6 févr. 2021, 18:18
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
La vie, pétrie de ces contradictions, oppositions entre vérités qui s’opposent, s’affrontent, en une lutte ancestrale. Ainsi pouvons-nous dire que les gens changent et cela va en reflet inversé des principes établis. Des années sont requises pour en saisir le sens, de cette vérité que nous tenons pour fausse. Par certains côtés, ces mots sont erronés car une part de nos racines demeure. Mais nous traversons des épreuves telles que nous ne sommes plus jamais les mêmes. L’aînée des Alekhin se trouve confrontée à des charges émotionnelles rudes, depuis des années, son alignement de planètes intérieur s’en est modifié. Clairement, cela n’a pas eu d’effet jusque là. Il lui suffisait de tenir debout, de s’accrocher à la justice, sa seule motivation. Mais le mystère de nos existences lui a fait parcourir un chemin imprévu. Tout a commencé dans une prison du Minnesota, dans la vie réelle et non au sein de ses fantasmes de petite fille croyant être assez grande pour se frotter aux adultes. Et puis, le 28 Août 2045, l'agression. Et encore son réveil, dans les bras de Carry, la secousse, comprendre le besoin des autres, plus qu’un placebo. Et maintenant, cette rencontre totalement imprévisible, il est à ses côtés, ce sorcier impénétrable, qu’elle sent fragile, ces bras qui l’attirent, et ces ornements attendrissants. On pourrait penser qu’elle avance dans la vie. Qu’ainsi il n’est pas autre chose qu’une expérience de plus. Trop facile, analyse bâclée. Circéia change, du moins poursuit-elle les effets des premières modifications. Car devenir imprévisible, ou juste l’exprimer… entraîne ce qui va suivre. Qui relève de la sentience et non pas du calcul. Elle fut calculatrice et le demeure. Pas avec lui. C’est au nom de son instinct de femme, un instinct primordial, qu’elle agit. Oui, non par une régression, au contraire, l’avancée dans l’essence.

- Il n’est plus, comme tous les autres ou presque. Une véritable hécatombe familiale... Дедушка, en russe. On peut dire « dé-doush-ka » si vous voulez… moi je l’appelais Dieda. Il a beaucoup compté. Mais c’était il y a longtemps...

Voilà, Circéia a préféré la vérité. Car s’il faut considérer le présent avec rigueur, elle ne peut l’engager sur un terrain fait de sables mouvants. Certes, elle n’évoquera pas d’elle-même la magie noire dans la famille. Est-elle pleinement avérée d’ailleurs ? L’être sentient avance et sort du bois, en confiance. Qu’ils soient en l’instant côté à côte est la seule situation expliquant l’audace. On ne peut dire certaines choses les yeux dans les yeux. Et il lui semble bon de garder d’autres mots pour ce qui pourrait advenir, quand les billes seront proches au point de voir le coeur.
Cette vérité, Circéia ne la martèle pas, et sans donner l’impression d’expédier un Tergeo, elle est restée naturelle, neutre.

-… je ne suis pas dangereuse pour autant…

En souriant... Là est son progrès, Hjúki y est pour beaucoup. Le voir s'installer quelque peu l'aide à montrer ses pensées, au premier garçon qu’elle laisse entrer chez elle. Hélas, les idées s’entremêlent, la famille décimée, Dieda, un trait d’humour bienvenu mais créant la confusion, elle oublie Opa, d'autres détails qu'elle pourrait mettre à profit plus judicieusement...
Circéia ne recule devant rien pour se donner. C’est plus qu’une mise à nu, pour elle, ainsi parler de sa famille est la plus dure des choses. Au lieu de s’en cacher elle le revendique comme un handicap plus gênant encore. Une verrue dans sa vie qu'il lui faut asumer. Peut-il seulement comprendre ? Oui, c’est un Serdaigle, en tout cas elle le pense tant il réfléchit vite. Et bien. La sentience. L’énergie du glaçon sibérien se diffuse grâce à lui, qui met en valeur la hardiesse de cette femme.

- Venez, un bon thé remet toutes les idées en place.

Son bras s'est défait de lui, comme il enlevait son vêtement, elle rebondit pour le sortir d’une ellipse inquiétante, il faut laisser les morts là où ils sont. Et sans les oublier, vivre. L'étudiante met l’eau à chauffer, quelques sorts mineurs dressent la table, la magie a cela de pratique que l’on gagne du temps, pouvant ainsi se concentrer sur l’essentiel.

- Je vais vous montrer mes préférées.

Il pourrait raisonnablement penser qu’elle va lui faire choisir les parfums, pourtant elle extraie d’un tiroir deux pièces d’échecs.
...

- Je ne joue pas avec, la sueur entame le métal. Mais elles sont magnifiques.

L’eau frémit.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

6 févr. 2021, 20:55
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Tonnante confession. Quand le jeune homme imaginait invoquer une seule figure, toute la famille surgit en une phrase. Si toute l’affection filiale de Hjúki est concentrée vers son seul Opa, sans lequel il se trouverait démuni, abandonné ; Circéia semble avouer avoir perdu tout un pan de son entourage. Cette multiplication des cassures est à peine envisageable, imaginable, perceptible. Maladroit, d’autant plus. Sans doute n’aurait-il pas eu de réponse bien différente en lui demandant quelque chose d’aussi cru que de lui raconter ses drames intimes. L’argument du temps allège-t-il vraiment ? Quelle est la puissance de la distance temporelle sur les fêlures passées. Il repense à ses Spectres. D’abord il les avait attendu avec espoir, puis s’était éveillée la colère au point de se soustraire justement de leur temporalité pour vivre la sienne propre, enfin une rancœur et une amertume qui s’affadirent. Si enfant il aurait pu avoir l’idée d’une quête, de se lancer à leur recherche, cette puérile idée l’avait définitivement quittée. Si même il était cherché, il leur échapperait. Lignes de Temps. Elles sont certainement manipulables, pliables jusqu’à une certaine mesure. Il y a longtemps : en un intemporel passé, qui se contemple. Elle est toujours là. Ses êtres chers ont disparu et elle le leur a pourtant survécu, pour se tenir devant lui.

« Vous avez su arriver jusqu’à aujourd’hui, c’est admirable. »

L’adolescent médite encore quelques instants la parole suivante se voulant rassurante et qui pourtant sonne presque comme un avertissement à ses oreilles. Cela lui rappelle une histoire très ancienne… tous décimés, et elle seule avait résisté, si bien qu’elle avait été considérée comme maudite. Tourmentée en réalité par un démon. Combien avaient été abattus ? Sept… c’est fort vraisemblable, considérant la forte valeur symbolique de ce chiffre dans les textes sacrés. Sauvée enfin par le jeune envoyé de l’archange Raphaël.

« Telle Sara devenue presque inapprochable jusqu’à ce que Tobie finisse par la trouver pour chasser Asmodée. À chaque malédiction son remède. »

Un doute assaille alors Hjúki. S’il connaissait quelques fragments de la mythologie biblique, il ne pouvait affirmer que cela avait fait partie de l’éducation, de l’éveil intellectuel de l’enchanteresse. Ces histoires des origines parviennent-elles à s’insinuer dans la communauté magique, alors qu’elles Content des impulsions, des respirations d’un Monde de toute autre nature ?

« C’est dans la partie Ancien Testament de la Bible. Je ne me souviens plus l’avoir vue ou non dans votre bibliothèque. Quel genre de spiritualité pouvons-nous cultiver, alors que nous sommes envahis de magie ? Et pourtant même le monde arthurien en lequel Merlin a baigné en est imprégné. Ne quêtèrent-ils pas le Calice du Christ ? »

Par un élan rare, le jeune homme a laissé couler l’enchaînement de ses pensées en paroles. Il a appris à lier les sources originelles en Fresques, sans n’en écarter aucune, et il en résulte ses superpositions. Hjúki a prononcé ces enchaînements alors que la pièce qu’ils partagent vibre d’une partie de la force magique de Circéia. Elle l’emploie avec une sorte de nonchalance tranquille, comme s’il s’agissait d’une évidente extension d’elle ; quand il y avait encore à beaucoup concilier en lui. Son enchanteresse sort alors ses pièces maîtresses d’une cache, amenant l’adolescent à avancer pour les observer de près. Aux multiples reliefs et aspérités, à la forme plus travaillée en représentation qu’en symbole. Il perçoit l’affection qu’elle leur porte et en ressent une douceur de Cœur. Ses Perles-de-Nótt oscillent toutefois en contemplant des images juxtaposées de son esprit. Réserve, tristesse interrogative presque.

« Certains instruments de musique sont si ouvragés, si précieux qu’ils en sont gardés sous clef. Silencieux. Le passage des mains creuse irrémédiablement les claviers et les touches, le jeu vient percuter les cordes, l’humidité marque le métal et certains bois se délitent. Quand s’empêche-t-on de jouer ; où serait la limite entre l’utile et le beau, le magnifique ? »

Euterpe l’a habité pour s’exprimer de sa voix, alors qu’en fond, derrière eux, l’eau chantonne un air devenant peu à peu sifflant.

7 févr. 2021, 11:50
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Elle le regarde, littéralement ébahie. Il n’est pas Serdaigle mais Gryffondor. S’intéresser aux moldus au point d’en savoir autant sur eux est typique de cette maison. La chose ne la dérange pas, l’ISDM a un partenariat avec l’université moldue d’Edimbourg, un très ancien contrat né de leur fusion originelle. A ce titre, les sorciers doivent venir en aide aux plus démunis de la ville, sans magie. Voilà pourquoi, avec Galvanius et Amendola, l’année précédente, elle a aidé des enfants moldus ne sachant pas bien lire, écrire et ce fut un grand bonheur... Cette action caritative est inconnue des moldus, à ce qu’elle sait, l‘ISDM la poursuit par tradition. Peut-être le contrat a-t-il quelque chose de magique… Par ailleurs, ses stages dans le monde moldu ont contribué à l’ouvrir aux non sorciers. Mais pas au point de connaître d’aussi précieux détails de leurs croyances. Il est question de religion, un concept typiquement moldu dont elle n’a jamais compris grand-chose. La seule fois qu’elle a "vraiment" croisé la bible, c’était au cours d’une lecture romanesque, un été, à Irkoutsk. Le livre, décrivant une société moldue futuriste, l’avait marqué par la grande qualité de la langue. Le récit, lent et très immersif, l’avait tenue en haleine jusqu’au bout. Et dans l’histoire, il était question de la bible, dite catholique orange. Cela n’avait aucun sens pour Circéia, aujourd’hui encore elle serait bien en peine d’en dire quoi que ce soit. Voilà, sur la question, elle ne sait rien. Mais l’intérêt manifeste de Hjúki pour les moldus l’interpelle.

- Vous… étudiez les moldus ? Hjúki Anastase, vous me fascinez.

Et pas qu’un peu. Au point d’en oublier l’eau bouillante désormais, chaleur excessive pour le jasmin… Il lui faut des explications. Car si les moldus russes sont dits orthodoxes, cela ne lui parle pas, ils auraient tout aussi bien pu être protodoxes, gastérodoxes… des mots vides de sens. Et pourquoi lui parle-t-il de cela ? Voit-il en elle une pécheresse ? Egarée au sens sorcier ? Si les mots du garçon lui sont accessibles, elle semble l’intéresser aussi. Encore une fois pourquoi ? De quelles vertus l’écossaise est-elle porteuse, suscitant son intérêt ? S’il a scruté la bibliothèque alors qu'elle prenait soin de ses jambes, il n‘a trouvé que des livres d’études et des romans, souvent russes. De la poésie aussi mais il n’a pas touché à Tennyson. Pas manque de goût pour les pensées joliment composées ?
Circéia, séduite par l’érudition, intriguée par les domaines évoqués, poursuit son questionnement d’un visage neutre, un coffre de Gringotts. L’intelligence combinée à l’humilité est une chose rare.

- Ma fois… je dirais que le temps où nous vivions de concert n’est pas si éloigné. Les progrès techniques des moldus les rapprochent de nous. Mais est-ce à dire que nous avons les mêmes racines spirituelles ?

Proprement incroyable, elle s’entend répondre avec une relative subtilité, sa capacité à bricoler dans l’urgence une idée acceptable amplifie son trouble. Elle a donné ce qu’elle a pu. Mais sait pertinemment qu’elle lui doit cette mise en valeur. Côtoyer des gens brillants déteint sur soi, en général.
Le thé… la maîtresse de maison refait surface.

- J’ai du thé russe, à la bergamote. Mélange incluant une feuille de chardon séché, pour affûter le goût. C’est un thé noir, mais pour le soir je vous conseille plutôt un thé au jasmin, mon préféré…

Elle s‘est levée et marche sans accroc, sur de petites distances, l’effort pour gommer le réel est aisé. Fouillant un autre tiroir, elle ajoute.

- L’amateur d’expériences exotiques peut aussi tenter un thé japonais, souvent servi à table. Ni sucre, ni lait, rien que de l’eau, pas trop chaude… on le nomme Sencha Ariake. Mais attention, ça décape un peu les boyaux.

Et elle rit de bon coeur.

-… mon avis est qu’un outil doit être utilisé. On ne maintient pas en cage un dragon, ce doit être la même chose pour les violons !?!

La magie a posé sur la table l’éventail des herbes disponibles. Et toutes les horreurs que l’on peut adjoindre au breuvage ; sucre, lait… Une assiette de petits gâteaux écossais au gingembre trône au milieu, elle les fait elle-même et pour une fois n’hésitera pas à en croquer plusieurs à la suite. La faim creuse les ventres, des bûcherons comme des oisifs.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

7 févr. 2021, 15:51
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
L’esprit de Hjúki ne parvient pas à happer un terme qui saurait définir la sensation, la si étrange impression qui s’empare de lui à l’écoute du mot « moldu ». Ce n’est ni l’hébétude, ni l’incongruité, ni la surprise, ni tout à fait le vertige. C’est un Innommable, ce que vous éprouvez alors que vous découvrez une possibilité de compréhension de vos propres paroles que vous n’auriez été en mesure de soupçonner par vous-même. Jamais l’adolescent n’avait songé associer les Contes des Origines, quels qu’ils soient, avec les moldus. Que la magie soit connue ou non, la Genèse du Monde, les Forces qui l’habitent et le meuvent devraient être sources d’intérêt pour chacun. Croit-il, du moins. Les mythes fondateurs devraient être parlants à tous, sans se soucier de la religion qui les accompagne. Combien savent les fondements sans n’avoir aucune idée de la pratique antique des rites abandonnés du polythéisme ? Elle s’appelle Circéia, magie appuyée par la divine Hécate, chantée par l’aède Homère aux origines occidentales de la littérature. Il s’appelle Hjúki, entité Lunaire rapportée tardivement par le scalde Sturluson, un chrétien composant sur le paganisme germano-nordique. Ne sont-ils pas la preuve des mélanges, du poreux de la limite des explorations narratives de sorciers et moldus ? Sa suite décousue de pensées s’interrompt alors que le jeune homme doit aussi traiter la voix de l’enchanteresse, et il en profite pour s’immiscer dans un éclair de calme pour traiter la question des thés qui l’échauffera bien moins. Si quelque appréhension aurait dû être levée à ce propos, il semble que cet Innommable éveillé par les phrases précédentes l’ait efficacement dépassée. Un choix paraît subtilement s’imposer.

« Si je souhaite vous apprendre, le jasmin, votre préféré, serait le plus opportun. »

Sa légèreté en rire est presque communicative alors qu’ayant exposé son attirail de senteurs et de goûts elle répond à sa dernière question. Euterpe a-t-elle la fougue du dragon ? L’image suscité est indéniablement belle, bien qu’inhabituelle. Éveillant à nouveau sa douceur de Cœur, générant un fin sourire.

« Aussi rare ce plaisir soit-il, même les Stradivarius persistent à se faire entendre. »

La mécanique de l’esprit ne lui accorde toutefois pas une si longue période de repos, car quelques secondes suffisent à le ramener à ses méditations que ses froncements de visage ne dissimulent pas. Agrippé de nouveau aux premières phrases qui ont levé un vent fort puissant en lui. Se prépare sans doute le plus imposant verbiage qui ne lui ait jamais été donné de prononcer. Il a longuement eu le temps d’y songer depuis son enfance, depuis ses premières explosions d’une énergie incontrôlée. Depuis qu’il a constaté l’effrayant ascendant qui pouvait en découler lors de ses sombres élans, envers même l’être qu’il affectionnait tant. Depuis cette lettre qui par sa seule nature sorcière lui imposait d’être arraché à ses racines, lui volait sept années de son existence. Consacrées à savoir l’utiliser, à savoir la cacher surtout. Car telle est la conséquence d’un Monde divisé. Depuis que, pour apprendre à communiquer, se sont imposées à lui ces Images si multiples et riches, si universelles. Quoiqu’il veuille exprimer, un Mythe, un Conte lui sera présent. Les mots se bousculent sans suite et il tente à toute vitesse d’au moins leur donner une forme minimale.

« Sorciers et moldus parlent la même langue. Pourquoi ne s’exprimeraient-ils pas de quêtes communes ? Vous lisez bien la littérature russe moldue. Les enfants s’abreuvent de contes, pourquoi Beedle le Barde serait-il réservé aux uns, les frères Grimm réservés aux autres ? Considérant surtout qu’ils sont de même nature, suivent des codes communs, emploient des archétypes analogues. L’architecture de la société sorcière est le secret. Il m’est déjà arrivé d’envier les moldus de pouvoir se poser et réfléchir aux questions du Monde. Car le Monde vit. Nous Sentons son pouls. Et le mérite n’en revient ni aux sorciers ni aux moldus. Dans la question des origines, dans la question d’écrire le Monde, il n’est ni d’histoire sorcière ni d’histoire moldue. Peu importent nos sciences, peu importent leurs sciences, l’humanité évolue et grandit par ses Quêteurs de l’esprit humain et du Monde. C’est une fascination humaine. »

L’adolescent prend alors une immense inspiration pour compenser cette consommation excessive d’air par son débit, par son flux indécent. Bien que ce soit lui qui suffoque, il s’inquiète cependant en premier lieu de ne pas avoir étouffé Circéia, alors qu’il songe à rediriger ses Perles-de-Nótt en sa direction.

7 févr. 2021, 19:24
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Thé aux fleurs… Elle se lève pour faire à la main une préparation aisément réalisable à la baguette. Mais elle éprouve le besoin de réfléchir. Tout en lui expliquant les principes du thé au jasmin, une eau moins chaude et surtout pas de sucre si l’on veut accéder au plus pur de la fleur… Circéia réfléchit à la manière de lui répondre. Est-ce un provocateur, comme tous les Gryffondors le sont à l'odeur des cachots ? Juste un écorché qui ne le montre pas ? Auquel cas, ils se ressemblent un peu mais les femmes sont souvent plus lentes en colère. Du moins celle qu’on expose.

- Vous avez raison. Je suis une femme et vous un homme. Je ne suis pas écossaise, mon père était russe. Pourtant nous sommes égaux je crois. Ceux qui prétendent le contraire ont encore du chemin à faire, non dans leur coeur mais face à la réalité… Il est facile d’opposer. Je ne le faisais pas, je crois comme vous que le premier pas est de découvrir l’autre, qu’il soit irlandais, cracmol, croyant ou rien du tout. Nos pouvoirs n’ont d’intérêt qu’au travers de ce que nous faisons, j'ai bien dit je crois.

Elle pense à cette dernière soirée aux Etats-Unis, dans la chaleur d’un lieu sans différences. Il a fallu aller loin pour s’ouvrir aux possibles.

- … Trois minutes, si nous les dépassons, la boisson est trop forte et l’arôme s’évanouit.

Et elle verse le liquide dans les mugs. L’étudiante a attendu, ne disant plus rien, chantonnant une petite comptine pour occuper l’espace. Sa voix est veloutée, ferme, perçant le silence d'une volonté entière. L’horloge agite un petit drapeau aux couleurs de Durmstrang, vestige familial. Les mugs arrivent, posés délicatement. Elle pourrait le blesser, dire que son handicap vient des pouvoirs sorciers. Il s’en doute déjà… ce que nous sommes ne détermine pas à coup sûr comment nous agissons. Les femmes ne sont pas faibles et les hommes durs comme pierre. Les russes ne sont pas fourbes et les moldus idiots. Voilà à quoi ses deux stages ont servi, voilà pourquoi les huiles entassées à la citadelle n’ont pas compris autre chose qu’une intolérable provocation. Qui en était une d’ailleurs, une erreur magistrale, tellement révélatrice. Même Carry Harrison n'est pas forcément celle qu'on croit..
Il doit avoir souffert pour réagir si vite. C’est un être absolu, à manipuler avec précaution. Tant mieux, chacun doit être honnête et ne pas se cacher en lissant ses humeurs, ses principes, au nom d’une soit disant politesse. C’est important de savoir se tenir mais aussi essentiel de se montrer honnête. Dès le premier instant.

- Hjúki, je ne voulais pas vous blesser. Les sorciers ouverts aux moldus sont si rares de nos jours. Même moi, j’ai défendu la cause, quelque chose qui n’a plus vraiment sens. Regardez la haine autour de nous, des deux côtés. Par la peur, l’ignorance… Je ne sais rien de leurs croyances et pourtant je ne les rejette pas. La religion...c’est juste un concept qui m’est étranger !? Expliquez-moi...

Faut-il aller vers lui ? Prendre sa main, encore ? Ou le laisser venir, de lui-même, quand il veut, s’il le veut. La raison gagne du terrain, elle cherche le moyen de l’apaiser, l’instant est malaisé, et le thé, encore un peu chaud, difficile à boire de suite. Elle prend la tasse entre ses mains, faisant mine de se réchauffer. Mais elle gagne du temps, soufflant à la surface une brise artificielle.

- Je suis une Serpentard. Suis-je donc condamnée à la magie noire ? Il faut pourtant un mot pour chaque chose. Et l’on m’a appris qu’on ne définit pas une chose par ce qu’elle n’est pas. Je ne suis pas un homme ne suffit pas à me définir femme. Ainsi ne dit-on pas « non sorcier ». Certes, moldu est connoté mais autant par notre suffisance que par leur absence de pouvoir magique.

Alors la fulgurance intervient, comète imprévue des centaures.

- Je suis une femme qui vous apprécie, Monsieur Anastase.

Ainsi sont-ils égaux. Est-ce un calcul dangereux ? Ou une méchante habitude féminine, se jouer des garçons en les faisant rougir ? Peut-être une folie de Circéia ? Elle n’y pense pas. C’est sorti comme ça, destinée manifeste. Elle n’a pas parlé de ses jambes qui la diminuent tant. Circéia n’est pas odieuse.
Une gorgée.

- Je crois qu’ainsi c’est parfait.

Sa main présente les petits gâteaux. Leur forme irrégulière, et leur taille imposante trahissent une réalisation… ménagère. Et ce sourire, insouciant, vrai comme ses derniers mots, marqués de sentiments. Feu d'artifice de sa part mais lui n'imagine pas tout ce qu'elle offre d'elle


Reducio
Edit : quelques passages ont été modifiés afin de toujours correspondre à l'esprit de ce que je veux écrire.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
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7 févr. 2021, 21:55
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Battements grondants. À présent, Hjúki réalise qu’il se trouve en Corps-Cœur. Il avait mésestimé à quel point sa tirade l’avait échauffé et mu. Toute sa perception est altérée par ces pulsations internes qui résonnent si tangibles et font vibrer tout son environnement. Sa main se lève mécaniquement à hauteur de poitrine, comme pour fermer la boucle. Alors qu’il bat déjà de tout son corps, ses doigt tremblants vérifient en s’accordant en toucher à la source centrale des élancements. La mélodie de Circéia est incessamment entrecoupée de son hurlant rythme de Cœur. Il se raccroche aux Sens. Les notes florales qui embaument l’air. Le bruit de l’eau chaude qui se verse. La texture visuelle de ce flot. Et cette berceuse, plus que bienvenue pour l’apaiser. L’adolescent parvient au moins à réguler son souffle. Sa vue se brouille et se voile, il perçoit cette montée de chaleur à la tête et cette sensation de resserrement autour du nez. Sans résister, ses Perles-de-Nótt se referment pour s’éclaircir de la brume d’eau qui, repoussée par les paupières, s’échappe en leurs recoins. Deux traînées brûlantes sillonnent ses joues, mais elles seront les seules. Il n’avait pas mesuré l’ampleur de sa Vague, mais elle est vite retombée et il s’arrête désormais sur les clapotis qui subsistent, apaisé par les stimulus sensoriels sur lesquels il s’est focalisé.

Respirer. Lentement. Sentir l’air, le goûter, alimenter le cycle venteux en dépit de son épaisseur. Attentif, il se fait enrouler par sa voix, filtre les mots un à un, les réassemble doucement. Sa Vague lui a sans doute coûté une certaine perte d’énergie puisqu’il se sent malhabile, gourd dans ses manipulations d’esprit. Il essaie toutefois de composer, cette fois d’une voix calme, adoucie, en débit chantant. Lasse et hésitante, aussi.


« L’ignorance, oui. Quand j’ai reçu… La structure sorcière appose son contrôle sur les jeunes de leurs onze ans à leur majorité. Alors que nous avons la chance, le droit de pénétrer le Monde outre à notre guise ; cette incursion minimale, au sein de l’intra-Monde, nous est imposée. Car nous vivons dans un fragment contenu en un plus vaste. Un Monde dans un Monde, disait Opa. Sorciers, nous avons accès aux deux, nous avons le choix. Je ne m’en suis pas privé. Il est tant et tant de beautés accessibles sans magie. Vous le savez, je crois. »

Il l’a vue en revenir à ses mains, à l’exécution physique de la préparation du thé. Magie ou non, le rapport à la corporalité s’impose en certains instants.

« Concernant la religion… je ne suis pas de préceptes. Nos pouvoirs n’ont d’intérêt qu’au travers de ce que nous faisons, disiez-vous, c’est peut-être la formulation de l’un des vôtres, en toute sobriété, sans encore prétendre à une philosophie de vie ou qu’importe comment nous appellerions cela. La Bible est la source d’une religion encore vivante. En réalité de nombreuses religions, marquées de schismes, parfois masquant des intérêts politiques pour s’émanciper du pouvoir papal ou au contraire l’acquérir à sa cause. Des théologiens seraient capables de se battre pour déterminer quelles seraient les sections canon, en se fondant sur des listes datant des premiers siècles de notre ère et même contradictoires. Certaines mythologies, en revanche, étaient la source de religions antiques antérieures à l’uniformisation du monothéisme. Bien qu’aussi à l’origine de rites, de célébrations, de cérémonies fondées sur des épisode de la vie des dieux ; le corpus est beaucoup plus souple, il existe d’innombrables versions, les dramaturges n’hésitèrent pas à proposer la leur pour obtenir certains effets tragiques. Pareillement des Contes qui ont leurs variantes. J’aime ces histoires. Elles dépeignent des situations humaines simples et humbles. Elles nous apprennent des pans de ce Monde. Qu’importe que la Théogonie d’Hésiode ne soit scientifiquement juste. Nous reconnaissons ces Puissances primordiales. Ressentons. Du Chaos le Cosmos. La Terre. Le Ciel. »

Sa bouche est pâteuse d’avant tant parlé, asséchée, mais son rythme de houle tranquille n’a au moins pas cassé sa voix, il ne frôle pas la rupture, ne joue pas avec la limite comme par son précédent élan. Le liquide est encore fumant, il l’approche toutefois de sa bouche pour en siroter prudemment quelques gouttes après avoir soufflé un peu pour atténuer la brûlure. Au moins réhumidifier avec précaution ses lèvres.

« Définir… À quel point choisissons-nous notre nature ? Je me suis déjà interrogé. Suis-je humain, en tant que sorcier ? Suis-je seulement sorcier ? Poudlard est présenté comme l’unique lieu où l’intégralité des enfants sorciers serait capable de passer à l’âge adulte. Comme si certaines particularités, certaines vulnérabilités, certains…handicaps n’étaient concevables chez l’enfant sorcier. Comme si les sorciers pouvaient tous tout supporter de ce château, alors que les moldus mis en difficulté par un tel internat seraient innombrables. Qui suis-je ? Inconcevable. Inimaginable. Sans doute l’êtes-vous aussi. »

Il ne sait pas vraiment ce qu’il comprend de la dernière confession de l’enchanteresse, son esprit n’est plus aux commandes mais il perçoit un réchauffement du Cœur qui abat le souvenir des sillons par un sourire qu’il aperçoit déjà sur les lèvres de son hôte. Avisant les petits gâteaux il en saisit un du bout des doigts avec un hochement de tête. Ne sachant à quelle texture s’attendre, il croque seulement du bout des incisives, espérant une coupure nette et sans miettes, profitant du silence par lequel il peut enfin reposer sa voix.

8 févr. 2021, 16:24
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Un springbok en plein vol abattu par un chasseur. L’impression d’être revenue d’une promenade parmi les nuages, sur son Yajirushi qu’elle n’a plus utilisé depuis… et tomber, un autre 28 Août… les mots prononcés lui font mal, pour plusieurs raisons. Savoir en ces circonstances se tenir et ne rien montrer est un atout puissant, elle en a déjà fait l’expérience. Peu importe la situation sur l’échiquier, ne rien montrer de ses émotions est la règle. Enfin, l’une des mille règles imposées au fil du temps par Sergeï.

Ces animaux sont étranges, les moldus en ont fini par conclure que leurs sauts correspondent à un état de bonheur. Pourquoi avoir mis autant de temps à l’admettre ? Les non humains ont eux aussi le droit de vivre, d’avoir des émotions, des pensées, même si elles sont différentes des nôtres dans leurs formes. Elle ne comprend pas certains des propos du Hjúki mais elle le sent ému au point de ne pouvoir trop avancer dans la discussion, refusant de le blesser. Quand on ne connaît pas bien les gens, mieux vaut s’abstenir de les secouer, même si c’est au prix d’un peu de notre intégrité. Elle le reçoit, et se doit de l’accueillir comme un invité, non comme un frère à qui on peut tout dire, et surtout n‘importe comment. D’autant que… plus il parle, plus elle aime sa voix. Sans doute préfèrerait-elle qu’il lui lise l’« intégrale des plaidoiries d’Horace MacMillan », édition 1899, le bréviaire des petites phrases juridiques en 2400 pages. Ce serait plus drôle pour elle. Schisme… Certains mots lui échappent en partie, elle n’a pas une connaissance suffisante du sujet, la religion est pour elle un concept étranger et il avance sans vraiment expliquer ce qui précède.…. Et Poudlard… oui, il parle de Poudlard. En donnant l’impression qu’il a souffert de sa présence là-bas. Mais elle se demande, ils ont le même âge ou presque, elle devrait le reconnaître or il lui semble qu’elle ne l’a jamais vu auparavant. Aurait-il été puni tout ce temps ? Présent mais invisible aux yeux des autres ? Un mystère réside autour de ses propos. Hjúki a souffert, vivant une scolarité en opposition complète avec le vécu de Circéia. Aînée d’un mage noir, régulièrement entourée de morts, un isolement de plus en plus avéré, très peu d’amis. Aucun pour être précis… L’école a pourtant constitué un donjon la protégeant d’un monde extérieur dangereux. Elle s’y est épanouie, et même si ces seules camarades étaient les notes à ses devoirs, elle a traversé ces années avec au final une paix intérieure indéniable. Il lui semble impossible d’en parler avec lui, on ne met pas un invité mal à l’aise. Elle a souffert, du monde extérieur, pas de l’école, pas vraiment. Il faut dire la vérité toute entière, quitter Poudlard a été une grande joie, l’ordre des choses. Circéia en avait fait le tour. Lui en est encore à devoir négocier sa vision de la question.
Le thé est délicieux, il en reste assez dans la théière, elle remet le couvert sans lui laisser le choix.
L’étudiante a grandi sans amour, ni de ses parents, ni de ses professeurs. « Opa », de quoi est-il question ? Ce mot ne lui dit rien, il l’a prononcé deux fois déjà. Est-ce lié à une souffrance ? Ménager les silences mais ne jamais les laisser s’installer trop longtemps. Elle doit entretenir la conversation, ne pas parler pour ne rien dire… prolonger un plaisir qui pourrait s’évanouir si un effort n’est pas fait.

- J’ai toujours du mal à comprendre votre démonstration sur les religions. A vous entendre, on croit presque qu’il est affaire de politique. Je croyais, du peu que j’en savais, qu’il était question… d’amour...

La voilà, l’intuition magique, vingt-sixième coup des Noirs à Baden-Baden en 1925. Un véritable frisson la parcoure, ce petit mot l’électrise et va lui permettre, elle l’espère, de laisser s’assoupir les énergies ambiantes. Il semble presque détester les sorciers, en être un pourrait même le contrarier… Il ne s’aime pas. Elle analyse trop vite sans doute, emportée par une pulsion insolite. Pourtant elle sent la friabilité de l’âme. Hjúki est plus vert qu’elle, suffisamment pour s’autoriser à le guider. L’aider.

- … Vous n’en avez pas parlé. N’est-ce pas une puissance primordiale ? Nous en sommes tous por...teurs

Cette fois, le rougissement vient des cachots.

-...enfin je veux dire….

Elle saute sur un gâteau pour faire diversion. On ne parle pas la bouche pleine et décidément, de véritable pierres ces bistropcuits. Diversion, enfumage... faites qu’il ne croit pas que.

- L’amour n’a pas sa place dans votre explication ?

Combien elles nous déstabilisent ces notes de musique merveilleuses jouées par des virtuoses. Et fades par d’autres. Les vibrations interrogent, dépassant le plaisir d’un voyage éphémère dans la bulle de savon. Il neige toujours plus sur Edimbourg, elle n’y prête pas la moindre attention. Et si elle ne comprend pas tout, elle l’écoute, l’écouterait des heures, jouer des mots et bâtir une musique seulement pour elle. En donnant par moments la réplique pour paraître intelligente ; qu’il s’intéresse à elle. Un springbok, malgré tout.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

8 févr. 2021, 18:35
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Ce fut le Déversement.


Se ressourcer. Quelques gorgées lui sont nécessaires pour se réhydrater et vaincre la fermeté du gâteau. Il aurait dû le faire fondre dans la chaleur du thé, il se serait mieux dispersé sur sa langue, au moins est-il préparé pour les prochaines bouchées. La boisson s’insinue en lui pour le réchauffer du bout des doigts jusqu’au noyau. Il est tout à fait possible qu’il l’ait noyée. Ses paroles ont tendance à se déverser en tout ou rien. Retenu ou en débordement intenable. Toutefois, l’enchanteresse, quelques soient les paysages que son esprit doit traverser dans le court moment de latence, parvient à remonter la tête hors de l’eau de ce déluge.

« Une affaire de politique. C’est exactement ça.»

L’adolescent a prononcé ces tous derniers mots avec une lenteur mesurée, comme s’il prenait conscience de cette réalité au moment-même où il l’articulait. Une myriade d’Images lui vient pour exprimer les conflits levés. D’une certaine manière, le monde occidental en a été déchiré comme s’il s’agissait d’un échiquier, féroce champ de bataille de puissances politiques. Elle comprendrait sans doute cette analogie s’il la sous-tendait à son propos.

« Les guerres de religion ont fait d’immenses carnages. À chaque nouvelle branche issue de cette même source qu’est la Bible des dissensions. Ce texte est tout sauf inerte. Ce qu’il a déchaîné ! Pour exemple… Avons-nous le droit de le traduire pour que le particulier s’en fasse une interprétation personnelle ? De là le protestantisme. Aujourd’hui la seule branche du catholicisme est encore sous l’autorité papale du Vatican, l’Église. Les royaumes briguaient son soutien, certains rois tels Henry VIII ou Louis XIV ont même cherché à se faire chefs de leur propre Église. L’institutionnalisation de la religion, et même de toutes choses, a ses dangers, surtout quand ce devient un instrument de pouvoir et de conservatisme. L’éducation sorcière serait-elle comparable ? Une unique autorité, Poudlard, sur une si vaste étendue géographique. »

*Autorité.* Une vieille lecture remonte subrepticement à sa mémoire, une œuvre de jeunesse, d’un moldu bien sûr. Le jeune homme se demande si Circéia pourrait la connaître. Vraisemblablement pas. L'un des questionnements autour de la religion y est si intimement traité que, si elle l’avait lue, elle n’en serait tant étrangère. Le désintérêt qu’elle a su maintenir jusqu’à ce jour l’intrigue. Ce sont les luttes humaines. C’est tout un pan de la nature humaine qui y explose. À laquelle même les sorciers ne peuvent échapper. Dans ses vices, sa saleté, certes, parfois. Dans ses inéluctables penchants, toutefois.

« C’est du moins une institution qui a ses dérives, si l’explication commune fut d’en incomber la responsabilité à l’homme, dans son imperfection, l’écrivain britannique Philip Pullman a interrogé à contre-courant la possibilité d’une Église en tant que main de Dieu, qu’il appelle l’Autorité. Bien que la critique soit parfois trop amère ou directe, ses audacieuses réflexions méritent d’être parcourues. »

Hjúki s’arrête là, il serait capable de continuer encore sous l’effet singulier que provoque Circéia en lui, telle une maïeuticienne socratique. Le prélude permet d’échauffer ses doigts dans toutes sortes d’enchaînements et de figurations désordonnées, pêle-mêle, avant d’entrer véritablement au sein du morceau. Prêt. Prêt à affronter après ses circonvolutions, ses détournements, ses échappées la principale interrogation de l’enchanteresse et son immense densité. La seule évocation de l’amour l’a joliment fait sourire dans la contemplation de son Ciel intérieur, luisant mais chargé.

« L’amour existe en myriades de myriades ! Oublions ce Dieu biblique, si changeant d’un Testament à l’autre dans ses manifestations d’amour que certains en voient deux entités distinctes. Les dieux mythiques sont anthropomorphes, de fait ils aiment comme nous. N’y a-t-il pas plus belle étrangeté que le dieu Amour tombant sincèrement amoureux d’une seule Âme ? Éros et Psyché. Détournés en la Belle et la Bête dans le conte. Évidemment, une Puissance primordiale. Aphrodite est l’une des toutes premières divinités générées, plus antérieure encore à la génération des Olympiens. Que dire de la beauté des adelphes ? Lune et Soleil. Castor et Pollux à jamais liés parmi les Astres. Freyr et Freya. Freya, justement la déesse de l’Amour. Puissance motrice dans l’opéra où Wagner la sollicite. »

Il tait à l’évidence le duo de Romulus et Rémus, les romains ont décidément un goût du sanglant bien trop prononcé. De même des passades amoureuses de Zeus, du châtiment à cause duquel les Ourses ornent la Voûte, de Daphné et Apollon manipulés par Éros, de la guerre de Troie. En somme, il est beaucoup à taire. Dès lors que vous parvenez enfin à allumer la flamme, les bourrasques y voient l’invitation à s’introduire. La richesse d’un Monde induit toutes les contradictions possibles, tous les balancements possibles.

« Puissance primordiale, oui. Quant à déterminer si elle n’est que bienfaits, je ne saurais dire. Je crois…que j’aime aimer, et que j’aime être aimé. Mais… sous quelles limites ? Chronos, Thanatos, Tyché, tant et tant d’autres Puissances sont capables d’y faire obstacle. »

Submergé

9 févr. 2021, 17:26
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
C’est un érudit. Mais il se cache. Circéia va donc devoir le débusquer si elle espère traduire les élans, pour l’instant très enfouis, menant à faire germer la graine. Parler d’Opa ? Qui est donc cette personne ? Sans doute un intime… Elle craint de faire un impair et sait comment de tels êtres respirent. En elle passe une substance identique, les connexions se tissent à chaque nouvelle intention mais il suffirait d’un infime écart pour que se déchire le papier bible. Hjúki manque d’assurance, étale ses connaissances comme autant de manières d’esquiver l’essentiel. Il cherche à briller en ne donnant rien de lui, par crainte du regard qu’auraient les autres sur l’être auquel il aspire. Plus tard elle va devoir ranger ces petits gâteaux, un peu durs... Et peut-être lui proposer... La neige… elle s’accumule, au point d’empêcher une vision claire de l’extérieur, pourtant la fenêtre est grande. Elle le voit, cet amas, une coquille les emprisonnant peu à peu. Plus tard… car il lui faut guider Hjúki vers une route qu’il redoute d’emprunter. Sa responsabilité tient en ces mots, marcher à ses côtés, le tenir par le bras, comme de vieux amants, dans le silence des gens qui se connaissent, n’ont plus besoin des mots pour être heureux ensemble. Plus tard car tout cela est bien lointain, Circéia ne s’en rend pas compte, nous sommes dans la genèse de l’oeuf et la force en elle, incolore, inodore, guide son coeur dans une direction inconnue. La magie n’est d’aucune aide en la matière. Il est même possible que la foi l’aidât mieux. Voilà ce qui arrive aux gens sans repères, ils bredouillent leur vie, faisant du mieux qu’ils peuvent avec leurs béquilles affectives.

Et lui réduit tout cela à une affaire de puissance. C’est un garçon, assurément. Séduisant par ses passions. Intrigant par ses renoncements. A-t-elle demandé une définition subjective ? Une vision sans problèmes ? Il réfléchit à l’échelle des planètes alors qu’elle pense aux atomes que nous sommes. Je t’aime parce que c’est toi ; et toi, pourquoi m’aimes tu ? Sommes-nous porteurs de nos pulsions ? Propriétaires de ces élans ? La prédestination ou juste le hasard. Elle a son idée de l’amour et s’il est un morceau de toute religion, alors elle aussi peut donner un avis. L’amour entre deux sœurs, quand l’agonie est proche mais le refus pousse à y croire encore. Dénier mourir, serrer de ses bras faibles le corps de son amie, lui dire par des larmes qu’elle est plus qu’une amie. Regarder cet enfant qui a compris le mot et ses yeux ébahis de penser comme il faut. La vie, aimer la vie, malgré tout ce qu’elle donne de souffrance et de doutes. Il est bien passé par ce parc, aujourd’hui, trajectoire improbable réunissant deux âmes qui s’entendent à merveille. Aimer.

- Quel est le sens du mot dans nos vies quotidiennes, Hjúki ? Ces dieux sont tout là-haut. Nous vivons sur la terre !?!

Il faut oser, leurs mains ne sont pas loin. Elle se décide enfin, frôlant ses doigts, puis s’y glissant, formant un ensemble en fusion.

- Il neige fort dehors…

Impossible. Elle est impossible. Les mots ne sortent pas, les seuls mots, ceux que l’on ne dit pas. Spectatrice indocile de sa timidité, elle diffère, encore.

- Vous pourriez rester pour la nuit, ce serait plus prudent… H…

Folie sorcière, folie humaine. Ne pas oser la seule chose qui compte ! Et s’en remettre au pire. Il va dire non, prendre peur, s’éclipser. Circéia ne veut rien, serait-elle en état qu’elle ne le voudrait pas. Mais il devrait rester, que la nuit soit sans fin, l’un face à l’autre, dans le bonheur d’un regard éternel. En plus, elle a raison, encore un peu et on aura un mètre, manteau neigeux opportun. Elle est apaisée quand il est à côté, cette sensation nouvelle balaye toutes les poussières. A la seule idée qu’il s’en aille, son corps est déchiré. Et sa main tremble enfin, et son coeur bat enfin.

-… j’aimerais mieux…

« que vous restiez »… vous dormiriez ici, et moi avec le chat. Je ne veux rien de plus, les poèmes des adultes ne sont pas mon désir. Aimer commence par çà, côte à côte, avec et non en prise. Donner du sens… Oui, donner le sens suprême, nos coeurs en désespèrent. Elle ne peut pas le dire, il ne pourrait l’entendre. Il est tôt. Mais bien tard pour la neige, la raison joue pour elle. L’alignement des planètes favorise Circéia Alekhina, avantage décisif. Mais rien ne dit que les dieux sont enclins à donner leur accord. Ils ont besoin d’offrandes.

Qui en aurait cru Circéia capable ? Le risque existe, il peut encore s’enfuir, prétendant un retour possible malgré les conditions. Fallait-il donc attendre ? Elle aurait pu suivre l'exemple et faire de longues tirades sur l’amour en religion. Malhabilement retenues, ces phrases ont expulsé l’entité imprévue. Précieuse et courageuse. Son visage est sourire, ses yeux se retiennent de dévorer Hjúki mais la germination travaille, les calories en elle se consument sans relâche. L’énergie de la vie, la force qui vous porte.
Le sacrifice délivre .

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

9 févr. 2021, 19:17
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Accablé. Plus il fouille, plus il s’approche de l’abattement en constatant la vulnérabilité de l’amour. Une Fleur qui perce timidement la tête d’un soin et d’une attention immense portée à sa graine. Opa a protégé la Graine qu’il était, et il lui en est si redevable. L’amour de son Protecteur l’a sauvé et aujourd’hui Hjúki l’aime d’une telle force, alors qu’il a conscience qu’il ne saura combattre toutes les menaces. Un bouclier. Les expérimentions des Potter, mère et fils, ont prouvé que sous certaines conditions, l’amour empreint de courants magiques devenait un bouclier permettant de contrer la Mort. Par un sacrifice. La vie d’une mère pour celle du fils. Et celle de ce même fils pour un château entier, bien qu’en cette seconde épreuve de la magie de l’amour, une singularité le hantait. Il avait offert un fragment d’âme qui n’était pas même le sien, mu par l’amour de la sienne, fragment fauché par son détenteur originel alors devenu incapable de donner la mort aux combattants de Poudlard devant lesquels le Survivant s’était interposé. La magie de l’amour semble répondre à certaines règles. Un échange d’énergie vitale, un détournement du destin. Vivre, privé de la personne qui nous a offert par amour ce Souffle prolongé de vie. Le Monde regorge de cataclysmes, et fleurissent de la Terre de graciles plantes qui ont besoin de s’entre-protéger, parfois aidées de robustes Puissances bienfaitrices. *Dans nos vies…* Une Image s’ouvre, emplissant son Cœur d’élans contradictoires. Elle lui appelle à dévoiler ses Racines. À la fois émerveillé, pétillant en les contemplant. À la fois triste, frappé d’un douloureux resserrement alors qu’il songe à l’origine. Sa voix en est marquée, au bord de la brisure, quelques syllabes retombant parfois au niveau du murmure.

« Sur la terre, dites-vous. De la terre, dirais-je même. Autochtones, issus de la Terre, diraient les Anciens. Nous sommes les Graines posées en la Terre, prêtes à jaillir et à nous développer, aidées des porteurs d’amour qui nous en arroseront, qui nous protégerons des fléaux climatiques. L’amour… ce sont les Âmes qui protègent la vulnérabilité de notre Fleur intérieure, nos délicats pétales, nous permettent d’embaumer de nos plus belles fragrances. Chaque Fleur protégée, protectrice. »

Sensible Graine a déployé ses premiers pétales, et ils commencent à dégager leur senteur. Hjúki a senti leurs mains se mêler, et il s’abreuve de ce contact. Ses doigts s’enroulent et dessinent des spirales tortueuses mais caressantes. Un tourbillon l’accable mais l’adolescent essaie d’oublier en se concentrant pleinement sur leurs peaux qui se nourrissent en confiance. Qui communiquent intimement. Elle capte sans doute son état partagé, sur le fil, à la tangente. Le jeune homme se sent vibrer des pulsations qui affleurent sur la peau de son enchanteresse. Il retarde sa réponse à son invitation, tout en comprenant l’offre il demeure tiraillé. Crainte de mal refuser. Crainte de la catastrophe qui guette s’il accepte. Comment expliquer qu’il est une prudence supérieure à respecter, lui empêchant de céder ? En balbutiements, car jamais il n’avait eu à s’exprimer de cela auparavant, l’école ne lui ayant pas même laissé le choix, sans aucune réplique préparée ou sobre à prononcer, il sort plutôt un débit chaotique.

« Je suis… instable. Et…susceptible… enclin plutôt à… la surcharge, la saturation. Vite… dépassé. Parfois jusqu’à la crise. Ne pas pouvoir anticiper… gérer des paramètres imprévisibles... je ne voudrais pas que vous me voyiez dans cet état. Ou même provoquer des dégâts. »

Son nœud de fils épars et emmêlés vocaux se poursuit dans un essoufflement dont ressortent, à peine plus nettement du reste, ces quelques mots.

« …trop compliqué… »

Ultime tressaillement du buste. L’adolescent sait que sa nature est souvent belle, mais qu’elle lui arrive de faire barrage en certaines situations. Il espère seulement ne pas en avoir rompu le goût de leurs parfums en frôlements. Sans lâcher, au contraire il maintient une prise ferme de ses doigts. Les affres de l’existence l’appellent. Ce qu’il aurait voulu demeurer plus longuement dans cette Bulle. Que Héméra ne soit aussi rapidement happée par sa dévorante mère Nyx. Il offre enfin ses Perles-de-Nótt à la Sublime Noirceur d’Encre, pour qu’en cet échange opère un pouvoir, une Puissance commune dépassant celle de Chronos ou de tout autre.

Nuits d’Éternité