16 févr. 2021, 19:30
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 


Je ne me vois pas l’entendre dire qu’il se sent bien. Son langage étrange, avec des références moldues anciennes, précieuses, parfois aux limites de… il m’attire. Et d’une certaine manière, je me demande pourquoi. Dans l’instant suivant, il accepte. Une onde chaude me traverse, la vie serait-elle en train de tourner à mon avantage ? A ce rythme-là, mes jambes seront réparées avant l’été, mes surveillants seront fiers de leur patiente. Mais alors il plante une banderille dans mon cou d’animale. Une énigme. Que vient-elle donc faire là ? Me juge-t-il stupide, en tout moins douée que lui ?
Il faut réfléchir vite mais, s’il est un Serdaigle, il veut une réponse raisonnée, LA réponse. Je ne suis plus une élève. Et me refuse à jouer, le moment se s’y prête pas, en tout cas pas ainsi. N’ayant pas les moyens d’une joute frontale...

- Le premier jour des uns est le dernier des autres, la lune commence là où le soleil finit. Est-ce là votre réponse ?

Elle nous expulse d’elle, nous voilà de nouveau simples spectateurs...
Circéia a étudié la question durant son séjour aux Etats-Unis, une affaire de corruption ayant pris racine dans les différents calendriers religieux des communautés vivant là-bas, elle est au fait des traditions moldues, chez certains le Lundi est le premier jour de la semaine. Pour les autres, c’est le Dimanche. En reliant cela aux noms, l’affaire semble entendue. Mais elle ne s’en tiendra pas là. Pour elle, il faut donner un sens à la métamorphose exigée. Et comme toutes les explications, elle risque de ne pas satisfaire l’examinateur. La formulation voulue élégante ne lui aura pas suffi.
Le temps est compté avant l’arrivée des médicomages, l’utiliser au mieux est nécessaire. Des sorts informulés volent dans tous les sens, de même pour les assiettes, les bols... de quoi petit déjeuner rapidement. L’affaire est passablement complexe mais comme souvent elle se lève avec trop peu de temps devant elle, l’étudiante ne fait que reproduire un quotidien presque rôdé.

- Hjúki… jour et nuit sont un tout, et se complètent les deux ronds, de même qu’en l’enfant. Et si un l’un des deux n’est plus, l’autre prend toute la place. La lune peut ensoleiller la graine, et le soleil la protéger du noir. Voilà... Je suis Serpentard, veuillez excuser mes réponses évasives.

Dans ses yeux, on peut lire la bravoure, ou une bravade. La russe n’aime pas être mise au pied du mur. Le garçon est chanceux d’avoir attiré Circéia au point de l’apaiser. Ainsi elle n’explose pas intérieurement. Mais elle préfèrerait avoir le temps de faire sa toilette avant qu’ils n’arrivent. Et ce sera moins qu’une toilette de chat.
Circéia a traité par l’ellipse poétique la faiblesse de son analyse. Trop cartésienne pour accepter l’inconnue, trop accrochée pour l’envoyer se faire voir, elle se sait en danger. Mais ne peut faire mieux. Le ton n’est pas méprisant, l’étudiante ne possède pas encore la connaissance suffisante pour maîtriser le monde de Hjúki, elle offre sa bonne volonté, franche. Le tout avec une métaphore dont elle est totalement inconsciente du sens possible pour l’occasion.

- Et pour répondre à votre première question, oui, je suis absolument certaine que je souhaite vous recevoir dans les formes, Hjúki Anastase… si vous le pouvez, bien sûr…

Les bonnes manières renferment parfois des contraintes insupportables. Elle peine à prononcer les derniers mots avec le ton adéquat.
Les sons provenant de la table ont disparu, signe qu’elle est dressée pour un petit déjeuner qu’il devra en partie prendre seul, sinon elle ne sera pas prête quand ils arriveront. La vie la prend en étau. Faisant face avec un calme apparent, sa bouilloire intime est en ébullition. C’est à peine si elle pense à nourrir Nikita, qui commençait à prêter un intérêt particulier à la motte de beurre trônant au milieu du reste. Le bruit des croquettes se versant d’elles-mêmes dans la gamelle le rappellent à l’ordre, sans doute autant que le jour où la sorcière a montré au chat les limites de son propre territoire alimentaire…
Elle lui tient toujours la main, espérant une première réponse à travers elle. Mais c’est le mutisme.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

16 févr. 2021, 21:33
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Saturne a-t-il vraiment perdu son emprise en ce jour nouveau ? Chronos a toujours les pleins pouvoirs, en tout Temps. Telle est sa nature, tel est-il. Il est toutefois temps de laisser la place à de nouvelles égides. Ses préférées, les inséparables adelphes ; Sol et Máni selon la tradition germanique et donc ainsi transmis par son Opa. Il connaît toutefois aussi ces Puissances en leurs incarnations gréco-romaines. Lunaire en Solaire, car Apollon présagé par l’Aurore présage lui-même sa jumelle Artémis. Solaire en Lunaire car de la brillance du premier luit la seconde. Hjúki ne saurait les imaginer apparaître en toute indépendance.

« Il y a dans les Cycles cette fascination, si Héméra et Nyx sont de générations différentes, la seconde étant une Puissance encore plus originelle et primordiale ; en ce diptyque en lequel nous entrons Lune et Soleil forment une énergie double. La Lune commence où le Soleil ne finit pas tout à fait mais se met en retrait pour lui offrir son Éclat, toujours variable. Ils sont toujours l’un en l’autre ! »

*Comme moi et Opa. Mon Soleil…* Enfoncé par cette pensée, sa voix casse avant de s’interrompre, insensible aux mouvements de toutes sortes qui semblent agiter la pièce sous l’impulsion de l’enchanteresse. Elle-même porte d’ailleurs le nom de la fille d’Hélios ; ils sont deux lointains descendants spirituels de ce duo. Même si Hjúki semble visiblement accorder bien plus d’importance à ce fragment de racines qu’il reconnaît en lui que Circéia. Pensif, il glisse ses doigts sur la broche pour activer la conversion. Les nouveaux rayons gravés lui sont alors palpables. Aujourd’hui, ce sont les gravures solaires sur teint d’argent. Le lendemain ce seront les granules lunaires sur teint doré. L’on ne sépare jamais des Gémeaux. Il se saisit donc du minuscule objet avec sa main libre et le montre, paume ouverte, à la jeune femme.

« Jamais toute la place. Voyez. Ils se la partagent humblement. »

Sa compréhension du Monde est telle qu’il a parfois tendance à s’en saisir littéralement, à travers les sources les plus lointaines et antiques. Pourtant, son esprit ne se soucie guère de l’écart qui pourrait se trouver entre le sien et celui d’autrui. En ce moment où il est de nouveau en phase, brillant, cela doit sans doute suffire. Contemplant le subtil mélange qu’il est train d’exposer à son enchanteresse, un sourire se dessine plus franchement sur ses lèvres, la courbe se dessine.

« En cela vous n’avez pas tort. La Graine a besoin autant de l’un que de l’autre pour se développer. »

Si Circéia avait déjà mentionné son affiliation à Serpentard, sans doute devait-ce être en un contexte qui avait poussé l’adolescent à omettre cette information, mais un léger plissement songeur marque son visage quand il l’entend cette confession. Ce n’est pas tant la réponse dite évasive qui le touche. Hjúki ne s’était jamais considéré d’Essence intime pourpre. Ni n’avait décelé en les Silhouettes de château les autres couleurs superficielles comme entourant avec justesse leur intime. Quand ses Perles-de-Nótt s’arrêtent sur elle, il perçoit sa Sublime Noirceur d’une brillance qu’il saura sans nul doute invoquer même les paupières closes, au loin. Luisantes, ses Pures Noirceurs d’Encre. Point de vert intime.

« Le chapeau vous a donc imposé de demeurer dans les souterrains. Si vous deviez être sensible au ballet des eaux du Lac, il vous fallait sans doute pour trouver l’Ouranos et ses habitants quitter vos quartiers habituels. Je bénéficie pour ma part de l’avantage de la hauteur pour retrouver mes célestes compagnons à loisir. »

Il s’incline vers sa main tenue et prend conscience de l’invitation cristallisée qu’elle comporte. Son enchanteresse semble avoir oublié, pardonné ses incontrôlables. Combien encore pourra-t-elle cependant en affronter sans ciller ? Pour une fois, il serait assurément opportun de chasser les incessantes interrogations qui toujours le tirailleront. Silence. Les ébauches d’inquiétude et les questions qui commençaient s’agréger retombent en masses informes dans un recoin de sa tête. Le jeune adulte se concentre sur la main, sur la demande plus explicite encore que la parole qui s’y dissimule. Exerçant une légère pression de ses doigts, il marque l’assentiment, complété de quelques notes.

« Je le peux, un peu. Chronos me contraint toutefois, et je devrais assurément saluer la Pleine Lune depuis le château. »

Nouveau Cycle

17 févr. 2021, 19:21
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Bien sûr il devra partir, Circéia le sait bien. Mais elle n’est pas triste des précautions qu’il prend. Il va rester un peu et rien ne lui importe autant. La relative niaiserie de ce genre de situations nous saute toujours aux yeux… sauf quand la chose nous implique !
C’est bien un élève de Poudlard, il y fait référence. Comment se fait-il qu’elle n’en ait aucun souvenir ? Encore ce mystère non résolu, quel garçon insaisissable... Pour le moment, les minutes sont comptées avant l’arrivée des deux médicomages. Montrer un empressement à vivre lui semblerait malvenu. Croquer dans la vie, elle le veut. Mais sans se goinfrer. Ils vont enfin avoir le temps d’échanger, elle veut savourer. Ce sera un repas simple, elle n’a rien de transcendant dans ses placards. Et cette frugalité lui plaît, son sixième sens lui souffle qu’il n’aime sans doute pas les chichis. Tout va pour le mieux.

Penser à tout, le menu, ses goûts, peut-être souffre-t-il d’allergies ? Et s’habiller, quelle robe choisir une fois leurs soins prodigués ? Par chance, elle n’avait pas prévu de travailler ce dimanche, le lendemain se résumant à l’annonce des stages, l’organisation… Tout va si vite. Encore vingt grosses minutes et ils seront là. Elle ne s’affole pas pourtant, la joie de le voir accepter perdure. Circéia ne dit rien mais éprouve un immense souffle intérieur la porter. Par une retenue étrange, elle ne lui saute pas au cou, et pourtant l’envie la démange. Pas d’excès, sa mère l’a éduqué ainsi, une fille de la campagne, recluse dans ses livres, percluse de manières désuètes. En d’autres circonstances, elle serait perdue, ne sachant comment laisser vivre une fougue bien tapie en elle.

- Nous devons manger un peu ne croyez vous pas ?

Avant de lui rendre sa main, elle aussi presse légèrement ses doigts, conversation alternative. On ne peut pas tout le temps préserver le contact, il faut accepter la séparation. Une multitude de petites frustrations se forment, des plaisirs apparaissent. Le regarder, le voir chercher ses marques, croiser ses yeux… aiguilles et caresses s’accumulent. La sorcière comprend un morceau de la partie en cours. Pourquoi donc fait-il autant référence au panthéon des anciennes civilisations moldues ? Cela tourne à l’obsession. Circé… Circéia… il n’est quand même pas intéressé du seul fait de ce prénom ? Intrigant… les monstres l’attirent-ils à ce point ? Car le plus souvent son prénom leur est associé, injustement. Elle le sait par les recherches qu’elle a faites sur son « ancêtre », cette femme aimait l’homme qu’elle a « emprisonné ». Son histoire est cruelle, surtout envers elle. Après tout, peut-on en vouloir à une femme de ne pas être la première, l’élue ? Les enfants d’Ulysse et Circé ont existé. Et rien n’a forcé Ulysse à partager sa couche. Si ce ne fut le désir. Encore un homme faible devrait-on dire… Circé la magicienne, quel vilain mot. Circé la passionnée, prête à tout pour décrocher la lune. Circéia ne lui ressemble pas, en tout cas pas totalement. Soulever des montagnes, affronter la mort, le déshonneur… ou juste l’humiliation, elle ne le craint pas. Mais la compromission, les bassesses, la facilité ne sont pas de son monde. L’honneur est une vertu, devrait-elle se laisser à penser la VIRTUS ? Si le coeur pousse à la conclusion flagrante, il faut se tenir bien, s’en montrer digne. Et comme si de rien n’était...

- Pas de cycéon aujourd’hui Hjúki, thé, café, lait, chocolat….

Et des petites friandises françaises, une découverte récente liée à l’installation d’un boulanger moldu à deux pas. Ravie de son effet, elle embraye.

- Ici, chacun se sert comme il l’entend. Nous sommes entre nous.

Et un geste l’invite à prendre les mets à sa guise.

- Je crois que le chapeau s’est laissé influencer par mes origines russes. Serdaigle aurait dû être ma maison, au lieu de cela, j’ai eu droit aux cachots, alors qu’Ivanovna est plus fourbe que moi… Je ne sais toujours pas quelle est votre maison d’ailleurs.

Habile façon de ne pas en révéler davantage. Avoir Sergeï Alekhin comme géniteur ne constitue pas la meilleure référence de noblesse. Le sang pur ne fait pas tout, quelle que soit l’époque et les conditions requises...

-… mais la hauteur… vous devez être Gryffondor si je comprends bien !?! Avec un goût évident pour les arcanes…

Elle se sert un café qu’elle corse par magie, il lui faut éveiller son corps, la nuit fut rude et sa physiologie fragilisée nécessite des attentions particulières.

- Gryffondor et Serpentard…

Circéia s’interrompt, manquant de laisser échapper une idée explosive. D’ailleurs, son teint rosi la trahit. Pourtant rompue au contrôle de soi, elle se sent mise à nu. Son corps la démasque. Il faudra bien à un moment céder à l’évidence. Certaines choses prennent du temps.
Hjúki est diplomate, il n’a pas été convaincu par sa réponse mais il a esquivé, lui aussi. Les possibilités de longs échanges idéologiques viendront, d’autres énigmes aussi elle le sent.

- Je ne sais pas vous mais moi j’ai toujours exécré les gens qui vous enferment dans des boîtes. Les gentils Gryffondors et les méchants serpents. Circé la tentatrice… il doit bien y avoir une origine à votre prénom ? Nous en avons tous une… Cette prédestination me donne la nausée…

Ce que le boulanger appelle croissant est tout simplement délicieux. Dans son café, la puissance du plaisir procuré l’arrête un instant dans une réflexion pourtant primordiale.

-...je vous conseille ces petites choses…

infime conflit entre gourmandise et partage d’idées, elle s’arrête avant de parler la bouche pleine. Puis reprend.

-… un vrai maléfice…Je trouve insupportable qu’on juge les gens aussi superficiellement.

Par une habitude prise au contact de Madame Akinari, Circéia joue les écervelées, pour mieux revenir au coeur de son propos. Une ellipse qui ne trompe personne. Un rituel comme un autre. L’étudiante passe ensuite son comportement au prisme de ses propos. S’interroger sur lui, sur elle, pourquoi ne l’a-t-elle jamais remarqué auparavant. La chose pourrait l’inquiéter, elle choisit de ne pas s’en soucier. Peut-être a-t-il lui aussi un passé difficile ? Sa santé ne semble pas une force. Ils se ressemblent. Des différences existent forcément, les pourchasser comme autant d’informations exclusives revient à se perdre en chemin.

- Les parents choisissent toujours les prénoms à dessein. J’aurais aimé qu’ils m’expliquent mon « cas ». La Russie se lit d’évidence pour mes frère et sœur mais moi… mystère.

L'étudiante papillonne. Les yeux dans les yeux, regarde-moi, toi qui lit ces mots. As-tu remarqué ? Elle n’a jamais autant parlé. Et tu découvres un mille feuilles de pensées entrelacées, une totale confusion. Des années durant, le temps passé à scruter le lac servait à cela, ranger un cerveau en désordre. L’origine de ce chambard existe. Et c’est un mécanisme de prise de conscience dons nous sommes les témoins. Rien n’était prévu au départ, et vois où elle en est, après moins d’un jour. Une déliquescence, sensuelle et un brin euphorique.



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NDLR : le libre interprétation de certains éléments mythologiques n 'est que le résultat d'une mauvaise foi dont il ne vaut mieux pas questionner les origines... russes ? féminines ? "serpentardes" ? En outre, les récits du commencement sont variés alors...

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
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17 févr. 2021, 22:35
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Qu’éveille-t-il ? Il se montre à son tour attentif aux pressions après avoir dû concéder une réponse en entre-deux. Une admirable contenance alors qu’elle propose sobrement de se sustenter. Le souci du besoin naturel, physique ; qu’elle n’avait pas eu l’occasion de présenter sous les formes jusqu’au bout la veille, alors que le sommeil les avait pénétrés successivement anarchiquement, chaotiquement. L’adolescent a encore des progrès à faire en se scrutant, car l’engourdissement d’une partie de ses membres l’avait conduit à imaginer que son ventre subissait une torpeur analogue au reste alors qu’il s’agissait sans doute de la faim. Le corps rappelle sa présence à l’esprit par de bien étranges manières, et Hjúki n’en est toujours pas parvenu à les traduire avec précision. Il devrait certainement manger, ce serait logique vis-à-vis du rythme humain. Il opine seulement, ne sachant que formuler et n’ayant l’habitude de dialoguer souvent sur la question. La chose était naturelle, achevée en une mécanique huilée auprès de son aïeul, et c’était devenu un moment majoritairement solitaire lors de périodes où il était contraint de fréquenter le château. Sa main perçoit les douces pressions qui précèdent la séparation et il laisse les doigts de Circéia retrouver leur indépendance.

Sa bouche laisse échapper un petit rire soufflé alors que l’enchanteresse fait allusion au breuvage grec. Il reconnaît la tentative de poser un pas en son Monde, il vit en tant de mélanges et a appris à mêler les cultures côtoyées en un accord qui lui est propre, mais les humbles boissons que l’on peut trouver en ces régions lui correspondent aussi. Il demeure un enfant, et en ces froides journées d’hiver, il n’est de plus réconfortant qu’un lait chaud, nature ; ainsi que son Opa avait coutume de lui en présenter alors qu’il était assoiffé, sans même s’en rendre compte. La faim, la soif sont des sensations qui lui échappent souvent lorsqu’il tente de se sonder. Un partie au fond du jeune homme loue la prévenance de Circéia, capable de penser à ces besoins essentiels que son esprit serait capable d’occulter s’il n’était ébranlé d’alarmes lorsqu’il approchait trop du bord. À l’écoute des mélodieuses phrases qu’elle prononce, il se sert une tasse de lait avant de la porter à ses lèvres sèches qui seront sans doute bientôt blanchies mais au moins humectées. Sa gorge s’adoucit au passage des gorgées. Il en avait éminemment besoin.

*une sœur ?* Toujours attentif, cette information semble vouloir s’installer. La quêtera-t-il parmi ces tours de pierre dans les futurs et ultimes mois où il devra fouler ce damier ? Y cherchera-t-il quelque fragment de son enchanteresse, quelle part d’elle s’y cache ? Ses Perles-de-Nótt s’agitent alors que l’adolescent invoque les Silhouettes qui ont défilées jusqu’alors devant lui, par lesquelles il se faisait parfois frapper lorsqu’elles émanaient d’un vif Éclat. Ivanovna. À quoi ressemblait-elle ? Quelle était son émanation ? A-t-il seulement déjà entendu ce nom se réverbérer entre les parois rocheuses sur lesquelles trottinent et s’écrient les enfants ? Pourquoi cette fascination pour une sœur ?


« Vous avez une sœur à Serdaigle ? Je me demande si les étudiants qui se font reconnaître comme les dignes successeurs de l’architecte-même de ce château s’y sentent moins étrangers… Je n’ai pas ce privilège, mais je peux au moins voir la Lune du haut de ma tour et c’est tout ce qui m’importe en somme. »

Elle… change, s’agite. Nouvelle inclinaison. Plus ou moins par mimétisme, il continue de boire, sachant surtout que les notes sont alimentées d’eau et qu’asséché il ne pourrait poursuivre la fine broderie à laquelle ils contribuent. Leurs trames ne sont pas toujours exactement correspondantes, ils sont certainement empreints d’arrangements de différentes natures, mais ils ne se sentent toutefois pas empêchés de s’essayer à un Tissage commun.

« Je ne suis pas gentil, vous n’êtes pas méchante. Ces créatures me rappellent toutefois une opposition prisée depuis les commencements de la littérature occidentale. Le combat supposé masculin face à la ruse supposée féminine. Pourtant, Ulysse est l’homme qui sait manier la ruse. Ce n’est point le combat qui a eu raison de Troie. Nous sommes la Fresque de nos mélanges, il n’est de nature purement unie. »

L’interrogation du prénom le pousse à interrompre quelques secondes. Les origines, un champ si vaste auquel son Opa avait tenté de l’initier au fur et à mesure qu’il grandissait, lui offrant toujours plus de complexité, le rapprochant toujours plus des racines et des sources. Sa compréhension n’avait cessé de s’affiner au fil des ans.

« Pourtant, je ne crois pas être Ulysse. Hjúki, der Mond. Les cultures nordiques imaginent la Lune en puissance masculine alors qu’elle est féminine chez Homère. Pourtant, je me sens apte à évoluer en myriades de nuances et de phases. Circéia… »

Sa langue l’a fait glisser avec légèreté, il envoie ce nom par des notes solennelles, il l’a très peu prononcé depuis qu’elle le lui a confié, le dire déjà est d’une certaine importance.

« Vous êtes la puissante enchanteresse, et vous maniez les arts d’Hécate, représentant elle-même la Nouvelle Lune. Tentatrice ? C’est pourtant Calypso qui a le plus longuement retardé le retour d’Ulysse. Je ne vois pas en vous une sorcière, mais une magicienne. Vos parents ne pouvaient-ils pas espérer de vous une force antique, originelle ? »

Avisant la viennoiserie qu’elle lui avait conseillée, il s’en saisit du bout des doigts avec circonspection, une Image fugitive traverse son esprit, formant un pont incongru qu’il ne peut retenir.


« Un croissant de Lune ? »

Étudiant l’architecture de cette Lune comestible, il ôte scrupuleusement depuis le centre les couches en feuilles qui la constituent avant de les glisser entre ses dents.

18 févr. 2021, 22:17
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
- Vous aimez beaucoup la Lune n’est-ce pas !?!

Son sourire est radieux, le petit déjeuner improvisé, avec en grande partie des douceurs récupérées de la veille, devient leur premier moment de complicité non contrainte par les aléas de l’existence. Pas de chute ou de malaise, juste une proximité d’esprit.

- Je dois dire que moi aussi. Sa blancheur immaculée me rappelle les neiges de Sibérie. Un drôle de pays vous savez…

Avoir évoqué le grand manteau blanc lui fait y penser. Un coup d’oeil à l’extérieur et elle sait. La tempête est finie. Mais on ne voit plus grand-chose à travers la fenêtre. Il a dû tomber un mètre. Cela arrive parfois en Ecosse mais très souvent le redoux fait tout fondre, en quelques heures. Dehors il doit déjà faire meilleur, le garçon rentrera à Poudlard sans encombres.

- .. ici elle ne tient jamais longtemps…

L’esprit de la sorcière vogue au hasard de ses perceptions… Une enchanteresse… Il est gentil ce garçon sous ses airs de vif d’or hermétiquement fermé…. Force originelle…

- Hécate… Hjúki…

Ses pensées demeurent emplies de circonvallations et contrevallations. Des défenses, ou plutôt des protections, masquées derrière l’apparence de la connaissance. De qui, de quoi se protège-t-il ? Il a fait du chemin, à moins qu’elle ne commence à le comprendre mais il lui semble qu’il dit des choses moins nébuleuses. Peut-être veut-il s’assurer qu’elle comprend ? Le but est atteint. Il est un fétichiste qui se plaît à lire le monde selon des références toutes personnelles. Pour pénétrer la pensée réelle de Hjúki Anastase, il faut attendre la fin de ses démonstrations. Et bien analyser son discours. Car les pensées sont autant enchevêtrées que linéaires. Evidemment, la chose vous résiste moins quand il aligne plus de trois mots… la possibilité qu’elle l’ait mis en confiance ne lui effleure pas l’esprit. Circéia n’a pas une estime d’elle-même suffisante, ne peut concevoir parvenir à quelque chose de positif dans les relations humaines. Son histoire n’est pas seule en cause, la jeune femme n’a jusqu’ici jamais éprouvé le besoin de faire un effort sur ce plan. Sans être un porc-épic, elle en a dissuadé beaucoup. De petite taille, sans réelle raison d’attirer les garçons, elle a finalement un unique atout, ce qu’il appellerait sans doute l’épistèmè. Car lui contextualise, et voit en elle plus qu’elle ne sera jamais.

- Ivanovna n’était pas Serdaigle dans son coeur, elle n’aurait pas pu vous répondre. Ma sœur est calculatrice, elle intrigue comme mon père le faisait. Télégonos en jupons. Cependant vous avez tort sur un point je crois.

Par une machinerie cérébrale inconnue lui reviennent ses très lointaines recherches, faites au temps de l’école par les parents, avant Poudlard. « Circé, qui étais-tu ? ». La petite fille avait trouvé seule beaucoup de choses. Et d’un coup l’ensemble lui revient. Y compris le parricide. Mais Ivanovna a quitté Poudlard pour d’autres raisons. Partie en chasse des meurtriers, officiellement. Les nombreuses manigances dont elle est capable sont bien plus circéennes. Ne se rendant pas compte qu’en pensant de la sorte, elle devient la seule héritière de l’enfant assassin. Renier le père revient à cela ici. Et de toutes façons, toutes ces réflexions sont du passé, la seule chose importante sont les heures qui viennent.

-...vous êtes quelqu’un de gentil…

Il est facile de s’attirer les grâces des êtres isolés, un compliment, une attention… Pourtant l’étudiante ne poursuit aucun but par ces mots. Elle sait déjà qu’il va devoir attendre une bonne heure, et même s’il est séparé d’elle par une porte, il entendra. Chaque dimanche c’est la longue traversée. Il est rare qu’elle en sorte indemne. Mais aujourd’hui sera un dimanche différent. Il l’est déjà. Et le courage ne lui manque pas. Il faut juste trouver quelque chose, une occupation.
Il n’est pas raisonnable de manger davantage. L’heure qui s’annonce sera pénible, elle doit éviter de remplir un estomac devant être secoué.

- ...je suis prête à parier qu’on vous l’a déjà dit !

Terrible manière de se déprécier... devoir préparer son déjeuner en se faisant malmener le corps la perturbe. Ses pensées deviennent confuses. Elle lui tend le dernier croissant.

- Hjúki...prenez si vous aimez.

Le temps n’a plus le temps.

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19 févr. 2021, 09:40
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Une sculpture effeuillée bien complexe. Hjúki était parvenu à déterminer une extrémité en pointe au milieu de la courbe du croissant, mais elle semblait se déployer ensuite vers l’extérieur des deux côtés sur une largeur croissante jusqu’à atteindre les bords arrondis. Un triangle enroulé depuis la base la plus longue vers son sommet, ce dernier devant saillir. Une bien ingénieuse construction plusieurs fois déroulable en raison des multiples couches qui se superposaient, avec une texture plus cassante à l’extérieur, plus souple en s’approchant de l’intérieur. L’adolescent ne pouvait s’imaginer croquer, entamer la viennoiserie en une bouchée franche par laquelle il sentirait la rupture troublante des épaisseurs. Il préférait les étudier, scrupuleusement séparer les éléments, comprendre l’agencement. Certains lui reprocheraient sans doute de gâcher par-là le travail de texture complexe du boulanger, mais c’était aussi une précaution lui évitant l’ingérable chaos en bouche de cette même complexité. Il se plaisait aussi à imaginer un rapprochement avec la Lune. D’une fermeté de surface à une douceur de cœur. En accumulation de couches, de nuances proches mais variées, en enchevêtrement, enroulées. Oui, il aimait ce croissant de Lune.

Bien qu’une partie de sa concentration fût happée par la dissection de cet aliment en somme pas si anodin à avaler, il écoutait – outre les croustilles de la pâte feuilletée – les réponses de son enchanteresse. Sa déduction concernant son lien à Máni était plus juste encore qu’elle ne pourrait s’en douter. De belles Vagues se présentaient à l’évocation de l’idée qui en découlait, un joli sourire orna son visage.


« Plus encore. Je suis Lune. »

L’aimait-il ? Plutôt : s’aimait-il ? Il tenta de poursuivre.

« …ce qui signifie aussi que je m’aime, raisonnablement, je crois. »

Étrangement, Circéia l’associait aux neiges, deux formes de clarté. L’eau de cristal n’offre pourtant pas la même réflexion que celle lisse et limpide.

« Des déserts de neige ? Imprégnés des rayons de l’Astre, ils doivent bellement briller en retour… »

Il reboit quelques gorgées, observant avec intérêt la jeune femme méditer. La Legilimancie est un art bien trop intrusif à son goût, si bien qu’il n’en avait jamais été attiré. Il n’a donc pas le moindre accès aux pensées qui sont en train de se former dans son esprit. Se construisent-elles selon d’autres processus que les siennes ? C’était plus que probable, à en juger par les formulations abouties que chacun prononçait. L’un et l’autre construisaient leurs phrases différemment, comme si leurs tonalités de prédilection n’étaient pas tout à fait les mêmes. Hjúki se contente donc de la surface à laquelle il a accès, de la façon dont l’Encre coule en ses yeux. Il s’était déjà demandé s’il aurait besoin de protéger les siennes ; ou si l’impénétrable tourbillon, la nébuleuse toile dans laquelle il naviguait était telle que compréhensible de lui seul même si un sorcier cherchait à percer sa forteresse. Elle semble reconnaître leur lien lunaire alors que ses lèvres reprennent le nom de la déesse protectrice des plus grandes magiciennes de l’Antiquité.

L’évocation d’Ivanovna provoque une transformation de sa curiosité. Enfant unique, le jeune homme n’a vu les relations d’adelphes que par les moults représentations qui en existent, mais ne l’a pas vécu, si bien qu’il n’a qu’une vague idée du rapport de sororité naturel qui devrait la lier à Circéia. Cette dernière paraît… détachée ? Difficile à déterminer. En tout cas loin de l’idée du débordement d’amour et de fierté dont les aînés seraient capables envers les plus jeunes d’une fratrie dans son imaginaire. S’enfoncer plus encore en ce terrain serait importun, mais le lointain souvenir d’une leçon de Opa sur le fragile équilibre du Monde lui laisse échapper quelques notes.


« Sans les bons calculs, les structures s’effondrent. Sans doute cette facette y aurait-elle sa place. »

Lorsque l’enchanteresse cherche à la détromper, des plissements marqués ondulent sur son front, soucieux.

« J’espère ne pas vous faire revenir sur ces paroles… je n’ai pas souvenir que cela m’ait été souvent dit. Bourgeon, Chrysalide, enfant de Lune, je me reconnais plus facilement en des fragments de ce Monde, en un mélange d’entités qui le constituent ; plutôt qu’en… ce que vous appelez la gentillesse. »

Il a l’impression de s’être ouvert, d’avoir exposé au grand jour toute une partie de sa nature intime. Comprendrait-elle seulement ? Sans doute le geste de sacrifier son ultime croissant de Lune est une manifestation de la gentillesse qu’elle perçoit parmi les courants muants.

« Merci, une fascinante architecture. »

19 févr. 2021, 22:20
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
- Hjúki, vous nommez des choses mais la gentillesse est une attitude, un savoir faire semblable à celui de l’homme à l’origine de ce croissant !?!

A l’instar de beaucoup, les compliments le mettent mal à l’aise. Elle ne peut le lui reprocher, Circiéa n’avait pas en tête de le faire rougir… Il fallait bien trouver les mots pour dire un peu ce qu’elle ressent. Depuis la veille, il lui arrive d’avoir des rafales de sentiments. Elle les contrôle mais par certains gestes, la cérémonie a déjà trouvé sa conclusion. Ils semblent avoir oublié qu’ils se sont embrassés. La nuit aurait-elle effacé cet instant ? Lune descendante ? Elle doit veiller à ne pas trop le bousculer. S’il ne se connaît pas bien, il serait dangereux de le perdre en chemin au nom de son regard extérieur, forcément plus objectif. Soyons clairs, elle ne raisonne pas ainsi, sa compréhension est plus floue. Disons que son instinct lui dicte de ne pas pénétrer dans Rome…

- Je trouve surtout qu’ils sont bons…


Ces croissants n’avaient pas pour vocation d’être le clou de leur conversation mais ils tombent à point nommé, une interface diplomatique. Brusquement le chat part se cacher derrière la pile de livres du rayon inférieur. Nikita le fait à chaque fois qu’ils arrivent.

- Les médicomages sont là Hjúki. Vous êtes chez vous ici… Servez-vous dans la bibliothèque. Vous pouvez aussi utiliser la salle de bains bien entendu. Je n’irai pas avant une bonne demi-heure.

Répétition des impuissants... Le visage impassible, Circéia se lève et leur ouvre, juste après leur Toc Toc. L’émotion, la fatigue, elle y est allée sans sa canne. Et il peut prendre la mesure de ce corps détraqué, grotesque.

- Entrez messieurs, bonjour. Je suis à vous tout de suite. Hjúki Anastase, mon ami.

Le possessif n’a rien de son nom. Présenter les choses autrement aurait été imprécis. Il est plus qu’un ami. Alors que dire d’autre ? D’ailleurs, ils ne s’appesantissent pas et après un bref salut, on les voit pénétrer dans la chambre. Elle les suit mais ne peut s’empêcher d’aller en quête de réconfort sur le chemin qui s’annonce. En passant, elle le prend dans ses bras, le serre fort et lui souffle.

-Tout ira bien Hjúki, ce sera juste un peu long.

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Des paroles à moitié vraies. Oui, l’heure qui vient sera longue mais rien n’ira bien. Et elle le sait. Comme une idiote, elle redoutait le bruit mais alors qu’elle allait lui dire de ne rien écouter, elle se rappelle que le monde sorcier a de très efficaces systèmes insonorisants. Il ne l’entendra pas. Est-ce une bonne nouvelle ? Lui seul le sait. Certains fuient le bruit. D’autres êtres abhorrent le silence. Il est trop tôt pour le savoir, et déjà elle doit l’abandonner, non sans avoir posé un furtif baiser sur son oreille gauche. Ce n’est pas de bon coeur qu’elle entre dans l’arène.

- Le livre ouvert sur le rayon des distractions est ce que je lis en ce moment.

Puis elle ferme la porte. S’il lui vient l’envie de le parcourir, il verra qu’il s’agit des œuvres complètes d’un auteur français, dans une édition de luxe. Paul Eluard. Elle a oublié qu’il ne parle sans doute pas cette langue. Elle, elle l’étudie comme renforcement linguistique. Circéia a même choisi de rédiger un mémoire sur le sujet. La poésie est toujours un moyen d’échouer à comprendre une langue. Mais parfois, on peut croiser des passages d’une limpidité transcendante. Les pays qu’elle étudie à l’ISDM ont de grands poètes, et quelques titans. S’il ouvre l’ouvrage, il verra un marque page dans le chapitre « L’amour la poésie ». Pages 234-235. Mais il peut tout aussi bien ne pas s’y intéresser. Elle est déjà allongée, dépecée. Ces sorciers sont habiles et cette étape ne lui fait pas mal. Mais bien vite arrive le bilan.

- Vous n’avez pas suivi nos recommandations cette semaine. Où sont les extraits ? Et n’auriez-vous pas transplané ? Vos chairs sont comprimées par endroits, et distendues à d’autres. C’est très mauvais Mademoiselle. Nous n’arriverons à rien dans ces conditions.

Que voulez-vous qu’elle réponde ? Dans les deux cas, une force supérieure l’a poussée. Et il faut bien vivre le peu que l’on nous donne encore. Il est inutile d’aller plus avant, juste prendre la mesure. Vous imaginez aussi bien que moi l’étau dans lequel elle est prise. Leurs regards sont sévères mais ils ne veulent que son bien et vont le lui prouver.

- Circéia, nous avons de bonnes nouvelles. Mais avant de vous en parler, vous devez comprendre que ne pas nous écouter vous mènera à des complications possiblement irréversibles. Vous avez voulu reprendre les études. Et sous certaines conditions nous pensons que cela est possible. Mais il faut vous discipliner. Pensez à vos proches, vos amis. Vous leur devez de vous soigner du mieux possible.

Ils renouvellent leurs sorts de protection phonique puis en viennent à la partie la plus pénible. Elle est un bulbe dont on doit extraire un vinaigre. Les massages durent longtemps. Plus d’une demie heure. Pour ensuite enfin entendre du positif.

- Vous allez guérir. Sous certaines conditions que nos comprenons désormais. Et voici ce que vous allez devoir faire. Plus de magie, en tout cas le moins possible. Plus vous lancez de sorts, plus votre corps est faible dans le combat qu’il mène. Aucune activité agissant comme un accélérateur de la pression sanguine. Ni vol, ni quidditch, encore moins un transplanage ou une circulation via poudre de cheminette. Marcher régulièrement, au moins une fois par heure. Et la nuit si possible deux ou trois fois. La liste s’allonge et comme vous le voyez, elle se comprend aisément. Mais le plus important est d’user le moins possible de la magie. Car le combat en vous est d’origine magique, il faut laisser votre essence sorcière vous défendre. Nos petites dosettes ne sont qu’un stimulant rythmique. Ce que je vous dis est crucial. Vous en avez pour six mois à ce régime si vous êtes raisonnable. Ce n’est pas si long !?!

Six mois… sans aucune magie ou presque… une sentence plus douloureuse qu’une amputation. Il lui faut digérer la nouvelle. Pouvoir guérir est un rayon de soleil, à l’évidence. Revivre comme avant, marcher sans devoir y réfléchir, courir même. Courir… Et Hjúki, à quoi pense-t-il ? Hjúki lui manque déjà. Et cette douleur-là est vive. D’autant qu’elle va devoir s’y faire. Au bout du chemin se trouve le garçon, au bout de la rémission la vie.

- Je ferai ce qu’il faut.

Ils ne l’ont pas souvent vu pleurer. Mais devant eux elle peut. Sans Vergogne. Ni pudeur. Ils ont déjà vu tout le reste alors…

- C’est tellement douloureux…

Elle s’est accrochée au plus proche. Et cette étreinte-là est terrible. Comme on s’accroche à une branche pour ne pas partir. Les soignants, dans la vie dérobée aux yeux des autres, affrontent souvent ces jours où le barrage explose. Ils savent.

- Mais vous allez vivre Mademoiselle. Et je crois qu’un garçon est là qui n’attend que cela. C’est une jolie motivation !?!

Ses pensées s’entrechoquent. Vivre avec moi, vivre de quoi ? Pourquoi pas, oui, j’aimerais bien. Oui, ce serait même… mais il ne faut pas trop en rêver. Oui, j’en ai envie. Rêver, encore.

- Je marcherai sans canne ?

- Un jour c’est certain. Mais il faut vous battre contre vous-même pour cela.

A nouveau une séparation. Car le temps est venu d’aller se préparer. Ils ont achevé les soins. Et ont réitéré leurs recommandations. Surtout conserver les extraits, afin de contrôler l’état de régression du mal.

- Je ferai tout ce qu’il faudra.

Les yeux sont secs, elle leur demande d’ouvrir et passer devant elle pour pouvoir discrètement accéder à la salle de bains. Ce sera la robe habituelle, avec leur système salvateur en guise de legging. Et puis un parfum très léger, à peine le savon. Si déjà elle peut présenter une figure détendue… Six mois… sans magie ou presque. Une longue nuit sans la lune, comme au pôle...Ses jambes sont légères, leurs massages sont un bienfait. Elle peut s’habiller presque normalement, sans les raideurs qui la figent peu à peu, chaque semaine. Avant de sortir de la pièce, elle se tape les joues avec ses mains, pour se réveiller. Et donner de la couleur à cette peau qui en manque tant. Davantage de rouge, moins de vert, plus de Lion, moins de cachot. Un peu plus de lui. En elle.
Ils sont partis quand elle ressort. Et lui est là. Il est resté. Circéia n’en doutait pas un seul instant mais il est resté. Fondre devant Vronski ou résister par devoir face à Alexis. Merlin, il n’existe pas de troisième voie…

- Il nous faut prendre des forces, Hjúki, c’est l’heure de faire à manger d’une nouvelle façon !

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Dernière modification par Circéia Alekhina le 20 févr. 2021, 07:33, modifié 1 fois.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

20 févr. 2021, 07:25
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Quelle Puissance est-elle, la gentillesse ? Aux premier abords, il ne le sait pas. Tout comme la méchanceté n’est est sans doute pas une. Mais alors, pourquoi Peur et Terreur avaient-ils été produits ? Pourquoi Éros ? Le savoir-faire est bien protégé sous l’égide de Minerve sans doute, que les romains dépouillèrent de sa facette guerrière ; ainsi que sous celle son frère Héphaïstos. Cette attitude lui parlait, mais la gentillesse… était-ce un élan, un courant intérieur ? Quelle était son essence ? Est-on gentil seul, ou dans le seul partage ? Combien de nuances devaient-elles se mélanger pour y parvenir ? Trop, pour qu’un accord soit identifiable. Ce mot le dérange, parce qu’il implique des mélanges qu’il a bien de la peine à démêler en lui. Une impasse irrésoluble en moins d’une minute de réflexion, et ses pensées sont si charivariques sur la question que l’adolescent ne cherche même pas à en formuler ou sortir quelque chose, son visage de perplexité transmet l’essentiel.

Il relève tout de même le contraste évident de leurs perceptions sensorielles car alors qu’il estime les mets par le tactile, son enchanteresse lui rappelle cependant que la norme est de le savourer par les papilles gustatives. La conciliation des Sens lui est parfois une tâche délicate, et Hjúki a en effet une tendance à se focaliser alternativement sur l’un ou l’autre, s’en laisser envahir avant de basculer. Pour l’instant, c’est l’aspect de la construction lunaire qui demeure à son esprit. Cette différence l’amuse presque. Elle cherche à lui apprendre son prisme, tout en sachant que par l’observation ils constateraient leurs variances et leurs émanations encore en rares coïncidences.

Sa tête s’abaisse alors qu’il confirme avoir compris ses indications et il regarde un peu inquiet l’arrivée de ces inconnus. L’enchaînement est toutefois rapide, une fois la porte ouverte ils entrent et se dirigent presque aussitôt vers la chambre, la pièce supposée qu’il n’a pas vue. Circéia ne l’abandonne pourtant pas tout à fait coi et le serre d’abord dans ses bras. Pour se rassurer ou pour le rassurer ? Le jeune homme y absorbe en tout cas la chaleur qu’elle lui offre par ce geste, et son visage s’embrase certainement au doux contact de ses lèvres sur sa peau. Il répète mécaniquement les paroles voulues apaisantes alors qu’elle s’échappe.


« Tout ira bien… à bientôt. »

Silence. Il se trouve à présent seul, mais ce silence n’est qu’extérieur, il n’a su infiltrer sa tête. La découpe soignée de cet ultime croissant de Lune l’occupe quelques minutes et l’aide à canaliser ses pensées en un flot qui ne soit pas trop grondant. Ses Perles-de-Nótt oscillent entre les deux espaces accessibles qui lui ont été offert pour occuper son attente. Il commence par la salle de bains où il pourra tant bien que mal mettre en marche la mécanique de sa routine matinale, s’initialiser en quelque sorte. Au terme, il se sent exceptionnellement contraint à ajouter une nouvelle étape alors qu’il voit sa peau légèrement rosée mais, le plus inquiétant, les oreilles encore cramoisies et brûlantes. Hjúki tente de refroidir temporairement ses doigts afin de plaquer du froid sur son visage et l’amener à baisser en température, mais la tâche est malaisée alors que les battements se sont insinués jusqu’à cette extrémité. Il abandonne, sa piètre tentative n’est certainement pas le remède indiqué, cela finira bien par s’estomper.

De retour à la bibliothèque il se sent à nouveau écrasé par la masse des volumes qui y sont disposés en rang serré. Pourquoi ne pas suivre son indication, cette fois ? Il approche du livre conseillé et s’en empare avant de l’examiner. Quelques lignes lui indiquent qu’il s’agit du français, langue qu’il n’a pas tout à fait apprise mais dont l’enrichissement aux racines antiques poussé par les humanistes notamment avait permis l’apparition de mots à l’étymologie grecque ou latine claire. Pour ces langues contant les sources, Opa avait commencé à lui envoyer des éditions bilingues pour qu’il puisse goûter aux textes originaux dans leur langue première. Sans parvenir à tout décrypter, il reconnaît au moins que c’est de la poésie, terme commun à l’anglais ou à l’allemand, tiré du terme grec qui définit le façonnement. Il identifie aussi le thème de l’amour. D’une étrange ironie, l’un de tous premiers termes que les aspirants latinistes apprennent est ‘aimer’, pour des questions morphologiques, l’un des verbes les plus simples à conjuguer et à manipuler sous toutes ses formes. L’adolescent n’a donc aucune peine à saisir le fait qu’il s’agisse de poésie d’amour.

Cette information lui parvient de nouveau sous une autre forme. Pourquoi s’intéresse-t-elle à la littérature d’amour ? Opa avait tenté de lui insuffler l’idée selon laquelle il devrait un jour
oser aimer, une autre personne que son Beschützer. C’est pourquoi il lui avait transmis un cycle de découverte l’année dernière, l’estimant prêt à se faire une idée de ces complexes sentiments de plusieurs Couleurs entortillées. Lui reviennent en tête les romanesques destinées amoureuses, celles dans le vers tragique et d’autres encore. Circéia a choisi la poésie, un medium dense et impactant, qui saisit l’impression en peu de termes, différemment accessible. Quelle Image de l’enchanteresse se dessine-t-elle alors qu’il s’interroge sur la façon dont ils ont été initiés à l’amour ? Deux jeunes adultes, qui en ont eu un aperçu par la littérature, par les mots surtout.

Elle surgit alors, en chair et en os. Hjúki n’a pas senti l’écoulement de la clepsydre, il n’a même pas perçu le départ des soignants, et son enchanteresse est déjà là, devant lui. Elle a l’air… la façade travaillée, vague impression que l’adolescent ne saurait plus préciser. Il tente de délaisser ses vagabondages amoureux en lesquels le recueil français l’avait immergé pour la rejoindre au présent.


« Je… des forces, oui. Nouvelle ? »

Cette nouvelle façon lui est presque plus cryptique que les vers…sans se retenir l’interrogation lui échappe alors, comme si ce devait être dit pour pouvoir passer à autre chose.

« J'ai vu... vous vous initiez à l'amour par les vers. »

20 févr. 2021, 21:07
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
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Si le bas du corps est plutôt relâché par les soins reçus, sa tête se transforme d’un coup en tomate plus que mûre. Toute à la joie de pouvoir lui donner de très bonnes nouvelles, elle avait dans l'idée de plaisanter sur sa nullité en cuisine moldue. Tout ce qu’elle sait en la matière lui a été transmis par sa mère au travers des baguettes. Mais à peine est-elle en train de mesurer son incapacité à offrir un menu décent qu’il la cueille avec une remarque… faussement littéraire. Cette fois à l‘intérieur le brasier s’active. Car depuis le début, elle avait l’impression de mener la danse mais il lui semble que le garçon prend l’initiative. Hjúki présente la chose avec finesse mais l’allusion est claire. Il faut dire qu’elle l’a cherché, en lui mettant entre les mains de la poésie classique du siècle dernier, avec un auteur à ce point explicite, il ne pouvait que saisir l’opportunité. Encore fallait-il qu’il fasse le pas.

- J’adore Paul Eluard. Des mots simples, on sent qu’il vit ce qu’il écrit.

Il faut…vite faire une diversion.

- Hjúki, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Circéia a repris des forces, le sourire qu’elle affiche n’est pas factice. L’étudiante a décidé de se jeter dans cette bataille. Après tout, l’effort peut être amusant…

- Alors, commençons par la bonne, vous allez comprendre… les médicomages ont dit que je pourrais guérir. Vous vous rendez compte ? Un jour, je pourrai me séparer de cette fichue canne. Bon… l’ennui, c’est que… vous allez encore avoir droit à un repas indigent. Je suis décidément une très mauvaise maîtresse de maison. Alors… que diriez-vous d’un « bacon and eggs » ? Parce que…. Je n’ai plus le droit de lancer des sorts jusqu’à ma rémission. En plus de devoir me porter, me supporter, vous allez devoir tolérer une cuisine de béotienne. Mon pauvre ami, vous êtes bien mal tombé…

Elle rit. De toute façon, elle doit s’y faire, et n’a pas encore pris la mesure des problèmes que cela va poser. Faire ses courses, les porter, ne plus jamais corser un café par un petit sort de concentration… sa vie va passablement se compliquer. Mais la bonne nouvelle compte tellement plus.

- J’aime la poésie. On doit déplier l’origami, chercher le sens originel et trouver le sien propre. Les mots sont cadencés, ils sont choisis et permettent de rentrer dans la culture d’un pays. Les Haïkus japonais sont truffés de lespédèzes, et les mots de John Keats... par Merlin…

La tomate est brûlante comme à la fin d’un soir d’été, Circéia sent bien qu’elle pourrait fondre en larmes, l’émotion déborde de partout mais elle parvient à se maîtriser. Il ne faut pas gâcher la journée. Tout va trop idéalement pour se laisser aller au pathétique.
Ses mots sont perfides. Comme si l’on pouvait s’initier à un sentiment. Elle se confronte au beau, tente d’en percevoir les formes. Elle aussi a ses croissants dont elle décode la structure. Il la titille, peut-être même essaye-t-il de la faire marcher. Hjúki a pris le dessus et son rougissement le démontre. Mais une partie ne se termine pas avec le temps des ouvertures, le jeu ne fait que commencer. Et elle a des arguments… Se rapprochant, elle lui pose un petit baiser sur les lèvres, en se dressant sur les pieds. Ensuite, s’écartant, elle continue :

- Vous êtes mon gentil poète, Hjúki de la lune.

Et elle se retourne parce que sinon, il va se passer des choses. Cette femme a des côtés impétueux. Ses cheveux dessinent un voile se redressant pour mieux retomber en harmonie avec le geste. Une femme enfant qui ne peut le laisser indifférent.

- … mais si vous savez cuisiner, je suis ouverte à toutes les propositions, même sorcières. A vous de lancer les sorts, ma baguette est en vacances pour six mois. Je suis une cracmol !!!

Circéia parle fort tout d’un coup, les bras vers le ciel. Et se retourne, pour clairement le provoquer du regard. Elle n’est pas le meilleur parti de la ville. Mais en état de grâce son énergie semble irrésistible.

Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...

20 févr. 2021, 22:56
 Edimbourg  Enthalpie  PV Hjúki Anastase 
Mesuré ? Il lui aurait été possible de cristalliser son mélange d’interrogations et de réflexions de bien des manières, et il se demande s’il a su choisir ses mots avec mesure. Sa formulation lui paraissait relativement sobre, sans trop d’intrusion. Il n’avait pas parlé de vivre l’amour, par exemple, le pas aurait été encore plus vaste. C’est pourquoi il n’imaginait en rien avoir fait un constat gênant, provocant, ou du moins qui soit capable de colorer ou échauffer son enchanteresse. Sa réponse éveille presque la frustration de ne pas pouvoir lire en elle. Élusive, rebondissant tout juste pour cacher le détournement. Vivre, elle avait parlé de vivre. Mais aurait-il seulement osé le dire ? Qu’elle a vécu, qu’elle vit l’amour par les vers. Car en disant que le poète ‘vit ce qu’il écrit’, à demi-mot déjà, selon la compréhension de Hjúki, elle confessait elle-même le vivre. Vivre des mots qui ne sont pas siens, mais l’amour n’est propre à la plume qui le pose par l’Encre. Serait-il autre, l’adolescent aurait pu s’exclamer quelque chose comme ‘Vous le vivez donc !’, mais sa tempérance le retenait de tels excès. Et il sentait qu’elle était – de son fait ? – hors de sa zone de confort, ne s’attardant pas longuement sur la question pour passer à autre chose. Il a au moins su accentuer, sans en déterminer exactement le déclencheur, l’intensité de la nuance du teint de Circéia, qui s’est départi de son inquiétante pâleur. Il prend le parti de ne pas insister, ne sachant dans quelle marécage il l’aurait involontairement plongée, et la laisse se glisser sur un nouvel aiguillage à la bifurcation.

« Je m’en réjouis pour vous. Et j’aime les œufs, ne vous inquiétez pas de ne point verser dans ce qui est élaboré. »

Ses répliques trop propres ont de quoi le desservir, mais comment expliquer de la plus belle des façons le sincère souci qu’il avait de son bien-être ? Il avait beau ne pas la connaître encore sous tous ses aspects, le jeune homme était persuadé que Circéia méritait que la vie lui soit plus douce, quelles qu’aient été les circonstances lui ayant valu cette infirmité. Pourtant, si l’on aimerait croire que les bonnes personnes méritent de bonnes choses et les mauvaises les retours de bâton adéquats, les hasardeuses Puissances à l’œuvre se déchaînent aveugles. Elle n’avait sous doute pas mérité de tomber. Il lui souhaitait toutefois qu’il ne lui soit pas fait résistance alors qu’elle chercherait à se relever. Qu’elle ait eu cette confirmation le réjouissait donc. L’adolescent n’exigeait pas non plus un déploiement de tous ses artifices magiques et cuisiniers, surtout s’il lui fallait respecter d’humbles limites. Ayant les siennes, il n’aurait l’indécence d’en lever un reproche. Il espérait d'elle qu’elle comprenne les intentions qui sous-tendaient ses paroles. Là encore, une certaine retenue l’avait empêché de narrer le conte du Monde-Œuf, son côté constructiviste aurait à nouveau débordé et, pour montrer qu’ils pouvaient même parfois se rapprocher, il était simplement demeuré sur l’aspect du goût.

Elle revient tout de même à la poésie, évitant soigneusement le thème de l’amour, sans doute était-ce alors cette notion qui l’avait poussée à les éloigner. Son carmin indique que la simple allusion des vers suffit à la mouvoir profondément. L’élan est si ravageur qu’au déversement des notes suit celui du corps qui, comme dans une continuité naturelle, s’approche de Hjúki. Son enchanteresse lui pose sans préavis un pudique baiser sur les lèvres avant de lui offrir la chute. Quand le geste prend part à la chorégraphie et qu’il devient un mot, une note de métamorphose. Comme si elle avait parlé ce baiser, comme si les lèvres de l’adolescent avaient senti ce toucher de façon analogue à ses oreilles qui entendraient les phrases mélodiques. Et qu’elle est belle, cette chute. Un poète oui, un portail vers un pan de Monde qu’elle ne connaît pas mais dont les voiles perdent en densité à son approche ; cela le fait étrangement sourire. *Je suis son poète.* Son visage est sourire, ses pensées sont sourire, ses Vagues même sourient. Les métriques grecque ou latine sont difficilement accessibles et présentent une part d’inconnu mais, si l’on y prête attention, elles révèlent un cisèlement incroyable et fascinant de la part des poètes les plus antiques.


« La musique des mots, leur rythme dans la poésie permet un extraordinaire enrichissement sémantique ; qu’il s’agisse des pieds, des quantités, des accents, des clausules, des césures que chaque langue manie de façon idoine… Y a-t-il plus excitant qu’un poète qui met le chaos dans ses vers pour évoquer précisément Chaos ? Ou le sursaut qu’un Ovide peut provoquer en changeant brusquement la coupe du vers pour signifier la main d’Aphrodite, la présence de l’amour ? »

Elle revient à ses prudents aiguillages, devant lesquels le jeune homme ne peut pas tout à fait s’engager.

« Je ne crois pas que la magie soit si nécessaire au quotidien. Nous sommes habités d’une énergie par laquelle nous devenons un Puissance de ce Monde ; par laquelle nous pourrions œuvrer et dessiner de belles empreintes. Au lieu de quoi… des sorts pour lacer les chaussures sont inventés. J’en suis à la fois perplexe et amer. Nous ne sommes pas de purs esprits, nous avons un niveau d’existence physique, et toutes les substitutions magiques à ce dont nous sommes capables sans… une paresse sorcière ? Que pourrait-ce être d’autre… Quand je pense à la beauté des arts moldus se passant de notre magie ; à celle d’un ballet, d’une symphonie, d’un poème vivant… que nous voudrions comparer à des sorts de changement de couleur des sourcils ? La magie… ma magie, j’aimerais qu’elle dessine ce qu’absolument aucune autre énergie ne saurait dessiner. Je ne suis certes pas très connaisseur en cuisine, mais je sais du moins que nous pouvons nous alimenter sans. »

*N’est-ce pas ?* Elle s’est retournée, il aurait pu la regarder lors de sa tirade, mais il attend le final avant de plonger ses Perles-de-Nótt en ses Noirceurs d’Encre, afin de lui confier ses pensées au-delà des Notes.