, même dans une forte amitié. Nul n’était besoin de se perdre en élans honteux pour montrer son amitié, après tout, n’est-ce pas ? Pour autant, chaque mot prononcé était sincère, même s'il n'avait pas été joint par l'expression de l'émotion que Kristen y attachait.

Équipe Modératus | UTC+8 à partir du 07/08
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
La cape de Meilla bougea une seconde fois quand Ambre s'y attarda après la chute du directeur de Durmstrang. La rouquine savait que ce n'était qu'instinctif et que son amie n'en avait probablement pas conscience, raison pour laquelle elle ne fit comme si de rien n'était.

« Tu crois qu’il est mort ? »

« Je ne pense pas, par contre il doit être bien assommé... »

La septième année n'était pas vraiment certaine de ce qu'elle avançait, mais cela la mettait mal à l'aise de penser à un autre destin pour cet homme. Malgré ce qu'il avait fait, il restait un être humain. Elle était peut-être naïve mais il lui semblait que tout le monde avait le droit à une seconde chance, ce qui était impossible s'il était plus qu'assommé. Après avoir obtenu l'accord de miss Loewy, Jonas partit en direction de la volière afin d'informer les autorités de son pays.

Une discussion s'engagea entre les deux directrices restantes, mais la septième année n'en avait que faire, l'ambiance laisser penser qu'une période de paix allait s'installer pendant quelques temps. La pression refoulée durant son séjour dans le dominion retombait doucement et elle se retint de pleurer de justesse ne voulant pas le montrer à tout le monde. D'ailleurs, elle commençait à se demander ce qui allait se passer pour Ambre et elle. Elles avaient enfreint les consignes données plusieurs fois et bien que leur cause soit honorable, cela ne les disculpait pas. Meilla se sentait vraiment fautive, en tant qu'aînée, elle n'aurait pas dû impliquer Ambre, ou aurait en tout cas dû l'empêcher de rentrer dans le dominion. Elles n'avaient rien eu et étaient même ressorties avec une relique, mais qui sait ce qui aurait pu leur arriver dans une autre dimension? Rien que d'y penser, la jeune fille frissonna et secoua la tête pour chasser toutes ses pensées. Elles étaient en vie et entières c'était tout ce qui comptait.

La préfète de Serdaigle ne reprit ses esprits que quand la gagnante du tournoi fut annoncée, à savoir Elina. Meilla se demandait comment il était possible de penser à qui avait gagné le tournoi après tout ce qui s'était passé, mais elle était contente pour son amie. En voyant la précipitation avec laquelle Marie prononça son prénom, elle se demanda ce qui s'était passé pour les trois champions dans ce labyrinthe. Ambre et elle en avaient eu un aperçu grâce à la chevalière, mais cela n'expliquait pas tout. Enfin, tout était très compliqué et personne ne devait connaître tous les morceaux de l'histoire bien que certains en sachent plus que d'autres.


« Tu viens, on va voir Elina?, demanda-t-elle à Ambre »

~En voyage autour du monde et en couple avec la fille la plus extraordinaire du monde ~
Attention, apparition de carottes hallucinogènes dans le secteur des ornithorynques.
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Les paroles de la septième année rassurèrent la jeune Poufsouffle, non pas qu’elle se souciait vraiment du sort du directeur de Durmstrang, mais l’idée d’avoir assisté à sa potentielle mort… Cela lui donnait froid dans le dos. Quittant le corps inanimé du nordique, elle reporta son regard sur l’ensemble de l’assemblée et en particulier sur les champions, ou du moins Elina et Marie, puisque Jonas s’en allait vers la volière du château.

« J'aimerais faire de mademoiselle Montmort la grande gagnante de cette édition du Tournoi des Trois Sorciers. »

Cette demande devait en étonner plus d’un, et Ambre n’y échappa pas. Les paroles d’Aude Luneau furent rapidement approuvées par Marie et Jonas, ce dernier se retournant presqu’immédiatement pour faire ce qu’il avait à faire. La troisième année ne comprenait pas tout. Il faut dire qu’elle était quand même un peu fatiguée après toutes ces agitations, quelle idée d’entrer dans le Dominion aussi… Elle ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi, pour élire le champion, les adultes ne se référaient pas uniquement aux deux premières épreuves, laissant de côté cette dernière épreuve, disons, chaotique. Apparemment Elina avait dû être particulièrement courageuse, intelligente, et tout un tas d’adjectifs mélioratifs, dans le Dominion, pour qu’ils en ressortent. Mais elle n’allait pas cracehr sur cette victoire de Poudlard. Un large sourire se dessina sur son visage lorsque les élèves du château explosèrent de joie à l’annonce de la victoire de leur championne.

« Tu viens, on va voir Elina? »

Elle releva la tête et acquiesça, sans un mot, à la question que venait de lui poser Meilla. Bien que cela soit plutôt une question rhétorique, évidemment qu’elles allaient voir leur amie ! Après tout ce qu’il s’était passé, c’était bien la chose à faire, ce n’était pas comme si elles avaient risqué leur vie pour essayer de la retrouver, ce qui était particulièrement insensé. Enfin bref. Ambre en ressortait avec une magnifique chevalière, bien utile d’ailleurs. Elle se demandait bien ce qui allait se passer maintenant. Allaient-elles être punies pour avoir désobéi ? Assurément… Mais qu’allait-il se passer avec la chevalière ? La rouquine allait-elle devoir la rendre ? Mais à qui ? Et d’ailleurs, pourquoi se trouvait-elle dans le Dominion ? Tant de questions que se posait la jeune fille…
Suivant son amie, elles arrivèrent rapidement à proximité d’Elina. Ambre ne put s’empêcher de courir vers elle pour la serrer dans ses bras.

« On a eu trop peur Elina ! On est rentré dans le Dominion on voulait te retrouver mais on a pas réussi… C’est vraiment la honte, on est rentré pour toi et on est sorties, sans toi… Mais enfin bref, t’as gagné ! T’as gagné ! »

Elle relâcha sa camarade et fit un pas en arrière, sentant son visage virer au rouge : elle était confuse par tout ce qu’il venait de se passer mais en même temps tellement contente de la retrouver. Sentant qu’il fallait qu’elle arrête de parler car tout ce qu’elle disait était confus, elle se contenta de sourire à ses amies. Elles venaient vraiment de vivre quelque chose de… Bizarre.

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons
05/2041 La troisième tâche ~ vue par les travées
Les gens qui allaient venaient, certains dans la plus grande confusion avait toutes les peines du monde a reprendre consistance aux yeux d'Elina. Peut être bien que ce monde allait trop vite pour elle... Ou alors c'était elle qui était trop lente. Les choses pouvaient elle retrouver un cour normal aussi vite après les événements du Dominion ? La Poufsouffle dû se forcer à raccrocher son regard à ce qui se déroulait autour d'elle. Il était plus que temps de redonner forme a ces silhouettes tourbillonnantes. La première chose qui réussit a capter son attention, ce fut Aude Luneau en grande conversation avec la directrice et la sous directrice de Poudlard. Elina avait beau ne pas être très éloignée du leu où se tenait la conversation, le brouhaha ambiant couvrait tout ce qu'elle aurait pu en entendre en tendant l'oreille. Les conversation ne s'apaisèrent que le temps qu'elle saisisse les derniers mots d'Aude Luneau. Elle ne fut cependant certaine de ce qu'elle avait entendu que quand Marie appuya la demande de sa directrice en lui adressant un clin d'oeil. Mais les paroles de Jonas furent tout aussi surprenante pour Elina qui n'aurait jamais pensé un seul instant être remerciée par le Durmstrang quelle qu'en soit la raison.

Après l'échange qui venait juste d'avoir lieu le brouhaha qui régnait déjà dans les rangs des élèves ne fit qu'embellir encore davantage replongeant la Poufsouffle dans une certaine confusion. Etait-ce vraiment le moment approprié pour aborder ce sujet ? Certes il n'y avait eu aucune perte à déplorer et la situation semblait sous contrôle, mais cela lui semblait tellement incongru a cet instant précis. Elle ne sut comment interpréter le regard que lui lança miss Loewy avant de se tourner de nouveau vers la directrice de Beauxbâtons. Elle n'eut finalement pas le temps de s'attarder davantage sur la question car une vague rousse vint s'interposer dans son champ de vision tandis que les deux bras de la batteuse des Frelons se refermaient sur elle.


« On a eu trop peur Elina ! On est rentré dans le Dominion on voulait te retrouver mais on a pas réussi… C’est vraiment la honte, on est rentré pour toi et on est sorties, sans toi… Mais enfin bref, t’as gagné ! T’as gagné ! »

Elina manqua de se noyer dans le flot de paroles d'Ambre presque aussi sûrement que dans la masse de ses cheveux roux et ne pu remarquer la présence de Meilla légèrement en retrait que lorsque Ambre la relâcha et recula d'un pas. L'excitation évidente de la rouquine arracha à Elina son premier sourire depuis sa sortie de Dominion. Un sourire qu'elle faillit perdre en comprenant qu'Ambre et Meilla étaient entrée dans le Dominion pour lui venir en aide. Cette idée était étrangement à la fois réconfortante et terrifiante. Il ne pouvait qu'être réconfortant d'avoir de telles amies, mais penser qu'elles auraient pu croiser la route de Stanislav Stoyanov lui faisait froid dans le dos. Finalement, c'est au bord des larmes, mais toujours souriante qu'elle serra les deux rouquines contre elle lâchant un :


« Vous êtes complètement folles ! » entre le reproche et l'admiration.

26 ans inRP ~ Benjamine de la Pédagogie, Championne du Tournoi des Trois Sorciers, Rôtisseuse de Sang-Pur (BBQEAF), coeur du KEN et Briseuse de Rêves. La fille du FEU! Elinasorus-Rex