5 mars 2025, 18:04
Mascarade PV
Sa peau glisse contre la mienne, ses doigts quittent mon dos. Il s'éloigne, alors je baisse les bras le long de mon corps, frottant mes doigts contre ma paume comme pour débarrasser ma peau de sa présence. Je me sens gauche, ainsi figée au milieu de la piste de danse, mais cela n'a rien à voir avec ce que je ressens lorsque je le vois se refermer sur lui-même. Désarçonnée, je ne manque rien de son spectacle, secrètement effarée par sa réaction à laquelle je ne m'attendais pas. L'homme-papillon referme ses ailes et soudainement, je le trouve tout petit. Tout petit avec ses bras refermés, tout petit avec son souffle agité qui déborde de ses lèvres, tout petit avec ce mot qui parvient à peine à mes oreilles.

Pour la seconde fois de la soirée, je me sens miroir. Comme si en me rendant compte de sa souffrance, je ne pouvais que prendre conscience de la mienne. Je n'ai aucune idée de ce qu'il ressent, je ne comprends pas, je ne veux pas comprendre, mais je sens que là-dedans, quelque chose ne va pas. Et puisque je suis miroir, je sens quelque chose grimper aussi à l'intérieur de moi, se fourrer dans ma gorge, la nouer terriblement même si je déglutis pour faire disparaître le sentiment.

Je ne dis rien, parce que rien ne me vient, j'ai la tête emplie d'une tristesse lourde, les pensées emmêlée comme une pelote de laine, du brouillard dans le crâne, les membres gourds et lourd, les yeux piquants. Et lui, il sert fort ses mains contre sa poitrine, juste en face de moi. J'en oublie la musique, les gens qui nous entourent, tout le reste, parce que durant un instant il n'existe plus que lui et moi, l'un en face de l'autre, et cette tristesse palpable que l'on s'est imposés nous-même à cause de notre jeu idiot.

Je le regarde un long moment de mes yeux vitreux, la gorge entravée par des émotions prêtes à exploser, sans savoir que faire, sans même savoir si je veux faire quelque chose ou si je dois ne serait-ce que faire quelque chose. Lentement, je replie les bras autour de mon ventre.

5 mars 2025, 18:39
Mascarade PV
*Ça ne doit pas arriver*, se tance-t-il en boucle. Toute accumulation finit par le débordement, mais ce n’est pas le moment, c’est le pire moment. Quelle bêtise de croire qu’énoncer ses pensées les plus pesantes allait l’alléger. Le souvenir endormi, il arrivait à avancer, pas à pas. En ermite, loin de toute société, mais il survivait. Il aurait dû se douter qu’il n’en avait pas fini, ayant cherché à l’enfouir avant de le confronter. À quel point son imprudence avec cette sorcière a accéléré le retour de sa peine, il l’ignore. Il se passe les dents sur les lèvres, comme si ça allait les empêcher de trembler. Hjúki déteste ce que devient son incontrôlable corps en proie à l’émotion, la brutalité avec laquelle il est empêchée de la chasser. Il s’était inventé une histoire. L’idée d’être marqué au fer rouge par quelques moments devrait être absurde. Il s’est convaincu que ce qu’il avait vécu, cette fusion, était outrément moindre que ce qui disait son cœur. Alors ce dernier revient à la charge, et refuse d’être écarté comme une broutille adolescente. Une pensée qui jamais ne s’était dessinée dans son esprit fait son chemin, l’interpelle maintenant qu’il est trop tard pour l’accepter. Incrédule, ce n’est pas sa voix mais un souffle tremblant de ses grelottements qui formule dans la langue qu’il est seul à comprendre, Sie fehlt mir ? Ses yeux désormais embués l’empêchent de voir ce qu’il advient de la cavalière qu’il a abandonné de façon si inconvenante, il lui reste encore des jambes sur lesquelles tenir, avant d’incarner l’image honnie de l’enfant recroquevillé de chagrin et de frustration.

5 mars 2025, 21:35
Mascarade PV
Mes yeux s'écarquillent derrière mon masque ; je retiens mon souffle, je l'enferme à l'intérieur de mon corps, mais ça ne change rien à ce qui est en train d'arriver. Les mots me percutent, doucereusement étrangers. J'entends leur mélodie mais ne comprends pas leur signification ; pendant un instant, j'ai peur que ce soit moi qui ai mal entendu, moi qui n'arrive pas à raccrocher les quelques idées qui se battent dans ma tête pour formuler une pensée cohérente. J'hésite même à répondre bêtement : « quoi ? » ou pire « hein, répétez ! ».

C'est alors que je les vois, au moment précis où il termine de parler avec sa voix qui m'a informée sur la suite avant même que je ne la vois arriver : son regard couleur ciel-de-nuit qui se brouille. Un endroit de mon coeur se serre méchamment. Je me repasse ses mots dans la tête et j'entends encore une fois cette voix pas tout à fait brisée, cette voix comme une gorge nouée. Alors je comprends que ce sont des larmes qui brouillent ses yeux et qu'il n'arrive pas à reprendre pied. Mon cœur chute tout au fond de mon corps.

Je prends une brusque inspiration en jetant un regard paniqué autour de moi. Qu'est-ce que je cherche ? Personne ne peut m'aider, il n'y a personne parmi les mille silhouettes qui m'entourent, et mon coeur s'abat avec colère contre ma cage thoracique. Et inlassablement, mon regard revient sur lui, sur ses bras recroquevillés, sur sa voix pas tout à fait brisée, dans ses yeux noyés.

« Ne pleurez pas, » débité-je rapidement, dans un souffle.

Supplique ou menace ?
Ne pleurez pas, je ne peux pas vous voir pleurer, sinon mon corps va comprendre que c'est autorisé, de pleurer, et alors qui sait ce qui pourrait arriver ? Moi, j'ai l'impression d'avoir un détraqueur à l'intérieur de moi et ça ne s'arrange pas quand je le regarde en face, ce détraqueur. Vous étiez censé me changer les idées, pas aggraver mes noires pensées !

6 mars 2025, 08:42
Mascarade PV
L’ordre résonne, familier. Une discipline à laquelle il ne s’est pas adonné depuis de nombreuses années. Il pensait naïvement qu’il n’y aurait plus de débordement après Poudlard. Il ne voulait même pas y aller. Comment un gamin qui se fait dévorer par ses innommables émotions pourrait-il y survivre ? Opa en était le premier témoin, et il ne voulait pas qu’il y en ait d’autres. Pourtant, il se souvient, s’être imposé d’attendre la fin d’un cours. Cela fait si longtemps qu’il n’a plus recours à ses techniques de rétention des vagues mais, même pas pour la louve, pour lui, il tente de les retrouver par la pratique. Expirer, le plus longuement possible, jusqu’à n’en plus voir le bout. Les inspirations n’importent pas, qu’elles l’alimentent comme elles viennent. Et puis, souffler encore sans fin. Jusqu’à ce que sa respiration n’ait d’autre choix que de se régulariser. Hjúki sait qu’il finira par pleurer, mais s’il parvient à retarder… ça lui donnera une excuse pour passer à Galway. Une raison terriblement égoïste, Opa est le seul devant lequel il peut redevenir cet enfant. Ses paupières papillonnent, ses cils sont humides, son sombre bleu brille encore, mais il ne sent pas la brûlure d’une traînée sur ses joues. Un rien peut l’entraîner dans une nouvelle vague, il lui faut une accroche heureuse, des vers d’allégresse. Existent-ils ? Si la tâche de les trouver est impossible, voilà de quoi envahir son esprit. *Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn, Im dunklen Laub die Goldorangen glühn,*, un poème de saveurs et de parfums, mais ils ne sont pas assez puissants pour le retenir. La Métamorphose ? Adonis, que ton sang se transforme en fleur. Ovide, qui transforme la perte en pétales ou étoiles, n’apporte qu’un réconfort minime. Qu’est-ce qui le rend heureux ? Une pensée qui paraît irrésoluble. Une main se décroche, l’autre reste collée. C’est sans doute stupide de croire que son cœur est prêt à choir s’il ne le bloque, mais il n’y peut rien. Cette réponse n’a rien d’instinctif, mais il attrape sa baguette de ses doigts libérés. Il y a bien un moyen magique de se forcer à une plongée heureuse.

« Je pense pouvoir repousser les larmes, déclare-t-il en examinant l’instrument, d’une voix trop grave. J’ai besoin de prendre l’air. Si vous souhaitez venir… »

Quelque part, il ne lui paraît pas correct de juste la laisser en plan, il pense qu’il lui doit un retour à la légèreté, la dernière note ne peut être aussi amère, et il ne s’imagine pas recourir à cette magie dans la bulle qui est devenue oppressante.

Reducio
Traduction de ses pensées :
Connais-tu le pays où les citrons fleurissent,
Dans la sombre ramée les oranges d’or luisent
– Goethe

6 mars 2025, 10:37
Mascarade PV
Il essaie de reprendre pied. Ses longues inspirations et ses interminables expirations deviennent mon mantra ; je me calque sur lui sans en avoir conscience, sans réellement accepter que moi aussi j'ai besoin d'endiguer ce qui couve au fond de moi. J'essaie d'être discrète en inspirant et de ne rien montrer quand j'expire, mais je crois bien que j'échoue et que j'ai l'air d'être dans le même état que lui : à deux doigts de laisser échapper des flots brûlants, qu'ils soient sous forme de larmes ou de mots.

Je suis son regard quand il baisse les yeux, appréciant de pouvoir me tenir loin de son visage le temps de quelques secondes. J'observe également son catalyseur. Je me reconnais dans son geste : attraper sa baguette magique, se resserrer autour d'elle pour se rassurer, pour reprendre pied. Inconsciemment, mes doigts effleurent ma manche gauche. Ceinte à mon avant-bras, se trouve ma propre baguette. J'en effleure les contours, mais résiste à l'envie de l'attraper.

J'accueille son affirmation sans réaction, mais je lui lance un regard fugace, à mi-chemin entre l'étonnement et le malaise : il a avoué sans honte être à deux doigts de pleurer. Pour moi, c'est un aveu de faiblesse. Mais dans notre condition, figés comme nous le sommes sur la piste de danse, y a-t-il la moindre place pour cela ?

Et puis la proposition tombe. Sans y penser, je recule d'un pas, faiblement. Venir ? L'accompagner dehors ? Mes pensées sont lourdes dans mon crâne, mes muscles douloureux. Un peu d'air frais me ferait du bien, m'aiderait à retrouver un semblant de contact avec la réalité. Mais... Nous isoler dans notre condition, c'est la porte ouverte à tous les vices : il se confiera sur les larmes qui ont menacées ou alors il prononcera une parole pleine d'intelligence qui me poussera à répondre, et alors je finirai par tout sortir, tout dégueuler. Je le sais, parce que je sens les mots qui s'accumulent à l'orée de mon esprit, tout comme lui a dû sentir les larmes envahir ses yeux. Bientôt, ils couleront. La seule façon de les en empêcher, c'est d'oublier. Pour oublier, je dois passer à autre chose.

« Non, » articulé-je difficilement.

Je me racle la gorge et d'un geste naturel ma main s'engouffre sous mon masque pour venir frotter mes yeux. Je me fiche que durant ce temps-là, la figure de loup soit de guingois sur mon visage. Machinalement, je le remets en place.

« Non, je répète d'une voix plus affirmée. Vaut mieux pas. C'est pas... Enfin... » Je soupire, comme un râle. Mes pensées sont emmêlées. « Risqué. »

Encore ce mot. Il comprendra. Quelque part, je suis effarée par ma sincérité qui n'est pas voulue, mais bel et bien imposée par l'alcool qui coule dans mon sang. Le plus grave, c'est que j'en me fiche totalement.

La plume n'est pas contente de ce refus, je te le dis.

6 mars 2025, 11:21
Mascarade PV
Il regarde sa baguette comme une étrangère, conscient qu’il ne lui est pas toujours naturel de lui confier ses émotions. Il lui est clair également qu’elle lui est actuellement sa seule issue pour repousser la menace de la vague, s’ancrer. En ayant recours au vrai, surtout, non à la tricherie ou l’illusion. Est-ce qu’il s’attendait à un refus ? Il n’a pas vraiment pensé à ce qu’elle pourrait vouloir.

« Dommage »

La raison pour laquelle il l’a invitée, ce n’est pas pour avoir de la compagnie ou profiter de quelque manière de sa présence. Elle le mérite, pense-t-il. La louve mérite de le voir sous un meilleur jour, il n’avait pas à lui imposer de se retrouver sur les bras avec cette facette qui n’aurait pas dû émerger. Elle mérite de voir que ce pesant versant n’a pas à prendre toute place, à tout gâcher, à faire de cette soirée un énième souvenir à sceller.

« Je vais me consumer si je reste. »

Ce qui est vrai, il ira, de toute façon, chercher la morsure du froid hivernal pour attaquer la brûlure qui l’envahit, qu’une intense sensation redessine ses contours. C’est vraisemblablement présomptueux de présager de sa réussite, ne sachant même pas encore par où fouiller pour se contraindre, réellement, à des pensées heureuses. Avant de se mettre en mouvement en quête d’un air glacé, le jeune mage confesse.

« Je ne peux pas effacer cette image, mais je peux tenter de la remplacer. »

Peut-être qu’elle restera de marbre et préfèrera la piste, en somme Hjúki n’a pas mieux à l’offrir. Sur le fil, il tient à peine et son risque à lui serait de permettre le retour de flots rendus plus forts par le ressac en ne bougeant pas.

6 mars 2025, 13:18
Mascarade PV
En quoi est-ce dommage ? N'aurait-il pas pu me répondre « tant mieux, moi aussi je trouve cela risqué. Adieu » ? Comme je le désirais. Non, il trouve cela dommage et la suite de son aveu fait courir sur ma peau un vilain frisson glacé. Parce que même si sa formulation est étrange et que jamais je n'aurais parlé de ma douleur ainsi, je comprends exactement ce qu'il veut dire. Moi aussi, je suis passé à deux doigts d'être consumée, ces derniers mois, ces dernières années, ces dernières semaines. Même ces dernières heures. À deux doigts de disparaître, avalée par ça. Alors je comprends, je comprends qu'il craigne d'être consumé. Alors, comprenant qu'il va s'en aller, je fais un énième pas sur le côté, pas pour danser cette fois-ci, mais pour signifier que j'abandonne la partie, que je choisis un autre chemin, celui qui, moi aussi, m'empêchera de me consumer.

Je ne m'attendais pas à la suite. Je le dévisage sans détour, mes yeux charbons passant au crible fin le bas de son visage, sa peau pale et, en contraste, les ailes trop bleues de son papillon. J'essaie de comprendre, mais je n'y arrive pas. Alors sans y penser, sans me dire que cela ne pourra que le faire rester, je le questionne d'une voix rauque dans laquelle on peut entendre que mon sourire est à l'envers, tout comme dans la sienne j'ai attendu qu'il avait atteint une limite, même si je ne sais pas laquelle.

« Quelle image ? »

6 mars 2025, 13:50
Mascarade PV
Est-ce ce qu’elle fait exprès de prétendre ne pas comprendre ce à quoi il fait allusion, Hjúki n’arrive pas à le savoir. Il aimerait vouloir l’ignorer et juste suivre sa route. Il affronte le regard inquisiteur de la louve, ce qui ne fait que lui rappeler qu’elle a été témoin oculaire d’un spectacle qu’il se jurait de n’imposer à quiconque. Cela le rendait coupable d’une offense qu’il ne se pardonnait. Voilà ce qu’il devait effacer, ce n’était pas pour son seul bien-être qu’il devait passer par une métamorphose, c’était par devoir, pour se racheter. Sa main encore accrochée à sa poitrine descend, c’est sans doute dangereux de se priver de cette dernière défense, mais il déplie ses deux bras le long du corps, se tient droit comme un I. Cela ne l’empêche pas de trembler. Une vibration diffuse, répartie à tout son corps. Ses mâchoires se tendent, il va falloir débiter vite et sans élégance. « Le papillon en régression, j’veux pas qu’vous gardiez cette image. »
Il a mangé ses mots, ce qui ne ressemble pas à sa diction. En temps normal, il l’aurait formulé plus dignement, il aurait plutôt dit „que vous gardiez cette image en mémoire me serait insupportable“, mais l’économie des syllabes lui est vitale pour en venir à bout avant de coller ses lèvres. Et de se retourner. Si elle ne veut pas lui donner cette chance de réparer, tant pis. Mais alors, il doit échapper à son regard.

6 mars 2025, 14:24
Mascarade PV
Il débite sa réponse si rapidement qu'il me faut la répéter plusieurs fois dans mon esprit pour être sûre de l'avoir bien compris. Je ne veux pas que vous gardiez cette image. Je ne veux pas que vous gardiez cette image. Le papillon en régression. Je ne veux pas que vous gardiez... Il est planté si sévèrement devant moi, si crispé. Je me demande si ces mots ont été difficiles à prononcer par honte ou seulement parce qu'il s'est vexé que je ne comprenne pas du premier coup. Bah, qu'importe. Je tourne et retourne la phrase dans mon esprit. Qu'est-ce que ça peut lui faire, l'image je garde de lui ? Pense-t-il que je le juge, que je le condamne pour ce qui est arrivé ? Ce serait faux. Ou pas. En fait, je n'en sais rien.

« Parce qu'vous pensez qu'vous allez pouvoir la changer, c't'image ? » bafouillé-je d'une voix aigre.

Et qu'a-t-il a l'esprit, comment pourrait-t-il se rattraper de ces larmes qui menacent ? Des excuses ne feront qu'aggraver son cas et ce serait pire encore si je le voyais en direct essayer de se reprendre pour faire semblant que tout va parfaitement bien. Désormais, nos rapports sont brouillés, gâchés : je ne pourrais que deviner la tristesse cachée à l'intérieur de lui et celle-ci ne fera que me rappeler que j'ai un gouffre dans le corps et qu'il menace à chaque instant de m'avaler.

Je secoue la tête un peu trop fort ; la pièce tourne autour de moi. C'est d'une voix boueuse que je lui offre cette vérité :

« Vous, j'vous méprise quand même moins qu'les autres, vous inquiétez pas. »

Merci Aelle pour ce réconfort.

6 mars 2025, 15:12
Mascarade PV
La brûlure ne cesse d’enfler. Aucun de ses mots ne peut rivaliser avec les flammes internes qui le rongent. Qu’est-ce qu’il en à faire de son mépris. Nous sommes tous méprisables, pense-t-il. Sa baguette pend toujours au bout de son bras. S’il avait été sanguin, il aurait réagi à la provocation de la louve, mais ce n’est pas sa nature. Sa nature… Hjúki ne se retourne toujours pas, et réalise qu’il peut se débarrasser de l’eau qui a déjà afflué, l’accepter comme un mécanisme physiologique pour se libérer de la tension à laquelle son visage est soumis. Pas de sanglots, juste purger ses yeux, y voir plus clair. Et peut-être cracher un peu de tristesse au prix des larmes qu’elle ne peut pas voir. Il ramène son instrument devant son visage. *Des pensées heureuses*. Lesquelles invoquer… ce qui relève de la joie un jour se transforme en mélancolie, et le jeune mage est quasiment sûr qu’il ne peut plus compter sur ses souvenirs d’enfance. Les moments joyeux qui se transforment en manque ou amertume ne comptent pas non plus. Il y a eu des jours, où il a souri. Des jours, dans lesquels il n’a été envahi de chagrin. Récemment, Anaël lui a montré comment tirer parti au mieux des cordes de sa lyre. La musique, dessiner les mélodies, l’apaise, étouffe les écrasantes pensées. Il n’est pas que le papillon-en-régression, et il peut le prouver. Il se concentre sur toute la pétillance et la légèreté qu’il ressent depuis peu, quand tout son être n’est que sur ses doigts et sa lyre. Sa magie est une musique, elle ne s’exprime sans mélodies, il est presque certain que cela va fonctionner. Sans faire face à la louve, il murmure la formule, en ne pensant qu’à la joyeuseté que lui procurent ses airs envolés. En cercle vertueux, il sait que l’apparition de son compagnon le réjouira. Comme il l’a promis plus tôt, il ne croit pas aux mots, mais à l’image. Son cœur est pris d’un agréable emballement quand son écho paraît. Il n’a aucun message formulé à transmettre, il lui intime seulement de voleter à la rencontre de la louve. Ses yeux sont humides, mais il maintient son esprit sur le chant de sa lyre, pour lui garantir au moins quelques secondes d’existence avant de se dissoudre. Pas grand-monde peut se targuer de connaître ce reflet le plus intime du sorcier, mais il le doit à la louve, c’est tout.