9 févr. 2021, 22:09
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Enfin des pensées propres. Le voilà, Hjúki Anastase. Et ils se tiennent la main, fermement. Circéia peut choisir de ne voir que les mots, prendre peur sans attendre et accepter le non. Car c’en est un. Elle peut tout aussi bien écouter leurs deux mains, collées, agglutinées, presque obscènes dans la composition. La raison du garçon procède de pensées sages, il hésite et recule. Mais son coeur se rapproche, elle doit l’accompagner. Il est des émotifs qui parfois laissent suinter un peu de leur trop plein. Circéia, très rarement dans sa vie mais cela fut le cas, a laissé effiler des « humeurs ». L’homme au bout de sa main donne tous les gages de conformité à ce qu’elle sait d’elle-même, en plus violent encore. Et si le sexe est le déterminant qui seul explique l’écart, alors ils sont jumeaux, et c’est plus assuré.
Non, elle n’est pas atterrée par ce qu’elle vient d’entendre. S’il avait dit oui dans l’instant, la déception aurait été grande. Ce n’est pas le garçon d’un soir, quelque chose le retient. Mais elle a un besoin impérieux qu’il reste, c’est une question d’équilibre primordial. Trouver un moyen, comprendre. Sans chercher à convaincre ou pire… contraindre... Rendre possible un avenir improbable. Il voudrait, son coeur voudrait mais il a peur. De lui-même. Elle a souvent observé les garçons, leur manière d’esquiver les peines, minimiser le vide. Ils gardent tout en eux, fièrement. Elle ne peut pas savoir que c’est le résultat de milliers d’années de civilisation, encore et toujours la jeunesse. Et la chose dépasse de beaucoup le simple fait qu’un homme ne pleure jamais. Circéia en est sûre, ils sont bien plus fragiles que les filles de son âge. Peut-être qu’à l’âge adulte, ils deviennent les plus forts mais dans cet interstice, à la fin de l’enfance, ils cherchent un équilibre, sont proches de vaciller. Et tomber. Plus vert de quelques mois malgré l’érudition.
Serait-il une menace ? Elle prend le risque, magie contre magie. Le pire serait de l’enfermer, aucune issue possible. Il n’est pas question pour elle de le priver de ce qui compte le plus aux yeux de Circéia, la liberté. Pour l’aider, elle doit oser. Les yeux ancrés en lui, elle se lance.

- Opa, c’est une personne n’est-ce pas ? Que vous aimez et qui compte ?…

La voix est douce, candeur et obligeance sans la froideur des infirmiers qui ne savent plus donner quand l’usure a frappé.

- ... Que vous conseillerait-il ?

Le masculin s’est imposé, sans qu’elle y réfléchisse. Et puis il est trop tard pour modifier les mots. Se reprendre annulerait l’effort. Avancer, une fois lancée, la gestuelle ne peut être revue.

- Moi je n’ai pas peur que ce soit compliqué. Nous pouvons simplifier.

Il faut. Se lever. Sans l’abandonner. Tenir sa main. S’approcher. Ecouter les halos s’accoupler, ils le veulent car les mains ne se séparent en rien. Elle est à son côté, puis le prend par le cou. S’assied sur ses genoux. Il n’est plus possible de se tenir la main, elle a quitté le lien pour un autre, plus fort. Libre à lui d’y voir le hug d’une mère. Ou celui d’une amie. Le garçon peut sentir la poitrine de la femme épouser ses contours. Visage contre visage, elle doit le rassurer. Hjúki, porteur de la tension qu’on éprouve aux instants laborieux des confessions intimes. Il faut l’aider à retrouver la paix.

- Je n’ai pas peur.

Elle chuchotte. Tout est dans la confiance entre vous et moi désormais. Vos yeux posés sur ces formules peuvent croire en ma bonne foi. Ou juste refuser de voir le cristallin. Circéia n’a pas en elle volonté de séduire, mue par l’unique désir de tomber les barrières, qu’ils puissent vivre comme ils méritent de vivre. Les mots s’effacent, laissant place à des sons qu’aucune magie ne saurait reproduire. Un tourbillon, bien plus difficile à envisager qu’une formule alchimique. Il faut un acte de foi pour l’entendre ainsi. Un acte religieux, un acte d’alliance. Vous, lui, et elle. Si vous y croyez, ne serait-ce qu’un instant, il est possible que lui aussi. Il faut oser, sinon mieux vaut périr.

Dans le coeur de Circée revenue en enfance, Ulysse a préféré la fée. Milliers d’années pour le tenir dans ses bras, il ne peut avoir peur. S’il le souhaite vraiment, elle est à lui. Pour l’éternité. Mais ne le lui dira qu’au jour ou reposé, son coeur pourra l’entendre.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

10 févr. 2021, 07:32
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Elle ose. Elle ose faire rouler par sa langue le nom bien-aimé. Opa qui s’échappe entre ses lèvres russes, d’une voix féminine, selon des intonations inhabituelles. L’amour, bien sûr. L’enchanteresse ne peut pas le prononcer avec le même débordement d’affection qui perce nécessairement lorsque Hjúki l’évoque. Pourtant, elle semble avoir compris à quel point il était important aux yeux de l’adolescent. Évidemment qu’il l’aime. Évidemment qu’il compte. Même si son aïeul a tout mis en œuvre pour dissimuler ses faiblesses, même si quelques heures auparavant Hjúki était une boule de ressentiment à son encontre. Il lui en voulait de toutes ses veines de lui avoir caché ses vulnérabilités. Parce qu’il l’aime de tout son être. Et que l’être aimé n’a pas le droit de disparaître sans prévenir. Cela lui échappe sans réfléchir.

« Mais il n’est pas là ! »

Le rouge lui est certainement monté aux joues, il perçoit sa brûlure au visage. Sachant qu’il ne refroidira pas immédiatement, il essaie au moins de considérer la question. *Que me conseillerais-tu, Opa ?* Sa voix chaude lui paraît si distante au moment-même où il cherche à l’invoquer, à imaginer ses mélodies graves et réconfortantes. En l’adulte se cache toujours l’enfant, celui qui souhaiterait se blottir contre son Beschützer et l’écouter, se laisser bercer par ses caresses, par son infinie douceur. Il souhaiterait avoir ces conseils, mais il a surtout conscience que ce ne sont des seules paroles qu’il parvient à se raffermir lorsque cela lui est nécessaire. L’adolescent quête parmi les Couleurs les plus vivantes et animées lorsqu’il est dépassé, sur le point de rompre.

« Il me regarderait. Avec confiance. Il croit en moi, il croit en ma force. Il est profondément persuadé qu’en moi je trouverai toujours la force. En réalité, c’est lui qui est ma force, c’est lui que me l’envoie et me la transmet depuis son regard tranquille. Pas marqué de la moindre once de doute ou d’inquiétude. Comme s’il était convaincu que rien de mal ne pouvait arriver. Pas de moi. Pas autour de moi. »

Il cherche inconsciemment l’écho de ce puissant regard en Circéia. Ce sont deux entités bien distinctes, qui ne peuvent le voir de la même manière. Impossible. Inconciliable. Elle n’a rien de lui. Toutefois, son aîné est en lui, il doit le quêter en soi. Le jeune homme se perd dans ses souvenirs, dans tous ces fragments en lesquels Opa a seulement patienté. Patienté pour lui permettre de prouver que ce dont il avait besoin était déjà en lui. Il reprend sa première exclamation avec résignation.

« Mais il n’est pas là… je ne sais comment trouver seul ma force. »

Aucun manque de volonté ne serait à accuser, il aimerait abattre les barrages, mais ses flots se refusent à suivre une telle impulsion, il ne les maîtrise pas assez fermement. Hjúki réalise à quel point il paraît actuellement dépendant de son aïeul. Il a besoin de ce dernier pour actionner l’interrupteur, autrement il n’est que la complexe mécanique inerte incapable de s’engranger, de s’enclencher. L’automate dépourvu de sa clef. Pourtant… un animus devrait bien parvenir à le mouvoir. Il ne voit pas en ces Noirceurs la bienveillance résolue qu’il a l’habitude de quêter pour alors trouver en soi. Quelle force pourrait-il y puiser ? Va-t-il lâcher, devant elle ? Ne lui reste-t-il pas au moins un fusible à consumer avant d’atteindre ses extrêmes limites ?

Le Souffle.
Animus. Spiritus. Leur proximité est inhabituelle, comme si leurs corps étaient en train d’occuper moins de place ensemble qu’ils ne le devraient. Ils se respirent. Le chuchotement. Paroles d’air. Soufflées. Les lèvres entre-ouvertes, il absorbe les mots, il les boit en inspiration. Il pose son front contre le sien, affirmant la promiscuité de leurs visages. *Donne-moi mon Souffle qui est en toi.* Il expire son intime demande, par un air qu’il a sans doute inspiré de celui de Circéia, pour qu’à son tour elle l’inspire. À cette distance, ils s’abreuvent de leurs Souffles, de leurs mots qui ne peuvent qu’être portés dans cette légèreté.

« Spiritus animorum. »

Souffles des Cœurs, des Courages
Inspirations des Cœurs, des Courages

10 févr. 2021, 17:42
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
ARRESTO MOMENTUM
Une fois encore, les mots qui suivent sont une ligne des temps qui viennent. Voici la vision de Circéia. La personne incarnant Hjúki s’appropriera à sa guise ces secondes.

Sentir les vibrations pendant ses mots. Lui est redescendu de cet orage interne. Ils sont encalminés. Plus aucun bruit, même Nikita a fini par cesser de ronronner. Respiration des âmes. Où se trouve-t-elle précisément, la sorcière serait bien en peine de répondre. Une femme a aspiré les doutes d’un garçon. Elle l’a tiré vers elle, il est devenu homme. Et leurs énergies secrètes se confondent. La magie des coeurs opère, les dieux assistent au changement d’état de leurs corps. La mue ancestrale de l’enfance vers le pays des grands. Les petits ont le droit d’éprouver cet élan. Mais ils n’ont aucune clé de compréhension. Là est la différence. Hjúki et Circéia s’ouvrent au monde des géants. Elle ne réfléchit plus, s’il la rejetait, elle savait devoir rester droite face à l’adversité. L’étudiante priait pour autre chose, dans le fond de son coeur gisait l’espoir d’une possibilité.
L‘ayant autorisé à partager son souffle, par un langage des corps dont les mots sont vernis, elle s’approche. C’est infime. Lenteur, solennité. Une cérémonie, il faut de la mesure. Inspiration des âmes, cette fois, ils y sont presque. Elle a dû s’écarter, laisser un peu de place, ménager l’ouverture. Peau contre peau, visage contre visage, deux duvets caressants, le corps traversé de frissons. Trembler à ce point devrait être indécent. Elle ne se rend pas compte qu’elle existe, immergée toute entière dans les bras de ce tiers. Cette moitié. Ce tout dont elle s’emplit, l'autre qui se mélange, avant même le contact. Elle n’a plus de jambes, elle n’a plus de bras, plus de peau ni de coeur, elle est lui. La vie des âmes passe parfois du contact à la fonte. Un alliage. Avoir appris à visualiser son désir de réussite magique ne lui a pas servi à contrôler l’impulsion du moment. Une autre force agit. En sous-main.
De si près on ne voit plus et c’est préférable. Dans le noir, son cerveau parvient à la guider, elle peut garder en elle l’infime lucidité de trouver le passage. Les yeux fermés, tous sens occupés à ne pas s’évanouir. Percevoir l’autre, le souffle de son âme, nos deux corps qui s’accordent, et désormais suivent leur chemin, une houle identique. C’est la dernière étape, suivre la route jumelle, nos courbes associées, franchir le fleuve qui nous sépare du grand ouest, l’enfance est derrière nous.

On frappe à la porte, on frappe sous mon buste, nul besoin de savoir. Les lèvres sont proches, elle sent l’humidité, la modification perdure. Et la proximité. Spontanément, les corps s’inclinent, le peu qu’il faut. Nature innée, autorisant les souffles de nos âmes à s’accoupler. Cette fois, c’est un baiser, la première découverte. Nudité partagée, même s’ils sont habillés, les coeurs ne le sont plus. Ses mains, il y a peu encore enlaçant l’autre, ont quitté le contact et sont en suspension. C’est discret, elle ne veut pas le laisser s’envoler. Il faut donner sa place à cette agrégation. Il n’existera plus jamais d’autre moment du genre. Le premier lien réel.
Elle flotte entre deux mondes, les mains sur le tissu pour ne pas basculer. Le chat, couché sur un coussin, se lèche abondamment, toilette du soir consciencieuse, complément absolu de la sérénité.
Les mots ont perdu la bataille, la femme refuse d’y mettre fin. Ses lèvres posées là, ont des instants d’arrêt, alors elle boit son être, en pleine conscience de devoir respecter la délicatesse. S’il a peur d’exploser, et si tel est le risque, alors il faut des précautions, intenses et répétées.
Le souffle de nos âmes. Certaines tempêtes font chavirer les navires et tomber les grands phares. Parfois, elles sont puissantes mais sans vagues scélérates. La lame de fond épure, met au jour des rivages que nous portions en nous, insoupçonnément. Ces terres existeront toujours. Nous les abandonnerons peut-être à la jachère, une saison ou la vie. Mais une fois découvertes, elles nous hantent à jamais par le souvenir qu’elles laissent. Composé, recomposé. Ce territoire est notre secret, jamais nous ne le partageons entièrement. Et ne le connaissons qu’imparfaitement. Circéia a ouvert une porte en elle-même ; invite un homme à entrer dans son âme.

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10 févr. 2021, 20:49
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Les ombres s’agitent, se déplacent ; les contours de la Silhouette commune qu’ils forment ondulent. Leur dermes hérissés de frisson, leurs corps, à moins que ce n’en soit plus qu’un, ainsi que le narrait Aristophane dans le Banquet de Platon. Un unique corps double, retour aux origines. Dont les moitiés ne cessent d’avancer et de reculer, jusqu’à la survenance de tels moments de fusion. Réunies l’une en l’autre, à l’heure d’une avancée mesurée et synchrone. Kairos. Croisée. Mélange si délicatement dosé. Hjúki ne regrette pas d’avoir affronté le défi d’Hécate alors qu’il aurait pu se retourner. Les mystérieuses Puissances ont créé le cadre de l’opportun temporel et spatial, composition sans préméditation. La voie vers ce Souffle confié, partagé n’est point en ses Noirceurs d’Encre, avec l’enchanteresse la quête est d’une autre nature. Clos. Le Sens est étouffé, ses Perles-de-Nótt se dissimulent. Il perçoit leurs températures qui s’élèvent au gré de la distance avalée. Est-une réaction aussi pragmatiquement physique que la proximité ? Enfant il avait déjà fait l’expérience de souffler sur sa peau en approchant progressivement, et il avait constaté qu’un air qui paraissait presque frais distant pouvait s’avérer chaud quand il frappait à moins de quelques centimètres. Souffles logiquement brûlants. Ils irradient, leur échauffement est perceptible. Mirage de Sens dû au rapprochement ? Les lois thermiques tendent à l’uniformisation. Quel que soit l’écart thermique qui pourrait les séparer, le rythme auquel la brûlure se propage et croît en chacun d’eux ; par le contact suffisamment prolongé l’équilibre, le rétablissement des excès. Une Silhouette unique qui dégagera en somme une unique Chaleur.

Des lèvres s’échappent les Souffles les plus puissants, les plus grandes Inspirations. Les vents modelés par les cordes vocales, par la langue. S’émancipant de l’air environnant, à chaque millimètre que le magnétisme que les lie dévore, ils renouvellent leurs respirations d’un Souffle directement puisé de leurs poumons qui enrobent leurs Cœurs respectifs. Leurs poitrines frappées d’une commune agitation. Ab animo ad animos. Le cycle en étroit échange se resserre de plus en plus, s’amoindrit, au bord de devenir pleinement exclusif. Ce sont celles de Circéia qui se sont posées, ont happées les siennes. Leurs Souffles, sans partage ou même résolument en partage. Ab spiritu ad spiritus. Ils se respirent, s’absorbent, s’abreuvent. Réceptacles l’un de l’autre. Hjúki est l’enchanteresse, et l’enchanteresse est lui. Un contact puissant sur une zone sensible jamais explorée jusqu’alors, inédite. Quel impact aurait une pression, un glissement ou un relâchement ? Comment capterait-elle ces mouvements étrangers ? Il n’en a aucune idée. Infinie précaution, il n’ose de geste trop entreprenant.

Âmes accordées. Il ose enfin songer à cet aspect de l’animus. Est-elle sa Consonance ? Quelle Harmonie forment-ils ? Couleurs musicales jointes en un beau et pertinent mélange. Sans doute un chef d’orchestre n’aurait-il sans doute jamais songé à juxtaposer ces deux cordes sur un même chevalet, à les attacher sur une même table d’harmonie. Composition inattendue, toutefois caressante aux oreilles. Les Sons assemblés forment une Symphonie. Symphonie des Âmes.

Hjúki est incapable de prendre mesure de combien il conservera en lui à la rupture du contact, combien elle conservera en elle. Ils sont accrochés au goulot d’une source qui paraît alors infinie ; des eaux vives, renouvelantes et échangées. Il paraît que lorsqu’un patient subit une transfusion sanguine, son liquide vital finit cependant par se restaurer à terme jusqu’à ce qu’il soit de nouveau entièrement empli du sien propre, le don n’aura été qu’un comblement temporaire. Le corps est capable de se rétablir à toute vitesse. Sera-ce pareil, lorsqu’ils se délieront ? Ce mélange de Souffles sera-t-il évacué de leurs corps, de leurs Âmes ? Est-il possible de plus être entièrement, et jusque ses plus lointaines frontières, Soi ? De combien d’espace disposons-nous dans l’En-Soi ? Pour accueillir des Âmes étrangères. Le demeurent-elles, étrangères, dès lors qu’elles s’infiltrent, si elles parviennent à s’installer ? Autant de questionnements l’envahissent sans toutefois encore le pousser à initier la séparation qui lui apportera ces réponses qu’il appréhende. *Notre Souffle.*


Métamorphose


Chrysalide
à

Papillon

11 févr. 2021, 19:08
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Les jours heureux sont peu nombreux. Aisément nous en réduisons la quantité par l’exigence de vivre des choses extraordinaires. Le plein bonheur est rare il est vrai. Et un baiser d’enfant ne devrait pas constituer un fait de la plus haute importance. Mais s’il est le premier, celui qui compte vraiment. Alors il marque de son empreinte le jour, l’année de son occurrence. Au moment d’interrompre, Circéia tend les lèvres et sourit, intense satisfaction d’avoir pour une fois réussi quelque chose qui compte vraiment. Nul ne pourra leur enlever ces instants l’un sur l’autre, contre l’autre, ce premier contact.
Il est impossible de revenir en arrière, à cette heure il serait tellement plus féerique que ce soit vraiment la première fois. Trop pressée d’en finir, elle s’est privée de la toute première fois. C’était juste sa ligne de vie, elle devait effacer de son cœur cet homme évanescent. Désormais, elle comprend ; son corps est plus qu’un outil. Il est un réceptacle. Il faut en prendre soin. Les pensées inconscientes se bousculent, une seule chose émerge de ce cloaque. Continuer, entretenir et chérir. Désormais, elle est chargée de famille. Hjúki est plus qu’un simple partenaire, à l’instant du baiser, il est entré dans son histoire. Et rien de ce qui adviendra se fera sans en tenir compte.

A présent il faut se calmer, tenter de maintenir la légèreté, cet état de sérénité intérieure qu’elle découvre, non que l’on se sente vide, bien au contraire. La jeune femme est emplie d’une substance indéfinissable, entraînant en elle de profondes modifications. Certains élans peuvent donner l’impression qu’elle est très avancée sur un chemin définitif. Elle ne le sait pas. Son caractère pousse à y croire et s’engager sur ce terrain revient forcément à penser la chose éternelle. En fait, les sentiments naissants sont à ce point puissants qu’elle ne peut les analyser, encore moins du haut d’une certaine suffisance donnée aux êtres doués d’intelligence. On se croit plus fort que tout, on fera plier la destinée à toutes nos aspirations. Individus arrogants, nous pensons dominer le monde. C’est de cette inconscience qu’il s’agit en l’heure. Tout ira pour le mieux, toujours, puisque tu es là, dans mes bras, puisque c’est fort au point de me transporter dans des pays que je méconnaissais. Lire n’a jamais suffi. Il faut vivre. Et se rêver Anna ou Severus éloigne les vivants du réel.
Il serait facile de lui dire « je t’aime ». Et c’est à ça que lui servent les égratignures du passé. Ne plus jamais aller trop vite. C’est un sentiment qu’on ne révèle qu'un jour, quand pour la première fois on le dit à quelqu’un. A ces moments-là, parler est une épreuve. Faut-il y voir la crainte du refus de l’écoute ? Une demande en mariage qui ne dit pas son nom ? C’est compliqué. Une chose apparaît sûre, jamais auparavant elle n’avait éprouvé les vents qui la traversent. Circéia y médite, cela explique son silence, alors qu’elle a pris ses distances… Oh, pas de beaucoup, elle peut si elle le souhaite y revenir de suite, ce serait abuser. Ne veut pas l’étouffer. Un peu et c’est assez. Car seul le premier pas représente un tel prix.

- Il vous dirait sans doute qu’il faut rester.

A cette distance, elle voit ses yeux et soyons honnête, elle joue de sa féminité, ténument, pour emporter l’affaire.
Et comme cela ne suffit pas, elle le prend dans ses bras, frotte ses mains et il est difficile de savoir l’intention. Câlins d’une mère ? Geste d’une sœur ? L’amante ? Tout dépend de lui. Et de ses expériences. Il sait peut-être faire la différence, voir la nuance. Ou peut-être pas. Elle veut le rassurer, lui réchauffer le coeur pour qu’il se sente chez lui, ici, maintenant. Demain il fera jour, la ville oubliera vite le coup de Trafalgar. Ces neiges-là ne tiennent pas, éphémères déchaînements. Un seul demeurera. Leur rencontre. Hjúki a l’occasion d’en faire plus qu’un chapitre, il suffit de dire oui.

- Je... je pense comme lui.


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11 févr. 2021, 21:09
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
D’un glissement, elles se séparent. Naturellement, celles de Hjúki suivent en reflet la courbe souriante de l’enchanteresse. Bellement agité, ce partage a levé une majestueuse Vague en lui. Réceptacle, il ne se sent plus tout à fait le même, en mélange des énergies, il a donné de la sienne, voilà qui est certain ; l’adolescent n’est plus tout à fait habité des mêmes courants. Ils sont compatibles, la partie de Circéia qui s’est insinuée en lui n’est pas repoussée. Tranquille, elle rejoint le reste de son essence. Deux énergies recueillies en un seul corps. Toutefois…

Ce geste lui a pris, indéniablement. Si le jeune homme savait se sonder, en avait eu seulement l’humilité ; s’il avait fait preuve de plus de prudence avant de se jeter à corps perdu dans les marées d’inédit. En respectant ces si ; il aurait sans peine et immédiatement perçu le degré d’épuisement dans lequel il s’enfonçait de plus en plus. Le peu qui demeurait encore de sa jauge d’énergie a été avalé dans cette dernière fusion et le fragment qu’il a absorbé de Circéia ne suffira sans doute pas. Dans sa démarche du don, il s’est offert, il a transmis de son Souffle, sans compter, à s’en oublier. Tant qu’ils étaient un, ils s’entre-équilibraient. À présent détaché, l’adolescent est presque intégralement vidé. La puissance inouïe de chacun de leurs contacts, leurs eaux plus que jamais tourmentées, le premier crash sensoriel provoqué par le transplanage qui avait vraisemblablement grillé son fusible sans qu’il ne s’en rende alors compte, l’ascension, l’échauffement cérébral. Il en a trop fait. Les dernières heures qu’il a traversées étaient merveilleuses, mais incroyablement saturées en regard du reste de son existence. Une telle accumulation survenait en général sur un plus long terme pour mener au débordement, au point de rupture. Il sortait d’une semaine passée au rythme affolant d’un étudiant de dernière année, la fin de semaine exigeant le retour du calme il avait tout de même quitté le château aux aurores pour au moins rendre visite à son aïeul en un fragile état dont il s’inquiétant tant. Déjà au début de la journée ses émotions avaient connu l’explosion. Puis l’enchanteresse s’était présentée sur son chemin. Croisée. Hjúki avait vécu, pleinement, à son contact. La journée avait été immensément longue et emplie. Au-delà de ses limites sans doute. Surcharge. Saturation.

Vivre intensément coûte. Il est sur le point d’en payer le prix.

La voix de l’enchanteresse doit trancher un voile qui a déjà commencé à entourer l’adolescent, qui se concentre avec difficulté pour donner un sens, une suite à ses paroles. Il s'est déconnecté de ses Sens, réaction de survie pour éviter que les afflux sensoriels ne parussent hurler en lui. Dans le flou, ses Perles-de-Nótt réalisent le mouvement des mains de l'enchanteresse, mais son corps ne semble plus réagir, l’informer. Ses muscles ont perdu énormément de tonus, ils ne parviennent même plus à le tenir au moins droit, son buste s’affaisse doucement. Sa tête commence à être envahie de battements, mais ce ne sont plus ceux du Cœur lorsqu’il est puissamment mu. Ces battements-là sont terriblement douloureux. Des vrillements qui s’enfoncent en lui avec une férocité croissante. Son crâne est en feu, Hjúki a l’impression qu’un poing invisible serre par intermittence l’intérieur de sa tête, la fait vibrer d’un choc insoutenable. Une forte tension se saisit de ses traits et, dans le brouillard, ne songeant pas tellement au contact initié par Circéia dont il aurait probablement goûté la saveur de tout son être s’il avait été encore présent, ses mains se lèvent par reflexe à quelques centimètres autour de ses tempes, car s’y trouve la source de son mal. Elles ne touchent pas, quelque part, inconsciemment, elles se sont figées pour éviter de devenir une potentielle source extérieure. Sa tête n’est plus en état de formuler la moindre pensée, d’analyser la situation, de répondre, de décider quoique ce soit. Quand la douleur prendra-t-elle fin ? L’épuisement total l’a atteint, l’affaissement à son faîte alors qu’il a irrémédiablement vécu au-delà de ses frontières.

Repos. Seul le repos le sauvera.

13 févr. 2021, 09:18
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Bascule avec moi.

Quand le garçon adopte une posture de souffrance, Circéia a un sentiment d’étonnement. Puis, prenant un peu de recul afin de mieux voir, elle s’inquiète. Une fille aînée dispose naturellement d’une forme de présence maternelle, la deuxième mère. Certes Alexandre n’avait que quelques mois quand elle est entrée à Poudlard. Et il est parti bien trop vite. C’est Ivanovna qui a sérieusement bénéficié des attentions sororales. A son déplaisir tant elle voulait une vie libre de toute protection. On ne peut modifier notre place dans la fratrie. Circéia porte ce fardeau et il se pourrait que ce talent soit pour un soir utile. Car elle n’est pas une infirmière née. Les Alekhin sont des risque tout pour qui la santé du corps est un souci mineur. Le peu qu’elle tient dans cette filière vient donc de son rang. En outre, ses études ne l’ont pas conduite vers un développement de ces talents. Soins aux créatures magiques fut pour elle une matière uniquement théorique. Et comme elle a le plus souvent détesté le quidditch, l’élève de Poudlard n’a jamais eu à dispenser les premiers secours à un garçon abîmé par une chute malencontreuse. En somme, démunie de savoirs mais emplie de bonnes intentions, elle se retrouve à tenir dans ses bras un homme à l’affliction inconnue mais, c’est lui-même qui l’a dit, potentiellement « imprévisible » ; des crises aux dégâts qu’elle ne préfère pas imaginer. Dans l’instant, elle n’en est pas là, il lui faut résister à un surpoids dont ses jambes se passeraient volontiers.
Car en s’écartant, elle a poussé une des mains de Hjúki, entrée par le fait en contact avec sa tête. Et il a comme... « disjoncté ». Son corps serait en train de s’affaisser si elle ne l’étayait pas. Le mouvement naturel serait une chute des deux corps, celui de la femme servant de coussin. Par réflexe, elle n’inverse pas la tendance, il est davantage en danger car il est inconscient. Mais elle pourrait bien voir ses jambes en subir quelques conséquences. La baguette est trop loin pour avoir le temps de tenter la moindre magie, leur chute est inéluctable. Une de plus mais au moins a-t-elle le temps de modifier le point d’impact. Les logements étudiants ne sont jamais bien grands, et l’anachronique amas de coussins destiné en première intention à permettre au garçon de dormir peut devenir un terrain d’atterrissage acceptable. Elle se voit chuter mais en poussant fort sur ses jambes, elle ambitionne d’atteindre le premier d’entre eux. Alors qu’ils tombent, elle donne tout ce dont ses membres sont capables. Un cri d’effort s’entend. Et le chat, jamais complètement endormi, fuit le lieu du crash sans attendre.
Effort bienvenu, le corps de Circéia n’entre pas totalement en contact avec le sol. Un bruit désagréable est venu de sa cheville gauche. C’est plus son postérieur qui a trinqué. Les kilos cumulés se sont concertés pour lui transmettre une conscience aiguë de cette partie de son corps. Ce n’est pas agréable mais au moins la tête a-t-elle frappé le sol à l’endroit du coussin. Petit coup du lapin mais pas de bosse prévue. Elle est donc allongée, un corps inerte sur elle, le garçon immobile sans qu’il soit avéré qu’il est tombé dans les pommes. Cette stase pour le moins bizarre, elle ne sait qu’en faire mais au moins le pire est-il évité.


Ta douleur

Simplifier. La vie complique toujours les plans les mieux élaborés. Circéia a prétendu qu’ils pourraient simplifier. Cette fois, elle est seule car Hjúki, statufié, ne peut rien faire pour le moment. Si déjà la chose ne vire pas à la catastrophe redoutée, ce sera un bon point. Il va sans doute rester mais la suite ne se passera pas comme prévu. Ils ont tout deux basculé dans un autre monde, devant gérer la promiscuité d’une maladie qu’elle ne connaît pas. S’extraire de là sans aggraver l’état du jeune homme, comment s’y prendre. Elle n’est pas adepte de la musculation et même s’il n’est pas bien épais, son poids dépasse largement ce qu’elle peut porter au naturel. La manœuvre est lente, douloureuse surtout. Elle lui tient la tête pour qu’il ne se cogne pas, Hjúki respire, c’est le principal. Le rythme est un peu nerveux mais sans exagération. Un baiser serait possible mais elle craint de l’agiter. Les gestes, voulus neutres, sont empreints de maladresse. La nature des tremblements n’est plus la même, elle admettrait sans peine son angoisse s’il ne fallait pas en premier lieu « sécuriser » la situation. Les femmes, et qu’elle soit à moitié russe ne change rien à l’affaire, ne paniquent pas face à l’adversité. Elle se glisse sur son côté, puis en maintenant sa tête du mieux qu’elle peut, le dépose, pour partie sur le parquet, l’autre morceau sur le plus gros coussin, un peu mou, il s’y enfonce mais c’est aussi un matelas acceptable à ce stade.
Une statue… Que peut-elle bien faire ? Et surtout pour bien faire… Etre l’objet des attentions répétitives des médicomages donne quelques pistes. Pas de produits dont on ne connaît pas l’effet. Pas de médication pour un mal inconnu… En fait, elle est réduite à l’impuissance. Ou presque.

- Accio couvre-lit.

C’est étrange, elle a informulé l’ouverture de la porte mais pas le deuxième sort. De son lit vient une épaisse couverture dont elle guide la pose avec précision alors qu’elle est encore dessous lui par ces jambes qui n’en finiront jamais de traîner derrière elle. Le poser là, un oreiller ergonomique sous le crâne pour qu’il n’ait pas mal à la nuque avec le temps. C’est le sien, peut-être l’odeur qu’elle y dépose… Circéia n’y pense pas.
Il lui faut trouver quelque chose, au moins pour le sortir de cette torpeur. Sa main ose se déposer sur le haut du visage, il faut bien essayer. Il a fini par accepter de déplier ses bras, ils pincent la couverture mais ne sont plus crispés. Elle a du mal à comprendre, par moments le derme est bouillant, à d’autres il est froid, et blanc comme un linge. A force de le caresser doucement, la comptine lui revient, en écho susurré. L’idée de le réduire à un nourrisson devrait l’agacer en théorie. Pourtant, elle se laisse aller à une tendresse loin d’être sa nature. Que peut-elle en effet lui apporter de plus. Elle fait le choix de ne rien ajouter. Attendre.


Les chiens dorment

Veiller. Que faire sinon demeurer assise, face à lui, des remèdes insignifiants prêts à l’usage, de l’eau, du sucre, des liqueurs odorantes, un calmant. La foi n’est d’aucune aide en ces heures-là. Lui qui parlait de religion, où est-elle maintenant ? Les moldus, pas plus que les sorciers, ne peuvent contrecarrer la mort. Pour la maladie, ça dépend. Revenez quand nous en saurons plus. Il faut attendre le diagnostic. Le silence permet de méditer. Un calme imposé. Ces derniers mois, la femme a appris à ne pas trop vouloir. Se satisfaire du peu qu’on possède, encore que… elle ne veut pas de ça entre eux. Juste lui, ici, à ses côtés. Circéia n’est pas affligée, étrangement sa soirée est plus animée qu’elle n’aurait dû. Même Nikita est venu plusieurs fois prendre le pouls de Hjúki. A la première ronde, l’animal vérifiait ostensiblement de quel intrus il s’agissait. Les coussins constituant son territoire privilégié, partager n’est pas prévu. La bête mit son nez, se garda d’en faire plus. Plus tard, il revint. Constatait-il avec satisfaction qu’il était endormi ? Mais cela ne convenait pas. Enfin, vers minuit, il se décida à se poser contre le ventre du garçon. Chaleur contre chaleur, calme de part et d’autre. Il ne restait plus qu’elle, attendant la matin avec l’angoisse qu’une crise intervienne et qu’elle ne soit pas apte à faire ce qu’il faudrait. L’inaction est un choix sans alternative. Le fatum agit pour eux. Sans aucune des ficelles du destin entre ses mains, elle observe. Un centaure à la place de l’ours. Les étoiles savent mais il est illusoire de vouloir leur parler. Dans tous les cas, la ligne tracée ne peut être changée. Alors… Elle attend.
Sans pleurs ni douleur. Elle attend.
Les épines d’un chardon sous la peau, elle attend.
Rougeurs et infection demain, et alors.
Dans le silence des flocons toujours descendants,
les pattes de l’animal se tendent au gré des rêves,
et les paupières s’alourdissent ; tôt le matin elle s’endort.
Dernière modification par Circéia Alekhina le 16 févr. 2021, 08:54, modifié 1 fois.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

13 févr. 2021, 16:26
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Il sent son corps choir sous le pouvoir quelque force gravitationnelle alors qu’il ne lui est plus possible de se tenir, cette pesanteur affecte sans doute l’enchanteresse trop proche pour être en demeurer intouchée. L’esprit bien trop engourdi pour traiter avec finesse les variations de l’environnement ; la rotation du référentiel, le changement de perspective à angle droit est difficilement assimilé, si bien qu’il s’impose brusquement à l’adolescent. L’orientation n’est plus la même, mais dans la brume, outre un sens vestibulaire frappé d’un sursaut, le nouveau décor en son champ de vision est difficilement distinguable. Il sent les frôlements sur sa peau, ne sachant déterminer si c’est agréable ou désagréable. Supportable. Circéia cherche certainement à l’entourer de réconfort en lui susurrant la berceuse, mais il n’est de toute façon pas en état d’assentir ou de se retirer. Le brouillard ne s’est toujours pas dissipé, mais alors qu’il n’est plus sollicité par le devoir de se tenir, de penser, d’interagir ; les vrilles commencent à bourdonner en arrière-fond, comme si le jeune homme commençait à s’en accoutumer. Il sait toutefois que s’il tente de reprendre quelque activité, l’assaut reprendra impitoyable.

L’exténuement aura le mot de la fin. Quand la douleur ne sera plus une préoccupation, alors qu’il ne demeurera plus la moindre once de force vitale pour la combattre. Alors il sombrera enfin, sa conscience pénétra l’Érèbe, et Hjúki pourra s’y régénérer. Où est-il ? Quelle est cette enchanteresse qui semble le veiller ? Aucune de ces informations n’est traitée alors qu’il s’enfonce progressivement au loin, ses paupières cessant de se relever, ses mains cessant de s’agiter. Le relâchement entier de son corps montre qu’il commence à se libérer, bien qu’il soit toutefois encore ponctuellement agité de frissons ou tressaillements. Son visage est libéré de toutes ses tensions, de toutes ses ridules expressives, de tous ses froncements. Apaisé. Tel que nul ne parviendrait à le voir en éveil. Son teint a recouvert une pure pâleur, l’immobilité fait cesser les afflux sanguins et tout son derme exposé propose la clarté d’une page blanche, parfois sillonnée de veines. Rien ne transparaît, si ce n’est la seule expression qu’il ne peut contrôler. Sérénité d’un Sommeil salvateur qui dévore les tourments et les peines.

Hypnos l’a enrobé de ses voiles protecteurs, peut-être même le guide-t-il à son fils Morphée. Sa conscience ne semble pas avoir oublié qu’il n’était pas seul à l’heure de couler, et dans la ouate des Images qui parviennent à le traverser, une nouvelle présence à peine détectable ou définissable s’est timidement immiscée. Il n’en gardera vraisemblablement pas le souvenir au réveil. Si ce n’est la sensation persistante et cristallisée d’une irréfutable existence ayant intégré son Monde, qui n’est désormais plus comparable à celui d’hier.

Quand enfin Éos aux doigts de rose commence à caresser son visage, quand les premiers rayons de son frère Hélios commençant à poindre percent ses paupières, Hjúki entrouvre lentement ses Perles-de-Nótt. Le vague souvenir de son effondrement persiste, le conduisant à la prudence. Toujours allongé, avant toute chose, il essaie de se sonder sérieusement. Concentré. Sa tête ne le lance plus, ses Sens sont de nouveau en éveil, sa peau reconnaît la multiplicité des textures qui l’atteignent. Dans son état normal, il aurait probablement mal réagi à ces mélanges tactiles et ne s’y serait laissé entraîner. Ces heures d’enfoncement lui ont été profitables, estime-t-il. Il est rare que l’élancement persiste au réveil, la crise s’est résolue et résorbée, bien que la potion pour un Sommeil sans Rêves que son Opa se procurait pour une fortune dans l’Allée des Embrumes lui était salutaire pour affronter les pires assauts. Ses lèvres asséchées sont collées, sa gorge est en feu. Il a sûrement soif. Très progressivement il se redresse. Vertige. Patiente quelques secondes pour s’accoutumer à cette nouvelle inclinaison, quelques battements lui font tourner la tête avant de se dissiper. Il se dirige d’une démarche très oscillante vers l’évier pour s’hydrater de quelques gouttes et calmer la brûlure.

Rejoignant les coussins, il s’assied, les jambes repliées devant lui et pose la tête contre les genoux. Que s’est-il produit ? Comment était-il exactement ? Qu’a-t-elle vu ? Comment a-t-elle réagi ? N’était-ce pas un exposé trop cru de ses faiblesses à peine la rencontre passée ? La situation aurait pu être pire encore. Un évènement est-il véritablement acceptable parce qu’il serait encore possible de surenchérir ? L’adolescent a sans doute nui au repos de son amphitryon. Elle s’est à son tour enfoncée, endormie. Il le perçoit en périphérie. Hjúki n’ose pourtant pas relever le menton pour l’entourer pleinement de ses Perles-de-Nótt. À l’évidence, il n’est de plus étrange, il n’est de plus intime que de contempler un être à l’heure où tous ses boucliers sont abaissés, à l’heure de sa vulnérabilité la plus extrême. Le jeune homme n’est pas prêt à transgresser cette invisible limite.

15 févr. 2021, 16:44
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Elle l’a déjà fait. Ce dont son cerveau l’affuble lui est familier. Dans un immense espace blanc, fait de brume et de coton, elle navigue. Certains arbres sont les mêmes, à chaque fois, et si leurs regards diffèrent, elle les reconnaît et finit par savoir les trouver dans ce dédale. Pour d’autres, en revanche, la nouveauté est frappante, parfois même terrifiante. Qui donc est ce garçon de quelques années dont elle ne retrouve qu’une vague expression dans le regard, teintée d’admiration, une intention d’amour ? Et cet autre, grand, si beau mais maléfique à l’évidence. Circéia erre en elle, dans un lieu dont, avec l’expérience, elle connaît la nature. C’est un rêve. Un de ses rêves récurrents, parfois une jeune fille aux cheveux blancs la suit, sœur jumelle d’intentions, mais pas Ivanovna qui se trouve dans un autre endroit de la carte mentale. Et que lui veulent-ils tous ? Pourquoi cette nuit et pas celle d’avant ? Pourquoi dans un repli dont le jour va fatalement empêcher l’aboutissement ? Et donc l’analyse… Elle se réveillera sans le sommeil nécessaire à une assimilation pertinente, elle ne pourra utiliser les enseignements que son cerveau lointain tente de tirer de ces rencontres muettes. Car tous sont présents mais aucun ne donne d’indication. C’est un chaos émotionnel, une hypnose. Tout ce qui compte pour elle, en bien comme en mal, se tient là, dans un espace faussement vaste. Circéia fait une pause.
Qui connaît les raisons poussant nos esprits à décider de la façon dont ils tirent le bilan quotidien ? Et surtout par quels raisonnements les composants de la recette sont-ils choisis par eux ? Les filles de son âge lui sourient. Et les autres femmes l’encouragent. Mais est-ce bien ce qu’il faut comprendre ? Et d’ailleurs, doit-elle vraiment décrypter ? Ne serait-il pas meilleur de s'en tenir à contempler ? Une fête ne se déchiffre pas.

Plus tard, elle va ouvrir les yeux. Et l’on pourra se demander quelles seront ses pensées. Un homme la regarde, en tout cas elle verra qu’il est là. Et ne saura rien de son attitude d’avant. L’aura-t-il dévisagée ? Comme le font tous les hommes, limitant le corps des femmes à une chose qu’on admire, réduite au désir masculin ? Il peut être différent mais elle ne saura pas puisqu’elle n’aura rien vu. Les femmes détestent ces yeux posés sur elles, dans leur intimité la plus profonde. Son jeune âge lui aura-t-il permis de ne pas y prêter attention ? Sera-t-elle encore plongée dans ce rêve ? N’y faisant finalement pas attention ? Je me réveille et c’est tout ? A quoi pense-t-on dans ces cas-là ? Quand un garçon est resté toute la nuit chez soi, qu’on a pris soin de sa santé, dans la plus grande patience et sans arrière pensée ? Et combien de temps aura passé depuis qu’elle a fermé les yeux ? Le chat, intimidé par cet intrus n’aura pas demandé sa pitance du matin, toujours à la même heure. Ainsi, personne ne pourra dater les choses dans leur chronologie précise. D’une certaine manière, elle se sera offerte à son regard sans le vouloir. Tout comme lui d’ailleurs mais il n’y pouvait rien. Fautive d’extrême fatigue, elle sera en outre criminelle par défaut de pudeur.
Elle pourra penser de la sorte, honteuse de se donner en spectacle. Il faut dire à sa décharge que la sorcière est posée sur la table, du moins le haut de son corps. Et finalement, on dirait presque une peinture moldue, le caravage sans la dramaturgie. Il existe même un petit tableau méconnu, une jeune fille assoupie, dans un fauteuil. Un chat aux alentours, et son pendant, le garçon, un autre tableau, quant à lui en action. Mais cette enfant est bien, dans sa pose tranquille, telle qu’est Circéia en cette heure. Reposée, détendue, belle. Délestée de ces jambes, et de tous les soucis qui l’assaillent sans qu’elle n’en parle jamais. C’est un repos réel, sa coiffure à peine ébouriffée. Ainsi instantanée, elle rayonne. Mais ne le sait pas. Désirable, merveilleuse, accordée avec l’âme dont elle rêve. Simple car sans appareil.

Et quand elle sort de son état, sans doute par le fait d’un bruit quelconque hors d’elle, Circéia se frotte les paupières en les serrant un peu. Une infime grimace trahit l'effort effort ; déverrouiller l’ensemble. Intérieur, extérieur. Je suis là… mais Hjúki…

- Hjúki ?

Où est l’homme ? Est-il toujours présent mais absent ? Elle se tourne et le voit, immobile, parmi les coussins. Nikita face à lui, partie d’échecs entre mâles. L’animal intrigué attend le premier coup mais l’autre a décidé de garder son mutisme. Les genoux repliés, la tête dessus posée, il est un autre sphinx, un penseur immobile.

- Hjúki ! Vous êtes réveillé !

Elle se tourne vers sa canne. Tac, tac, tac…

- Hjúki vous allez bien ? J’ai veillé toute la nuit… Merlin m’en est témoin, Hjúki, j’étais…

Non, il faut tenir promesse, ne pas lui révéler d’inquiétude ou d’angoisse. Simplifier… On se trouve vite prisonnière des mots qu’on a choisis. C’est peut-être mieux ainsi, après tout il est là.

- ... je suis contente.

Des mots fades, ou plutôt des mots vrais. De ceux que l’on prononce dans nos vies quotidiennes.
La réalité va les rejoindre. Le dimanche matin, les médicomages mandatés par le professeur d’Arby viennent ausculter leur patiente. Et ont la régularité d’une pendule remontée. Dix heures trente. Et aujourd’hui, ils auront du travail… en y pensant, elle scrute la pendule.

- Dix heures ?!

Circéia lui saisit la main, c’est un geste de survie.

- Hjúki, ils vont venir bientôt, les gens qui me soignent. Promettez moi… promettez-moi de ne pas partir pendant leur examen. Nous devons… Ce midi, il faut que vous restiez, nous avons à peine bavardé...

Dans ce regard, verra-t-il l’affolement ?
Sentiment de la volonté à prolonger la vie. Bien sûr, elle veut s’assurer qu’il va bien. Mais tout ce temps perdu, à dormir au lieu de ! Il lui faut rattraper ses années de non vie. La sérénade attendue des soignants ne lui cause aucun souci. L’état du garçon, et son propre état...Etre soi, être soi.
C’est donc cela, le lien ? Des fantômes qui vous poussent à une féminité non encore exprimée ? Quelle est la véritable Circéia ? Cette créature implacable, aux échecs comme dans les études... et le reste, habituellement ? Ou certaines failles fendillent-elles une armure en airain ?
Tout en elle ressent l’imminence de l’urgence.


Comment sont mes yeux quand ils te regardent ?
car je ne les vois pas...
dis-moi....

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
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15 févr. 2021, 21:05
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Bruissement. En dépit des mouvements qui ébranlent son esprit, son ouïe perçoit cet indice infime. Puisqu’il ne provient de lui, cela signifie vraisemblablement que l’enchanteresse se meut. Le discret frémissement de l’inconscience ou déjà le réveil ? La mélodie arrive tout de suite après à ses oreilles, et il la reconnaît. Comment la mémoire absorbe-t-elle les intonations, les tessitures, les accents ? Sans que l’adolescent n’en ait la moindre idée, il se découvre apte à y déceler des inflexions déjà familières, conservées quelque part parmi les musiques qui le traversent incessamment. Peu prononcent ces rares syllabes et il y associe donc peu de grains de voix différents. Même son Opa ne l’appelle pas usuellement Hjúki, tout comme il ne lui viendrait pas à l’idée d’appeler son aîné par son prénom. Il omet bien sûr ces enseignants si prompts à l’écorcher. Circéia a l’avantage de l’avoir entendu se présenter, si bien qu’il lui suffit de reproduire sa juste prononciation, mais elle le colore de ses propres notes vocales. Une seconde fois elles résonnent, suivant un nouvel intervalle, ténuement varié. Il émerge alors, pivotant juste assez la nuque pour la capter pleinement dans son champ de vision. Tentant de confirmer son assertion, le jeune homme oscille d’un bref hochement. Ses cordes vocales n’étant pas encore prêtes à transmettre la complexité des mots, le premier son qu’il produit est rauque, comme si l’air cahotait dans une gorge parsemée d’aspérités. Quelques secondes, jusqu’à ce que le trémolo disparaisse et que le son s’éclaircisse.

« Hum… »

L’adolescent s’accorde alors quelques instants de réflexion et de méditation avant de répondre à son interrogation inquiète, bien qu’elle tente de nier la tonalité dont est empreinte sa voix par les termes choisis. C’est dit et acté : il lui avait bien ôté la possibilité d’un repos serein et réparateur. Veillé… Hjúki se refuse à s’imaginer allongé sur ces coussins, son corps exposant au grand jour toutes les impulsions qui le hantent sous l’attention concernée de la jeune femme. À présent, il n’est plus aucun doute, elle l’a vu dans sa tourmente, dans ses tremblements, dans l’abandon et la restauration enfin. Si sa conscience s’était fait la malle la Nuit dernière, sans doute pas celle de l’enchanteresse. Qu’en pense-t-elle ? De ce jeune adulte qui n’a pas la force de trop assimiler, au risque de s’écrouler sans préavis. Alors qu’il s’était sondé au réveil, il avait pu déterminer l’essentiel, les vrilles s’étaient retirées, il n’en était plus envahi. Pour autant, il ne se sent pas au mieux. Le poids s’est allégé, mais demeure une légère pression, celle qui le maintient à terre. Sans laquelle il pourrait, qui sait, s’envoler.

« Serais-je le Titan Atlas… je dirais que la Sphère céleste m’est étonnamment plus légère qu’à l’accoutumée. Elle ne m’écrase plus. »

Il ne lui est pas donné l’occasion de délier les muscles de son corps tout ankylosé d’être demeuré longuement immobile, dans sa sage et respectueuse réserve. En effet, ses Perles-de-Nótt captent la levée de sa main, accompagnée d’une nouvelle requête. D’abord il bafouille, sans parvenir à songer sérieusement et posément à la proposition, un soupçon d’inquiétude monte.

« N’est-ce pas… ne craignez-vous pas…êtes-vous certaine de vouloir encore de ma présence ? »

Et pourtant…il y repense, à tête reposée. Elle lui demande de rester encore, elle souhaite prolonger après avoir vu Hjúki s’effondrer. Ce qu’il n’avait nullement prévu, mais il n’avait surtout rien prévu de l’immense majorité des plus récents évènements de son existence. Une fois pleinement plongé dans le terrifiant imprévu, la seule solution pour ne pas s’y noyer et d’accepter d’y prévoir. Il pourra sans doute demeurer un peu, en n’oubliant toutefois pas le délai qui lui est incombé pour retourner au château où un émissaire lui fera traverser les sombres eaux qui l’avaleront en un tout autre univers. En faisant un léger crochet auprès de Opa, pour s’assurer qu’il soit bien en bonne voie, ainsi qu’il se dit. Prospection, futur. Retour au présent ! Les pans à venir sont prêts à se dérouler, nul besoin de précipiter le cours des choses. Présent. Présente, elle l’est aussi.

Attiré à son tour vers la pendule, cet instrument tranquille et imperturbable qui court selon un métronome régulier, un resserrement le saisit. Il est sur le point de perdre pied, mais d’une tout autre façon à celle de la veille. Le jeune homme ne supportera sans doute pas cette accumulation. L’enchanteresse ne doit pas voir. Avec effort, il profite de l’énergie retrouvée pour se contrôler. *n’étouffe… pas !* Son esprit n’ignore toutefois pas l’évidence, le couperet. Un Cycle est passé. Comment résoudre le décalage, le retard, la rupture ? Pourrait-il s’en occuper, nonchalamment, en toute discrétion ? Rétablir le Cosmos. Il s’accroche au souvenir de ses dernières phrases. Elle est prête à assumer, il doit donc l’être aussi. Elle l’a déjà vu crûment, il n’est plus question de se cacher, qu’elle sache. Héméra est apparue, nouvellement parée. Son symbole de jour doit être changé, littéralement mis à jour. Il s’agit en fin de semaine d’une broche malléable magiquement, discrètement intégrée à sa chemise, l’ornant en l’emplacement habituel à ce vêtement.


« Soit. Mais d’abord… Sunday. Sauriez-vous métamorphoser le symbole Lunaire en Solaire ? C’est important. »

Il grimace. Le prendra-t-elle au sérieux ? À beaucoup ce pourrait passer pour une lubie, mais l’une des raisons qui l’avait inquiété à l’idée de rester trop longtemps était le passage à un jour nouveau. Être décalé, devenir un errant temporel, flottant dans le vide… Son ancre de Chronos avait besoin d’être renouvelée, et l’adolescent a pris le parti de faire connaître cette particularité qu’il avait toujours pris soin de rendre aussi invisible que possible.