Un long apprentissage
Amande
31 DECEMBRE 2041
Allongé de tout son long sur son lit, par dessus les couvertures et l'oreiller sur le ventre, Diarmuid observait pensivement le dos de sa main gauche. Depuis la veille son annulaire s'était paré d'une chevalière portant ses initiales. Cette dernière et les mots prononcés par ses parents lorsqu'il l'avait découverte dans son écrin le laissait particulièrement songeur. La formulation exacte lui échappait parce que son attention était alors portée sur l'anneau gravé qui apparaissait sous ses yeux mais pas la signification. Il n'était plus juste Diarmuid - s'il en doutait avec les cadeaux symboliques des dernières années - mais bien Diarmuid O'Belt. Plus que lui, c'était son appartenance à la famille O'Belt qui se dessinait sous ses yeux. Après tout, le O et le B de son nom étaient mises en avant. Pas tant par la taille que par la gravure plus marquée, ou profonde, il ne savait pas trop. Il n'était pas vraiment quelqu'un qui soit manuel ni même curieux de ce genre de chose.
Et si sa famille n'avait pas d'importance politique majeure et n'en aurait probablement jamais, du moins pas sous la houlette de son père et encore moins la sienne, il avait compris - et cette chevalière en était la réaffirmation - qu'au delà de son épanouissement personnel il y avait la pérennité de la famille O'Belt. L'importance du nom... Il laissa retomber sa main en soupirant. Il ne savait pas quoi en penser. D'un côté, sa famille était importante pour lui, réussir à ses yeux et aux leurs... Mais cet avenir, celui de chef de famille, celui qui ne pouvait que perpétuer le nom, ça ne lui correspondait pas. Il n'était pas un leader, loin de là, et ne parlons pas d'être stratège. Et puis il ne savait même pas s'il voudrait des enfants un jour alors...
Il ferma les yeux, pensant à ce qu'il découvrait par l'intermédiaire d'Aurore avec qui il correspondait toujours depuis son retour à Beauxbâtons. Elle aussi venait d'une famille exclusivement sorcière et s'ils avaient un train de vie plus que confortable, il n'y avait pas autant de règles à suivre. Et des rapports entre parents et enfants bien différents. La française avait connu des moments plus riches avec eux. Et chacun avait un droit à la parole ou au réconfort. Et il n'y avait pas de secrets. Ses pensées se mirent alors à vagabonder, quoiqu'elles restaient aux côtés de la blonde. Ils s'étaient embrassés pendant qu'elle était encore à Poudlard. Mais depuis, il n'y avait que les écrits. Des courriers espacés par les délais de la poste magique internationale. Un sourire naquit sur son visage par la force des réminiscences et il se perdit dans les hypothèses qui jalonnait le moment des retrouvailles.
Et puis, alors qu'il perdait son regard dans des yeux clairs, un grattement sur la porte le ramena à la réalité. La voix d'un elfe s'éleva alors. L'irlandais reconnu sans aucun mal Brownie qui lui annonçait qu'il était temps de rejoindre la salle à manger. Le tout jeune adulte attrapa l'oreiller toujours sur son ventre pour le mettre sous sa tête. Il laissa celle-ci s'enfoncer dedans avant de basculer sur le flanc pour se redresser. Il n'avait pas envie de quitter ce lit mais il poussa tout de même sur ses mains pour se lever. Il soupira une dernière fois à la pensée de l'idéologie dans laquelle il baignait puis inspira profondément. Il quitta sa chambre avant d'enfermer soigneusement la porte. C'était une habitude prise pour préserver cette dernière du regard maternel. Une fois dans le couloir, il se dirigea vers les escaliers, rejoignant Domhall en haut des marches. Pas besoin d'échanger plus que de nécessaire avec son frère. Ennis déboulait derrière eux, se propulsant entre eux deux. Il ne put manquer qu'elle les cherchait du regard et pris la main qu'elle lui tendait. Cela ne durerait pas longtemps, quelques marches à peine. Il était l'heure du dîner être en retard n'était pas tolérer, et les marques d'affections trop importantes guère plus, surtout quand on avait onze et dix-huit ans.
THÈME A LA FOLIE - AVRIL 2024 - AMANDE
L'amande est un symbole d'éternité.
L'amande est un symbole d'éternité.
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Un long apprentissage
AVRIL 2049
VACANCES DE PRINTEMPS
VACANCES DE PRINTEMPS
Diarmuid était le seul des trois enfants O'Belt à passer régulièrement dans leur maison familiale. Domhall n'y mettait les pieds que sur invitation de leur père et n'acceptait de venir que lorsque sa présence ne pouvait pas être excusée. Quant à Ennis, c'était à peu de choses près la même chose. Il fallait simplement ajouter les moments où leur père lui imposait de venir, estimant qu'elle ne pouvait pas rester seule à l'appartement en l'absence de ses deux frères. Un traitement 'de faveur' qui prendrait fin dans quelques semaines. Une fois étudiante, tous savaient que l'argument ne tiendrait plus. Au moins elle ne croisait pas leur mère d'après des dires que l'aîné croyait sincèrement.
A chacune de ses visites, et il n'allait pas mentir en spécifiant que ça concernait toujours le commerce de Cathleen, cette dernière se trouvait dans sa chambre et la pièce attenante qui lui servait à recevoir. Elle y avait un petit coin boudoir, un bureau et ce qui se trouvait être ses loisirs. Sa mère peignait et brodait, composait aussi des bouquets qui décoraient toujours les pièces à vivre. La fibre artistique de la famille venait d'elle. Et quoiqu'elle en dise, ses deux cadets en avaient hérité, surtout Dom. A chaque fois qu'il venait et voyait tout ça, il y pensait et à chaque fois il hésitait. Devait-il ou non tenter de parler avec sa mère des deux autres, pour lui faire comprendre à quel point ils avaient été blessés par ses réactions.
Lorsqu'il frappa, la voix de cette dernière s'éleva depuis l'intérieur et la porte s'ouvrit l'instant d'après. "Bonjour mère." Dit-il en s'avançant pour déposer les quelques papiers à lui faire signer pour la boutique. S'il était gestionnaire sur les parchemins et que Domhall était celui qui l'était quasiment dans les faits, elle en restait la propriétaire. Cathleen s'avança près de lui. "J'y regarderai plus tard. Saxo te les portera d'ici quelques jours." C'était la première fois qu'elle agissait ainsi, reportant au futur l'administratif pour lui proposer plutôt de discuter dans le boudoir. Le pédiatromage hésitait et ne savait pas quoi en penser. C'était sa mère et même s'il avait des choses à lui dire sur des blessures d'enfance... Et bien c'était sa mère, elle n'avait pas été que négativité et il était celui qu'il était aujourd'hui aussi en raison de ce qu'elle lui avait inculqué. Tout n'était pas à jeter dans l'éducation qu'il avait reçue.
Par Merlin il se trouvait dans une position difficile. Il n'avait aucune idée de quoi faire. Oui il discutait avec elle. De banalités essentiellement mais... Peut-être allait-il trouver une ouverture pour se faire intermédiaire des deux autres. Pour le moment il n'en voyait pas. Était-ce une volonté maternelle ou bien ne parlait-elle que de lui de manière inconsciente. Il n'en savait rien. Mais ça le blessait qu'elle les occulte finalement. Ni l'une ni l'autre ne méritaient d'être mis de côté et...
Ce fut au moment de partir qu'il osa, trouva le courage parler. Vraiment au tout dernier moment. Il lui avait déjà fait ses aux revoir, sobres comme toujours, et il se trouvait sur le pas de la porte. Il venait de se retourner et allait la refermer manuellement quand il parla sans vraiment réfléchir. "Domhall et Ennis vont bien. Si ça vous intéresse." Et sans attendre de réponse, il avait tourné les talons et était parti d'un pas assez vif. Il n'avait pas couru, mais il n'avait pas pris bien longtemps avant de descendre les marches et de quitter les lieux par l'espace dédié au transplanage dans le jardin. Il avait fuit la réaction de Cathleen, la laissant seule avec les émotions que son ton froid et les mots avaient pu faire en elle. Et le pire dans tout ça? C'était qu'il ne se sentait pas mal de l'avoir fait, plutôt soulagé. Comme si c'était là la seule bonne option qui s'offrait à lui malgré de longs questionnements avant de la mettre en place. Il sentait comme un poids en moins d'avoir réaffirmé devant leur mère la solidité de sa fratrie, qu'elle passait avant leurs parents. Que le souffle de ce trio lui permettait, lui, de prendre la bonne direction.
THÈME A LA FOLIE - MAI 2024 - GIROUETTE
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Un long apprentissage
Le père ou le fils?
FIN JUIN 2049
L'irlandais avait eu cette envie inexpliquée de revenir dans cette salle d'étude. Il en avait usé des pantalons su les différentes chaises disposées là. Il en avait noirci des parchemins... et ses mains aussi lorsqu'il était tout jeune et apprenait à manier correctement une plume. Ces tâches lui avaient values milles réprimandes qui avaient laissées leurs marques.
Ses yeux passèrent d'un pupitre d'élève à celui du précepteur qui avait été le sien. Ils n'y restèrent pas bien longtemps, passant sur les étagères et bibliothèques encore fournies de livres même si plus personne ne les utilisaient. Quoique si, Ennis parfois passait encore pour récupérer quelque chose. Ces livres il les avaient ouverts lui aussi, ils les avaient sorti presque tous de leurs places pour les lire et compléter des devoirs qui n'étaient jamais assez bons, surtout aux yeux de ses parents.
Une fois encore il changea le centre de son attention. Sur les deux murs dépourvus de fenêtres et de bibliothèque se trouvaient des cartes. L'une représentait les îles britanniques dans leur ensemble et la seconde son île, celle qui l'avait vu grandir, celle pour qui il se battrait. Plus pour que tout le reste. Moins que pour sa famille. Il y tenait bien trop, à sa famille, pour faire passer quoi que ce soit avant cette dernière. Mais son île, son pays, sa culture, c'était la deuxième chose la plus importante pour lui. C'était pour cela qu'il parlait autant que possible l'irlandais. Cela faisait parti de son identité au moins autant que le reste; le gaélique irlandais.
Jusque là, il s'était tenu sur le pas de la porte. Mais en pensant à l'importance de l'Irlande pour lui il s'était avancé au point de dessiner les trait de la carte de son pays avec le doigt. Il suivait les côtes, englobant cette petite partie que les moldus rattachaient au Royaume-Uni... Il poussa un soupir avant faire demi-tour et de quitter la pièce en la refermant soigneusement.
THÈME A LA FOLIE - JUIN 2024 - DRAPEAU
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Un long apprentissage
Miroir
MAI 2039
Installés sur la terrasse jouxtant un salon d'été, Briac et Cathleen s'occupaient chacun à leur manière. Encore que, tous les deux avaient exactement la même occupation, ils lisaient. Et de temps en temps ils relevaient la tête pour prendre une gorgée de thé ou encore veiller à ce que leur dernière ne fasse pas tourner chèvre le jeune elfe qu'il lui avait attribué depuis son huitième anniversaire. Le pauvre Cookie... Heureusement que lui aussi était dynamique!
Le premier avait dans les mains un mensuel dont le sujet principal de ce mois était les magies protectives, une passion en plus d'être utile dans son travail. C'était la première fois qu'il parcourait l'article, alors il le lisait, concentré, sans prendre de notes. Cela viendrait dans un second temps. Arrivé au bout d'un paragraphe descriptif technique, il se permit de fermer le journal pour prendre sa tasse de thé et observer en direction du jardin. Sa fille y faisait de la balançoire, respectueuse des règles données, régulant vitesse et hauteur... Mais peu sa voix. Mais après tout, c'était une enfant et ils ne pouvaient pas la brider sans arrêt.
La seconde, elle, avait préféré un roman acquis quelques temps plus tôt. La lecture était pour elle une évasion, cet amour de lire, elle le tenait de son père. Et son beau-père également avait cette passion. Les enfants n'avaient donc pas manqué d'exemple. Dommage que Diarmuid ait suivi les pas de son père, il se désintéressait depuis plusieurs années des histoires au profit du concret. C'était ainsi. Le mouvement de son mari attira son attention. Elle leva donc les yeux de son ouvrage quelques secondes et l'observa. Il ne détourna pas le regard, le gardant posé sur leur benjamine. Les yeux de la femme aux lointaines origines danoises suivirent la même direction, juste au moment où un rire vif retentit.
Briac ne parvenait pas à détacher les yeux de celle qui était encore une petite fille. D'année en année, les traits de celle-ci étaient de plus en plus distincts et il était impossible de douter de sa filiation tant la châtain lui ressemblait. Et à Diarmuid par extension puisqu'il était son portrait craché. Mais plus encore qu'à eux, elle ressemblait à quelqu'un de sa famille qu'il n'avait plus vue depuis des années. vingt-neuf pour être exact, à quelques mois près. Et la constatation lui faisait un pincement au cœur. Il était difficile de voir dans le visage de sa benjamine celui de sa sœur aînée. Mais pas que dans son visage, sa manière de bouger, certains tics qu'elle avait... Ceux là venaient de lui mais il savait les avoir repris d'Abiageal. Ca le replongeait dans des souvenirs, le plus douloureux d'entre eux en tête. Celui du départ de la jeune femme. Il ferma les yeux un long moment, pour chasser les images de son esprit, inspira, rouvrit les paupières et reprit le mensuel pour reprendre sa lecture et ainsi ne plus penser à l'image que lui renvoyait le miroir de sa dernière née.
A ses côtés, sa femme avait elle aussi laissé longtemps ses yeux posées sur la fillette qui se portait d'avant en arrière sur cette planche de bois désormais unique. La deuxième ayant été démontée, Domhall et Diarmuid ne l'utilisant plus depuis bien longtemps. Plus que l'allure de sa fille, c'était l'attitude de celle-ci qui attirait l'attention de Cathleen. Ennis était la définition même d'une personne qui n'avait pas froid aux yeux. Elle savait que Diarmuid lui avait enseigné à voler sur un balai. Les deux s'étaient cachés mais elle les avait vu. Et contre toute attente, elle n'avait rien dit. Elle aurait pu, elle aurait dû. Elle avait longtemps hésité... Et puis elle avait renoncé. Une chose rare la concernant. Ne pas intervenir alors que rien dans tout cela n'était convenable était impensable pour elle. Mais... Elle s'était souvenu. De ses propres difficultés à ne pas pouvoir se dépenser suffisamment. Tenir en place était un calvaire. Et c'était la même chose pour sa fille. Pour autant, elle allait devoir apprendre. Aussi, Cathleen se leva, jetant un regard à son conjoint qui avait repris sa lecture, retint un soupir et puis s'avança vers l'enfant. "Ennis!" Dit-elle d'un ton qui ne laissait aucun doute sur la teneur de l'injonction et stoppa net la course de l'enfant à l'imagination débordante. Stoppant probablement le jeu, comme près de trente ans plus tôt sa mère avait certainement dû le faire pour elle. Des reproductions inconscientes des comportements à cause des caractères bien trop similaires que chacune des trois générations de femme avaient. Un effet de miroir en cascade.
THÈME A LA FOLIE - JUIN 2024 - GLACE
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Un long apprentissage
AOÛT 2049
Fin août. Briac venait de passer une partie de l'après-midi avec son aîné. Ce dernier était toujours d'ailleurs mais il venait de le laisser le temps de quelques minutes. Le Patriarche voulu récupérer quelque chose, pas dans son bureau mais dans son dressing, afin de le confier à l'homme qu'était devenu son petit garçon. Cet habit, lui même l'avait obtenu, non pas de son père mais de son grand^-père paternel qui le lui avait offert. La robe d'une coupe intemporelle et aux couleurs relativement sobres pour le monde sorcier, était encore en parfait état. Lui-même ne pouvait plus la mettre, alors il voulait tout simplement la donner à son seul fils qui avait à peu de choses près la même taille que lui. Un simple passage chez un tailleur permettrait d'ajuster ce qu'il fallait, voir la raccourcir puisque son fils préférait les robes plus courtes que lui au même âge.
Revenant dans le salon familial où il avait laissé son fils, Briac faisait léviter le vêtement brodé devant lui et retrouva Diarmuid, le regard plongé dans quelques photos disposées ça et là. Le bruit des pas attira l'attention du jeune homme qui pivota sur ses pieds pour faire face à son père et de fait, découvrir la pièce. L'échange qui suivit fut parfaitement silencieux. Le plus jeune s'approcha en tendant une main pour apprécier le tissu et observer certains détails pendant plusieurs minutes avant de relever les yeux vers Briac, certainement à la recherche d'une confirmation de ce qu'il supposait. Un hochement de tête lui répondit. Quelques secondes supplémentaires planèrent entre eux jusqu'à ce que le Patriarche dise doucement: "Elle ne me va plus depuis longtemps. Autant qu'elle vous revienne." Dit-il avant d'ajouter. "Passez là pour voir."
Diarmuid observa son père un instant. Depuis un peu plus de deux ans, leurs rapports étaient bien meilleurs et on pouvait même parler d'une affection qui revenait. Mais ce don, cette manière de parler, c'était presque nouveau. Et déstabilisant. Suffisamment pour hésiter à retirer sa robe d'été. Cependant il se reprit rapidement et la dégrafa, se retrouvant alors en polo. Pendant ce temps Briac avait préparé sa propre robe - plus pour longtemps - pour que son fils y passe ses bras.
Ce fut lors de ce geste pourtant anodin qu'il remarqua quelque chose, juste sous son coude. Alors quand le pédiatromage lui refit face, les doigts en action pour boutonner la robe qui ne se portait guère que pour des cérémonies ou des réceptions, ce dernier découvrit Briac avec un visage qui n'avait rien à voir avec le précédent. "Vous avez fait un des tatouages du tahitien des Quadriennales?" Articula alors l'homme d'une voix distante, perdu entre le rejet de la pratique et l'envie de ne pas le blesser. "Non père, c'est un tatouage." La voix de Diarmuid était assurée, comme il ne pensait pas pouvoir le faire face à son père, sur un sujet où il connaissait son côté catégorique. Sans perdre de cette assurance, il entreprit de montrer l'encrage, ses lignes, ses mouvements, laissant l'homme prendre la mesure de sa signification. Ce dernier passa son index sur chaque lettre oghamique avant de suivre la ligne qui courrait jusqu'à l'arrière du coude. Le plus jeune fit pivoter son bras de manière à ce qu'il puisse en voir l'autre face.
Briac eut un signe d'acquiescement, pas approbateur, mais d'acceptation. "Depuis quand?" Osa-t-il demander en cherchant le regard de celui qu'on pouvait définir comme son double physique. "Pour mes vingt-trois ans. Et le second au mois d'août qui a suivi." Expliqua-t-il sans lâcher le contact visuel. "Le second?" Le sang quitta le visage du père de famille alors que son premier nez repassait le bras dans la manche avant de dévoiler son flanc gauche et les deux oiseaux qui s'y trouvait, l'un l'ombre du premier." Briac fronça ses sourcils, reconnaissant le petit volatile qui se trouvait être le patronus du plus jeune. "Votre patronus et... pourquoi donc un corbeau?"
Diarmuid déglutit, cherchant ses mots, se demandant si le moment était bien choisit, puis expliqua. Qu'il n'avait pas attendu la requête de son père pour tenter quelque chose contre le conseil, que cela lui avait coûté sa santé mentale - sans évoquer le pire de ce qu'il avait pu faire - et donc la modification de son protecteur magique. Le moment père-fils prenait une toute autre tournure. Et Briac encaissait les nouvelles une à une et finalement, même s'il répugnait toujours autant ce genre de modification corporelle définitive, il sentit une culpabilité forte le parcourir. "C'est en partie ma faute. Je suis désolé, j'aurais dû..." Il fut incapable de finir sa phrase, referma la bouche et avala sa salive. Il était la tâche qui avait assombri bien des choses dans sa famille depuis des années. Il avait manqué la détresse de chacun des autres membres, trop enfermé dans la sienne.
- "C'est ce que vous faites désormais qui est important, père. Pour notre famille, mais aussi pour les sorciers, aussi petits soient les pas." Le regard marron de l'employé de Poudlard tomba alors sur la robe qu'il portait, il la referma à nouveau et revint à Briac. "Vous aviez raison, elle est me va parfaitement." La couleur bleue était plus claire et voyante que ce qu'il avait l'habitude, très sorcière en quelque sorte, mais pas tape à l'œil non plus, les broderies marines reprenaient bien des symboles irlandais et familiaux. Il commençait doucement à apprécier les couleurs plus vives dans ses tenues, c'était probablement parfait. "Même si je les aime plus courtes." Il fallait changer de sujet, il ne pensait pas être assez à l'aise si la conversation poursuivait dans l'expression de sentiments. Une autre fois, peut-être.
THÈME A LA FOLIE - AOÛT 2024 - VERRUE
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Un long apprentissage
AOÛT 2038
Ennis, sept ans et demi - c'était important -, était actuellement postée à la fenêtre de sa chambre, profitant de son temps libre presque comme elle le souhaitait. Car la dernière née de chez les O'Belt ne pouvait pas vraiment faire comme elle l'entendait. Si ça avait été le cas, elle se serait mise aux premières loges pour observer son grand frère apprendre à faire voler son hibou grand-duc nouvellement acquis. A la rigueur, une place de second choix sur la terrasse du salon d'hiver lui aurait bien convenu, mais sa mère avait été catégorique, hors de question que les cadets soient là. Alors elle s'était retranché dans sa chambre, mais la vue n'était pas optimale.
Agacée de ne pouvoir observer correctement, la petite irlandaise sauta de la chaise qui lui servait de perchoir et se glissa dans le couloir. Là, elle se faufila jusqu'à la chambre de son grand-frère Domhall. Elle frappa discrètement et attendit avec des mouvements d'impatience du pied l'autorisation d'entrer. De son point de vue, elle mit tout bonnement une é-ter-ni-té à se faire entendre. Et à l'instant même où la voix de Dom passa au travers du bois, elle enclencha la poignée et pénétra dans son espace avant de grimper sur son lit. Le pied de se dernier était collé à la fenêtre... "Parfait!" S'exclama-t-elle, faisant grogner son frère qui lisait. Mais loin de s'en faire, la fillette ne réagit même pas, collant plutôt son nez - enfin presque, il ne s'agirait pas que sa mère lui tombe dessus - contre la vitre pour mieux voir.
Plissant des yeux, elle cherchait à comprendre ce qu'il se passait, comment les indications gestuelles du maître fauconnier pouvaient bien permettre une pareille danse venant de celui qui avait été nommé Hermès. Et surtout, comment Dia pouvait reproduire tout ça, en quelques séances seulement. "Si seulement j'avais des jumelles..." Geignit-elle alors dans sa barbe imaginaire, provoquant de nouveau un agacement chez le plus âgé. Bon, ok, elle devait se taire, mais quand même, elle aimerait mieux voir!
INKTOBER 2024 - JOUR 5 - BINOCULARS
ISMI 1ère année - Vol sur balais - Courses - PeC inRP: 09/47-01/48 - Préfète inRP: 09/44-06/47 et 01/48-03/49
Un long apprentissage
Premiers pas
DÉCEMBRE 2031
Diarmuid, Domhall et Ennis - âgés respectivement de huit ans parce qu'on n'allait quand même pas chipoter pour quelques jours, cinq ans et treize mois - se trouvaient dans la salle de jeu de la maison familiale sous la surveillance des elfes. Domhall était très concentré sur sa construction faite de petits pavés de bois, essayant de reproduire Poudlard en s'aidant d'une illustration de son livre. Allongé sur le ventre, son ouvrage était à peine débuté et voué à ne pouvoir être terminé faute de pièce, mais ça, son esprit de petit homme ne pouvait pas en avoir conscience, aussi il plaçait minutieusement - comme on pouvait l'être à cet âge - chaque pièce pour former l'enceinte de l'antique bâtisse.
Un peu plus loin, l'aîné s'adonnait à quelque chose de beaucoup moins précis et probablement moins studieux en reproduisant une partie de bataille explosive en solitaire. Lui aussi était focalisé sur ce qu'il faisait. Aussi, aucun des deux grands ne faisait réellement attention à leur petite sœur installée assez loin du cadet et occupée avec des volumes colorés de différentes forme à encastrer dans une petite maison. Tout en bois, le jeu permettait à celle qui n'était plus un bébé mais pas encore une enfant de s'amuser en toute autonomie. Elle était d'ailleurs en train de soulever la maison pour y récupérer les fameuses formes mais plutôt que d'y plonger la main, elle préféra attraper l'objet pour le retourner et que tout tombe. C'était beaucoup plus drôle et son rire emplit bientôt la pièce... autant que les quelques pièces de bois qui se propagèrent tout autour d'elle.
Très vite, Cookie fut là pour ramasser mais la petite avait repéré le cylindre qui était parti là où la créature ne l'avait pas vu. Elle s'y dirigea dans un quatre pattes approximatif sans lâcher son objectif des yeux et puis elle fit une pause pour s'asseoir et, au moment de repartir, elle aperçu la table basse où son frère avait mit ses cartes. Plus que ces dernières, c'était le plateau qui l'intéressait, idéal pour y agripper les mains et se tracter debout. On y voyait tout de plus haut. Et puis on pouvait se tenir et avancer, bien plus vite qu'avec les mains et les genoux au sol. Arrivée au bord, elle s'arrêta puis eut un instant d'hésitation. Elle s'éloigna, tenant toujours une main et puis fit un pas de plus. Sa main lâcha le meuble. Un autre pas, un deuxième, sans aucun appui. Encore un et puis... sa toute première marche se termina là, pouf... Elle se laissa tomber sur les fesses en profitant de l'amorti conféré par sa couche, elle avait atteint son cylindre de bois tout coloré de bleu. Et ça la faisait rire. Encore plus quand elle vit Diarmuid applaudir. Oh oui, applaudir, elle savait faire ça, même avec quelque chose dans la main!
INKTOBER 2024 - JOUR 8 - HIKE
ISMI 1ère année - Vol sur balais - Courses - PeC inRP: 09/47-01/48 - Préfète inRP: 09/44-06/47 et 01/48-03/49
Un long apprentissage
DÉCEMBRE 2031
Diarmuid était complètement absorbé par sa partie en solitaire de bataille explosive. Il faisait une patiente, la version qui sollicitait la mémoire. Son but était de pouvoir battre son précepteur. Mister Lynch lui avait lancé un défi. Pas simplement pour son esprit combattif, mais surtout pour forcer l'enfant à solliciter sa mémoire. Il n'était pas très friand des apprentissages par cœur, aussi l'adulte voulait lui prouver qu'il était capable de le faire. Les parents avaient beau dire, il fallait passer par le jeu. Ce qui n'empêchait pas de poser un cadre strict pour éviter les débordements.
Ainsi, l'aîné était rivé sur son étalage de cartes qu'il avait minutieusement organisées en lignes et colonnes. Il les retournait deux par deux et à chaque fois, prenait le temps de les détailler, marmonnant quelque chose pour essayer de marquer dans sa tête quelle créature se trouvait où. Mais comme à huit ans on n'a pas encore développé tout son esprit stratégique, on n'est pas très méthodique. C'était du moins son cas. Alors plutôt que de retourner celles qui étaient côtes à côtes, il le faisait un peu au hasard. Autant dire que ça compliquait les choses. Encore que, à force de se tromper, il était en train de venir de lui même à cette façon de faire.
Il retournait une nouvelle paire de cartes quand de petits doigts tout potelés vinrent s'abattre sur le plateau de la table basse où il était installé. Sa petite-sœur Ennis venait de s'agripper et tirait sur ses bras pour se hisser. Il lui fit un sourire mais sa benjamine n'avait pas grand chose à faire de lui, fixant un point un peu plus loin. Les yeux du plus vieux firent un aller-retours et virent l'objet de convoitise, persuadé qu'elle se remettrait à quatre pattes une fois la table longée. Il pouvait reprendre sa propre activité, quoiqu'il relevait la tête toutes les vingt secondes pour voir si elle ne risquait pas de tomber.
Vingt secondes, ce n'était pas grand chose. Et pourtant, c'était suffisant pour être surpris. "Dom!" Appela-t-il brusquement, les yeux rivés sur Siofra. Il voyait son cadet du coin de l'oeil, qui gromela sans même lever les yeux. "Dom!" Le ton était urgent. "Regarde!" Très urgent. Sous le regard marrons, celle qui était encore un bébé pour beaucoup faisait des pas mal assurés en direction de son jouet. "Dom!" Pourquoi il ne regardait pas? Diarmuid tourna la tête vers son petit-frère et le fusilla du regard. Enfin il soulevait son menton, prenant de plein fouet le regard accusateur avant de suivre la direction du doigt, juste à temps pour voir un pas avant qu'elle ne se laisse choir sur ses fesses.
Le plus grand se déplaça alors pour la contourner et lui faire fasse, avant de se mettre à genou devant elle et de l'applaudir avec un grand sourire. La petite l'imita, son rire redoublant en le voyant faire. "T'as vu?" Il regarda leur frère, "elle a marché!"
INKTOBER 2024 - JOUR 8 - HIKE
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Un long apprentissage
Photographies
OCTOBRE 2049
Domhall était passé à Letterkenny pour discuter avec son père de cette fameuse interview pour la Gazette du Sorcier. Le deuxième enfant de la fratrie ne venait plus si souvent depuis que sa mère l'avait violemment rejeté, ça lui faisait toujours étrange de revenir. Il y avait d'un côté cette envie de fuir et de l'autre des souvenirs plutôt bons. Cette ambivalence était assez désagréable et il ne savait pas quoi faire avec. Alors il prenait sur lui, observant sur les murs ou les meubles les différentes photographies présentes dans la pièce. Par chance, ce n'était pas des tableaux, les personnes sur les images bougeaient donc mais ne parlaient pas. Enfin, bougeaient... Assez peu à dire vrai. De partout, il ne s'agissait à aucun moment d'instants volés, mais simplement des poses familiales.
Quittant des yeux le portrait agrandis présentant ses grands-parents paternels, les yeux du cadet passèrent sur une image du même format, sur le mur opposé. Elle datait du dernier Yule qu'ils avaient passés ensemble... Il y avait quatre ans déjà. L'irlandais détailla ses propres traits, se sentant comme il avait dû se sentir à l'époque; pas vraiment à sa place et mal à l'aise d'être le plus choyé des trois - même s'il ne l'était plus. Domhall avait toujours détesté passer devant l'appareil photo. Parce que quand il se voyait, ses défauts le frappaient; grand et fin, il enviait Diarmuid d'avoir cette carrure harmonieuse et Ennis l'énergie sportive de sculpter son corps. Ses cheveux un peu plus foncés que ceux des deux autres contrastaient encore plus durement avec sa peau plutôt claire et durcissaient son visage déjà marqué par cette expression sans saveur qu'il se devait de tenir. Et la lueur dans ses yeux n'était pas là non plus.
Des bruits de pas attirèrent son attention, son père arrivait, prévenu par son elfe. Le jeune homme s'arracha à sa contemplation pour se tourner vers la porte d'où arriverait le patriarche. Il devait mettre de côté son amertume concernant les photos et se concentrer sur cette interview où son avis était requis.
INKTOBER 2024 - JOUR 26 - CAMERA
ISMI 1ère année - Vol sur balais - Courses - PeC inRP: 09/47-01/48 - Préfète inRP: 09/44-06/47 et 01/48-03/49
Un long apprentissage
Violon muet
DÉCEMBRE 2034
Le garçon de huit ans était venu dans le salon d'été pour y trouver de la solitude. On aurait pu croire que c'était simple avec son père généralement au travail, sa mère qui dirigeait sa boutique à distance et sa serre ici même, ses grands-parents maternels à discuter ou se reposer dans le salon d'hiver, ses frères et sœurs qui savaient quand le laisser tranquille mais... Mais en réalité, rien de tout ça. Car si habituellement la maison des O'Belt, celle de ses grands-parents ou sa famille logeait également dans une aile à part - une tradition pour les longues lignées sorcières -, le calme régnait depuis qu'Ennis était assez grande pour ne presque plus faire de crise... Et bien aujourd’hui c'était tout autre. Car aujourd'hui sa grand-mère, la mère de sa mère, Lucy Daly, était décédée. Enfin, pas aujourd'hui, mais quelques jours plus tôt. Et aujourd'hui avait eut la cérémonie usuelle pour l'adieu à la défunte. Alors il y avait de la visite à Letterkenny, tout ceux venus pour montrer du soutien à ceux qui restaient...
Et il en avait eut marre. Cela faisait des heures que Domhall était présent, à côté de ses parents et sa fratrie. Il avait écouté des tas d'adultes présenter leurs condoléances et commenter comme il ressemblait à sa grand-mère disparue, à écouter les remarques qui blessaient Diarmuid car on le croyait lui l'aîné, à aider leur soeur à ne pas céder à la tentation de la bougeotte... Et puis ça s'était arrêté et le temps pour tout ce petit monde de partager le verre du souvenir était venu. Tout était devenu bien plus désordre et il avait pu s'éclipser. Enfin. Le murmure des voix s'éloignait aussi vite que ce que la décence le lui permettait jusqu'à ce salon en particulier.
Car dans ce salon, il y avait eut d'ajouter dans un petit coin un objet. Il ne savait pas trop pourquoi ici, personne n'allait l'utiliser à ce qu'il sache. Certainement parce que sa mère avait tout récupéré et qu'elle ne voulait pas s'en séparer. Il n'avait pas osé poser la question. Il n'avait pas non plus osé formuler de demande pour qu'elle ne s'en sépare pas. Car s'il ne savait pas manipuler cette pièce de luthier, ce magnifique violon qui coûtait cher, au moins autant qu'un balai, il avait une affection toute particulière avec ce dernier. Il avait toujours aimé écouter son aïeule produire de belles mélodies, écrites par d'autres ou bien de son humble composition. Ça l'avait toujours apaisé ces musiques dénuées de paroles, lui provoquant des émotions qu'il laissait s'exprimer, dans le secret du boudoir où sa grand-mère le laissait venir l'écouter. C'était les seules fois où jamais personne ne lui avait imposer d'intérioriser ses émotions. A ces occasions, il avait pu sourire, grimacer, rire légèrement ou encore pleurer. Ca lui avait fait un bien fou.
Alors ce violon, lui faisait du bien, même juste à le regarder, parce que malgré la tristesse de la perte, il lui rappelait de bons moments. Il ne voulait pas les oublier, comme il ne voulait pas oublier les musiques, mais ça... Il ferma les yeux, en se concentrant, elles viendraient peut-être sonner à son oreille.
INKTOBER 2024 - JOUR 30 - VIOLIN
ISMI 1ère année - Vol sur balais - Courses - PeC inRP: 09/47-01/48 - Préfète inRP: 09/44-06/47 et 01/48-03/49